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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 11:48

Le jeudi 13 août 2009 a été libéré un employé du groupe Hyundai Asan qui travaillait sur le site de Kaesong, détenu depuis près de cinq mois par les autorités nord-coréennes. Ce geste de conciliation de Pyongyang est intervenu suite à la venue de Mme Hyun Jeong-eun, présidente du groupe Hyundai, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette dernière a prolongé son séjour à plusieurs reprises dans l'espoir d'une rencontre avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il. Si la dégradation des relations politiques intercoréennes a entraîné un net ralentissement des activités de Hyundai Asan, filiale du groupe Hyundai, en Corée du Nord, une reprise des échanges intercoréens, par le biais du secteur privé sud-coréen, est clairement un des enjeux de la visite de Mme Hyun.

Faut-il y voir u
ne éclaircie dans les relations intercoréennes ? En tout cas, la visite en Corée du Nord, depuis le 10 août 2009, de Mme Hyun Jeong-eun, présidente du groupe Hyundai s'est d'ores et déjà soldée par la libération, le jeudi 13 août, de Yu Seong-jin, ingénieur de 44 ans du groupe Hyundai Asan, fililale du groupe Hyundai en charge notamment du développement de la zone industrielle intercoréenne de Kaesong (à droite, à son arrivée à Séoul, photo AFP). L'employé de Hyundai Asan était détenu depuis le 30 mars, accusé d'avoir critiqué la République populaire démocratique de Corée et incité à la défection une Nord-Coréenne travaillant dans la zone de Kaesong.

Ce geste des autorités nord-coréennes intervient peu après la grace par Kim Jong-il de deux journalistes américaines qui avaient pénétré illégalement en Corée du Nord, suite à une
rencontre entre Kim Jong-il et l'ancien président américain Bill Clinton. Si, ce samedi 15 août 2009, la présidente de Hyundai Asan vient de prolonger pour la quatrième fois son séjour en Corée du Nord dans l'espoir d'un contact direct avec le dirigeant nord-coréen, l'incertitude demeure quant à une éventuelle rencontre. En effet, l'ancien président américain est une personnalité politique, et par ailleurs Pyongyang souhaite établir un dialogue direct avec Washington. En outre, la proximité de la Corée du Sud de Lee Myung-bak avec son allié américain crée un obstacle supplémentaire à l'établissement de canaux non-gouvernementaux de dialogue intercoréen.

Nonobstant la libération de l'employé de Hyundai Asan, l'enjeu de la visite de Mme Hyun est une relance des échanges intercoréens, alors que les dirigeants du groupe Hyundai ont joué un rôle majeur dans la réconciliation intercoréenne par le renforcement des liens économiques. En juin 1998, le fondateur du groupe, Chung Ju-yung, alors président honoraire de Hyundai, s'était rendu en RPDC pour y amener 500 têtes de bétail. A l'issue d'une rencontre avec le président de la Commission de la Défense Nationale, Kim Jong-il, les monts Kumgang avaient été ouverts au tourisme intercoréen le 18 novembre 1998. Chung Mong-hun, le cinquième fils de Chung ju-yung qui avait succédé à son père à la tête de Hyundai, s'est suicidé le 4 août 2003, suite à un scandale dans lequel il était accusé d'avoir financé en secret le sommet intercoréen de juin 2000. Mme Hyun Jeong-eun, veuve de M. Chung Mon-hun, veut probablement s'impliquer elle aussi dans le développement des relations intercoréennes et honorer les combats de ses anciens mari et beau-père.

Au-delà de la libération de Yu Seong-jin, l'enjeu de la visite au Nord de Mme Hyun Jeong-eun est clairement la relance des échanges économiques intercoréens, en dehors des canaux du dialogue intergouvernemental, pour la plupart interrompus :

- s'agissant des programmes touristiques organisés par Hyundai Asan en Corée du Nord, pour lesquels le groupe sud-coréen a investi des centaines de millions de dollars, les circuits dans les Monts Kumgang sont suspendus depuis la mort d'une touriste le 11 juillet 2008 (photo à gauche, source Koreatimes : la présidente du groupe Hyundai, Mme Hyun Jeong-eun, pointe un rocher célèbre sur le pont Man-gyung, dans les monts Kumgang, en guidant le président du groupe des ascenseurs Schindler, M. Alfred N. Schindler, octobre 2007) ; les visites par les Sud-Coréens de la ville de Kaesong, ancienne capitale du royaume de Koryo, sont arrêtées depuis décembre 2008, enfin, l'ouverture au tourisme du Mont Paektu, à la frontière sino-coréenne, envisagée suite à l'accord intercoréen du 4 octobre 2007, n'est plus à l'ordre du jour ; 

- des incertitudes pèsent sur l'avenir de la zone économique intercoréenne de Kaesong, également gérée par Hyundai Asan, où une centaine d'entreprises sud-coréennes emploient 40.000 ouvriers nord-coréens,
en l'absence d'accord sur la très forte revalorisation des salaires et des loyers demandée par Pyongyang ; dans ce contexte, au cours du premier semestre de l'année 2009, les échanges intercoréens (qui avaient atteint 1,8 milliard de dollars en 2008) ont baissé de 25 % par rapport au premier semestre 2008.

Le dîner de Mme Hyun Jeong-eun avec M. Kim Yang-gon, directeur de l'organisation du Parti du travail de Corée, en chargé des relations avec la Corée du Sud, a pu être l'occasion d'aborder ces questions, ainsi qu'une éventuelle rencontre avec le dirigeant Kim Jong-il.

Alors que les échanges intercoréens impliquant le secteur privé sud-coréen ont en partie survécu à la profonde détérioration des relations intergouvernementales, les intérêts économiques incitent à une amélioration, et représentent des canaux distincts d'échanges (à cet égard, Hyundai Asan a précisé que Mme Hyun n'était porteur d'aucun message du président sud-coréen Lee Myung-bak aux autorités nord-coréennes). Hyundai, comme les autres grands groupes sud-coréens, est touché par la crise économique, et l'interruption des circuits touristiques dans les Monts Kumgang représente à elle seule un manque à gagner de 200 à 300 millions de won par jour. Pour sa part, la Corée du Nord est engagée, depuis fin avril, dans une campagne d'amélioration de la productivité, la "bataille des 150 jours", qui traduit la priorité donnée à l'économie dans l'objectif de
construire "un pays puissant et prospère" à l'horizon 2012.

Principales sources : AAFC, Le Monde

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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 15:17
Le 17 juillet 2009, s'est ouvert à Séoul le procès de trois des six membres de la branche sud-coréenne de l'Alliance pan-coréenne pour la réunification, arrêtés le 7 mai dernier. Le gouvernement (conservateur) du président Lee Myung-bak semble vouloir faire de ce procès celui des relations intercoréennes sous l'administration de son prédécesseur Roh Moo-hyun.


Le 17 juillet 2009, à 14 heures, s'est ouvert devant la 424eme chambre de la cour du district central de Séoul, le premier procès de Lee Kyu-jae, Lee Kyeong-won et Choi Eun-a, dirigeants de la branche sud-coréenne de la Pomminryon, l'Alliance pan-coréenne pour la réunification (APCR) fondée en 1990 par des Coréens du Sud, du Nord et de la Diaspora. Lee Kyu-jae, Lee Kyeong-won, et Choi Eun-a sont accusés d'avoir enfreint la loi dite de « sécurité nationale » et d'avoir « obéi aux ordres [de la Corée du Nord] » dans le cadre d'échanges intercoréens pourtant légaux à l'époque des faits incriminés. En effet, les contacts de l'APCR avec des Coréens du Nord entre 2004 et 2007 furent approuvés par le ministère de la Réunification.


Au cours de leurs interventions, les trois accusés ont critiqué la loi de sécurité nationale comme étant une loi dont l'application est ambiguë et utilisée de manière abusive par le pouvoir conservateur actuel, dans son intérêt particulier.


