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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:12

Depuis plus de deux semaines, la vie politique sud-coréenne a été rythmée par les discussions entre le candidat indépendant Ahn Cheol-soo et le représentant du Parti démocrate (centre-gauche, opposition) Moon Jae-in, en vue de présenter une candidature unique à l'élection présidentielle du 19 décembre prochain, face à la candidate conservatrice Park Geun-hye. Alors que les débats s'enlisaient sur les modalités de sélection du candidat unique de l'opposition, à seulement deux jours du délai limite pour l'enregistrement des candidatures, l'annonce du retrait d'Ahn Cheol-soo, le 23 novembre, a fait l'effet d'un coup de tonnerre : si Moon Jae-in bénéficie de ce retrait, les conditions dans lesquels celui-ci s'est opéré ne dissipent pas l'incertitude quant à l'issue du scrutin.

Ahn-Cheol-Soo_retrait.jpg

Depuis l'annonce, le 6 novembre dernier, qu'ils présenteraient une candidature unique au scrutin présidentiel du 19 décembre 2012, Ahn Cheol-soo et Moon Jae-in n'avaient pu que constater combien le chemin vers l'union était parsemé d'embûches. Si un consensus avait pu se dégager sur un socle de valeurs communes, les modalités de sélection du candidat - nécessairement par sondage, au regard de la brièveté des délais - butaient sur la question à poser, suivant que sa formulation pourrait favoriser Moon Jae-in ou Ahn Cheol-soo, ou encore le choix d'un panel de citoyens appelés à départager les deux impétrants, dans l'hypothèse d'une primaire restreinte à tout ou partie de leurs sympathisants. Rallié tardivement au principe d'une candidature unique - il avait initialement refusé de participer aux primaires du Parti démocrate - Ahn Cheol-soo avait vu sa cote de popularité s'effriter pendant les discussions, jusqu'à être à égalité, voire légèrement devancé, par Moon Jae-in dans les sondages les opposant tous deux à Park Geun-hye, en cas de double candidature au premier (et unique) tour de scrutin. De même, en cas de second tour entre eux - soit un scénario pouvant préfigurer une primaire à l'échelle nationale - Moon Jae-in était susceptible de l'emporter. En revanche, en cas de duel face à Park Geun-hye, une candidature d'Ahn Cheol-soo augmentait les chances de victoire de l'opposition.

Tout au long de ces deux semaines de discussions, le dialogue entre les lieutenants de chacun des candidats avait été rompu, puis repris. Ahn Cheol-soo avait déploré que son appel à faire de la politique différemment ne trouve pas d'écho dans les propositions du Parti démocrate pour parvenir à l'union, tout en affirmant qu'il était prêt - en cas d'élection - à s'appuyer sur le Parti démocrate. De son côté, la direction du Parti démocrate avait choisi de démissionner en bloc pour favoriser l'union, prenant sur elle la faute d'une rupture - temporaire - des discussions.

Si les motivations du retrait d'Ahn Cheol-soo, qu'il a annoncé lors d'une conférence de presse, courent bon train (se préparerait-il pour la prochaine échéance présidentielle, en 2017, étant plus jeune que Moon Jae-in ? Jette-t-il l'éponge au nom de la priorité à faire battre la droite, alors qu'il n'a pas l'appui de l'appareil d'un parti politique et que les sondages étaient difficiles à interpréter mais rendaient son combat incertain ?), son message a été sans ambiguïté : "Dorénavant, Moon Jae-in sera le seul candidat de l’opposition.". Moon Jae-in a répondu sur Twitter qu’il était "sincèrement désolé pour Ahn et les personnes qui (le) soutiennent".

Après avoir déjà laissé planer le doute sur sa possible candidature à la mairie de Séoul l'an dernier, Ahn Cheol-soo s'était finalement retiré au profit d'un autre candidat d'opposition, Park Won-soon, qui l'avait emporté face à un adversaire activement soutenu par... Park Geun-hye, confirmant le statut de looser de celle qui a profité de sa victoire surprise aux législatives du printemps pour faire oublier ses échecs électoraux répétés (à commencer par la primaire interne face à l'actuel président Lee Myung-bak, non rééligible, en 2007), et se faire alors surnommer par des médias complaisants de droite "la reine des élections". Cette année, Ahn Cheol-soo a attendu le mois de septembre pour faire part officiellement de son intention d'être candidat, après avoir temporairement viré en tête des sondages, très loin devant ses rivaux démocrates. La semaine dernière, ses partisans avaient invoqué des rumeurs alimentées par le camp de son rival Moon Jae-in sur son possible désistement, pour expliquer le recul de leur champion dans les sondages et interrompre les négociations.

Le camp conservateur tente de tirer profit de cette reconfiguration du scrutin, qui ne lui est fondamentalement pas favorable, en déclarant qu'Ahn Cheol-soo est déçu de ne pas avoir fait prévaloir sa vision d'une autre manière de faire de la politique. Mais une telle déclaration cadre mal avec la personnalité et le parcours de la candidate de droite Mme Park Geun-hye, qui n'a jamais exercé d'activité professionnelle en dehors de la politique depuis qu'elle a servi comme première dame sous le régime très autoritaire de son propre père, le général Park Chung-hee. Artisan d'une  répression politique brutale, le général Park était parvenu au pouvoir par un coup d'Etat en 1961 et s'y était maintenu par le bourrage des urnes, puis la confiscation de l'expression démocratique de la représentation politique dans le cadre de la Constitution Yusin de 1972. Ses partisans sont aujourd'hui toujours très actifs dans l'entourage de Park Geun-hye, qui n'a pas hésité à justifier le coup d'Etat de 1961, et dont la popularité au sein de la droite - incompréhensible en Occident - rappelle celle du général Pinochet dans le Chili d'aujourd'hui.

Alors que le retrait d'Ahn Cheol-soo pourrait en annoncer d'autres, aucun des "petits" candidats n'arrivant à 1 % des intentions de vote à moins d'un mois de l'élection, les sondages indiquaient jusqu'à présent que Park Geun-hye aurait du mal à rallier de nouveaux électeurs autour d'elle en cas de duel avec Moon Jae-in ou Ahn Cheol-soo, mais aussi que le scrutin serait serré, comme du reste les élections législatives d'avril 2012 qui se sont soldées par une courte reconduction de la majorité sortante de droite. C'est pourquoi, même non-candidat Ahn Cheol-soo jouera un rôle déterminant dans l'issue du vote, par son implication ou non aux côtés de Moon Jae-in.

 

Sources : AAFC, Yonhap (dont photo).

