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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 12:38

Le 9 avril 2018 le Bureau politique du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC) s'est réuni sous la direction de Kim Jong-un, Président du PTC, Président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Il s'agissait d'une réunion incluant les membres suppléants du Bureau politique, et élargie aux vices-Premiers ministres en tant qu'observateurs. Si la dépêche de l'agence nord-coréenne KCNA rendant compte de cette réunion a tout d'abord mis en avant les aspects budgétaires (avec des rapports sur l'exécution budgétaire et la préparation de la prochaine loi de finances qui sera soumise à l'Assemblée populaire suprême lors de sa traditionnelle session d'avril), le moment majeur de la réunion a été le rapport présenté par le Président Kim Jong-un "sur les récents développements de la situation dans la péninsule coréenne", comme l'a précisé KCNA.

Réunion du bureau politique élargi du Parti du travail de Corée

Alors que le président américain Donald Trump a réaffirmé qu'il envisageait une réunion avec le Président Kim Jong-un "en mai ou début juin", une première réunion opérationnelle Nord-Sud s'est tenue le 5 avril (sur la sécurité, les questions protocolaires et la couverture médiatique) pour préparer le sommet du 27 avril, avant de nouvelles réunions de travail entre les deux parties. Dans ce contexte, le compte rendu par KCNA de la réunion du Bureau politique du PTC du 9 avril 2018 a donné lieu à une mention explicite du sommet du 27 avril, ainsi que de la rencontre à venir avec le président des Etats-Unis, échanges présentés toutefois comme relevant de la "perspective" d'un "dialogue", sans employer à ce stade le terme de "sommet", ni détailler le contenu des discussions :

Lors de la réunion Kim Jong-un a présenté un rapport sur les récents développements de la situation dans la péninsule coréenne.

Dans son rapport, le Dirigeant Suprême a fait référence à la réunion et aux discussions dans le cadre d'un sommet nord-sud devant se tenir à la "Maison de la Paix" dans la partie sud de la zone de Panmunjom le 27 avril. Il a fait une analyse détaillée et soumis à approbation l'orientation sur le développement actuel des relations nord-sud et la perspective d'un dialogue entre la RPDC et les Etats-Unis. Il a clarifié les questions stratégiques et tactiques de la ligne à suivre par la PTC, y compris la future politique de relations internationales et l'orientation correspondante.

Si le troisième sommet intercoréen aura lieu dans la zone démilitarisée, le fait que ce soit dans la partie sud de cette zone est un symbole à relever : pour la première fois un sommet intercoréen ne se tiendra pas au nord de la péninsule.

En ce qui concerne les relations bilatérales avec Washington, l'annonce reste prudente à ce stade : le dialogue avec les Etats-Unis, en cours, est en effet la condition préalable à un sommet, dont il reste encore à déterminer le jour, le lieu et le contenu. Le Président Kim Jong-un n'a pas encore parlé de dénucléarisation de la RPDC, ni des nécessaires contreparties en termes de sécurité qui résulteraient d'un tel choix.

Dans ce contexte, le bureau politique du PTC a pris des décisions de court terme (les questions "tactiques" évoquées dans la dépêche de KCNA), et des décisions "stratégiques", à plus long terme. En cas d'accord, il en résulterait l'ouverture d'un nouveau cycle de détente dans les relations internationales et la politique que conduirait alors le PTC.

La situation présente implique enfin des cadres dirigeants du PTC et aux unités du pays d'être pleinement à la hauteur de la tâche qui leur incombe, notamment pour le renforcement de l'économie nationale, comme l'a souligné le Président Kim Jong-un dans son rapport. Ainsi que l'a précisé KCNA,

Il a alors souligné en détail le travail récent des membres du Bureau politique du Comité central du PTC et mis en exergue le besoin pour eux de prendre pleinement leurs responsabilités à la hauteur de leur rôle comme membres dirigeants de la révolution.

Il a appelé tous les secteurs et toutes les unités de l'Etat à brandir constamment la bannière révolutionnaire de l'autodétermination et à accomplir avec succès les tâches pour cette année, la troisième dans la mise en oeuvre de la stratégie quinquennale pour le développement économique de la nation, en mobilisant pleinement les forces technologiques et le potentiel économique, afin d'accomplir une avancée décisive dans la revitalisation globale de l'économie.

Source : KCNA.

