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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 21:42

Le 25 mai 2009, l'agence officielle de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) KCNA a rapporté que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait présenté ses condoléances à la famille de l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun, qui s'était suicidé deux jours plus tôt. Un geste qui contraste avec le jugement sévère des médias nord-coréens sur l'actuel président sud-coréen Lee Myung-bak, qui a rompu avec la politique d'ouverture au Nord mise en place par ses deux prédécesseurs démocrates.

Kim Jong-il, président de la commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) connaissait l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun : il l'avait accueilli à Pyongyang, en octobre 2007, lors du second sommet intercoréen au plus haut niveau.

La dirigeant Kim Jong-il a présenté ses condoléances à la famille de l'ancien chef d'Etat sud-coréen, qui s'est suicidé le 23 mai 2009. Selon l'agence nord-coréenne KCNA, le message de Kim Jong-il déclare : "En entendant la nouvelle que l'ancien président Roh Moo-hyun est décédé dans un accident, j'exprime mes profondes condoléances à sa veuve Kwon Ryang-suk et à sa famille endeuillée." Le terme "accident" est un euphémisme poli - évitant un autre mot connoté péjorativement qui est utilisé pour "suicide", et qui a été largement employé par la presse (conservatrice) sud-coréenne, en suscitant la colère des partisans de Roh Moo-hyun et d'une large partie de l'opinion publique du Sud de la péninsule. 

La veille, les médias nord-coréens avaient rendu compte du suicide de l'ancien président Roh Moo-hyun en soulignant l'acharnement judiciaire dont il avait été la cible : selon KCNA, "les médias locaux et étrangers ont rapporté les motifs de sa mort au fardeau psychologique créé par les enquêtes coercitives du ministère public", alors que l'ancien président avait été auditionné pour des affaires de corruption impliquant des membres de sa famille.

Le Parti démocrate, regroupant les partisans de Roh Moo-hyun, s'était interrogé sur les recherches judiciaires particulièrement approfondies menées à l'encontre de l'ancien président de la République, à l'initiative du ministère public, après le succès de l'opposition à l'élection présidentielle. Au demeurant, l'enquête où il était cité a été clôturée après la nouvelle de sa mort, bien qu'elle ne le visât pas directement, mais mît en cause plusieurs de ses proches.

Alors que Roh Moo-hyun avait poursuivi la politique d'ouverture au Nord - dite du "rayon de soleil" - de son prédécesseur Kim Dae-jung, son successeur Lee Myung-bak (conservateur) l'a abandonnée, étant qualifié par les médias nord-coréens de "traître" et de "sycophante des Etats-Unis". Roh Moo-hyun avait dénoncé comme stérile cette politique de confrontation, dont les résultats ont été l'interruption de plusieurs projets phares de coopération intercoréens - notamment la ligne ferroviaire intercoréenne, et le tourisme sud-coréen dans les Monts Kumgang (au Nord) - avant que Pyongyang ne déclare caducs les accords politiques et militaires Nord-Sud, le 30 janvier 2009.

La question des condoléances est par ailleurs un sujet sensible dans les relations intercoréennes : en juillet 1994, le président sud-coréen Kim Young-sam avait refusé de présenter des condoléances après le décès du président Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée, contrairement - par exemple - aux dirigeants américains. Selon les observateurs, cette attitude avait été ressentie comme un camouflet par les Nord-Coréens et avait gelé pour plusieurs années les progrès dans le dialogue intercoréen, alors que, avant le décès du Président Kim Il-sung, les médias sud-coréens faisaient état de la préparation d'une rencontre entre les deux dirigeants du Nord et du Sud. Il avait fallu finalement attendre juin 2000, après l'élection de l'opposant Kim Dae-jung à Séoul, pour que se tienne le premier sommet historique intercoréen au plus haut niveau, avant que Roh Moo-hyun ne représente le Sud lors de la deuxième rencontre intercoréenne, en octobre 2007. Le second et dernier sommet intercoréen... jusqu'à quand ?

Sources : AAFC, AFP.

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 23:57

Si les Nord-Coréens ayant fait défection en Corée du Sud sont devenus l'un des thèmes récurrents des documentaires occidentaux sur la Corée du Nord, les défections au Nord de Sud-Coréens, peu connues, ont également été fréquentes, depuis la partition de la péninsule coréenne en 1948. Le passage au Nord d'un leader religieux du Sud, Oh Ik-jae, en 1997, avait alors créé un choc politique en Corée du Sud.

Août 1997. A quelques mois d'une élection présidentielle qui devait, en Corée du Sud, marquer la première alternance démocratique avec l'arrivée au pouvoir de Kim Dae-jung, une des principales figures religieuses en Corée du Sud, M. Oh Ik-jae, réapparaît en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Quelques mois plus tôt, Oh Ik-jae, âgé de 68 ans, était encore conseiller aux affaires religieuses du parti de Kim Dae-jung. Auparavant, il avait dirigé pendant cinq ans, jusqu'en 1994, l'église Chondogyo, religion syncrétique formée à la fin du dix-neuvième siècle au confluent d'influences confucéenne, bouddhiste et chrétienne. Elle s'est notamment inspirée de la révolte paysanne, nationale et anti-féodale du Tonghak, en 1894.

A son arrivée à Pyongyang, Oh Ik-jae a déclaré à l'agence officielle nord-coréenne KCNA "Je pense que c'est un honneur infini d'être venu dans cette merveilleuse société dirigée par le général Kim Jong-il". Pris en charge médicalement, il a loué le système gratuit de santé de la RPD de Corée et également déclaré vouloir oeuvrer à la réunification de la Corée.

La majorité conservatrice, alors au pouvoir à Séoul, a exigé une clarification de Kim Dae-jung sur sa position vis-à-vis de la Corée du Nord, alors qu'il est maintenant avéré que le choix de M. Oh était individuel. Pour sa part, l'église Chondogyo avait souligné sa prise de distance avec Oh Ik-jae depuis 1994. L'église Chondogyo, qui compte quelque un million de membres au Sud, est également présente au Nord de la péninsule, avec quelque 50.000 fidèles. D'inspiration chondoïste, le parti Chondogyo-Chong-u est d'ailleurs l'un des trois partis politiques représentés à l'Assemblée populaire suprême de la République populaire démocratique de Corée. En 1950, les partis chondoïstes du Nord et du Sud de la Corée s'étaient unifiés, et avaient pris position en faveur de la Corée du Nord.

Alors que les défections au Nord, de Sud-Coréens sont traditionnellement présentées à Séoul comme des "enlèvements" afin d'en minimiser la portée, cette thèse n'avait pas pu être défendue dans le cas de M. Oh. Si ce dernier avait été présenté comme un espion de longue date de la Corée du Nord, un journaliste américain du New York Times, Nicholas D. Kristof, a souligné que
rien ne permettait non plus d'étayer cette hypothèse, pourtant largement diffusée par les médias sud-coréens, conservateurs dans leur grande majorité.

Dans la compétition entre les deux Etats coréens pour s'affirmer comme le seul représentant légitime de toute la péninsule, les défections ont toujours été largement médiatisées par le camp bénéficiaire du ralliement. Elles ne sont ni nouvelles, ni exceptionnelles : après la Libération de la péninsule coréenne, en 1945, les collaborateurs des Japonais et les représentants des classes les plus riches ont gagné en nombre le Sud de la péninsule, alors que la zone de séparation du trente-huitième parallèle était facile à franchir. A contrario, des intellectuels, notamment des écrivains et la plupart des représentants de la génération des fondateurs du cinéma coréen dans l'entre-deux-guerres, ont rejoint le Nord, de même que de nombreux anonymes, paysans et ouvriers, attirés par les
réformes sociales de la République populaire démocratique de Corée, notamment la réforme agraire. Sous le régime militaire en Corée du Sud (1961-1987), des dirigeants politiques et syndicaux, menacés par le pouvoir, ont également gagné le Nord.

Les difficultés économiques de la Corée du Nord pendant la dure marche, alors que la Corée du Sud offrait des conditions matérielles plus avantageuses, a orienté les flux migratoires dans un sens Nord-Sud, à partir de pays tiers, depuis les années 1990, à l'instar des migrations économiques observées dans d'autres parties du monde. Une proportion significative - mais difficile à évaluer - de Nord-Coréens ayant fait défection au Sud a toutefois choisi de retourner au Nord, ne s'habituant pas au mode de vie du Sud, et étant en butte à des comportements discriminatoires.


