Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 00:12

jean_jacques_candelier_a_l-assemblee_nationale.jpgAprès les catastrophes naturelles ayant frappé l'ensemble de la péninsule cet été, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a mobilisé ses réseaux institutionnels habituels pour évaluer l'étendue des dégâts et favoriser les actions de solidarité avec les populations nord-coréennes. Dans ce cadre, le député communiste du Nord Jean-Jacques Candelier a attiré l'attention du ministre des Affaires étrangères (MAE) sur l'aide apportée par la France, en posant une question écrite le 11 septembre 2012. Dans la réponse détaillée publiée le 9 octobre 2012 au Journal officiel, que nous reproduisons ci-après, le MAE a indiqué qu'une aide d'urgence avait été apportée par le Centre de crise du ministère via l'ONG Triangle génération humanitaire, à hauteur de 62.000 euros, aux victimes des inondations dans la province de Kangwon. Par ailleurs, le soutien de la France aux deux ONG françaises présentes en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - Triangle génération humanitaire et Première urgence - s'élève en 2011 et 2012 à 500.000 euros, en nette hausse par rapport au montant des subventions qui étaient accordées à ces mêmes ONG jusqu'en 2010 (en dehors des opérations d'urgence). A cette aide bilatérale s'ajoute une participation française à l'action européenne en faveur de l'ONG "Save the children". Tout en souhaitant que l'aide publique française à la Corée du Nord continue de progresser pour être à la hauteur des besoins des populations, d'autant que cette aide, par habitant, reste modeste, l'AAFC se félicite de cette intervention accrue de la France, un an après l'ouverture à Pyongyang d'un bureau français de coopération qui doit mettre l'accent sur les échanges culturels et humanitaires.

 

Question écrite du député Jean-Jacques Candelier (N° 4.195) publiée au Journal officiel (JO) du 11 septembre 2012

 

M. Jean-Jacques Candelier attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères sur l'aide de la France à la République populaire démocratique de Corée suite aux inondations du mois de juillet 2012. Le bilan est catastrophique et ne cesse de s'alourdir : 169 morts, 144 blessés, 400 personnes disparues, plus de 8.600 maisons ou immeubles d'habitation totalement ou partiellement détruits, 43.770 maisons submergées principalement dans les provinces du Nord et du Sud Pyongan, du Nord et du Sud Hamgyong et de Jagang, avec 212.200 personnes sans abri, plus de 1.400 bâtiments (hôpitaux, écoles, usines) qui représentent plus de 260.650m2 sont effondrés ou sont inondés et 65.280 hectares de terres arables ont été emportées. Ces dégâts accentuent davantage les difficultés des Nord-Coréens pour revenir à l'autosuffisance alimentaire. Les inondations de mines ont également un impact sur l'accès à l'énergie. Une mission conjointe de plusieurs agences des Nations-unies (UNICEF, le programme alimentaire mondial) s'est rendue en RPD de Corée et a décidé l'envoi d'une aide d'urgence. Le Vietnam, pour sa part, s'est engagé à livrer 5.000 tonnes de riz. Estimant la situation très urgente, il lui demande si la France compte fournir une aide bilatérale (outre l'aide multilatérale qui pourrait être apportée, dans le cadre notamment de l'Union européenne) et quelle serait la position de la France par rapport à une éventuelle aide européenne.

 

Réponse du ministère des Affaires étrangères publiée au JO du 9 octobre 2012


La France a témoigné sa solidarité aux victimes des inondations en Corée du Nord en se mobilisant rapidement pour répondre à la crise provoquée par le passage du cyclone Khanun en juillet 2012. Une aide humanitaire bilatérale a pu être apportée par l'intermédiaire de l'ONG française Triangle Génération Humanitaire (TGH), qui a bénéficié d'une subvention d'un montant de 62.000 euros, allouée par le centre de crise du ministère des Affaires étrangères, afin de venir en aide aux populations affectées par les inondations de la province de Kangwon. Plus de 51.000 personnes de la ville de Munchon, et du village de Channae devraient bénéficier des activités de TGH, dont le projet consiste en la réhabilitation des infrastructures d'eau potable endommagées par les inondations. Outre cette aide humanitaire bilatérale d'urgence, la France apporte, chaque année, une assistance humanitaire à la population nord-coréenne. En 2012, le ministère des Affaires étrangères a ainsi soutenu l'action de deux ONG françaises actives dans ce pays, qui ont reçu des subventions d'un montant de 500.000 euros (340.000 euros à Triangle Génération Humanitaire et 160.000 euros à Première Urgence-Aide médicale internationale). Cette aide a permis d'intervenir sur un projet de fermes piscicoles, situées à Yonggwang et Sihnung et destinées à alimenter en poissons les institutions pour enfants de cette région, ainsi que sur le projet de réhabilitation de l'hôpital de Chongsong dans le cadre d'un programme « nourriture contre travail ». Dans le cadre de cette politique d'assistance humanitaire, l'ouverture en octobre 2011 du Bureau Français de Coopération à Pyongyang, dont les missions prioritaires sont d'ordre culturel et humanitaire, permet d'assurer sur place un soutien aux ONG et à leurs opérations. La France inscrit enfin son aide dans l'action humanitaire de l'Union européenne qui s'est également mobilisée pour répondre à la crise. L'office humanitaire de la Communauté européenne (ECHO) a soutenu l'action de l'ONG « Save the children » à travers une enveloppe de 125.276 euros, à laquelle la France contribue à hauteur de 17 %. Cette aide a permis de distribuer des abris à plus de 16.000 personnes sinistrées.

 

Source : Assemblée nationale

Partager cet article
Repost0
14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 23:32

machefer_philippe000633.jpgIl y a trente ans disparaissait le sénateur socialiste Philippe Machefer. Comme l'indique sa notice biographique (photo à gauche) publiée sur le site du Sénat, Philippe Machefer, fils de boulanger, est né en décembre 1933 à Paris. Professeur agrégé d'histoire en 1958, avant de devenir universitaire à Nanterre dans les années 1970 et spécialiste de l'histoire de la droite nationale dans les années 1930, il a commencé sa carrière politique au Parti socialiste unifié (PSU), avant de s'engager dans la campagne électorale présidentielle de François Mitterrand en 1965 et de le rejoindre à la Convention des institutions républicaines. Il rallie le Parti socialiste (PS), dans la foulée du futur chef de l'Etat, au congrès d'Epinay en juin 1971. Devenu expert des questions de politique étrangère et de défense au sein du PS, il est élu sénateur des Yvelines en 1977, sur la liste d'Union de la gauche conduite par le maire de Trappes Bernard Hugo, aujourd'hui vice-président de l'AAFC. Très actif au sein de la commission des affaires étrangères présidée par Jean Lecanuet, le Sénat observe que "dans la continuité des travaux menés dans les diverses commissions d'études du PS, « l'expert » de François Mitterrand témoigne d'une maîtrise réelle de la géopolitique de pays généralement peu familiers à la diplomatie française : Chypre, la République démocratique allemande (RDA) et, surtout, la Corée du Nord. Présidant les groupes sénatoriaux d'amitié entre la France et les assemblées parlementaires de ces pays, il y noue des réseaux - notamment en Corée - qui s'avèreront forts utiles pour le gouvernement socialiste après 1981". A la veille de l'élection présidentielle de 1981 remportée par François Mitterrand, il effectue des visites de terrain, notamment en Asie, pour préparer les futurs déplacements du chef de l'Etat et de son ministre des Affaires étrangères. Après le scrutin, il conduit notamment une délégation de sénateurs en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en qualité de président du groupe sénatorial avec la RPD de Corée, du 16 au 22 décembre 1981, et en Corée du Sud, du 16 au 22 janvier 1982, étant envoyé spécial du Gouvernement français. Quelques mois avant un nouveau déplacement à Pyongyang qu'il avait soigneusement préparé, et quelques jours après avoir publié un article novateur dans Le Monde où il réfutait la thèse d'un fascisme français des Croix-de-feu du colonel de la Rocque, l'annonce de son suicide dans sa maison savoyarde du Grand-Arvet, le 15 août 1982, suscite la stupeur. L'AAFC salue la mémoire de Philippe Machefer, qui a marqué l'histoire de notre Association, en reproduisant ci-après de larges extraits d'une tribune publiée dans les colonnes du Monde en 1980, où l'historien et le spécialiste de politique étrangère manifeste une conscience aiguë des pespectives coréennes de réunification sur la base du communiqué conjoint Nord-Sud du 4 juin 1972, tout en plaidant pour l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPD de Corée et, dans l'immédiat, pour la réouverture de la représentation commerciale française en RPD de Corée. Cette représentation avait été le pendant de la mission commerciale nord-coréenne à Paris, qui avait été élevée au rang de mission diplomatique officielle en 1976.