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6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 12:47

Le 31 mars 2018, à l'issue des travaux de l'assemblée générale de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), Jean-Marie Sablé a prononcé une conférence sur la politique de Songun, au nom du comité d'études des sciences politiques et sociales de la Corée, constitué au sein de l'AAFC le 15 décembre 2017. Après un exposé liminaire, les questions-réponses avec la salle ont été enrichies par les éclairages apportés par S.E. Kim Yong-il, délégué général de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) auprès de la République française, ambassadeur de la RPDC auprès de l'UNESCO. Nous reproduisons ci-après le texte intégral de l'exposé de Jean-Marie Sablé.

Qu’est-ce que la politique de Songun ?

Qu’est-ce que la politique de Songun ?

 par Jean-Marie SABLÉ


La République populaire démocratique de Corée (RPDC) est certes un pays relativement connu, si l’on en croit l’attention que lui portent les médias, mais cette attention est inversement proportionnelle à la capacité à analyser la philosophie politique de ce pays. Les analyses se limitent à parler de communisme ou de stalinisme, ce qui reste extrêmement limité et, certainement réducteur. Le journalisme a peut-être vocation à rapporter des faits, mais de là à faire de la science politique sérieuse, on ne peut qu’avouer son scepticisme. Il faut parler de philosophie politique, car plusieurs articles de la Constitution nord-coréenne mentionnent ces idées qui guident la RPDC. L’article 3 de la Constitution de 1972 affirme, dans sa version modifiée en 2009, que « la République populaire démocratique de Corée se guide dans ses activités sur les idées du Juche, les idées du Songun ». Il existe donc une philosophie politique officielle en RPDC en raison de ces principes et axiomes que l’on retrouve dans sa norme suprême, même si nous ne sommes pas dans le registre de la philosophie ou un principe métaphysique puisque ces principes et axiomes ont des aspects et des finalités pratiques

 

La politique de Songun ou l'armée d'abord : une adaptation du socialisme à la coréenne

 

Outre les références constitutionnelles au Songun (art. 3 préc, mais également art. 59[1] et 109[2]), il existe plusieurs discours officiels à faire usage de ce terme. Songeons notamment à deux récents discours de Kim Jong-Un prononcés en 2012, dont l’un date précisément du 15 avril 2012 et qui a pour intitulé : « Luttons ferme pour la victoire finale en portant encore plus haut l’étendard du Songun »[3]. Il a été justement prononcé à l’occasion de la naissance du Président Kim Il-Sung. Les dirigeants nord-coréens assument donc clairement cette expression, laquelle fait donc partie d’une doctrine officielle.

 

Il faut bien tenter une définition, aussi imparfaite soit-elle. De façon sommaire, le Songun désigne cette priorité donnée aux affaires militaires dans la politique de la RPDC. À ce titre, étymologiquement, en coréen, seon gun signifiee « l’armée d’abord ».

 

Il existe quelques définitions, dont l’une issue du site internet Naenara : « en un mot, elles consistent à accorder une priorité absolue à l’accroissement du potentiel militaire du pays comme l’exige le principe de la primauté des affaires militaires et à faire de l’armée révolutionnaire la force principale, le pilier de la révolution pour faire avancer l’œuvre socialiste. » Ce même site internet donne une autre définition, un peu plus récente, mais toujours centrée sur la notion de priorité donnée aux affaires militaires : « la politique de Songun est un mode de gouvernement socialiste fondamental consistant à donner la priorité à l’aspect militaire dans les affaires de l’État et à prendre l’Armée populaire pour élite et force principale pour renforcer la force motrice de la révolution et faire progresser victorieusement l’œuvre socialiste. C’est un mode de gouvernement à la manière de Kim Jong Il. »[4].On pourra donc retenir trois aspects de cette doctrine :

 

  • Elle a avant tout un caractère pratique, puisque on parle de « mode de gouvernement » ; c’est d’ailleurs pour cette raison que l’on parle de « politique de Songun » : doctrine et politique, c’est tout un dans le Songun ;

 

  • Elle donne un rôle central à l’armée (elle est même qualifiée d’« élite ») ;

 

  • Enfin, cette doctrine a aussi une finalité : elle vise à renforcer la révolution et de faire progresser l’œuvre socialiste. Cette doctrine a aussi un caractère fonctionnel : ce n’est pas une fin en soi. Le même site parle aussi de « l’édification d’une puissance socialiste prospère ». On notera que cette définition reprend un entretien de KIM Jong Il qui, déjà, en 2003 parlait de « force principale » et décrivait l’armée comme étant l’élite.