Dans ce contexte, les défections récentes de Sud-Coréens au Nord présentent un caractère plus exceptionnel que par le passé : le cas de Oh Ik-jae n'est toutefois pas isolé, alors que le commandement militaire sud-coréen a par exemple reconnu, en 2004, que
des dégradations dans la barrière de barbelés avec le Nord étaient le fait non d'agents communistes infiltrés, mais d'un Sud-Coréen ayant rejoint le Nord.

Sources : AAFC, The New York Times

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 10:31

Les opérations de piraterie dans les eaux somaliennes sont, malheureusement, devenues monnaie courante. Elles prennent un relief particulier lorsque, dans un contexte de relations intercoréennes particulièrement tendues, un vaisseau battant pavillon de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a été secouru par une unité de la République de Corée (du Sud).

Lundi 4 mai 2009. Un vaisseau de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) opérant en eaux somaliennes, dans le couloir de transit recommandé internationalement, lance un appel d'alerte, car menacé par des pirates somaliens.

C'est un navire de guerre sud-coréen, le Munmu le Grand, opérant dans le golfe d'Aden, qui répond, en dépêchant un hélicoptère Linx, dont l'arrivée met en fuite les pirates. Selon l'unité sud-coréenne, le navire nord-coréen l'aurait remercié pour son intervention.

Alors que l'Etat somalien n'est plus fonctionnel depuis 1991, les opérations de piraterie dans les eaux somaliennes se sont multipliées dans cette région parmi les plus déshéritées du monde, avec le soutien de l'Etat autonome auto-proclamé du Puntland, au Nord-Est de la Somalie.

Spectaculaire de par les acteurs qu'elle a impliqués, alors que le dialogue intercoréen est au plus bas depuis plus de dix ans, l'opération du 4 mai est malheureusement devenue banale : depuis le début de l'année 2009, plus d'une vingtaine d'actes de piraterie ont été recensés dans les eaux somaliennes.

L'unité sud-coréenne agissait dans le cadre d'une force multinationale, sous commandement américain, montrant aussi l'intérêt des grandes puissances à se positionner dans une zone d'intérêt stratégique majeur. Cependant, face à des actes tels que le piraterie maritime, la solidarité internationale est un principe constant, comme en a témoigné l'intervention sud-coréenne. L'AAFC espère que celle-ci permettra également d'infléchir la politique intercoréenne du président Lee Myung-bak, dont l'intransigeance vis-à-vis de Pyongyang a entraîné une grave dégradation des relations intercoréennes.  

Source :Xinhua.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 11:00

Dimanche 19 avril 2009, le ministère sud-coréen de la Réunification a annoncé qu'il acceptait la proposition de la Corée du Nord, formulée la veille, d'une rencontre à propos de la zone industrielle conjointe de Kaesong. Cette rencontre Nord-Sud, qui aurait lieu mardi 21, sera la première à ce niveau depuis plus d'un an.

Faut-il y voir le signe d'un infléchissement de la politique intercoréenne du gouvernement Lee Myung-bak ? En tout cas, c'est la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui a été à l'initiative d'une reprise du dialogue intercoréen, en proposant le samedi 18 avril 2009 une réunion conjointe à propos de la zone industrielle de Kaesong (photo Alain Noguès, usine de confection textile ShinWon, 12 septembre 2008), au nord de la zone démilitarisée, où des entreprises sud-coréennes emploient des ouvriers nord-coréens, et devenue un des projets phares de la coopération intercoréenne. Dès le lendemain, le porte-parole du ministère sud-coréen de la Réunification, Lee Jong-joo, a annoncé la réponse positive de Séoul : une délégation sud-coréenne se rendra à Kaesong mardi 21 avril. C'est la première rencontre Nord-Sud à ce niveau depuis plus d'un an. L
'ordre du jour des discussions n'était toutefois pas encore connu.

Issue d'un accord d'août 2000 entre Hyundai Asan et les autorités nord-coréennes, la zone industrielle conjointe de Kaesong s'est mise en place à partir de juin 2003. Selon les données du ministère sud-coréen de la réunification, en juin 2008, 72 entreprises sud-coréennes - principalement des petites et des moyennes entreprises - employaient déjà 30.000 travailleurs nord-coréens et 1.000 travailleurs sud-coréens. Entre décembre 2004 et mai 2008, la valeur totale de la production du complexe industriel, étendu en décembre 2007, s'élevait à 370 millions de dollars (dont 80 millions de dollars exportés).

Alors que les autorités sud-coréennes devaient initialement annoncer ce dimanche que
Séoul rejoignait l'initiative de sécurité contre la prolifération (PSI) suite au lancement du satellite nord-coréen Kwangmyongsong-2, contribuant ainsi à une nouvelle étape dans la dégradation des relations intercoréennes, cette décision a été différée. L'AAFC espère que Séoul se gardera de toute nouvelle provocation dans l'escalade Nord-Sud, en évitant de rejoindre la PSI. (Sources : AFP, ministère sud-coréen de la Réunification)

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 17:04

Suite à l'annonce du prochain lancement d'un satellite par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le gouvernement sud-coréen envisage de participer à l'Initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (Proliferation Security Initiative, PSI). Lancée en mai 2003 par l'administration Bush, la PSI vise à empêcher la prolifération des armes de destruction massive, de leurs vecteurs et des matériels connexes, grâce à des efforts d’interdiction renforcés. La PSI est aussi – surtout? - un élément clé du dispositif d'encerclement de la RPDC par les Etats-Unis et leurs alliés ravalés au rang de supplétifs. Si, au mépris de tous les accords Nord-Sud, la PSI est effectivement mise en oeuvre par l'administration du président conservateur Lee Myung-bak, les tensions pourraient s'exacerber un peu plus autour de la péninsule coréenne.

Actuellement, 91 pays participent à l'Initiative de sécurité contre la prolifération et cherchent eux-mêmes à obtenir la participation la plus large possible des autres Etats ou des organisations internationales. Une telle participation repose sur l’adoption de la Déclaration sur les principes d’interception arrêtés à Paris les 3 et 4 septembre 2003. Cette déclaration proposait différents types d’engagement politiques, en particulier ceux de ne pas contribuer à des transports proliférants, de les intercepter le cas échéant et de coopérer à cette fin, en particulier dans le cas où les pays concernés n’ont pas eux-mêmes les moyens d’agir.

La Corée du Sud n'adhère pas aux « principes de Paris » et a seulement un statut d'observateur. Suite aux demandes répétées de l'administration Bush, elle a bien fini par s'engager dans cinq des huit activités de la PSI, mais, en dépit des appels constants des Etats-Unis à une plus grande participation, la Corée du Sud refuse toujours de se joindre aux trois activités restantes : elle ne fournit pas de soutien matériel aux opérations d'interdiction menées dans la région, elle ne fournit pas de soutien matériel à de telles opérations menées en dehors de la région, et elle refuse d'annoncer officiellement sa participation à l'Initiative de sécurité contre la prolifération.

Une participation pleine et entière de la Corée du Sud à la PSI pourrait facilement mener à un désastre dans les relations intercoréennes. En effet, quand un navire suspect de transporter du matériel lié aux armes de destruction massives - des substances nucléaires, par exemple - pénètre dans les eaux territoriales d'un pays participant officiellement à la PSI, ce pays doit mobiliser son armée et ses garde-côtes, stopper le navire et le fouiller. Si cette recherche permet de trouver du matériel interdit, le pays est habilité à prendre des mesures de confiscation ou d'expulsion.


 Exercice Adriatic Shield 08 mené en mai 2008 au large de la Croatie
dans le cadre de l'Initiative américaine de lutte contre la prolifération (photo : Getty Image)



La Corée du Nord est une cible majeure de l'Initiative de sécurité contre la prolifération voulue par les Etats-Unis. Si elle défend sa souveraineté et s'oppose à l'interception d'un de ses navires, un affrontement armé pourrait survenir avec la Corée du Sud. Dans une étude publiée en octobre 2006, juste après l'essai nucléaire effectué par la RPDC, l'Institut coréen pour les analyses de Défense (Korea Institute for Defense Analyses, KIDA) avertissait que « la réponse de la Corée du Nord à la PSI sera offensive et omnidirectionnelle » afin de gêner la participation de la Corée du Sud à cette initiative. Le 27 octobre 2006, Yu Myung-hwan, l'actuel ministre sud-coréen des Affaires étrangères et du Commerce qui était à l'époque premier vice-ministre, expliquait devant l'Assemblée nationale la non-participation de la Corée du Sud à la PSI par « la forte possibilité d'accrochage militaire due à la situation de confrontation armée » prévalant dans les eaux entourant la péninsule coréenne.