Dans une déclaration faite au début du procès, Lee Kyeong-won, secrétaire général de la branche sud-coréenne de l'APCR, a ainsi souligné que le Service national de renseignement avait eu connaissance du contenu des entretiens de la Pomminryon, ayant pu examiner tous les courriers électroniques échangés en 2004, 2005 et 2006. Il a aussi expliqué que rien ne permettait de prouver que les activités de la Pomminryon, menées en toute légalité, aient représenté une quelconque menace pour la sécurité nationale ou l'ordre public en Corée du Sud.


Choi Eun-a, responsable de la communication de la branche sud-coréenne de l'APCR, a, elle, qualifié d'invraisemblable le fait que les personnes qui, sous les gouvernements précédents, reconnaissaient la légalité des échanges intercoréens puissent être les mêmes qui, aujourd'hui, parce que le gouvernement a changé, clament que ces activités étaient illégales. « Si on pense que nous avons glorifié, suivi et encouragé [la Corée du Nord] seulement parce que notre logique serait similaire à celle de la Corée du Nord, alors [le conglomérat sud-coréen] Hyundai Asan qui a construit le Complexe industriel de Kaesong devrait aussi être considéré comme aux ordres de la Corée du Nord », a ajouté Choi Eun-a.


Lee Kyu-Jae, président de la branche sud-coréenne de l'APCR, a remarqué que le gouvernement du président Roh Moo-hyun avait autorisé les voyages en Corée du Nord, alors que, pour ces mêmes voyages, le gouvernement Lee Myung-bak procède aujourd'hui à des arrestations. Le Service national de renseignement aurait donc attendu cinq ans pour arrêter les dirigeants de la Pomminryon pour des motifs connus depuis le début. Pour Lee Kyu-jae, il s'agit bien d'une tentative de manipulation des affaires de sécurité nationale par le gouvernement sud-coréen cherchant ainsi à surmonter sa propre crise interne.


Les échanges intercoréens au cours des cinq ans du gouvernement Roh Moo-hyun (2002-2007) ont fait l'objet d'une nouvelle évaluation - négative - après l'entrée en fonction du président Lee Myung-bak. L'avocat des trois accusés de la Pommintyon, Cho Young-sun, a donc appelé à un jugement équitable, alors qu'on peut se poser des questions sur le caractère politique de ce procès,  L'avocat a demandé à l'accusation d'expliquer clairement en quoi les activités, règles et principes de l'APCR constitueraient une menace pour la société sud-coréenne. Pour Cho Young-sun, « la sécurité nationale et l'ordre démocratique n'ont subi aucun dommage. » Il a aussi demandé la levée du blocage des comptes bancaires de l'APCR.


Au cours de ce premier jour de procès, une centaine de personnes venues de tous les horizons étaient présentes dans la salle. Elles ont acclamé les trois accusés, les saluant l'un après l'autre et s'inquiétant de leur santé.


Auparavant, le Comité civil conjoint contre la répression de l'APCR avait tenu une conférence de presse à Séoul , dans les bureaux de Minbyun (Juristes pour une société démocratique), affirmant avoir « l'intention de prouver activement le caractère légal des activités de l'APCR ».  Le Comité veut en outre, «malgré toutes les difficultés que cela représente, demander à de nombreux membres du bureau de l'APCR, à sa branche nord-coréenne et à Park Yong, vice-président du bureau conjoint de l'APCR, de venir témoigner devant le tribunal, en Corée du Sud. »


Pour répondre aux accusations d'« obéissance aux ordres [de la Corée du Nord] », le Comité a tenu à rappeler que ces prétendus ordres signifient une relation directe et verticale entre celui qui dirige et celui qui est dirigé. Or, a précisé le Comité, « les relations entre les branches sud-coréenne, nord-coréenne et d'outre-mer de l'Alliance pan-coréenne pour la réunification ne sont pas des relations de supérieur à subordonné, mais sont placées sur un pied d'égalité. »


La prochaine session du procès aura lieu le 21 août à partir de 10 heures. Les juges ont dit avoir choisi cette date pour disposer du temps nécessaire à un examen minutieux des faits.

 



Source : Tongil News, via le site No base stories of Korea


Soutenez les six militants emprisonnés

de l'Alliance pan-coréenne pour la réunification

en leur écrivant

 

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 00:17
Le 26 juin 2009 marque le soixantième anniversaire de la mort de Kim Ku, résistant antijaponais mais aussi anticommuniste notoire, assassiné par la police secrète sud-coréenne parce qu'il était partisan d'un dialogue avec la Corée du Nord au nom des intérêts supérieurs de la nation coréenne divisée par le jeu des grandes puissances. Cet anniversaire est à mettre en parallèle avec l'inculpation, deux jours auparavant, de trois militants pro-réunification emprisonnés depuis près de deux mois pour être entrés en contact avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). En Corée du Sud, ce sont toutes les bases du dialogue intercoréen léguées par l'ancien président Kim Dae-jung et son successeur Roh Moo-hyun qui sont aujourd'hui sapées par les conservateurs au pouvoir à Séoul, au mépris de la mémoire de grands patriotes tels que Kim Ku,


Le 24 juin 2009, le bureau du procureur du district central de Séoul a annoncé l'inculpation de Lee Kyu-jae, Lee Kyeong-won, et Choi Eun-a, respectivement président, secrétaire général et responsable de la propagande de la branche sud-coréenne de l'Alliance pan-coréenne pour la réunification (Pomminryon), arrêtés le 7 mai dernier et emprisonnés depuis. Selon l’accusation, les trois dirigeants de la Pomminryon ont violé la Loi de sécurité nationale car ils sont « entrés en contact avec des agents du Nord [...] et ont agi sur ordre de Pyongyang » en « réclamant le départ des troupes américaines de Corée et en soutenant la détention d'armes nucléaires par le Nord. » La presse conservatrice, à l'instar du Dong-A Ilbo, fait écho à ces accusations, reprochant aux « gauchistes » de la Pomminryon d'avoir exigé le retrait de la statue du général américain MacArthur du port d'Incheon et d'avoir pris la tête des manifestations contre l'extension de la base militaire américaine de Pyeongtaek, à une centaine de kilomètres au sud de Séoul.


De son côté, le ministère sud-coréen de la Réunification accuse Lee Kyu-jae, Lee Kyeong-won, et Choi Eun-a d'avoir obtenu l'autorisation de se rendre en Corée du Nord sous de faux prétextes entre novembre 2004 et novembre 2007. L'Alliance pan-coréenne pour la réunification a aussitôt tenu une conférence de presse pour réfuter ces allégations. Pour l'Alliance, « le ministère de la Réunification a approuvé les opérations menées par l'organisation en application des lois régissant les échanges intercoréens. »


Fondée en 1990 par des Coréens du Sud, du Nord et de la diaspora favorables à la réunification de leur pays, la Pomminryon regroupe environ 31 organisations progressistes, syndicats et partis. Son premier dirigeant fut le pasteur Kang Hui-nam récemment décédé. La Pomminryon est désignée depuis 1997 comme organisation « favorable à l'ennemi » par la Cour suprême de Corée du Sud, mais les milieux conservateurs sud-coréens reprochent aux administrations des présidents Kim Dae-jung (1997-2002) et Roh Moo-hyun (2002-2007) d'avoir ignoré l'opinion de la Cour suprême et aidé la Pomminryon, par exemple en autorisant ses membres à se rendre plusieurs fois au Nord.


En s'en prenant aux militants pro-réunification les plus actifs en Corée du Sud, les conservateurs semblent surtout chercher à régler des comptes avec les administrations « libérales » précédentes et la politique « du rayon de soleil » accusée d'avoir affaibli la vigilance du Sud vis-à-vis du Nord. Ainsi, un des principaux actes du rapprochement intercoréen, la Déclaration commune Nord-Sud adoptée le 15 juin 2000 à l'issue du sommet entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il et le président sud-coréen Kim Dae-jung, a été attaquée avec une violence inouie par le Grand parti national (GPN) actuellement au pouvoir en Corée du Sud. Le GPN et le président sud-coréen (conservateur) Lee Myung-bak avaient pourtant jusqu'à présent affirmé soutenir la déclaration du 15 juin 2000.


