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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 13:27

Le 29 juin 2015, à Paris, Benoît Quennedey, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération, a prononcé une conférence intitulée : "Du refus de la guerre de Corée en France au combat pour un traité de paix : retour sur les victimes de la manifestation contre le général Ridgway, le 28 mai 1952", que nous reproduisons ci-après. Cette conférence a pris place dans le cadre des activités menées par l'AAFC à l'occasion du mois de solidarité avec le peuple coréen qui, tous les ans, entre le 25 juin (début de la guerre de Corée en 1950 ) et le 27 juillet (armistice en 1953), permet de rappeler le combat pour un traité de paix en Corée, en lieu et place de l'accord d'armistice.

Une conférence sur la manifestation du 28 mai 1952 contre le général Ridgway

Premier conflit ouvert de la guerre froide, la guerre de Corée, du 25 juin 1950 jusqu’à l’armistice du 27 juillet 1953, a opposé pour la première fois les deux camps – occidental et socialiste – lors de combats dont la portée a largement dépassé la péninsule coréenne.

 

Pour cette conférence, nous nous sommes appuyé sur un ouvrage de Michel Pigenet publié en 1992 aux éditions L’Harmattan, Au cœur de l’activisme communiste des années de guerre froide : « La manifestation Ridgway », qui a servi de source à un article d’André Narritsens sur le site de la section d’Aubervilliers du Parti communiste français (PCF). Un roman de Louis Aragon, Blanche ou l’oubli, publié par Gallimard en 1967, revient également sur la manifestation du 28 mai 1952 contre « Ridgway la peste » (par référence à l’utilisation en Corée d’armes chimiques par les troupes des Nations Unies sous commandement américain). Par ailleurs, un membre de la direction du PCF d’Aubervilliers, Bernard Orantin, a mis à notre disposition plusieurs documents d’archives, principalement des coupures de presse du Journal du canton d’Aubervilliers, communiste, et nous tenons à l’en remercier vivement, ainsi que pour le temps qu’il a bien voulu nous consacrer et pour ses démarches auprès, notamment, de familles de victimes de la manifestation.

 

Le refus d’un conflit effroyable – qui a causé des millions de victimes – a d’abord été porté, en France, par le Mouvement de la paix et le PCF qui, à plusieurs reprises, ont appelé à manifester contre la guerre dans la péninsule coréenne, engendrant une sévère répression :

 

  • le 24 janvier 1951, la police a procédé à 3 267 arrestations à proximité de l’hôtel Astoria, où séjournait le général Eisenhower, qui dirigeait alors l’OTAN, tandis que les cars de manifestants étaient bloqués aux portes de Paris ;
  • le 12 février 1952, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées « à titre préventif » et gardées pendant une journée dans la cour de l’ancien hôpital Beaujon.

 

La manifestation contre le général Ridgway, le 28 mai 1952, à l’occasion d’une visite en France (où il avait débarqué la veille) dans le cadre d’un séjour en Europe, revêt une signification particulière : ce dernier a commandé les troupes américaines en Corée avant de prendre la tête, fin avril 1952, des troupes de l’OTAN. Le nom du général Ridgway avait été conspué dans les cortèges du 1er mai, et lors d’une première manifestation le 23 mai 1952 la police avait procédé à 279 interpellations (dont 42 suivies de maintiens en état d’arrestation et d’inculpations). Dans un paroxysme de grand peur anticommuniste, la plupart des manifestations en France étaient alors interdites – et pour la manifestation contre le général Ridgway du 28 mai il ne sera même pas sollicité d’autorisation. Au demeurant, le préfet de police Jean Baylot avait interdit, par un arrêté en date du 27 mai, les rassemblements sur la voie publique.

 

« Grande journée de lutte du prolétariat et du peuple parisien », selon l’expression utilisée par François Billoux lors de la réunion du Comité central du PCF de décembre 1952, la journée de manifestation du 28 mai 1952 à Paris a ainsi mis aux prises manifestants et policiers, les seconds reculant à plusieurs reprises sous la pression des premiers qui entrent dans Paris par colonnes de plusieurs milliers de militants, sans parvenir toutefois à tenir le rassemblement initialement prévu place de la République. Quelques chiffres rendent compte de la puissance de l’affrontement : officiellement, 372 blessés (dont 27 grièvement) du côté des forces de l’ordre ; 718 interpellations du côté des 20 000 manifestants (pour retenir une estimation intermédiaire entre les chiffres des organisateurs et ceux de la police), fréquemment accompagnées de passages à tabac, et le registre d’information du parquet a compté jusqu’à 170 noms. Les 22 derniers inculpés, non plus pour le motif d’atteinte à la sécurité intérieure (dénué de fondement), mais pour « rébellions et insultes à agents », « port d’armes » et « coups et blessures », sont convoqués le 24 novembre 1955 : 12 seront condamnés à de courtes peines de prison avec sursis. Une interpellation mobilise tout particulièrement l’opinion, notamment communiste : celle du secrétaire général par intérim Jacques Duclos, en marge de la manifestation, le soir même, avec deux pigeons morts dans sa voiture, destinés à la casserole mais que la propagande anticommuniste présentera comme des pigeons voyageurs… Et surtout deux morts, lors d’échauffourées place Stalingrad, les seuls en France lors des manifestations contre la guerre de Corée : un ancien déporté et ancien conseiller municipal, Charles Guénard, grièvement blessé par balles au genou et décédé en mars 1953 lors d’une opération à la Pitié-Salpêtrière, et un ouvrier communal d’Aubervilliers d’origine algérienne, Hocine Belaïd. C’est sur ce dernier que nous souhaitons ici revenir, à partir notamment d’une exploitation inédite des documents d’archives transmis par Bernard Orantin, tout en l’inscrivant dans le combat mené par l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) pour un traité de paix en Corée, en lieu et place de l’accord d’armistice de 1953. Cette situation de « ni guerre, ni paix » a malheureusement permis de nouveaux accrochages meurtriers, depuis un peu plus de 60 ans, entre les deux Corée.

 

Seuls quelques textes rendent compte des circonstances dans lesquels Charles Guénard a été grièvement blessé et Hocine Belaïd est tombé, alors que la colonne venue d’Aubervilliers était conduite par André Karman, secrétaire de la Fédération de la Seine du PCF, plus tard maire d’Aubervilliers (1957-1984). A  partir notamment de coupures de presse, ainsi que d’une note du préfet de police de Paris du 29 mai 1952 et de citations de l’ouvrage de Dominique Desanti Les staliniens. Une expérience politique (Fayard, 1975), l’historien Michel Pigenet donne le récit suivant des événements (op. cit., p. 107) :

A l’heure de la rencontre avec les barrages que l’on a prévu de forcer, les manifestants ralentissent leur marche, se regardent et observent l’adversaire. Il revient alors au chef de colonne de dissiper ce flottement en payant de sa personne. Place de Stalingrad, A. [André] Karman se détache et, à demi tourné, le bras tendu, retrouve le geste de la célèbre Marseillaise de Rude pour hurler : "En avant, camarades !" A toutes fins utiles, les militants les plus résolus, souvent d’anciens résistants, garnissent les premiers rangs […] Surpris et secoué, le cordon de police cède en désordre mais n’évite pas des pertes, si lourdes qu’il faudra, l’orage passé, replier les gardiens désemparés sur le commissariat du 10e arrondissement. Pris de panique, un brigadier, se voyant isolé, a tiré. Belaïd Hocine s’écroule non loin du magasin de vêtements "A l’ouvrier". D’abord porté devant un hôtel de la rue du Faubourg-Saint-Martin, puis amené en voiture à la Polyclinique des Bluets, le malheureux mourra sans avoir repris connaissance. Un second militant d’Aubervilliers, ancien conseiller municipal, s’est affaissé au cours de la fusillade. Déporté pendant la guerre, travaillant à la Manufacture d’allumettes de la localité, membre du comité de section de Dugny, Charles Guénard est blessé au genou. La débandade policière ajoute à la colère l’illusion de l’invincibilité .