 

Sans difficultés, pour privilégier l’élément le plus consensuel, on retiendra au moins l’idée d’une priorité donnée aux affaires militaires. Cette priorité ayant des aspects concrets, tant au niveau de la politique que de la symbolique ou de la sémantique.
 

 

Une réponse à la crise des années 1990
 

Il est donc question d’une priorité donnée aux affaires militaires. Or on ne peut comprendre cette priorité sans justement prendre en compte le nouveau contexte des années 1990, marqué par la Chute du Mur de Berlin, la disparition des démocraties populaires dans le Bloc de l’Est, puis par la fin de l’URSS. Tous ces événements vont avoir des conséquences profondes sur la RPDC. Malgré une spécificité idéologique, caractérisée notamment par le Juche[5], la RPDC a fait les mêmes choix économiques que les démocraties populaires : rôle de l’industrie lourde, planification, etc. Une décision aura une conséquence direct : la remise en cause par Gorbatchev des accords commerciaux avec la RPDC fondés sur le troc. Jusqu’au début des années 1990, la RPDC recevait, en effet, de l’URSS des « intrants », comme les engrais, le matériel agricole ou le carburant. À la demande des américains – dont on devine l’intérêt à isoler la RPDC en fragilisant son régime politique et son économie -, cet approvisionnement s’arrête, au sens littéral, du jour au lendemain.

 

Le résultat est que la RPDC va subir des privations. En effet, son agriculture ne peut nourrir de façon satisfaisante la population dans la mesure où la priorité avait été donnée à l’industrie lourde. Or ce robinet est coupé avec les conséquences que l’on peut imaginer. C’est la « dure marche », dont l’existence n’est pas niée dans les écrits officiels nord-coréens. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’y a jamais eu de voile pudique sur ces affaires.

 

Dans ce contexte, marqué notamment par la prédominance du Parti du travail de Corée (PTC), la cohésion devient une affaire délicate. Dans la vie administrative et quotidienne, le PTC ne peut concourir, à lui seul, à la marche des affaires courantes. Pour cela, on comprendra aisément pourquoi l’armée jouera un rôle supplémentaire. Après tout, même dans les pays occidentaux, l’armée peut intervenir en matière de catastrophes naturelles[6]. Elle bénéficie de capacités logistiques facilement mobilisables.

 

Mais l’armée permet aussi au pays de défendre son indépendance dans un contexte d’effondrement du bloc soviétique. (Au passage, c’est au cours de cette même période que la question du nucléaire militaire nord-coréen est mise sur le tapis et que Washington entame un bras de fer avec Pyongyang pour éviter que la RPDC se dote de cette arme.) En tout état de cause, il faut préserver l’indépendance du pays quitte à recourir à une rhétorique et même à une imagerie faisant davantage appel aux démonstrations militaires.

 

Outre des conséquences pratiques et militaires, on comprend l’insuffisance du Juche à répondre adéquatement au nouveau contexte. Au fond, le Juche ne peut se comprendre que dans un cadre où la RPDC doit affirmer sa spécificité par rapport aux non-alignés et aux démocraties populaires. La RPDC doit ainsi prendre ses distances par rapport au communisme, du moins tel qu’il est professé en URSS, mais aussi en Chine populaire. La différenciation idéologique doit permettre une affirmation de son indépendance. Cependant, il ne s’agit pas d’un contexte d’isolement à proprement parler. Or, dans les années 1990, ce contexte est différent. On comprend mieux la nécessité d’un approfondissement de la doctrine officielle. Certes, le Juche affirme bien l’autonomie, mais il faut approfondir ce qui permet cette autonomie en développant ainsi son aspect militaire.

 

Ce constat pourrait constituer une objection, mais, en soi, toute doctrine est par définition contextualisée ; cela n’a rien de péjoratif. Les idées, les concepts s’insèrent toujours dans des contextes donnés. La doctrine officielle nucléaire française, par exemple, ne peut se comprendre sans la prise en compte d’un pays qui a connu deux guerres et qui a réussi à être dans le camp des vainqueurs de 1945.

 

 

L'existence précède l'essence

 

La conceptualisation donnée aux affaires militaires est donc la caractéristique du Songun. Il y eut la chose avant qu’apparaisse le mot. La première référence officielle daterait de juillet 1997 d’après un auteur anglo-saxon écrivant dans une revue sud-coréenne. Le terme se répandra au cours des années 1990 avec la fortune qu’on lui connaît. Il faut attendre l’entretien de Kim Jong-Il du 29 janvier 2003[7]. Cette prise en compte du Songun, au niveau suprême, doit être notée. La consécration constitutionnelle n’est plus très loin puisqu’en 2009, la Constitution est révisée : le terme « Songun » apparaît alors dans trois articles de la norme fondamentale.