 

Dernier sondage quotidien Realmeter publié avant le retrait d'Ahn Cheol-soo, le 23 novembre 2012 :

- en cas de primaire de l'opposition entre Ahn Cheol-soo et Moon Jae-in :
Park Geun-hye 43,0 % - Moon Jae-in 27,7 % - Ahn Cheol-soo 23,2 %

- en cas de duel :

Ahn Cheol-soo 48,2 % - Park Geun-hye 43,3 %

Park Geun-hye 47,3 % - Moon Jae-in 46,6 %

Moon Jae-in 45,4 % - Ahn Cheol-soo 35,9 %

 

Dernier sondage hebdomadaire Realmeter (réalisé du 11 au 18 novembre 2012) :

Park Geun-hye 43,3 %

Moon Jae-in 25,9 %

An Cheol-soo 24,2 %

Lee Jung-hee (PPU, gauche) 0,7 %

Kang Ji-won (indépendant, droite) 0,6 %

Lee Kun-kae (Parti pour l'avancement de l'unification, extrême-droite) 0,5 %

Sim Sang-jeong (PPJ, gauche) 0,4 %

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 00:40

Moon-Jae-In_An-Cheol-su.JPGLe 6 novembre 2012, les deux principaux candidats de l'opposition à la présidentielle sud-coréenne du 19 décembre prochains - Moon Jae-in, investi par le Parti démocrate unifié (PDU, centre-gauche, à gauche sur la photo), et l'indépendant Ahn Cheol-su (à droite sur la photo) - se sont rencontrés au Musée et à la Bibliothèque Kim Ku, du nom du patriote coréen assassiné en 1949 sur ordre du premier président autoritaire qu'ait connu la Corée du Sud, Syngman Rhee. En ce lieu symbolique pour tous les partisans de la démocratie et de la réunification de la Corée, les deux hommes ont convenu d'une candidature commune avant le début de l'enregistrement des candidatures, les 25 et 26 novembre prochains. Cette union ouvre la voie à l'alternance politique, au Sud de la péninsule coréenne.

 

S'ils étaient divisés, leurs chances de succès étaient à peu près nulles faute d'avoir pu refaire leur retard sur la candidate du parti au pouvoir, dans un scrutin à un seul tour. Unis autour d'une seule candidature, ils bénéficient en revanche l'un et l'autre d'un certain avantage sur la candidate conservatrice Park Geun-hye, selon les sondages d'opinion, rendant possible l'alternance politique à Séoul tout en reconnaissant également que ce qui les réunit est plus important que ce qui les sépare.

 

Si le candidat démocrate Moon Jae-in a plaidé le plus fortement pour une candidature unique de l'opposition, c'est finalement Ahn Cheol-su qui a pris l'initiative de proposer une rencontre, qui a eu lieu le 6 novembre. Alors que certains observateurs étaient sceptiques sur les résultats concrets d'une telle initiative à seulement un mois et demi du scrutin, Ahn Cheol-su et Moon Jae-in ont non seulement convenu d'une candidature commune, mais également fixé l'échéance pour y parvenir : avant le début de l'enregistrement officiel des candidatures, prévu les 25 et 26 novembre prochains.

 

Conformément à l'idée qu'une candidature unique traduit d'abord un accord sur leurs programmes et leurs valeurs, les deux candidats ont mis en avant qu'une "déclaration commune pour une nouvelle politique" serait élaborée par un groupe de travail composé de six membres - trois de chaque partie. Les modalités concrètes de choix du candidat d'union n'interviendront ainsi que dans un deuxième temps. La thématique du renouvellement politique, au coeur de la campagne d'Ahn Cheol-su, figure dans le nom même de la déclaration. La fixation d'un délai pour une candidature commune correspond à une attente forte de Moon Jae-in et des militants démocrates.

 

Moon Jae-in a déclaré : "Nous allons discuter sans état d’âme avec sincérité et annoncer une bonne nouvelle au peuple le plus vite possible". Pour sa part, Ahn Cheol-su a déclaré : "Je n’oublierai jamais le désir ardent du peuple pour une nouvelle politique et un changement de pouvoir".

 

Les références au peuple et à l'alternance sont importantes dans l'histoire des luttes pour la démocratie en Corée du Sud : il y a quarante ans, la promulgation de la Constitution Yusin par le général Park Chung-hee - arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1961 - ouvrait la page la plus sombre dans l'histoire politique récente du pays. Adoptée par référendum le 21 novembre 1972, la Constitution Yusin conduisit à la désignation du chef de l'Etat par une institution fantoche (appelée "Congrès national pour la réunification"), qui devait ensuite réélire le général Park Chung-hee avec 99,9 % des voix. Le chef de l'Etat concentrait par ailleurs tous les pouvoirs, en désignant un tiers des membres du Parlement, ainsi que le Président et les juges de la Cour suprême.

 

La candidate de la droite à l'élection du 19 décembre n'est autre que la fille du général Park Chung-hee, Mme Park Geun-hye, qui a servi comme "première dame" sous le régime Yushin après l'assassinat de sa mère. Si elle s'est démarquée de certains des aspects les plus injustifiables du régime de son père, il est inimaginable qu'elle n'en assume pas l'héritage politique, dans une société très marquée par la piété filiale propre aux valeurs confucéennes. Elle a ainsi justifié le coup d'Etat de 1961 au cours de l'actuelle campagne électorale. Les médias de droite et d'extrême-droite, ultra-dominants en Corée du Sud, ont d'ailleurs mené des années durant une campagne de réhabilitation du général Park Chung-hee, et Park Geun-hye a su surfer sur cette vague, en occultant les milliers de morts et de disparus du régime militaire. Aussi inimaginable que soit une telle situation en Europe et en Amérique du Nord, le contre-exemple chilien - où les héritiers du général Pinochet sont aujourd'hui l'une des deux grandes forces politiques - montre le poids que peuvent continuer d'exercer sur l'opinion publique certains médias et corps intermédiaires (comme les églises) dans des régimes de démocratie parlementaire.

 

Principales sources : Hankyoreh, Yonhap (dont photo).

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 00:57

L'élection présidentielle sud-coréenne du 19 décembre prochain, pour laquelle le président sortant Lee Myung-bak (Parti Saenuri, conservateur) ne peut pas être candidat à sa succession, prend la forme d'un match à trois. Alors que les spéculations se poursuivent autour d'une candidature unique entre Ahn Cheol-su et Moon Jae-in - réclamée par le Parti démocrate, qui a investi Moon Jae-in - l'entourage de l'indépendant Ahn Cheol-su a renvoyé cette perspective à la présentation complète des programmes politiques, attendue vers le 10 novembre. Cette réponse a été interprétée comme semblant indiquer que Ahn Cheol-su ne serait pas fermé à cette hypothèse - même si l'on peut également considérer qu'il s'agit de gagner du temps en évitant d'apparaître comme le diviseur de l'opposition au pouvoir conservateur. En tout état de cause, il ne restera alors qu'un peu plus de deux semaines avant l'enregistrement officiel des candidatures, et les modalités d'une éventuelle primaire pour départager les deux candidats ne sont même pas encore discutées. Toutefois, dans un scrutin uninominal à un tour, le maintien d'une double candidature signifierait la victoire presque certaine de la candidate conservatrice Park Geun-hye, ce qui peut inciter puissamment à une entente. Par ailleurs, Moon Jae-in a progressé dans les intentions de vote, étant désormais au coude-à-coude avec Ahn Cheol-su. Dans ce contexte extrêmement incertain, les regards se tournent aussi vers les autres candidats qui, s'ils sont aujourd'hui marginalisés dans les intentions de vote, pourraient peser de manière décisive sur l'issue du scrutin, en cas de duel serré entre Park Geun-hye et celui de ses deux principaux adversaires qui resterait seul en lice.