 

Pour la coopération entre le Nord et le Sud, par Philippe Machefer

 

Les temps du "miracle coréen" étant révolus, semble-t-il, les contradictions politiques et sociales de la société sud-coréenne apparaissent désormais au grand jour.

 

Sur le plan des intérêts français, les grandes sociétés nationales qui ont largement investi en Corée du Sud (P.U.K., Rhône-Poulenc, Creusot-Loire) vont sans doute connaître une stagnation du chiffre d'affaires qu'elles effectuent dans ce pays, ce qui conduit, avec logique, nos responsables du commerce extérieur à mettre en avant nos petites et moyennes industries afin de préserver la présence commerciale française dans cette partie du monde. Approuveront tous ceux qui sont persuadés qu'il faut davantage armer nos P.M.I. pour affronter la bataille du commerce extérieur. Mais, même si l'on admet, avec M. Jean-François Poncet, que la croissance de la Corée du Sud n'est pas arrêtée et ne connaît qu'un palier (1), il reste utile de jeter un regard sur l'autre Corée, celle du Nord, et d'envisager les possibilités commerciales qu'elle peut offrir, dès lors que le règlement des dettes de cet Etat à l'extérieur sont en cours et que son gouvernement affirme sa volonté de négocier sur les bases habituelles aux entreprises occidentales.

 

De ce point de vue, la réouverture d'une représentation commerciale à Pyongyang serait souhaitable. De même l'intensification de relations culturelles, jusqu'à présent fort modestes, permettrait à la France, si l'on songe à l'importance des relations que la Corée du Nord entretient avec certains pays francophones d'Afrique, de retrouver une place, ne serait-ce que linguistique, dans une région d'où elle est, à cet égard, quasi totalement absente.

 

Reste posée la question diplomatique. La France ne reconnaît, en effet, que la seule République de Corée (du Sud).

 

Entraînée dans la deuxième guerre mondiale par le Japon, qui l'occupait depuis 1910, la Corée a été victime des arrangements des grandes puissances et divisée à l'issue du conflit. Engagée, avec l'appui ou l'intervention de la Russie soviétique et de la Chine pour le Nord, et l'aide massive des Etats-Unis et de quelques puissances, dont la France, pour le Sud, dans une terrible guerre civile, la Corée reste, trente ans après le déclenchement de cet affrontement, toujours divisée.

 

Il n'est pas, dans le monde, de frontière plus imperméable que celle qui sépare le nord et le sud du pays. Il n'existe même pas de liaisons postales et dix millions de Coréens dont les familles sont séparées n'ont jamais reçu de nouvelles des leurs.

 

La formule "à l'allemande" voulue par le régime de Séoul, c'est-à-dire la consolidation du statu quo par la reconnaissance des deux Etats et leur entrée simultanée à l'ONU, n'a pas abouti. C'est qu'un tel scénario ignore les particularités du contexte historique, moral et géopolitique du problème de la Corée, pays d'un même peuple, avec les mêmes traditions historiques deux fois millénaires et dont la nation aspire à retrouver, un jour, son unité.

 

Le dégagement des grandes puissances dans la région constitue l'élément international de la question.

 

Il nous faut, pour le percevoir avec lucidité, abandonner le schéma selon lequel la Corée du Sud serait une sorte de bastion du monde libre, où celui-ci défendrait ses valeurs de la liberté individuelle contre un bloc monolithique constitué autour d'un totalitarisme hégémonique soviétique. C'est une vision qui date de la guerre froide des années 50.

 

La Corée du Nord a 1 400 kilomètres de frontières communes avec la Chine et 15 kilomètres avec l'U.R.S.S. Certes, elle conserve des liens commerciaux importants avec la Russie, et c'est par la ligne aérienne Moscou-Pyongyang que l'on gagne le plus facilement ce pays. Ses liens avec la Chine cependant ne cessent de se développer. Le président nord-coréen, Kim Il-sung, a donné son appui à Pékin dans le conflit sino-vietnamien. En ce qui concerne la question afghane, Pyongyang n'a ni approuvé ni condamné l'action de Moscou.

 

Cela signifierait-il un alignement sur la Chine ? On constatera, plus certainement, que la Corée du Nord s'efforce, dans des conditions difficiles, de suivre une politique indépendante. Elle souhaite, donc, le développement de ses échanges avec le monde industrialisé capitaliste. Le Japon est ainsi devenu son premier partenaire non-communiste (...).

 

C'est en tenant compte des caractéristiques propres à chacun des deux Etats coréens, mais en ayant présent à l'esprit l'intérêt pour la paix dans cette région du monde de l'amorce d'un règlement de la question coréenne, que nous sommes conduits à envisager la recherche d'un système de coexistence entre le Nord et le Sud à partir d'un processus d'apaisement régional, du rétablissement des échanges d'informations sur les familles, du développement d'échanges économiques. Le dialogue qui a tourné court en 1972 doit aller dans ce sens quand il reprendra. La constitution d'un organisme de coopération intergouvernemental, tel qu'il était déjà prévu dans le communiqué conjoint Nord-Sud du 4 juillet 1972 serait un premier pas vers la formation de cette confédération proposée par le Nord qui, tout en respectant le régime des deux Etats constituants, en assurerait la représentation unique à l'ONU. Cette dernière, dont les Etats-Unis se firent le mandataire en 1950 et dont le drapeau couvre encore la présence américaine au Sud, étant appelée, à notre avis, à jouer un rôle déterminant dans le rétablissement de la paix.

 

Sans s'ingérer dans un tel processus, la France aurait grand intérêt à en souhaiter l'heureux aboutissement.

 

(NdA) (1) Débat de politique étrangère, Sénat, 27 juin.