Selon le Journal du canton d’Aubervilliers, le lieu où a été transporté Hocine Belaïd est l’hôtel du garage Citroën, 272 rue du Faubourg Saint-Martin, où « il reste sans connaissance, étendu dans l’entrée de l’hôtel, la tête sur l’escalier, plus d’une demi-heure. Un membre de la direction de l’hôtel, sous la protection des policiers, interdisait aux assistants de porter secours au blessé, répétant qu’il téléphonait à Police-Secours. Aucune ambulance n’arrivant, la foule indignée put imposer que le blessé soit transporté par un automobiliste bénévole à la Polyclinique des Métaux. Mais il était trop tard, le malheureux avait perdu trop de sang. Il est mort au cours de son transfert ». Selon la déclaration des docteurs citée par le journal, « il est mort d’une grosse hémorragie. Des soins immédiats auraient dû permettre de faire une hémostase et une transfusion de sang qui l’aurait sans doute sauvé ». Revenant à plusieurs reprises sur la mort d’Hocine Belaïd, que le journal qualifie d’assassinat, il s’interroge : où veut en venir la police ? Le gouvernement du « vichyste » Antoine Pinay est mis en cause, dans une comparaison implicite avec la période de la guerre (un autre article ne proclame-t-il pas « Nous ne sommes plus en 39 !!! » ?).

 

Que Hocine Belaïd ait été d’origine algérienne n’est pas dépourvu de signification : les militants communistes nord-africains et vietnamiens, engagés ou bientôt engagés dans des luttes de libération nationale, étaient particulièrement sensibles à la cause coréenne. Leur présence dans la manifestation sera d’ailleurs stigmatisée peu après par Raymond Marcellin, secrétaire d’Etat à l’Information, les « coups de main » auxquels il résume la manifestation étant selon lui le fait « des Nord-Africains, des étrangers et des jeunes gens », dans l’action selon lui « la plus violente qui ait eu lieu depuis l’affaire Sacco et Vanzetti en 1927 » (cité par Michel Pigenet, op. cit., p. 7).

 

Que sait-on de Hocine Belaïd, mortellement touché par trois balles ? Il était né à Maillot, en Algérie, le 14 septembre 1915 selon le registre d’état civil du 11e arrondissement de Paris (où se trouve la clinique dans laquelle sa mort a été constatée ; le Journal du canton d’Aubervilliers affirme, lui, que Hocine Belaïd est né le 15 septembre 1916) – et dont une copie nous a été transmise par Bernard Orantin. Il était arrivé en France dix ans plus tôt. Ouvrier municipal communiste d’Aubervilliers (le registre de décès précise qu’il était « aide-ponceur »), domicilié 56 rue Hémet dans la même ville, il avait pris pour compagne – sans être marié, suivant l’état civil qui précise qu’il était célibataire – une Européenne, prénommée Louise (ou Louisette). Le couple avait quatre enfants, et sa femme devait bientôt accoucher, en août, d’un cinquième enfant, une petite fille. Des milliers de personnes furent présentes à ses obsèques le 13 juin, décrites dans le Journal du canton d’Aubervilliers – à la une de l’édition du 20 juin 1952, sous le titre « Plus de 15.000 personnes ont fait d’émouvantes et solennelles obsèques à Hocine Belaïd, Héroïque Combattant de la Liberté et de la Paix » :

Le silence est tombé sur la place du Marché-Central d’Aubervilliers, illuminée d’un soleil d’orage, sur les visages où la douleur ne se mêle d’aucune résignation, sur les visages noués de colère, sur les poings serrés.

Drapé de rouge, le cercueil d’Hocine Belaïd, héros et martyr de la paix, est porté devant la tribune de deuil.

Depuis le matin, les habitants d’Aubervilliers sont venus saluer le compagnon assassiné par les balles de la police parce qu’il marcha, le 28 mai, derrière une pancarte disant "Nous voulons la paix."

De leur cœur jaillissaient la même haine des assassins, la même volonté de gagner la paix.

Dans le taudis où le soleil ne peut que jouer sur le seuil de la porte, Louisette Belaïd, notre nouvelle camarade (première adhérente de la promotion Hocine Belaïd du Parti communiste français), était entourée d’amis hier inconnus. Ses enfants sont vraiment devenus les enfants d’Aubervilliers.

Dans les entreprises, les quartiers, les magasins d’Aubervilliers, la solidarité ne cesse de grandir.

Plus tard, assise près du catafalque avec son père, retraité de la RATP, et sa mère qui vivent pauvrement dans leur village de l’Aveyron, Louisette revit sa dernière heure avec celui qu’elle aime, dont elle a repris la lutte sitôt qu’il fut tombé.

Hocine est rentré du travail et a embrassé sa femme et ses petits. Sur les 6 500 francs du salaire de la semaine, ce vendredi 28 il reste trois pièces de dix francs.

- Prends-les, dit Louisette à Hocine. On ne sait jamais, quand on sort comme ça, on peut avoir besoin d’argent…

Hocine Belaïd est parti. Il sait de toute sa conscience de syndicaliste, de communiste, que pour lui, Algérien, père de quatre et bientôt six enfants, la lutte contre le tueur en chef de Corée était l’acte le plus important, le plus urgent à accomplir.

Les bombes de la guerre voulue par Ridgway et ses complices ne distingueront pas entre les enfants d’Hocine et les enfants des policiers ; pourtant, les exécutants du préfet de police ont tué le combattant de la paix.

Pour subvenir aux besoins de sa veuve et de ses enfants, un « comité de défense et de soutien pour la famille de Belaïd Hocine » organise une collecte, ayant permis de réunir près de 350 000 francs. Des couples proposèrent d’adopter ou de parrainer les orphelins.

 

Reprenant le flambeau du combat politique de son mari, Louise adhéra en effet au Parti communiste dont la promotion prit le nom du défunt, et porta plainte pour homicide volontaire et assassinat. Mais comme l’a précisé Michel Pigenet (op. cit., p. 154), « une règle non écrite, mais toujours confirmée, veut que les manifestants tués ou blessés lors d’une manifestation interdite soient tenus pour responsables de leurs malheurs ».