 

Sur le côté gauche de l'échiquier politique, un scandale sur la désignation interne des candidats aux dernières élections législatives a entraîné l'éclatement du Parti progressiste unifié (PPU), qui avait pourtant réussi à unifier pratiquement toute la gauche, traditionnellement très divisée en Corée du Sud. Le score des législatives du 11 avril 2012 (13 députés et 10,3 % des voix au scrutin de liste), par ailleurs remportées d'une courte tête par la droite, n'apparaît plus que comme un lointain souvenir, même s'il ne faut négliger la persistance d'un courant d'opinion favorable au dialogue avec la Corée du Nord et à des réformes sociales. Le mode de scrutin présidentiel est par ailleurs particulièrement défavorable à la gauche : son candidat historique, Kwon Young-ghil, n'avait obtenu que 1,2 % en 1997, 3,9 % en 2002 et 3 % en 2007, la déception du résultat en 2007 ayant d'ailleurs entraîné la division de ce qui était alors le Parti démocratique du travail (PDT). L'ostracisme des grands médias sud-coréens (conservateurs ou pro-occidentaux) handicape encore davantage la gauche : par exemple, à la date du 2 novembre 2012, le site francophone de l'agence officielle Yonhap, dans sa rubrique consacrée à l'élection présidentielle du 19 décembre, oubliait opportunément tous les tiers candidats du camp progressiste, ne mentionnant que le très droitier Kang Ji-won en plus des trois favoris des sondages...

 

lee_jung_hee_candidate-UPP.jpgLe PPU, qui ne conserve plus que 6 parlementaires, a investi une ancienne députée, Lee Jung-hee (photo à gauche), qui après avoir recueilli jusqu'à 3 % des intentions de vote plafonne désormais en-dessous de 1 %, comme tous les autres "petits" candidats, dont elle reste toutefois celui qui obtient les meilleurs résultats dans les sondages. Elle a annoncé sa candidature en face de l'ambassade américaine, pour souligner le besoin que la Corée du Sud soit indépendante des Etats-Unis. Elle se prononce également pour une politique progressiste favorable aux travailleurs, ouvriers et paysans. Lors de la primaire interne au PPU, conduite du 15 au 19 octobre derniers, Mme Lee, âgée de 43 ans, l'a emporté sur un ancien dirigeant du PPU, Min Byung-rul.

 

Les dissidents du PPU, qui comptent toutefois davantage de députés (sept sièges de parlementaires), ont fondé le Parti progressiste pour la justice (PPJ). Ils ont également investi une candidate, Sim Sang-jeong (photo ci-dessous, source). Initialement distancée dans les sondages par Lee Jung-hee, Sim Sang-jeong s'est rapprochée de sa rivale dans les intentions de vote. Toujours à gauche, il ne faut pas exclure une éventuelle candidature issue des rangs du Nouveau parti progressiste (NPP), dont les militants s'étaient séparés du PDT en 2008. N'ayant obtenu que 1,1 % des voix aux législatives d'avril 2012, le NPP n'est plus officiellement enregistré comme parti politique. En mars 2012, le NPP avait fusionné avec le Parti socialiste, dont le candidat Geum Min avait obtenu 0,1 % des voix à la dernière élection présidentielle, en décembre 2007.

 

sim_sang_jeong_candidate_presidential_election.jpg

 

A droite, une candidature issue du très droitier Parti pour l'avancement de l'unification (ex-Parti pour l'avancement de la liberté, 3,2 % des voix et 5 sièges aux élections législatives du 11 avril 2012) aurait représenté une menace pour Mme Park Geun-hye. Mais la formation politique conservatrice a choisi de s'allier, cette fois, avec le Parti Saenuri au pouvoir, tirant vers la droite la candidature Park Geun-hye qui cherche pourtant à séduire au centre de l'échiquier politique. Le Parti pour l'avancement de la liberté s'était constitué en 2008 autour de Lee Hoi-chang, qui avait été par deux fois le principal candidat de droite, battu, aux élections présidentielles (en 1997 : 38,7 % contre 40,3 % à Kim Dae-jung et 19,2 % à Lee In-jae, et 2002 : 46,6 % contre 48,9 % à Roh Moo-hyun). En 2007, il avait présenté une candidature autonome à la présidentielle face au candidat de droite Lee Myung-bak, qui l'avait facilement emporté (48,7 % contre 26,1 % au démocrate Chung Dong-young et 15,1 % à Lee Hoi-chang). Lee Hoi-chang avait mené une campagne très à droite, marquée par une forte opposition à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

 

Mais la région de Chungcheong, qui regroupe la plus grande partie des forces du Parti pour l'avancement de l'unification, sera représentée à la présidentielle du 19 décembre 2012 par un autre candidat situé à la droite du Parti Saenuri : l'entrepreneur Lee Kun-kae est un ancien député des Libéraux-démocrate unifiés, une formation fondée par Kim Jong-pil qui était principalement implantée dans la région de Chungcheong. Un des co-auteurs du coup d'Etat de 1961 (avec le général Park Chung-hee, le père de la candidate de droite en 2012 Mme Park Geun-hye), Kim Jong-pil s'était allié avec Kim Dae-jung lors de l'élection présidentielle de 1997, ce qui lui avait permis de redevenir Premier ministre entre 1998 et 2000.

 

kang ji-won prosecutorToujours à droite, Kang Ji-won (photo à gauche, source) a connu une éphémère percée dans les sondages (obtenant jusqu'à 4 % des intentions de vote), avant de retomber à moins de 1 %. Ancien procureur, Kang Ji-won défend la loi et l'ordre, et sa candidature n'est pas sans rappeler celle de Jean Royer à l'élection présidentielle française de 1974. Célèbre surtout pour son activité de juriste prônant la défense de la jeunesse, Kang Ji-won a fondé le Centre du manifeste de Corée, appelant le personnel politique à se prononcer sur un tel manifeste entendu comme une plate-forme de revendications. A l'annonce de la candidature de Kang Ji-won, son épouse Kim Young-ran a remis sa démission au Premier ministre sud-coréen de son poste de chef de la commission pour les droits civils et contre la corruption.

 

Parmi les autres candidatures, l'ancien député Park Chan-jong (photo ci-dessous, source Yonhap) a été un des militants du combat pour la démocratisation de la Corée. Elu en 1973 député de la majorité conservatrice du général Park Chung-hee, qui avait établi un régime militaire, il prend ensuite la défense des militants étudiants pour la démocratie dans les années 1980. Sa dénonciation de la mort par la torture de l'étudiant Park Jeong-chol a été un des déclencheurs du soulèvement démocratique de juin 1987. Candidat à l'élection présidentielle de 1992, Park Chan-jong avait obtenu 6,4 % des voix.