Un soutien matériel sud-coréen à des opérations d'interdiction, que ce soit dans la région ou en dehors, pourrait aussi donner l'impression d'une coopération de la Corée du Sud à un blocus de la Corée du Nord. Si des forces militaires multinationales et des bâtiments des garde-côtes convergent pour fouiller un navire entré dans les eaux territoriales sud-coréennes ou même dans les eaux environnantes, la Corée du Nord pourrait répondre à cette provocation en mobilisant ses propres forces navales. Outre un risque accru d'affrontement naval entre le Nord et le Sud, la participation complète de la Corée du Sud à l'initiative américaine de lutte contre la prolifération pourrait aussi avoir un impact négatif sur les pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

C'est pourquoi le gouvernement de l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun avait tracé une ligne claire quand la possibilité d'une totale participation de la Corée du Sud à la PSI fut examinée dans le cadre de sanctions contre le Nord après son test nucléaire de 2006 : « Nous voulons décider du niveau des mesures liées à une plus grande participation à la PSI, en ayant pour principe de ne prendre aucune mesure destinée à un blocus maritime de la Corée du Nord », avait alors précisé le conseiller à la Sécurité nationale de la présidence sud-coréenne.

Depuis l'élection du président conservateur Lee Myung-bak, en décembre 2007, ce principe a évolué. En janvier 2008, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce faisait ainsi état dans un rapport destiné à l'équipe présidentielle de transition de « la nécessité d'examiner la participation officielle [de la Corée du Sud] en tant que pays adhérant à la PSI. » En février 2008, le ministre de la Défense, Lee Sang-hee, fit allusion à une participation totale à la PSI en déclarant devant une commission d'enquête de l'Assemblée nationale sud-coréenne que, « avec la Corée du Nord développant des missiles à longue portée et des capacités nucléaires, le temps est venu de réexaminer la participation militaire [de la Corée du Sud] à la PSI. » Enfin, le 19 mars 2009, un haut responsable du gouvernement sud-coréen n'a pas hésité à prévenir que, « si la Corée du Nord lance un satellite comme annoncé, la politique du gouvernement sur la PSI changera de façon significative. » Ce haut responsable sud-coréen est présenté par le Hankyoreh qui rapporte ses propos, comme très impliqué dans la préparation des contre-mesures suite à l'annonce du lancement d'un satellite par la RPDC.

Interrogé par The Korea Herald, principal quotidien sud-coréen de langue anglaise, qui voulait savoir si le lancement d'un satellite par la Corée du Nord pousserait Séoul à participer entièrement à la PSI, le ministre des Affaires étrangères Yu Myung-hwan a dit envisager cette possibilité. Yu a néanmoins ajouté que le gouvernement devrait se montrer « prudent » et prendre en compte « les circonstances particulières de la péninsule coréenne. »

Les partis d'opposition ont insisté sur la nécessité de prendre des mesures circonspectes compte tenu des relations intercoréennes. Moon Hak-jin, député du Parti démocratique et membre de la commission des Affaires étrangères, du Commerce et de la Réunification, a ainsi déclaré avoir « l'impression que le gouvernement se précipite. » La porte-parole du Parti démocratique du travail, Woo Wi-young, a pour sa part critiqué l'utilisation de la PSI comme « tactique de riposte » au lancement d'un satellite nord-coréen, affirmant que cela « n'aide pas du tout à résoudre la situation de tension dans la péninsule coréenne. » Le porte-parole du Nouveau Parti progressiste, Kim Jong-cheol, a quant à lui demandé au gouvernement de renoncer à son projet d'examiner la participation de la Corée du Sud à la PSI. « Ce n'est pas de la PSI dont nous avons besoin, a déclaré Kim Jong-cheol, mais d'un dialogue sincère pour sortir du durcissement des relations intercoréennes. »

Selon plusieurs députés de l'opposition sud-coréenne et des spécialistes des questions nord-coréennes, le gouvernement essaie d'utiliser le lancement prévu d'une fusée par la RPDC comme prétexte à une participation complète à l'initiative américaine de lutte contre la prolifération. Certains ne manquent pas de s'interroger sur les motifs d'une telle décision qui n'a que des inconvénients. Kim Yeon-cheol, directeur de l'Institut Hankyoreh pour la paix, rappelle ainsi que « l'accord intercoréen sur le transport maritime ne vise pas seulement à promouvoir la coopération maritime mais aussi à prévenir les affrontements militaires en mer. La participation du Sud à la PSI pourrait entraîner une protestation du Nord et invalider l'accord sur le transport maritime, avec pour conséquence d'accroître le risque d'accrochages militaires. » Pour Kim Yeon-cheol, la participation totale de la Corée du Sud à la PSI reviendrait à autoriser des opérations militaires internationales conjointes dans les eaux territoriales coréennes. « Cela ne provoquera pas seulement une vive réaction du Nord, mais aussi de la Chine et de la Russie. » (sources : The Hankyorehministère français des Affaires étrangères, AAFC)


Nombre d'essais nucléaires effectués dans le monde entre 1945 et 2006

L'Afrique du Sud et Israël auraient conduit au moins un essai en commun en 1979.

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 17:26

Le 27 février 2009, le ministre sud-coréen de la Réunification a refusé la visite au Nord de trois délégués du Comité pour la mise en oeuvre de la déclaration conjointe du 15 juin. Une décision qui s'inscrit dans une politique claire de limitation des échanges intercoréens de personnes du gouvernement Lee Myung-bak et de son nouveau ministre "de la Réunification", Hyun In-taek.

Opposé à la politique du rayon de soleil qui a permis de traduire en actes concrets le dialogue intercoréen il y a déjà plus de dix ans, le nouveau ministre "de la Réunification" de Lee Myung-bak, Hyun In-taek, entré en fonctions le 12 février 2009, n'a pas tardé à imprimer sa marque dans la remise en cause d'un des fondements des relations Nord-Sud : les échanges de personnes. 

Le 27 février, le ministère de la Réunification a en effet refusé la visite au Nord d'une délégation de trois personnes du Comité sud-coréen pour la mise en oeuvre de la déclaration du 15 juin, dont le président de la section des jeunes et des étudiants. Il s'agissait d'une traditionnelle rencontre de travail annuelle. La fédération des conseils universitaires d'étudiants a dénoncé cette décision, dans un communiqué publié le 2 mars. L'AAFC se joint pleinement à ces protestations.

Cette décision illustre la duplicité du discours des autorités sud-coréennes : tout en se prétendant attachées aux droits de l'homme, elles remettent en cause un principe fondamental : la liberté de circulation. Plus encore, alors que la séparation de millions de familles, du fait d'une division imposée aux Coréens par les grandes puissances il y a plus de soixante ans, constitue le problème humain le plus urgent à résoudre dans la péninsule coréenne, le gouvernement Lee Myung-bak conduit une politique de négation du droit humain à vivre ensemble. En visant les échanges intercoréens de personnes, les autorités sud-coréennes sapent les bases d'une réunification de la Corée : celle-ci ne peut se fonder que sur une meilleure compréhension réciproque, par des échanges toujours plus nombreux entre Sud et Nord-Coréens.

Il ne s'agit pas d'une question politique, mais de répondre aux aspirations profondes des Coréens du Sud, du Nord et de la diaspora, qui forment un seul peuple, une seule communauté au-delà des différences de systèmes économique, social et politique, ainsi que le proclame le troisième point de la déclaration commune Nord-Sud du 15 juin 2000, en affirmant la volonté "
d'échanger des groupes de visite de familles et de proches dispersés et de résoudre au plus tôt le problème des anciens prisonniers de guerre non convertis et d'autres problèmes humanitaires."

La décision ayant visé le Comité sud-coréen pour la mise en oeuvre de la déclaration du 15 juin n'est pas isolée. De fait, les statistiques du ministère sud-coréen de la Réunification traduisent un net repli des échanges intercoréens de personnes en 2008 :

- après la décision du Sud de suspendre les visites dans les monts Keumgang, en juillet dernier, ceux-ci ont atteint 199.966 sur l'ensemble de l'année 2008 (contre 345.006 en 2007), soit le niveau le plus bas depuis 2003 ; cette baisse n'a pas été compensée par la hausse du tourisme intercoréen à Kaesong (103.122 en 2008), qui n'a commencé qu'en fin d'année 2007, à l'initiative du précédent gouvernement (démocrate) de Roh Moo-hyun ;

- les réunions de familles séparées, qui ont cessé en 2008 au niveau intergouvernemental, sont restées à un niveau très faible s'agissant des initiatives du secteur privé.