Le 15 juin 2009, date du neuvième anniversaire de la Déclaration commune Nord-Sud juin, le président du GPN, Park Hee-tae, a souligné que « le premier essai nucléaire [nord-coréen du 9 octobre 2006] est survenu pendant le gouvernement de gauche ayant suivi la déclaration commune du 15 juin [2000] » Un autre dirigeant du GPN, Gong Sung-jin, a lui aussi critiqué la déclaration de 2000 en affirmant qu'elle avait « provoqué un vide dans la sécurité de la Corée du Sud et permis à la Corée du Nord de se doter d'armes nucléaires. » Et pour le porte-parole du Grand Parti national, Cho Yoon-sun, « la Déclaration commune du 15 juin ne fut qu'un simple événement, les deux dirigeants qui l'ont signée n'ayant aucun plan pour son exécution. »

 

Ces attaques contre la Déclaration commune du 15 juin 2000 interviennent après les critiques adressées à l'actuel gouvernement sud-coréen par l'ancien président Kim Dae-jung. En effet, le 11 juin 2009, l'ex-président n'hésitait pas à déclarer « avec beaucoup de chagrin que celui qui n'agit pas contre l'injustice est déjà du côté du mal. » En insistant sur la confrontation entre le Nord et le Sud de la Corée, le Grand Parti national pourrait aussi chercher à détourner l'attention du public des circonstances du décès, le 23 mai 2009, de l'ancien président Roh Moo-hyun, victime de l'acharnement de ses adversaires politiques.

 

Cet acharnement semble continuer même après la mort de Roh Moo-hyun. Le mercredi 24 juin à l'aube, le mémorial érigé en son honneur par les citoyens devant l'entrée du palais Deoksu, au centre de Séoul, a été détruit par des groupes de droite. Selon les volontaires chargés de surveiller l'installation, environ 80 personnes portant des tuniques noires ou des uniformes militaires ont attaqué le mémorial, renversé les brûleurs d'encens et se sont emparé du portrait du président Roh. Selon les volontaires, la police présente sur les lieux n'a rien fait pour les empêcher. « Le site du mémorial est comme un lieu sacré visité par plus d'un million de citoyens au cours des sept jours de funérailles tenus pour l'ancien président Roh », ont déclaré les volontaires après l'attaque. « Détruire les brûleurs d'encens au milieu desquels était placé le portrait du président Roh constitue distinctement une sorte de crime. »


Hasard de l'histoire, ces événements choquants sont survenus alors qu'on s'apprêtait à commémorer le soixantième anniversaire de la mort de Kim Ku, patriote coréen, héros de la lutte antijaponaise, engagé en faveur de la réunification. Kim Ku n'était pas un « gauchiste », bien au contraire.


Né en 1876 à Haeju, dans la province du Hwanghae (aujourd'hui en Corée du Nord), Kim Ku s'engagea très tôt pour la défense de la souveraineté nationale coréenne. En 1894, il fut l'un des dirigeants de la révolte paysane du Tonghak, au cours de laquelle il lança une attaque contre les soldats japonais au fort de Haeju. Après le soulèvement du 1er mars 1919, Kim Ku s'exila en Chine. Il y établit un gouvernement coréen provisoire au sein duquel il occupa divers postes jusqu'à en devenir le sixième et dernier président.


Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kim Ku s'engagea aux côtés des Alliés avec son Armée de libération de la Corée. Une fois la Corée libérée, Kim Ku s'opposa à l'accord signé à Moscou en décembre 1945 par les Etats-Unis, l'URSS et la Grande-Bretagne et prévoyant une mise sous tutelle de la Corée. En avril 1948, opposé à la tenue d'élections dans la seule partie Sud, Kim Ku participa, aux côtés de Kim Il-sung, à la Conférence conjointe des représentants des partis et des organisations sociales de Corée du Nord et du Sud, convoquée à Pyongyang dans l'espoir de parvenir à un Etat coréen unifié et indépendant.


Pour cet engagement en faveur de la réunification, Kim Ku fut assassiné le 26 juin 1949 à son bureau de Séoul par le lieutenant Ahn Doo-hee agissant pour le compte de la police secrète sud-coréenne, voire, selon certains historiens, de la CIA.


Kim Ku n'était pas un homme de gauche. Ce fut même un farouche anticommuniste. Néanmoins, il sut tendre la main à ses adversaires en mettant en avant l'intérêt de la nation coréenne, ce qui permit au président Kim Il-sung d'écrire dans ses mémoires :


« Une véritable collaboration est inconcevable si l’on ne place pas les intérêts nationaux au-dessus de tout et si l’on ne s’en tient qu’à son idéologie. Par contre, il est possible de s’unir avec toutes les couches sociales en mettant au premier plan la grande cause de la libération nationale. Voilà mon attitude en la matière. C’est en partant de cette position, après la Libération, que nous avons collaboré avec M. Kim Ku qui avait lutté jusque-là, toute sa vie, contre le communisme et qu’aujourd’hui nous en appelons à la raison de tous les Coréens pour réaliser l’union nationale. L’union nationale mènera à l’isolement des forces étrangères et des traîtres à la patrie. »

(Kim Il-sung, A travers le siècle, Mémoires, T.2, Editions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 1992, p.52)


N'en déplaise aux forces conservatrices actuellement à l'oeuvre en Corée du Sud, promouvoir le dialogue intercoréen et la réunification n'est donc pas une affaire de gauche. Ce n'est pas non plus une affaire de droite. C'est une question de justice et de patriotisme, deux valeurs sur lesquelles peuvent se retrouver des gens au-delà de leurs divergences.


La tombe de Kim Ku, dans le parc Hyochang de Séoul (photo : AAFC)


Sources : Dong-A Ilbo, Hankyoreh, JoongAng Ilbo, Wikipedia

 

 

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 00:25

Après l'interruption du tourisme intercoréen dans les monts Kumgang, puis de la liaison ferroviaire intercoréenne, la zone industrielle de Kaesong reste le dernier grand projet intercoréen en cours, hérité de la Sunshine policy des présidents démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun. Toutefois, si le Nord a pris l'initiative d'une rencontre avec le Sud au sujet de la zone de Kaesong, les deux parties ont présenté des demandes qui n'ont pas reçu un écho favorable de leurs homologues. L'avenir de Kaesong apparaît aujourd'hui compromis, même si le dialogue intercoréen sur le développement de ce projet n'est pas rompu.

Après trois séries de discussions au niveau intergouvernemental (les 21 avril, 11 juin et 19 juin 2009), les négociateurs nord et sud-coréens n'ont pas réussi à surmonter leurs divergences à propos de la zone industrielle de Kaesong où, au nord de la DMZ, quelque 40.000 ouvriers nord-coréens sont employés par 100 entreprises sud-coréennes, dans un projet devenu un des symboles de la coopération intercoréenne - tandis que, pour d'autres observateurs, il témoigne aussi de l'introduction d'une forme d'économie capitaliste en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). La prochaine rencontre intercoréenne est prévue le 2 juillet.

A l'appui de leurs demandes d'augmentation des salaires des ouvriers (de 70 à 300 dollars américains par mois) et des loyers (de 16 à 500 millions de dollars, anticipant une application des conditions normales du marché qui n'était pas prévue avant plusieurs années), les Nord-Coréens estiment que la Corée du Sud a "fait les plus gros profits du parc industriel d'un point de vue politique, économique et militaire", en ajoutant que "si la partie Sud veut réellement voir le complexe opérer sur une base stable, elle doit accepter les questions et les propositions innovantes mises en avant par la partie Nord, et y répondre positivement".

Pour la délégation sud-coréenne, conduite par Kim Young-tak, ces demandes - rejetées par les entreprises sud-coréennes, dont l'une a déjà quitté la zone industrielle de Kaesong - sont excessives. Par ailleurs, Séoul demande la libération d'un cadre sud-coréen emprisonné pour avoir, selon Pyongyang, critiqué le régime de la RPDC, en incitant une Nord-Coréenne à faire défection au Sud.