 

park_chan-jong.jpg

 

Enfin, une nouvelle candidature a été annoncée par Huh Kyung-young (photo ci-dessous, source), qui concourra pour la quatrième fois à l'élection présidentielle après avoir obtenu 0,4 % en 2007. Le leader du Parti républicain démocrate revendique un quotient intellectuel (QI) de 430. Il prétend aussi pouvoir soigner miraculeusement les malades et recevoir plusieurs appels par seconde de ses admirateurs. Huh Kyung-young a été condamné en 2009 quand il a déclaré que Mme Park Geun-hye allait l'épouser. Il met également l'accent sur le déménagement du siège des Nations Unies à Panmunjeom, dans la zone démilitarisée entre les deux Corée, pour prévenir le déclenchement d'un nouveau conflit

 

huh_kyung-young.jpg

 

Sources : AAFC, KBS, Reuters, The Korea Times (articles du 25 septembre 2012 et du 27 septembre 2012), The Korea Herald (articles en date du 4 septembre 2012 et du 3 octobre 2012). Fiches de cinq candidats sur le site anglophone de l'agence Yonhap.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 21:39

L'achèvement des processus de désignation des candidats par des primaires internes à chaque principal camp politique a clarifié le paysage politique de l'élection présidentielle sud-coréenne du 19 décembre 2012, qui devra désigner un successeur au président sortant Lee Myung-bak (Parti Saenuri, conservateur), qui n'est pas habilité à se représenter immédiatement. Trois candidats pour un fauteuil, dans un contexte politique rendu incertain par l'érosion de l'avance de la conservatrice Park Geun-hye sur ses deux principaux rivaux.

 

park-geun-hye_moon-jae-in_ahn-cheol-su.JPGPark Geun-hye, Moon Jae-in, Ahn Cheol-su (ci-contre, de gauche à droite) : les principales têtes d'affiche de la présidentielle sud-coréenne du 19 décembre 2012 sont désormais connues - car même si d'autres candidats concourront également, il est assez improbable qu'ils parviennent à se hisser en tête d'un scrutin à un seul tour.

 

Fille du général Park Chung-hee qui a gouverné la Corée du Sud d'une poigne de fer entre 1961 et 1979, la candidate conservatrice du Parti Saenuri au pouvoir, Park Geun-hye, est handicapée par cet héritage, en refusant de condamner clairement la politique de feu son père. N'a-t-elle pas justifié le coup d'Etat du 16 mai 1961, dont le général Park était l'un des principaux protagonistes, et qui a mis fin à l'expérience démocratique de 1960-1961 en Corée du Sud ? Cultivant une image de victime - ses deux parents ont été assassinés - et la nostalgie d'une partie des Coréens les plus âgés pour une époque de forte croissance économique et de modernisation, Park Geun-hye est avant tout une politicienne habile, qui se veut se présenter en candidate de la réconciliation de tous les Sud-Coréens. Elle s'est démarquée des aspects les plus impopulaires de la politique du président sortant Lee Myung-bak, notamment son intransigeance vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Dès lors, peu importe qu'elle n'ait pas su donner le montant du salaire minimum lors d'un débat télévisé avec ses concurrents à la primaire interne du Parti Saenuri : elle est avant tout la figure de proue de tous ceux qui, ultralibéraux, anticommunistes, partisans de la grande entreprise ou nostalgiques des années de régime autoritaire, souhaitent que rien ne change. Elle a aussi pour elle le lobby de la presse conservatrice, en position dominante dans les médias, le soutien de l'appareil d'Etat et des puissantes églises protestantes.

 

Face à elle, Moon Jae-in et Ahn Cheol-su défendent souvent des positions proches, plus sociales et plus libérales sur les questions de société, mais leur rapprochement semble aujourd'hui d'autant plus improbable que leurs électorats ne sont pas les mêmes. Si Park Geun-hye accuse un retard de trois à six points en duel face à l'un ou l'autre des candidats de l'opposition (dans cette hypothèse, Ahn Cheol-su apparaît comme un rival sensiblement plus dangereux), c'est nettement moins que le cumul de leurs intentions de vote. Dans un scrutin à un seul tour, la division de l'opposition est toutefois un atout supplémentaire pour Park Geun-hye, même si elle doit affronter la progression d'un autre candidat de droite, Kang Ji-won (qui recueille autour de 4 % des suffrages dans les sondages).

 

Moon Jae-in a le programme le plus charpenté : l'ancien collaborateur du Président Roh Moo-hyun, aux affaires de 2003 à 2008, est le candidat du Parti démocrate unifié (centre-gauche), et ses appuis vont jusqu'à la gauche de l'échiquier politique. Il se prononce clairement pour une reprise du dialogue intercoréen, sérieusement mis à mal pendant le quinquennat du Président Lee Myung-bak. Entrepreneur en informatique et universitaire, populaire notamment auprès des plus jeunes, Ahn Cheol-su, qui a officialisé sa candidature en septembre, distille peu à peu son programme. Il se veut indépendant des partis politiques, ce qui est un atout dans une société où les partis sont déstabilisés par les scandales qui éclatent opportunément à l'approche des élections. Mais lui-même n'est pas à l'abri de telles campagnes, après des allégations de fraude fiscale et de soupçon de plagiat concernant un de ses articles scientifiques. Sa moindre expérience politique est de nature à le desservir, mais tout en lui donnant l'image d'un homme neuf.

 

Plusieurs sondages réalisés fin septembre par Real Meter et KM, donnaient des résultats très proches : de 36 % à 39 % pour Park Geun-hye, en recul face à Ahn Cheol-su (32 %) et Moon Jae-in (21 % à 23 %). A un peu plus de deux mois de l'élection, l'incertitude est d'autant plus grande que l'opinion n'est pas cristallisée - cet été, Ahn Cheol-su avait ainsi temporairement viré en tête, avant de redescendre nettement puis de voir ses intentions de vote se rapprocher à nouveau de celles de Park Geun-hye.

 

Sources : Real Meter, Yonhap (dont photo).

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 20:35

park_geun_hye_ahn_cheol_su.jpgA moins de cinq mois de l'élection présidentielle qui se tiendra en Corée du Sud le 19 décembre 2012, à laquelle le Président sortant Lee Myung-bak (Saenuri, conservateur) ne peut pas être candidat à sa réélection, un sondage a placé pour la première fois en deuxième position la favorite du Parti Saenuri, Mme Park Geun-hye, derrière l'entrepreneur Ahn Cheol-su (photo à gauche). Cette situation nouvelle marque peut-être un tournant dans la campagne, après la victoire à l'arraché de la droite aux législatives d'avril - alors que le principal parti d'opposition, le Parti démocrate unifié (PDU, centre-gauche), vient de terminer la première phase de désignation de son candidat.

 

Pour la première fois, un sondage à la présidentielle sud-coréenne a placé en seconde position la favorite du camp conservateur, Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee, qui a gouverné la Corée du Sud d'une poigne de fer jusqu'à son assassinat en 1979. Mme Park Geun-hye a été la "première dame" en Corée du Sud (ci-dessous, avec le général Park, source The Korea Herald) après l'assassinat de sa mère, dans un attentat qui visait le général Park.

 

park_geun_hye_park_chung_hee.jpg

 

Selon l'institut de sondages Real Meter, considéré comme le plus fiable en Corée du Sud car indépendant des partis politiques et du gouvernement, l'enquête hebdomadaire réalisée du 23 au 27 juillet 2012 a donné 31,7 % des voix à l'entrepreneur en informatique Ahn Cheol-su (+ 12,9 % par rapport à la précédente enquête) contre 31,3 % à Park Geun-hye (en forte baisse de 6,5 %). Certes, la différence entre les deux candidats est inférieure à la marge d'erreur des sondages, mais elle n'en reste pas moins marquante au moment où sont testés plusieurs candidats d'opposition au Parti Saenuri, alors que des désistements sont attendus d'ici le premier et unique tour de scrutin. Le candidat le mieux placé du PDU est toujours Moon Jae-in (9,3 %, en net recul de 7,9 %).