- la seule évolution favorable concerne les échanges globaux de personnes : 186.775 en 2008 (contre 159.214 en 2007), sous la seule réserve - de taille - que les visites de Nord-Coréens au Sud ont été divisés par trois (de 1.044 à 332).

Non seulement Lee Myung-bak refuse politiquement le dialogue intercoréen, mais il mène une politique de négation des droits humains qui ne peut que déchirer le coeur de tout militant progressiste, sincèrement attaché à la réunification. (Sources : AAFC,
KCNA, ministère sud-coréen de la Réunification)


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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 00:01

Après son audition par l'Assemblée nationale sud-coréenne le 9 février 2009, le nouveau ministre de la Réunification, Hyun In-taek, a pris ses fonctions le 12 février. Cet ancien professeur d’université âgé de 55 ans avait été nommé par le président Lee Myung-bak le 19 janvier. L'arrivée de Hyun à la tête du ministère en charge des relations intercoréennes provoque des réactions mitigées en Corée du Sud : sa qualité d’expert des questions internationales et sa proximité avec le président créent une certaine excitation, mais ses idées conservatrices et le fait qu’il accorde davantage de valeur à l’alliance entre la Corée du Sud et les Etats-Unis qu’aux relations intercoréennes suscitent de l’inquiétude. Personnalité controversée, Hyun a surtout réussi à réunir les critiques contre lui.

Le porte-parole de la présidence sud-coréenne a expliqué le choix du professeur Hyun In-taek comme ministre de la Réunification par le " rôle moteur " qu'il a joué dans la conception du plan " Vision 3.000 : dénucléarisation et ouverture ". Ce plan, au coeur de la politique nord-coréenne suivie par le président Lee Myung-bak, veut porter le revenu nord-coréen par habitant à 3.000 dollars en dix ans en échange de la dénucléarisation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Pour la RPDC, le plan " Vision 3.000 " constitue une ingérence insupportable dans ses affaires intérieures, en contravention avec l’esprit des déclarations intercoréennes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. Même si Hyun nie aujourd'hui être l'architecte de " Vision 3.000 ", la politique du président Lee vis-à-vis de la Corée du Nord risque donc de rester la même et rien ne devrait être entrepris pour améliorer les relations intercoréennes et résoudre le différend actuel entre les deux Corée.

Au ministère de la Réunification, Hyun In-taek apparaît comme la mauvaise personne au mauvais endroit. C'est d'abord un " faucon " qui a soutenu la désignation de la Corée du Nord comme " principal ennemi " par le ministère de la Défense. Ensuite, il méconnaît les relations intercoréennes. La thèse de doctorat de Hyun était ainsi consacrée au partage des dépenses militaires entre la Corée du Sud et les Etats-Unis et il a seulement mené ses recherches dans le domaine de la sécurité nationale et de la politique internationale. Les deux principales faiblesses de Hyun à la tête du ministère de la Réunification sont donc son manque de compréhension du caractère unique des relations intercoréennes et son absence d'expertise sur la Corée du Nord. Pour un expert de la Corée du Nord cité par le quotidien sud-coréen Hankyoreh, " concevoir le plan 'Vision 3.000 : dénucléarisation et ouverture' était possible " pour Hyun car " il n'était pas familier avec la Corée du Nord et voit le Nord comme un problème diplomatique. "


Durant la campagne présidentielle de 2007, Hyun In-taek était le conseiller pour la politique étrangère du candidat Lee Myung-bak. En tant que spécialiste de politique internationale, Hyun a souvent été pressenti pour devenir le principal conseiller diplomatique du président, ou même ministre des Affaires étrangères. C'est d'ailleurs sur les conseils de Hyun – ce qu'il nie également aujourd'hui – que Lee Myung-bak avait envisagé de supprimer le ministère de la Réunification dès son élection. Les relations intercoréennes auraient alors été du ressort des Affaires étrangères. En effet, pour Hyun In-taek, " la question intercoréenne devrait être envisagée sous plusieurs angles parce que ce n'est pas seulement une question Nord-Sud mais aussi une question internationale... " Devant le tollé provoqué par ce projet, le président Lee avait dû reculer et maintenir un ministère de la Réunification mais la nomination de Hyun indique qu'il n’a pas totalement renoncé à faire des relations intercoréennes un sujet de politique étrangère. 

L'arrivée d’un " élément anti-réunification " à la tête du ministère en charge des affaires intercoréennes n'a fait que précipiter la décision de la RPDC de mettre fin, le 30 janvier 2009, à tous les accords visant à réduire les tensions politiques et militaires dans la péninsule coréenne. Dès le 25 janvier 2009, le Minju Joson, organe du gouvernement nord-coréen cité par l’agence officielle KCNA, n'avait pas de mots assez durs pour condamner la nomination de Hyun In-taek :

Lee Myung-bak cherche encore à détériorer les relations intercoréennes cette année en suivant sa ‘politique envers le Nord’, dont le principe central, ‘dénucléarisation, ouverture et 3.000 dollars’, a été condamné par tous les compatriotes.[…] La nomination de Hyun comme ministre de la ‘Réunification’ est ouvertement une provocation qui revient à déclarer que la Corée du Sud continuera à chercher la confrontation avec la RPDC. Lee a l’intention de forcer le Nord à changer d’attitude quant à la mise en œuvre des déclarations intercoréennes. Lee ne veut pas que les relations Nord-Sud s’améliorent, ni la paix, ni la réunification de la nation. Il cherche seulement une escalade supplémentaire de la confrontation entre compatriotes, cette année comme l’an dernier, et à pousser davantage les relations intercoréennes dans l’abysse de la confrontation et de la ruine. Maintenant que Lee a désigné Hyun, auteur de la ‘politique envers le Nord’ poussant les compatriotes à la confrontation, comme ministre de la ‘Réunification’, personne ne peut prédire les conséquences catastrophiques que subiront les relations Nord-Sud. "

Force est de constater que les premières décisions du ministère sud-coréen de la Réunification après la nomination de Hyun In-taek n’augurent rien de bon pour le rapprochement intercoréen. Le quotidien Hankyoreh rapporte ainsi que le 4 février, soit deux semaines seulement après la nomination de Hyun, le Comité Sud pour la réalisation de la déclaration conjointe du 15 juin (6.15 Gongdong Seoneon Silcheon Nam Cheuk Wiwonhoe) a été informé par le ministère du rejet de sa demande – déposée en octobre dernier – de pouvoir échanger des articles de presse avec son organisation homologue du Nord. Cette décision est la première du genre. En effet, le mensuel sud-coréen Minjok 21 échange déjà, depuis 2001, des articles avec l'hebdomadaire nord-coréen Tongil Sinbo, tandis que l'agence de presse sud-coréenne Yonhap News et l'agence nord-coréenne KCNA ont signé en 2006 un " accord de souscription ". Quant au site Internet sud-coréen Tongil News, il échange depuis 2007 des articles avec la Société éditoriale du 15 juin qui gère le site nord-coréen d'information Uri Minjok Kkiri.

En octobre 2008, lors de leur quatrième réunion tenue à Pyongyang, les représentants des organisations de médias du Nord et du Sud ont convenu d’échanger des articles, des photographies et des séquences filmées pour les diffuser sur le site Internet officiel du Comité Sud,
Tongil Eollon et sur le site nord-coréen Uri Minjok Kkiri. Mais prenant cette fois le prétexte d'une " atteinte à la sécurité nationale et à l’ordre public ", le ministère de la Réunification a refusé d’autoriser l'échange. En effet, le ministère craint qu'un échange entre organisations de médias, plutôt qu'entre entreprises de presse individuelles, soit utilisé par le Nord à des fins de propagande.

