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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 09:59

Russie TerreLe 20 août 2011, le service de presse du Kremlin a annoncé l'arrivée en Russie du dirigeant Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Le communiqué de la présidence russe a précisé qu'il rencontrerait le président russe Dmitri Medvedev.

 

Dans un communiqué de presse, le Kremlin a annoncé que Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée, avait commencé le 20 août 2011 une visite en Russie. Il visitera les régions fédérales d'Extrême-Orient et de Sibérie et s'entretiendra avec le président russe Dmitri Medvedev, toujours selon le service de presse du Kremlin.

 

Dans un message de félicitations adressé au dirigeant Kim Jong-il le 15 août dernier à l'occasion du 66eme anniversaire de la Libération de la Corée de l'occupation japonaise, le président Dmitri Medvedev avait souligné l'amitié traditionnelle entre la RPD de Corée et la Russie et appelé au développement des coopérations dans le domaine, notamment, des chemins de fer et du transport de gaz.

 

Membre des pourparlers à six pays sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, Moscou s'est joint à Pékin et Pyongyang pour appeler à la reprise des négociations. En 2010, Moscou n'a pas avalisé les conclusions de l'enquête mixte, composée notamment d'experts américains et sud-coréens, sur le naufrage de la corvette Cheonan. Ce naufrage a été imputé par Séoul et Washington à Pyongyang, malgré les réfutations de la RPDC et le scepticisme d'une bonne partie de l'opinion sud-coréenne et d'experts de nombreux pays face aux preuves avancées dans l'enquête diligentée par les Etats-Unis et la Corée du Sud. Des experts de la Marine russe avaient ainsi conclu à une origine accidentelle du naufrage.

 

Les relations entre la Russie et la RPD de Corée se sont réchauffées après l'accession à la présidence russe de Vladimir Poutine, qui a rencontré le dirigeant Kim Jong-il à Pyongyang en juillet 2000, avant de l'inviter en Russie en août 2001.

 

Le 19 août 2011, la Russie a annoncé l'envoi de 50.000 tonnes de blé pour venir en aide aux victimes des inondations de cet été en RPD de Corée.

 

Sources : AAFC, Ria Novosti.

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 10:35

A l'occasion du 66ème anniversaire de la libération de la Corée de l'occupation japonaise, dans un échange de messages de félicitations entre les dirigeants de la Fédération de Russie et de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le président russe Dmitri Medvedev a souligné la "solidité de l'amitié" entre les peuples russe et coréen. La coopération traditionnelle entre les deux pays ouvre la voie à des échanges accrus, notamment dans les domaines de l'énergie et des transports, qui contribueraient à faire de l'Asie du Nord-Est une zone de paix et de prospérité. Cette proposition intervient peu avant l'ouverture de la première foire du commerce internationale de Rason, qui se tiendra du 22 au 25 août prochains dans cette ville de la RPD de Corée située à la frontière russo-coréenne.

 

Le 15 août 2011, à l'occasion du 66ème anniversaire de la Libération de la Corée, les dirigeants de la Fédération de Russie et de la RPD de Corée ont échangé des messages de félicitations qui ont souligné les perspectives de renforcement de la coopération traditionnelle entre les deux pays.

 

200px-Dmitry_Medvedev_official_large_photo_-1.jpgDans son message au président russe Dmitri Medvedev, Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée, a déclaré : "A l'occasion du 66ème anniversaire de la Libération de la Corée, je vous renouvelle mes félicitations à vous, et à travers vous, au peuple russe. Je vous souhaite plein succès dans vos travaux, convaincu que les relations entre la RPDC et la Fédération de Russie se développeront conformément aux intérêts communs et aux désirs des peuples de nos deux pays".

 

Pour sa part, dans un message au président Medvedev, Kim Yong-nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée, a exprimé sa conviction que les relations bilatérales se développeront conformément à l'esprit des documents conjoints signés entre les deux pays, en adressant ses voeux de succès à son homologue russe dans ses travaux et pour la prospérité de son pays.

 

Le message de Dmitri Medvedev au président Kim Jong-il remercie tout d'abord la RPDC d'honorer la mémoire des soldats soviétiques morts pour la libération de la Corée. Soulignant que "l'histoire avait prouvé la solidité de l'amitié entre les peuples de nos deux pays", il a mis en exergue les perspectives de coopération dans les domaines de transport et de l'énergie, en soulignant leur importance économique ainsi que pour la stabilisation de la situation en Asie du Nord-Est et la dénucléarisation de la péninsule coréenne :

 

"Nous souhaitons développer la coopération avec la RPDC  dans tous les domaines d'intérêt mutuel, y compris un plan tripartite regroupant la Russie, la RPDC et la République de Corée dans les domaines du gaz, de l'énergie et de la construction ferroviaire".

 

Ces sujets sont au coeur des relations russo-coréennes, alors que la Russie est revenue sur le devant de la scène coréenne après 2000 et l'accession à la présidence russe de Vladimir Poutine, qui a accueilli le dirigeant Kim Jong-il à Moscou en 2001 et signé un document conjoint, la déclaration de Moscou Russie-RPDC. En avril 2008, un accord a été signé entre la Russie et la RPDC pour le rétablissement des liaisons ferroviaires, tandis que la mise en place d'un gazoduc jusqu'en Corée du Sud pourrait conduire la RPDC à toucher des droits de transit.

 

En juillet, une délégation de Gazprom conduite par Alexandre Ananenkov a visité la RPD de Corée, et avait notamment été reçue par Kang Sok-ju, vice-Premier ministre de la RPD de Corée (photo ci-dessous). Le 11 août 2011, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré que la RPD de Corée était "favorable" à un projet de gazoduc entre la Corée du Sud et la Russie, après avoir rencontré à Moscou son homologue sud-coréen Kim Sung-hwan le 8 août 2011.

 

alexandre_ananenkov_pyongyang_4_juillet_2011.jpg

 

Par ailleurs, le 13 août 2011 une cérémonie a été organisée à l'occasion du cinquième anniversaire de l'inauguration de l'église orthodoxe de Jongbaek, à Pyongyang. La cérémonie s'est tenue en présence d'une délégation de l'Eglise orthodoxe russe, conduite par l'archevêque Marc de Yegorievsk, président du Comité pour la coordination des institutions outre-mer de l'église (photo ci-dessous). La délégation russe a aussi été reçue par Yang Hyong-sop, vice-président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC.