 

Pro-gouvernementale, la chaîne publique de radio et de télévision KBS donne des résultats plus favorables à Park Geun-hye. Mais l'écart se resserre nettement entre la favorite de la droite (37,1 %) et Ahn Cheol-su (24,6 %), tandis que Moon Jae-in est désormais distancé (11,2 %), après avoir été longtemps au coude-à-coude avec Ahn Cheol-su pour la deuxième place. Dans l'hypothèse d'un duel entre Park Geun-hye et Ahn Cheol-su, l'ancienne première dame du régime militaire ne l'emporterait plus que d'une courte tête (46,3 % contre 45,8 % à Ahn Cheol-su), l'écart étant inférieur à la marge d'erreur des sondages.

  

La mise en cause du propre frère du Président Lee Myung-bak et de plusieurs de ses proches dans une affaire de corruption a terni l'image du Parti Saenuri. Contraint de présenter des excuses publiques, le Président Lee Myung-bak continue de voir sa cote de popularité baisser (21,8 % selon le dernier sondage de Real Meter), et il entraîne l'ensemble du camp conservateur dans sa chute. Auparavant, la droite au pouvoir avait négocié en secret un accord militaire avec le Japon, avant de devoir reculer devant la pression de l'opinion publique.

 

Si Park Geun-hye est la grande favorite du Parti Saenuri, la configuration du scrutin est plus incertaine concernant les autres candidats.

 

Dans l'opposition, le doute plane toujours sur l'entrée en lice d'Ahn Cheol-su, qui a par ailleurs décliné sa participation à la primaire interne au PDU, même si le candidat indépendant est plus proche du PDU que du Parti Saenuri. Une pluralité de candidatures au centre et à gauche de l'échiquier politique accroîtrait grandement les chances de succès de la droite, comme cela avait été le cas au scrutin présidentiel de 1987, remporté par le candidat du pouvoir militaire, le général Roh Tae-woo (35,9 %), du fait de la division de l'opposition entre Kim Young-sam (27,5 %) et Kim Dae-jung (26,9 %).

 

559px-Kim_Doo-kwan_crop.jpgAu sein du PDU, le processus de sélection du candidat se poursuit. Sur les huit candidats déclarés, trois ont été éliminés à l'issue de la première phase, qui n'a retenu que les cinq candidatures les plus populaires lors d'un sondage par téléphone (dont le détail n'a pas été communiqué pour ne pas influencer les phases ultérieures de la procédure) :

- Moon Jae-in, ancien chef du secrétariat du président Roh Moo-hyun,

- Sohn Hak-kyu, ancien président du PDU,

- Kim Doo-gwan (à gauche), ancien gouverneur de la province de Gyeongsang, que le sondage de Real Meter plaçant Ahn Cheol-su en tête a pour la première fois classé en deuxième position des candidats du PDU, après Moon Jae-in mais devant Sohn Hak-kyu,

- Chung Seh-kyun, ancien président du parti,

- Park Joon-yung, gouverneur de la province du Jeolla du Sud.

 

Ouverte à tous les électeurs sud-coréens, l'élection primaire du PDU proprement dite débutera le 25 août, le premier tour étant prévu le 16 septembre et un éventuel second tour le 23 septembre.

 

Sources :

- Real Meter ;

- KBS, "Park Geun-hye devance légèrement Ahn Cheol-soo dans un sondage", dépêche publiée le 26 juillet 2012 ;

- KBS, "Le PDU désigne cinq candidats finalistes pour ses primaires", dépêche publiée le 31 juillet 2012.

Photo de Park Geun-hye et Ahn Cheol-su : Yonhap.

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 23:01

Lee-Sang-deuk_2273431b.jpgLe 10 juillet 2012, Lee Sang-deuk, le frère aîné du Président sud-coréen Lee Myung-bak, a été arrêté, étant soupçonné d'avoir touché plus de 500.000 dollars de grandes banques qui auraient financé la campagne présidentielle du chef de l'Etat en 2007. Ce que les médias sud-coréens ont appelé "le scandale des banques d'épargne" a d'autant plus de retentissement que d'autres proches du Président Lee Myung-bak sont également mis en cause.

 

Il était considéré comme le mentor du chef de l'Etat. Elu six fois député, Lee Sang-deuk avait été critiqué pour sa trop grande influence sur son frère cadet après l'accession de ce dernier à la magistrature suprême, alors qu'il avait joué un rôle clef dans la campagne présidentielle.

 

Après des déclarations du PDG de la Solomon Savings Bank de l'époque, Lee Sang-deuk a été arrêté le 10 juillet 2012, étant soupçonné d’avoir reçu plus de 500.000 dollars de présidents de banques d’épargne sud-coréennes, en pleine campagne électorale en 2007. Les banques d'épargne auraient cherché à acheter un soutien politique, la gestion de leurs établissements présentant de graves lacunes.

 

D'autres proches du chef de l'Etat ont également été mis en cause. Le 13 juillet, un conseiller présidentiel, Kim Hee-jung, qui travaillait pour Lee Myung-bak depuis 1997, a choisi de démissionner après que son nom eut été cité, déclarant vouloir assumer sa "responsabilité morale".

 

Le 11 juillet, un député de la majorité également cité dans le scandale des banques d'épargne, Chung Doo-un, a pour sa part bénéficié d'un vote du Parlement refusant de lever son immunité parlementaire. Park Geun-hye, candidate conservatrice à l'élection présidentielle, s'est démarquée de cette décision concernant un député de son propre parti, afin de ne pas subir le contrecoup de cette affaire qui traduit une ambiance de fin de règne pour le Président Lee Myung-bak, lequel ne peut être candidat à sa succession. Celui qui avait promis de moraliser la vie publique a toujours conduit une politique conforme aux intérêts aux milieux d'affaires. Il avait largement utilisé les scandales politico-financiers pour faire chuter la majorité sortante démocrate en 2007.

 

Au moment où la négociation secrète d'un accord militaire avec le Japon fait scandale, le parti Saenuri aborde dans une position moins favorable l'échéance présidentielle de décembre.

 

Principale source : Yonhap (plusieurs articles, en date respectivement des 11, 13 et 13 juillet 2012).

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 23:13

Depuis plusieurs semaines, le Parti progressiste unifié (gauche), qui a obtenu plus de 10 % des suffrages exprimés et 13 sièges aux dernières élections législatives en Corée du Sud, est en crise, des représentants de la majorité étant accusés d'avoir truqué les votes internes. De tels faits, s'ils se confirment, sont évidemment inacceptables, alors que la gauche a été historiquement à la pointe du combat pour la démocratie et contre la corruption. Cependant, la droite au pouvoir du parti Saenuri (Nouvelle Frontière), avec l'appui des médias qui lui sont proches, a profité de cette situation pour appeler à la destitution de deux députés mis en cause, en raison de leurs opinions supposées pro-Corée du Nord - alors même que la dirigeante du parti Saenuri, Park Geun-hye, est la fille de l'ancien général Park Chung-hee qui a gouverné la Corée du Sud d'une poigne de fer jusqu'à son assassinat en 1979. Un tel paradoxe - comment un parti héritier du régime des généraux peut-il donner des leçons de démocratie sans soulever un tollé dans l'opinion ? - serait inimaginable dans les démocraties occidentales, qui assument parfaitement le caractère autoritaire des régimes des colonels grecs, de Franco ou de Salazar, dont on n'imagine pas les enfants en passe d'arriver au pouvoir en Espagne ou au Portugal, comme c'est au contraire le cas pour Park Geun-gye en Corée du Sud. Mais cette situation n'est pas le fruit du hasard : en bridant la liberté de recherche historique, en maintenant en application la loi de sécurité nationale établie par les régimes autoritaires, la Corée du Sud ne permet toujours pas à ses citoyens de se forger leur propre opinion politique en toute indépendance.

