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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 21:22

Le 27 janvier 1964, un bref communiqué était publié simultanément à Paris et à Pékin : « Le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République populaire de Chine ont décidé, d'un commun accord, d'établir des relations diplomatiques. Ils sont convenus à cet effet de désigner des ambassadeurs dans un délai de trois mois. » Pourquoi l'Association d'amitié franco-coréenne choisit-elle d'évoquer cet événement concernant les relations franco-chinoises, fût-il un moment capital de l'histoire des relations internationales de la seconde moitié du vingtième siècle? Parce que la France, premier grand pays occidental à nouer des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine (le Royaume-Uni avait nommé un chargé d'affaires en 1950 mais des ambassadeurs seront échangés seulement en 1972) reste aujourd'hui le seul pays européen, avec l'Estonie, à ne pas avoir établi de telles relations avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). La France a bien ouvert un bureau commercial de la RPDC à Paris en 1968élevé en 1984 au rang de délégation générale abritant aussi l'ambassade de la RPDC auprès de l'UNESCO dont le siège est à Paris, et un bureau français de coopération culturelle et humanitaire a été ouvert à Pyongyang en 2011mais il n'existe pas de relations au niveau d'ambassades entre les deux pays. Cette « anomalie » marque un effacement de la diplomatie française dans cette partie du monde et tourne délibérément le dos à la tradition diplomatique de la France, laquelle est de reconnaître des Etats et non des gouvernements. Ainsi, le général de Gaulle ne dissimulait pas son peu de sympathie pour le système politique en place à Pékin depuis 1949. Mais, malgré l'aggravation des tensions militaires en Asie du Sud-Est, dans un monde divisé en deux blocs, le président Charles de Gaulle plaça l'intérêt national de la France avant tout et, refusant tout alignement, eut le courage d'établir en premier des liens solides avec un pays de grande civilisation appelé à devenir une superpuissance. De même, une Corée réunifiée selon le souhait des Coréens du Nord, du Sud et d'outre-mer sera une puissance de premier plan et les pays qui auront su nouer des relations équilibrées avec les deux parties de la péninsule coréenne y auront une place privilégiée. Malheureusement, la France ne semble pas (encore) disposée à en faire partie et a raté plusieurs occasions « historiques » de normaliser ses relations avec la RPD de Corée, notamment après les déclarations Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, étapes décisives du rapprochement des deux Corée. La déclaration du président Charles de Gaulle, que nous reproduisons ci-après, extraite de sa conférence de presse du 31 janvier 1964, vient rappeler que, il n'y a pas si longtemps, les dirigeants français étaient prêts à prendre des décisions autrement risquées pour que leur pays tienne son rang.

Charles-De-Gaulle-31011964.jpg

« Nous allons parler de la Chine. Beaucoup m'ont posé des questions, multiples en réalité. Je crois que je répondrai à tout le monde, en même temps, en expliquant ce qu'il en est, et les raisons pour lesquelles ce qui est fait est fait.

« La Chine. Un grand peuple, le plus nombreux de la terre, une race où la capacité patiente, laborieuse, industrieuse des individus a, depuis des millénaires, compensé le défaut de cohésion et de méthode et a bâti une très particulière et très profonde civilisation. Un très vaste pays, géographiquement compact et pourtant sans unité. Etendu depuis l'Asie mineure et les marches de l'Europe jusqu'à la rive immense du pacifique, et puis des glaces sibériennes jusqu'aux régions tropicales de l'Inde et du Tonkin. Un Etat, plus ancien que l'histoire, toujours résolu à l'indépendance, qui s'est constamment efforcé à la centralisation, d'instinct replié sur lui-même et dédaigneux des étrangers, mais conscient et orgueilleux d'une immuable pérennité, telle est la Chine de toujours.

« L'entrée en contact de ce pays là avec les nations modernes lui a été très dure et très coûteuse. Les multiples sommations, interventions, expéditions, invasions, européennes, américaines, japonaises lui ont été autant d'humiliations et de démembrements. Alors, tant de secousses nationales, et aussi la volonté des élites de transformer, coûte que coûte, leur pays pour qu'il atteigne à la condition et à la puissance des peuples qui l'avaient opprimée, ont conduit la Chine à la révolution. Sans doute, le maréchal Tchang Kai-chek à la valeur, au patriotisme, à la hauteur d'âme de qui j'ai le devoir de rendre hommage, certain que l'histoire et le peuple chinois en feront un jour autant, le maréchal Tchang Kai-chek, après avoir conduit la Chine à la victoire alliée qui, dans le Pacifique, scella la Deuxième Guerre mondiale, avait essayé de canaliser le torrent. Mais les choses en étaient à ce point qu'elles excluaient tout sauf l'extrême, et dès que les Américains eurent retiré au maréchal le concours direct de leurs forces qu'ils lui donnaient sur le continent, il dut se replier sur Formose, et le régime communiste, longuement préparé par Mao Tse-toung, établit sa dictature, il y a quinze ans de cela.

« Depuis lors, un énorme effort qui s'imposait, de toute façon, au sujet de la mise en valeur des richesses naturelles, du développement industriel, de la production agricole, de l'instruction de la nation, de la lutte contre les fléaux inhérents à ce pays, la faim, les épidémies, l'érosion des sols, le débordement des fleuves, etc., cet immense effort a été entrepris sur l'ensemble du territoire. Comme toujours en système communiste, ce qui put être réalisé a comporté de terribles souffrances humaines, une implacable contrainte des masses, d'immenses pertes et gaspillages de biens, l'écrasement et la décimation d'innombrables valeurs humaines. Cependant au prix de tant de sacrifices, des résultats ont été atteints qui sont dus pour une partie à l'action de l'appareil totalitaire, et aussi à l'ardeur d'un peuple fier qui veut s'élever, en tous les cas, et qui est capable de déployer des trésors de courage et d'ingéniosité quelles que soient les circonstances. Il est vrai que la Russie soviétique a d'abord prêté à la Chine un assez large concours : ouverture de crédit pour l'achat d'outillages et d'approvisionnement, équipements miniers et industriels, installations d'usines entières, formation directe d'étudiants et de spécialistes, envoi sur place d'ingénieurs, de techniciens, d'ouvriers qualifiés, etc. C'était le temps où le Kremlin, utilisant, là comme ailleurs, la prépondérance rigoureuse qu'il s'est donné à l'intérieur de l'église communiste pour soutenir la suprématie de la Russie vis-à-vis de tous les peuples qu'un régime semblable au sien lui a subordonnés, comptait garder la Chine sous sa coupe et, par là, dominer l'Asie. Mais les illusions se sont dissipées. Sans doute demeure entre Moscou et Pékin une certaine solidarité doctrinale qui peut se manifester dans la concurrence des idéologies mondiales, mais, sous ce manteau de plus en plus déchiré, apparaît la différence des politiques nationales.

« Le moins qu'on puisse dire à ce sujet, c'est qu'en Asie, où la frontière qui sépare les deux Etats, depuis l'Indoukouch jusqu'à Vladivostok, est la plus longue qui soit au monde, l'intérêt de la Russie, qu'il conserve et qu'il maintient, et celui de la Chine, qui a besoin de croître et de prendre, ne sauraient être confondus. Et c'est pourquoi l'attitude et l'action d'un pays de 700 millions d'habitants ne sont réglées que par son propre gouvernement.

« Du fait que, depuis quinze ans, la Chine presque tout entière se trouve rassemblée sous un gouvernement qui lui applique sa loi, et qu'elle se manifeste au dehors comme une puissance indépendante et souveraine, la France était disposée, en principe et depuis des années, à nouer des relations régulières avec Pékin. D'ailleurs, certains échanges économiques et culturels étaient déjà pratiqués et nous avons été amenés, avec l'Amérique, l'Angleterre, l'Union soviétique, l'Inde et d'autres Etats, en 1954, à la conférence de Genève, quand on a réglé le sort de l'Indochine, à négocier avec les représentants chinois. Et il en fut de même en 1962, sous la même forme et dans la même ville, quand la situation du Laos a été quelque peu définie. Mais le poids de l'évidence et de la raison, pesant chaque jour davantage, la République française a décidé de placer ses rapports avec la République populaire de Chine sur un plan normal, autrement dit diplomatique. Nous avons rencontré à Pékin une intention identique, et on sait qu'à ce sujet le président Edgar Faure, chargé et prié d'effectuer sur place des sondages officieux, a rapporté des indications positives. C'est alors que les deux gouvernements se sont accordés pour accomplir le nécessaire.

« J'ai parlé du poids de l'évidence et de la raison. Et en effet, en Asie, il n'y a aucune réalité politique concernant le Cambodge, le Laos, le Vietnam, ou bien l'Inde, le Pakistan, l'Afghanistan, la Birmanie, la Corée, ou bien la Russie soviétique, ou bien le Japon, etc., qui n'intéresse et ne touche la Chine. Sur ce continent, il n'y pas une paix et il n'y a pas une guerre imaginable sans qu'elle y soit impliquée. Et il est inconcevable de supposer qu'on puisse jamais conclure un traité de neutralité concernant les Etats du sud-est asiatique auxquels nous, Français, portons une attention toute spéciale et cordiale, sans que la Chine en soit partie. Neutralité qui devrait comporter de la part de ces Etats, naturellement, leur acceptation, qui devrait être garantie sur le plan international, qui devrait exclure à la fois toute action armée soutenue par tels de ces Etats vis-à-vis ou chez tel ou tel autre, et excluant aussi les multiformes interventions extérieures. Neutralité qui paraît bien, dans la période où nous sommes, être la seule situation qui soit compatible avec la vie paisible et le progrès des populations. Mais aussi, la masse propre à la Chine, sa valeur et ses besoins présents, et la dimension de son avenir pour qu'elle se manifeste de plus en plus aux intérêts et aux soucis de l'univers tout entier. En vérité, il est clair que la France doit pouvoir entendre directement la Chine et aussi s'en faire écouter.