 

marc_de_yegorievsk_eglise_jongbaek_13_aout_2011.jpg

 

Sources principales : AAFC, KCNA

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 12:41

Alors que l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) avait jusqu'alors été un allié indéfectible de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Mikhaïl Gorbatchev avait remis en cause les relations soviéto-nord-coréennes avant même la chute de l'Union soviétique, parallèlement à l'établissement de relations diplomatiques entre Moscou et Séoul. Si les questions économiques avaient alors pris une place croissante dans la diplomatie russe (post-soviétique) vis-à-vis de la péninsule coréenne, la Russie n'étant d'ailleurs pas partie aux premiers pourparlers multilatéraux sur le nucléaire nord-coréen, l'accession à la présidence de Vladimir Poutine a marqué un renouveau des échanges avec Pyongyang, et la Fédération de Russie est devenue partie aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Plus récemment, le naufrage du Cheonan a conduit Moscou à rééquilibrer ses relations avec les deux Etats coréens : contrairement aux attentes de Séoul, la Russie n'a pas avalisé les conclusions de la commission d'enquête internationale pour laquelle sa participation n'avait pas été sollicitée, tendant de fait à se rapprocher de Pyongyang malgré le poids évident des enjeux économiques russo - sud-coréens.

 

Borodavkin.jpgLe 12 avril 2011, lors d'une réception à l'ambassade de la RPDC à Moscou pour le 99ème anniversaire de la naissance du pésident Kim Il-sung, Alexei Borodavkin, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a annoncé une aide à la RPDC d'un montant total de 5 millions de dollars, dans le cadre du Programme alimentaire mondial et de projets bilatéraux. Cette annonce, couplée à un appel à la reprise des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, faisait suite à une visite en RPDC d'Alexei Borodavkin en mars dernier. De fait, la Russie manifeste un intérêt renouvelé pour la Corée, et spécialement la Corée du Nord, rééquilibrant ses relations entre les deux parties de la péninsule.

 

La diplomatie coréenne de l'URSS : soutien à la RPDC et recherche de la stabilité

 

Pendant la Guerre froide, les dirigeants nord-coréens avaient veillé à maintenir un équilibre entre la Chine et l'URSS, comme garantie de l'indépendance du pays, même si dans les faits des échanges de délégations de haut niveau ont été plus nombreux entre le Parti du travail de Corée (PTC) et le PCC, qu'entre le PTC et le PCUS. Signe de cette indépendance, la RPD de Corée n'a jamais été membre du Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM) et, après la guerre de Corée (1950-1953), Pyongyang a veillé à ce qu'aucune troupe étrangère ne stationne sur son territoire, marquant ainsi une différence fondamentale avec la Corée du Sud où sont encore présents plus de 28.000 soldats américains, alors que la formation aux Etats-Unis d'un grand nombre de cadres dirigeants a cimenté l'alliance américano - sud-coréenne. Pour sa part, la diplomatie soviétique était marquée par une recherche de la stabilité de la péninsule, tout en apportant un soutien économique, politique et militaire à la RPD de Corée. Un traité d'assistance et de coopération mutuelle a été signé entre les deux pays en 1961.

 

L'alignement de Séoul sur Washington, dont un des exemples les plus manifestes a été l'implication de l'armée sud-coréenne dans la guerre du Vietnam, vivement dénoncée par l'URSS, a encore davantage éloigné Moscou de Séoul : en 1965, la normalisation des relations entre le Japon et la Corée du Sud a ainsi été critiquée par l'Union soviétique comme préfigurant la création en Asie du Nord-Est d'une alliance militaire sous domination américaine comparable à l'OTAN. Soucieuse avant tout de statu quo, l'URSS avait cependant appelé à la réduction des tensions dans la péninsule coréenne lors d'événements tels que la capture du sous-marin américain espion USS Pueblo en janvier 1968, ou l'incident de Panmunjom en août 1976, ayant conduit à la mort deux officiers américains sur la DMZ.

 

Les années 1970 : l'engagement d'un dialogue entre Séoul et Moscou

 

En 1971, le retrait d'une partie des troupes américaines en Corée du Sud, la remise en cause de l'aide économique américaine à Séoul et le rapprochement sino-américain ont conduit le gouvernement sud-coréen, redoutant un isolement, à réviser sa position traditionnelle anticommuniste vis-à-vis de l'URSS et à rechercher officiellement, à partir d'août 1971 par la voie de son ministre des Affaires étrangères M. Kim Yong-shik, l'établissement de relations diplomatiques avec l'Union soviétique. Pour sa part, l'URSS s'inquiétait de l'engagement américain croissant vis-à-vis de la Chine, la politique coréenne de Moscou devant toujours s'interpréter dans un contexte plus global, en Asie du Nord-Est et dans le monde. 

 

A la même époque, l'entrée conjointe des deux Allemagne aux Nations Unies encourageait l'amélioration des relations intercoréennes, souhaitée par les grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Russie). Durant la même période, l'adoption  par l'administration Carter d'une ligne diplomatique moins hostile vis-à-vis de la RPDC ouvrait la voie à une amélioration des relations soviéto-sud-coréennes, marquée notamment par les premiers échanges économiques et l'accueil d'étudiants, de sportifs et de diplomates sud-coréens en URSS. Les vives protestations de la RPDC et de la Chine ont toutefois limité ces échanges officieux.

 

Les années 1980 : le resserrement de l'alliance traditionnelle Pyongyang - Moscou

 

Au début des années 1980, alors que la Corée du Sud rejoignait la croisade anticommuniste de l'administration du président Ronald Reagan (reçu à Séoul en 1983), le voyage à Moscou du président Kim Il-sung en mai 1984, une première depuis 1961 et qui plus est à la tête d'une délégation de 250 personnes, a rappelé les liens toujours privilégiés de Moscou avec Pyongyang dans la péninsule coréenne. Lors d'une rencontre au sommet avec le président Kim Il-sung, Konstantin Tchernenko, secrétaire général du PCUS, a souligné le soutien apporté par l'URSS à la RPDC, et condamné les exercices de guerre conduits par les Américains avec les Sud-Coréens et les Japonais.

