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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 23:06

Lors des dernières discussions entre les Croix-Rouges des deux Corée, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) aurait, selon les médias sud-coréens, lié l'organisation de nouvelles rencontres de familles séparées - après celles ayant eu lieu du 26 septembre au 1er octobre 2009, à l'initiative de Pyongyang, pour la première fois depuis deux ans - à une reprise de la fourniture par les Sud-Coréens de céréales à leurs compatriotes du Nord, toujours soumis à une situation alimentaire critique. En annonçant le 18 octobre dernier qu'il n'envisageait la fourniture d'une "aide alimentaire" qu'en quantités limitées, le ministère de la réunification sud-coréen remet en cause une tradition de solidarité intercoréenne, qui a bénéficié tant au Nord qu'au Sud de la péninsule depuis la partition du pays en 1948. L'AAFC condamne ce chantage à l'arme alimentaire.

La Corée est une : c'est au nom du principe de solidarité nationale, au-delà des clivages politiques, que les Coréens du Nord comme du Sud de la péninsule ont toujours porté secours à leurs compatriotes situés de l'autre côté de la DMZ en cas de grave catastrophe naturelle. Ainsi, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a approvisionné le Sud en électricité après la partition pour pallier de graves pénuries, avant de fournir une aide de 12 millions de dollars aux victimes d'inondations en Corée du Sud en 1984. Réciproquement, les autorités sud-coréennes ont répondu à la situation alimentaire critique au Nord après les catastrophes climatiques des années 1990, en fournissant aux populations nord-coréennes, sous l'administration Roh Moo-hyun, 440.000 tonnes de riz et 300.000 tonnes d'engrais par an. De même, le gouvernement sud-coréen, à l'instar de nombreux citoyens et ONG au Sud de la péninsule, ont répondu présents, lors de l'appel lancé par la RPD de Corée à la communauté internationale après les inondations catastrophiques de l'été 2007.

Mais ce principe de solidarité nationale semble avoir vécu avec l'entrée en fonctions à Séoul, en février 2008, du président conservateur Lee Myung-bak. Les livraisons de céréales et d'engrais au Nord ont cessé, et malgré la demande qui aurait été formulée en ce sens, pour la première fois depuis février 2008, par la Croix-Rouge nord-coréenne lors de réunions préparatoires de nouvelles rencontres de familles séparées, le porte-parole du ministère sud-coréen de la réunification, M. Lee Jong-joo, aurait rejeté "toute aide massive", selon les termes de la presse sud-coréenne : suivant des déclarations faites à la presse le 25 octobre 2009, si aide il devait y avoir, celle-ci serait limitée aux enfants et aux nourrissons, sans dépasser un volume de 50.000 tonnes de céréales.

L'AAFC déplore d'autant plus vivement ce chantage à l'aide alimentaire, tel qu'il est pratiqué depuis près de deux ans par l'administration Lee en subordonnant les actions de solidarité à des critères politiques, que le rapporteur spécial des Nations-Unies pour la Corée du Nord, le Thaïlandais Vitit Muntarbhorn a lancé un cri d'alarme. Ce dernier, toujours très critique vis-à-vis de Pyongyang,
a jugé la situation alimentaire "désespérée", suite à des récoltes 2009 qui pourraient être aussi mauvaises qu'en 2007. Le manque de bonne volonté des donateurs internationaux n'a permis au Programme alimentaire mondial que de recevoir un tiers des besoins pour la Corée du Nord. Faut-il rappeler que les enfants sont les premières victimes des pénuries alimentaires, en affectant leur développement physique et intellectuel pendant leur vie entière ? 

Sources principales : AAFC,
AFP.

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 23:13

Il y a deux ans se tenait à Pyongyang, du 2 au 4 octobre 2007, la deuxième rencontre intercoréenne au plus haut niveau, entre Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Roh Moo-hyun, Président de la République de Corée (Corée du Sud). La déclaration commune intercoréenne signée à l'issue de ce sommet, le 4 octobre 2007, ouvrait la voie à un approfondissement des échanges et du dialogue intercoréens, en vue de la réunification de la péninsule, en réaffirmant les principes et en élargissant les politiques découlant de l'accord intercoréen du 15 juin 2000. Deux ans après, alors que la politique intercoréenne du nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak (Grand parti national, conservateur) semble avoir tourné le dos à celle de ses prédécesseurs démocrates menée sur la base des déclarations communes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, quel bilan tirer de la déclaration du 4 octobre 2007 ? Si l'intransigeance de Lee Myung-bak a conduit les relations intercoréennes au bord du gouffre, le niveau aujourd'hui atteint par les échanges intercoréens montre que la déclaration du 4 octobre n'est pas restée, loin s'en faut, lettre morte.

La déclaration conjointe intercoréenne, signée le 4 octobre 2007 à l'issue de la deuxième rencontre Nord-Sud au plus haut niveau, avait soulevé un immense espoir parmi tous les Coréens d'une accélération du processus de dialogue et d'échanges, devant conduire à la réunification de leur patrie divisée depuis soixante ans. Deux ans après, si les orientations du nouveau président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak (élu deux mois plus tard, en décembre 2007), ont sérieusement altéré les relations intercoréennes en tournant le dos à la politique du "rayon de soleil" de ses prédécesseurs démocrates, doit-on pour autant considérer comme caduc l'accord du 4 octobre 2007 ?