Partager cet article
Repost0
13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 21:01

jean_jacques_candelier_a_l-assemblee_nationale.jpgDès sa réélection le 17 juin 2012, le député communiste du Nord Jean-Jacques Candelier a interrogé le nouveau Gouvernement de Jean-Marc Ayrault sur les relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Dix mois après l'ouverture d'un bureau français de coopération à Pyongyang, le ministère français des Affaires étrangères réaffirme, comme en mai 2011 en réponse à de précédentes questions du député Jean-Jacques Candelier, que "l'établissement de relations diplomatiques entre la France et la RPDC n'est pas d'actualité", en invoquant les mêmes arguments avancés depuis 2000 : les relations intercoréennes, la question nucléaire et les droits de l'homme, à propos desquels les formulations utilisées - très fermes - sont comparables à celles déjà employées en 2011.

 

Si la continuité sur la question coréenne prévaut dans la diplomatie française, malgré le changement de majorité, quelques évolutions peuvent être relevées : ainsi, si la France se déclare favorable "à toute initiative permettant de contribuer à la détente, la paix et la stabilité", elle souligne qu'il faut une volonté en ce sens des "différentes parties impliquées" - ce qui est une façon de reconnaître que la Corée du Sud et les Etats-Unis, notamment, doivent aussi souhaiter s'engager, tout en rappelant que la position de la France dépendra aussi de celle de ses partenaires. Alors que la France a de nouveau souligné - en réponse à chacune des deux questions - sa ferme condamnation du lancement du satellite artificiel nord-coréen, le 13 avril 2012 (qu'elle qualifie de "provocation" et de "tir" pris, selon elle, en contradiction avec les résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations unies), elle ne fait toutefois plus allusion aux sanctions internationales adoptées contre la RPD de Corée, à la différence de sa réponse du 24 mai 2011.

 

Il n'est pas fait référence au changement de direction à la tête de la RPD de Corée, ce qui nous semble prudent sur un sujet éminemment sensible en RPD de Corée, alors que les spéculations vont bon train. En décembre 2011, la réaction française après la mort du dirigeant Kim Jong-il avait surpris le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée. Un article de l'AAFC à ce sujet avait ensuite permis au Quai d'Orsay d'apporter les explications attendues à la délégation générale de la RPD de Corée en France, ce dont nous nous félicitons pour le bon développement des relations bilatérales dans un esprit de compréhension mutuelle. Nous renouvelons nos pleins voeux de succès à Olivier Vaysset, directeur du bureau français de coopération, que nous avions rencontré avant son entrée en fonctions. L'AAFC a toujours plaidé pour qu'Olivier Vaysset soit considéré comme un interlocuteur de premier rang des Nord-Coréens, malgré le handicap que constitue son absence de titre d'ambassadeur - faute de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPD de Corée. A cet égard, nous nous réjouissons qu'Olivier Vaysset ait été reçu récemment, au début de cet été, par le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée.

  

En ce qui concerne la coopération franco - nord-coréenne, le Quai d'Orsay souligne qu'elle a  un objectif d'abord culturel et humanitaire, en observant qu'il "garde la porte du dialogue ouverte avec Pyongyang" - sans qu'il ne soit fait référence à de nouvelles initiatives, déjà prises ou à l'étude, depuis l'ouverture du bureau français de coopération à Pyongyang en octobre 2011. En particulier, la - courte - réponse du ministère français des Affaires étrangères ne mentionne pas la venue à Paris de l'orchestre nord-coréen Unhasu en mars 2012, ce qui est de nature à confirmer que le gouvernement français n'a pas été à l'initiative de cet événement, même s'il en a permis le bon déroulement, notamment pour l'octroi des visas. Dans le domaine de l'aide publique au développement, l'aide aux deux ONG françaises présentes en Corée du Nord, Triangle génération humanitaire et Première urgence, augmentée en 2010, a été reconduite en 2011 à hauteur de 500.000 euros, comme le précise le réponse à la question écrite n° 323. L'AAFC ajoute que, si le programme d'accueil de professeurs nord-coréens de français à Grenoble n'a, pour sa part, pas été poursuivi depuis 2011, en revanche un nouveau programme pluriannuel d'accueil de dix étudiants nord-coréens en architecture a commencé en septembre 2011, un an après l'achèvement du précédent programme (2002-2010) ; la participation française concerne la prise en charge de la protection sociale des étudiants.

 

Il y a tout lieu de conclure que, en l'absence d'évolution de la situation diplomatique dans la péninsule coréenne - alors que les regards sont aujourd'hui tournés vers les futures échéances électorales aux Etats-Unis et en Corée du Sud - les relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée ne devraient pas connaître de changement majeur dans les prochains mois. Ce statu quo n'est pas à la hauteur des attentes des Nord-Coréens, qui avaient adressé leurs félicitations à la fois au Président François Hollande et au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, alors que l'usage n'est d'adresser des félicitations qu'aux dirigeants des Etats avec lesquels la RPD de Corée a établi des relations diplomatiques complètes. Pour sa part, alors que vingt-cinq des vingt-sept gouvernements des Etats membres de l'Union européenne ont reconnu la RPD de Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne continue de plaider pour l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPD de Corée, qu'elle estime le plus à même de favoriser la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne. Cette étape nouvelle dans les relations bilatérales de la France faciliterait également une pleine insertion de la RPDC sur la scène internationale, tout en s'inscrivant dans la tradition française de reconnaissance des Etats et non des régimes.

 

Nous reproduisons ci-après les deux questions posées par Jean-Jacques Candelier à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, le 3 juillet 2012, et les réponses apportées par le Quai d'Orsay le 7 août 2012, dans des délais nettement plus brefs qu'en 2010-2011, ce qui mérite d'être salué. Les réponses apportées en mai 2011 sur les mêmes sujets peuvent être consultées sur le site de l'AAFC.

 

Question écrite du député Jean-Jacques Candelier (N° 324) publiée au Journal officiel (JO) du 3 juillet 2012

 M. Jean-Jacques Candelier attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères sur la question d'un projet de traité de paix en Corée rédigé par l'organisation civique sud-coréenne « Solidarité pour la paix et la réunification de la Corée » (Spark selon les initiales anglaises). Le 27 juillet 1953, après trois années et des millions de morts, les combats de la guerre de Corée prirent fin avec la conclusion d'un simple accord d'armistice. Aucun traité de paix n'a été signé, la péninsule coréenne étant virtuellement toujours en état de guerre. Le 19 septembre 2005, au cours des pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, les deux Corées, les États-unis, la Chine, la Russie et le Japon avaient publié une déclaration affirmant la nécessité de conclure un traité de paix et d'établir une structure de paix dans la péninsule. Ces pourparlers à six sont au point mort. Désireux de leur donner une suite, des spécialistes et des juristes sud-coréens ont rédigé en 2008 un projet de traité de paix en Corée. Il s'agit d'une démarche concrète proposant des objectifs atteignables, pour peu que les six aient la volonté sincère de parvenir à la paix. Un appel et une pétition ont été lancés par l'organisation civique Spark. Estimant urgent d'établir la paix dans la péninsule coréenne, il lui demande son avis sur cet appel-pétition et sur le projet de traité de paix mentionné [Note de la rédaction : et que l'AAFC appelle à signer].