 

Certes, il faut trouver une assise au Songun : on ne peut se fonder officiellement sur les seules circonstances de la « dure marche ». Elles sont la cause directe, mais elles ne constituent pas un événement idéal et, surtout, elles sont à proximité immédiate des années 2000. Il faut, pour cela, s’appuyer sur un événement plus éloigné : l’inspection le 25 juillet 1960 par Kim Jong-Il de la 105ème division de chars. Cette unité avait pris, au cours de la Guerre de Corée, la ville de Séoul. Cet événement n’est pas relaté dans la biographie officielle de Kim Jong-Il de 2005[8]. On pourrait ironiser sur l’existence d’une reconstitution rétroactive.

 

Certes, on affirme que le Songun provient du Juche et qu’il faut remonter à Kim Il-Sung, mais si l’on examine les démocraties modernes, le choix des dates est tout aussi postérieur à l’événement lui-même, donc nécessairement sélectif. Ainsi, en France, ce n’est que tardivement que le 14 juillet est devenu la fête nationale, et ce non sans hésitations et débats, comme le prouvèrent les débats dans les débuts de la IIIe République. Après tout, la mémoire n’est pas l’histoire. D’autres exemples pourraient être invoqués à l’appui de ce constat empirique.

 

De même, on pourrait ironiser sur le fait que le Songun soit rattaché à Kim Il-Sung au point de le faire apparaître au cours des années 1930, mais, si l’on examine les discours officiels, on comprend que c’est clairement à l’action de Kim Jong-Il que ce concept est redevable. Certes, on parle bien d’« œuvre révolutionnaire Songun inaugurée par Kim Il-Sung sur la base des idées du Juche », mais l’expression « inaugurée » est en soi assez large[9]. Ainsi, le 6 avril 2012, Kim Jong-Un déclare que Kim Jong-Il « a développé en profondeur l’idée du Président Kim Il-Sung de privilégier les armes pour en tirer les idées révolutionnaires du Songun, la théorie de la politique de Songun… »[10]. Très clairement, l’apport de Kim Jong-Il est souligné, et l’on ne tombe pas non dans la fiction d’un Songun existant originellement. La doctrine est bien rattachée à Kim Jong-Il, à son mode de gouvernement. Parler de poursuite ou d’approfondissement signifie clairement que l’on se rattache précisément à l’un des leaders de la RPDC. Certes, dans le domaine des idées politiques, il n’y a pas de création. En soi, rien ne crée, rien ne se perd.

 

Enfin, les autres principes et objectifs ne sont pas évacués. Le Songun est clairement une doctrine « insérée », au service d’autres objectifs. Ainsi, l’Armée populaire a vocation « à défendre efficacement par la force des armes la cause du Parti en troupe d’éclaireurs »[11] (p. 9). Non seulement, ce n’est pas un objectif exclusif, mais ce n’est pas une militarisation à proprement parler du régime : l’armée, la force militaire reste un moyen au service d’une fin. Le Parti du travail de Corée n’a pas été oublié, ni délaissé : l’armée lui reste soumis. Dans ce même discours, on remarque également clairement que le Juche s’applique aussi à l’armée : « l’Armée populaire doit appliquer strictement les idées et la ligne militaire Juche de notre Parti dans ses affaires militaires et politiques »[12]. Le Songun n’est donc pas une doctrine ayant un monopole exclusif d’inspiration dans les affaires militaires.

 

 

[1] « les forces armées de la République populaire démocratique de Corée ont pour mission d'appliquer la ligne de la révolution fondée sur le Songun, pour protéger la Direction de la révolution, défendre les intérêts du peuple travailleur et sauvegarder le régime socialiste et les acquis de la révolution ainsi que la liberté, l'indépendance et la paix de la patrie contre toute agression étrangère. »

[2] Cet article fait apparaître le concept de Songun de manière plus incidente en décrivant les attributions du Comité de la défense nationale. En effet, ce dernier « a le devoir et le pouvoir de (…) définir les points importants de la politique d'État visant à l'application de la ligne de la révolution fondée sur le Songun. »

[3] Éditions Démocrite, Paris, 1er janvier 2013. L’autre discours, prononcé le 6 avril 2012, a pour intitulé : « Menons à un brillant achèvement l’œuvre révolutionnaire Juche en honorant le grand camarade Kim Jong Il comme secrétaire général éternel de notre parti », éditions Démocrite, Paris, février 2013.