Le Comité Sud pour la réalisation de la déclaration conjointe du 15 juin n’est pas convaincu par les arguments du ministère. Le projet " n’a jamais été de seulement mettre en ligne des articles du Nord sur Tongil Eollon dès leur réception par courrier électronique ", explique Kim Gyeong-ho, membre du Comité Sud et président de l’Association coréenne des journalistes. " Chaque article est supposé être examiné par le ministère de la Réunification ", dit-il, écartant les inquiétudes concernant la sécurité nationale. " Nous pouvons seulement en conclure qu’en disant non à l’ensemble du programme, ils ont pris une décision politique liée au nom de notre Comité comprenant la mention ‘déclaration conjointe du 15 juin’, alors qu’ils pouvaient facilement approuver ou désapprouver chaque article ", regrette M. Kim. " Nous allons demander au ministère de révéler les raisons exactes et nous avons l’intention de faire appel de cette décision. " Il est difficile de savoir si Hyun In-taek est à l’origine de cette interdiction mais elle correspond en tout cas assez à ce qu’on sait de sa " vision " des relations intercoréennes…

Enfin, déjà fragilisé par ses positions sur les relations intercoréennes, le nouveau ministre de la Réunification doit maintenant faire face à des soupçons de fraude fiscale. Ainsi, au vu des registres de propriété et autres documents soumis au parlement pour la confirmation de sa nomination, le journal Hankyoreh révèle que, en 2006, Hyun a acquis pour 148,5 millions de wons (77.000 euros) un terrain appartenant à une société de taxi dirigée par ses parents dans la ville de Jeju. Différents documents montrent que le père et la mère de Hyun ont démissionné le lendemain de cette vente, les autres principaux postes de l’entreprise étant toujours détenus par des membres de la famille de Hyun In-taek. On a aussi appris qu’un des frères de Hyun avait acquis le même jour un autre terrain appartenant à l’entreprise de leurs parents. Ces deux acquisitions simultanées posent question : le père du ministre a-t-il permis que ses enfants héritent d’actifs de son entreprise sous forme d’achats de terrains ? Les transactions entre membres d’une même famille sont généralement considérées comme un " héritage illégal ", l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu du capital étant bien plus faibles que les droits de succession. En réponse à ces soupçons de fraude, un porte-parole de Hyun In-taek a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une transaction entre membres d’une même famille puisque Hyun aurait acheté le terrain dix jours après le départ de son père, alors que celui-ci avait transmis la gestion et les actifs de son entreprise à une tierce personne. Le nouveau ministre n’a toutefois jusqu'à présent fourni aucun détail sur les motivations de son achat, sur l’origine des fonds ayant servi à la transaction, sur le prix d’achat réel, et sur sa situation fiscale. (sources : Hankyoreh, KCNA)

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 21:00

Le vendredi 30 janvier 2009, la Commission pour la réunification pacifique de la Corée, à Pyongyang, a dressé le constat que, compte de la nouvelle politique intercoréenne de l'administration Lee Myung-bak,  tous les accords pour réduire les tensions politiques et militaires étaient annulés. Une déclaration intervenue aussi après l'annonce de la nomination de Hyun In-taek, artisan de la ligne de confrontation vis-à-vis du Nord de Lee Myung-bak, au poste de ministre de la réunification à Séoul.

La nouvelle administration néoconservatrice à Séoul veut-elle la réunification ? On peut en douter, au regard de la remise en cause par le président Lee Myung-bak des accords intercoréens du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, pourtant signés au nom des deux gouvernements.

Dans un communiqué publié le vendredi 30 janvier 2009, la Commission pour la réunification pacifique de la Corée, à Pyongyang, a pris acte de la politique de confrontation de Séoul, en déclarant notamment :

"Les relations intercoréennes ont atteint un niveau d'impasse tel qu'il n'est possible ni de les améliorer, ni d'espérer les remettre sur les rails. La confrontation entre le Nord et le Sud dans les domaines politiques et militaires a été poussée à de telles extrémités que les relations intercoréennes ont atteint le seuil de la guerre."

Observant que la politique de confrontation du Sud avait rendus nuls tous les accord conclus entre le Nord et le Sud, la commission pour la réunification observe ensuite que "dans une telle situation il est évident qu'il n'y a aucune nécessité pour la RPDC de rester liés par ces accords Nord-Sud", en en tirant les conclusions suivantes :

"Tout d'abord, tous les points d'accord pour mettre fin à la confrontation politique et militaire entre le Nord et le Sud sont annulés.

"Ensuite, l'accord [de 1991] sur la réconciliation, la non-agression, la coopération et les échanges entre le Nord et le Sud, et les points concernant la ligne de démarcation militaire dans la Mer de l'Ouest figurant en annexe, sont annulés." 

Des affrontements meurtriers, sur la ligne de démarcation (Northern Limit Line, NLL) de la mer de l'Ouest, sont intervenus au printemps 1999 et au printemps 2002. La NLL a été tracée unilatéralement en mer de l'Ouest par le commandement des Nations Unies, alors sous la houlette des Etats-Unis, à l'issue de la guerre de Corée (1950-1953) et n'a jamais été reconnue par le Nord. On notera que la déclaration vise explicitement les accords conclus dans les domaines politiques et militaires, à l'exclusion des accords économiques, notamment dans la
zone industrielle de Kaesong

Cette déclaration intervient après l'annonce de la nomination de Hyun In-taek, artisan de la ligne de confrontation vis-à-vis du Nord de Lee Myung-bak, au poste de ministre de la réunification à Séoul. (Sources : AAFC et 
KCNA, dépêche du 30 janvier 2009)

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 15:05

Du 6 au 9 décembre 2008, s'est tenu à Paris le forum de politique internationale Paris21, à l'initiative de plusieurs organisations progressistes sud-coréennes, dont la section parisienne du comité européen du Parti démocratique du travail et l'Institut de recherches coréennes du 21ème siècle. L'AAFC a été invitée à intervenir les 7 et 8 décembre. Nous publions ci-après l'intervention prononcée le 7 décembre par Benoît Quennedey, secrétaire général de l'AAFC, sur la réunification de la Corée et le rôle joué par l'AAFC en tant qu'organisation d'amitié et de solidarité entre les peuples français et coréen.

Soixante ans après la fondation des Etats rivaux de la République de Corée (au Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (au Nord), et dix-sept ans après la fin de la guerre froide, la persistance de la division de la Corée apparaît aujourd’hui comme un anachronisme.

 

En effet, le processus de division de la Corée après la Libération de l’occupation japonaise a été largement le fait des grandes puissances, et non du peuple coréen qui aspirait à conserver une unité politique ancienne de treize siècles. Les forces d’occupation américaines, au Sud, ont joué un rôle essentiel dans l’échec des discussions de la commission soviéto – américaine après 1945, pour rechercher une solution politique de compromis avec les Soviétiques, présents au Nord de la péninsule. Les Américains ont également appuyé Syngman Rhee dans sa prise de pouvoir autoritaire, pour laquelle il n’a pas hésité à s’appuyer sur les anciens collaborateurs des colonisateurs japonais : le premier acte de la division de la Corée a été la proclamation à Séoul de la République de Corée, le 15 août 1948, à l’issue d’élections séparées tenues dans la seule partie Sud de la péninsule, et boycottées par la plupart des partis d’opposition, de la gauche à la droite nationaliste.

 

L’antagonisme Est-Ouest disparu, n’était-il donc pas légitime d’espérer un processus rapide de réunification de la Corée ? Le peuple coréen partage une histoire, une langue et une culture communes plurimillénaire, au-delà des différences de systèmes politique, économique et social. Tout Européen ayant des contacts à la fois avec des  Sud et  des Nord-Coréens ne peut que confirmer sa surprise d’observer chez tous les Coréens les mêmes comportements, les mêmes réactions, la même aspiration à la réunification de leur patrie.

 

La division a perduré car elle s’est institutionnalisée, nourrie pendant des décennies par des relations de méfiance et d’hostilité, alimentées par l’effroyable guerre civile et internationale qu’a été la guerre de Corée. On ne surmonte pas aisément la peur de l’autre, surtout dans un pays marqué par une importance toute particulière pour les réseaux de solidarité régionaux, sociaux et familiaux. Quels que soient aujourd’hui les progrès sur le chemin de la réunification et de la compréhension mutuelle, il ne faut pas oublier que des millions de familles divisées sont sans nouvelles de leurs proches restés de l’ « autre côté », que les Coréens du Nord et du Sud ne peuvent pas se déplacer sans autorisation dans l’autre partie de la péninsule, ni même communiquer entre eux. En Corée du Sud, la loi de sécurité nationale punit pénalement de tels actes. Par ailleurs, la conduite régulière d’exercices militaires conjoints avec les Américains dans le Sud, où stationnent toujours près de 30.000 G.I., est une pomme de discorde persistante dans les relations intercoréennes.

 

Dans cet exposé liminaire aux travaux de notre atelier de travail, je souhaiterais simplement rappeler brièvement

 

(1)  les bases juridiques des échanges entre le Nord et le Sud, ainsi que les résultats déjà obtenus ;

(2)  la situation actuelle des relations intercoréennes après l’élection de Lee Myung-bak en Corée du Sud ;

(3)  le rôle que peuvent jouer les organisations progressistes, comme l’AAFC, pour encourager la réunification de leur patrie par les Coréens eux-mêmes.