« Et puis, pourquoi ne pas évoquer, qui sait, ce qu'il pourra y avoir de fécond dans les rapports entre les deux peuples, à la faveur des relations entre les deux Etats. Ce qui est fait déjà au point de vue économique à l'égard de la Chine, qui est fait par nous, et ce qui peut d'ailleurs être amélioré sera sans doute longtemps limité. Et il en est de même des investissements que nous apportons déjà au développement industriel chinois. Mais le cas de la technique est sans doute très différent. De la technique dont les sources en France sont de plus en plus valables et à laquelle la Chine offre un champ, pour ainsi dire, infini. Et puis, qui sait si les affinités qui existent entre les deux nations pour tout ce qui concerne les choses de l'esprit, et compte tenu aussi du fait que, dans leurs profondeurs, elles se portent l'une à l'autre, depuis toujours, sympathie et considération, ne les conduiront pas à une coopération culturelle croissante. En tout cas, ici, cela est sincèrement souhaité.

« Pékin et Paris sont donc convenus d'échanger les ambassadeurs. Il n'y a évidemment là, de notre part, rien qui implique aucune sorte d'approbation à l'égard du régime qui domine actuellement la Chine. En nouant avec ce pays, avec cet Etat, des relations officielles, comme maintes autres nations libres l'ont fait auparavant, et comme nous l'avons fait avec d'autres pays qui subissent des régimes analogues, la France ne fait que reconnaître le monde tel qu'il est. Mais il se peut aussi que dans l'immense évolution actuelle du monde, en multipliant les contacts directs, de peuple à peuple, on serve la cause des hommes, c'est-à-dire celle de la sagesse, du progrès et de la paix. Il se peut que ces contacts contribuent à l'atténuation, déjà commencée, des contrastes et des oppositions dramatiques entre les camps qui divisent l'univers. Il se peut qu'ainsi les âmes, partout où elles sont sur la Terre, se retrouvent, un peu moins tard, au rendez-vous que la France a donné à l'univers, voici 175 ans, celui de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. »


Source : conférence de presse du président de la République française Charles de Gaulle, Palais de l'Elysée, Paris, 31 janvier 1964, sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel (INA)

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 22:26

Park-geun-hye_Jean-Marc-Ayrault_visite_Coree.jpgLa présidente sud-coréenne Park Geun-hye (à gauche, avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault à Séoul, en juillet 2013) va visiter la France à l'occasion d'une tournée en Europe où les aspects économiques occuperont une place importante. Si le partenariat traditionnel entre la France et la République de Corée s'est renforcé dans la période récente, le lourd climat politique qui règne au Sud de la péninsule aura aussi des répercussions en France, où les opposants sud-coréens manifesteront les 2 et 3 novembre contre la venue de Mme Park en dénonçant les irrégularités qui ont émaillé la campagne électorale dont elle est sortie victorieuse, en décembre 2012.

Mme Park Geun-hye, présidente de la République de Corée (du Sud), visitera la France, la Grande-Bretagne et la Belgique du 2 au 9 novembre 2012. Comme lors de ses précédents déplacements à l'étranger, elle sera accompagnée d'une conséquente délégation d'hommes d'affaires, témoignant ainsi de l'importance attachée à la diplomatie économique... et traduisant accessoirement la place relative des différents Etats européens en termes d'échanges internationaux. En France, où commencera son périple européen, la chef d'Etat sud-coréenne sera accompagnée de 45 chefs d'entreprises ou responsables d'organisations économiques : c'est moins que pour la Grande-Bretagne (65) mais plus que pour la Belgique (22). De fait, la conclusion puis l'entrée en vigueur (en 2011) de l'accord de libre échange entre l'Union européenne et la Corée du Sud est perçue, en Extrême-Orient, comme une opportunité pour renforcer les échanges commerciaux avec le "Vieux continent".

Les relations entre la France et la République de Corée sont traditionnellement fondées sur la participation de quelque 3 400 combattants français (dont 270 sont morts au combat), dans les rangs des Nations Unies et aux côtés des Sud-Coréens, pendant la guerre de Corée (1950-1953). Cette intervention est à resituer dans le contexte de la guerre froide : en Corée, la France avait alors choisi de s'aligner sur les Etats-Unis et de soutenir le très autoritaire et farouchement anticommuniste Syngman Rhee, qui n'avait rien d'un démocrate et sera chassé du pouvoir par une révolution étudiante en 1960. Aujourd'hui encore, honorer les tombes des soldats du contingent des Nations Unies en Corée du Sud constitue le passage obligé de toute visite officielle française en République de Corée. A l'occasion des cérémonies ayant marqué le 60ème anniversaire de la fin de la guerre de Corée, la France était représentée à Séoul par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, soit l'un des plus haut niveaux de représentation parmi les Etats ayant participé à la guerre de Corée. Le Président François Hollande, qui a choisi comme conseiller diplomatique un ancien directeur d'Asie du ministère des Affaires étrangères, spécialiste de la Chine, a témoigné de sa volonté de mieux prendre en compte l'émergence de l'Asie dans la diplomatie française.

Le 19 juin 2012, un entretien à Los Cabos, au Mexique, entre le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius et son homologue sud-coréen, Kim Sung-hwan, en marge du 7ème sommet du G20 avait porté sur une série de sujets d'intérêt commun : l'impact de la crise économique européenne sur l'économie mondiale, le renforcement de la lutte contre les effets du changement climatique et la situation dans la péninsule coréenne. En 2011, le Président sud-coréen Lee Myung-bak avait effectué une visite en France le 13 mai, qui avait été suivie d'une visite officielle en République de Corée, les 21 et 22 octobre, du Premier ministre François Fillon.

La Corée du Sud est le quatrième partenaire commercial de la France en Asie et la France est le deuxième partenaire commercial de la Corée du Sud dans l'Union européenne, le volume des échanges ayant atteint 8 milliards d'euros en 2012. Avec un stock d'investissements étrangers de 2,5 milliards de dollars en 2009, la France était le 7ème investisseur étranger en Corée du Sud. Plus de 250 entreprises françaises étaient implantées dans le Sud de la péninsule coréenne en 2010. Par ailleurs, la technologie du TGV français a été utilisée par la Corée du Sud pour son propre réseau ferroviaire à grande vitesse (KTX). Les investissements sud-coréens en France sont comparativement moins élevés, ayant atteint 322 millions d'euros en 2009. La Corée du Sud a dépassé la France pour le nombre de brevets, en atteignant le 4ème rang mondial, dès 2008.

La visite de Mme Park Geun-hye devrait également être l'occasion d'évoquer les commémorations du 130ème anniversaire des relations franco-coréennes, en 2016, dans le cadre des saisons culturelles croisées (2015-2016).

Le lourd climat politique et social qui règne aujourd'hui en Corée du Sud se traduira aussi par des manifestations en France à l'occasion de la visite de Mme Park : arrestations arbitraires d'opposants, poursuites judiciaires à l'encontre des journalistes faisant entendre une voix critique (sous prétexte de diffusion de "fausses informations"), toute puissance des services de renseignement sur la sellette après leur ingérence dans la campagne présidentielle (avec le silence assourdissant de la chef de l'Etat élue), exécution d'un homme ayant tenté de franchir la frontière pour rejoindre le Nord et, récemment, interdiction d'un syndicat d'enseignants dans un climat de répression syndicale... la liste est longue des atteintes aujourd'hui portées à la démocratie sud-coréenne, fruit du combat de milliers de démocrates qui ont donné leur vie pour l'avènement d'une ère de liberté.

Dans ce contexte, un collectif de citoyens sud-coréens qui résident en France appelle à manifester pour la démocratie, le samedi 2 novembre à 16 heures place du Trocadéro puis le dimanche 3 novembre à 16 heures place du Palais Royal. Cette manifestation aux bougies, dans la tradition des manifestations pacifiques en Corée du Sud, interviendra après les récentes déclarations de Moon Jae-in, qui était le principal opposant de Mme Park Geun-hye à l'élection présidentielle de décembre. Le 23 octobre dernier, Moon Jae-in a demandé à Mme Park de reconnaître les fraudes et manoeuvres des services de renseignement et de l'appareil d'Etat dans l'élection présidentielle. Une pétition réclame même l'invalidation de l'élection.

L'Association d'amitié franco-coréenne espère que le gouvernement français, si prompt à invoquer les droits de l'homme en Corée du Nord, entendra également les appels des citoyens sud-coréens qui ne veulent pas d'un retour vers le passé autoritaire en République de Corée.

Sources : blog Paris Copain, pages pays "Corée du Sud" sur le site du MAE français (notamment chronologie des relations bilatérales), Yonhap. Photo Metronews.

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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 19:24

Le Foreign Broadcast Information Service (FBIS), devenu en 2005 l'Open Source Center (OSC), est un service de renseignement américain chargé de collecter, traduire, analyser et diffuser au gouvernement des Etats-Unis des informations d'accès public à l'étranger, et, à ce titre, est un des lecteurs les plus assidus du site Internet de l'AAFC. Le FBIS/OSC met en ligne des archives de presse qui apportent, notamment, des éclairages historiques sur les deux Corée. Alors que François Mitterrand s'était engagé, comme candidat à l'élection présidentielle, à l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'il était élu, on sait que cette promesse n'a finalement pas été honorée, et ne l'est toujours pas en 2013. Pourtant, dès le printemps 1981, la nouvelle majorité de gauche avait reconsidéré les relations avec la République de Corée (du Sud), alors dirigée d'une poigne de fer par le général Chun Doo-hwan, artisan de la répression sanglante du printemps de Kwangju. Ainsi, en 1981, le groupe interparlementaire d'amitié avec la Corée du Sud de l'Assemblée nationale avait été dégradé au rang de groupe d'étude et de contact, comme pour les pays avec lesquels la France n'entretient pas de relations diplomatiques complètes, en établissant donc une relation d'équivalence dans les relations interparlementaires avec les deux Etats de la Corée, au regard qu'aucun des deux Etats coréens n'était alors membre des Nations Unies. La Corée du Sud n'avait ensuite eu de cesse d'exiger le rétablissement d'un groupe d'amitié à part entière. Dans l'article que nous avons utilisé ci-après, publié le 9 avril 1985 par le quotidien sud-coréen The Korea Herald, et cité par le FBIS, il apparaît que les pressions économiques exercées par la Corée du Sud à l'encontre de la France ont joué un rôle déterminant.

laurent_fabius-d.jpgL'annonce officielle qu'il ne serait pas établi de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPD de Corée a été faite par Laurent Fabius, alors Premier ministre, lors de sa visite en Corée du Sud en avril 1985. Comme l'indique le quotidien sud-coréen de langue anglaise The Korea Herald dans son édition du 9 avril 1985, "ces assurances [...] doivent contribuer au renforcement des relations économiques bilatérales". Même si d'autres arguments ont été invoqués (notamment un attentat à Rangoon, en octobre 1983, contre le président et le gouvernement sud-coréens, dans lequel Pyongyang a nié toute responsabilité, ou encore l'observation de Séoul selon laquelle l'équilibre diplomatique serait rompu, puisque si la France reconnaissait la RPDC aucun Etat socialiste ne ferait de même vis-à-vis de la Corée du Sud), il ne fait guère de doutes que ce sont bien les considérations économiques qui ont alors pesé dans la décision française, vivement dénoncée par la RPDC comme un renoncement à exercer ses droits d'Etat souverain.