Les effets de la crise économique pour les entreprises sud-coréennes ne les placent pas dans une situation favorable pour accepter les hausses demandées par Pyongyang. Par ailleurs, la remise en cause des avantages escomptés crée un effet d'incertitude, peu favorable au maintien des investissements, d'un point de vue strictement économique.

En fait, le blocage actuel sur Kaesong montre l'ambiguïté des relations intercoréennes, combinant des avantages économiques pour les deux Corée (le Nord bénéficiant aussi de ressources en devises, qu'il escompte augmenter dans ses demandes actuelles) et une volonté politique de rapprochement - mise en mal par la politique de Lee Myung-bak. Car, comme l'a rappelé Pyongyang le 19 juin, le zèle mis par la Corée du Sud à appliquer les sanctions du Conseil de sécurité, ainsi qu'à rejoindre PSI, sonne le glas d'une volonté politique autonome de celle de Washington, comme s'y étaient employé ses prédécesseurs.

Source :
Xinhua

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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 20:34

Le pasteur Kang Hui-nam, une des grandes figures du mouvement pour la réunification  de  la Corée, s'est donné la mort le 6 juin dernier, à l'âge de 89 ans.  Les circonstances de cette disparition évoquent immanquablement le décès de l'ancien président Roh Moo-hyun, survenu quinze jours auparavant. Rien ne permet néanmoins de lier ces deux événements tragiques, si ce n'est l'opposition des deux hommes à l'actuel président sud-coréen (conservateur) Lee Myung-bak. En décembre 2008, Kang Hui-nam était venu à Paris pour participer à un forum sur la politique internationale. Les membres de l'Association d'amitié franco-coréenne également présents à ce forum avaient été impressionnés par la détermination et la force de l'engagement de ce vieil homme à l'apparence si frêle.


Le samedi 6 juin 2009, Kang Hui-nam s'est donné la mort à son domicile de Jeonju, une ville du sud-ouest de la Corée. A 89 ans, le pasteur Kang était le président honoraire de la branche sud-coréenne de l'Alliance pan-coréenne pour la réunification (Pomminryon), mouvement dont il fut le premier dirigeant. Fondée en 1990 par des Coréens du Nord et du Sud, la Pomminryon reste interdite par les autorités sud-coréennes en vertu de la Loi « de sécurité nationale ».


En 1961, le pasteur Kang déchira sa carte de résident de la République de Corée (Corée du Sud) après le coup d'Etat militaire de Park Chung-hee. Kang Hui-nam s'est longtemps présenté comme « apatride ». Il s'en expliquait dans un livre écrit en 1989: « Cela fait 28 ans que j'ai renoncé à ma prétendue carte de résident. Pourquoi? Parce que je n'ai ni 'président', ni 'gouvernement' dans ce pays. Pour moi, seule la 'nation coréenne' existe. » Ce n'est qu'en 1998, après l'élection du président Kim Dae-jung, son compagnon de lutte pendant les heures sombres de la dictature militaire, que Kang Hui-nam accepta de recevoir une carte de résident sud-coréen.


L'engagement de Kang Hui-nam en faveur de la réunification de la Corée lui valut d'être arrêté plusieurs fois. Entre 1977 et 1998, il passa en tout près de sept ans derrière les barreaux.


En 1977, Kang fut condamné à dix ans de réclusion en application des « mesures d'urgence » décidées par le gouvernement militaire de Park Chung-hee. Il retrouva la liberté au bout de trois ans, après l'assassinat du président Park en 1979. Alors que Kang Hui-nam était emprisonné à Kwangju, dans le sud-ouest de la Corée, son fils aîné était lui-même détenu à la prison de Jeonju, à une centaine de kilomètres de là. Coïncidence étrange, le père et le fils partageaient le même numéro : 1967.


Arrêté en novembre 1986 pour avoir donné une lecture à l'Université de Jeonju, Kang purgea une nouvelle peine. A la prison de Jeonju, il mena une grève de la faim pendant quarante jours pour protester contre la tentative du président sud-coréen de l'époque, le général Chun Doo-hwan, de se maintenir au pouvoir en manipulant la constitution. Au sujet de cette expérience, Kang Hui-nam déclarait en 1999 : « J'étais prêt à risquer ma vie. Je menais ma grève de la faim en priant Dieu – Cette chambre de prison m'avait été donnée par l'histoire de la nation coréenne. Je ferai donc de cet endroit un espace pour la démocratie au prix de ma vie. S'il Te plait, aide-moi – Ce fut un miracle qu'un homme aussi faible que moi survive quarante jours sans nourriture. »


Kang Hui-nam sortit de prison après la victoire de la « lutte de juin 1987 » qui aboutit à la fin du pouvoir militaire et à la première élection directe en Corée du Sud. C'est aussi à cette époque que Kang renonça à la lecture de la Bible et à une pratique « traditionnelle » du christianisme. En effet, le pasteur Kang pensait que la vraie Bible et les vrais chrétiens se situent en dehors de l'Eglise. Kang Hui-nam se moquait de passer pour « hérétique » : « Même si je ne lis pas la Bible, ma foi n'a rien d'étrange. Je parle tout le temps avec le Dieu de l'histoire. Je ne peux pas vivre un seul jour sans Dieu. Ceux qui crient 'Dieu!' ou 'Seigneur!' ne sont pas les vrais chrétiens. Ceux qui empruntent un chemin plein d'obstacles sont les vrais chrétiens... Mais les gens essaient souvent de prendre le chemin le plus facile dans la vie. »


Kang échappa de justesse à la prison sous le régime de Roh Tae-woo (1988-1993), mais fut encore arrêté en juillet 1994 quand il voulut aller en Corée du Nord pour témoigner de son respect envers le président Kim Il-sung qui venait de décéder : le 16 juillet 1994, Kang se rendit à Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée, en brandissant une pancarte où on pouvait lire « Ecartez-vous ! Je dois aller au Nord pour présenter mes condoléances. » Arrêté sur-le-champ, il fut libéré à l'issue de son procès mais avec une mise à l'épreuve.


Kang Hui-nam connut encore la prison à deux reprises. En novembre 1995, avec trente autres responsables de la Pomminryon, il fut condamné à une peine de trois ans. Kang Hui-nam sortit de prison en mars 1998, à la faveur de l'amnistie décidée par le président Kim Dae-jung nouvellement élu. Mais dès le mois d'août suivant, alors âgé de 78 ans, il fut à nouveau arrêté pour avoir organisé un festival de la réunification à l'Université nationale de Séoul. Remis en liberté, sur parole, deux mois plus tard, Kang Hui-nam se sentait néanmoins trahi par le président Kim Dae-jung, son ancien compagnon de lutte.


Cette expérience de la prison, sous des régimes militaires et civils, a beaucoup influencé la philosophie de Kang Hui-nam. Il considérait que le changement de régime en Corée du Sud n'avait changé que peu de choses, laissant en place tout l'appareil répressif, qu'il s'agisse du ministère public ou des services secrets.


Quand on lui demandait s'il avait peur de la prison, Kang Hui-nam répondait « ce n'est pas la prison que je crains, mais l'ombre de moi-même. » Kang signifiait ainsi sa crainte de Dieu et la peur de trahir sa propre conscience. Et plus que cette ombre de lui-même, Kang Hui-nam craignait la « plume des historiens ». Il avait l'habitude de dire à ceux qui luttaient à ses côtés que « le peuple devrait avoir moins peur des balles des fusils que de la plume des historiens qui, dissimulés, enregistrent l'histoire de la nation coréenne. » C'est en pensant à la « plume des historiens » que Kang emprunta délibérément un « chemin plein d'obstacles » afin de léguer une histoire authentique à la postérité. « Même si je perds face à l'autorité, je gagnerai devant Dieu, et même si je deviens un criminel pour l'autorité, je ne serai pas un criminel pour l'histoire. Telle est ma foi. »


Bien sûr, Kang Hui-nam s'opposait aussi fermement à la présence des troupes américaines en Corée du Sud. « Aussi longtemps que les Yankees seront stationnés en Corée du Sud, le pays ne sera pas un véritable Etat souverain. » Fort de son expérience, il pensait que la situation de la Corée du Sud n'avait pas fondamentalement changé depuis la fin de la colonisation japonaise.