 

I.          Indépendance, paix, grande union nationale : trois principes fondateurs des relations intercoréennes vers la réunification

 

A – Des principes communs

 

Le premier communiqué commun Nord-Sud a été signé dix-neuf ans après l’armistice marquant la fin de la guerre de Corée, le 4 juillet 1972. Bien que le programme qu’il prévoyait n’ait alors pas pu être mis en œuvre, il a défini les principes qui restent, jusqu’à nos jours, la pierre angulaire des relations intercoréennes, en vue de la réunification de la péninsule :

 

-    le principe d’indépendance : la réunification doit être l’œuvre des Coréens eux-mêmes, sans ingérence extérieure d’un autre pays ou d’une organisation internationale ;

-     le principe de paix : la réunification doit être réalisée de manière pacifique, sans recours aux armes ;

-     la grande union nationale : chacun des deux Etats s’engage à respecter les différences de systèmes politique, économique et social de l’autre partie.

 

Après la rupture du dialogue intercoréen suite à l’interruption des travaux du Comité de coordination Nord-Sud, dès juin 1973, il faudra attendre quinze ans pour une reprise des échanges, d’abord informels, à la fin de l’année 1988. La percée opérée en 1972 s’expliquait en effet largement par le besoin du général Park Chung-hee, président du Sud, d’affermir son pouvoir, avant un nouveau tournant autoritaire marqué par la proclamation de la Constitution « Yusin » en octobre 1972 et l’enlèvement par les services sud-coréens de l’opposant Kim Dae-jung durant l’été 1973.

 

En 1990, les « Pourparlers de haut niveau entre le Nord et le Sud de la Corée », tenus au niveau des Premiers ministres, conduisent à l’Accord de base intercoréen en 1991 et à la reconnaissance réciproque des deux Corée, qui font leur entrée aux Nations-Unies. Les principes posés en 1972 sont réaffirmés et précisés, en particulier la non-ingérence dans les affaires de l’autre partie.

 

L’alternance politique au Sud, après l’élection à la présidence de la République des candidats démocrates Kim Dae-jung (1997-2002) et Roh Moo-hyun (2002-2007), crée un climat favorable à l’approfondissement du dialogue intercoréen. La première rencontre au plus haut niveau entre les dirigeants du Nord, Kim Jong-il, et du Sud, Kim Dae-jung, se tient à Pyongyang, du 13 au 15 juin 2000. La déclaration commune du 15 juin 2000 conduit à un ensemble de projets concrets :

 

-    les échanges de personnes, y compris les réunions de familles séparées par la division ;

-    le développement des échanges économique, culturel, sportif et environnemental, de nature à créer des relations de « confiance mutuelle » ; 

-    l’institutionnalisation du dialogue intergouvernemental. 
   

La seconde rencontre au sommet Nord-Sud s’est tenue à Pyongyang, du 2 au 4 octobre 2007, entre le président Roh Moo-hyun et le dirigeant Kim Jong-il, président de la commission de la défense nationale de la RPD de Corée. La déclaration commune du 4 octobre 2007 prévoit des efforts conjoints de chaque partie pour inciter les autres protagonistes de la guerre de Corée (en premier lieu, les Etats-Unis et la Chine) à remplacer le régime d’armistice de 1953 par un traité de paix permanent. Par ailleurs, de nouveaux projets de coopération sont lancés dès la fin de l’année 2007 : l’ouverture au tourisme intercoréen de la ville de Kaesong, au Nord, et le rétablissement des liaisons ferroviaires intercoréennes.

 

B – Des politiques nationales différentes au Nord et au Sud

 

Les progrès du dialogue intercoréen depuis 1998 ont été rendus possibles par la mise en œuvre de mesures qui répondent à l’intérêt de tout le peuple coréen, malgré les projets différents des gouvernements sud et nord-coréens.

 

En Corée du Sud, les présidents démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun ont défini la politique du « rayon de soleil » (Sunshine policy), souvent comparée à l’Ostpolitik de Willy Brandt. Les Coréens du Nord, du Sud et de la diaspora forment une seule communauté ayant des intérêts communs. Dans cette perspective, il s’agit de développer des projets mutuellement avantageux, comme l’encouragement à un progrès économique commun. Cette approche a été théorisée et mise en œuvre alors que la Corée du Sud venait d’être ébranlée par la crise financière de 1997.

 

Pour prendre un exemple très concret, les entreprises sud-coréennes sont intéressées par des investissements au Nord, car elles peuvent ainsi bénéficier d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et moins coûteuse qu’au Sud, à quelques dizaines de kilomètres de Séoul. Pour sa part, le Nord acquiert des devises et développe des projets industriels de modernisation. A cet égard, il faut prendre en compte la situation économique de la Corée du Nord difficile depuis 1990, après la disparition des liens économiques privilégiés avec l’URSS et les démocraties populaires, et suite aux catastrophes climatiques (sécheresse et inondations entre 1994 et 1998, inondations de 2007) qui ont entraîné de graves pénuries alimentaires.

 

Dans cette perspective de dialogue, les autorités sud-coréennes s’efforcent d’éviter les sujets de confrontation – conformément au principe de non-ingérence dans la politique intérieure du Nord – pour mener des projets communs et réduire ainsi  progressivement les différences économiques, politiques et culturelles entre les deux Corée. Cette politique est notamment inspirée du précédent allemand, plus perçu comme un repoussoir que comme un modèle à suivre : la « réunification » allemande a été en fait une absorption de la République démocratique allemande par la République fédérale d’Allemagne, qui n’a pas comblé l’écart culturel entre les deux anciens Etats, tandis qu’une partie de l’opinion ouest-allemande a eu le sentiment de devoir payer un prix élevé pour la réunification.

 

En Corée du Nord, le Président Kim Il-sung et le Parti du travail de Corée ont appelé, dès 1948 puis à nouveau en 1950, à la formation d’un organe législatif unique, puis ont proposé en 1954 et 1958 de développer les échanges intercoréens et de permettre la liberté de circulation à travers l’ensemble du pays. Ces propositions ont été formalisées dans le projet de République (con)fédérale démocratique de Koryo (RFDK), lors du VIème Congrès du Parti du Travail de Corée, en octobre 1980 :

 

-     un comité permanent fédéral dirigeant l’Etat fédéral et devant conduire des projets communs au Nord et au Sud ;

-     une seule assemblée (formée à parité de représentants du Nord et du Sud, ainsi que de représentants des Coréens d’outre-mer) ;

-     une seule armée, réduite à 100.000 hommes.

 

La RFDK serait un Etat neutre, indépendant des blocs politiques et militaires (ce qui suppose le retrait des troupes américaines du Sud), respectant l’autonomie des gouvernements régionaux du Nord et du Sud.

 

Les déclarations communes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 sont compatibles tant avec les principes de la communauté, définie par le Sud, que de la confédération, proposée par le Nord, en retenant le noyau commun de ces deux propositions : le développement de politiques concrètes intercoréennes. De même, les comités conjoints – représentant en nombre égal le Nord et le Sud – respectent le principe de parité défini dans le projet de RFDK. La parité Nord-Sud semble toutefois plus difficile à accepter pour la Corée du Sud si elle devait s’appliquer à des organes communs de représentation, comme une assemblée délibérante, au regard  des différences de population entre le Sud (49 millions d’habitants) et le Nord (23 millions d’habitants), non compris les Coréens de la diaspora (dont le nombre peut être estimé à au moins 5 millions).

 

C – L’essor des relations intercoréennes depuis 1998

 

L’essor spectaculaire des relations intercoréennes depuis 1998 a atteint un niveau tel qu’il est aujourd’hui difficile d’envisager un retour à la situation antérieure, marquée par la quasi-absence de relations entre les deux pays :

 

-     s’agissant des visites entre les deux Etats, outre la réunion de plusieurs milliers de familles séparées, près de 2 millions de Sud-Coréens ont visité les montagnes de Diamant (monts Kumgang), au Nord, depuis 1998 ; par ailleurs, en moins d’un an, plus de 100.000 Sud-Coréens ont déjà visité Kaesong, l’ancienne capitale du royaume de Goryo (918-1392), située en RPD de Corée depuis la fin de la guerre de Corée ; ces deux projets touristiques sont menés dans le cadre de partenariats entre la RPD de Corée et Hyundai Asan, filiale du conglomérat sud-coréen Hyundai ;

-     au plan économique, la Corée du Sud est devenue, avec la Chine, un des deux principaux partenaires économiques de la Corée du Nord, tant en termes d’investissements (la zone industrielle de Kaesong emploie 30.000 ouvriers nord-coréens dans des usines sud-coréennes) que d’échanges commerciaux (1,8 milliard de dollars en 2007) ;

-     le rétablissement, pour la première fois depuis 1951, d’une liaison intercoréenne régulière pour le fret, depuis décembre 2007, ne fait plus des Sud-Coréens des « insulaires », selon le terme qu’ils utilisent eux-mêmes pour parler de l’étranger (« l’outre-mer ») : en cas de raccordement des réseaux russe, chinois et nord-coréen, la ligne ferroviaire Pusan-Marseille serait la plus longue au monde.