La spectaculaire reprise des échanges intercoréens, suite notamment à la rencontre à Pyongyang,
le 17 août dernier, entre le président de la Commission de la défense nationale de la RPDC Kim Jong-il et la présidente du conglomérat sud-coréen Hyundai, Mme Hyun Jeong-eun, a non seulement conduit à la reprise des échanges interrompus, mais également permis la mise en oeuvre de plusieurs des principes contenus dans la déclaration du 4 octobre 2007 :

- le rétablissement de la liaison ferroviaire intercoréenne, qui avait été ouverte le 1er décembre 2007 en application directe de l'accord intercoréen du 4 octobre 2007, avant d'être interrompue un an plus tard ;

- de
nouvelles réunions de familles séparées - les premières en deux ans - qui viennent de s'achever à la veille de la traditionnelle fête coréenne de Chuseok ;

- la perspective d'ouvrir au tourisme intercoréen les monts Kumgang, au Nord de la péninsule.

Ces points positifs ne doivent cependant pas occulter l'absence d'avancées, voire des reculs, sur de nombreux autres points de la déclaration du 4 octobre, qu'il s'agisse de nouveaux domaines de coopération bilatérale (comme la création d'une zone de pêche commune autour du port de Haeju), ou de la perspective d'un traité de paix dans la péninsule coréenne pour remplacer l'accord d'armistice de 1953 - suite notamment à la
décision de Séoul de rejoindre l'initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (PSI). De même, le commerce intercoréen, au cours des huit premiers mois de 2009, a diminué de plus de 20 % par rapport à 2008, même si cette situation est autant imputable à la dégradation des relations intercoréennes qu'à la crise économique internationale (les dernières prévisions tablent sur un recul de 1 % du produit intérieur brut sud-coréen en 2009).

Au final, une mise en oeuvre plus complète de l'accord du 4 octobre 2007 dépendra d'abord de la volonté des deux parties. Au Nord, à l'occasion du deuxième anniversaire de l'accord, le quotidien Rodong Sinmun l'a salué comme un texte fondateur qui apporte des lignes directrices pour la réunification du pays, en appelant à son application intégrale. Au Sud, la situation reste ambiguë : si
l'opposition démocrate appelle à l'application des déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 en revendiquant l'héritage des anciens présidents Roh Moo-hyun et Kim Dae-jung, l'un et l'autre récemment décédés, le gouvernement conservateur de Lee Myung-bak n'a pas formellement déclaré caducs ces deux accords intercoréens conclus au nom des gouvernements sud et nord-coréens, et qui continuent donc à engager chacun des Etats. Il a toutefois ouvert le procès des relations intercoréennes sous l'ère Roh Moo-hyun en poursuivant les partisans de la réunification, tout en formulant des propositions alternatives à la politique du "rayon de soleil". La dernière en date, appelée "grand marchandage" (sic), a à nouveau proposé des garanties de sécurité à Pyongyang et une aide économique, en contrepartie pour la RPDC de renoncer d'abord unilatéralement et inconditionnellement à ses armes nucléaires. Mais comme par le passé les pourparlers sur le nucléaire coréen ont buté sur le non-respect de leurs engagements par les autres parties que la RPDC, c'est sans surprise que le gouvernement nord-coréen a rejeté cette énième reformulation du "plan 3.000" du président Lee Myung-bak (visant à porter le produit intérieur brut par habitant de la Corée du Nord à 3.000 dollars à moyen terme, en contrepartie du renoncement à ses armes nucléaires et de réformes économiques). Les autorités nord-coréennes avaient dénoncé le "plan 3.000" comme une démarche misérabiliste fondée sur une ingérence dans ses affaires intérieures, contraire aux déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, et en dissociant les relations intercoréennes de la question de l'arme nucléaire, considérée comme une garantie de sécurité contre toute attaque américaine. Au demeurant, l'histoire ne fournit aucun exemple d'un Etat ayant accepté volontairement de procéder à son désarmement unilatéral, sauf à renoncer à sa souveraineté militaire (comme dans le cas de Panama, par exemple).  

Tout  accord suppose le consentement des différentes parties : les déclarations Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, même remises en cause par le pouvoir sud-coréen actuel, restent de plus sûrs fondements des relations intercoréennes que les schémas intellectuels du président sud-coréen Lee Myung-bak.

Sources : AAFC,
AP, Xinhua

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 09:33

Pour la première fois depuis 2007, les réunions de famille séparées par la division de la Corée ont repris aujourd'hui dans les Monts Kumgang, au nord de la péninsule, et se poursuivront jusqu'à jeudi, juste avant la traditionnelle fête des moissons (Chuseok) pendant laquelle les Coréens honorent leurs ancêtres.