En mai 2009, malgré son âge avancé, Kang Hui-nam avait encore mené une grève de la faim de neuf jours pour protester contre la politique du président Lee Myung-bak à l'égard de la Corée du Nord.

 

 

Pour tout testament, Kang Hui-nam a laissé une note dans laquelle il cite en exemple le soulèvement populaire du 19 avril 1960 (qui a chassé Syngman Rhee du pouvoir) et celui de juin 1987 (qui a mis fin à la dictature militaire en Corée du Sud). « Seul le peuple peut rendre ce pays juste », a écrit Kang Hui-nam dans sa note. « Que la lutte du peuple chasse le meurtrier Lee Myung-bak. » 


Les obsèques de Kang Hui-nam ont eu lieu le 10 juin, jour du 22eme anniversaire du début des manifestations qui mirent fin au régime militaire. Ce même jour, plus de 100.000 personnes se sont réunies au centre de Séoul pour célébrer l'anniversaire du soulèvement de juin 1987. Comme en écho au dernier appel lancé par le pasteur Kang, une résolution a été adoptée par les manifestants pour exiger que l'administration Lee Myung-bak restaure la démocratie et modifie en profondeur sa méthode de gouvernement. Avant ce grand rassemblement, plusieurs milliers de citoyens avaient entrepris une marche en direction de la Maison Bleue, siège de la présidence sud-coréenne, au cri de « Renversons la dictature ». Ils en ont été empêchés par les 22 000 (!) policiers déployés dans le centre de Séoul.
 

L'Association d'amitié franco-coréenne, très attristée par le décès de Kang Hui-nam, adresse ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses compagnons de lutte. En décembre 2008, les membres de l'AAFC participant au forum de politique internationale organisé à Paris par l'Institut de Recherches coréennes du 21eme siècle (Corea21), avaient eu la chance de croiser le pasteur Kang. Ils n'oublieront pas la fougue et l'énergie de ce vieil homme qui ne recula jamais sur le « chemin plein d'obstacles » devant mener à la réunification indépendante et pacifique de son pays.

 

 

 

Sauf indication contraire, les citations de Kang Hui-nam sont extraites d'un entretien accordé  en janvier 1999 au mensuel sud-coréen Mal. Cet entretien a été publié (en anglais) sur le site The People's Korea.

Autres sources :The Hankyoreh, The Korea Herald, The Korea Times

 

 

 

 

 

Monsieur le Président Kang Hui-nam,

Vous renaitrez éternellement sur les champs de bataille de la résistance !

par Cho Deok-won,
directeur de l’Institut de Recherches coréennes du 21ème siècle

 

Monsieur le Président, vous êtes parti exactement comme vous avez vécu. Vos « dernières paroles », en seulement quatre phrases, ont réveillé le peuple et ont ranimé l’étincelle de la lutte. Si votre acte a laissé dans nos cœurs une blessure qui ne peut guérir, il nous a donné également le courage de poursuivre notre lutte populaire en respectant vos volontés. Monsieur le Président, vous avez tout sacrifié, sans aucune hésitation, toujours au profit du peuple et de la classe populaire, pour la démocratie et la réunification autonome de notre pays. Monsieur le Président, vous qui êtes un juste de notre époque et un grand homme pour notre peuple, en nous rappelant votre vie illustre et votre lutte sans faille, nos cœurs s’emplissent d’une tristesse insondable et d’une honte profonde. Alors, en nous libérant fermement de toute lâcheté et de tout désarroi, tous ensemble, en suivant vos pas, nous nous acheminons vers les champs de bataille de la résistance, vers ces champs de bataille impliquant une question de vie ou de mort.

 

Monsieur le Président, vous avez vécu une vie dans laquelle paroles et actes concordaient exactement : votre grève de la faim durant 40 jours en prison pour vous opposer au régime dictatorial militaire de Chun Doo-hwan en 1987, votre emprisonnement pour votre tentative de vous rendre en Corée du Nord pour présenter vos condoléances, en tant que Président de l'Alliance pan-coréenne pour la réunification, à l’occasion de la mort du Président Kim Il-sung, en 1994, votre combat énergique pour le départ des Yankees de Corée et la réunification fédérale de la Corée tout au long des années 2000. Parmi tous ces gens qui devisent de la classe populaire et du peuple coréen, de démocratie et de réunification autonome, qui a réellement concrétisé ses paroles par des actes, comme vous l’avez fait ? Monsieur le Président Kang, vous avez combattu, imperturbablement, durant plusieurs dizaines d’années, comme s’il ne s’agissait que d’une seule journée, avec pour seuls moyens vos paroles, vos écrits et toute votre chair et parfois même en mettant en danger votre propre vie, les ennemis de la démocratie et les ennemis de la réunification autonome de la Corée. Vous avez fait fuir les réactionnaires de droite venus pour vous lyncher, en vous écriant : « Vous êtes venus faire ce que je désire. Je considérerais comme un honneur si mon sang était répandu sur mes vêtements blancs ». Vous avez été emprisonné parce que vous avez clamé haut et fort : « Je vais en Corée du Nord pour présenter mes condoléances. Ecartez-vous ». Que nous soyons Sud-Coréens ou Nord-Coréens, nous n’oublierons jamais vos actes.

 

Nous ne connaissons pas d’autres personnes qui ont œuvré pour notre histoire et notre langue aussi sérieusement que vous. En effet, la langue et l’histoire représentant l’esprit d’un peuple, la perte de celles-ci entraînerait la disparition de ce peuple. Monsieur le Président, vous avez étudié durant toute votre vie la langue et les écrits de notre peuple, vous avez enseigné leur bon usage et vous nous avez montré l’exemple en le pratiquant vous-même. Lorsque nous avons été confrontés à la polémique due au dongbukgongjeong, cette politique chinoise visant à récupérer l’histoire des autres peuples de la région du nord-est (dongbuk) de l’actuelle Chine pour glorifier la grandeur de la Chine, vous avez sillonné la Chine à la recherche des vérités relatées dans les ouvrages Chosunsangosa (Histoire antique de Chosun) et Whandangogi (Histoire antique de Whandan). Riche de grandes connaissances, aussi bien sur l’Occident que sur l’Orient, aussi bien sur l’Antiquité que sur notre époque, connaissant parfaitement le latin, l’anglais et les caractères chinois, vous avez exposé, maintes fois, du point de vue du peuple, des opinions excellentes et originales. Votre enseignement constituera sans doute, pour nous, chercheurs suivant vos pas, d’importants critères pour favoriser la conservation et le développement des caractères autonomes et nationaux.

 

Monsieur le Président, vous êtes le symbole même du combat mené pour le retrait des Yankees et la réunification fédérale de la Corée. Considérant que les Yankees sont responsables de la division de la Corée et de ce malheur touchant le peuple coréen, vous avez consacré vos dernières années au mouvement pour le retrait des Yankees. Convaincu que la réunification en un Etat fédéral constitue l’unique moyen permettant à la Corée de retrouver son unicité et de devenir un pays riche, vous avez tout sacrifié pour ce mouvement de réunification fédérale. Pour cette unique raison, vous avez accepté d’assumer le poste de Président de l'Alliance pan-coréenne pour la réunification, pour lequel vous avez été maintes fois emprisonné par les autorités. Ainsi, vous êtes devenu, pour nous tous, notre Président éternel. Occupant, comme résidence et comme QG de bataille, un minuscule local situé près de l’ambassade américaine, vous avez éclairé l’authenticité de notre époque et le destin de notre peuple, tout en menant votre combat au moyen de grèves de la faim, en dormant sous la rosée ou en goûtant aux vents glaciaux. Monsieur le Président, vous resterez éternellement présent dans le cœur de tous les patriotes combattant pour la libération et la réunification de notre peuple et de tous les résistants luttant pour la démocratie et contre la dictature. Vous renaîtrez ainsi toujours dans chaque combat de rue et sur chaque champ de bataille de la résistance.