 

En retour, une délégation soviétique conduite par Mikhaïl Kapista, vice-ministre des Affaires étrangères, s'est rendue à Pyongyang en novembre 1984, conduisant à la signature d'un traité de délimitation de la frontière soviéto-coréenne le 27 novembre. Par ailleurs, des matériels militaires soviétiques modernes (avions MIG-23, tanks T-72 et hélicoptères de combat) ont été livrés à la RPD de Corée.

 

L'année 1985 a été marquée par de nouveaux échanges bilatéraux de haut niveau, avec la visite à Moscou de Kim Yong-nam, alors ministre des Affaires étrangères, qui a rencontré son homologue soviétique Andreï Gromyko, et en RPDC d'une délégation soviétique de plusieurs centaines de membres, conduite par le vice-Premier ministre Geydar Aliyev, à l'occasion du 40ème anniversaire de la Libération de la Corée. Geydar Aliyev a dénoncé un front anti-soviétique et anti-socialiste entre les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud, tout en condamnant la remilitarisation du Japon. A la même date, des navires militaires soviétiques avaient accès au port nord-coréen de Wonsan, sur la côte Est. Lors d'un nouveau voyage à Moscou en 1986, le président Kim Il-sung a rencontré Mikhaïl Gorbatchev.

 

Malgré ce rapprochement entre Moscou et Pyongyang, Séoul a poursuivi une politique dite de Nordpolitik d'établissement de relations diplomatiques avec l'URSS, comme d'ailleurs avec la Chine, malgré le froid jeté par l'explosition, le 1er septembre 1983, d'un avion de ligne sud-coréen de la KAL au-dessus de l'URSS - attribuée par Séoul à un tir soviétique, ce qu'a nié Moscou. En 1988, les athlètes soviétiques ont ainsi participé aux Jeux olympiques de Séoul.

 

Les années 1990 : une nouvelle diplomatie soviétique puis russe

 

Mikhaïl Gorbatchev a initié une nouvelle diplomatie soviétique vis-à-vis de la Corée, dans la continuité de laquelle s'est inscrite la diplomatie russe de Boris Eltsine.

 

A l'égard de la RPDC, le dernier secrétaire général du PCUS  a remis en cause les livraisons de pétrole dans le cadre d'accords de troc, exigeant un paiement en devises, avec la RPDC comme avec les démocraties populaires d'Europe de l'Est. Les échanges commerciaux chutent brutalement : alors que l'URSS représentait 54 % du commerce extérieur nord-coréen en 1989 (avec un volume d'échanges de 2,44 milliards de dollars), les échanges bilatéraux n'atteignent plus que 1,42 milliard de dollars en 1991. En 1994, les échanges avec la seule Fédération de Russie ont chuté à 114 millions de dollars.

 

mikhail_gorbatchev_roh_tae_woo.jpgS'agissant de la Corée du Sud, la rencontre au sommet entre Mikhaïl Gorbatchev et le président sud-coréen Roh Tae-woo à San Francisco, le 5 juin 1990, a rapidement ouvert la voie à l'établissement de relations diplomatiques complètes, le 30 septembre 1990. En quelques années, la nouvelle direction soviétique avait accepté la présence militaire américaine en Corée (comme elle l'avait accepté en Europe), tout en montrant un intérêt accru pour le dynamisme économique de la Corée du Sud, engagée depuis 1987 sur un processus de démocratisation. Pour sa part, Roh Tae-woo avait annoncé, dès son discours d'investiture en 1988, sa volonté de poursuivre la politique de normalisation des relations diplomatiques avec les démocraties populaires, tout en proposant une conférence pour la paix réunissant, outre les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, l'URSS et le Japon. En avril 1991, Mikhaïl Gorbatchev rencontre Roh Tae-woo en Corée du Sud, et en novembre 1992 Boris Elstine se rend à son tour à Séoul.

 

La RPDC a vivement critiqué le rapprochement soviéto-sud-coréen comme tendant à pérenniser la division de la Corée, ainsi que l'a rappelé Kim Yong-nam, ministre des Affaires étrangères, à son homologue soviétique en visite à Pyongyang, Edouard Chevardnadze, les 2 et 3 septembre 1990. Les relations bilatérales sont ensuite pratiquement gelées, avant que la visite à Pyongyang de Geogiy Kunadze, en janvier 1993, n'ouvre la voie à une reprise de la coopération intergouvernementale, notamment dans les domaines scientifique et technique.

 

Dans ce contexte, le rôle politique de l'URSS puis de la Russie en Corée s'effacent dans les années 1990 : les premiers pourparlers sur le nucléaire nord-coréen, dans les années 1990, sont à quatre (les deux Corée, les Etats-Unis et la Chine). La priorité pour la Russie est alors de s'appuyer sur la Corée pour développer économiquement son Extrême-Orient.

 

Les années 2000 : un retour de Moscou sur la scène coréenne

 

Vladimir_Putin_with_Kim_Jong-Il-2.jpgL'accession au pouvoir de Vladimir Poutine a permis une amélioration des relations russo - nord-coréennes, permettant la signature, en février 2000, d'un traité d'amitié, de relations de bon voisinage et de coopération. En juillet 2000, la rencontre à Pyongyang entre le nouveau président russe et Kim Jong-il conduit à la signature d'une déclaration conjointe. En août 2001, le dirigeant Kim Jong-il était à son tour reçu à Moscou. Parallèlement à l'amélioration des relations diplomatiques, les échanges économiques bilatéraux ont connu un regain, ayant dépassé 200 millions de dollars par an entre 2004 et 2006. Outre le dossier de la dette publique nord-coréenne à l'égard de la Russie (estimée à 8 milliards de dollars, dont l'annulation partielle est régulièrement évoquée), un enjeu économique majeur serait le rétablissement des liaisons ferroviaires (en avril 2008, un accord a été signé) et la mise en place d'un gazoduc jusqu'en Corée du Sud, la RPDC étant susceptible de toucher des droits de transit - un accord en ce sens ayant été signé en septembre 2008 entre Gazprom et Korea Gas, à l'occasion de la visite à Moscou du président sud-coréen Lee Myung-bak.