Selon le journal sud-coréen, "le gouvernement de Séoul ne cachait pas son intention de prendre des mesures de rétorsion économiques si la France mettait en oeuvre son plan de reconnaissance de Pyongyang". En 1984, le commerce extérieur français avec la Corée du Sud s'était élevé à 635 millions de dollars, contre 49 millions de dollars avec la Corée du Nord. Les contrats d'investissement avec la Corée du Sud - y compris pour la fourniture de deux centrales nucléaires - atteignaient 2 milliards de dollars, alors que la France négociait avec la Corée du Nord un contrat de construction hôtelière - qui sera d'ailleurs honoré - pour un montant de 45 millions de dollars. La France envisageait alors également la vente de trois avions Airbus à la Corée du Sud.

Toujours selon la même source, la France aurait ainsi décidé de ne pas reconnaître la RPD de Corée au regard de ses intérêts nationaux. Il avait toutefois été décidé, en décembre 1984, d'élever la délégation commerciale nord-coréenne en France au rang de délégation générale. Près de trente ans plus tard, la fin de la guerre froide et l'entrée des deux Corée aux Nations Unies, la délégation générale de la RPD de Corée en France n'a pas changé de statut. Contrairement à la tradition diplomatique française de reconnaître les Etats et non les régimes, la France est désormais l'un des deux derniers Etats membres de l'Union européenne, avec l'Estonie, à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée. Les occasions manquées, en l'espace d'une génération, n'ont pas permis de franchir ce cap, préjudiciable aux intérêts français non seulement dans le Nord de la Corée, mais aussi dans cette partie du monde.

 

Source : Choe Nam-hyon, "French Decision Not To Recognize North Welcomed", The Korean Herald, 9 avril 1985, in Korean Affairs Report, Foreign Broadcast Indormation Service, 29 avril 1985, pp.25-26 

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 10:58

jacques-cheminadeAu printemps 2012, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) avait adressé une lettre aux dix candidats à l'élection présidentielle afin de connaître leur position sur l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la République française et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et sur les initiatives à prendre par la France pour favoriser la conclusion d'un traité de paix en Corée. Seul Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) avait alors répondu.  De son côté, Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) faisait parvenir une réponse d'attente. Le 19 mai 2013, l'AAFC a reçu par courrier électronique la réponse actualisée et détaillée de M. Cheminade, reproduite ci-après.


« Déclaration de Jacques Cheminade, ancien candidat à la présidence de la République

Les principes permettant de parvenir à une paix réelle dans la péninsule coréenne sont les suivants :

  • le respect de la souveraineté nationale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sans arrières pensées dominatrices ;

  • la réunification voulue par tous les Coréens et qui doit se réaliser par des voies pacifiques ;

  • le retrait de toutes les forces étrangères et l’abandon de toute forme de provocation militaire ;

  • la mise en place également progressive d’institutions communes, afin de parvenir à un développement économique mutuel et à une économie elle-même progressivement indépendante. La construction de la paix ne pourra se faire que dans cette dynamique de développement mutuel.

Dans ce contexte ainsi défini, les orientations suivantes sont nécessaires :

  • compte tenu que l’accord de Panmunjom du 27 juillet 1953 fut un accord d’armistice signé entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et la Chine d’une part, et le Commandant en chef du commandement de l’ONU, d’autre part, la RDPC est en droit, au nom de la Charte des Nations Unies, de demander la protection de l’ONU contre tout recours à la force ou à la menace de la force. Ainsi, en droit international, les manœuvres et les bases américaines, ainsi que leur déploiement de forces aériennes ou navales, constituent des opérations de police qui sont illégales. L’arrêt des manoeuvres militaires américano-sud coréennes est bien entendu un préalable à toute négociation ;

  • le désir exprimé par les autorités nord-coréennes de parvenir à un traité de paix avec les Etats-Unis est par ailleurs légitime et dans l’intérêt des peuples américain et coréen. Il doit consister en une confirmation des garanties en faveur d’une réunification de la République de Corée et de la RPDC, avec pour Etats co-garants participant aux négociations la Chine et éventuellement le Japon. Il ne s’agit pas d’un enfermement dans une logique bilatérale, mais d’une volonté d’extension et de clarification des garanties ;

  • la suite de Panmunjom est la négociation pour la réunification, car il n’y a pas deux peuples coréens. Il appartient au peuple coréen de le dire sans ingérence extérieure d’aucune sorte, comme il appartient à ses deux représentations étatiques actuelles de négocier leur réunification, sans qu’une tierce partie participe à ces négociations ;

  • les deux parties doivent sortir de l’état de belligérance larvée par une culture de la paix fondée sur la civilisation plurimillénaire commune et le respect que tous les Coréens attachent aux valeurs familiales.

Des précédents existent, qui doivent servir de références historiques, notamment :

  • la déclaration commune des délégations de la République de Corée et de la RDPC du 4 juillet 1972, qui détermine les trois principes permettant la réunification : un processus accompli en toute indépendance, sans ingérence étrangère, effectué par la voie pacifique et en vue d'une "grande union nationale" réalisée par delà les différences des deux régimes ;

  • la déclaration commune du 15 juin 2000, signée par les deux chefs d’Etat d’alors, qui exclut une nouvelle fois toute ingérence étrangère, et prend en considération les points communs du projet nordiste de "confédération" et du projet sudiste de "communauté". Les deux chefs d’Etat s’y engagent dans les domaines économique, social, culturel, sportif et environnemental pour promouvoir la collaboration et les échanges en vue "d’approfondir la confiance mutuelle". Ils décident d’échanger des visiteurs et d’engager un dialogue intergouvernemental. L’on dispose ainsi d’un cadre pour mettre en place des institutions communes. Certaines compétences, pouvant progressivement s’élargir, pourront ainsi être mises en commun dans un esprit de coexistence pacifique et de co-développement ;

  • la reconnaissance des Etats-Unis, par la déclaration conjointe du 19 septembre 2005, de la nécessité de l’indépendance énergétique de la RPDC. La déclaration dispose en effet que "toutes les parties respectent le droit de la RDPC à l’usage de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques". La promesse de fournir un réacteur à eau légère, elle, n’a jamais été tenue ;

  • l’accord intercoréen du 4 octobre 2007 constitue en principe un système de paix permanent par l’organisation d’échanges réguliers entre des responsables de haut niveau de la défense des deux Etats.

La France, qui a pour principes de reconnaître le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de respecter leur souveraineté nationale et de créer entre eux les conditions de la détente, de l’entente et de la coopération, doit changer de politique pour réaffirmer sa fidélité à ces principes :

  • nous devons reconnaître officiellement l’existence de la RPDC, qui est membre de l’ONU et que la grande majorité des pays a reconnue. Nos groupes d’amitié de l’Assemblée nationale et du Sénat doivent mettre leur poids dans la balance ;

  • nous devons jouer un rôle aussi déterminant que possible dans les négociations, en établissant des relations diplomatiques normales et symétriques avec la République de Corée et la RPDC. Le bon exemple est celui des négociations sur la paix au Vietnam : jamais les accords dits de l’avenue Kléber n’auraient pu se préparer et aboutir si le Vietnam du Nord n’avait pas eu de Délégation générale à Paris, comme celui du Sud y disposait d’une Ambassade ;

  • nous devons offrir à la RPDC l’aide alimentaire et l’assistance à la production agricole selon les besoins éventuels qu’elle exprimera et dans la mesure de nos propres moyens ;

  • nous devons en même temps offrir notre coopération au développement du nucléaire civil et du secteur aérospatial à la Corée réunifiée, sans nous opposer comme nous le faisons actuellement au développement technologique de la RPDC dans ces domaines ;

  • c’est dire que nous devons intervenir auprès de nos alliés actuels pour qu’ils adoptent une démarche politique à la fois plus réaliste et plus respectueuse des souverainetés nationales.

Je suis personnellement convaincu qu’un tel changement ne sera possible que si nous sortons de la logique actuelle de mondialisation financière et de guerre de tous contre tous pour parvenir à un développement économique mutuel et à un respect de nos divers apports culturels pour définir un vouloir vivre en commun dans le monde.

La paix et la réunification en Corée doivent être vues comme un signe et un repère fondamental de ce combat pacifique.  »


L'Association d'amitié franco-coréenne remercie Jacques Cheminade pour sa réponse très complète. L'AAFC partage très largement ses positions concernant la nécessité d'un traité de paix en Corée et la voie à suivre pour parvenir à une réunification de la Corée, par les efforts des Coréens eux-mêmes, dans le respect de leur indépendance et de leur souveraineté nationale. Avancer en ce sens suppose également, comme le rappelle le président de Solidarité et Progrès, l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPD de Corée. En revanche, l'Association d'amitié franco-coréenne ne juge ni possible ni souhaitable que le Japon, ancienne puissance colonisatrice, soit co-garant d'un dispositif de paix et de sécurité en Asie du Nord-Est si ce dispositif doit favoriser une réunification ultérieure de la péninsule coréenne.

L'Association d'amitié franco-coréenne continuera de publier les contributions que voudront bien lui adresser les responsables politiques français.