 

Monsieur le Président, votre voix tonitruante résonne à travers tout notre pays. Vos dernières paroles étaient : « Aujourd’hui, le peuple est devenu l’acteur principal de notre époque. Regardez la lutte populaire du 19 avril et celle de juin ! Sans le peuple, il n’existe aucun acteur capable de redresser notre pays. Chassons ensemble l’assassin Lee Myung-bak par un second soulèvement populaire de juin ! » Nous n’avions jamais entendu de telles paroles qui ont su réchauffer nos cœurs. Votre mort a réveillé le peuple et amplifie ainsi le cri de votre cœur qui fait trembler les ennemis de la démocratie et les ennemis de la réunification autonome. Oui, c’est cela ! Le destin du régime de Lee Myung-bak, qui a incité notre ancien Président Roh Moo-hyun à se suicider et qui a poussé l’ouvrier Park Jong-tae vers la mort, compte maintenant ses derniers jours. Enfin, ce 10 juin, la ville de Séoul vibre encore des slogans du peuple annonçant un second soulèvement populaire de juin. Le peuple patriotique coréen, solidaire, que vous aimiez tant, est en train de scander fort, d’une seule voix avec vous : « Chassons l’assassin Lee Myung-bak par un second soulèvement populaire de juin ! » Monsieur le Président Kang Hui-nam, entendez-vous le cri du peuple prêt à combattre ? Tous vous recherchent. Revenez-nous vite, Monsieur le Président Kang Hui-nam, avec votre traditionnel manteau blanc dont les manches, emportées par vos résolutions énergiques, flottent dans les airs !

 

Texte publié le 10 juin 2009 par l’Institut de Recherches coréennes du 21ème siècle (Corea21)

Traduction : Corea21

 

 

 

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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 21:42

Le 25 mai 2009, l'agence officielle de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) KCNA a rapporté que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait présenté ses condoléances à la famille de l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun, qui s'était suicidé deux jours plus tôt. Un geste qui contraste avec le jugement sévère des médias nord-coréens sur l'actuel président sud-coréen Lee Myung-bak, qui a rompu avec la politique d'ouverture au Nord mise en place par ses deux prédécesseurs démocrates.

Kim Jong-il, président de la commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) connaissait l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun : il l'avait accueilli à Pyongyang, en octobre 2007, lors du second sommet intercoréen au plus haut niveau.

La dirigeant Kim Jong-il a présenté ses condoléances à la famille de l'ancien chef d'Etat sud-coréen, qui s'est suicidé le 23 mai 2009. Selon l'agence nord-coréenne KCNA, le message de Kim Jong-il déclare : "En entendant la nouvelle que l'ancien président Roh Moo-hyun est décédé dans un accident, j'exprime mes profondes condoléances à sa veuve Kwon Ryang-suk et à sa famille endeuillée." Le terme "accident" est un euphémisme poli - évitant un autre mot connoté péjorativement qui est utilisé pour "suicide", et qui a été largement employé par la presse (conservatrice) sud-coréenne, en suscitant la colère des partisans de Roh Moo-hyun et d'une large partie de l'opinion publique du Sud de la péninsule. 

La veille, les médias nord-coréens avaient rendu compte du suicide de l'ancien président Roh Moo-hyun en soulignant l'acharnement judiciaire dont il avait été la cible : selon KCNA, "les médias locaux et étrangers ont rapporté les motifs de sa mort au fardeau psychologique créé par les enquêtes coercitives du ministère public", alors que l'ancien président avait été auditionné pour des affaires de corruption impliquant des membres de sa famille.

Le Parti démocrate, regroupant les partisans de Roh Moo-hyun, s'était interrogé sur les recherches judiciaires particulièrement approfondies menées à l'encontre de l'ancien président de la République, à l'initiative du ministère public, après le succès de l'opposition à l'élection présidentielle. Au demeurant, l'enquête où il était cité a été clôturée après la nouvelle de sa mort, bien qu'elle ne le visât pas directement, mais mît en cause plusieurs de ses proches.

Alors que Roh Moo-hyun avait poursuivi la politique d'ouverture au Nord - dite du "rayon de soleil" - de son prédécesseur Kim Dae-jung, son successeur Lee Myung-bak (conservateur) l'a abandonnée, étant qualifié par les médias nord-coréens de "traître" et de "sycophante des Etats-Unis". Roh Moo-hyun avait dénoncé comme stérile cette politique de confrontation, dont les résultats ont été l'interruption de plusieurs projets phares de coopération intercoréens - notamment la ligne ferroviaire intercoréenne, et le tourisme sud-coréen dans les Monts Kumgang (au Nord) - avant que Pyongyang ne déclare caducs les accords politiques et militaires Nord-Sud, le 30 janvier 2009.

La question des condoléances est par ailleurs un sujet sensible dans les relations intercoréennes : en juillet 1994, le président sud-coréen Kim Young-sam avait refusé de présenter des condoléances après le décès du président Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée, contrairement - par exemple - aux dirigeants américains. Selon les observateurs, cette attitude avait été ressentie comme un camouflet par les Nord-Coréens et avait gelé pour plusieurs années les progrès dans le dialogue intercoréen, alors que, avant le décès du Président Kim Il-sung, les médias sud-coréens faisaient état de la préparation d'une rencontre entre les deux dirigeants du Nord et du Sud. Il avait fallu finalement attendre juin 2000, après l'élection de l'opposant Kim Dae-jung à Séoul, pour que se tienne le premier sommet historique intercoréen au plus haut niveau, avant que Roh Moo-hyun ne représente le Sud lors de la deuxième rencontre intercoréenne, en octobre 2007. Le second et dernier sommet intercoréen... jusqu'à quand ?

Sources : AAFC, AFP.

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 23:57

Si les Nord-Coréens ayant fait défection en Corée du Sud sont devenus l'un des thèmes récurrents des documentaires occidentaux sur la Corée du Nord, les défections au Nord de Sud-Coréens, peu connues, ont également été fréquentes, depuis la partition de la péninsule coréenne en 1948. Le passage au Nord d'un leader religieux du Sud, Oh Ik-jae, en 1997, avait alors créé un choc politique en Corée du Sud.

Août 1997. A quelques mois d'une élection présidentielle qui devait, en Corée du Sud, marquer la première alternance démocratique avec l'arrivée au pouvoir de Kim Dae-jung, une des principales figures religieuses en Corée du Sud, M. Oh Ik-jae, réapparaît en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Quelques mois plus tôt, Oh Ik-jae, âgé de 68 ans, était encore conseiller aux affaires religieuses du parti de Kim Dae-jung. Auparavant, il avait dirigé pendant cinq ans, jusqu'en 1994, l'église Chondogyo, religion syncrétique formée à la fin du dix-neuvième siècle au confluent d'influences confucéenne, bouddhiste et chrétienne. Elle s'est notamment inspirée de la révolte paysanne, nationale et anti-féodale du Tonghak, en 1894.

A son arrivée à Pyongyang, Oh Ik-jae a déclaré à l'agence officielle nord-coréenne KCNA "Je pense que c'est un honneur infini d'être venu dans cette merveilleuse société dirigée par le général Kim Jong-il". Pris en charge médicalement, il a loué le système gratuit de santé de la RPD de Corée et également déclaré vouloir oeuvrer à la réunification de la Corée.

La majorité conservatrice, alors au pouvoir à Séoul, a exigé une clarification de Kim Dae-jung sur sa position vis-à-vis de la Corée du Nord, alors qu'il est maintenant avéré que le choix de M. Oh était individuel. Pour sa part, l'église Chondogyo avait souligné sa prise de distance avec Oh Ik-jae depuis 1994. L'église Chondogyo, qui compte quelque un million de membres au Sud, est également présente au Nord de la péninsule, avec quelque 50.000 fidèles. D'inspiration chondoïste, le parti Chondogyo-Chong-u est d'ailleurs l'un des trois partis politiques représentés à l'Assemblée populaire suprême de la République populaire démocratique de Corée. En 1950, les partis chondoïstes du Nord et du Sud de la Corée s'étaient unifiés, et avaient pris position en faveur de la Corée du Nord.