 

Quelle a été la postérité de la mort d’Hocine Belaïd et Charles Guénard ? Il est traditionnellement considéré qu’ils sont tombés dans l’oubli. Dans un article consacré à la manifestation Ridgway du 28 mai 1952, paru dans le numéro de la revue L’Histoire de juillet-août 1980, l’historien Pierre Milza, cité par Michel Pigenet (op. cit., p. 163), s’exclame ainsi : « Qui se souvient encore de Belaïd Hocine ? ». Michel Pigenet, en conclusion de son ouvrage, arrive peu ou prou à la même conclusion d’un même oubli progressif, du moins dans la mémoire du Parti, qui se démarque progressivement de la ligne tactique adoptée au tournant des années 1940 et 1950, Hocine Belaïd n’étant cité, après le premier anniversaire de sa disparition, que dans deux articles du quotidien L’Humanité, dans ses éditions du 29 mai 1956 et du 31 mai 1962. Mais une exception prévaut chez les militants locaux : la section PCF d’Aubervilliers continue de fleurir, fin mai, les tombes de Hocine Belaïd et Charles Guénard. Significatif de ce relatif oubli, on ne sait d’ailleurs plus, a posteriori, quels sont les prénom et nom de Hocine Belaïd, souvent intervertis, y compris sous la plume de Michel Pigenet.

 

La cellule d’Aubervilliers a écrit à Louise Belaïd : « nous tenons à vous faire connaître le serment que nous avons fait tous ensemble d’agir en sorte que le sacrifice de notre camarade Belaïd Hocine ne soit pas vain ». Pour sa part, l’Association d’amitié franco-coréenne est née, en 1969, du constat que la division imposée à la Corée et la situation d’armistice ne pouvaient nullement satisfaire les militants épris de paix. C’est pourquoi nous devons nous affirmer comme les dignes héritiers de ceux qui ont sacrifié jusqu’à leur vie pour la paix et la prospérité de la Corée – de toute la Corée. L’exigence d’un traité de paix est indissociable de celle de vérité sur l’usage, désormais avéré par les historiens ayant travaillé sur les archives de la CIA, que cette dernière a utilisé des armes bactériologiques en Corée, et que combattre « Ridgway la Peste » ne relevait pas d’une manipulation des militants pacifistes, comme veulent toujours le faire croire les croisés de l’anticommunisme et leurs alliés objectifs. Hocine Belaïd et Charles Guénard ne méritent pas moins le respect que les quelques 270 Français morts au champ de bataille au sein du bataillon français de Corée et qui ont, droit, eux à des monuments et des cérémonies. Pour rétablir une juste approche historique qui rappelle le combat de militants pacifistes refusant un usage des armes chimiques contraire au droit international, je vous propose que l’Association d’amitié franco-coréenne fasse les démarches nécessaires pour qu’une plaque honore leur mémoire, place de la bataille de Stalingrad, où ils sont tombés.

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 17:45

Né en 1950, Bae Bien-u est une figure majeure de la scène photographique contemporaine sud-coréenne. En résidence au domaine national de Chambord depuis avril 2014 et jusqu'à l'été 2015, Bae Bien-u aura travaillé à une dizaine de reprises sur la forêt de Chambord, qu'il aura ainsi saisie à chacune des saisons, jusqu'à l'inauguration de la monographie qui lui sera consacrée : organisée du 27 septembre 2015 au 10 avril 2016, cette exposition ouvrira l'année croisée France-Corée. Des rencontres entre l'artiste et son public sont prévues d'ici cette date, notamment le vendredi 24 avril 2015 à 20h30 à la salle polyvalente de Mont-près-Chambord, en partenariat avec le club de photo local La Focale 41. L'AAFC vous invite à découvrir l'oeuvre de Bae Bien-u.

Une monographie de Bae Bien-u ouvrira l'année croisée France-Corée

Le travail de Bae Bien-u exprime l'âme coréenne : dans des compositions subtiles, où le recours privilégié au noir et blanc accroît la sensibilité de la touche photographique qui évoque la peinture traditionnelle extrême-orientale, l'artiste a exprimé la communion du peuple coréen avec la nature, en braquant son objectif sur les rivages, les arbres, les vents et les volcans. L'oeil de Bae Bien-u donne à redécouvrir la beauté des paysages.

Les photos des pins sacrés de l'ancienne nécropole royale des rois de Corée - dont des clichés inédits seront à découvrir lors de la monographie qui lui sera consacrée par le domaine de Chambord à partir de septembre 2015 - constituent l'aspect le plus connu de son oeuvre. Mais Bae Bien-u s'est attaché, au-delà de l'arbre, à exprimer les symboles dans le lien puissant qui unit l'homme à la nature, le pin s'élançant entre ciel et terre, comme l'a montré Kim Seon-ok dans la fiche de présentation de l'artiste pour la galerie RX :


Le photographe met l’accent sur la relation entre l’Homme et la nature. La communion avec la nature est le leitmotiv de l’œuvre photographique de Bae. Elle reflète la préoccupation du peuple coréen à vivre en harmonie avec celle-ci. Bae voit dans le pin un contact entre le ciel et la terre. Il réussit à figer sur papier toute la dramaturgie et la magie du lieu mythique et l’énergie vitale des arbres pour les restituer en méditations intenses.

Bae pratique la photographie depuis les années 1970, mais depuis 1985, son travail s’oriente essentiellement autour de l’immortalisation des forêts de pins typiques de la Corée. Ce choix ne semble pas anodin puisque le pin est un arbre à la signification sacrée dans la culture coréenne où il est considéré comme symbole de longévité. Selon lui, «les pins sont les symboles de l’âme du peuple coréen.»

Une monographie de Bae Bien-u ouvrira l'année croisée France-Corée
Une monographie de Bae Bien-u ouvrira l'année croisée France-Corée
Une monographie de Bae Bien-u ouvrira l'année croisée France-Corée

C'est une oeuvre qui invite à la méditation, amenant à apprécier pleinement une nature rendue à elle-même, où la trace de l'homme a disparu.

Sources :

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 22:46

Ceux qui ont visité Séoul ont remarqué l'enseigne "Paris Baguette" qui, à défaut de proposer des baguettes françaises, témoigne de l'engouement des Sud-Coréens pour les pâtisseries occidentales, en rendant ainsi hommage à la cuisine hexagonale. Mais ce goût n'est pas propre à la partie méridionale de la péninsule : en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) la baguette française plaît désormais énormément, comme l'a indiqué un article du Choson Sinbo, journal des Nord-Coréens du Japon, dans son édition du 25 mars 2015.

En 2014, l'usine Kumkop de produits alimentaires pour les sportifs, créée en 2011, a envoyé ses chefs pâtissiers se former en France. Depuis, la baguette française connaît un succès foudroyant à Pyongyang, selon le Choson Sinbo. Auparavant, des opérations de formations et d'échanges avaient déjà été conduites entre la France et la RPD de Corée dans le domaine de la boulangerie.

L'introduction de la baguette au Nord de la péninsule coréenne s'inscrit dans une démarche de diversification de la production, laquelle a par ailleurs entraîné des changements dans les habitudes alimentaires.

L'usine Kumkop a été visitée par le dirigeant Kim Jong-un en janvier 2015. Elle joue un rôle moteur dans l'introduction de nouveaux biens alimentaires.

L'usine Kumkop de produits alimentaires pour les sportifs

L'usine Kumkop de produits alimentaires pour les sportifs

Source :

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 23:41

Le 2 mars 2015, les armées américaine et sud-coréenne ont entamé leurs exercices conjoints annuels "Key Resolve" et "Foal Eagle", prévus pour durer jusqu'à fin avril. Cinq autres pays participent à ces exercices militaires, dont la France. Malgré les espoirs soulevés par les appels au dialogue lancés par les dirigeants du Nord et du Sud en début d'année, ces manœuvres font replonger la Corée dans un nouveau cycle de tensions où le moindre incident peut avoir des conséquences incalculables.