[4] http://naenara.com.kp/fr/news/?1+7824.

[5] Kim Il-Sung avait ainsi déclaré le 10 janvier 1972 : « la révolution ne peut être ni exportée ni importée. Les étrangers ne peuvent faire chez nous la révolution à notre place », in Les idées du Juche et la lutte du peuple coréen pour leur application, Éditions en langue étrangère, 2012, p. 81.

[6] Il est clair que l’Armée populaire a été sollicitée dans épisodes particulièrement critiques de catastrophes naturelles, comme ce fut le cas lors de l’inondation de 1995 : cf. Kim Chol-U, La politique de Kim Jong-Il : le Songun, Éditions en langues étrangères, 2008, p. 14.

[7] Kim Jong-Il, « Le Songun est une éminente ligne révolutionnaire de notre époque et la bannière de l’invincibilité de notre révolution », entretien avec les responsables du Comité central du Parti du travail de Corée, 29 janvier 2003, éditions Démocrite, octobre 2009.

[8] Biographie de Kim Jong Il, vol. 1, Éditions en Langues Étrangères, 2005, p. 72-75. Dans cette biographie officielle, on passe ainsi du 15 juillet 1960 (date où Kim Jong-Il termine ses études secondaires) au 1er septembre 1960 (date où Kim Jong-Il s’inscrit à la section d’économie politique de la faculté d’économie). Il n’y pas de référence à la visite de la 105ème division de chars datée du 25 août 1960.

[9] On peut toujours inaugurer ce qui n’est pas encore construit, si l’on examine, par exemple, les inaugurations officielles dans les différents pays…

[10] Kim Jong-Il, op. cit., p. 7.

[11] Kim Jong-Il, « Luttons ferme pour la victoire finale en portant encore plus haut l’étendard du Songun », éditions Démocrite, Paris, 1er janvier 2013, p. 9.

[12] Ibid., p. 10.

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1 janvier 2018 1 01 /01 /janvier /2018 11:47

Dans son traditionnel discours de Nouvel An, le Président Kim Jong-un a mis l'accent sur la nécessité de poursuivre l'édification d'une nation "puissante et prospère" en 2018. Alors que l'année 2017 a marqué la pleine accessibilité de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) au rang de puissance nucléaire, dotée d'une force de dissuasion opérationnelle, il a souligné que cette arme avait un caractère défensif et que la RPDC était toujours ouverte à la paix et au dialogue. Si une part importante de son discours a été consacrée au développement économique et social du pays, la partie la plus commentée à l'étranger a concerné son souhait que les Jeux olympiques d'hiver qui se dérouleront à Pyeongchang, en République de Corée (Corée du Sud) du 9 au 25 février 2018, soient un succès, en réitérant son appel au dialogue intercoréen. Ce message a été salué à Séoul, alors que le Président Moon Jae-in avait exprimé la volonté que la trêve olympique ne soit pas marquée par les habituelles manœuvres militaires américano-sud-coréennes.

Discours de Nouvel An : Kim Jong-un délivre un message pour la paix, le dialogue et la prospérité

La dissuasion nucléaire : une réalité qui empêche désormais une attaque américaine

S'il ne s'agit pas de la partie la plus longue du discours du Président Kim Jong-un, elle ouvre son discours de Nouvel An : disposant désormais d'une bombe thermonucléaire (bombe H) et ayant procédé à différents lancements de missile pouvant être les vecteurs de têtes nucléaires en 2017, la RPD de Corée dispose à présent d'une force de dissuasion nucléaire "puissante et fiable", qu' "aucune force ne pourra renverser".

Dans une formule qui rappelle que les déclarations du Président américain Donald Trump (qui n'a pas été nommé) s'attaquaient à lui ad hominem, Kim Jong-un a observé que, désormais, les Etats-Unis ne pouvaient plus "mener une guerre contre moi ou mon pays", et que désormais "tout le territoire américain était à la portée de notre frappe nucléaire" :

Le bouton nucléaire est toujours sur mon bureau, et il s'agit d'une réalité, pas d'une menace.