C'est un moment qu'ils attendaient depuis plus de soixante ans : du samedi 26 septembre au jeudi 1er octobre, plus de 880 Coréens - 545 du Sud, et 339 du Nord - rencontreront les membres de leurs familles, de l'autre côté de la DMZ, qu'ils n'ont pas revus ni contactés depuis deux générations. Alors que les deux Corée sont toujours techniquement en état de guerre depuis l'armistive ayant mis fin à la guerre de Corée en 1953, la loi de sécurité nationale - toujours en vigueur à Séoul - interdit aux Sud-Coréens de téléphoner, d'écrire ou d'envoyer un courriel aux Nord-Coréens sans autorisation gouvernementale.  

Les réunions de familles séparées qui commencent ce samedi sont le résultat de la
rencontre, le 16 août dernier, entre Kim Jong-il président de la commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Mme Hyun Jeong-eun, présidente du conglomérat Hyundai Asan, alors que l'intransigeance du président sud-coréen Lee Myung-bak, au pouvoir depuis février 2008, avait enrayé le dialogue intercoréen.

Des
rencontres entre les représentants des Croix-Rouge des deux Corée ont préparé ces réunions, qui se tiennent dans le complexe touristique dans les montagnes de diamant (les Monts Kumgang), au Nord de la DMZ, géré par Hyundai Asan. Deux groupes vont se rencontrer successivement pendant trois jours dans les Monts Kumgang. Yoo Chong-ha, président de la Croix-Rouge sud-coréenne, conduit le premier groupe sud-coréen, et son homologue nord-coréen, Chang Jae-un, le premier groupe nord-coréen.

La première rencontre était prévue ce samedi 26 septembre à 15 h 00 (heure locale), avant des réunions individuelles à partir de demain.


 

Sources : The Korea Herald, Xinhua

Photo : Tongil News

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 09:08

Après une montée des eaux du fleuve Imjin ayant causé six morts en Corée du Sud, la Corée du Nord a expliqué avoir dû libérer d'urgence les eaux d'un barrage sur le fleuve pour des raisons de sécurité. Le gouvernement sud-coréen a réagi vivement en réclamant des excuses de Pyongyang, qui s'est engagé, pour l'avenir, à informer plus amplement Séoul. Dix jours après cet incident tragique, l'AAFC a souhaité apporter des éléments d'analyse complémentaires, qui pointent également les responsabilités des autorités sud-coréennes dans la gestion de la crise, et appelle à mettre en oeuvre un accord de coopération intercoréenne pour que de tels drames ne se reproduisent plus.

C'est un événement tragique, qui pourrait avoir aussi de graves conséquences sur les relations intercoréennes dans un contexte pourtant porté à la détente : six Sud-Coréens sont morts après une montée des eaux du fleuve Imjin le 6 septembre dernier, en raison de la libération de 40 millions de tonnes d'eau à un barrage situé au Nord de la péninsule. Le gouvernement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a expliqué avoir dû procéder ainsi pour des raisons de sécurité, compte tenu de la montée des eaux en amont du barrage : les autorités de la République de Corée (du Sud) n'ont pas été satisfaites de ces déclarations, exigeant des excuses et menaçant de saisir les tribunaux internationaux pour violation du droit coutumier. La presse, largement acquise au gouvernement conservateur de Lee Myung-bak, a abondé en son sens, en parlant d' "arme de l'eau" et en suggérant ainsi une volonté intentionnelle de Pyongyang. De même, il a été abondamment souligné que des soldats nord-coréens avaient quitté la zone peu auparavant. Cette présentation, partielle et partiale, omet toutefois les responsabilités que porte également le gouvernement sud-coréen.

Tout d'abord, la thèse d'une volonté intentionnelle de la Corée du Nord n'est pas crédible : elle ne tient compte ni des gestes récents de détente accomplis par Pyongyang, ni d'une réaction différente à celle observée par le passé dans de précédents situations similaires. Lors des lâchers d'eau qui ont eu lieu presque chaque année depuis 2001 dans la région de Paju-Yeoncheon, Pyongyang n'a pas informé Séoul : manifestement soucieux de ne pas dégrader les relations intercoréennes, le gouvernement nord-coréen a fourni cette fois-ci des explications dans des délais rapides et s'est engagé, pour l'avenir, à prévenir préalablement Séoul. Enfin, l'évacuation par la Corée du Nord de ses ressortissants de la zone concernée, située à proximité de la DMZ - en l'occurrence, des militaires - est une réaction normale de gestion de ses ressortissants par un Etat en cas de crise.

Certes, Pyongyang ne s'est pas soucié des possibles conséquences sur des civils sud-coréens en dehors de son territoire, mais ceux-ci n'auraient pas dû être présents aux abords du fleuve Imjin au moment du lâcher des eaux. Que faisaient les victimes, des campeurs, dans une zone à risque, de surcroît la plus militarisée au monde ? Pourquoi les systèmes d'alerte en cas de crise n'ont-ils pas fonctionné à Séoul ? Comme le reconnaît la chaîne de télévision et de radio sud-coréenne KBS, "il ne faut pas oublier non plus la responsabilité des autorités sud-coréennes qui n’ont pas su réagir rapidement au moment de l’accident". Les autorités de Séoul ont d'ailleurs reconnu implicitement n'être pas préparées à de telles situations, en annonçant l'accélération des travaux de construction d'autres barrages sur le fleuve Imjin.