L'exercice "Key Resolve", basé sur des simulations informatiques, se tient jusqu’au vendredi 13 mars 2015, avec la participation d’environ 10 000 soldats sud-coréens et 8 600 américains. Officiellement, "Key Resolve" vise à renforcer les capacités de combat des forces américano-sud-coréennes. L'exercice "Foal Eagle" se déroule, lui, jusqu’au 24 avril 2015 et mobilise 200 000 soldats sud-coréens et 3 700 américains pour des manœuvres sur terre, en mer et dans les airs.

 

L’USS Fort Worth, navire de combat littoral de 3 450 tonnes, capable d’approcher au plus près des côtes grâce à sa grande maniabilité, prendra part à ces exercices. On note aussi la participation de cinq autres pays : l'Australie, le Canada, le Danemark, la France et la Grande-Bretagne. En 2014, la France n'avait pas participé aux exercices "Key Resolve" et "Foal Eagle", selon le ministère français des Affaires étrangères interrogé à ce sujet.

le navire de combat littoral américain USS Fort Worth

le navire de combat littoral américain USS Fort Worth

A la veille du début de l'édition 2015 de "Key Resolve" et "Foal Eagle", l'état-major de l'Armée populaire de Corée (APC) a exposé dans un communiqué sa "position de principe" à l'égard de ces exercices récurrents vus comme le prélude à une attaque contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) :

"1. Nos forces armées révolutionnaires ne resteront pas témoins passifs de l’actuelle tension créée par suite des présents exercices de guerre d’agression aventuriers des Etats-Unis et des pays satellites contre notre République.
Les Etats-Unis durcissent sans cesse leur politique hostile à notre République. Obama et consorts redoublent leurs calomnies et diffamations, et intensifient sanctions et pression et élargissent l’envergure et la sphère de leurs exercices de guerre d’agression contre notre pays. Aussi, nous avons déclaré à la face du monde notre volonté de prendre des mesures de riposte beaucoup plus énergiques et redoutables que les leurs.
[...]
2. Nos forces armées révolutionnaires ne permettront pas la moindre violation de notre territoire, de notre espace aérien et de nos eaux territoriales par les Etats-Unis et les pays satellites.
Si ceux-ci provoquent une guerre conventionnelle contre nous, nous leur répondrons par une guerre conventionnelle à la coréenne. Si c’est une guerre nucléaire, nous lui opposerons une guerre nucléaire de notre invention. S’ils tentent de nous 'renverser' par la cyberguerre, nous leur infligerons une défaite totale en hâtant leur fin par une cyberguerre prompte et redoutable, proprement coréenne.
[...]
3. Les Etats-Unis et les pays à la remorque de ceux-là doivent se rendre clairement compte que leurs manœuvres d’agression forcenées et cyniques, affublées de paix, sont condamnées à l’échec car le monde entier chérit l’équité et la justice. En effectuant les exercices de guerre visant à 's’emparer' d'un seul coup de la capitale d’un pays souverain et à en 'éliminer' la direction suprême, les Etats-Unis osent les décrire cyniquement comme les exercices militaires de caractère 'défensif' et 'annuel'. 'Key Resolve', 'Foal Eagle' et d’autres mouvements militaires intenses des Etats-Unis dans la péninsule coréenne et à ses environs ne visent pas seulement notre République.
[...]
Les agresseurs US, les fantoches sud-coréens et les forces à la remorque des Américains auront à se repentir amèrement et à se lamenter douloureusement d’avoir effectué 'Key Resolve' et 'Foal Eagle' car ces exercices aventuriers ne leur apporteront que des conséquences désastreuses et irrémédiables."

 

De son côté, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a publié le 2 mars un communiqué soulignant que la RPDC avait proposé en début d'année de suspendre ses essais nucléaires si les Etats-Unis et leurs alliés renonçaient à leurs exercices militaires de grande ampleur. En réponse, rappelle le communiqué du ministère, le président américain Barack Obama avait décrété des sanctions supplémentaires contre la RPDC.

 

Pour la paix en Corée et dans le monde, il est plus que jamais urgent que toutes les parties en présence retrouvent la voie d'un dialogue sincère. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne n'aura de cesse d'appeler les autorités françaises à jouer un rôle positif dans cette partie du monde.

 

 

Sources :

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 00:02

Du 22 au 26 février 2015, une délégation de 22 personnes de la Fédération coréenne des personnes handicapées (FCPH) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), conduite par son vice-président M. Kim Mun-chol, est venue à Paris après avoir séjourné en Angleterre. Cette visite exceptionnelle avait été rendue possible par l'ONG britannique DULA, présidée par le pasteur Lee Seok-hee, qui l'a préparée en partenariat avec l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui avait rencontré la FCPH lors de sa visite en RPD de Corée en août 2014. Deux représentations exceptionnelles données par les handicapés coréens ont réuni au total plus de 150 personnes, le 23 février au Secours populaire français et le 24 février à l'Institut national des jeunes sourds de Paris (INJS), faisant la démonstration d'un talent à couper le souffle. Par ailleurs, le programme de visite des responsables de la FCPH a permis de nouer des contacts en vue d'échanges ultérieurs franco-coréens dans les domaines sportif, éducatif et culturel sur la question du handicap.

Un public mixte nombreux, français et coréen, originaire de l'ensemble de la péninsule et d'outre-mer, a longuement applaudi la troupe des jeunes sourds dans leur représentation de Blanche Neige, et l'ensemble des artistes coréens

Un public mixte nombreux, français et coréen, originaire de l'ensemble de la péninsule et d'outre-mer, a longuement applaudi la troupe des jeunes sourds dans leur représentation de Blanche Neige, et l'ensemble des artistes coréens

Alors que le Royaume-Uni s'est engagé de longue date dans le soutien aux handicapés en RPD de Corée, depuis notamment la participation d'un athlète nord-coréen aux Jeux paralympiques de Londres en 2012, c'était la première fois qu'une représentation artistique par les handicapés était donnée en France : huit jeunes danseurs sourds, deux instrumentistes aveugles (à l'accordéon et au kayageum, instrument traditionnel à cordes coréen), et deux chanteurs - un jeune handicapé moteur et une jeune femme ayant une main artificielle - ont fait la démonstration de leur talent lors de deux représentants exceptionnelles à Paris, le 23 février au Secours populaire français et le 24 février à l'Institut national des jeunes sourds de Paris. Les morceaux et les scènes qui ont interprétés ont alterné classiques du répertoire coréen - notamment un émouvant Arirang - et du répertoire occidental - en particulier Blanche Neige et les sept nains, revisités toutefois suivant une esthétique coréenne traditionnelle. Des médias sud-coréens étaient présents pour couvrir cet événement.

Suivie d'un cocktail dînatoire, la représentation du 24 février a été précédée d'une conférence-débat avec M. Kim Mun-chol, vice-président de la Fédération coréenne des personnes handicapées, fondée en 1999, sur la question du handicap en RPD de Corée, qui a rappelé les droits des handicapés dans la législation nord-coréenne, mais aussi le chemin qui restait à parcourir. La participation de jeunes athlètes de la RPD de Corée aux Jeux para-asiatiques d'Incheon, en Corée du Sud, à l'automne 2014, a aussi témoigné de la volonté de renforcer la participation des handicapés aux événements sportifs internationaux - alors que les Nord-Coréens visent l'obtention de médailles d'or aux Jeux paralympiques de Rio de Janeiro en 2016, en mettant l'accent sur plusieurs disciplines : le tennis de table, le tir à l'arc, la natation et l'haltérophilie. Faisait partie de la délégation en visite en Angleterre et en France Mme Ri Bun-hui, ancienne championne du monde de tennis de table en 1991, en double avec la Sud-Coréenne Hyun Jung-hwa, qui a préparé les premiers tournois de tennis de table pour handicapés au nord de la péninsule coréenne.

Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Mme Claudine Casanova a remis le trophée de l'INJS à M. Kim Mun-chol et au pasteur Lee Seok-hee

Mme Claudine Casanova a remis le trophée de l'INJS à M. Kim Mun-chol et au pasteur Lee Seok-hee

La venue en France de la délégation de la Fédération coréenne, déjà en relation avec Handicap International, a aussi été l'occasion de nouer des contacts et des échanges avec d'autres associations plus spécialement en charge du handicap en France, notamment l'Association des paralysés de France (APF), en vue de coopérations futures. M. Bruno Gaurier, conseiller politique du Conseil français des personnes handicapées pour les questions européennes, a longuement reçu les membres de la délégation au siège de l'APF, le 23 février.

Au plan institutionnel, les dirigeants de la Fédération coréenne des personnes handicapées ont été reçus au ministère français des Affaires étrangères, par les représentants de la direction Asie et la sous-direction en charge des affaires humanitaires et des droits de l'homme de la direction des Nations Unies et des organisations internationales. Les coopérations culturelles, éducatives et sportives dans le domaine du handicap entrent pleinement dans le champ des actions du bureau français de coopération à Pyongyang, ouvert à l'automne 2011. Si la RPD de Corée a signé il y a deux ans la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, qui a inspiré les modifications de sa législation en 2003, ce texte reste encore en attente de ratification par le Parlement.

Les représentants de la FCPH ont également été reçus, au Sénat, par le sénateur Jean-Claude Frécon, président du groupe d'étude et de contact interparlementaire France-RPDC. L'audition a été suivie d'une visite du Palais du Luxembourg.

Le 25 février, l'ensemble des membres de la délégation ont visité la capitale, notamment la Sorbonne et le Musée du Louvre, avant de se rendre à la Tour Eiffel, donnant aux jeunes handicapés une occasion unique de découvrir la France avant, peut-être, d'y revenir pour d'autres représentations. C'est en tout cas le voeu que forme l'AAFC, à l'issue d'une première visite couronnée de succès.
 

Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 21:41

Le 4 février 2015, Benoît Quennedey, auteur de "L'économie de la Corée du Nord" et de plusieurs articles sur la Corée, par ailleurs vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération, est intervenu devant les étudiants en coréen de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), à l'invitation du Professeur Patrick Maurus : son intervention en cours de civilisation devant les étudiants de première année s'intitulait "Introduction à l'étude des relations diplomatiques des deux Corée" ; devant les étudiants de troisième année (cours de langue et civilisation), son exposé a porté sur les relations entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Nous présentons ci-après un résumé de la première de ses deux interventions, chacune d'entre elles ayant été suivie d'un débat et d'échanges avec les étudiants.

Benoît Quennedey était déjà intervenu devant les étudiants de l'INALCO, le 19 mars 2014, sur l'économie de la Corée du Nord (ci-dessus), avec Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC.

Benoît Quennedey était déjà intervenu devant les étudiants de l'INALCO, le 19 mars 2014, sur l'économie de la Corée du Nord (ci-dessus), avec Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC.

S'agissant des relations diplomatiques des deux Etats coréens - la République de Corée (au Sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, au Nord) - Benoît Quennedey a tout d'abord rappelé que celles-ci doivent faire l'objet d'une étude conjointe, dans la mesure où la diplomatie de chaque Etat prend fortement en compte la diplomatie de son voisin coréen, chacune des deux Corée ayant aspiré - au moins jusqu'en 1972 - à représenter l'ensemble de la péninsule coréenne.

L'étude des relations diplomatiques des deux Corée est à resituer dans son contexte : la péninsule coréenne est située à un carrefour stratégique, à l'extrémité orientale du continent eurasiatique, au coeur des nouveaux échanges économiques en Asie du Nord-Est. La Corée s'est trouvée de longue date sous l'influence de ses puissants voisins - ce dont rend compte le proverbe coréen des baleines et des crevettes, à savoir que lorsque les baleines se battent (en l'espèce, les grandes puissances : les Etats-Unis, la Chine, le Japon, la Russie), ce sont les crevettes (les Coréens) qui trinquent. Les ingérences étrangères ont conduit à confisquer la souveraineté nationale coréenne, puis à la division du pays. Le nationalisme coréen, très fort, a entraîné une vive critique - pas seulement par le Nord, mais aussi par les progressistes sud-coréens - de la présence jusqu'à ce jour de plus de 28 000 GIs au Sud de la Corée (alors que le Nord, marqué par la personnalité de son fondateur, le Président Kim Il-sung, et de ses héritiers, n'abrite plus de troupes étrangères). Par ailleurs, au regard du poids de ses voisins, la République de Corée continuer à se considérer comme une puissance moyenne, malgré son poids démographique (presque équivalent à celui de la France) et ses succès économiques, qui en ont fait une des quinze premières économies mondiales, membre de l'OCDE et du G20.

L'après-guerre froide a rebattu les cartes diplomatiques, accélérant des évolutions préparées en amont : elle a permis un essor des relations intercoréennes, tout particulièrement pendant la décennie de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" (1998-2008) des présidences démocrates de Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun ; elle a entraîné l'établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Sud et l'URSS (1991) et la Chine (1992) d'une part, la Corée du Nord et la plupart des pays occidentaux après 2000 (à l'exception notable des Etats-Unis, du Japon et de la France) d'autre part.

L'étude des sources nécessite un examen critique : la "diplomatie secrète", qui a longtemps été la règle dans la diplomatie mondiale, n'a pas pris fin dans le cas de la Corée, et beaucoup de données présentées comme des informations traduisent en fait la volonté de chaque Etat à imposer sa propre perception de l'autre Etat, les services de renseignement sud-coréens jouant à cet égard un rôle très actif de désinformation sur la Corée du Nord. Une étude approfondie doit d'abord s'appuyer sur les sources primaires, celles-ci provenant officiellement de chacun des Etats coréens et de ses médias à capitaux publics, mais aussi des pays tiers dans la mesure où ces derniers définissent une politique coréenne - les intentions diplomatiques qu'ils prêtent à l'un ou l'autre des Etats coréens n'étant jamais indissociables d'objectifs de politique internationale qui traduisent en priorité leurs intérêts nationaux. Parmi les sources secondaires, les travaux universitaires américains et sud-coréens méritent d'être retenus, les sources en langue française étant nettement plus pauvres que celles en langue anglaise. S'agissant des sites Internet, ceux consacrés au Nord sont surreprésentés par rapport à ceux qui s'intéressent également au Sud : le site 38 North mérite tout particulièrement d'être consulté.