Alors que les défections au Nord, de Sud-Coréens sont traditionnellement présentées à Séoul comme des "enlèvements" afin d'en minimiser la portée, cette thèse n'avait pas pu être défendue dans le cas de M. Oh. Si ce dernier avait été présenté comme un espion de longue date de la Corée du Nord, un journaliste américain du New York Times, Nicholas D. Kristof, a souligné que
rien ne permettait non plus d'étayer cette hypothèse, pourtant largement diffusée par les médias sud-coréens, conservateurs dans leur grande majorité.

Dans la compétition entre les deux Etats coréens pour s'affirmer comme le seul représentant légitime de toute la péninsule, les défections ont toujours été largement médiatisées par le camp bénéficiaire du ralliement. Elles ne sont ni nouvelles, ni exceptionnelles : après la Libération de la péninsule coréenne, en 1945, les collaborateurs des Japonais et les représentants des classes les plus riches ont gagné en nombre le Sud de la péninsule, alors que la zone de séparation du trente-huitième parallèle était facile à franchir. A contrario, des intellectuels, notamment des écrivains et la plupart des représentants de la génération des fondateurs du cinéma coréen dans l'entre-deux-guerres, ont rejoint le Nord, de même que de nombreux anonymes, paysans et ouvriers, attirés par les
réformes sociales de la République populaire démocratique de Corée, notamment la réforme agraire. Sous le régime militaire en Corée du Sud (1961-1987), des dirigeants politiques et syndicaux, menacés par le pouvoir, ont également gagné le Nord.

Les difficultés économiques de la Corée du Nord pendant la dure marche, alors que la Corée du Sud offrait des conditions matérielles plus avantageuses, a orienté les flux migratoires dans un sens Nord-Sud, à partir de pays tiers, depuis les années 1990, à l'instar des migrations économiques observées dans d'autres parties du monde. Une proportion significative - mais difficile à évaluer - de Nord-Coréens ayant fait défection au Sud a toutefois choisi de retourner au Nord, ne s'habituant pas au mode de vie du Sud, et étant en butte à des comportements discriminatoires.


Dans ce contexte, les défections récentes de Sud-Coréens au Nord présentent un caractère plus exceptionnel que par le passé : le cas de Oh Ik-jae n'est toutefois pas isolé, alors que le commandement militaire sud-coréen a par exemple reconnu, en 2004, que
des dégradations dans la barrière de barbelés avec le Nord étaient le fait non d'agents communistes infiltrés, mais d'un Sud-Coréen ayant rejoint le Nord.

Sources : AAFC, The New York Times

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 10:31

Les opérations de piraterie dans les eaux somaliennes sont, malheureusement, devenues monnaie courante. Elles prennent un relief particulier lorsque, dans un contexte de relations intercoréennes particulièrement tendues, un vaisseau battant pavillon de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a été secouru par une unité de la République de Corée (du Sud).

Lundi 4 mai 2009. Un vaisseau de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) opérant en eaux somaliennes, dans le couloir de transit recommandé internationalement, lance un appel d'alerte, car menacé par des pirates somaliens.

C'est un navire de guerre sud-coréen, le Munmu le Grand, opérant dans le golfe d'Aden, qui répond, en dépêchant un hélicoptère Linx, dont l'arrivée met en fuite les pirates. Selon l'unité sud-coréenne, le navire nord-coréen l'aurait remercié pour son intervention.

Alors que l'Etat somalien n'est plus fonctionnel depuis 1991, les opérations de piraterie dans les eaux somaliennes se sont multipliées dans cette région parmi les plus déshéritées du monde, avec le soutien de l'Etat autonome auto-proclamé du Puntland, au Nord-Est de la Somalie.

Spectaculaire de par les acteurs qu'elle a impliqués, alors que le dialogue intercoréen est au plus bas depuis plus de dix ans, l'opération du 4 mai est malheureusement devenue banale : depuis le début de l'année 2009, plus d'une vingtaine d'actes de piraterie ont été recensés dans les eaux somaliennes.

L'unité sud-coréenne agissait dans le cadre d'une force multinationale, sous commandement américain, montrant aussi l'intérêt des grandes puissances à se positionner dans une zone d'intérêt stratégique majeur. Cependant, face à des actes tels que le piraterie maritime, la solidarité internationale est un principe constant, comme en a témoigné l'intervention sud-coréenne. L'AAFC espère que celle-ci permettra également d'infléchir la politique intercoréenne du président Lee Myung-bak, dont l'intransigeance vis-à-vis de Pyongyang a entraîné une grave dégradation des relations intercoréennes.  

Source :Xinhua.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 11:00

Dimanche 19 avril 2009, le ministère sud-coréen de la Réunification a annoncé qu'il acceptait la proposition de la Corée du Nord, formulée la veille, d'une rencontre à propos de la zone industrielle conjointe de Kaesong. Cette rencontre Nord-Sud, qui aurait lieu mardi 21, sera la première à ce niveau depuis plus d'un an.

Faut-il y voir le signe d'un infléchissement de la politique intercoréenne du gouvernement Lee Myung-bak ? En tout cas, c'est la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui a été à l'initiative d'une reprise du dialogue intercoréen, en proposant le samedi 18 avril 2009 une réunion conjointe à propos de la zone industrielle de Kaesong (photo Alain Noguès, usine de confection textile ShinWon, 12 septembre 2008), au nord de la zone démilitarisée, où des entreprises sud-coréennes emploient des ouvriers nord-coréens, et devenue un des projets phares de la coopération intercoréenne. Dès le lendemain, le porte-parole du ministère sud-coréen de la Réunification, Lee Jong-joo, a annoncé la réponse positive de Séoul : une délégation sud-coréenne se rendra à Kaesong mardi 21 avril. C'est la première rencontre Nord-Sud à ce niveau depuis plus d'un an. L
'ordre du jour des discussions n'était toutefois pas encore connu.

Issue d'un accord d'août 2000 entre Hyundai Asan et les autorités nord-coréennes, la zone industrielle conjointe de Kaesong s'est mise en place à partir de juin 2003. Selon les données du ministère sud-coréen de la réunification, en juin 2008, 72 entreprises sud-coréennes - principalement des petites et des moyennes entreprises - employaient déjà 30.000 travailleurs nord-coréens et 1.000 travailleurs sud-coréens. Entre décembre 2004 et mai 2008, la valeur totale de la production du complexe industriel, étendu en décembre 2007, s'élevait à 370 millions de dollars (dont 80 millions de dollars exportés).

Alors que les autorités sud-coréennes devaient initialement annoncer ce dimanche que
Séoul rejoignait l'initiative de sécurité contre la prolifération (PSI) suite au lancement du satellite nord-coréen Kwangmyongsong-2, contribuant ainsi à une nouvelle étape dans la dégradation des relations intercoréennes, cette décision a été différée. L'AAFC espère que Séoul se gardera de toute nouvelle provocation dans l'escalade Nord-Sud, en évitant de rejoindre la PSI. (Sources : AFP, ministère sud-coréen de la Réunification)

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 17:04

Suite à l'annonce du prochain lancement d'un satellite par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le gouvernement sud-coréen envisage de participer à l'Initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (Proliferation Security Initiative, PSI). Lancée en mai 2003 par l'administration Bush, la PSI vise à empêcher la prolifération des armes de destruction massive, de leurs vecteurs et des matériels connexes, grâce à des efforts d’interdiction renforcés. La PSI est aussi – surtout? - un élément clé du dispositif d'encerclement de la RPDC par les Etats-Unis et leurs alliés ravalés au rang de supplétifs. Si, au mépris de tous les accords Nord-Sud, la PSI est effectivement mise en oeuvre par l'administration du président conservateur Lee Myung-bak, les tensions pourraient s'exacerber un peu plus autour de la péninsule coréenne.