Si le gouvernement sud-coréen a été en mesure d'observer - probablement par satellite - l'évacuation de ses soldats par Pyongyang dans les zones concernées, il avait également les moyens de suivre la montée des eaux en temps réel, pour parer à la tragédie qui a eu lieu. Enfin, si Pyongyang n'a pas voulu donner plus de détails sur les raisons qui l'ont conduit à lever un barrage, une enquête sud-coréenne est en cours. Alors que ses résultats n'ont pas encore été rendus publics, le gouvernement sud-coréen, soucieux de rejeter la faute sur Pyongyang, n'a pas remis en cause les raisons invoquées par le Nord. Cette (non-)réaction est le meilleur indice que Séoul dispose certainement d'informations sur la montée des eaux en d'autres points du fleuve Imjin, ayant conduit la Corée du Nord à la réaction d'urgence de libérer les eaux du fleuve.

L'AAFC regrette profondément la perte de vies humaines. Notre conviction est que de tels drames ne doivent pas se reproduire : il est temps de mettre en oeuvre un accord sur la prévention des crues du fleuve Imjin, conclu en 2003 lors de la cinquième rencontre du comité de promotion de la coopération économique intercoréenne, et qui prévoit des études conjointes et des systèmes de prévention. L'annonce par le gouvernement nord-coréen qu'il informera Séoul, à l'avenir, des prochaines levées d'eau sur ses barrages, est un premier pas en ce sens. Pour sa part, le gouvernement sud-coréen, confronté à la colère de l'opinion publique, doit tenir compte des intérêts du peuple coréen, et non chercher à éluder ses responsabilités en mettant en cause la Corée du Nord.

Sources :  AAFC,
AP, KBS (y compris photo), Le Monde

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 07:44

Selon un sondage publié par le quotidien conservateur sud-coréen JoongAng Ilbo, à l'issue d'une enquête conduite en août 2009 auprès de 1.000 personnes, une nette majorité de Sud-Coréens (62 %) sont favorables à l'ouverture d'un dialogue avec la Corée du Nord sans conditions préalables. Après les gestes d'ouverture de Pyongyang en août dernier, le président sud-coréen Lee Myung-bak (Grand parti national, conservateur), qui souhaite au contraire mettre des préalables au dialogue intercoréen, peut difficilement ignorer les aspirations de l'opinion publique contraires à ses propres vues.

A la question "Pensez-vous que les deux Corée doivent se rencontrer pour résoudre les questions en suspens sans conditions, ou que les discussions doivent avoir lieu après des progrès sur la question nucléaire ?", la réponse des Sud-Coréens est sans ambiguïté, selon un sondage publié par le quotidien conservateur sud-coréen JoongAng Ilbo, à l'issue d'une enquête conduite en août 2009 : "oui" au dialogue inconditionnel pour 61,9 % des personnes interrogées, "oui" au dialogue soumis à des progrès préalables sur le nucléaire pour 36,5 %, tandis que 1,6 % des personnes interrogées n'ont pas répondu. L'option d'un non-dialogue avec Pyongyang, comme y appellent les franges les plus conservatrices du parti au pouvoir, n'avait même pas été proposée. La marge d'erreur du sondage est de 3,1 %.

Une fois encore, le président sud-coréen Lee Myung-bak, qui a mis comme préalable à un dialogue intercoréen des progrès sur la question nucléaire, est désavoué par sa propre opinion publique, alors qu'il vient de nommer
un Premier ministre décrit comme "pragmatique", souhaitant apparemment infléchir sa politique économique dans un sens moins ultra-libéral.

En août 2009, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a multiplié les gestes d'ouverture à l'égard de la Corée du Sud : accord pour de 
nouvelles réunions de familles séparées, reprise des échanges touristiques intercoréens, libération d'un ingénieur de Hyundai Asan emprisonné pour avoir critiqué le régime nord-coréen à Kaesong et incité à la défection une ouvrière nord-coréenne, libération de pêcheurs sud-coréens ayant pénétré dans les eaux territoriales du Nord... Après la mort de Kim Dae-jung, partisan du dialogue intercoréen sans conditions préalables, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait envoyé une délégation au Sud pour les funérailles du chef d'Etat défunt, laquelle a rencontré le président sud-coréen Lee Myung-bak auquel elle a remis un message du président Kim Jong-il appelant à la reprise du dialogue intercoréen.

La mort du président Kim Dae-jung, artisan au Sud de la réconciliation intercoréenne, après le
suicide en mai de son successeur Roh Moo-hyun qui avait poursuivi sa politique d'ouverture au Nord, a modifié la donne politique en Corée du Sud, en rappelant les effets négatifs de la politique intransigeante de Lee Myung-bak sur les échanges intercoréens. Le Parti démocrate, principale force d'opposition, a vivement critiqué Lee Myung-bak sur sa politique intercoréenne et pourrait remporter les élections législatives si elles avaient lieu aujourd'hui, selon les sondages. Ce sont autant d'éléments de contexte que ne peut pas ignorer Lee Myung-bak, dont l'opinion publique attend une attitude plus "pragmatique" non seulement sur les dossiers économiques, mais aussi dans les relations intercoréennes.