 

Comme le précise le site de l'Assemblée nationale française, les députés bénéficient d'une immunité définie en ces termes : "l’irresponsabilité protège [...] les parlementaires contre toute action judiciaire, pénale ou civile, motivée par des actes qui, accomplis hors du cadre d’un mandat parlementaire, seraient pénalement sanctionables ou susceptibles d’engager la responsabilité civile de leur auteur". Ce principe de base, commun à l'ensemble des démocraties parlementaires, découle du principe de séparation des pouvoirs et assure la protection des parlementaires contre les atteintes aux libertés qui pourraient être commises par le pouvoir exécutif et les juges.

 

Lee_Myung_Bak_immunite_parlementaire_coree_du_sud.jpgCes principes démocratiques sont ignorés par le président sud-coréen Lee Myung-bak (photo à droite, source Yonhap) et les conservateurs au pouvoir à Séoul, lorsqu'ils plaident pour expulser du Parlement des députés de gauche qui auraient été, par le passé, favorables à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Pour établir une comparaison, c'est comme si en France Patrick Devedjian et Alain Madelin étaient destitués de leur mandat parlementaire pour avoir milité pendant leur jeunesse dans des organisations d'extrême-droite qui ont été interdites... Mais il est vrai que la Corée du Sud a une conception très particulière de l'histoire, les symboles nazis étant volontiers considérés comme chics et portés avec ostentation.

 

 Le Comité pacifique pour la réunification de la Corée, à Pyongyang, a vivement dénoncé la répression contre les deux députés accusés d'opinions favorables au Nord, comme le signe d'une politique fasciste.

 

Accueillant dans ses rangs les héritiers du régime des généraux, le gouvernement conservateur avait rendu l'enseignement de l'histoire facultatif au lycée, avant de revenir sur cette décision. Et quand l'histoire de la Corée est présentée, c'est de manière biaisée : un chercheur américain indépendant, comme Bruce Cumings, est par exemple systématiquement écarté des travaux sur la guerre de Corée, car il a montré - sur la base d'un travail d'historien objectif, fondé sur l'analyse des archives - que les responsabilités de l'administration Syngman Rhee ne pouvaient pas être ignorées dans le déclenchement du conflit, point d'aboutissement de tensions croissantes entre les deux Etats coréens - alors que la doxa sud-coréenne est d'imputer l'entière responsabilité du conflit à la Corée du Nord. Cette vision unilatérale de l'histoire, destinée à légitimer un régime politique (en l'occurrence, celui de la Corée du Sud, nullement démocratique, de Syngman Rhee), a au contraire disparu depuis des décennies en Europe occidentale. Par exemple, en Europe, tous les élèves apprennent que la première Guerre mondiale n'est pas le fruit d'une attaque allemande, mais d'abord la conséquence d'un jeu d'alliances militaires et d'un climat de tensions.

 

Or la Corée du Sud a connu pendant des décennies des régimes ultra-autoritaires, dont des dirigeants admiraient sans embages le militarisme japonais. Après la démocratisation de la Corée du Sud, le parti Saenuri aujourd'hui au pouvoir reste dirigé par la fille du général Park Chung-hee, et la présidence de l'Assemblée nationale vient d'échoir à un député élu pour la première fois en 1980, Kang Chang-hee - entré au Parlement après avoir pris sa retraite de l'armée, dans la foulée du coup d'Etat de 1979 et de la sanglante répression de Kwangju en 1980.

 

L'ignorance des Sud-Coréens de ce qu'était le régime allemand nazi, comme l'acceptation par nombre d'entre eux de confier leur destin à des héritiers directs du régime des généraux, est la conséquence de choix délibérés en matière d'éducation et de recherche historique.

 

A l'instar de centaines d'historiens coréens et étrangers, Bruce Cumings n'avait ainsi pu que constater, dès l'arrivée au pouvoir du Président Lee Myung-bak en 2008, les reculs dans l'enseignement de l'histoire et la liberté de recherche historique en Corée du Sud : "après dix années vraiment nouvelles et différentes dans l'histoire de la Corée d'après-guerre, l'administration Lee essaie de revenir en arrière, et de s'opposer aux progrès énormes accomplis depuis 1997 sous Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun". Or, comme l'observait encore Bruce Cumings, "la légitimité n'est pas une chose conférée par les manuels dominants ou par la fabrication une ligne historique", en soulignant l'inefficacité de cette démarche : "les étudiants recherchent la vérité et, bien qu'ils souhaitent également être fiers de leur pays, ils méprisent profondément les autorités qui leur interdiraient d'accéder à la meilleure information et connaissance historique. Que quelqu'un tente de le faire, comme en République de Corée pendant des décennies, et les jeunes pensent que tout ce qu'ils entendent de la part des autorités est un paquet de mensonges - et là ils ne sont plus fiers de leurs dirigeants et de leur pays". 



L'enjeu de l'élection présidentielle du 19 décembre 2012 en Corée du Sud dépasse la seule question de l'alternance politique, en posant la question des libertés d'opinion et d'expression.

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 23:51
Si les élections législatives du 11 avril en Corée du Sud ont consacré la victoire des conservateurs au pouvoir du Parti Saenuri (Nouveau monde), leur courte avance (157 sièges contre 140 sièges remportés par l'opposition libérale et de gauche) laisse toutes les options ouvertes en vue de l'échéance majeure, le scrutin présidentiel du 19 décembre prochain, uninominal à un tour, pour lequel le président sortant Lee Myung-bak ne peut pas être juridiquement candidat à sa propre succession. Dans un premier temps, les primaires internes aux différentes coalitions conduiront à la désignation des candidats. Alors que les premiers adversaires de la présidente du Parti Saenuri se sont déclarés dans le camp conservateur, un des enjeux majeurs pour l'opposition démocrate et socialiste sera de surmonter ses divisions internes, qui ont été l'un des facteurs de son échec aux législatives du 11 avril dernier.