 

Réponse du ministère des Affaires étrangères publiée au JO du 7 août 2012

La France, tout comme ses partenaires, est favorable à toute initiative permettant de contribuer à la détente, à la paix et à la stabilité dans la péninsule coréenne, dès lors que les différentes parties impliquées font preuve de leur volonté d'oeuvrer effectivement en ce sens. Les pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule sont interrompus depuis que la Corée du Nord a quitté unilatéralement la table des négociations en 2008. Pyongyang s'est livrée depuis à des provocations répétées, dont le tir de fusée du 13 avril dernier, effectué en flagrante violation des résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cet acte a été rapidement et fermement condamné de manière unanime par le Conseil de sécurité qui met également en garde Pyongyang contre de nouveaux gestes susceptibles d'accroître les tensions dans la région. Dans ce contexte, la France continue, avec l'ensemble de la communauté internationale, d'appeler la Corée du Nord à oeuvrer activement à l'apaisement en reprenant rapidement le chemin du dialogue intercoréen, des pourparlers à six et de la légalité internationale. Tout ce qui peut ramener la Corée du Nord dans la voie du dialogue avec la communauté internationale peut être encouragé, dès lors que Pyongyang se conforme à ses obligations et à ses engagements internationaux.
 
Question écrite du député Jean-Jacques Candelier (N° 323) publiée au JO du 3 juillet 2012
M. Jean-Jacques Candelier attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères sur la question des relations avec la République populaire démocratique de Corée. Au sein de l'Union européenne, la France est le seul pays, avec l'Estonie, à ne pas reconnaître ce pays. Cela se traduit de manière regrettable par la faiblesse de relations bilatérales dans tous les domaines. Alors que la diplomatie française entretenait une confusion délibérée entre la reconnaissance d'un État et le soutien au régime, il lui demande quand aura lieu une reconnaissance pleine et entière de ce pays membre de l'ONU par la France, ce qui signifierait l'ouverture de relations diplomatiques normales.
 

Réponse du ministère des Affaires étrangères publiée au JO du 7 août 2012

L'établissement de relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée n'est pas d'actualité. La France considère que l'évolution des relations avec la Corée du Nord doit être envisagée à l'aune de différents critères reflétant nos préoccupations à l'égard de ce pays, dans trois domaines. Dans le domaine nucléaire et balistique, la France exhorte Pyongyang à renoncer de manière complète, vérifiable et irréversible à ses armes nucléaires et à son programme nucléaire, comme le demandent les résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le récent tir du 13 avril a été à cet égard une source de grave préoccupation pour la communauté internationale. Il a été fermement et rapidement condamné à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies qui met aussi en garde Pyongyang contre de nouvelles provocations. La France appelle Pyongyang à oeuvrer dans le sens de l'apaisement par le dialogue et la coopération. La sécurité régionale et internationaale continuera d'être menacée tant que le dialogue intercoréen ne connaîtra pas d'amélioration. La France est enfin très préoccupée par la situation humanitaire et des droits de l'Homme qui prévaut en Corée du Nord et qui est l'une des plus déplorables du monde. En tant que membre de l'ONU et Etat partie à plusieurs instruments de protection des droits de l'Homme, la Corée du Nord doit se conformer à la légalité internationale dans ce domaine. La France n'oublie pas les souffrances du peuple nord-coréen et garde la porte du dialogue ouverte avec Pyongyang. L'absence de relations diplomatiques n'empêche pas de conduire des projets en ce sens. Elle a ainsi ouvert en octobre 2011 un Bureau français de coopération à Pyongyang, dont les missions prioritaires sont d'ordre humanitaire et culturel. La France soutient notamment les deux organisations non gouvernementales françaises actives en Corée du Nord. Triangle Génération Humanitaire et Première Urgence font partie des six organisations non gouvernementales autorisées à travailler dans le pays. En 2011, la France a apporté des financements à ces deux organisations, à hauteur de 500 000 euros. En outre, depuis 2006, un lecteur de français enseigne à l'université des langues étrangères de Pyongyang, à l'université Kim Il-sung et au lycée des langues étrangères de Pyongyang.
 

Source : site de l'Assemblée nationale, réponses aux questions écrites n° 324 et 323.

Partager cet article
Repost0
22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 23:50

Ministre déléguée chargée des PME et de l'économie numérique dans le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault du Président François Hollande, Fleur Pellerin est la nouvelle égérie des médias sud-coréens : née dans le Sud de la péninsule en 1974, adoptée à Séoul par une famille française à l'âge de six mois, elle est la première ministre française d'origine coréenne. Son parcours est représentatif de l'ascension sociale en France de représentants des minorités visibles, et apparaît en contrepoint de la très conservatrice société sud-coréenne où l'élection d'une députée d'origine étrangère a soulevé une tempête de réactions racistes dans un pays où la conception de la nationalité est fondée sur le droit du sang.

 

fleur_pellerin.jpg

 

A seulement 38 ans, Fleur Pellerin est passée très vite du statut de haut fonctionnaire - conseillère référendaire à la Cour des comptes, elle est ancienne diplômée de l'Ecole nationale d'administration (ENA) - à celui de femme politique, en ayant été nommée Ministre déléguée chargée des PME et de l'économie numérique dans le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

 

Pour les Coréens, qui l'appellent volontiers de son nom coréen Kim Jong-suk, elle est déjà - et avant tout - la première ministre française d'origine coréenne, étant née à Séoul où, abandonnée, elle a été adoptée par des parents français à l'âge de six mois. Si ses liens culturels avec la Corée sont ténus (bien qu'elle cultive une élégance toute coréenne) - elle n'est jamais retournée dans son pays natal, mais elle s'est engagée à le faire à présent d'autant plus que son champ de compétences correspond aux points forts de la Corée du Sud - Fleur Pellerin a été présidente (de 2010 à 2011) du "Club XXIe siècle", dont elle est toujours membre du bureau, cercle réunissant l'élite des minorités visibles dont la vocation est de promouvoir la diversité. Comme elle l'a déclaré à l'AFP, elle ne se "perçoit pas comme asiatique" et elle se défend de correspondre aux labels "femme", "jeune", "diversité", tout en reconnaissant que "cocher" toutes ces cases a accru ses "chances de faire partie de l'équipe" gouvernementale.

 

Si les médias sud-coréens insistent sur une enfance difficile, son parcours social est plus complexe, les parents adoptifs d'enfants coréens appartenant presque toujours à des familles aisées. Si son père entrepreneur et sa mère, sans profession, ont vécu un temps en HLM à Montreuil, ils se sont ensuite établis à Versailles. Comme l'écrasante majorité des élèves de l'Essec, de Sciences Po et de l'ENA, elle est issue des classes moyennes supérieures et fortunées.

 

Membre des équipes de campagne présidentielles socialistes, dès 2002 et à nouveau en 2007 et 2012, elle cultive des compétences techniques avant de jouer la carte de la diversité pour entrer en politique, après avoir reçu une formation de technocrate. Elle est d'ailleurs remariée à un conseiller d'Etat, lui aussi ancien élève de l'ENA et membre de cabinets ministériels, Laurent Olléon. L'exception de Fleur Pellerin n'est pas tant que des fonctionnaires brillants entrent en politique - François Hollande et Jacques Chirac en sont des exemples - mais plutôt que son ascension soit aussi rapide, sans qu'elle n'ait été élue députée auparavant. Elle a d'ailleurs dit vouloir se consacrer pleinement à ses fonctions ministérielles, plutôt que de briguer un siège de député dans une des circonscriptions faciles à gagner qui lui avaient été proposées.