 

Cet exemple montre l'imbrication des dossiers économiques dans les relations russo - sud-coréennes. Moscou a poursuivi une politique d'équilibre diplomatique : en février 2001, Vladimir Poutine a visité la Corée du Sud, et en septembre 2004 Roh Moo-hyun, s'est rendu à Moscou. Dans le domaine économique, outre la coopération économique dans l'Extrême-Orient (qui pourrait aussi inclure le développement de la zone économique spéciale nord-coréenne dans la région du fleuve Tumen), il a été envisagé que la Russie rembourse sa dette vis-à-vis de la Corée du Sud, évaluée à 1,7 milliard de dollars en 2006, par des investissements conjoints dans le réseau ferroviaire nord-coréen. De fait, la dégradation des relations intercoréennes depuis 2008 apparaît particulièrement préjudiciable aux intérêts économiques de la Russie en Extrême-Orient.

 

Depuis 2003, la participation de la Russie aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne a marqué un retour de Moscou sur la scène diplomatique dans cette partie du monde. La Russie affiche une position constante pour une solution négociée, s'étant néanmoins jointe à la Chine dans l'adoption, par le Conseil de Sécurité, de résolutions tendant à l'établissement de sanctions, notamment après l'essai nucléaire nord-coréen de mai 2009. Les diplomates russes se prononcent aujourd'hui pour un allègement des sanctions en contrepartie d'un retour de Pyongyang à la table des négociations.

 

Les années 2010 : un nouveau cap dans la politique coréenne de Moscou ?

 

Compte tenu de son intérêt à maintenir un équilibre entre les deux Etats coréens, la diplomatie russe a pu être embarrassée par le naufrage du Cheonan, ayant causé la mort de 46 marins sud-coréens et imputé par la Corée du Sud à la Corée du Nord suite à une enquête internationale à laquelle ont pris part des experts américains et de plusieurs pays occidentaux, mais pas la Chine et la Russie.

 

Invités à examiner les "preuves" recueillies par l'enquête internationale, des experts de la Marine russe n'ont pu que conclure à l'absence de toute implication de Pyongyang dans cette tragédie, dans leur rapport (non rendu public) mais révélé par le quotidien sud-coréen de centre-gauche Hankyoreh. Cette déconvenue pour les autorités sud-coréennes s'ajoute à une réaffirmation constante de Moscou de la nécessité de revenir à une solution négociée sur la crise nucléaire nord-coréenne, conformément à une position à présent défendue par Pékin et Pyongyang, mais aujourd'hui rejetée par Séoul, Washington et Tokyo. Cet infléchissement de la diplomatie russe sur la Corée, à l'aube des années 2010, apparaît ainsi comme une des conséquences du durcissement du gouvernement Lee Myung-bak dans ses relations avec le Nord.

 

Sources :

- AAFC

- Kim Hak-joon (sous la direction de), Korea's relations with his neighbors in a changing world, Hollym International Corp., 1993

- Benoît Quennedey, L'économie de la Corée du Nord, 2011 (à paraître)

- "Russia increases humanitarian assistance to DPRK : minister", Xinhua, 13 mars 2011

- article sur les relations entre la Russie et la Corée du Sud, sur l'encyclopédie wikipédia

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 01:37

 

Les tensions ont continué de croître en Corée dans la crise ouverte par les mesures de rétorsion décidées par la Corée du Sud, avec le soutien des Etats-Unis, à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) accusée d'avoir torpillé la corvette Cheonan le 26 mars dernier en mer de l'Ouest. En réponse aux sanctions annoncées par Séoul, la RPDC - qui nie toute implication dans le naufrage - a mis fin le 27 mai 2010 à un accord militaire avec la Corée du Sud sur la prévention des conflits maritimes, après avoir annoncé la rupture des relations intercoréennes deux jours plus tôt. Au cours du « dialogue stratégique et économique » sino-américain qui a eu lieu les 24 et 25 mai à Pékin, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton n'a pas réussi à obtenir de la Chine qu'elle condamne la RPDC. En effet, la Chine entend faire sa propre évaluation de la situation. Les deux parties se sont donc seulement déclarées préoccupées de l'évolution de la situation dans la péninsule et ont estimé qu'il fallait tout faire pour assurer la stabilité dans cette région. Le plus petit dénominateur commun. Parce qu'elle est la principale alliée de la RPDC, la prudence de la Chine dans l'affaire du Cheonan a eu tendance à occulter la réaction d'un autre acteur important en Asie du Nord-Est : la Russie.


La Fédération de Russie est un acteur incontournable sur la scène mondiale et, a fortiori, en Asie du Nord-Est. La Russie est un des partenaires des pourparlers à six pays sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne et est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Précisément, suite aux conclusions rendues le 20 mai par une commission d'enquête internationale composée d'experts sud-coréens, américains, britanniques, canadiens, australiens et suédois, le gouvernement de Séoul a annoncé son intention de saisir le Conseil de sécurité pour qu'il durcisse les sanctions à l'encontre de la RPD de Corée accusée d'avoir torpillé la corvette Cheonan. Ce que nie la RPDC.


La Russie a exprimé ses condoléances aux familles des 46 marins qui ont péri dans le naufrage du Cheonan, mais elle se méfie suffisamment des preuves avancées contre la Corée du Nord pour vouloir envoyer ses propres experts en Corée du Sud afin examiner directement les éléments de l'enquête sur le naufrage, une faveur que les autorités de Séoul ont jusqu'ici refusée à la RPDC.


DmitriMedvedev.jpgL'envoi de ces experts a été décidé le 26 mai par le président russe Dmitri Medvedev. Un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères avait auparavant confirmé que la Russie ne souhaitait pas discuter de l'affaire devant le Conseil de sécurité des Nations Unies avant de posséder « des preuves garanties à 100 % que la République populaire démocratique de Corée est impliquée de quelque manière que ce soit dans le naufrage de ce navire. »


Quand un diplomate russe déclare « nous devons établir nos conclusions par nous-mêmes, alors tout dépendra de ces preuves », les preuves avancées par la commission internationale d'enquête sur le naufrage du Cheonan sont-elles aussi « irréfutables » que l'affirmait le président sud-coréen Lee Myung-bak dans son discours du 24 mai ?