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 14:06

AN.jpgLe 2 mai 2013, le député Jean-Jacques Candelier (Gauche démocrate et républicaine, 16ème circonscription du Nord) a déposé une proposition de résolution en faveur d'un traité de paix en Corée. La précédente proposition de résolution sur le même sujet, déposée le 13 octobre 2010 par le député Candelier, n'avait pas été adoptée au cours de la treizième législature (2007-2012). Comme celle déposée en 2010, cette proposition de résolution fait suite à la pétition lancée en 2008 par l'organisation civique sud-coréenne Solidarité pour la paix et la réunification en Corée, et relayée par l'Association d'amitié franco-coréenne, pour la signature d'un véritable traité de paix en Corée, remplaçant l'accord d'armistice de 1953. L'article unique de cette résolution estime « urgent que la paix dans la péninsule coréenne soit signée entre la République de Corée, la République populaire démocratique de Corée, les États-Unis d’Amérique et la République populaire de Chine, conformément au projet de Traité » annexé. Une résolution n'a pas la force contraignante d'une loi ou un décret et la France n'est pas directement concernée par un traité de paix en Corée, mais, « alors que les tensions ne font que s’accroître dans la péninsule coréenne, l’adoption, par la Représentation nationale, de la présente proposition de résolution serait à même d’adresser un message fort de paix, de confiance et de sérénité aux différentes parties ». Voici l'exposé complet des motifs de la proposition de résolution n°1014 estimant urgent un traité de paix en Corée, enregistrée à la Présidence de l'Assemblée nationale le 2 mai 2013.

 

Mesdames, Messieurs,

Le 27 juillet 1953, après trois années et des millions de morts, les combats de la Guerre de Corée prirent fin avec la conclusion d’un simple accord d’armistice. Soixante ans après le cessez-le-feu, aucun traité de paix n’a été signé et la péninsule coréenne est toujours techniquement en état de guerre.

Après 1953, les États-Unis ont apporté leur soutien aux gouvernements militaires en place à Séoul, faisant obstacle au développement de la démocratie et à la souveraineté de la Corée du Sud. Aujourd’hui, l’armée américaine maintient toujours des dizaines de milliers de soldats dans la péninsule coréenne et conservera, au moins jusqu’en 2015, le contrôle opérationnel des forces armées sud-coréennes en cas de conflit avec le Nord, entraînant ainsi les Sud-Coréens dans une nouvelle guerre fratricide.

La Guerre froide est terminée, mais il faut redouter qu’un conflit éclate à cause de la pression qu’entendent maintenir les États-Unis sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, ou « Corée du Nord »). Aujourd’hui, le risque de guerre est important, aucune des parties n’entendant céder de terrain dans l’escalade des tensions.

Le 19 septembre 2005, au cours des pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, les deux Corée, les États-Unis, la Chine, la Russie et le Japon avaient publié une déclaration affirmant la nécessité de conclure un traité de paix et d’établir un mécanisme de paix dans la péninsule. Ces pourparlers à six sont aujourd’hui au point mort.

Au début de l’année 2013, les tensions ont atteint leur paroxysme en Corée. Après le lancement d’une fusée et la mise sur orbite d’un satellite par la Corée du Nord, le 12 décembre 2012, les nouvelles sanctions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations Unies à l’encontre de la RPDC ont été dénoncées par cette dernière comme un exemple du « deux poids et deux mesures » pratiqué par le Conseil de sécurité. De fait, aucun programme spatial n’a jamais donné lieu à des sanctions internationales. La Corée du Nord a réagi en procédant, le 12 février 2013, à son troisième essai nucléaire. Les nouvelles sanctions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations Unies suite à cet essai font aujourd’hui de la RPDC le pays soumis au régime de sanctions internationales le plus sévère au monde. Dans le même temps, les troupes américaines et sud-coréennes se sont engagées à partir du 1er mars 2013, dans des exercices militaires conjoints de grande envergure, accroissant la pression sur la Corée du Nord.

Il y a aujourd’hui urgence à faire entendre la voix de la paix et du dialogue, en créant les conditions d’un véritable système de sécurité collective en Asie du Nord-Est, une des régions les plus militarisées du monde.

Ainsi, des spécialistes et des juristes sud-coréens ont rédigé en 2008 un projet de ce que pourrait être un véritable Traité de paix en Corée. Il s’agit d’une démarche concrète proposant des objectifs atteignables, pour peu que les parties aient la volonté sincère de parvenir à la paix.

Ce Traité est divisé en 8 chapitres et 38 articles.

Le chapitre 1 définit les droits fondamentaux du peuple coréen : indépendance, souveraineté, intégrité territoriale et réunification.

Le chapitre 2 prévoit la fin de la guerre, la dissolution du Commandement des Nations Unies et le retrait des forces militaires étrangères.

Le chapitre 3 concerne la normalisation des relations entre la République populaire démocratique de Corée et les États-Unis.

Le chapitre 4 traite des relations de non-agression entre la Corée du Sud et la Corée du Nord jusqu’à la réunification, instaurant des limites et des zones terrestres, maritimes et aériennes qui constitueront des limites et zones de non-agression provisoires. Le retrait des forces et des bases militaires étrangères de la péninsule et l’évacuation des bases militaires étrangères sont décrétés, afin que la Corée puisse parvenir pacifiquement à sa réunification sans aucune ingérence extérieure par la voie d’un accord mutuel.

Le chapitre 5 prévoit l’établissement d’une Zone de paix et des mesures destinées à instaurer la confiance et le désarmement, notamment nucléaire, de la péninsule.

Le chapitre 6 prévoit la constitution de deux commissions : une Commission militaire composée des représentants du Sud et du Nord de la Corée, des États-Unis et de la Chine et une commission conjointe Sud-Nord composée des représentants du Sud-Nord pour l’application du Traité de paix. La Commission militaire mixte quadripartite et la Commission conjointe Sud-Nord pour le contrôle de la paix travailleront selon les principes de la concertation et du consensus.

En cas d’avis divergents, il en sera référé à une Équipe internationale de surveillance de la paix, constituée de la Suisse, de l’Inde, de la Malaisie, de la Suède et du Brésil, qui effectuera les médiations utiles (chapitre 7).

Enfin, le chapitre 8 comprend des dispositions diverses concernant l’entrée en vigueur du présent Traité, celui-ci étant valable jusqu’à la réunification complète de la Corée. Le Traité sera signé par les représentants des deux Corée, de la Chine et des États-Unis.

Ce projet de Traité n’est pas une vue de l’esprit, il est un impératif d’une brulante actualité.

S’il était signé, si les États-Unis renonçaient à mener une politique hostile à la RPDC, si des relations diplomatiques normales s’instauraient entre la Corée du Nord et les États-Unis d’une part, et entre la Corée du Nord et la Corée du Sud d’autre part, la réunification de la Corée irait de l’avant et la paix et la sécurité seraient mieux garanties en Asie et dans le monde. Nous avancerions vers le désarmement atomique.

La France, protagoniste de la Guerre de Corée, membre du Conseil de sécurité de l’ONU, n’est certes pas directement concernée par un tel Traité. Toutefois, elle exprime le souhait que les pourparlers à six reprennent.

Alors que les tensions ne font que s’accroître dans la péninsule coréenne, l’adoption, par la Représentation nationale, de la présente proposition de résolution serait à même d’adresser un message fort de paix, de confiance et de sérénité aux différentes parties.

Alain expliquait que « le bonheur n’est pas le fruit de la paix, le bonheur c’est la paix même ». Il est urgent de se saisir de la question coréenne et de tout faire et tout tenter pour enfin instaurer cette paix dans la péninsule.

 

Sur le site Internet de l'Assemblée nationale : texte complet de la proposition de résolution n°1014 présentée le 2 mai 2013 par M. Jean-Jacques Candelier

 

 

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 23:07

Si la crise récente dans la péninsule coréenne a donné lieu à une présentation factuelle par les médias qui a, par trop souvent, largement occulté les responsabilités américaines, comme le dénonce une pétition soutenue par l'AAFC, plusieurs partis politiques français, ainsi que le Mouvement de la paix, ont critiqué la politique américaine, dont on sait désormais - suite à des révélations publiées dans le Wall Street Journal - qu'elle obéissait à un plan prédéterminé d'escalade des tensions. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) rend compte ci-après de ces prises de position, suivant un ordre chronologique, qui partagent avec l'AAFC plusieurs points de convergence : la nécessité d'un traité de paix dans la Corée, le retour au dialogue et la fin des exercices militaires conjoints entre les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud). 

Dans un communiqué publié le 4 avril 2013, intitulé « Briser l'escalade des tensions et des provocations », le Parti communiste français (PCF) a déclaré :

« Il faut sortir de l'engrenage des provocations, des déclarations guerrières, des grandes manœuvres militaires, des sanctions, de la militarisation qui, en fait, apporte à Washington les prétextes nécessaires au maintien de 25 000 soldats américains en Corée du Sud, de plusieurs bases militaires stratégiques dans cette grande région asiatique, et de justifier sa volonté de renforcement de sa présence militaire. [...] Il est possible résoudre la question des relations inter-coréennes et de la sécurité commune par la nécessité d'un Traité de paix fondé sur la garantie des souverainetés, sur le retrait des bases étrangères, sur le respect mutuel et des mécanismes de confiance. C'est dans ce contexte que la question des droits de l'homme peut être positivement abordée. »

Toujours selon le PCF, des responsabilités incombent à la France et à l'Union européenne pour une sortie de crise négociée :

« On attend de la France et de l'Union européenne qu'elles contribuent, dans l'esprit de la Charte des Nations Unies, à briser l'escalade des menaces et empêcher tout recours à la force, par un engagement clair de concertation multilatérale et de règlement politique à la hauteur des problèmes légués par des dizaines d'années de confrontation stratégique régionale. »

Dans un communiqué en date du 10 avril 2013, l'Union des révolutionnaires communistes de France (URCF) souligne :