 

Sources : AAFC, Le Parisien, voila.fr.

Partager cet article
Repost0
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 15:47

francois-hollande-place-de-la-bastille-a-paris_758165_460x3.jpgLes deux gouvernements coréens ont réagi différemment à l'élection de François Hollande comme Président de la République française. Si la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a simplement envoyé un message de félicitations en s'abstenant de tout jugement sur les orientations du candidat socialiste, Kim Sung-hwan, ministre sud-coréen des Affaires étrangères a relayé les inquiétudes des marchés financiers et des conglomérats sud-coréens sur les choix économiques du nouveau chef de l'Etat. Ces a priori témoignent de l'ancrage de l'anticommunisme (et, par assimilation, de toute orientation qui n'est pas libérale économiquement et conservatrice politiquement) au sein de l'actuelle administration conservatrice sud-coréenne, qui était très proche idéologiquement de Nicolas Sarkozy.

 

Dans une dépêche en date du 8 mai 2012, l'agence nord-coréenne KCNA a indiqué qu'un message de félicitations avait été adressé au Président François Hollande, le lundi 7 mai, par Kim Yong-nam, Président du Praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la République populaire démocratique de Corée, qui exerce les fonctions de chef de l'Etat. Il lui a souhaité plein succès dans l'exercice de ses responsabilités.

 

La RPD de Corée a fait le choix d'adresser rapidement un message de félicitations au Président français, alors que la France est l'un des deux derniers pays de l'Union européenne, avec l'Estonie, à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec Pyongyang - même si un bureau français de coopération à Pyongyang, ouvert en octobre 2011, est la première représentation diplomatique française en RPDC. L'élection pour la première fois d'un candidat du Parti socialiste français à la magistrature suprême en France, en 1981, avait donné lieu à un message de félicitations appuyé de Pyongyang - mais le contexte était différent : François Mitterrand avait promis à Pyongyang, où il s'était rendu comme candidat, de normaliser les relations diplomatiques entre la République française et la RPD de Corée. Il n'avait pu honorer sa promesse, sous la pression notamment du gouvernement et des industriels sud-coréens.

 

En Corée du Sud, selon l'agence officielle Yonhap, le ministre des Affaires étrangères Kim Sung-hwan a attribué à l'élection de François Hollande le recul des marchés boursiers - alors que, de l'avis des spécialistes, le résultat des élections en Grèce aurait eu un impact tout aussi important. Selon M. Kim Sung-hwan, "je pense que ces réactions des marchés sont intervenues parce que Hollande [sic, sans mention du prénom ni des fonctions du nouveau chef de l'Etat, contrairement aux usages diplomatiques], qui s'oppose aux politiques soutenues par l'Allemagne, a été élu". Formulée en ces termes, la prise de position du gouvernement conservateur sud-coréen apparaît pour le moins malencontreuse vis-à-vis du nouvel exécutif français, même si elle est sans surprise au regard de ses orientations idéologiques. Alors candidat à l'élection présidentielle, l'actuel Président sud-coréen Lee Myung-bak avait chaleureusement félicité Nicolas Sarkozy lors de l'élection de ce dernier en 2007, en soulignant leurs profondes convergences de vues. Les ressemblances dans le style de gouvernement de Nicolas Sarkozy et de Lee Myung-bak, de même que leurs sympathies communes pour les Etats-Unis, avaient aussi souvent été soulignées. 

 

Proches des chaebols (les conglomérats sud-coréens), les conservateurs sud-coréens attendent de la France une politique d'austérité pour créer un environnement jugé plus favorable aux exportations de leurs pays. Tandis que l'agence Yonhap souligne que le Président François Hollande "a promis au cours de sa campagne de ne pas ratifier le pacte d'austérité budgétaire", le ministre conservateur Kim Sung-hwan a déclaré : "De nombreux pays sont inquiets de l'élection de François Hollande et de sa répercussion sur la dette et la crise économique en Europe". Cet argument était l'un de ceux utilisés par le président sortant, battu, Nicolas Sarkozy, proche idéologiquement du Président Lee Myung-bak. Cette ingérence dans la politique intérieure française n'était certainement pas le meilleur signal qui puisse être adressé au nouvel exécutif français.

 

Sources : KCNA, Yonhap. Photo AFP.

Partager cet article
Repost0
20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 21:37

Dupont-AignanLe 16 mars 2012 l'Association d'amitié franco-coréenne a adressé une lettre aux dix candidats à l'élection présidentielle française. L'AAFC interrogeait les candidats sur leur position quant à l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la République française et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et sur les initatives qu'ils comptent prendre pour la conclusion d'un traité de paix en Corée. Alors que la campagne pour le premier tour de l'élection présidentielle s'achève, seul Nicolas Dupont-Aignan a répondu à la lettre de l'AAFC par un courrier électronique en date du 14 avril. Voici sa réponse.

 

 

Monsieur,

 

Je vous remercie pour votre courrier qui aborde un sujet qui, je le constate, n'a pas été abordé durant cette élection présidentielle. Il s'agit des relations internationales qu'aucun des grands candidats ne souhaitent aborder car ils n'ont rien à dire.

La situation de la Corée a fortement évolué ces derniers mois avec un changement de dirigeant au Nord. Je pense qu'il est important que de nouvelles relations s'installent entre notre pays et ce nouveau régime tout en gardant à l'esprit que de très grands progrès doivent être faits. 

Sur ces sujets, je suis partisan d'établir des relations avec tous les pays car la France ne reconnait pas des régimes mais des États. Nous devons donc discuter, en toute lucidité avec tous les régimes. 

Par ailleurs, la Corée, actuellement divisée, a tout mon soutien sur une future unification dans un horizon proche. Je pense que pour cela, des discussions doivent avoir lieu entre le Nord et le Sud mais surtout, qu'il est important que la communauté internationale pèse sur la Chine afin qu'elle arrête de soutenir le programme militaire nord-coréen, principale pierre d’achoppement de la paix, et d’œuvrer à une réconciliation nationale.

En espérant que j'ai pu apporter les réponses aux questions que vous me posiez,


Bien Cordialement.


Nicolas DUPONT-AIGNAN

Candidat à la présidence de la République

Député de l’Essonne – Maire d’Yerres

 

 

L'Association d'amitié franco-corénne remercie Nicolas Dupont-Aignan d'avoir pris le temps de lui répondre et, comme lui, regrette que les questions internationales aient été si peu présentes durant la campagne pour l'élection présidentielle, alors que le Président de la République joue un rôle déterminant dans le domaine de la politique étrangère. Sur le fond de la réponse de M. Dupont-Aignan, l'AAFC se félicite que le candidat réaffirme la position traditionnelle de la France, qui est de reconnaître des Etats et non des régimes. En revanche, selon l'AAFC, le programme militaire de la RPD de Corée, en particulier son programme nucléaire, n'est pas la "principale pierre d'achoppement de la paix" en Corée, mais, au contraire, la conséquence directe de l'absence de traité de paix en Corée, traité voulu par la RPDC mais refusé par les Etats-Unis. Techniquement en état de guerre avec les Etats-Unis (l'armistice de 1953 ne constitue qu'un simple cessez-le-feu), et confrontée à la menace d'une attaque, la RPDC a dû développer sa propre force de dissuasion selon des principes (stricte suffisance, dissuasion du faible au fort) qui ne sont pas sans rappeler ceux voulus par le Général de Gaulle pour la force de dissuasion française. 