Plus loin dans son discours, le Président Kim Jong-un, tout en rappelant la portée du principe de dissuasion nucléaire quant à la non-utilisation des armes nucléaires, a souligné que la Corée du Nord était un pays attaché à la paix et constituait une puissance nucléaire responsable, ne fermant ainsi pas la porte au dialogue avec les Etats-Unis dès lors qu'il s'agirait de garantir la paix dans la péninsule coréenne et en Asie du Nord-Est. Selon l'agence de presse nord-coréenne KCNA,

Il a déclaré que la RPDC, en tant que pays aimant la paix et puissance nucléaire responsable, n'utiliserait pas ses armes nucléaires si les forces d'agression hostiles n'empiétaient pas sur notre souveraineté et les intérêts de notre Etat, et ne posaient pas de menace nucléaire contre aucun pays ou région.

Mais il a souligné que nous agirions résolument contre n'importe quel acte menaçant la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne.

Poursuivre le développement économique et social du pays

Comme les années précédentes, la plus grande partie du discours a été consacrée à la construction d'un "pays socialiste puissant" par la poursuite et l'accélération de l'effort de développement économique et d'élévation du niveau de vie de la population, en cohérence avec la stratégie économique quinquennale de développement national (définie en 2016 pour la période 2016-2020, dans la foulée du 7e congrès du Parti du travail de Corée de mai 2016) - et sans faire référence aux sanctions internationales sans précédent qui frappent désormais le pays qui doit donc, plus que jamais, compter sur ses propres forces :

- la première référence dans le domaine économique a porté sur la production d'électricité, rappelant ainsi que la production d'énergie étant l'un des prérequis pour accélérer la croissance économique ;
- l'accent a été mis sur les "innovations" nécessaires dans les secteurs de base que sont la production de charbon et de fer et le transport ferroviaire ;
- de grands projets d'aménagement et/ou de construction ont été désignés comme prioritaires pour l'année 2018 (la zone touristique côtière de Kalma à Wonsan, la rénovation de Samjiyon, la centrale de Tanchon et la seconde phase du projet de voie navigable dans la province de Hwanghae du Sud) ;
- dans le domaine environnemental, une mention particulière a été faite de la reforestation, qui permet notamment d'endiguer les effets des inondations sur les récoltes, alors que la RPD de Corée lutte toujours pour atteindre à nouveau l'autosuffisance alimentaire bien que les terres arables ne couvrent qu'un sixième de son territoire.

Deux événements majeurs en 2018 : la célébration du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée et les Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang

Parmi les événements majeurs qui doivent marquer l'année 2018 ont été mentionnés la commémoration du soixante-dixième anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, le 9 septembre 1948, ainsi que les Jeux olympiques d'hiver, au Sud de la péninsule.

Cette dernière mention s'inscrit dans le cadre plus général de l'appel à faire "fondre" la glace qui s'est instaurée dans les relations Nord-Sud. De fait, tous les projets intercoréens mis en place pendant la décennie du "rayon de soleil" ont été gelés ou abandonnés depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul en 2008, avant que la destitution de la Présidente Park Geun-hye et l'élection du démocrate Moon Jae-in, en mai 2017, n'ouvre de nouvelles perspectives de reprise du dialogue et des échanges Nord-Sud.

Si le résumé de l'intervention du dirigeant nord-coréen sur les sites du pays ne détaillait pas la participation attendue des Nord-Coréens aux Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang (auxquels se sont qualifiés les patineurs nord-coréens Ryom Tae-ok et Kim Ju-sik), les autorités et les médias de la République de Corée, ayant suivi son intervention télévisée, en ont précisé les modalités :

Les JO d'hiver qui auront lieu en Corée du Sud seront une bonne occasion pour la nation. Nous souhaitons sincèrement que les JO d'hiver connaissent un succès (...) Nous sommes prêts à prendre diverses mesures, notamment envoyer la délégation. A cette fin, les deux Corées peuvent se rencontrer immédiatement.

Le porte-parole de la présidence sud-coréenne (Cheong Wa Dae), Park Soo-hyun, a immédiatement accueilli favorablement cette ouverture :

(Cheong Wa Dae) accueille chaleureusement la proposition de rencontre intercoréenne concernant la participation du Nord aux JO de PyeongChang, soulevant la nécessité d'améliorer les relations des deux Corées (...) Si les Jeux olympiques de PyeongChang sont organisés avec succès, ils contribueront à la paix non seulement sur la péninsule coréenne mais aussi en Asie du Nord-Est et dans le monde.