Source :
Angus Reid Global Monitor

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 08:20

La séparation des familles, de part et d'autre du trente-huitième parallèle, est un des drames humains les plus criants créé par la division de la péninsule coréenne. L'accord conclu le 28 août 2009, entre les Croix-Rouges nord et sud-coréennes, pour de nouvelles réunions de familles séparées répond aux espoirs et aux attentes de millions de Coréens.

Ce vendredi 28 août 2009, les représentants des Croix-Rouges des deux Corée (le chef de délégation du Nord, Choe Song-ik, et derrière lui son homologue du Sud, Kim Young-chol, photo Reuters) ont conclu un accord pour de nouvelles réunions de familles séparées par la division de leur pays : du 26 septembre au 1er octobre 2009, peu avant la traditionnelle fête coréenne de Chuseok durant laquelle sont honorés les ancêtres défunts, 100 familles de chaque côté de la DMZ se retrouveront dans les Monts Kumgang, au Nord, dans le complexe touristique géré par le groupe sud-coréen Hyundai Asan, selon une déclaration du ministère sud-coréen de la réunification.

Il s'agit de la mise en oeuvre d'un des points clés de
l'accord intercoréen signé suite à la visite, au Nord, de la présidente de Hyundai Asan, après sa rencontre avec le président Kim Jong-il. Par ailleurs, au lendemain de la mort de Kim Dae-jung, le président sud-coréen Lee Myung-bak a rencontré, à sa demande, la délégation nord-coréenne venue pleurer l'ancien chef d'Etat sud-coréen, dans un geste d'ouverture inédit de Pyongyang, alors que l'intransigeance de Lee Myung-bak dans sa politique intercoréenne, depuis son entrée en fonctions en février 2008, a entraîné la suspension de presque toutes les actions de coopération Nord-Sud.
 
L'aboutissement des discussions entre les deux Croix-Rouges intervient dans un contexte de réchauffement des relations diplomatiques en Extrême-Orient, y compris entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), après la
visite à Pyongyang de l'ancien président américain Bill Clinton : selon les médias américains et sud-coréens, des officiels nord-coréens ont discuté la reprise des livraisons alimentaires à la RPDC par les Etats-Unis, et la Corée du Nord aurait invité le représentant américain aux pourparlers sur le nucléaire, Stephen Bosworth. Néanmoins, d'après le porte-parole du département d'Etat américain, ce dernier n'envisagerait pas de se rendre à Pyongyang. Si tel était le cas, cela signifierait que Washington ne serait pas (encore ?) prêt à accepter la main tendue par les Nord-Coréens, à contre-courant de l'idée reçue dans la plupart des médias occidentaux selon laquelle ce serait Pyongyang qui refuserait le dialogue, tant avec le Sud qu'avec les Etats-Unis.

Source principale :
TVNZ, d'après Reuters

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 16:08

La délégation officielle nord-coréenne, qui s'est rendue à Séoul pour les funérailles de l'ancien président Kim Dae-jung dans un geste d'ouverture sans précédent de Pyongyang à l'égard d'un dirigeant politique du Sud, a rencontré le président Lee Myung-bak. Elle a remis à ce dernier un message du dirigeant Kim Jong-il, soulevant l'espoir du peuple coréen de la paix et de la réconciliation dans la péninsule. La réunification était le voeu le plus cher du président Kim Dae-jung, dans l'hommage post mortem que lui rendent ainsi tous les Coréens.

La rencontre a finalement eu lieu : le dimanche 23 août 2009, à la Maison Bleue, siège de la présidence de la République, le président sud-coréen Lee Myung-bak a rencontré la délégation nord-coréenne conduite par Kim Ki-nam (photo AP), secrétaire du Parti du travail de Corée. La délégation était venue à Séoul pour rendre hommage au président défunt Kim Dae-jung, dont la politique d'ouverture au Nord avait permis d'enclencher une dynamique de dialogue et de coopération entre les deux Corée. C'est la première rencontre à ce niveau depuis l'entrée en fonctions de Lee Myung-bak, qui avait condamné la "politique du rayon de soleil" de ses deux prédécesseurs démocrates, entraînant la remise en cause des déclarations conjointes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007.

La délégation nord-coréenne a transmis à Lee Myung-bak un message verbal du dirigeant Kim Jong-il, au cours d'une entrevue d'une demi-heure décrite par un porte-parole de la présidence sud-coréenne comme "très sérieuse et courtoise". Selon le porte-parole de la Maison Bleue Lee Dong-kwan, la délégation nord-coréenne aurait transmis  les voeux du dirigeant Kim Jong-il d'un progrès dans les relations intercoréennes, et la réponse du président Lee Myung-bak aurait été un appel à la reprise du dialogue entre les deux pays, tout en déclarant aux Nord-Coréens qu'il n'y avait pas de sujet que les deux parties ne pouvaient pas résoudre, si elles parlaient avec sincérité. L'administration présidentielle sud-coréenne a déclaré à l'agence Yonhap : "nous pouvons dire qu'il y a eu un changement de paradigme".