La Fédération de Russie partage seulement 19 kilomètres de frontière avec la République populaire démocratique de Corée mais ces deux pays ont d'importants projets en commun dans les domaines des transports et de l'énergie. La crise ouverte par les mesures de rétorsion sud-coréennes à l'encontre de la RPDC pourrait porter un coup fatal à ces projets.


Mais, outre des considérations économiques, les autorités russes ont semblé aussi soucieuses d'éviter une mauvaise application du droit international qui provoquerait une escalade des tensions. Déjà, en mars 2009, alors que le Japon menaçait d'abattre la fusée spatiale Unha-2 que les Nord-Coréens s'apprêtaient à lancer, Anatoli Nogovitsyne, chef adjoint de l'état-major général des forces armées russes, mettait en garde contre le « deux poids et deux mesures ». « Quand il est dit que le lancement d'une fusée nord-coréenne représente une menace pour la sécurité d'un pays en particulier, cela ressemble beaucoup à des doubles standards », avertissait en 2009 le général Nogovitsyne.

 

Quant à l'envoyé spécial du ministère russe des Affaires étrangères pour les problème relatifs à la péninsule coréenne, Grigori Logvinov, il demandait de « soigneusement peser toutes les circonstances du lancement [...] et de s'abstenir d'attiser la panique, d'autant que la résolution 1718 du Conseil sécurité des Nations Unies à laquelle la presse fait souvent référence ne manque pas d'ambiguïté. »


KonstantinPoulikovski.jpgUn an plus tard, l'implication de la Corée du Nord dans la destruction du Cheonan suscite des doutes parmi les responsables russes. Ainsi, Konstantin Poulikovski, conseiller du président du Conseil de la Fédération (sénat russe) ne croit pas que la Corée du Nord a torpillé le Cheonan. « Pourquoi l'aurait-elle fait? A quelle fin? Cette démarche manque totalement de logique », a-t-il déclaré à l'agence de presse RIA Novosti.


Ancien représentant plénipotentiaire du président russe dans la Région fédérale d'Extrême-Orient, Konstantin Poulikovski est un des meilleurs experts de la Corée du Nord en Russie. Il considère que le conflit - actuellement latent - risque de dégénérer en affrontement armé. « Cette possibilité n'est pas à exclure. Inutile de dire qu'une telle tournure des événements serait indésirable », a affirmé Poulikovski. Et d'ajouter: « Les parties les plus fortes du conflit ne cachent pas leur désir de contraindre 'la partie la plus faible' à se plier à leur volonté. Or, la mission du plus fort consiste à aider le plus faible et non pas à l'anéantir. »


D'après Poulikovski, la RPDC veut faire comprendre au monde entier qu'il sera difficile de lui infliger une défaite militaire. « Connaissant bien les dirigeants, le peuple et les forces armées de ce pays, je peux dire que toute tentative de les défaire par les armes conventionnelles serait vouée à l'échec », a-t-il dit.

 

En conclusion, Konstantin Poulikovski est persuadé que la Russie doit intensifier ses efforts parmi les six pays négociateurs sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie et Japon).

 

 Après la prudence affichée par la Chine, les doutes émis par les responsables russes quant à la version officielle sur le naufrage du Cheonan ont mis un peu plus Séoul – et Washington – dans l'embarras.

 

C'est alors que la presse sud-coréenne a relevé des différences significatives dans les comptes rendus publiés à Séoul et Moscou de l'entretien téléphonique du 25 mai entre le président sud-coréen Lee Myung-bak et son homologue russe Dmitri Medvedev au sujet du naufrage du Cheonan. Ces considérations seraient plutôt anecdotiques si les autorités sud-coréennes n'avaient pas été soupçonnées de dissimuler et manipuler des éléments de l'enquête après l'incident du 26 mars.

 

 Ainsi, le communiqué de la présidence de Corée du Sud évoque une promesse de Dmitri Medvedev d'oeuvrer afin d'envoyer le signal approprié à Pyongyang, la partie sud-coréenne affirmant que le président Medvedev a bien compris les mesures envisagées par Séoul à l'encontre de la Corée du Nord, telles qu'exposées par Lee Myung-bak pendant la conversation, y compris le projet de saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

 Cependant, rien de tout ça ne figure dans le communiqué de la présidence de la Fédération de Russie, qui fait plutôt état de l'espoir exprimé par Dmitri Medvedev que, en faisant preuve de retenue, il n'y aurait pas d'escalade des tensions dans la péninsule coréenne. Le communiqué russe affirme aussi que les deux présidents ont exprimé leurs regrets que d'importants projets économiques et commerciaux inter-coréens, décidés il y a plusieurs années avec la participation de la Russie, n'aient pas été mis en pratique, alors que la situation de la région a dégénéré en confrontation.

 

 Les deux comptes rendus ont donc des tons significativement différents. Le gouvernement sud-coréen laisse entendre que la Russie acceptera de coopérer à des mesures contre la Corée du Nord, alors que la Russie insiste pour que les tensions n'augmentent pas dans la péninsule coréenne et pour que les deux Corée fassent preuve de retenue.

 

 Mise dans une situation embarrassante, la présidence de Corée du Sud a répondu qu'elle ne rendrait pas public le contenu intégral de l'entretien des deux dirigeants, et elle a expliqué avoir rendu compte de l'entretien en tant que partie dans le naufrage du Cheonan, alors que la Russie l'a fait en considérant son rôle sur la scène internationale... La présidence de Corée du Sud a également expliqué qu'il n'y avait pas de contradiction entre le communiqué russe s'opposant à une escalade des tensions dans la péninsule coréenne, et le communiqué sud-coréen parlant de garantir la paix et la sécurité dans la péninsule.

 

 Les deux pays ont aussi donné des versions différentes de l'initiative de cette conversation téléphonique entre les présidents Lee et Medvedev. Séoul a affirmé que c'est la Russie qui a appelé la première, alors que Moscou a dit que l'appel a eu lieu sur proposition de la Corée du Sud. L'administration sud-coréenne a fini par admettre que l'appel avait bien eu lieu à son initiative.

 

 « Même s'il est d'usage pour chaque pays de livrer son propre compte rendu, il est très problématique que les comptes rendus s'opposent sur des faits élémentaires, en ne mentionnant pas des déclarations que l'autre pays juge importantes, et en n'étant pas d'accord sur les conditions dans lesquelles l'appel téléphonique a eu lieu », a déclaré un spécialiste de politique étrangère interrogé par le quotidien sud-coréen Hankyoreh au sujet de ces divergences entre Moscou et Séoul.