Yonhap

Tout en saluant le message de paix, d'ouverture et de dialogue contenu dans le discours de Nouvel An du Président Kim Jong-un, et en réaffirmant sa volonté de continuer à contribuer au développement des échanges économiques, culturels et scientifiques avec les hommes et les femmes coréens - de toute la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne présente ses meilleurs vœux pour 2018, en espérant qu'ils soient placés sous le sceau de la paix et de la réconciliation dans la péninsule coréenne. Il importe à présent que la rencontre intercoréenne envisagée à l'occasion des Jeux de Pyeonchang puisse avoir lieu, et qu'un coup d'arrêt soit mis au cycle sans fin des tensions et des sanctions - la suspension des manœuvres militaires américano-sud-coréennes prévues pendant les Jeux de Pyeongchang constituant une première étape sur cette voie.

Source principale : KCNA (les citations ont été traduites par nos soins de l'anglais depuis cette source, sauf en cas de reprise directe de citations en français d'autres sites Internet).

Lire l'intégralité du discours, dans sa traduction française officielle, sur le site Naenara.

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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 20:48

Le 8 octobre 1997, les médias nord-coréens publiaient une "information spéciale" : le Comité central du Parti du travail de Corée (PTC) et la Commission militaire centrale du PTC avaient proclamé l'élection du Dirigeant Kim Jong-il aux fonctions de Secrétaire Général du Parti. Vingt ans plus tard, alors que se tenait une session du Comité central la veille du jour anniversaire, des cérémonies commémoratives ont eu lieu dans tout le pays. Nous reproduisons ci-après des photos des célébrations publiées par le site russe Sputnik.

La Corée du Nord a célébré le 20e anniversaire de l'élection de Kim Jong-il comme Secrétaire Général du Parti du travail de Corée
La Corée du Nord a célébré le 20e anniversaire de l'élection de Kim Jong-il comme Secrétaire Général du Parti du travail de Corée
La Corée du Nord a célébré le 20e anniversaire de l'élection de Kim Jong-il comme Secrétaire Général du Parti du travail de Corée
La Corée du Nord a célébré le 20e anniversaire de l'élection de Kim Jong-il comme Secrétaire Général du Parti du travail de Corée
La Corée du Nord a célébré le 20e anniversaire de l'élection de Kim Jong-il comme Secrétaire Général du Parti du travail de Corée

Source : 

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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 10:49

Le 7 octobre 2017, quelques jours avant l'anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée (PTC) le 10 octobre 1945, s'est tenue la seconde session plénière du Comité central du PTC - la première session ayant été organisée dans la foulée du septième congrès du PTC, en mai 2016. Tout en réaffirmant l'objectif de développement simultané de l'économie et de la défense nationale (ligne byeongjin, toutefois présentée comme une simple adaptation des idées du Juche au contexte actuel), défini lors du septième congrès, les membres du Comité central ont pris en compte la situation nouvelle créée par les progrès accomplis en matière de dissuasion nucléaire ainsi que la politique de plus en plus hostile de l'administration américaine ayant conduit, nonobstant les menaces de destruction totale de la RPD de la Corée, à l'adoption de sanctions sans précédent dans le monde depuis 1945, tant en ce qui concerne leur légalité au regard de la charte des Nations unies que leur contenu (interdiction de 90% des échanges commerciaux, embargo pétrolier...). 

Kim Jong-un, lors de la session du Comité central, le 7 octobre 2017

Kim Jong-un, lors de la session du Comité central, le 7 octobre 2017

Dans son rapport, suivant le compte rendu publié par l'agence de presse nord-coréenne KCNA, le Maréchal Kim Jong-un a tout d'abord fait allusion à la "situation internationale compliquée" autour de la péninsule coréenne et aux conséquences qui en découlent pour le pays et le Parti, notamment en ce qui concerne les objectifs de développement économique et de construction du socialisme.

S'agissant de la situation internationale, comme nous l'avions déjà analysé au retour de notre séjour en RPDC en août 2017 à la suite notamment de nos échanges avec de hauts responsables du PTC, les Nord-Coréens font preuve de sérénité : après avoir réussi en juillet des tirs de missile balistiques intercontinentaux (susceptibles d'atteindre le territoire américain) et disposant de leurs armes nucléaires les plus puissantes à ce jour, les Nord-Coréens considèrent qu'ils sont désormais dotés d'une capacité de dissuasion nucléaire qui les met à l'abri d'une attaque américaine, comme celles subies par l'Irak en 2003 et la Libye en 2011. Dans son rapport, le Président Kim Jong-un est ainsi revenu sur la nécessité qu'a constitué la constitution d'une force de dissuasion nucléaire pour faire face aux menaces et au "chantage" des "impérialistes américains" (suivant une formulation habituelle, qui ne cite pas ni a fortiori ne met personnellement en cause le Président américain Donald Trump, ménageant ainsi un éventuel futur interlocuteur), et donc garantir la souveraineté et l'indépendance nationale du pays. Par ailleurs, le rapport du Président du Parti du travail de Corée se félicite de la "victoire" remportée pour sortir de "l'impasse avec les Etats-Unis, qui a duré depuis des siècles". Ces déclarations sont fondamentales pour comprendre l'état d'esprit actuel des dirigeants nord-coréens : ils estiment avoir (enfin) réalisé un équilibre des forces avec les Etats-Unis, et sont donc confiants pour parler à présent d'égal à égal avec leurs homologues américains - même si Kim Jong-un ne parle à aucun moment de reprise du dialogue avec Washington, son discours ne comporte pas davantage de menaces militaires à l'égard des Etats-Unis.