Sur ces bases, quelques erreurs d'analyse - qui seraient dues au poids trop fort d'une vision unilatérale des questions coréennes - doivent être évitées. Quelle que soit la prégnance du discours sur les droits de l'homme, ceux-ci n'ont de facto jamais constitué un déterminant majeur de la diplomatie des Etats. En particulier, les positions des Etats-Unis et de leurs alliés vis-à-vis de la Corée du Nord apparaissent davantage surdéterminées par un refus de l'arme nucléaire nord-coréenne et de la possibilité que la RPD de Corée dispose des capacités balistiques nécessaires pour atteindre le territoire des pays occidentaux : pour Washington, il s'agit d'éviter que tout Etat non allié des Etats-Unis puisse devenir une menace stratégique. Par ailleurs, l'influence de la Chine sur la Corée du Nord ne doit pas être surestimée, quelle que soit l'importance qu'elle accorde par ailleurs à ses intérêts économiques au Nord de la péninsule. Si Pékin refuse la présence d'armes nucléaires en RPDC, par crainte d'une escalade qui conduirait d'autres Etats de la région (à commencer par le Japon) à devenir à leur tour des Etats dotés de l'arme nucléaire, elle mise également sur la stabilité de la région et est également consciente que, malgré les très forts courants d'échanges économiques mis en place avec la Corée du Sud et les Etats-Unis, elle est perçue comme un rival stratégique des Etats-Unis. C'est pourquoi la Chine est défavorable aux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens, comme à la construction d'une base navale dans l'île de Jeju, au Sud de la Corée, qui visent implicitement à endiguer sa montée en puissance militaire, conformément à la vision américaine du pivot asiatique (la région Asie-Pacifique étant considérée comme le nouveau centre du monde, où doivent se concentrer l'essentiel des forces américaines).

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 22:37

Le 17 février 2015, Patrick Kuentzmann, par ailleurs secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), devait débarquer à l'aéroport d'Incheon-Séoul, à l'invitation du Conseil national des pasteurs pour la paix et la justice de la République de Corée (Corée du Sud). Mais il n'a jamais franchi les limites de l'aéroport, car les autorités sud-coréennes ne l'ont pas autorisé à débarquer, invoquant - avec un minimum de justification digne des régimes les plus autoritaires - des motifs de sécurité publique. Au-delà du secrétaire général de l'AAFC, cette mesure inique, attentatoire à la liberté d'expression et à la liberté de réunion, vise bien l'Association d'amité franco-coréenne dans son ensemble en tant qu'organisation luttant pour la paix, la justice et la réunification en Corée. Alors qu'une terrible répression s'abat aujourd'hui sur les forces progressistes en Corée du Sud, les autorités sud-coréennes ont fait le choix délibéré de cibler à présent des personnalités et des organisations non coréennes qui agissent de manière totalement pacifique et dans un cadre parfaitement légal. Patrick Kuentzmann revient dans un entretien sur ce nouvel épisode noir du tournant autoritaire qu'a imprimé la présidente sud-coréenne Park Geun-hye : face à l'injustice et à la répression, l'AAFC ne doit pas se taire et ne se taira pas!

La très lacunaire explicitation du refus d'entrée en Corée du Sud de Patrick Kuentzmann

La très lacunaire explicitation du refus d'entrée en Corée du Sud de Patrick Kuentzmann

AAFC - Tu avais été invité à participer en République de Corée (Corée du Sud) à diverses manifestations par le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix, mais tu as été refoulé à l'entrée du territoire sud-coréen, alors que la France fait partie des pays dont les ressortissants sont dispensés de visa pour entrer en Corée du Sud. Peux-tu nous dire comment s'est déroulée ton arrivée à l'aéroport d'Incheon? Quelles explications les autorités sud-coréennes t'ont-elles données?

PK - Le 16 février, à mon départ de France, l'enregistrement à l'aéroport s'est déroulé sans problème. Mais à mon arrivée à l'aéroport d'Incheon, le 17 février vers 14h, dès le contrôle de mon passeport, j'ai été retenu dans le bureau de l'immigration pour des vérifications supplémentaires. Il s'avère que je suis inscrit sur une "liste noire" (c'est le terme employé) à l'initiative d'une "agence gouvernementale" sud-coréenne (on n'a pas voulu me dire laquelle), ce que j'ignorais en partant de France.

En conséquence, on m'a signifié mon refus d'entrer en Corée du Sud en application des articles 11 et 12 de la loi sud-coréenne sur l'immigration et ma "déportation" (c'est aussi le terme employé) vers la France dès le lendemain. Le responsable du bureau de l'immigration a quand même bien voulu me préciser, oralement, que je suis plus particulièrement visé par le troisième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi : pour le ministre de la Justice de Corée du Sud, je suis "une personne au sujet de laquelle il existe de grands motifs d'inquiétude quant à la possibilité qu'elle commette des actes nuisant à l'intérêt national ou à la sécurité publique de la République de Corée". Je tiens à dire que les fonctionnaires du bureau de l'immigration ont été très courtois à mon égard, mais les mots servant à justifier mon interdiction d'entrer en Corée sont d'une violence assez inouïe! En répondant à l'invitation du Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix, je n'avais, faut-il le préciser, aucune intention de commettre des actes nuisant à l'intérêt national ou à la sécurité publique de la République de Corée.

J'ai contacté l'ambassade de France à Séoul pour tenter d'en savoir plus sur cette décision du gouvernement sud-coréen. Il s'agit bien sûr d'une décision souveraine, mais je veux savoir quels faits précis me sont reprochés pour être ainsi considéré comme un criminel en Corée du Sud! Le 18 février, avant mon départ d'Incheon, l'ambassade m'a dit ne pas avoir pu obtenir davantage de précisions de la part du ministère sud-coréen de la Justice.

 

AAFC - Dans quelles conditions s'est passée l'attente en Corée du Sud, et le vol retour vers la France?

PK - Une fois l'ordre de "déportation" signifié, on m'a rendu ma valise et remis un billet de retour par le vol de 12h30 le 18 février. En revanche mon passeport a été confisqué et ne m'a été restitué qu'à Paris par la Police de l'air et des frontières (la PAF). Les fonctionnaires du bureau de l'immigration voulaient que je quitte tout de suite le bureau pour la zone de transit afin d'y attendre mon départ du lendemain. Mais j'ai obtenu de pouvoir rester dans le bureau jusqu'à sa fermeture à 20h. En fait, j'espérais que la situation s'arrange, ce qui n'est pas arrivé.

Une fois dans la zone de transit, j'ai choisi de prendre une chambre d'hôtel pour passer les douze prochaines heures. Ca m'a permis de me laver, de communiquer par Internet avec mes amis et ma famille et de me reposer (un peu). Et le 18 février à 8h30, j'ai pris place devant la porte d'embarquement numéro 47, toujours avec ma valise qu'il fallait bien mettre en soute à un moment. J'ai été rejoint par un couple d'amis coréens qui prenaient un autre vol et, grâce à eux, l'attente a été un moment agréable. J'étais même triste de les quitter. On a pris le petit déjeuner ensemble, mon premier repas depuis une vingtaine d'heures, mais, avec tous ces événements, je ne pensais même plus à manger. Et, à midi, ma valise et moi avons enfin embarqué pour Paris. Inutile de dire que, pendant le vol, le personnel de bord avait mission de s'assurer que j'étais bien à ma place.

A Paris, j'ai été remis dans les mains de la Police de l'air et des frontières qui doit toujours procéder à quelques vérifications en pareil cas. Les policiers de la PAF ont été plutôt surpris de mon aventure, surpris aussi que mon passeport n'ait été accompagné d'aucun document explicatif. J'étais refoulé de Corée du Sud, c'est tout.