L'espoir que soulève cette rencontre est à l'image de la douleur du peuple coréen après la mort de l'ancien président Kim Dae-jung, qui a reçu des funérailles d'Etat dimanche après-midi, pendant que des dizaines de milliers de personnes s'étaient réunies à l'extérieur du Parlement. Son engagement continu en faveur de la paix et de la réconciliation en Corée, avant même le premier contact intergouvernemental en 1972, l'avait alors fait accuser de "communisme", tout en ayant été l'objet d'une tentative d'attentat, d'un enlèvement et de condamnations à mort par le pouvoir militaire sud-coréen. L'ouverture de ces derniers jours, à l'initiative du Nord, est le plus bel hommage qui puisse lui être rendu.

Lors de son investiture, en février 2008, Lee Myung-bak avait refusé la présence d'une délégation nord-coréenne. Sa rencontre avec Kim Ki-nam est déjà, en soi, le signe d'un infléchissement notable. Lee Myung-bak ne peut pas ignorer le changement de contexte international, après les
rencontres de Bill Clinton et de Mme Hyun Jeong-eun, présidente de Hyundai, avec Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique (RPD) de Corée, à l'instar du Parti démocrate du Japon, aux portes du pouvoir, dont le président prône le dialogue avec Pyongyang. Dans ce cadre, le gouverneur du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, qui a été un interlocuteur régulier de la RPD de Corée aux Etats-Unis, a rencontré récemment deux diplomates nord-coréens en poste aux Nations-Unies. Il est ressorti de ces échanges l'attente par Pyongyang d'un dialogue bilatéral direct avec les Etats-Unis, ainsi qu'un intérêt marqué pour les questions d'énergie.

Pour le pouvoir sud-coréen, la difficulté sera de répondre aux attentes des Coréens, du Sud comme du Nord, d'une reprise du dialogue et des échanges, sans apparaître renier trop ouvertement les
principes de fermeté et de réciprocité qui, après être devenus les marques de fabrique de la politique nord-coréenne de Lee Myung-bak, ont mené les relations entre les deux Etats au bord de l'affrontement militaire.

Source principale : Blaine Harden, Washington Post

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 19:05
  1. Après la mort de l'ancien président Kim Dae-jung, initiateur de la politique d'ouverture sud-coréenne en direction du Nord, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il a adressé un message de condoléances à la famille de l'homme d'Etat disparu. KCNA, agence officielle de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), a annoncé, le mercredi 19 août 2009, qu'une délégation du Parti du travail de Corée se rendrait à Séoul les 21 et 22 août. Il s'agit d'une démarche exceptionnelle de Pyongyang, dont l'un des rares précédents a eu lieu lors de la mort du fondateur du groupe Hyundai, Chung Ju-yung, à l'origine de plusieurs projets de coopération intercoréens.

    Dans une dépêche en date du 19 août 2009, l'agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé : "avec l'autorisation de Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de RPDC, un groupe d'envoyés spécial conduit par Kim Ki-nam, secrétaire du Comité central du Parti du travail de Corée, visitera Séoul les 21 et 22 août pour pleurer la mort de l'ancien Président Kim Dae-jung". Selon Park Jie-won, ancien collaborateur de Kim Dae-jung, les autorités nord-coréennes auraient demandé d'envoyer une délégation de cinq personnes.

    De nombreux Coréens, souvent habillés de noir, se réunissent au centre de Séoul devant un portrait géant de l'ancien prix Nobel de la paix, pour lui rendre un dernier hommage.

    La communion de Coréens du Nord et du Sud est un geste exceptionnel, rappelant le rôle joué par un des principaux artisans de la réconciliation intercoréenne, au sud de la péninsule. Par le passé, une délégation officielle nord-coréenne de condoléances ne s'était rendue en Corée du Sud que dans de très rares circonstances, notamment lors de la mort du fondateur du groupe Hyundai, Chung Ju-yung, qui avait impulsé d'importants projets de coopération économique intercoréens. 

    L'AAFC espère que ce geste exceptionnel des autorités de République populaire démocratique de Corée, à la hauteur du rôle joué par Kim Dae-jung pour la paix et la réconciliation en Corée, sera l'occasion pour le gouvernement Lee Myung-bak d'accepter la reprise du dialogue avec le Nord.

    Sources : KCNA, Daily Express

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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 23:01

A l'issue de la rencontre - sur laquelle l'incertitude aura pesé jusqu'au dernier moment - entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il et la présidente de Hyundai, Mme Hyun Jeong-eun, un accord bilatéral majeur a été signé entre le gouvernement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et le conglomérat sud-coréen, en charge notamment du tourisme sud-coréen au Nord de la péninsule : reprise du tourisme intercoréen, nouvelles réunions de familles séparées, allègement des contrôles frontaliers... Alors que le dialogue intergouvernemental est au plus bas - le président Lee Myung-bak campant sur ses positions - cet accord augure d'une reprise spectaculaire des échanges intercoréens, à l'initiative du secteur privé sud-coréen, à la veille de nouveaux exercices militaires conjoints américano - sud-coréens.