 

En affirmant sa volonté de faire toute la lumière sur le naufrage du Cheonan, en appelant à la retenue toutes les parties, la Fédération de Russie se montre digne de son statut de grande puissance à la fois européenne et asiatique. On ne peut que regretter qu'un pays comme la France ne suive pas cet exemple et, se rangeant derrière les conclusions de l'enquête - notoirement insuffisante - menée par une commission d'experts venus de pays alliés des Etats-Unis, appelle, sans autre forme de procès, à sanctionner la RPDC au Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce faisant, notre pays renie son attitude de février 2003 quand, devant ce même Conseil de sécurité, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, avait tenu tête au secrétaire d'Etat américain Colin Powell exhibant de fausses preuves de la présence d'armes de destruction massive en Irak. En 2003, tels les cobayes de l'expérience de Milgram, les pays qui ont cru à la démonstration de Colin Powell se sont soumis à l'autorité de la superpuissance américaine pour infliger à l'Irak le sort que l'on sait. Pourquoi était-il plus juste d'oser s'affranchir de la fameuse « communauté internationale » en 2003 qu'aujourd'hui? Parce que l'occupant de la Maison Blanche s'appelait George W. Bush et pas Barack Obama? La France, forte d'une tradition d'indépendance et de ses territoires d'outre-mer qui lui confèrent un statut de puissance dans la zone Asie-Pacifique, pourrait et devrait jouer un rôle positif en Corée au lieu d'adopter une désolante attitude suiviste dans la crise du Cheonan. A l'heure où de nombreux pays craignent de ne pas avoir les moyens de leur politique, le drame de la France serait plutôt de ne plus avoir la volonté de suivre la politique que lui permettent - encore - ses moyens.

 

Russie Terre

 

 

Principales sources :

Radio Chine Internationale, « La Chine et les Etats-Unis font connaître au reste du monde leur détermination à promouvoir la construction des relations globales de coopération positive pendant le 21ème siècle », 26 mai 2010

Radio Chine Internationale, « Pyongyang va mettre fin à un accord militaire avec Séoul (KCNA) », 27 mai 2010

Xinhua, « La Russie enverra une équipe d'experts pour enquêter sur l' accident d'un navire de guerre sud-coréen », 27 mai 2010

RIA-Novosti, « Naufrage du Cheonan: la responsabilité de Pyongyang mise en doute (expert) », 27 mai 2010

Présidence de la Fédération de Russie, "Dmitry Medvedev had a telephone conversation with President of South Korea Lee Myung-bak", communiqué, 25 mai 2010

Présidence de la Fédération de Russie, "Statement on Korea Peninsula situation", communiqué, 26 mai 2010

Hankyoreh, "Divergent briefings raise questions about Lee-Medvedev telephone conversation", 27 mai 2010

Yonhap, « La France réaffirme sa volonté de punir la Corée du Nord avec la communauté internationale », 27 mai 2010


 

Autres articles de l'AAFC sur le naufrage du Cheonan :

 « Le naufrage du Cheonan et le "vent du Nord », 27 mai 2010

« Enquête sur le Cheonan : des interrogations sans réponse », 22 mai 2010

« Naufrage du Cheonan : Séoul accuse Pyongyang, qui dénonce un résultat d'enquête 'falsifié' », 21 mai 2010

« Le gouvernement sud-coréen veut-il couler la vérité sur le naufrage du Cheonan? », 26 avril 2010

« Naufrage du Cheonan : la Corée du Nord, bouc émissaire idéal pour les conservateurs sud-coréens », 2 avril 2010

« Naufrage d'un patrouilleur sud-coréen : un drame sur fond de désinformation », 28 mars 2010

 

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 19:40

Les six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) participant aux négociations sur le programme nucléaire nord-coréen se sont à nouveau réunis à Pékin. Cette septième session de pourparlers à six s'est achevée sur un désaccord au sujet de la méthode de vérification et du calendrier du démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes. Au delà de cet échec prévisible - en raison des positions opposées des Etats-Unis et de la Corée du Nord et de l'attente de l'entrée en fonctions de l'administration Obama - cette nouvelle session de pourparlers a aussi permis de révéler l'importance d'un pays jusqu'ici plutôt en retrait, la Russie. Cette dernière pourrait bientôt jouer un rôle crucial pour la réussite des pourparlers et, plus généralement, pour la paix en Asie du Nord-Est.

 

L'échec des négociations sur le programme nucléaire nord-coréen qui ont  eu lieu du 8 au 11 décembre 2008 à Pékin, tient d'abord à l'incapacité des six pays participants de se mettre d'accord sur un protocole de vérification du démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes. Les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) campent sur deux positions radicalement opposées : les Etats-Unis exigent que le processus de vérification soit exposé par écrit, sur la base de l'accord conclu avec la RPDC en octobre 2008 à Pyongyang, et veulent pouvoir prélever des échantillons sur les sites nucléaires nord-coréens ; de son côté, la RPDC affirme que l'accord d'octobre ne mentionne rien de tel et que la demande de pouvoir prélever des échantillons vise seulement à saborder les pourparlers à six  en retardant la fourniture des compensations économiques promises à la RPDC en échange du démantèlement de ses installations. La partie nord-coréenne veut que soient seulement appliquées les trois méthodes de vérification convenues par écrit en juillet dernier - inspections de sites, examen de documents et entretiens avec des techniciens.

Selon les Etats-Unis, le prélèvement d'échantillons a fait l'objet d'un accord verbal entre les négociateurs américains et nord-coréens lors de leur rencontre d'octobre, seulement enregistré dans les notes du secrétaire d'Etat adjoint pour les Affaires de l'Asie de l'Est et chef de la délégation américaine, Christopher Hill. Les accords à six des 13 février et 3 octobre 2007, portant sur le démantèlement des installations nucléaires de Yonbyon - soit la deuxième phase de la mise en oeuvre de la déclaration commune du 19 septembre 2005 - ne mentionnent à aucun moment la collecte d'échantillons.