Partager cet article
Repost0
20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 21:31

 

 

Palais_Elysee.jpgL’Association d’amitié franco-coréenne interroge tous les candidats à l'élection présidentielle au sujet des relations entre la République française et les deux États coréens et des initiatives que la France peut prendre pour la paix en Corée.


La constitution de 1958 reconnaît au Président de la République française une compétence déterminante dans le domaine de la politique étrangère. C’est pourquoi, l'Association d'amitié franco-coréenne a souhaité interroger tous les candidats à l'élection présidentielle sur leurs positions et intentions quant à la question coréenne.


Les deux États coréens - la République de Corée (sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC – nord) - sont l'un et l'autre membres de l'ONU depuis 1991. Cependant, aujourd'hui encore, la France n'a pas de relations diplomatiques complètes avec la RPDC, contrairement à tous les autres pays de l'Union européenne (à l'exception de l'Estonie).


Cette situation est curieusement contraire au principe habituellement proclamé par la France : reconnaître les États et non les gouvernements. Or, la France a tout à gagner à développer ses relations diplomatiques avec la RPDC : rayonnement culturel de la France, en relançant, par exemple, l'enseignement du français en RPDC ; échanges économiques avec la RPDC dont pourraient profiter les entreprises françaises, y compris les PME ; possibilité d'une diplomatie indépendante et équilibrée favorisant la détente et la paix en Asie du nord-est.


Certes, une timide ouverture s'est faite durant le mandat présidentiel qui s'achève, suite à la mission confiée par le Président de la République à M. Jack Lang. Un bureau français de coopération a été ouvert à Pyongyang en octobre 2011, avec des objectifs et des moyens modestes. Pour l'Association d'amitié franco-coréenne, il s'agit d'un pas dans la bonne direction, mais encore bien insuffisant.


D'où la première question posée par l'Association d'amitié franco-coréenne aux candidats à l'élection présidentielle : Le candidat est-il favorable à l'établissement de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée, au plus tôt et sans conditions ?


Depuis plus d'un siècle, la Corée a connu l'occupation japonaise, puis la division. Aujourd'hui, la réunification de la Corée dans l'indépendance et dans la paix est le souhait de tout le peuple coréen, au nord comme au sud. Mais on ne doit pas oublier que la péninsule coréenne est encore aujourd'hui juridiquement en état de guerre. C'est en effet un simple armistice qui a été signé en 1953. Les États-Unis stationnent près de 25 000 soldats en Corée du Sud et exercent une pression militaire constante sur la RPDC (manœuvres en extrême limite des eaux territoriales, par exemple). De son côté, la RPDC, où ne se trouve aucune troupe étrangère, ne peut garantir sa sécurité que par le renforcement de sa défense, y compris par la dissuasion nucléaire.


Pourtant, depuis le communiqué commun de 1972, les Corée du Nord et du Sud ont entamé un dialogue qui a conduit aux déclarations communes de 2000 et de 2007. Malheureusement, l'attitude hostile de l'actuel président sud-coréen a interrompu ce processus, dont on peut toutefois espérer la reprise après les prochaines élections en Corée du Sud.


La signature d'un traité de paix est nécessaire pour réduire la tension militaire, pour favoriser le développement et pour permettre aux Coréens de régler entre eux leurs affaires, sans aucune ingérence étrangère. C'est la seule voie raisonnable conduisant à la réunification pacifique de la Corée.


D'où la seconde question posée par l'Association d'amitié franco-coréenne aux candidats à l'élection présidentielle : Le candidat compte-t-il prendre des initiatives pour aider à la conclusion d'un traité de paix qui impliquerait le départ des troupes étrangères et la dénucléarisation de toute la péninsule, favorisant ainsi la réunification pacifique de la Corée par les Coréens eux-mêmes ?


Outre les réponses à ces deux questions, l'Association d'amitié franco-coréenne est prête à recevoir toute autre idée des candidats concernant la Corée. L'ensemble sera rendu public. 

 

Télécharger le communiqué de presse

Partager cet article
Repost0
13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 20:46

Alors que le concert conjoint de l'Orchestre de Radio France et de l'Orchestre Unhasu de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le 14 mars 2012, salle Pleyel, sous la baguette du chef sud-coréen Chung Myung-whun, s'annonce comme un événement culturel majeur dans les relations franco-coréennes, ce n'est pas la première fois qu'un ensemble culturel nord-coréen se produit à Paris. Quarante ans plus tôt, du 17 février au 5 mars 1972, les acteurs de la troupe du théâtre Mansudae (à l'époque transcrit "Mansoudai") avaient joué au théâtre des Champs-Elysées. Nous reproduisons ci-après un article sur cette tournée parisienne, publié dans le premier bulletin interne de l'Association d'amitié franco-coréenne - Paris-Pyongyang (mars 1972), et qui peut être téléchargé dans son intégralité.

 

troupe_artistique_mansudae_ko_young_hee.png"Du 17 février au 5 mars, le théâtre Mansoudai de Pyong-Yang, ensemble officiel de la République populaire démocratique de Corée, s'est produit au théâtre des Champs-Elysées.

 

Des milliers de Parisiens ont pu découvrir le lyrisme, la poésie, le dynamisme, caractéristiques principales du spectacle alliant le style fidèle aux principes traditionnels tout en évoquant les réalités actuelles de la République populaire démocratique de Corée.

 

La venue et la production du théâtre Mansoudai ont été organisées par l'Agence littéraire artistique de Paris.

 

Nombreux sans doute les adhérents de l'Association qui ont eu le plaisir et la chance d'assister à ce spectacle, banc d'essai de tous les grands spectacles du monde.

 

Le théâtre Mansoudai a reçu de nombreux éloges de la presse française ; la rédaction de ce bulletin, au nom de l'Association d'amitié franco-coréenne, tient à exprimer toutes ses félicitations aux 150 artistes et responsables, ambassadeurs d'un peuple et d'une culture vieille de plus de 5 000 ans, qui ont permis de resserrer les liens d'amitié qui unissent nos deux peuples".

 

Partager cet article
Repost0
26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 12:35

Alors que la France a ouvert, début octobre, un bureau de coopération à Pyongyang, la réaction du ministère français des Affaires étrangères et européennes après la mort du Président Kim Jong-il détonne : non seulement la France n'a pas adressé de messages de condoléances (à la différence, par exemple, de la Corée du Sud), mais les termes même employés poursuivent manifestement davantage des objectifs de politique intérieure qu'une volonté d'approfondir les relations d'échanges et de coopération avec la République populaire démocratique de Corée. L'AAFC déplore vivement les conséquences de ce communiqué dont elle estime, au mieux, qu'il a été adopté en méconnaissance des réactions prévisibles des Nord-Coréens pour l'avenir de nos relations bilatérales, au pire que ses rédacteurs ont volontairement souhaité limiter les marges d'action du directeur du bureau français de coopération à Pyongyang, dont l'ouverture avait donné lieu à de longs débats au sein de l'exécutif français.
    