 

Les deux Corée ont mis en place des instances communes de dialogue intergouvernemental. C’est sous le drapeau de la Corée unifiée, représentant la carte de la Corée en bleu sur un fond blanc, que les équipes du Nord et du Sud ont défilé ensemble aux Jeux olympiques de 2000 et de 2004 (mais pas de 2008). Enfin, les pourparlers entre responsables militaires ont nettement réduit les tensions le long de la zone démilitarisée, la consolidation de la paix étant probablement un des acquis les plus durables du dialogue intercoréen.

 

Dans le domaine de la protection de l’environnement, la faune et la flore ont été préservées dans la zone démilitarisée, située à la frontière des deux Etats intercoréens, où stationnent les troupes de RPDC au Nord, sud-coréennes et américaines, au Sud. Lorsque les tensions militaires auront disparu, la création d’un espace naturel permettrait de continuer à protéger les espaces animales et végétales.

 

II.         La politique du président sud-coréen Lee Myung-bak : blocage durable ou provisoire dans le rapprochement intercoréen ?

 

A – De multiples points de blocage

 

L’élection du conservateur Lee Myung-bak à la présidence de la République en Corée du Sud, le 19 décembre 2007, a tout d’abord ouvert une période d’attentisme au Nord : quelle allait être la politique nord-coréenne du président Lee ? Ce dernier, tout en disant vouloir poursuivre le dialogue intercoréen, avait critiqué ses prédécesseurs pour ce qui était, selon lui, une politique de concessions sans contreparties envers le Nord.

 

Sa principale proposition était contenue dans le « Plan 3.000 » : la Corée du Sud aurait encouragé les transferts financiers et les investissements au Nord dont le produit intérieur brut aurait été porté, à moyen terme, à 3.000 dollars par an, en contrepartie, notamment, d’une accélération des réformes économiques engagées par Pyongyang depuis 2002.

 

Dans le même temps, l’administration Lee Myung-bak a resserré les liens avec les administrations américaine et japonaise.

 

Dans un éditorial du Rodong Sinmun, journal du Parti du travail de Corée, en date du 1er avril 2008, Pyongyang a mis en cause le « Plan 3.000 » comme une ingérence dans ses affaires intérieures, contraire aux principes du dialogue intercoréen, et a, plus fondamentalement, dénoncé ce qu’elle a considéré comme une politique d’aumône et d’assistance. De fait, le succès des échanges intercoréens a été fondé sur la conduite de politiques mutuellement avantageuses : tout en mettant en doute les avantages pour le Sud de la « politique du rayon de soleil », Lee Myung-bak semble vouloir modifier radicalement les rapports Nord-Sud, en cherchant à peser sur les orientations prises à Pyongyang par la promesse de transferts financiers. Une telle position est évidemment inacceptable pour la RPD de Corée. L’opposition sud-coréenne s’est faite fort de rappeler que les acquis du dialogue intercoréen se trouvaient ainsi gravement menacés.

 

Dans ce contexte, la mort d’une touriste sud-coréenne dans les monts Kumgang, tuée par un soldat nord-coréen, le 11 juillet 2008, après avoir pénétré dans une zone militaire, a entraîné la suspension des circuits touristiques intercoréens dans les montagnes de Diamant, Pyongyang ayant refusé de mener une enquête commune avec le Sud après cet incident tragique. Au printemps 2008, des cadres sud-coréens ont été expulsés de la zone industrielle de Kaesong, au Nord, tandis que la fermeture des voies d’échange intercoréennes à travers la zone démilitarisée peut mettre en péril l’avenir de cette zone industrielle.

 

B – La poursuite, malgré tout, des projets initiés depuis 1998

 

Malgré ces indéniables reculs, la poursuite des chantiers industriels à Kaesong et les progrès du tourisme intercoréen dans cette même ville tendent à montrer que l’hypothèse la plus probable est le gel de nouveaux projets de développement intercoréens, sinon jusqu’à la fin du mandat de Lee Myung-bak (prévu en décembre 2012), du moins jusqu’à un éventuel assouplissement de la ligne de fermeté de Séoul vis-à-vis de Pyongyang. En effet, le Sud est à l’origine de la nette dégradation du dialogue intercoréen : avant l’éditorial du 1er avril 2008 du Rodong Sinmun qui a manifesté la rupture consommée entre les deux gouvernements, c’est l’entourage de Lee Myung-bak qui avait refusé de rencontrer ses homologues du Nord, avant l’investiture du nouveau chef d’Etat sud-coréen fin février 2008.

 

Bien que le dialogue intergouvernemental se poursuive, les relations de confiance mutuelle qui ont permis l’essor des échanges intercoréens se sont nettement détériorées : la priorité serait aujourd’hui de dissiper les lourdes suspicions nées de la fermeté de l’administration Lee Myung-bak, par des déclarations et des politiques concrètes. Ainsi, ce dernier n’a toujours pas exprimé clairement sa volonté de respecter les déclarations communes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, sans toutefois les considérer ouvertement caduques.

 

Enfin, l’élection aux Etats-Unis du démocrate Barack Obama, favorable au dialogue avec Pyongyang, nécessitera pour l’administration Lee Myung-bak de s’adapter à cette nouvelle donne, alors que le président sud-coréen a été l’un des plus fermes soutiens de George W. Bush.

 

III.           Les tâches de l’AAFC et du mouvement progressiste

 

A – Un principe cardinal : pas d’ingérence dans les relations intercoréennes

 

Les Coréens ne souhaitent pas d’ingérence extérieure dans l’essor des relations intercoréennes : ce principe de base des déclarations des 15 juin 2000 et 4 octobre 2007 signifie qu’il n’est ni souhaité, ni souhaitable, que des organisations progressistes jouent un rôle d’intermédiaire entre le Nord et le Sud.

 

Néanmoins, la division de la Corée, un des derniers vestiges de la guerre froide, reste l’objet d’une profonde méconnaissance en Occident. Si, hier, la division de l’Allemagne ou, aujourd’hui, les relations israélo-palestiniennes sont des questions d’actualité majeures pour les journalistes occidentaux, la réunification de la Corée n’est pas un sujet aussi médiatique que la question nucléaire nord-coréenne. Celle-ci est pourtant indissociable du contexte de la division de la péninsule coréenne, où aucun traité de paix n’a été formellement signé depuis 1953. Techniquement, les deux Corée sont toujours en état de guerre.

 

Les organisations progressistes pourraient ainsi avoir d’abord pour tâche d’informer sur la situation réelle, et complexe, de la Corée, tout en soutenant les efforts du peuple coréen en vue de sa réunification.

 

B – Un exemple : les activités de l’AAFC

 

Fondée en 1969 par des personnalités venues de tous les horizons politiques (notamment gaullistes, communistes et socialistes), l’Association d’amitié franco-coréenne s’est donnée pour mission de développer les échanges entre la France et la Corée dans tous les domaines : politique, économique, social, culturel, sportif… A cette époque où les deux Corée ne se reconnaissaient pas mutuellement, les contacts de l’AAFC ont été privilégiés avec la République populaire démocratique de Corée. Puis les statuts de l’AAFC ont été modifiés en 1989 pour prendre en compte les évolutions politiques en Corée du Sud, ainsi que notre soutien aux forces démocratiques en Corée du Sud – y compris la part prise par l’AAFC dans la campagne internationale de soutien à l’opposant Kim Dae-jung, condamné à mort par la junte militaire, avant de devenir, un quart de siècle plus tard, le premier président sud-coréen à rencontrer son homologue du Nord.

 

L’AAFC est affiliée au Comité international de liaison pour la paix et la réunification en Corée (CILRECO) : en effet, notre conviction est que le développement des relations entre la France et la Corée, et notamment la RPD de Corée, est le meilleur garant de la pleine intégration de la RPD de Corée sur la scène internationale, ainsi que de la réunification future de la péninsule. La RPD de Corée souhaite en effet des coopérations non seulement avec sa voisine du Sud, mais aussi avec les autres pays industrialisés, et ce dans tous les domaines.