Comme en 2005 et en 2007, la rencontre ce dimanche 16 août 2009 - incertaine jusqu'à la dernière minute - de Mme Hyun Jeong-eun, présidente du groupe Hyundai (photo Forbes), avec M. Kim Jong-il (photo ci-dessous KCNA), président de la Commission de la défense a été l'occasion d'une nouvelle relance des activités du conglomérat sud-coréen au Nord de la péninsule, trois jours après un premier geste de Pyongyang qui avait libéré un ingénieur de Hyundai Asan accusé d'avoir critiqué le régime nord-coréen et incité à la défection une ouvrière nord-coréenne. Aux termes de l'accord bilatéral rendu public le lundi 17 août (heure locale), selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA, "tous les moyens et les conditions de sécurité nécessaires pour le tourisme seront fournis d'une manière fiable, conformément à la mesure spéciale prise par Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale". Pour sa part, Mme Hyun s'est également impliquée personnellement pour les échanges et la réconciliation entre les deux Corée, dans la lignée tracée par ses prédécesseurs.


Selon KCNA, l'accord bilatéral entre le Comité (nord-)coréen pour la paix Asie-Pacifique et Hyundai prévoit : 

- la reprise du tourisme intercoréen, interrompu dans les Monts Kumgang et la ville de Kaesong (respectivement depuis juillet 2008 et décembre 2008), l'ouverture de nouveaux circuits dans les Monts Kumgang ainsi que, de manière encore plus spectaculaire, l'ouverture au tourisme intercoréen des monts Paektu, dans la continuité de
l'accord intercoréen du 4 octobre 2007

- l'assouplissement des formalités douanières pour les chefs d'enteprise et les touristes se rendant au Nord ;

- enfin, de nouvelles réunions de familles séparées depuis la guerre de Corée (1950-1953), de part et d'autre du trente-huitième parallèle, à l'occasion notamment de la fête des moissons, chuseok (le quinzième jour du huitième mois lunaire, soit le 3 octobre 2009), célébrée dans toute la péninsule, lors de laquelle les familles se rendent sur les tombes de leurs ancêtres (ci-contre, photo copyright Alain Noguès, prise lors du voyage de l'AAFC en RPDC de septembre 2008) ;  

La zone intercoréenne de Kaesong, dont le développement est également géré par la filiale Hyundai Asan du groupe Hyundai, ne semble en revanche pas figurer dans le texte de l'accord, alors que les
discussions sur une revalorisation des salaires et des loyers sont actuellement bloquées.

Ces discussions fructueuses entre les autorités nord-coréennes et le secteur privé sud-coréen contrastent avec la quasi-rupture du dialogue intergouvernemental : alors que les
propositions formulées par le Président Lee Myung-bak, lors du soixante-quatrième anniversaire de la Libération de la Corée, reprennent essentiellement ses anciennes propositions, déjà rejetées par Pyongyang (même si l'idée d'un désarmement conventionnel est nouvelle), de nouveaux exercices militaires conjoints américano - sud-coréens, du 17 au 27 août, ne sont évidemment pas de nature à favoriser la reprise du dialogue politique.

Il reste encore toutefois pour le gouvernement sud-coréen à donner son accord sur ces mesures... en espérant qu'il ne tuera pas les espoirs de millions de Coréens.

Sources : AAFC,
AFP

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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 17:41
Pour le 64eme anniversaire de la Libération de la Corée, le président sud-coréen Lee Myung-bak a fait un discours en apparence conciliant vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). En apparence seulement car aucune proposition nouvelle n'est faite. Lee Myung-bak continue d'avancer les mêmes idées au cœur de sa politique intransigeante à l'égard de la Corée du Nord, politique qui a déjà abouti à l'effondrement du dialogue inter-coréen.

 

Dans un discours prononcé le 14 août 2009, à l'occasion du 64eme anniversaire de la Libération de la Corée, le président sud-coréen Lee Myung-bak a proposé un dialogue « à haut niveau » entre la Corée du Sud et la Corée du Nord afin de trouver les moyens d'une co-prospérité pour les deux pays. Le président Lee a aussi déclaré que Séoul souhaite convaincre la « communauté internationale » d'aider le Nord si celui-ci abandonne son programme nucléaire.

 

La RPDC a peu de chances de répondre positivement à cette proposition qui ne fait que reprendre le plan « Vision 3.000 ». Avec le plan « Vision 3.000 », Lee Myung-bak et son très controversé ministre de la Réunification, Hyun In-taek, entendent porter le revenu nord-coréen par habitant à 3.000 dollars en dix ans en échange de la dénucléarisation de la RPDC. Pour la RPDC, ce plan constitue une ingérence insupportable dans ses affaires intérieures, en contravention avec l’esprit des déclarations inter-coréennes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007.