La RPDC, par l'intermédiaire de l'agence de presse officielle KCNA, juge inacceptable la demande d'un prélèvement d'échantillons. "La RPDC et les Etats-Unis sont toujours techniquement en guerre. Exiger ce qui n'est pas mentionné dans un accord écrit, en faisant fi du niveau de confiance atteint entre les deux parties, est une atteinte à la souveraineté aussi grave que le serait une perquisition à domicile," a précisé l'agence KCNA. 

L'approche adoptée par la Corée du Sud et le Japon lors de cette session de pourparlers semble aussi avoir contribué à leur échec. Les délégations sud-coréenne et japonaise se sont montrées bien plus solidaires que pendant les précédentes sessions de pourparlers à six, suivant toutes les deux une ligne dure à l'égard de Pyongyang au cours des négociations. Le Japon reste focalisé sur la question de ses citoyens enlevés, tandis que la Corée du Sud, à la différence des précédentes sessions de pourparlers, n'a pas tenté de jouer le rôle de "promoteur créatif d'un accord", apte à rapprocher les points de vue de Washington et de Pyongyang.

Kim Sook, chef de la délégation sud-coréenne, a ainsi rappelé aux journalistes que la fourniture d'une assistance économique et énergétique à la Corée du Nord d'ici le mois de mars 2009, prévue par les accords du 13 février et 3 octobre 2007, ne figurait pas dans la déclaration finale de cette session de négociations. Le négociateur en chef sud-coréen n'a pas révélé si son gouvernement arrêterait son aide au Nord. "Il s'agit d'une question sensible sur laquelle je dois avoir des consultations une fois revenu" à Séoul, a déclaré Kim Sook.  Mais, a-t-il précisé, "tout en ne pouvant pas se montrer complètement négatif" au sujet de l'aide, "cela ne signifie pas qu'on peut juste fournir une assistance sans considération pour tout le reste," indiquant ainsi qu'un arrêt de l'aide était possible. Pour leur part, les Etats-Unis ont clairement envisagé de suspendre leurs livraisons énergétiques à la Corée du Nord.

Pour Pyongyang, la question du prélèvement d'échantillons et l'intérêt que les médias y portent ont pour seul objectif d'amener les pays participant aux pourparlers à six à ne pas respecter leurs engagements quant aux compensations économiques accordées à la RPDC pour l'abandon de son programme nucléaire ou, au moins, de justifier le retard pris dans l'application de ces engagements. Or, précise l'agence nord-coréenne KCNA, "c'est le principe 'action pour action' qui maintient en vie le processus de dénucléarisation de la péninsule coréenne." Certaines parties n'ayant pas respecté ce principe, la RPDC a décidé de ralentir le rythme de déchargement des barres de combustible usager à Yongbyon, une contre-mesure face au retard pris dans la fourniture de l'aide promise.

Kim Sook et Christopher Hill (ici en discussion le 9 décembre à Pékin), ont souligné l'"importance de la Russie". La nouvelle place prise par la Russie à l'occasion de cette réunion est assez exceptionnelle au regard de l'histoire des pourparlers à six jusqu'ici mais est justifiée à plusieurs titres.

 

Premièrement, on s'attend à ce que la Russie joue un rôle important dans la mise au point d'un protocole de vérification et dans sa mise en oeuvre. La Russie est, avec les Etats-Unis, la principale nation détenant l'arme atomique tout en ayant l'expérience du démantèlement de vastes arsenaux nucléaires dans des pays tels que l'Ukraine, le Kazakhstan ou la Biélorussie au cours des années 1990, après l'éclatement de l'Union soviétique. "La Russie est un pays avec une grande expérience en matière de démantèlement nucléaire et de vérification," a ainsi déclaré Christopher Hill. "La Russie a fait part d'opinions constructives qu'elle communiquera à la Corée du Nord." La Russie s'est elle-même montrée très active, ses représentants aux pourparlers rencontrant dès le dimanche 7 décembre ceux de la Corée du Sud et des Etats-Unis, puis ayant le lendemain des discussions approfondies de près de deux heures avec les négociateurs nord-coréens.

 

Deuxièmement, le rôle de la Russie pourrait encore croître avec les discussions concernant l'instauration d'un mécanisme de paix et de sécurité en Asie du Nord-Est. Au cours des négociations du 8 au 11 décembre, la Russie a soulevé la question d'un "avant-projet pour les principes de base d'un mécanisme de sécurité et de paix en Asie du Nord-Est." Les principes fondamentaux exposés par la Russie et destinés à garantir des mesures de sécurité en Asie du Nord-Est ont été accueillis positivement par les autres pays et une réunion devrait avoir lieu en février 2009 à Moscou. La question de la mise au point d'un mécanisme de paix et de sécurité en Asie du Nord-Est est importante car un tel mécanisme servira de base à la tenue de pourparlers à six au niveau des ministres des Affaires étrangères, ce qui en garantira l'efficacité et donnera une nouvelle impulsion pour entrer dans la troisième phase des négociations, celle concernant l'abandon du programme nucléaire nord-coréen.

Il est à noter que, presque au même moment, pendant le
16e Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui s'est tenu à Helsinki les 4 et 5 décembre, la Russie a proposé l'organisation d'un sommet de l'OSCE pour un nouveau traité de sécurité européenne. De fait, l'OSCE a été incapable de prévenir l'agression de la Géorgie contre l'Ossétie du Sud, malgré la présence d'observateurs sur le terrain depuis les années 1990 et un premier conflit entre Ossètes et Géorgiens à la chute de l'URSS.

En plus de ce plan ambitieux pour la sécurité en Asie du Nord-Est, la Russie, qui porte de grands projets d'infrastructures énergétiques et de transport dans la région, respectera les engagements  pris lors des sessions antérieures des pourparlers à six et livrera l'aide promise à la Corée du Nord, invitant les quatre autres pays concernés à en faire autant.


Le vice-ministre des Affaires étrangères, chef de la délégation russe aux pourparlers, Alexei Borodavkine, a fait part de sa surprise suite à une déclaration américaine selon laquelle le Japon, la Russie, les Etats-Unis et la Corée du Sud avaient convenu d'un arrêt des livraisons d'énergie à la Corée du Nord jusqu'à ce que des progrès soient accomplis sur la vérification des activités nucléaires de Pyongyang. "Il n'y aura plus de livraison de fioul en l'absence d'un régime de vérification," a ainsi déclaré le porte-parole du département d'Etat américain, Sean McCormack. 
 