Quai-d'Orsay

Dans un communiqué intitulé "Décès du dirigeant Nord-Coréen Kim Jong-il (19 décembre 2011)", le ministère français des Affaires étrangères et européennes réagit en ces termes à cette nouvelle, qu'il a apprise par les médias de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) :

"Nous avons appris ce matin la nouvelle du décès du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il.

La France rappelle son attachement à la paix et à la stabilité dans la péninsule et marque son espoir d’une évolution positive du régime nord-coréen, qu’il s’agisse du régime des libertés, de la stabilité de la péninsule ou du respect de ses obligations internationales en matière de non-prolifération nucléaire.

Nous suivons avec la plus grande vigilance la situation, en lien avec nos partenaires et alliés. Nos pensées vont d’abord en ce jour au peuple nord-coréen qui souffre depuis de trop nombreuses années de la misère et des privations de droits de l’Homme.  

Comme le Ministre d’Etat l’a exprimé ce matin, la France espère que la Corée du Nord pourra un jour retrouver sa liberté. Elle continuera son action en faveur du peuple nord-coréen, notamment par l’appui aux programmes humanitaires visant à améliorer ses conditions de vie
".

Même si la France est - avec l'Estonie - l'un des deux derniers pays de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée, l'absence de condoléances après la mort d'un chef d'Etat en exercice n'en reste pas moins un geste non conforme aux usages diplomatiques. Par exemple, les Etats-Unis avaient adressé un message de condoléances après la mort, en 1994, du Président Kim Il-sung de la RPD de Corée, alors que Washington et Pyongyang n'ont toujours pas établi de relations diplomatiques.

Cette année, les Etats-Unis ont fait le choix, très contestable, de ne pas adresser de condoléances - ce que l'homme d'Etat américain Bill Richardson a jugé être une erreur -, tout en employant des termes néanmoins plus mesurés que ceux de la diplomatie française :

- l'expression d' "espoirs" et d' "attentes" est des plus étranges, sinon des plus maladroits : la RPD de Corée est un Etat souverain, qui estime à juste titre n'avoir pas à recevoir de leçons politiques ; que diraient les Français si, à la mort en exercice de son chef d'Etat, un Etat étranger lui faisait savoir son espoir de transformer notre système politique ?

- déclarer que la situation est suivie "avec la plus grande vigilance" procède, certainement, d'une erreur de positionnement : si les Etats-Unis ont engagé, immédiatement après l'annonce de la disparition du Président Kim Jong-il, des concertations avec leurs alliés sud-coréen et japonais, notamment au plan militaire, dans l'hypothèse (inavérée) d'instabilité de la péninsule, la France n'exerce pas les fonctions de "gendarme" de l'Asie ;

- le discours misérabiliste sur les "pensées" du gouvernement français qui iraient aux Nord-Coréens qui souffrent procède d'une grave méconnaissance de la culture asiatique : c'est un discours chrétien, relevant d'une pensée totalement étrangère à la culture confucéenne qui a marqué et marque encore profondément les sociétés d'Asie de l'Est, où l'on considère que ses propres malheurs sont aussi la conséquence de son comportement ;

- en Corée, il est d'usage de manifester sa douleur lors de la disparition d'une personne qui vous est chère, et les  Nord-Coréens éprouvent sincèrement un vif chagrin après la disparition de celui qui était le père de la nation ; dans ce contexte d'affliction, parler, comme le fait le Quai d'Orsay, de souffrance des Nord-Coréens au regard des difficultés économiques et des droits de l'homme apparaît comme une instrumentalisation politique, qui ne peut qu'être perçue comme grossière par les populations nord-coréennes ; le gouvernement de Séoul, qui partage la même culture coréenne, a évidemment évité toute allusion de ce genre, en sachant qu'elle aurait été perçue par Pyongyang au mieux comme une grave méconnaissance des règles de politesse, au pire comme une provocation ;

- appeler, dans ce contexte, à la poursuite des programmes d'aide humanitaire, n'est guère judicieux : si tel est effectivement l'objet du bureau de coopération français à Pyongyang, l'engagement en faveur des populations suppose de tenir compte des réalités, c'est-à-dire des sentiments sincères des Nord-Coréens, en évitant toute maladresse en période de deuil national ; les diplomates nord-coréens qui auront à analyser le message français devront évidemment réévaluer les relations avec la France à la lumière des usages diplomatiques ; si le ministère français des Affaires étrangères avait voulu maintenir un canal de coopération avec Pyongyang, il aurait mieux fait d'éviter de mettre dans la balance les leçons de morale politique et le versement d'une aide non seulement modeste mais, plus que jamais, conditionnée à des critères politiques.

Comment le Quai d'Orsay a-t-il pu oublier à ce point que l'aide d'urgence française n'obéit jamais à des considérations politiques ? Pourquoi avoir mélangé ainsi les questions de coopération et un appel "à la liberté" lancé par le ministre d'Etat Alain Juppé dans un contexte aussi peu approprié, sauf à rejoindre les positions des néoconservateurs américains qui militent de longue date en faveur d'un changement de régime ? Même le gouvernement des Etats-Unis, qui ont davantage les moyens de leur politique d'intervention extérieure, ne prend pas la posture du missionnaire armé après la disparition du Président Kim Jong-il.

En réalité, l'histoire des relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC) bégaie : pour la deuxième fois, les diplomates du Quai d'Orsay cherchent à justifier a posteriori la réaction à
chaud d'un des plus hauts responsables de la diplomatie française.

Alors que la France a été le premier grand Etat occidental à établir des relations avec la RPD de Corée, avec l'ouverture par le général de Gaulle d'un bureau commercial nord-coréen à Paris en 1968 (élevé par François Mitterrand au rang de délégation générale, et abritant aussi l'ambassade de la RPDC auprès de l'UNESCO), un concours de circonstances fait perdre à la France une occasion majeure de normaliser ses relations avec Pyongyang, qui aurait permis de se conformer à la tradition diplomatique française de reconnaître les Etats et non les régimes. En 2000,  au lendemain du premier sommet intercoréen, interrogé sur l'absence de relations diplomatiques entre la France et la RPDC, le Président Jacques Chirac avait affirmé que seuls quelques Etats européens avaient franchi ce pas, et aucun des "grands" pays européens. Erreur : le Royaume-Uni et l'Allemagne venaient d'annoncer l'ouverture de relations diplomatiques avec Pyongyang, mais sans en référer à la France qui présidait, pourtant, l'Union européenne. Jacques Chirac se met en colère, et le Quai d'Orsay doit alors trouver a posteriori des justifications à ce qui n'était qu'une réaction d'humeur. Ce sont alors les fameuses trois conditions mises par la France à l'ouverture de relations diplomatiques avec la RPD de Corée (des progrès sur la question nucléaire, sur les droits de l'homme et les relations intercoréennes), qu'on retrouve d'ailleurs pratiquement repris tels quels dans le deuxième paragraphe du communiqué du ministère des Affaires étrangères et européennes.