Etrange atmosphère de fin de mandat en Corée du Sud. D'un côté, la popularité du chef de l'Etat Lee Myung-bak reste dans ses basses eaux, au moment où la présidence sud-coréenne est épinglée pour avoir donné des instructions ordonnant la mise sous surveillance de 2.600 personnalités de la politique, des médias et des syndicats - ce qui a entraîné la première grève depuis 1989 de l'agence de presse Yonhap, pourtant pro-gouvernementale, contre la couverture médiatique déséquilibrée de cet énième scandale, tandis que les personnels de la chaîne de radio-télévision publique KBS, plus à droite que leurs concurrents de MBC, ont rejoint le mouvement de protestation. Par ailleurs, la révélation d'un nouveau cas de vache folle en Californie a été mal gérée par le gouvernement, qui s'est contenté d'annoncer un renforcement des contrôles sanitaires, oubliant sa promesse de mai 2008 d'enquêter sur toutes les importations de boeuf des Etats-Unis si des cas de vache folle étaient découverts outre-Atlantique. A l'époque, la décision du président Lee Myung-bak, très américanophile, d'autoriser la reprise des importations de boeuf américain avait soulevé une tempête de protestations et des manifestations d'une ampleur inégalée depuis la chute du régime militaire. Nouvellement entrée en fonctions, l'administration Lee Myung-bak avait inauguré un nouveau style de gouvernement, marqué par une vague de répressions au nom de la loi de sécurité nationale, des limitations de la liberté de manifestation et un contrôle accru d'Internet et des médias.

Candlelight.jpg
 
Malgré ces échecs, qui s'ajoutent aux promesses électorales non tenues sur le front du chômage et de la croissance économique, les conservateurs ont réussi à conserver une majorité, certes étriquée, aux élections législatives du 11 avril dernier. Mais la contradiction n'est qu'apparente : en réprimant ses opposants au nom de l'anticommunisme, l'administration Lee Myung-bak faisait coup double. D'une part, elle réduisait au silence des voix gênantes. D'autre part, forts du soutien sans faille d'une presse et de télévisions nationales qui leur sont largement acquis, s'appuyant sur le réseau dense des églises protestantes, les conservateurs pouvaient dénoncer un désordre selon eux entretenu par l'opposition et consolider leurs bases dans l'ouest du pays, plus âgé et plus conservateur. Dans ces régions plus que partout ailleurs, les principaux quotidiens nationaux de la trilogie conservatrice - le Dong-A, le Choson et le JoongAng - restent la principale source d'information. Le très autoritaire général Park Chung-hee reste populaire dans ces provinces qu'il a délibérément favorisées économiquement, pendant les années de plomb du régime militaire. A cet égard, la carte des résultats du scrutin du 11 avril est sans ambiguïté : si l'opposition a remporté pratiquement toutes les circonscriptions du Cheolla et de l'île de Jeju, qui lui sont traditionnellement acquises, et près des deux tiers de celles de Séoul et de son aire métropolitaine, l'ouest du pays a reconduit massivement ses députés conservateurs.

Dans ce contexte, la favorite des sondages et présidente du Parti Saenuri, Park Geun-hye - fille du général Park Chung-hee - a confirmé sa candidature à l'élection présidentielle du 19 décembre, immédiatement après le succès de sa formation politique aux élections législatives. Mais fuyant la confrontation, ayant plus qu'à son tour évité de se prononcer sur bien des sujets de politique intérieure et internationale, Park Geun-hye n'est pas encore désignée comme candidate du Parti Saenuri, même si les règles de désignation au sein des primaires du parti au pouvoir (où le collège électoral des membres du parti pèsera autant que celui des citoyens non encartés) lui sont a priori favorables. Après Kim Moon-soo, gouverneur de la province du Gyeonggi, un deuxième candidat à la primaire vient de se déclarer, en la personne du député Chung Mong-joon, fils du fondateur du groupe Hyundai, laquelle atteste que les pouvoirs politique et économique restent toujours aussi étroitement liés au Sud de la péninsule. Au moment où les démêlés internes à la famille qui dirige Samsung défraient la chronique à Séoul, il convient de rappeler que les fortunes des conglomérats, les chaebols, ont été bâties sur des relations de collaboration avec l'occupant japonais puis les régimes autoritaires qui se sont succédés au pouvoir, pendant plus de 40 ans, en Corée du Sud. D'autres candidatures sont attendues du côté droit de l'échiquier : Lee Jae-oh, proche de l’actuel président Lee Myung-bak, et l’ancien Premier ministre Chung Un-chan.

Dans l'opposition, la direction du Parti démocratique unifié (PDU) a présenté ses excuses pour n'avoir pas pu remporter le scrutin législatif, dont les libéraux avaient pourtant longtemps été les favoris. Tirant les leçons de son échec, la présidente du PDU, Han Myeong-suk, a démissionné. Candidat le mieux placé parmi les membres du PDU dans les sondages d'opinion, Moon Jae-in a renforcé ses positions en remportant la circonscription de Sasang, à  Busan, avec une nette avance (55 %, contre 43,8 % à sa principale adversaire, une novice de 27 ans du Parti Saenuri, Son Soo-jo). Une incertitude pèse sur la participation ou non du candidat actuellement le mieux placé pour s'opposer à Mme Park Geun-hye, l'entrepreneur en informatique Ahn Cheol-su, très populaire auprès des jeunes mais peu prolixe sur des sujets comme l'application de l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis, ratifié par le Parlement dans des conditions pour le moins discutables, ou la construction de la base navale de Jeju. Le président par intérim du PDU, M. Moon Sung-keun, a invité Ahn Cheol-su à participer à la primaire de l'opposition. En effet, si Ahn Cheol-su confirmait sa candidature, mais comme indépendant, il diviserait les voix des opposants à Park Geun-hye dans le scrutin présidentiel à un seul tour, ce qui atténuerait grandement les chances des démocrates de fermer la parenthèse conservatrice ouverte en 2007.

Le PDU, comme ses alliés de gauche du Parti progressiste unifié (13 sièges aux législatives), s'opposent à la politique nord-coréenne des conservateurs au pouvoir à Séoul et préconisent également de renforcer la protection sociale des travailleurs. Un autre enjeu a été révélé par la flambée d'attaques racistes ayant suivi l'élection, pour la première fois, d'une députée d'origine étrangère (en l'occurrence, philippine), Mme Jasmine Lee, dans les rangs du Parti Saenuri. Ces attaques ont montré la nécessité, pour la société sud-coréenne, d'assume son multiculturalisme. Dans ce combat, la gauche a souvent été très isolée dans son soutien courageux aux travailleurs précaires venus du sous-continent indien, ainsi que dans l'intégration des épouses philippines, ou originaires du Sud-Est asiatique, de conjoints coréens.

Sources : AAFC, wikipédia (article en anglais consacré aux élections du 11 avril), Yonhap (notamment, dépêche du 29 avril 2012 "Le député Chung annonce sa candidature à l'élection présidentielle", article du 17 avril 2012 "Ahn est prié de dévoiler ses ambitions présidentielles").
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 00:17

Depuis le retour des conservateurs au pouvoir à Séoul fin 2007, la loi de sécurité nationale a été utilisée de manière extensive pour réprimer la liberté d'expression. Elle a aussi brisé les vies de centaines de Sud-Coréens innocents : dans un article intitulé "Séoul intensifie les pressions sur les militants de gauche. Le gouvernement s'appuie sur une loi de 1948, utilisée par les dictatures militaires", le journaliste du Monde Philippe Pons a livré le récit de Kim Myung-soo, un universitaire sud-coréen jeté de l'université et privé d'accès à l'emploi, pour le seul crime d'avoir proposé à la vente sur Internet des ouvrages jugés subversifs. Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne appelle à l'abrogation de la loi de sécurité nationale, une loi antidémocratique de plus en plus utilisée par un gouvernement aux abois pour se maintenir au pouvoir - à l'approche d'échéances électorales majeures en 2012, les élections législatives du 11 avril et l'élection présidentielle du 19 décembre.