« Depuis plusieurs semaines, on assiste à une grave et dangereuse dégradation de la situation dans la péninsule coréenne. Une fois de plus le gouvernement français et l’appareil médiatique sont aux premières loges pour appeler à la guerre contre la République populaire et démocratique de Corée. Alors que tout au long de l’année 2012, les dirigeants de la RPDC ont multiplié les gestes de paix, les Etats-Unis et leurs alliés ont créé un climat de tension et de provocation. [...] L’URCF exprime sa condamnation de la politique belliqueuse et revancharde des Etats-Unis contre la RPDC. Elle condamne les manœuvres américano-sud-coréennes et demande leur arrêt immédiat, préalable à toutes négociations. Elle soutient la demande de la signature d’un traité de paix entre la Corée du nord et les USA que refusent ces derniers. Les troupes étrangères doivent évacuer la Corée du sud, permettant l’ouverture de négociations entre les deux États coréens, sans ingérence étrangère, et pour parvenir à la réunification. L’URCF appelle les travailleurs, les démocrates, à rejeter les calomnies contre la RPDC, et à rejeter la propagande de guerre. Elle exige que le gouvernement français reconnaisse diplomatiquement la RPDC, comme l’ont d’ailleurs déjà fait ses alliés. »

Le 17 avril 2013, le Mouvement de la Paix a publié un communiqué intitulé « La Corée du Nord et l'arme nucléaire. La solution : aller vers l'élimination totale de toutes les armes nucléaires », où il déclare notamment :

« Il y a urgence désormais à faire entendre la voix de la sagesse afin que les Etats acteurs ou voisins de la zone concernée (Etats-Unis, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie et Japon) rejoignent la table des négociations sous l’égide de l’ONU pour éviter toute déflagration. Il est urgent que le monde se débarrasse très rapidement de son arsenal nucléaire. »

Le Mouvement de la Paix appelle à signer une pétition en ligne, qui affirme :

« La crise actuelle  dans la péninsule coréenne nécessite une action immédiate en vue de désamorcer les tensions. Les manoeuvres militaires qui ont lieu en Corée du Sud doivent être arrêtées et aucun test de missiles ou d’arme nucléaire ne doit avoir lieu dans les pays impliqués dans ce conflit. Nous appelons donc les six pays qui ont été parties à des négociations dans le passé à retourner immédiatement à la table des négociations pour discuter les termes d’un traité de paix. »

Dans son édition du 19 avril 2013 (p. 9), l'hebdomadaire Lutte ouvrière, de l'organisation d'Arlette Laguiller, reproduit et traduit un article de leurs homologues trotskystes américains du bimensuel The Spark, paru le 15 avril 2013, et intitulé « Corée du Nord. L'agresseur, ce sont les Etats-Unis ! ». L'article observe notamment :

« En octobre dernier, les Etats-Unis ont accordé à la Corée du Sud une dispense à un traité international sur le contrôle des missiles, afin de lui permettre d'augmenter la portée de ses missiles balistiques et lui permettre de couvrir la totalité du territoire nord-coréen. En même temps, les Etats-Unis et la Corée du Sud se sont mis d'accord sur un plan qui prévoit des opérations conjointes contre la Corée du Nord, pour riposter par des moyens disproportionnés à tout ce qu'ils considéreront comme une "provocation". Le plan inclut des attaques préventives contre les sites de missiles de la Corée du Nord, en d'autres termes, un chèque en blanc à une attaque. [...] Comme ils l'ont fait pour l'Afghanistan et l'Irak, les Etats-Unis sont en train de renforcer leur présence militaire en Asie. Leur objectif est de sécuriser leurs intérêts économiques et les profits de leurs grandes entreprises dans cette région. Depuis la Seconde Guerre mondiale, leur priorité économique a été le contrôle de l'Asie. Les Etats-Unis sont en train d'envoyer à la Corée du Nord un message selon lequel ils n'accepteront aucune tentative indépendante dans cette région, et cette pression sur la Corée du Nord est aussi une pression sur la Chine, afin qu'elle se montre coopérante. Les Etats-Unis et les médias à leur solde ont dépeint Kim Jong-un comme un fou brutal. Mais, quand il est question de force brutale, personne n'arrive à la cheville de la classe dirigeante américaine et de son armée. »

A l'occasion de la première conférence internationale du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), les 4 et 5 mai 2013, à laquelle l'Association d'amitié franco-coréenne était invitée et où elle a fait signer la pétition pour un traité de paix en Corée, Georges Gastaud, secrétaire national, a déclaré dans son rapport introductif :

« S’agissant encore des forces de résistance, comment ne pas évoquer aussi la RPDC ? Les traditions culturelles et politiques françaises et coréennes sont aux antipodes et avouons-le, nous sommes quelquefois surpris par le fonctionnement de l’Etat socialiste coréen. Mais faut-il pour autant oublier que l’Etat de Corée du Sud est fascisant sans que cela gêne personne à l’Ouest, que c’est la Corée du nord qui propose la réunification pacifique de la péninsule et que ce sont les USA, qui entretiennent une armada nucléarisée à deux pas de la Chine. Non, ce ne sont pas les éventuels défauts du régime de Pyongyang qui gênent Washington – lequel torture à ciel ouvert à Guantanamo – ! En réalité, ce qui est reproché à Pyongyang, c’est de vouloir maintenir l’unité du socialisme et de l’indépendance nationale sur la ligne qui fut celle du fondateur du Parti coréen du Travail.  Alors, quand un pays se réclamant du socialisme ose introduire un épieu dans la gueule du caïman qui veut tous nous avaler, faisons tous feu ensemble sur le crocodile au lieu de nous demander si le bâton est décoré aux couleurs chatoyantes qui nous plairaient davantage ! »

La plupart des autres formations politiques ont été discrètes sur l'escalade des tensions dans la péninsule coréenne. Par exemple, l'Union pour un mouvement populaire (UMP), le Mouvement démocrate (Modem) et le Parti de gauche (PG) n'ont publié aucun communiqué. Un bref communiqué de Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du Parti socialiste (PS) à l'Europe et à l'international, en date du 1er avril 2013, a réussi le tour de force de condamner les déclarations de la RPDC tout en évitant la moindre mention des Etats-Unis ou de leurs manoeuvres militaires alors en cours - mais sans s'immiscer dans les affaires intérieures de la RPDC, en évitant ainsi tout jugement sur sa politique intérieure. Si Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a d'abord dénoncé les armes nucléaires tout en étant la seule formation politique à critiquer le régime et les institutions de la RPD de Corée lors de la crise, on relève toutefois, dans le communiqué publié le 16 avril 2013 de Jean-Philippe Magnen et Elise Lowy, une mise en cause du statut de puissance nucléaire des Etats-Unis : « La menace nucléaire d’un grand pays comme les Etats-Unis ne sert à rien en retour pour obtenir quoi que ce soit d’un petit pays comme la Corée du Nord ou en général d’un adversaire déterminé. »

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 00:43

Faligot_Histoire_services_secrets.JPGEn France, les services de renseignement ont souvent mauvaise presse - ce qui n'est pas le cas, par exemple, au Royaume-Uni, où les services secrets recrutent traditionnellement les étudiants les plus brillants. Pour remédier à cette situation, la Direction générale des services extérieurs (DGSE) a fait le choix d'encourager les publications, directement par ses agents ou par des journalistes puisant leurs informations à bonne source, sur les services secrets français. Cette volonté d'ouverture a permis de ne plus mettre en lumière les seuls échecs, très médiatisés (à l'instar de l'affaire du Rainbow Warrior), mais aussi de souligner les résultats positifs pouvant être connus du grand public sans compromettre les intérêts de la France ni les agents qui y ont été impliqués, tout en levant un voile sur les méthodes utilisées, afin de mettre en valeur le professionnalisme des agents qui exercent leur métier dans un cadre juridique défini. C'est dans cette perspective que s'inscrit l'ouvrage Histoire politique des services secrets français de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, publié aux éditions La Découverte en 2012, et qui tend notamment à valoriser le travail de la DGSE dans la période la plus récente, tout en soulignant la responsabilité des politiques qui auraient, selon les auteurs, plus d'une fois failli dans les suites à apporter aux informations issues du renseignement. Cette précision méthodologique apportée, il s'agit d'un ouvrage complet, riche, écrit par trois jounalistes spécialisés, Roger Faligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer. Nous analysons ci-après les pages consacrées à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord, pages 611-613, chapitre judicieusement nommé "La France dans le brouillard en Corée du Nord"), que nous devons manifestement à Roger Faligot. Ce dernier s'est spécialisé dans l'étude des services de renseignement chinois et s'intéresse également à la Corée du Nord, étant l'auteur de plusieurs articles sur le sujet parus dans la revue en ligne (payante) Intelligence online, lesquels nous ont toutefois quelque peu déçu (ils comportent par exemple des erreurs factuelles sur les diplomates nord-coréens en poste à Paris). S'agissant des renseignements français, Roger Faligot apparaît en revanche mieux informé, et nous avons jugé intéressant d'étudier l'une des premières analyses récentes approfondies, même succincte, sur le sujet. 


Une tradition d'analyse autonome réputée ancienne...

Pendant la guerre de Corée (1950-1953), l'ancêtre de la DGSE, le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), avait établi en Corée du Sud un "pôle de surveillance, dirigé par le capitaine André Perrin venu du service Action du SDECE et attaché auprès de la CIA comme 'responsable du renseignement sur la côte nord-est de la péninsule'", comme l'a détaillé l'historien Jean-Marie Le Page dans un article publié en 2012 dans La Revue de l'IRSEM, intitulé "Le renseignement français et la Corée (1950-1965)".

Francois_de_Grossouvre.jpgAxé sur la période la plus récente, le chapitre ne donne ensuite guère plus d'informations jusqu'à la fin des années 2000. C'est à un autre chapitre du même ouvrage (p. 419) qu'est mentionné le rôle clé de François de Groussouvre, par ailleurs agent de la CIA du réseau stay behind (clandestins devant entrer en action en cas d'intervention soviétique en France), pour les relations avec la Corée du Nord au sein du Parti socialiste et surtout pendant la présidence de François Mitterrand. Avant son voyage en RPDC en février 1981, François Mitterrand avait déjà visité la Corée du Nord - comme la Chine - avec François de Grossouvre en 1960, selon les "fichiers des services spéciaux" utilisés par les auteurs de Histoire politique des services secrets français... De fait, il est connu que François de Grossouvre a très souvent visité la RPD de Corée.