AAFC - Ce refus d'entrée est-il exceptionnel? Comment expliques-tu que tu aies pu visiter à plusieurs reprises la Corée du Sud par le passé, mais plus maintenant?

PK - Je ne connais pas les statistiques sur les refus d'entrée en Corée du Sud. Mais, dans la période récente, il y a eu quelques cas spectaculaires d'expulsion de Corée du Sud, assorties d'interdiction de séjour. En mars 2012, notre compatriote Benjamin Monnet a été expulsé en raison de sa participation, aux côtés des habitants de l'île de Jeju, aux manifestations contre le projet de base militaire sur l'île. Il avait même été emprisonné pour ça. Le mois dernier, Shin Eun-mi, Américaine d'origine coréenne, a été expulsée pour avoir tenu, lors d'une conférence sur ses voyages en Corée du Nord, des propos violant la loi sud-coréenne de sécurité nationale. Pourtant, Mme Shin avait déjà écrit un livre consacré à ses voyages en Corée du Nord, livre qui avait bénéficié d'une large diffusion en Corée du Sud, avec l'appui des pouvoirs publics!

En mai 2009, quand j'ai visité la Corée du Sud pour la dernière fois, je faisais déjà partie de l'Association d'amitié franco-coréenne, avec toute la visibilité qu'offrait le site Internet de l'AAFC, et je n'ai rencontré aucun problème. Toutefois, pendant mon séjour à Séoul, il y eut une vague de répression contre les associations pro-réunification avec l'arrestation de plusieurs membres de Alliance pan-coréenne pour la réunification. Le site Internet de l'AAFC en avait d'ailleurs rendu compte.

En six ans, il y a eu un double mouvement : d'une part, en France, les activités de l'AAFC en faveur de la paix et de la réunification de la Corée ont pris de l'ampleur, et j'en suis devenu le secrétaire général, avec les responsabilités que cela implique ; d'autre part, la loi de sécurité nationale de 1948, qui réprime déjà durement ceux qui, en Corée du Sud, militent pour la paix et la réunification et sont ainsi accusés d'être "pro-Nord", est de plus en plus utilisée par les autorités sud-coréennes pour faire taire toute voix discordante, notamment dans le domaine des luttes sociales. A sa manière, l'Association d'amitié franco-coréenne se retrouve donc visée par la loi de sécurité nationale de Corée du Sud avec l'application de cette fameuse disposition de l'article 11 de la loi sur l'immigration. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est la rançon du succès.

AAFC - Comment a réagi le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix, qui t'avait invité, à l'annonce de ton refus de séjour?

PK - En tant qu'invitant, le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix a tout de suite été averti de mon interdiction par les autorités sud-coréennes. En discutant avec le directeur du bureau de l'immigration de l'aéroport d'Incheon, le Conseil a obtenu une information intéressante : mon inscription sur la "liste noire" remonte à 2013. Il est exact que l'année 2013 a été particulièrement chargée en activités de l'AAFC susceptibles de déplaire aux autorités sud-coréennes, avec, entre autres, en octobre, la rencontre à Paris avec les villageois de l'île de Jeju en lutte contre la base militaire, en novembre et décembre, la couverture des manifestations parisiennes des résidents sud-coréens en France contre la Présidente Park Geun-hye dont l'élection en décembre 2012 est entachée de fraude, ou encore, en novembre, ma participation à la conférence internationale de Potsdam sur la paix et la réunification de la péninsule coréenne, réunissant responsables associatifs et universitaires de divers pays. Il est à noter que les participants sud-coréens de la conférence de Potsdam, l'avocat Jang Kyung-uk et le pasteur Lee Jeok, ont ensuite été inquiétés dans leur pays.

Dès mes ennuis connus, la mobilisation de nos amis coréens a été étonnante et même émouvante. Des militants de plusieurs organisations ont immédiatement pris la direction de l'aéroport pour une petite manifestation improvisée dans le hall. Ils avaient même l'espoir de pouvoir me rencontrer, ce qui était impossible. Des messages de soutien ont été postés sur les réseaux sociaux. Je sais aussi que le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix a saisi un député de l'opposition pour qu'il interpelle le gouvernement sud-coréen sur cette affaire qui porte préjudice au Conseil, bien sûr, mais aussi à l'image de la République de Corée. Il y a eu d'autres signes de solidarité, notamment le 18 février devant l'ambassade du Japon à Séoul, lors de la manifestation hebdomadaire en faveur des anciennes "femmes de réconfort", où il était prévu que je prenne la parole. Mais, à ce moment précis, j'étais dans l'avion du retour.

Les Coréens sont formidables et nous avons vraiment de la chance d'avoir de tels amis.

AAFC - Que comptes-tu faire à présent pour faire connaître la réalité du gouvernement sud-coréen actuel?

PK - Je vais continuer mon travail au sein de l'Association d'amitié franco-coréenne, plus que jamais, ai-je envie de dire. Il convient d'alerter les autorités françaises sur ma mésaventure des 17 et 18 février, mais elles le sont déjà via l'ambassade de France à Séoul. Je vais quand même adresser une lettre à Monsieur le Président de la République qui a récemment annoncé qu'il se rendrait en Corée du Sud cette année. J'espère qu'il prendra le temps de faire part, directement, à la Présidente Park Geun-hye de notre préoccupation face à la dérive autoritaire dans ce pays. Il est scandaleux qu'un responsable d'une association française, menant ses activités en France dans les strictes limites des lois françaises, soit ainsi traité comme un criminel. Mais ce n'est pas mon cas personnel qui importe. Pour ce qui me concerne, je suis tranquillement installé à Paris pour mener mes activités associatives, même si nous ne sommes pas à l'abri des calomnies et autres diffamations. Je m'inquiète surtout pour les Sud-Coréens qui subissent la répression parce qu'ils luttent, par des moyens pacifiques, pour la paix et la justice dans leur pays, et la division imposée à la Corée depuis 70 ans est la première des injustices. A l'AAFC, nous sommes bien placés pour savoir que la paix en Corée détermine largement la paix du monde et donc la nôtre. Au moins pour ça, on ne peut pas se désintéresser du sort de ces gens. Il se trouve, en plus, que ce sont nos amis. C'est le nouvel an lunaire et je leur souhaite de tout coeur une très très bonne année!

 

AAFC - Merci

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, refoulé de Corée du Sud
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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 12:38

Après l'attentat contre le journal Charlie Hebdo qui a entraîné 12 morts le 7 janvier 2015, les gouvernements de la République de Corée (Corée du Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont réagi en adressant leurs condoléances au gouvernement français et en condamnant le terrorisme.

Le siège de "Charlie Hebdo" après l'attentat commis le 7 janvier 2015.

Le siège de "Charlie Hebdo" après l'attentat commis le 7 janvier 2015.

Dans une dépêche publiée le 9 janvier 2015, l'agence nord-coréenne KCNA a indiqué :

"Ri Su-yong, ministre des Affaires étrangères de la RPDC, a exprimé ses condoléances jeudi (8 janvier) dans un message adressé à Laurent Fabius ministre français des Affaires étrangères et du Développement international, à propos de la récente attaque terroriste, ayant fait de nombreuses victimes, contre les bureaux de l'hebdomadaire 'Charlie Hebdo' à Paris.

Exprimant sa profonde sympathie pour les familles des victimes, le message a réaffirmé la position de principe de la RPDC contre toutes les formes de terrorisme."