 

kim_myung_soo.jpgInstituée en 1948 par le régime autoritaire de Syngman Rhee officiellement pour lutter contre les idées communistes, en réalité pour réprimer toute opinion contestataire, la loi de sécurité nationale (LSN) sud-coréenne a retrouvé une nouvelle vigueur dès 2007, sous l'impulsion des services de sécurité rendus plus audacieux par la perspective du retour au pouvoir des conservateurs - dont le principal candidat, Lee Myung-bak, a effectivement été élu à la magistrature suprême en décembre 2007. Comme l'a déclaré une victime de la LSN, Kim Myung-soo, (photo à gauche, source Los Angeles Times) : "jusque-là, la loi sur la sécurité nationale était peu appliquée. Mais sentant le retour probable des conservateurs, les services de sécurité avaient repris du poil de la bête".

 

Selon un décompte établi par la politologue américaine Christine Ahn, du Korea Policy Institute, reprenant des statistiques gouvernementales, le nombre de cas de personnes enfreignant la loi de sécurité nationale n'a cessé d'augmenter, de 39 en 2007 à 151 en 2010 et 114 pour les neuf premiers mois de l'année 2011. Cinq personnes furent poursuivies en justice pour activités « pro-Nord » en 2008, et 82 en 2010. Enfin, en 2011, le gouvernement sud-coréen a effacé 67 300 messages considérés comme pro-Nord postés sur Internet. Dans leur traque frénétique de toute activité jugée subversive, les services de sécurité sud-coréens n'ont reculé devant aucun excès - pour preuve, l'interdiction en Corée du Sud, en 2011, du site Internet de l'agence de voyages britannique basée à Pékin Koryo Tours, spécialisée dans les voyages en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et dont le crime était d'avoir reproduit des documents nord-coréens. Si Koryo Tours a finalement pu négocier son retour sur les écrans Internet sud-coréens, le message était clair : pour les conservateurs au pouvoir à Séoul, parler de la Corée du Nord en reproduisant des documents du Nord est un crime en Corée du Sud. La seule expression autorisée sur la Corée du Nord tend ainsi à devenir celle, filtrée et triée, de médias acquis à plus de 80 % aux conservateurs, dans la plus pure tradition autoritaire des généraux qui ont tenu le haut du pavé à Séoul jusqu'en 1993.

 

Ayant protesté depuis plus de 60 ans contre la loi de sécurité nationale, Amnesty International a dénoncé une loi "moins utilisée pour contrer des menaces pesant sur la sécurité nationale que pour intimider les gens et limiter la liberté d'expression".

 

La LSN sert ainsi toujours à briser les vies de centaines de Sud-Coréens. Le cas de Kim Myung-soo est exemplaire : en mai 2007, cet éditeur a été inculpé pendant trois semaines pour avoir proposé à la vente, sur Internet, des ouvrages jugés subversifs : Etoile rouge sur la Chine, d'Edgar Snow, des histoires des révolutions française de 1789 et russe de 1917, ou encore une biographie de Karl Marx.

 

Le but des services de sécurité sud-coréens n'était pas d'interdire la lecture de ces ouvrages, disponibles dans les grandes librairies et les principales bibliothèques de Séoul selon Kim Myung-soo, mais bien de faire taire une voix dérangeante. Depuis cinq ans, ce dernier a dû interrompre son doctorat en littérature consacré à un poète contestataire célèbre au lendemain de la Libération en 1945, et comme tout opposant marqué au fer rouge de la LSN il est exclu du marché du travail : un "rouge" ne peut pas devenir fonctionnaire, et est également considéré comme un indésirable dans les entreprises. La seule possibilité est de devenir travailleur indépendant, d'enchaîner les emplois précaires... ou de devenir permanent d'un parti, d'un syndicat ou de toute autre organisation sociale et politique de gauche.

 

Dans ce contexte, peu importe que les accusations tombent, ou non, les unes après les autres : relâché sous caution, Kim Myung-soo a été jugé non coupable en première instance en 2011, avant le jugement en appel prévu en ce début d'année. En effet, l'objectif est d'entretenir une culture de l'arbitraire vis-à-vis des sympathisants de gauche, en leur faisant subir les conséquences d'une mise au ban de la société par l'infâmie qu'emporte le principe même de poursuites judiciaires, dans une société de culture confucéenne où la victime n'est jamais totalement innocente des malheurs qui l'accablent.

 

L'arbitraire de la LSN est ainsi utilisé avec opportunisme par les gouvernements conservateurs sud-coréens. Comme l'observe Lee Kwang-cheol, avocat d'une autre victime de la LSN, le photographe Park Jong-geun, "son application dépend de la couleur politique du gouvernement (...). Aujourd'hui, nous sommes dans une phase d'extension de son application : la police a des tonnes de dossiers sur des dizaines de milliers de sympathisants de gauche et lorsqu'elle en a besoin, elle les sort pour les inculper".

 

La victoire des démocrates - qui n'auront jamais si bien mérité leur nom - aux élections législatives du 11 avril 2012 apparaît ainsi comme la meilleure garantie pour que cesse l'arbitraire de la LSN en Corée du Sud.

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 23:07

Les élections législatives sud-coréennes du 11 avril 2012 pourraient voir le succès du Parti démocratique unifié (PDU, centre-gauche), qui devance de 2 à 7 % dans les sondages les conservateurs, au pouvoir, du parti Nouveau monde (ex-Grand parti national) - avant l'élection majeure du 19 décembre 2012, le scrutin présidentiel auquel le président sortant Lee Myung-bak ne peut pas être candidat à sa propre succession. Une majorité démocrate permettrait de renouer avec la politique d'ouverture au Nord des présidents démocrates Kim Dae-jung (1998-2003) et Roh Moo-hyun (2003-2008), à laquelle les conservateurs ont tourné le dos en menant les relations intercoréennes au bord du gouffre. Actuelle présidente du PDU, Mme Han Myeong-suk, qui a été Premier ministre de Roh Moo-hyun, a annoncé sa volonté de renouer avec une politique d'engagement vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).
   
600px-Han_Myeong_Sook_2006.png

Pour la présidente du PDU Mme Han Myeong-suk, la politique intercoréenne du président Lee Myung-bak a eu un impact très négatif sur les relations Nord-Sud : "en observant la politique du gouvernement sur la Corée du Nord, nous craignons d'avancer dans un tunnel tellement sombre que nous n'en voyons pas la sortie".

Constituant la principale force d'opposition au Parlement sud-coréen, dont les 299 sièges seront renouvelés le 11 avril prochain, les démocrates plaident pour de nouveaux objectifs des relations intercoréennes : un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953 - pour lequel milite également l'Association d'amitié franco-coréenne - l'établissement de relations diplomatiques entre la RPD de Corée, d'une part, les Etats-Unis et le Japon, d'autre part ; enfin, la promotion de la prospérité dans la péninsule par le développement des coopérations économiques Nord-Sud.

Le PDU plaide également pour des rencontres régulières au niveau des Premiers ministres, conformément à la déclaration conjointe du 15 juin 2000, l'établissement de relations interparlementaires et la reprise des échanges humanitaires.

Source : The Korea Times.

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