Les services secrets français (Direction du renseignement militaire - DRM - et DGSE) s'enorgueillissent également d'avoir pu prévoir et analyser le second essai nucléaire nord-coréen, en mai 2009, indépendamment des moyens américains, grâce au dispositif optique embarqué sur les satellites Hélios, ayant permis des analyses des émissions de chaleur des centrales nucléaires nord-coréennes. Il en avait notamment été déduit que le test avait une puissance comprise entre 2 et 4 kilotonnes.

Selon les auteurs de Histoire politique des services secrets français de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, citant les conclusions alors tirées par la DGSE, cet essai nucléaire s'inscrivait avant tout dans une stratégie de consolidation du pouvoir nord-coréen, tout particulièrement vis-à-vis de l'armée, en préparant la transition du Dirigeant Kim Jong-il (disparu le 17 décembre 2011) à Kim Jong-un, aujourd'hui Premier secrétaire du Parti du travail de Corée, "sous la tutelle de son beau-frère Jang Song-thaek, le coordonnateur des services secrets". La conclusion, pour partagée qu'elle soit par les autres services de renseignement occidentaux, nécessite assurément des nuances : il ne faut pas sous-évaluer l'intérêt stratégique de procéder à un nouvel essai pour un pays détenteur de l'arme nucléaire, et la proximité avec les sanctions ayant suivi le lancement auparavant d'un satellite artificiel inscrivait - déjà - l'initiative nord-coréenne dans une logique d'escalade avec les Etats-Unis et de renforcement des moyens d'auto-défense. Ces observations n'en sont pas moins révélatrices des deux sujets d'intérêt quasi-exclusifs du renseignement français s'agissant de la Corée du Nord (et qu'évoque d'ailleurs Roger Faligot, p. 611) : l'état d'avancement du programme nucléaire nord-coréen et la structure de pouvoir en RPDC, faisant implicitement passer au second plan le contexte économique et social - à nos yeux pourtant décisif pour comprendre les évolutions politiques et diplomatiques en cours en Corée du Nord.


 ... mais une trop forte dépendance des services des "pays trop amis"

Les "pays trop amis" sont les alliés traditionnels de la France, selon une expression consacrée des services japonais pour parler des Etats-Unis. En ce qui concerne la France, ses sources à propos de la Corée du Nord dépendraient du Japon (également pourvoyeur d'informations en ce qui concerne la Corée du Sud), puis de la Corée du Sud et enfin des Etats-Unis. Il est d'ailleurs exact que ces deux derniers pays travaillent traditionnellement ensemble sur la Corée du Nord, sans partager leurs informations avec la France.

A titre d'exemple, au premier semestre de l'année 2007, selon Roger Faligot "un trio du desk Asie de la Direction du renseignement militaire (DRM) a débarqué à Tokyo : une locutrice de chinois et un officier parlant coréen menés par le colonel Charles-Philippe Godard, ex-attaché de défense en Corée du Sud six ans plus tôt où - en même temps que le chef de poste de la DGSE - il assurait la liaison avec les Sud-Coréens du National Intelligence Service (NIS), autre source privilégiée sur les 'frères ennemis' du Nord".

chirac_japon_tournoi-sumo_fukuoka_1996.jpgToujours d'après Roger Faligot, le principal interlocuteur de la DRM sur les questions nord-coréennes est "le quartier général du Nihon Joho Honbu (renseignement de défense), que dirige le général d'aviation Shimohira Koji, lequel les accueille avec d'autant plus d'aménité qu'il fut attaché militaire à Paris dans les années 1990". Le fait que beaucoup de membres du renseignement militaire japonais aient séjourné en France et qu'ils parlent français les fait désigner comme le "cercle des francophiles", dont les mêmes "étaient chargés d'assurer la protection de Jacques Chirac lors de ses visites au pays du Soleil levant" (lesquelles ont alimenté l'histoire d'un compte bancaire de l'ancien président français dans l'archipel nippon - sur laquelle Roger Faligot et ses co-auteurs évitent prudemment de conclure). [photo : Jacques Chirac au Japon en 1996, lors d'un tournoi de sumo à Fukuoka, source AFP/RFI]

Le choix de s'appuyer sur les services japonais - trop ravis de profiter de l'aubaine pour influencer les analyses, voire les politiques françaises - entraîne un biais anti-Pyongyang potentiellement très préjudiciable, au regard du contentieux historique entre Japonais et Nord-Coréens. Un peu comme si le Royaume-Uni de la Belle Epoque avait compté sur les services allemands pour se renseigner sur la France... Il nous a d'ailleurs été rapporté que Jacques Chirac était extrêmement hostile à la normalisation des relations diplomatiques entre Paris et Pyongyang ; sa proximité avec les services japonais n'y est sans doute pas totalement étrangère. Ce biais au sein des administrations françaises est d'ailleurs selon nous accentué par la forte présence des cadres du Quai d'Orsay, entrés par la voie du concours d'Orient et ayant à traiter des affaires coréennes au sein de la direction Asie, qui ont comme spécialité linguistique le japonais.

A notre sens, Roger Faligot sous-estime toutefois la dépendance tout aussi forte des services de renseignement français vis-à-vis de la Corée du Sud sur les questions nord-coréennes. A l'AAFC, nous avons été surpris d'observer que les agents français en charge de la Corée du Nord étaient très souvent liés, familialement ou par d'autres liens affectifs, à la Corée du Sud. Leur situation en fait des clients idéals pour être, en réalité, des agents de la Corée du Sud. Cette perte d'indépendance, évidemment préjudiciable aux intérêts français, doit d'autant plus être prise au sérieux que les services français ont la réputation d'être, plus que d'autres, perméables aux infiltrations par des agents secrets étrangers. L'ancien espion soviétique Oleg Kalouguine disait à ce propos : "Notre infiltration des services de renseignement français était si profonde que nous étions capables de mesurer avec précision leur inefficacité. [...] Sans l'ombre d'un doute, les services de renseignement français étaient les plus faibles et les plus dépensiers parmi tous les services de renseignement hostiles auxquels nous étions confrontés. Le contre-espionnage français n'était guère mieux. Nous avions un accès complet à leurs secrets les mieux gardés." ("Quand le KGB noyautait les services secrets français", in Yvonnick Denoël,Histoire secrète du XXe siècle. Mémoires d'espions de 1945 à 1989, Nouveau monde éditions, 2011, p. 94) Même si ce jugement, lapidaire, d'un ancien espion soviétique est celui d'un adversaire des services occidentaux, le fait qu'il mette ici spécifiquement en cause les services français ne manque pas d'interpeller.


Des perspectives nouvelles suite à l'ouverture du bureau français de coopération à Pyongyang

Dans une scène de genre décrite avec humour par Roger Faligot et qui prend place dans un restaurant situé près de l'université Meiji à Tokyo au printemps 2007, un reporter (anonyme) s'étonne du peu de discrétion du chef de poste de la DGSE au Japon, "Philippe B.", dont la couverture est celle d'attaché culturel à l'ambassade de France et qui ne pose des questions que sur les progrès nucléaires de la Corée du Nord. Cité par Roger Faligot, le reporter fera judicieusement remarquer à son interlocuteur : "franchement, les services français feraient mieux d'ouvrir une ambassade à Pyongyang comme le font leurs collègues allemands ou anglais, pour savoir ce qui s'y passe."

sous-marin_nord_coreen.jpgMême ennemis historiques des Nord-Coréens, les espions japonais n'en sont pas moins conscients de la nécessité de disposer de sources directes. Roger Faligot observe judicieusement que les services japonais dépendent des services américains, puisant eux-mêmes auprès des services de renseignement sud-coréen qui, de l'avis du journaliste, ont "parfois tendance à exagérer les risques. Bref, c'est le dragon qui se mord la queue". Et de citer deux exemples que lui ont rapporté le renseignement militaire japonais : quatre sous-marins nord-coréens qui, selon la CIA, patrouillaient au sud de l'archipel nippon, se sont révélés être quatre baleines ; en juin 2002, la CIA a relayé une information selon laquelle la RPDC préparerait un lancement de missile en direction du Japon pendant la Coupe du monde de football, mais l'essai n'a jamais eu lieu...

La mise en place du bureau français de coopération à Pyongyang, ouvert en octobre 2011 (et non en septembre 2011 comme l'écrit Roger Faligot), répond au conseil formulé par le reporter au chef de poste de la DGSE à Tokyo au printemps 2007. Il est intéressant de relever que les diplomates français du Quai d'Orsay avaient répété pendant des années à l'AAFC (et à d'autres) que la création d'un tel poste était à leurs yeux inutile, au regard des maigres informations obtenues selon eux par Londres et Berlin... 

Reprenant une remarque - un rien perfide - publiée par un de ses confrères journaliste au Monde dans un article daté du 11 juillet 2011, Roger Faligot présente le directeur du bureau français de coopération à Pyongyang, Olivier Vaysset, comme "l'ex-représentant du Quai d'Orsay à la DGSE". S'il y a certainement plus d'un représentant de la DGSE au ministère français des Affaires étrangères, il n'y a, à nos yeux, rien d'étonnant que le premier titulaire d'un poste diplomatique français à Pyongyang appartienne aux services de renseignement, eu égard aux informations attendues par la diplomatie française. Si Olivier Vaysset a comme atout une longue expérience professionnelle en Asie de l'Est, sans toutefois être coréanophone ni spécialiste a priori de la Corée, le fait que sa conjointe soit japonaise peut toutefois être un biais à l'objectivité de ses analyses, mais que l'intéressé a certainement été le premier à prendre en compte.

Une précision sur l'ouverture de ce poste, selon nous inédite, est apportée par Roger Faligot : celle-ci a été préparée par un déplacement à Pyongyang en juillet 2011 de Paul Jean-Ortiz, alors directeur Asie du ministère des Affaires étrangères et actuel conseiller diplomatique du Président François Hollande et spécialiste de la Chine (ce qui est a priori une situation plus neutre concernant la RPDC que s'il s'agissait d'un spécialiste du Japon) ; d'après Roger Faligot, le dossier a été suivi par "Marc Lamy, un fin connaisseur du monde sino-coréen, ancien diplomate à Shanghai et à Séoul, 'chargé de mission' auprès de Paul-Jean Ortiz".