 

Pour Cheong Seong-chang, directeur des études inter-coréennes à l'Institut Sejong de Séoul cité par l'agence sud-coréenne Yonhap, « il y a une grande continuité dans la politique suivie [par Lee Myung-bak] car sa proposition de dialogue est toujours soumise à la condition que la Corée du Nord renonce d'abord à ses ambitions nucléaires ». Mais, affirme Cheong, « la position fondamentale de la Corée du Nord est de ne pas abandonner ses armes nucléaires tant que les relations entre le Nord et les Etats-Unis ne sont pas normalisées et tant que les Etats-Unis font peser la moindre menace militaire. »

 

Le président Lee Myung-bak sait donc pertinemment qu'une reprise d'un dialogue « à haut niveau » entre les deux Corée est impossible au regard des conditions actuelles marquées par

 

- le refus des Etats-Unis de s'engager dans tout dialogue direct avec la RPDC, notamment dans des négociations visant à remplacer l'armistice de 1953 par un véritable traité de paix entre les deux pays,

 

- le refus de la Corée du Sud d'appliquer les accord inter-coréens du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007.

 

Négocier un véritable traité de paix dans la péninsule coréenne et mettre en œuvre les accords déjà signés constitueraient – c'est un comble – des propositions authentiquement nouvelles. C'est pourtant par là qu'il faut commencer si on veut résoudre les problèmes de sécurité dans la péninsule coréenne.

 

Dans son discours du 14 août, Lee Myung-bak a assorti sa reformulation du plan « Vision 3.000 » d'une autre proposition de discussion sur la réduction des armes conventionnelles.


« Comment pouvons-nous parler de réconciliation et de coopération lorsque nous sommes en alerte, avec des millions d'armes pointées l'un sur l'autre? » s'est interrogé le président sud-coréen.


Il est permis de douter de la sincérité de Lee Myung-bak car cette sortie empreinte de pacifisme a eu lieu à quelques heures seulement du début des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Ulchi Freedom Guardian. Prévus pour durer du 17 au 27 août 2009, ces exercices annuels sont destinés à améliorer l'interopérabilité des forces sud-coréennes et américaines. Environ 56.000 soldats sud-coréens et 10.000 soldats américains doivent y prendre part.

 

En outre, les exercices Ulchi Freedom Guardian interviennent alors que la RPDC a récemment accompli des gestes de bonne volonté en direction des Etats-Unis en graciant deux journalistes américaines, et en direction de la Corée du Sud en libérant un employé de la société Hyudai Asan.

 

Dans ce contexte, la RPDC n'a pas tardé à exprimer son mécontentement.

 

Le porte-parole de la mission de l'Armée populaire de Corée (APC) à Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée, a ainsi déclaré qu'« à travers cet exercice de guerre nucléaire, les maîtres américains et leur serviteurs cherchent ouvertement l'escalade des sanctions et de la pression à l'encontre de la RPDC. » Le porte-parole de l'APC a ajouté que, « si [les Etats-Unis] renforcent les 'sanctions' et poussent la 'confrontation' à un stade extrême, la RPDC réagira par une réplique implacable et une guerre totale pour la justice. »

 

Au delà de la rhétorique, il est avéré que le Département de la Défense des Etats-Unis envisage sérieusement, au moins depuis 2003, des actions préventives contre la Corée du Nord. L'hebdomadaire américain U.S. News & World Report révélait ainsi en juillet 2003 qu'un plan opérationnel avait été élaboré contre la Corée du Nord à la demande du secrétaire à la Défense de l'époque, Donald Rumsfeld. [1] Le OPLAN 5030 prévoit notamment des vols de surveillance à la limite de l'espace aérien nord-coréen et des exercices militaires pour mettre les forces armées nord-coréennes « sous pression ». Le OPLAN 5030 prévoit aussi explicitement de poursuivre « une série d’opérations tactiques ne figurant pas habituellement dans les plans de guerre, comme désorganiser les circuits financiers et semer la désinformation.» En l'occurrence, le changement d'administration aux Etats-Unis semble n'avoir rien changé.

 

Il y a un an, en réaction aux exercices Ulchi Freedom Guardian d'août 2008, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères avait déclaré que « la RPDC augmentera sa force de dissuasion de toutes les manières aussi longtemps que les Etats-Unis et leurs partisans continueront de la menacer militairement. Elle appréciera toutes les questions en donnant d'abord la priorité à la sécurité du pays et prendra les mesures pratiques correspondantes. »

 

La RPDC avait alors remis en service sa centrale nucléaire de Yongbyon avant de procéder, le 25 mai 2009, à son second essai nucléaire.

 

 

[1] Bruce B. Auster et Kevin Whitelaw, « Upping the Ante for Kim Jong Il : Pentagon Plan 5030, a new blueprint for facing down North Korea », U.S. News & World Report, 21 juillet 2003.

 

 

Sources : AAFC, AFP, Korea Times, Yonhap  - Photos : Reuters

 

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