 

L’AAFC s’efforce de répondre à ces demandes de coopération, tout en mettant l’accent sur l’information quant à la situation réelle de la Corée, suite notamment au lancement de plusieurs sites Internet depuis février 2008 (site en français amitiefrancecoree.over-blog.org, site en coréen aafc-korea.over-blog.org, et site du comité régional de l’AAFC en Bourgogne aafc-bourgogne.over-blog.org).

 

La France est, avec l’Estonie, l’un des deux derniers pays de l’Union européenne à ne pas avoir de relations diplomatiques officielles avec la RPD de Corée : l’AAFC continue donc de plaider pour la reconnaissance diplomatique de la RPD de Corée, auprès du Président de la République Française, du ministère des Affaires étrangères, ainsi que des groupes parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat spécialisés dans les relations avec la RPD de Corée (deux des quatre membres de la présidence de l’AAFC étant eux-mêmes d’anciens sénateurs).

 

S’agissant des projets concrets, l’AAFC a par exemple favorisé des tournées du cirque de Pyongyang en Europe et encouragé des expositions artistiques ; plus récemment, elle a pris en compte, en 2007, la pratique du Taekwon-Do, le sport national de combat coréen, par quelque 60.000 Français pour encourager les échanges avec la Fédération Internationale de Taekwon-Do (ITF) à laquelle sont affiliés les athlètes nord-coréens ; par ailleurs, en décembre 2007, une soirée de solidarité avec les populations nord-coréennes sinistrées a été organisée dans les salons de Boffrand de la présidence du Sénat, en coopération avec le Secours populaire français.

 

Pour son quarantième anniversaire en octobre 2009, l’AAFC a d’ores et déjà invité en France une délégation nord-coréenne de l’Association d’amitié Corée-France, afin de faire avancer concrètement les projets de coopération économique, culturel, sportif et éducatif.

 

En conclusion, nous souhaitons souligner que le chemin vers la réunification de la Corée sera certes long et complexe, marqué par des avancées et des reculs, mais qu’il constitue un horizon atteignable pour tous les Coréens, et auquel peuvent contribuer l’ensemble des organisations progressistes.

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 20:09

Le lundi 24 novembre 2008, Pyongyang a annoncé, notamment, la suspension à compter du 1er décembre du trafic ferroviaire intercoréen, qui a repris il y a moins d'un an après cinquante-six années d'interruption. Faut-il y voir une remise en cause du dialogue intercoréen ? Au contraire, face à la fermeté de l'administration Lee Myung-bak, Pyongyang choisit de répondre à la confrontation par la confrontation, dans le but que soient appliqués les accords du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. Un choix délibéré de "diplomatie non conventionnelle" déjà testé, avec succès, sur le dossier nucléaire, puisque l'essai d'octobre 2006 avait contraint les Etats-Unis à accepter de s'asseoir à la table des négociations.

 

Que faire face à un partenaire qui refuse de négocier, ou qui pose des conditions inacceptables ? Les manuels de diplomatie recommandent habituellement de rechercher un terrain d'entente, en prenant en compte les positions de l'autre partie - tout au moins à un stade préliminaire, pour rétablir le dialogue.

 

La République populaire démocratique de Corée (RPDC) préfère, pour sa part, le choix d'une diplomatie non conventionnelle : il faut que l'autre partie prenne pleinement conscience des conséquences de son refus d'un dialogue acceptable pour les deux parties. Sinon, ce que l'autre partie présente comme un dialogue n'est, en réalité, qu'un diktat consistant à ne laisser d'autre choix qu'une capitulation inconditionnelle.

 

Pyongyang a déjà expérimenté la diplomatie non conventionnelle dans son bras-de-fer avec Washington sur la question des armes nucléaires (ci-contre le complexe de Yongbyon). Tout en réaffirmant la position de principe du président Kim Il-sung en faveur d'une péninsule coréenne dénucléarisée, Pyongyang rappelle qu'elle ne peut pas accepter de renoncer à l'arme par excellence de dissuasion du "faible au fort" que si elle dispose de garanties pour sa propre sécurité, et se voit réaffirmer son droit à accéder au nucléaire civil. Tel était le sens de l'accord-cadre passé avec l'administration Clinton, remis en cause par l'administration Bush. Pour George W. Bush, la RPDC devait renoncer à ses armes nucléaires de manière inconditionnelle et sans contrepartie. Face à diktat, Pyongyang a montré les conséquences de l'intransigeance US en procédant à son premier essai nucléaire, en octobre 2006. Face au constat d'échec de sa politique hostile, Washington a accepté de reprendre les négociations multilatérales sur le nucléaire nord-coréen, depuis l'accord de Pékin en février 2007. En d'autres termes, c'est l'essai nucléaire nord-coréen qui a conduit l'administration américaine à comprendre les contreparties que pouvait légitimement escompter Pyongyang de son renoncement aux armes nucléaires.

 

Le dialogue intercoréen offre un deuxième exemple de diplomatie non conventionnelle. Pyongyang a une position claire : le rapprochement doit se fonder sur la base des déclarations communes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. Pour sa part, depuis son entrée officielle en fonctions en février 2008, le nouveau président (conservateur) sud-coréen, M. Lee Myung-bak, louvoie : s'il ne met pas en oeuvre les accords Nord-Sud, il ne les dénonce pas explicitement non plus. Il prétend développer de manière exponentielle les échanges Nord-Sud dans le cadre de son "plan 3.000", qu'il a défini unilatéralement, mais il conditionne la manne promise à une ingérence dans la politique intérieure de Pyongyang, contraire à la déclaration du 15 juin 2000, et à un diktat vis-à-vis de Pyongyang sur le dossier nucléaire, qui relève pourtant de la sécurité de la RPDC et non du dialogue intercoréen.

 

Dans ce contexte, Pyongyang a choisi de répondre à la confrontation par la confrontation. Après la fermeture des monts Kumgang au tourisme intercoréen suite à la mort d'une touriste qui avait pénétré dans une zone militaire, le 11 juillet 2008, la RPDC revient progressivement sur chacun des acquis du dialogue intercoréen, tant que l'administration Lee Myung-bak refuse de réouvrir un dialogue dans des termes acceptables pour chacune des deux parties :

 

- restriction et interruption des points de passage terrestres, à compter du 1er décembre 2008 ;

- toujours à partir de cette date, suspension des liaisons ferroviaires intercoréennes, qui avaient repris il y a moins d'un an pour la première fois depuis 1951, en application de l'accord intercoréen du 4 octobre 2007 ;

- expulsion ponctuelle des Sud-Coréens travaillant au Nord dans la zone industrielle de Kaesong, où sont implantées des entreprises du Sud, ainsi que dans les monts Kumgang, si la présence ne s'avère pas "indispensable" ;

- restriction stricte des entrées de Sud-Coréens au Nord ;

- interruption des circuits touristiques sud-coréens dans la ville nord-coréenne de Kaesong.

 

Comme l'a précisé l'agence officielle nord-coréenne KCNA, il ne s'agit que d'une "première réponse à la grave situation qui prévaut dans les relations intercoréennes". D'autres contre-mesures sont donc à prévoir si le président Lee Myung-bak persiste dans une politique de confrontation méconnaissant les règles du dialogue intercoréen ; ainsi, selon Pyongyang, il aurait fait part, lors d'un voyage à Washington après l'élection de Barack Obama, de son but de réunifier la Corée selon un système de démocratie libérale, alors que les deux Etats coréens ont convenu depuis 1990 de s'abstenir de toute action tendant à remplacer le système politique, économique et social de l'autre partie.

 

La prochaine étape dans une riposte graduée pourrait être la fermeture du complexe intercoréen de Kaesong ou, pour le moins, le gel de son développement.

 

Si le président Lee Myung-bak veut sincèrement le rapprochement intercoréen, il doit s'abstenir de toute nouvelle mesure de provocation vis-à-vis du Nord et se prononcer clairement en faveur de l'application des déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, signées au nom de la Corée du Sud, et non à titre personnel par les présidents sud-coréens alors en exercice. Toute autre attitude signifierait sinon qu'il considère comme sans valeur les engagements pris par ses prédécesseurs au nom de la République de Corée.

 

Extrêmement impopulaire, Lee Myung-bak est invité à assouplir sa position vis-à-vis du Nord non seulement par l'opposition, mais aussi par bon nombre des députés de son propre parti... sauf à vouloir laisser sa marque dans l'histoire de la Corée comme le fossoyeur des relations intercoréennes. (AAFC, d'après AFP et KCNA)

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