 

La dépêche figurait en troisième place parmi les vingt-deux nouvelles du jour retenues par l'agence pour couvrir l'actualité nationale et internationale.

Selon une dépêche de l'agence sud-coréenne Yonhap, publiée le 8 janvier 2015 :

"Le gouvernement sud-coréen a fortement dénoncé ce jeudi l'attentat contre le journal français 'Charlie Hebdo', qui a eu lieu le 7 janvier (heure locale) dans le centre de Paris, dans un communiqué de presse publié par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Le gouvernement a également prié pour le repos de l'âme des victimes et présenté les plus sincères condoléances aux familles concernées et au peuple français. Séoul a affiché son intention de soutenir le combat contre le terrorisme en France, en promettant de participer aux efforts de la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme."

 

Le 10 janvier 2015, la présidence sud-coréenne a indiqué que la chef de l'Etat, Mme Park Geun-hye, avait adressé un message de condoléances à son homologue français. Selon le groupe public sud-coréen KBS, la Présidente Park Geun-hye a souhaité que "les citoyens français réussissent, grâce au leadership de François Hollande, à surmonter au plus vite le choc et la tristesse provoqués par ce drame"  et a réaffirmé l'engagement de la République de Corée aux côtés de la République française dans la lutte internationale contre le terrorisme, "crime contre l'humanité".


Sources :

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 22:24

Dans son ouvrage Les voyages de François Mitterrand. Le PS et le monde (1971-1981), issu d'un mémoire de master, Judith Bonnin a analysé les 88 voyages à l'étranger effectués au cours de la décennie 1971-1981 par François Mitterrand après son accession au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, et jusqu'à son élection comme Président de la République française. Si la visite en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en février 1981, de celui qui était alors candidat à la présidence de la République - et représenté sur un timbre nord-coréen dès décembre 1981 - a suscité de nombreux commentaires et interprétations, Judith Bonnin a replacé utilement cette visite - à l'invitation du Parti du travail de Corée - dans le contexte des relations qu'avait nouées le Parti socialiste dans différentes parties du Tiers Monde.

Secrétaire national au tiers monde à partir de 1975, Lionel Jospin a décrit avec précision les raisons de l'intérêt du Parti socialiste pour la RPDC, dans une note du 1er juin 1977 adressée à Robert Pontillon, responsable aux relations internationales du Parti socialiste, et à François Mitterrand, citée par Judith Bonnin : 

"Sans être particulièrement zélateurs d'un régime communiste où le culte de la personnalité atteint de hauts sommets, nous tenons compte dans notre attitude à l'égard de la Corée du Nord de la politique de relative indépendance affirmée depuis quelques années par ce pays par rapport à l'URSS et par rapport à la Chine (la Corée du Nord a été admise à la Conférence de Lima en 1975 au Groupe des pays non alignés et elle a noué dans le Tiers Monde un réseau de relations importants : avec le Sénégal par exemple)."

Cette note interne est particulièrement éclairante : d'une part, elle exprime les distances du Parti socialiste français - en tant qu'organisation politique - avec le système politique de la RPD de Corée ; d'autre part, elle apprécie les positions nord-coréennes à l'aune de leur volonté d'indépendance par rapport aux grandes puissances (ce qui rapproche Pyongyang de la tradition diplomatique française) et de la participation active de la RPDC au mouvement des non-alignés - faisant ainsi écho à la sensibilité "tiers-mondiste" des socialistes français à la même époque. Au demeurant, certains pays en développement avec lesquels Pyongyang avait noués des liens privilégiés étaient aussi proches de la France, comme le Sénégal que cite Lionel Jospin, ce qui ne peut qu'inciter à la prise en compte par la France de la diplomatie nord-coréenne. Par contrecoup, on observera que la fin de la guerre froide et la moindre influence du mouvement des non-alignés sont de nature à expliquer un relatif désintérêt de la France vis-à-vis de la Corée du Nord au cours du second septennat de François Mitterrand (1988-1995).

Entrevue entre François Mitterrand et Kim Il-sung, février 1981 (source : Naenara)

Entrevue entre François Mitterrand et Kim Il-sung, février 1981 (source : Naenara)

Sur le voyage de février 1981 au Nord de la péninsule coréenne, Judith Bonnin donne la composition exacte de la délégation officielle du Parti socialiste français - alors que beaucoup de témoignages négligent ce point : François Mitterrand était accompagné de Lionel Jospin, Gaston Defferre, Claude Estier, Jean-Marie Cambacérès, Serge Moati, Marie-Pierre Rieux et Brigitte Godet.

 

Source :

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 21:11

Entre l'inauguration d'une exposition conjointe sur les fouilles des murailles de Kaesong et le soutien apporté par la France à des programmes dans le domaine de la sécurité alimentaire, les échanges entre Paris et Pyongyang s'intensifient, deux ans après l'ouverture d'une représentation diplomatique française dans la capitale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - et alors que le remplacement d'Olivier Vaysset par Emmanuel Rousseau à la tête du bureau français de coopération à Pyongyang, en novembre 2013, a permis de faire entrer les activités du bureau dans une phase plus opérationnelle.

C'est en 2003 que l'archéologue Elisabeth Chabanol a commencé à travailler sur le site de Kaesong, ancienne capitale du royaume de Koryo (918-1392), qui était alors menacé par le développement de la zone économique spéciale de Kaesong. La coopération qui s'est nouée depuis cette date entre l'Ecole française d'Extrême-Orient (EFEO) et le Bureau d'orientation pour la conservation du patrimoine national (BOCPN) de la RPD de Corée a contribué à la décision d'inscription du site au patrimoine mondial de l'UNESCO en juin 2013. Le 15 septembre 2014, une exposition conjointe franco-coréenne sur les fouilles de Kaesong a été inaugurée à Pyongyang, en présence notamment de Ryong Ju, directeur du BOCPN, des professeurs et des étudiants de l'Université Kim Il-sung, des chercheurs de l'Académie des sciences sociales de la RPD de Corée, d'Elisabeth Chabanol, représentant l'EFEO, d'Emmanuel Rousseau, directeur du bureau français de coopération en RPDC, et de Charlie Li Quanhua, représentant l'entreprise du BTP Lafarge S.A.

Tombes de la dynastie royale de Koryo, à Kaesong (14e siècle)

Tombes de la dynastie royale de Koryo, à Kaesong (14e siècle)

La France est également présente dans le domaine de la sécurité alimentaire. En début d'année 2014, un programme d'une valeur de 160.000 euros a été lancé en direction des habitants de la province du Hwanghae du Sud. Plus récemment, en juillet 2014, il a été décidé de confier un programme de 210.000 euros à Première Urgence, l'une des deux ONG françaises (avec Triangle Génération Humanitaire) présentes en permanence en Corée du Nord, pour une formation en boulangerie et en culture maraîchère. Cette seconde action bénéficiera également à 20.000 habitants de la province du Hwanghae du Sud.

L'Association d'amitié franco-coréenne se félicite de ce renforcement des coopérations franco-coréennes, alors qu'elle a pour sa part participé à des actions d'urgence pour venir en aide aux populations nord-coréennes - en liaison étroite avec des ONG ayant une expérience de travailler en Corée du Nord - et qu'elle a mis l'accent sur des échanges en matière de diversification des productions agricoles, d'une part, et de développement des échanges interuniversitaires d'autre part, à partir notamment des observations et des demandes recueillies lors de ses déplacements en RPDC.

Sources :

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  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
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