Or la France n'a aucun moyen réel de peser sur la question nucléaire, n'étant pas partie aux pourparlers à six sur le nucléaire nord-coréen, et elle n'a pas davantage de levier d'influence sur l'évolution des relations intercoréennes. Par ailleurs, alors que les entreprises des autres pays européens voient dans la RPD de Corée la promesse de nouveaux débouchés sur une Asie de l'Est en plein boom, la France est handicapée par sa politique de "splendide isolement" vis-à-vis de Pyongyang, tout en laissant mourir l'apprentissage du français en Corée du Nord. Au fil des années, le fait qu'une telle politique soit contraire à nos intérêts nationaux apparaît de plus en plus clairement. L'ouverture du bureau français de coopération à Pyongyang, en octobre 2011, a été le moyen de reprendre pied sur la scène coréenne, tout en attendant une percée diplomatique internationale pour franchir le cap de la reconnaissance complète de la RPD de Corée.

Las, ce schéma semble avoir vécu : si la France ne change pas de cap, sa prise de position peu subtile pour rattraper les propos du ministre d’Etat risque de limiter encore les marges de manœuvre dont dispose le directeur du bureau français de coopération à Pyongyang - un directeur sans moyens humains, pratiquement sans moyens financiers, et dépourvu du sésame qu’aurait constitué le titre d’ambassadeur de plein exercice. L’AAFC souhaite que le bureau français de coopération à Pyongyang puisse continuer à exercer pleinement ses missions et développer les relations bilatérales entre nos deux pays.

 

Les funérailles du Président Kim Jong-il sont prévues à Pyongyang le 28 décembre. L'AAFC rappelle à toutes et à tous qu'un registre de condoléances est ouvert à la délégation générale de la République populaire démocratique de Corée en France, rue Asseline (Paris 14ème), de 10h à 18h, jusqu'au mardi 27 décembre inclus.

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 21:39

La BD "Quai d'Orsay" d'Abel Lanzac et Christophe Blain, et dont l'un des auteurs est un ancien conseiller - resté anonyme - du cabinet de Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, narre de manière très vivante la façon dont le Quai d'Orsay a réagi lors de la guerre en Irak (dans le récit : le Lousdem). Si les personnages dépeints et les situations décrites correspondent à de subtiles combinaisons d'éléments réels et de fiction, la réalité apparaît souvent très proche du récit de la BD - qu'il s'agisse de la personnalité du ministre (Alexandre Taillard de Vorms dans la bande dessinée), de celle de son directeur de cabinet ou des négociations diplomatiques serrées qu'avait engagées la France, à la charnière des années 2002 et 2003, pour empêcher l'intervention américaine en Irak. Dans ce contexte, l'AAFC a étudié de près une situation décrite sur quelques pages dans le volume 2 de la série (pp. 80-82), dont nous avons tout lieu de penser qu'elle a été proche d'une situation réelle : la réaction française à une crise entre Washington et Pyongyang, fin 2002, sur un prétendu programme nord-coréen d'enrichissement d'uranium.

 

christophe_blain_abel_lanzac_BD_Quai_d_Orsay_couverture.jpgLes Etats-Unis s'apprêtent à envahir un pays au nom de la guerre contre le terrorisme, sous le prétexte (largement fabriqué par Washington) de la prétendue possession d'armes de destruction massive. Pour empêcher le conflit, le ministre français des Affaires étrangères est engagé dans une partie diplomatique avec ses homologues des autres pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. En déplacement en Moscou, le chef de la diplomatie française est confronté à une nouvelle crise : la Corée du Nord vient d'annoncer la reprise immédiate de ses essais nucléaires.

 

Dans ce contexte, après une concertation avec son homologue russe, le ministre français des Affaires étrangères décide de "faire une conférence de presse sur l'heure", car "il faut réagir tout de suite sur l'histoire de la Corée" et - précise encore le ministre à ses conseillers - "montrer aux Américains qu'ils se plantent". Le ministre dicte aussitôt sa réaction : "La Corée du Nord vient d'annoncer la reprise de ses essais nucléaires... C'est une décision grave dont nous devons mesurer les conséquences... La communauté internationale doit prendre conscience de la responsabilité qui est la sienne... Nous devons forger une méthode pour endiguer la prolifération des armes de destruction massive...". Mais un stupide incident technique - il n'y a pas d'imprimante - interrompt le ministre sur sa lancée... et le lecteur de la BD de voir les conseillers du ministre chercher en vain, à quatre pattes, le fil de l'imprimante et une prise de secteur. Une heure plus tard, la conférence de presse annoncée a lieu entre les ministres des Affaires étrangères russe et français qui dénoncent une "guerre vaine" et font part de leur souhait d'une réunion imminente du Conseil de sécurité sur la question du terrorisme. Il n'est alors plus question de Corée du Nord, mais l'objectif recherché par la France chez Lanzac et Blain est en tout cas atteint : le secrétaire d'Etat américain téléphone à son homologue français pour annoncer qu'il accepte une réunion du Conseil de sécurité en janvier.

 

Janvier 2003 ? A l'époque, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) n'a pas encore procédé à son premier essai nucléaire - il faudra attendre octobre 2006 - mais à cette époque-là le programme nucléaire nord-coréen a singulièrement raidi les relations entre la RPDC et les Etats-Unis de George W. Bush. Plus précisément, à la suite d'une visite du sous-secrétaire d'Etat américain James Kelly à Pyongyang en octobre 2002, Washington affirme que Pyongyang conduirait un programme clandestin d'enrichissement d'uranium. La RPD de Corée dément, souligne qu'il s'agit d'une surinterprétation par James Kelly de propos que ce dernier dit avoir entendus à Pyongyang, mais les néo-conservateurs américains n'en ont cure : ils détiennent le prétexte pour rejeter l'accord-cadre sur le nucléaire signé avec la Corée du Nord en 1994. La BD "Quai d'Orsay" se situe bien à la même époque (quelques mois avant la guerre en Irak), et nous montre aussi un ministre français des Affaires étrangères dénoncer les errements de la diplomatie américaine, influencée par les néo-conservateurs, tant vis-à-vis de l'Irak que de la Corée du Nord.

 

Est-il raisonnable de penser, comme le narre la BD "Quai d'Orsay", qu'à propos de la Corée la France ait alors été amenée, à l'automne 2002, à réagir de façon précipitée et dans l'urgence, car elle était accaparée par le dossier irakien ? Une telle hypothèse nous semble vraisemblable : étant l'un des derniers pays de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée, la France ne dispose alors pas de relais capables de nous fournir des informations de première main sur la situation coréenne. Malgré tout, ce sera un des mérites du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Dominique de Villepin, d'avoir alors essayé de fonder une position française de la question nucléaire coréenne indépendante de celle des Etats-Unis, jusqu'à envisager - en 2003 et 2004 - l'ouverture de relations diplomatiques avec la RPD de Corée.

 

Si "Quai d'Orsay" apporte donc un récit cohérent de la façon dont la France a pu réagir à la crise survenue entre Pyongyang et Washington fin 2002, on mesure aussi les années perdues, après le départ de Dominique de Villepin du ministère des Affaires étrangères en 2004, pour que la France se dote à nouveau des moyens de comprendre et d'analyser de manière indépendante la politique de Pyongyang. Il faudra en effet attendre le dénouement de la mission de Jack Lang en 2009, puis l'ouverture d'une représentation diplomatique française dans la capitale nord-coréenne seulement en octobre 2011.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?