Actuellement, 91 pays participent à l'Initiative de sécurité contre la prolifération et cherchent eux-mêmes à obtenir la participation la plus large possible des autres Etats ou des organisations internationales. Une telle participation repose sur l’adoption de la Déclaration sur les principes d’interception arrêtés à Paris les 3 et 4 septembre 2003. Cette déclaration proposait différents types d’engagement politiques, en particulier ceux de ne pas contribuer à des transports proliférants, de les intercepter le cas échéant et de coopérer à cette fin, en particulier dans le cas où les pays concernés n’ont pas eux-mêmes les moyens d’agir.

La Corée du Sud n'adhère pas aux « principes de Paris » et a seulement un statut d'observateur. Suite aux demandes répétées de l'administration Bush, elle a bien fini par s'engager dans cinq des huit activités de la PSI, mais, en dépit des appels constants des Etats-Unis à une plus grande participation, la Corée du Sud refuse toujours de se joindre aux trois activités restantes : elle ne fournit pas de soutien matériel aux opérations d'interdiction menées dans la région, elle ne fournit pas de soutien matériel à de telles opérations menées en dehors de la région, et elle refuse d'annoncer officiellement sa participation à l'Initiative de sécurité contre la prolifération.

Une participation pleine et entière de la Corée du Sud à la PSI pourrait facilement mener à un désastre dans les relations intercoréennes. En effet, quand un navire suspect de transporter du matériel lié aux armes de destruction massives - des substances nucléaires, par exemple - pénètre dans les eaux territoriales d'un pays participant officiellement à la PSI, ce pays doit mobiliser son armée et ses garde-côtes, stopper le navire et le fouiller. Si cette recherche permet de trouver du matériel interdit, le pays est habilité à prendre des mesures de confiscation ou d'expulsion.


 Exercice Adriatic Shield 08 mené en mai 2008 au large de la Croatie
dans le cadre de l'Initiative américaine de lutte contre la prolifération (photo : Getty Image)



La Corée du Nord est une cible majeure de l'Initiative de sécurité contre la prolifération voulue par les Etats-Unis. Si elle défend sa souveraineté et s'oppose à l'interception d'un de ses navires, un affrontement armé pourrait survenir avec la Corée du Sud. Dans une étude publiée en octobre 2006, juste après l'essai nucléaire effectué par la RPDC, l'Institut coréen pour les analyses de Défense (Korea Institute for Defense Analyses, KIDA) avertissait que « la réponse de la Corée du Nord à la PSI sera offensive et omnidirectionnelle » afin de gêner la participation de la Corée du Sud à cette initiative. Le 27 octobre 2006, Yu Myung-hwan, l'actuel ministre sud-coréen des Affaires étrangères et du Commerce qui était à l'époque premier vice-ministre, expliquait devant l'Assemblée nationale la non-participation de la Corée du Sud à la PSI par « la forte possibilité d'accrochage militaire due à la situation de confrontation armée » prévalant dans les eaux entourant la péninsule coréenne.

Un soutien matériel sud-coréen à des opérations d'interdiction, que ce soit dans la région ou en dehors, pourrait aussi donner l'impression d'une coopération de la Corée du Sud à un blocus de la Corée du Nord. Si des forces militaires multinationales et des bâtiments des garde-côtes convergent pour fouiller un navire entré dans les eaux territoriales sud-coréennes ou même dans les eaux environnantes, la Corée du Nord pourrait répondre à cette provocation en mobilisant ses propres forces navales. Outre un risque accru d'affrontement naval entre le Nord et le Sud, la participation complète de la Corée du Sud à l'initiative américaine de lutte contre la prolifération pourrait aussi avoir un impact négatif sur les pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

C'est pourquoi le gouvernement de l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun avait tracé une ligne claire quand la possibilité d'une totale participation de la Corée du Sud à la PSI fut examinée dans le cadre de sanctions contre le Nord après son test nucléaire de 2006 : « Nous voulons décider du niveau des mesures liées à une plus grande participation à la PSI, en ayant pour principe de ne prendre aucune mesure destinée à un blocus maritime de la Corée du Nord », avait alors précisé le conseiller à la Sécurité nationale de la présidence sud-coréenne.

Depuis l'élection du président conservateur Lee Myung-bak, en décembre 2007, ce principe a évolué. En janvier 2008, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce faisait ainsi état dans un rapport destiné à l'équipe présidentielle de transition de « la nécessité d'examiner la participation officielle [de la Corée du Sud] en tant que pays adhérant à la PSI. » En février 2008, le ministre de la Défense, Lee Sang-hee, fit allusion à une participation totale à la PSI en déclarant devant une commission d'enquête de l'Assemblée nationale sud-coréenne que, « avec la Corée du Nord développant des missiles à longue portée et des capacités nucléaires, le temps est venu de réexaminer la participation militaire [de la Corée du Sud] à la PSI. » Enfin, le 19 mars 2009, un haut responsable du gouvernement sud-coréen n'a pas hésité à prévenir que, « si la Corée du Nord lance un satellite comme annoncé, la politique du gouvernement sur la PSI changera de façon significative. » Ce haut responsable sud-coréen est présenté par le Hankyoreh qui rapporte ses propos, comme très impliqué dans la préparation des contre-mesures suite à l'annonce du lancement d'un satellite par la RPDC.

Interrogé par The Korea Herald, principal quotidien sud-coréen de langue anglaise, qui voulait savoir si le lancement d'un satellite par la Corée du Nord pousserait Séoul à participer entièrement à la PSI, le ministre des Affaires étrangères Yu Myung-hwan a dit envisager cette possibilité. Yu a néanmoins ajouté que le gouvernement devrait se montrer « prudent » et prendre en compte « les circonstances particulières de la péninsule coréenne. »

Les partis d'opposition ont insisté sur la nécessité de prendre des mesures circonspectes compte tenu des relations intercoréennes. Moon Hak-jin, député du Parti démocratique et membre de la commission des Affaires étrangères, du Commerce et de la Réunification, a ainsi déclaré avoir « l'impression que le gouvernement se précipite. » La porte-parole du Parti démocratique du travail, Woo Wi-young, a pour sa part critiqué l'utilisation de la PSI comme « tactique de riposte » au lancement d'un satellite nord-coréen, affirmant que cela « n'aide pas du tout à résoudre la situation de tension dans la péninsule coréenne. » Le porte-parole du Nouveau Parti progressiste, Kim Jong-cheol, a quant à lui demandé au gouvernement de renoncer à son projet d'examiner la participation de la Corée du Sud à la PSI. « Ce n'est pas de la PSI dont nous avons besoin, a déclaré Kim Jong-cheol, mais d'un dialogue sincère pour sortir du durcissement des relations intercoréennes. »

Selon plusieurs députés de l'opposition sud-coréenne et des spécialistes des questions nord-coréennes, le gouvernement essaie d'utiliser le lancement prévu d'une fusée par la RPDC comme prétexte à une participation complète à l'initiative américaine de lutte contre la prolifération. Certains ne manquent pas de s'interroger sur les motifs d'une telle décision qui n'a que des inconvénients. Kim Yeon-cheol, directeur de l'Institut Hankyoreh pour la paix, rappelle ainsi que « l'accord intercoréen sur le transport maritime ne vise pas seulement à promouvoir la coopération maritime mais aussi à prévenir les affrontements militaires en mer. La participation du Sud à la PSI pourrait entraîner une protestation du Nord et invalider l'accord sur le transport maritime, avec pour conséquence d'accroître le risque d'accrochages militaires. » Pour Kim Yeon-cheol, la participation totale de la Corée du Sud à la PSI reviendrait à autoriser des opérations militaires internationales conjointes dans les eaux territoriales coréennes. « Cela ne provoquera pas seulement une vive réaction du Nord, mais aussi de la Chine et de la Russie. » (sources : The Hankyorehministère français des Affaires étrangères, AAFC)


Nombre d'essais nucléaires effectués dans le monde entre 1945 et 2006

L'Afrique du Sud et Israël auraient conduit au moins un essai en commun en 1979.

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