A cette déclaration intempestive, Borodavkine a répondu espérer que "toutes les parties aux pourparlers respecteront les accords existants", et que, en retour, Pyongyang abandonnera son complexe nucléaire de Yongbyon. "La déclaration du département d'Etat américain suite aux pourparlers à six de Pékin nous a surpris," a continué le vice-ministre russe, ajoutant que la délégation russe n'a jamais voulu suspendre l'aide énergétique promise.   

La Russie livrera donc à la RPDC un troisième lot de 50.000 tonnes de fioul en décembre, et finira de livrer son quota de 200.000 tonnes dans un futur proche. (sources : Hankyoreh, KCNA, RIA-Novosti, Voice of America)


 Les routes du pétrole et du gaz russes (source :  Philippe Rekacewicz, Cartographier le présent, 2007)

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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 18:13

Au cours de la visite effectuée par le président sud-coréen Lee Myung-bak à Moscou du 28 au 30 septembre 2008, la compagnie d'Etat sud-coréenne Korea Gas a signé un accord préliminaire avec Gazprom, la plus grande société gazière de Russie, pour l'importation de gaz russe.  La route pour l'acheminement de ce gaz reste néanmoins à déterminer. La solution la plus économique serait de faire passer un gazoduc par le territoire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

A partir de 2015, et pendant trente ans, la Corée du Sud prévoit d'importer 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel (valeur : 90 milliards de dollars) à partir de la Russie. Afin de réduire le coût de ses importations, qui pour l'essentiel arrivent par la mer, la Corée du Sud veut faire venir ce gaz en passant par le nord de la péninsule coréenne.

Le président-directeur général de Gazprom, Alexei Miller, a déclaré que, à l'issue d'une rencontre entre les présidents russe Medvedev et sud-coréen Lee Myung-bak, le 29 septembre 2008 à Moscou, les deux parties avaient convenu de "commencer à travailler sur la route à emprunter pour les livraisons de gaz destinées à la Corée du Sud" et que "ce travail consistera essentiellement à poser les principes de base de livraisons à long terme."

 Les routes du pétrole et du gaz russes (source :  Philippe Rekacewicz, Cartographier le présent, 2007)


"Transporter du gaz à travers le territoire nord-coréen peut représenter un risque pour la Corée du Sud", avertit Kim Jin-woo, chercheur au Korea Energy Economics Institute, basé à Séoul. "Mais ce projet contribuera aussi à apaiser les tensions dans la péninsule coréenne si la Russie parvient à persuader la Corée du Nord" d'accepter ce plan.
 

Un tel gazoduc pourrait rapporter jusqu'à 100 millions de dollars par an à la République populaire démocratique de Corée, selon une estimation du ministère sud-coréen de l'Economie de la connaissance.
 

D'une manière plus large, les présidents Medvedev et Lee ont déclaré vouloir mettre en oeuvre des projets de coopération économique impliquant les deux Corée et la Russie, à l'instar de la connexion du chemin de fer transcoréen avec le chemin de fer transsibérien, permise par la réhabilitation de la liaison entre le port nord-coréen de Rajin et la ville russe de Khasan.
 

Pour l'AAFC, de tels engagements de la part de la Russie et de la Corée du Sud, à cet instant précis, révèlent au moins deux évolutions importantes :

- après la crise du mois d'août dans le Caucase, et les tensions avec l'Europe occidentale qui ont suivi, la Russie comptera de plus en plus sur l'Asie orientale, et donc sur la péninsule coréenne, pour trouver des débouchés à ses ressources naturelles ;

- le blocage actuel des négociations à six sur le programme nucléaire nord-coréen affecte peu les projets de coopération économique intercoréens à moyen et long terme. Une délégation de l'AAFC a d'ailleurs pu le constater elle-même en visitant la
zone industrielle intercoréenne de Kaesong au mois de septembre. Il est utile de rappeler que le blocage des négociations est dû au non-respect de leurs engagements par les Etats-Unis et à leurs exigences exorbitantes non comprises dans l'accord initial.

 
(sources : Bloomberg, Choson Ilbo )

 

 

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 21:54

Les projets de coopération ferroviaire entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et la Fédération de Russie entrent dans leur phase concrète. Après l'accord signé en avril à Moscou, Russes et Coréens se sont entendus début août à Pyongyang sur toutes les questions juridiques et techniques qui y sont liées. 

 
En avril 2008, un accord était signé à Moscou entre la RPDC et la Russie prévoyant la réhabilitation de la liaison ferroviaire entre le port de Rajin, au nord-est du territoire nord-coréen, et la ville de Tumangang, sur la frontière russo-coréenne, la construction d'un terminal pour conteneurs dans le port de Rajin et une exploitation en commun de ce port.

Les 5 et 6 août, des discussions ont eu lieu à Pyongyang entre le ministère des Chemins de fer de la RPDC, représenté par le vice-ministre Kim Chol, une délégation de RJD, la société des chemins de fer russes, emmenée par son vice-président Alexei Mersiyanov, et la joint-venture russo-coréenne  Rason Transnational Container Transport (RasonKonTrans) créée à cette occasion.
Aux termes de l'accord russo-coréen signé le 6 août 2008, l'exploitation des 52 km de la ligne Rajin-Tumangang est confiée pour une durée de 49 ans à RasonKonTrans par la compagnie des transports ferroviaires Tonghae qui dépend du ministère nord-coréen des Chemins de fer.

Les travaux doivent commencer d'ici la fin de l'année, une cérémonie devant marquer le début de la reconstruction de la ligne Rajin-Tumangang et de la construction du terminal de Rajin.

Une fois en service, le chemin de fer entre Rajin et Tumangang sera intégré au réseau ferroviaire reliant l'Asie de l'est à l'Europe via le Transsibérien.

Les Russes et les Coréens envisagent aussi la possibilité de réhabiliter la ligne ferroviaire entre Rajin et Namyan, sur la frontière sino-coréenne, afin d'organiser le transport de marchandises vers la Chine. (sources : KCNA, RJD-Chemins de fer russes)

 

 

Autres articles consacrés aux chemins de fer entre Corée et Europe :

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