Comme prend toutefois soin de le préciser Roger Faligot à propos de l'ouverture du bureau français de coopération à Pyongyang, "cette initiative est avant tout diplomatique", et "à défaut d'ambassade, c'est une porte entrouverte vers le dialogue en plein blocage des négociations multipartites concernant les armes nucléaires". De fait, ce choix - bien que tardif et incomplet (à quand l'ouverture d'une vraie ambassade, dans la tradition française de reconnaître les Etats et non les gouvernements?) - nous apparaît comme une initiative témoignant de la volonté d'indépendance de la diplomatie française, à contre-courant des pressions, entre autres, des autorités sud-coréennes qui ont tenté de dissuader la France d'ouvrir une représentation diplomatique à Pyongyang. Mais il faut savoir s'affranchir des bienveillantes attentions des "pays trop amis"... qui, à trop insister, ont probablement conduit à un résultat inverse de celui qu'ils espéraient.

 

Source : Roger Faligot, Jean Guisnel, Rémi Kauffer, Histoire politique des services de renseignement français de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, La Découverte, 2012, pp. 611-613.

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 18:47

Lors de son assemblée générale du 21 septembre 2012, l'Association d'amitié franco-coréenne avait décidé d'adresser un courrier à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, sur les perspectives d'évolution des relations entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), alors que la France reste l'un des deux derniers Etats de l'Union européenne (avec l'Estonie) à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPDC. La lettre d'André Aubry, président de l'AAFC, adoptée lors du bureau national de l'AAFC du 30 novembre 2012, a reçu une réponse de M. Laurent Fabius en date du 14 janvier 2013, que nous reproduisons ci-après. 


 Reponse_MAE_14janv2013.jpg

 

Monsieur le Président,


J'ai pris connaissance avec attention de votre courrier relatif à la politique de la France à l'égard de la République Populaire Démocratique de Corée.

Ainsi que vous le rappelez, la France n'entretient pas de relations diplomatiques avec la Corée du Nord. Nous évaluons les perspectives d'évolution de notre relation au vu de l'attitude de Pyongyang sur les dossiers nucléaire et balistique, la situation des droits de l'homme et l'état des relations intercoréennes;

Or, force est de constater que, sur l'ensemble de ces trois critères, la situation n'est pas satisfaisante et n'évolue pas dans la bonne direction. Le tir de fusée auquel la Corée du Nord a procédé le 12 décembre, en particulier, constitue une violation flagrante des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies. En outre, les derniers rapports des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme ne font état d'aucune amélioration tangible dans ce pays.

La France entend toutefois poursuivre son dialogue avec les autorités de Pyongyang et ses actions de coopération en faveur du peuple nord-coréen. Elle a ainsi, comme vous le mentionnez, ouvert un Bureau de coopération en octobre 2011 afin d'améliorer, par un soutien humanitaire, les conditions de vie de la population nord-coréenne, mais aussi pour initier des projets de coopération linguistique, culturelle et universitaire.

La France demeure prête à réagir positivement à d'éventuels gestes de la Corée du Nord dans la direction du respect de ses obligations internationales et du dialogue avec la communauté internationale.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments distingués.


Laurent Fabius

 

Si l'Association d'amitié franco-coréenne se félicite que le ministre lui-même réponde (par le passé, les réponses avaient pu être adressées par ses collaborateurs), nous prenons acte d'une divergence d'appréciations : le ministre des Affaires étrangères rappelle les trois critères mis par la France depuis 2000 à l'établissement de relations diplomatiques (la question nucléaire, auquel il ajoute cette fois la question balistique, les droits de l'homme et les relations intercoréennes) en estimant qu'il n'y aurait pas de progrès.

Pour notre part, nous estimons que le blocage des relations intercoréennes est d'abord imputable à la politique conduite depuis 2008 par le président sud-coréen Lee Myung-bak, aujourd'hui en fin de mandat, et que, sur la question nucléaire, les Etats-Unis n'ont pas respecté leurs engagements, notamment pour la founiture de réacteurs nucléaires à eau légère, dans le cadre de l'accord de 1994, pour développer une filière civile. Par ailleurs, nous rappelons que la tradition diplomatique française, reconnaissant les Etats et non les régimes, ne pose pas de critères à l'établissement de relations diplomatiques. Comme l'observe le ministre à la fin de sa réponse, le contexte international et intercoréen sera déterminant dans l'approfondissement des relations bilatérales, la France étant également engagée vis-à-vis de ses partenaires.

Par ailleurs, nous nous félicitons de l'ouverture d'un bureau français de coopération à Pyongyang, en octobre 2011, ainsi que le rappelle le ministre, comme de la création de pages sur le site Internet du ministère, consacrées aux relations entre la France et la Corée du Nord et, depuis novembre 2012, aux conseils aux voyageurs désirant se rendre en RPDC : nous avions réitéré des demandes en ce sens depuis 2008, même si l'on ne peut que regretter que les informations sur les relations France-RPDC figurent toujours dans la rubrique dédiée aux crises et aux conflits, et pas dans les pages relatives aux pays et zones géographiques.

Enfin, nous partageons la position du Quai d'Orsay sur le nécessaire développement des relations de solidarité et des échanges dans le domaine culturel et linguistique, lesquels constituent d'ailleurs des axes essentiels des activités de l'Association d'amitié franco-coréenne. Nous restons à la disposition du ministère des Affaires étrangères pour poursuivre, notamment sur ces questions, un dialogue engagé de longue date, en considérant l'intérêt mutuel des peuples français et coréen, la paix et la sécurité dans cette partie du monde ainsi que le développement et l'élévation du niveau de vie des peuples d'Asie de l'Est.

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 00:12

jean_jacques_candelier_a_l-assemblee_nationale.jpgAprès les catastrophes naturelles ayant frappé l'ensemble de la péninsule cet été, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a mobilisé ses réseaux institutionnels habituels pour évaluer l'étendue des dégâts et favoriser les actions de solidarité avec les populations nord-coréennes. Dans ce cadre, le député communiste du Nord Jean-Jacques Candelier a attiré l'attention du ministre des Affaires étrangères (MAE) sur l'aide apportée par la France, en posant une question écrite le 11 septembre 2012. Dans la réponse détaillée publiée le 9 octobre 2012 au Journal officiel, que nous reproduisons ci-après, le MAE a indiqué qu'une aide d'urgence avait été apportée par le Centre de crise du ministère via l'ONG Triangle génération humanitaire, à hauteur de 62.000 euros, aux victimes des inondations dans la province de Kangwon. Par ailleurs, le soutien de la France aux deux ONG françaises présentes en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - Triangle génération humanitaire et Première urgence - s'élève en 2011 et 2012 à 500.000 euros, en nette hausse par rapport au montant des subventions qui étaient accordées à ces mêmes ONG jusqu'en 2010 (en dehors des opérations d'urgence). A cette aide bilatérale s'ajoute une participation française à l'action européenne en faveur de l'ONG "Save the children". Tout en souhaitant que l'aide publique française à la Corée du Nord continue de progresser pour être à la hauteur des besoins des populations, d'autant que cette aide, par habitant, reste modeste, l'AAFC se félicite de cette intervention accrue de la France, un an après l'ouverture à Pyongyang d'un bureau français de coopération qui doit mettre l'accent sur les échanges culturels et humanitaires.

 

Question écrite du député Jean-Jacques Candelier (N° 4.195) publiée au Journal officiel (JO) du 11 septembre 2012

 

M. Jean-Jacques Candelier attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères sur l'aide de la France à la République populaire démocratique de Corée suite aux inondations du mois de juillet 2012. Le bilan est catastrophique et ne cesse de s'alourdir : 169 morts, 144 blessés, 400 personnes disparues, plus de 8.600 maisons ou immeubles d'habitation totalement ou partiellement détruits, 43.770 maisons submergées principalement dans les provinces du Nord et du Sud Pyongan, du Nord et du Sud Hamgyong et de Jagang, avec 212.200 personnes sans abri, plus de 1.400 bâtiments (hôpitaux, écoles, usines) qui représentent plus de 260.650m2 sont effondrés ou sont inondés et 65.280 hectares de terres arables ont été emportées. Ces dégâts accentuent davantage les difficultés des Nord-Coréens pour revenir à l'autosuffisance alimentaire. Les inondations de mines ont également un impact sur l'accès à l'énergie. Une mission conjointe de plusieurs agences des Nations-unies (UNICEF, le programme alimentaire mondial) s'est rendue en RPD de Corée et a décidé l'envoi d'une aide d'urgence. Le Vietnam, pour sa part, s'est engagé à livrer 5.000 tonnes de riz. Estimant la situation très urgente, il lui demande si la France compte fournir une aide bilatérale (outre l'aide multilatérale qui pourrait être apportée, dans le cadre notamment de l'Union européenne) et quelle serait la position de la France par rapport à une éventuelle aide européenne.

 

Réponse du ministère des Affaires étrangères publiée au JO du 9 octobre 2012


La France a témoigné sa solidarité aux victimes des inondations en Corée du Nord en se mobilisant rapidement pour répondre à la crise provoquée par le passage du cyclone Khanun en juillet 2012. Une aide humanitaire bilatérale a pu être apportée par l'intermédiaire de l'ONG française Triangle Génération Humanitaire (TGH), qui a bénéficié d'une subvention d'un montant de 62.000 euros, allouée par le centre de crise du ministère des Affaires étrangères, afin de venir en aide aux populations affectées par les inondations de la province de Kangwon. Plus de 51.000 personnes de la ville de Munchon, et du village de Channae devraient bénéficier des activités de TGH, dont le projet consiste en la réhabilitation des infrastructures d'eau potable endommagées par les inondations. Outre cette aide humanitaire bilatérale d'urgence, la France apporte, chaque année, une assistance humanitaire à la population nord-coréenne. En 2012, le ministère des Affaires étrangères a ainsi soutenu l'action de deux ONG françaises actives dans ce pays, qui ont reçu des subventions d'un montant de 500.000 euros (340.000 euros à Triangle Génération Humanitaire et 160.000 euros à Première Urgence-Aide médicale internationale). Cette aide a permis d'intervenir sur un projet de fermes piscicoles, situées à Yonggwang et Sihnung et destinées à alimenter en poissons les institutions pour enfants de cette région, ainsi que sur le projet de réhabilitation de l'hôpital de Chongsong dans le cadre d'un programme « nourriture contre travail ». Dans le cadre de cette politique d'assistance humanitaire, l'ouverture en octobre 2011 du Bureau Français de Coopération à Pyongyang, dont les missions prioritaires sont d'ordre culturel et humanitaire, permet d'assurer sur place un soutien aux ONG et à leurs opérations. La France inscrit enfin son aide dans l'action humanitaire de l'Union européenne qui s'est également mobilisée pour répondre à la crise. L'office humanitaire de la Communauté européenne (ECHO) a soutenu l'action de l'ONG « Save the children » à travers une enveloppe de 125.276 euros, à laquelle la France contribue à hauteur de 17 %. Cette aide a permis de distribuer des abris à plus de 16.000 personnes sinistrées.

 

Source : Assemblée nationale

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 23:32

machefer_philippe000633.jpgIl y a trente ans disparaissait le sénateur socialiste Philippe Machefer. Comme l'indique sa notice biographique (photo à gauche) publiée sur le site du Sénat, Philippe Machefer, fils de boulanger, est né en décembre 1933 à Paris. Professeur agrégé d'histoire en 1958, avant de devenir universitaire à Nanterre dans les années 1970 et spécialiste de l'histoire de la droite nationale dans les années 1930, il a commencé sa carrière politique au Parti socialiste unifié (PSU), avant de s'engager dans la campagne électorale présidentielle de François Mitterrand en 1965 et de le rejoindre à la Convention des institutions républicaines. Il rallie le Parti socialiste (PS), dans la foulée du futur chef de l'Etat, au congrès d'Epinay en juin 1971. Devenu expert des questions de politique étrangère et de défense au sein du PS, il est élu sénateur des Yvelines en 1977, sur la liste d'Union de la gauche conduite par le maire de Trappes Bernard Hugo, aujourd'hui vice-président de l'AAFC. Très actif au sein de la commission des affaires étrangères présidée par Jean Lecanuet, le Sénat observe que "dans la continuité des travaux menés dans les diverses commissions d'études du PS, « l'expert » de François Mitterrand témoigne d'une maîtrise réelle de la géopolitique de pays généralement peu familiers à la diplomatie française : Chypre, la République démocratique allemande (RDA) et, surtout, la Corée du Nord. Présidant les groupes sénatoriaux d'amitié entre la France et les assemblées parlementaires de ces pays, il y noue des réseaux - notamment en Corée - qui s'avèreront forts utiles pour le gouvernement socialiste après 1981". A la veille de l'élection présidentielle de 1981 remportée par François Mitterrand, il effectue des visites de terrain, notamment en Asie, pour préparer les futurs déplacements du chef de l'Etat et de son ministre des Affaires étrangères. Après le scrutin, il conduit notamment une délégation de sénateurs en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en qualité de président du groupe sénatorial avec la RPD de Corée, du 16 au 22 décembre 1981, et en Corée du Sud, du 16 au 22 janvier 1982, étant envoyé spécial du Gouvernement français. Quelques mois avant un nouveau déplacement à Pyongyang qu'il avait soigneusement préparé, et quelques jours après avoir publié un article novateur dans Le Monde où il réfutait la thèse d'un fascisme français des Croix-de-feu du colonel de la Rocque, l'annonce de son suicide dans sa maison savoyarde du Grand-Arvet, le 15 août 1982, suscite la stupeur. L'AAFC salue la mémoire de Philippe Machefer, qui a marqué l'histoire de notre Association, en reproduisant ci-après de larges extraits d'une tribune publiée dans les colonnes du Monde en 1980, où l'historien et le spécialiste de politique étrangère manifeste une conscience aiguë des pespectives coréennes de réunification sur la base du communiqué conjoint Nord-Sud du 4 juin 1972, tout en plaidant pour l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPD de Corée et, dans l'immédiat, pour la réouverture de la représentation commerciale française en RPD de Corée. Cette représentation avait été le pendant de la mission commerciale nord-coréenne à Paris, qui avait été élevée au rang de mission diplomatique officielle en 1976.

 

Pour la coopération entre le Nord et le Sud, par Philippe Machefer

 

Les temps du "miracle coréen" étant révolus, semble-t-il, les contradictions politiques et sociales de la société sud-coréenne apparaissent désormais au grand jour.

 

Sur le plan des intérêts français, les grandes sociétés nationales qui ont largement investi en Corée du Sud (P.U.K., Rhône-Poulenc, Creusot-Loire) vont sans doute connaître une stagnation du chiffre d'affaires qu'elles effectuent dans ce pays, ce qui conduit, avec logique, nos responsables du commerce extérieur à mettre en avant nos petites et moyennes industries afin de préserver la présence commerciale française dans cette partie du monde. Approuveront tous ceux qui sont persuadés qu'il faut davantage armer nos P.M.I. pour affronter la bataille du commerce extérieur. Mais, même si l'on admet, avec M. Jean-François Poncet, que la croissance de la Corée du Sud n'est pas arrêtée et ne connaît qu'un palier (1), il reste utile de jeter un regard sur l'autre Corée, celle du Nord, et d'envisager les possibilités commerciales qu'elle peut offrir, dès lors que le règlement des dettes de cet Etat à l'extérieur sont en cours et que son gouvernement affirme sa volonté de négocier sur les bases habituelles aux entreprises occidentales.

 

De ce point de vue, la réouverture d'une représentation commerciale à Pyongyang serait souhaitable. De même l'intensification de relations culturelles, jusqu'à présent fort modestes, permettrait à la France, si l'on songe à l'importance des relations que la Corée du Nord entretient avec certains pays francophones d'Afrique, de retrouver une place, ne serait-ce que linguistique, dans une région d'où elle est, à cet égard, quasi totalement absente.

 

Reste posée la question diplomatique. La France ne reconnaît, en effet, que la seule République de Corée (du Sud).

 

Entraînée dans la deuxième guerre mondiale par le Japon, qui l'occupait depuis 1910, la Corée a été victime des arrangements des grandes puissances et divisée à l'issue du conflit. Engagée, avec l'appui ou l'intervention de la Russie soviétique et de la Chine pour le Nord, et l'aide massive des Etats-Unis et de quelques puissances, dont la France, pour le Sud, dans une terrible guerre civile, la Corée reste, trente ans après le déclenchement de cet affrontement, toujours divisée.

 

Il n'est pas, dans le monde, de frontière plus imperméable que celle qui sépare le nord et le sud du pays. Il n'existe même pas de liaisons postales et dix millions de Coréens dont les familles sont séparées n'ont jamais reçu de nouvelles des leurs.

 

La formule "à l'allemande" voulue par le régime de Séoul, c'est-à-dire la consolidation du statu quo par la reconnaissance des deux Etats et leur entrée simultanée à l'ONU, n'a pas abouti. C'est qu'un tel scénario ignore les particularités du contexte historique, moral et géopolitique du problème de la Corée, pays d'un même peuple, avec les mêmes traditions historiques deux fois millénaires et dont la nation aspire à retrouver, un jour, son unité.

 

Le dégagement des grandes puissances dans la région constitue l'élément international de la question.

 

Il nous faut, pour le percevoir avec lucidité, abandonner le schéma selon lequel la Corée du Sud serait une sorte de bastion du monde libre, où celui-ci défendrait ses valeurs de la liberté individuelle contre un bloc monolithique constitué autour d'un totalitarisme hégémonique soviétique. C'est une vision qui date de la guerre froide des années 50.

 

La Corée du Nord a 1 400 kilomètres de frontières communes avec la Chine et 15 kilomètres avec l'U.R.S.S. Certes, elle conserve des liens commerciaux importants avec la Russie, et c'est par la ligne aérienne Moscou-Pyongyang que l'on gagne le plus facilement ce pays. Ses liens avec la Chine cependant ne cessent de se développer. Le président nord-coréen, Kim Il-sung, a donné son appui à Pékin dans le conflit sino-vietnamien. En ce qui concerne la question afghane, Pyongyang n'a ni approuvé ni condamné l'action de Moscou.

 

Cela signifierait-il un alignement sur la Chine ? On constatera, plus certainement, que la Corée du Nord s'efforce, dans des conditions difficiles, de suivre une politique indépendante. Elle souhaite, donc, le développement de ses échanges avec le monde industrialisé capitaliste. Le Japon est ainsi devenu son premier partenaire non-communiste (...).

 

C'est en tenant compte des caractéristiques propres à chacun des deux Etats coréens, mais en ayant présent à l'esprit l'intérêt pour la paix dans cette région du monde de l'amorce d'un règlement de la question coréenne, que nous sommes conduits à envisager la recherche d'un système de coexistence entre le Nord et le Sud à partir d'un processus d'apaisement régional, du rétablissement des échanges d'informations sur les familles, du développement d'échanges économiques. Le dialogue qui a tourné court en 1972 doit aller dans ce sens quand il reprendra. La constitution d'un organisme de coopération intergouvernemental, tel qu'il était déjà prévu dans le communiqué conjoint Nord-Sud du 4 juillet 1972 serait un premier pas vers la formation de cette confédération proposée par le Nord qui, tout en respectant le régime des deux Etats constituants, en assurerait la représentation unique à l'ONU. Cette dernière, dont les Etats-Unis se firent le mandataire en 1950 et dont le drapeau couvre encore la présence américaine au Sud, étant appelée, à notre avis, à jouer un rôle déterminant dans le rétablissement de la paix.

 

Sans s'ingérer dans un tel processus, la France aurait grand intérêt à en souhaiter l'heureux aboutissement.

 

(NdA) (1) Débat de politique étrangère, Sénat, 27 juin.

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