Les experts américains de la Corée du Nord sauront bien évidemment analyser ce message (indépendamment des canaux de discussions américano-nord-coréens, dont le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a rappelé publiquement l'existence) - mais s'engageront-ils à nouveau dans des pourparlers, comme l'y exhortent la Russie, la Chine ou encore la France ? Les récents propos ambigus de Donald Trump (déclarant que désormais, face à la Corée du Nord, "une seule chose marchera" [sous-entendu, l'option militaire]) ne doivent pas masquer le fait qu'il existe un consensus au sein de l'appareil d'Etat américain (diplomates et militaires au diapason) contre un conflit avec la RPD de Corée - ainsi que l'a par exemple analysé Le Canard enchaîné dans son édition du 4 octobre 2017. 

Une situation "rude" mais une sortie "victorieuse de l'impasse avec les Etats-Unis" (Kim Jong-un)

En attendant la décision américaine, les Nord-Coréens doivent faire face à l'urgence, à savoir un renforcement sans précédent des sanctions internationales. A cet égard, le Maréchal Kim Jong-un reconnaît que la situation est "rude", mais il exhorte les Nord-Coréens, sous la conduite du Parti, a redoubler d'efforts dans la construction d'une puissance socialiste indépendante comptant sur ses propres forces, recherchant l'autosuffisance dans tous les domaines (et qui serait ainsi, observons-le, à l'abri de représailles sur les échanges commerciaux) et mettant l'accent sur le progrès technologique et l'innovation. Dans ce contexte, il est plus que jamais fait appel à l'unité monolithique du peuple autour du Parti du travail de Corée, avec un rappel du rôle joué par les cellules et les comités du Parti, qui constituent ses organes de base.

Le session du Comité central a également été l'occasion de procéder à un rermaniement des instances dirigeantes du Parti :

Pak Kwang-ho, Pak Thae-song, Thae Jong-su, An Jong-su et Ri Yong-ho sont devenus membres à part entière du bureau politique (auparavant, ils n'étaient que membres suppléants, c'est-à-dire qu'ils peuvent participer aux discussions mais n'ont pas voix délibérative) ;
Choe Hwi, Pak Thae-dok, Kim Yo-jong et Jong Kyong-thaek sont devenus membres suppléants du bureau politique ; 
- Pak Kwang-ho, Pak Thae-song, Thae Jong-su, Pak Thae-dok, An Jong-su et Choe Hwi
 sont devenus de nouveaux vice-présidents du Parti, exerçant de fait les fonctions de directeur de département d'un Parti (par exemple, le département des relations internationales, le département du budget, etc.) ;
Choe Ryong-hae, Ri Pyong-chol, Jong Kyong-thaek et Jang Kil-song sont devenus membres de la Commission militaire centrale du PTC, qui a la haute main sur les forces militaires et de sécurité intérieure, ainsi que pour la définition de la politique de défense.

Sources : 
- KCNA
- North Korea Leadership Watch

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 18:02

Le 30 mars 2017, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé que le Maréchal Kim Jong-un avait envoyé une couronne de fleurs après la disparition, la veille à Pyongyang, de Kim Ki-ryong. Figure moins médiatisée que d'autres dirigeants nord-coréens, occasionnellement cité dans les dépêches de KCNA, Kim Ki-ryong avait néanmoins joué un rôle clé dans le monde de l'information en RPDC pendant plus de deux décennies, ayant occupé toutes les fonctions majeures en ce domaine (notamment, président de l'agence KCNA, rédacteur en chef du Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, président du Comité de l'information publique), et aussi initié des coopérations intercoréennes et internationales. L'Association d'amitié franco-coréenne revient sur son parcours, en présentant ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Disparition de Kim Ki-ryong, un géant des médias en Corée du Nord

Kim Ki-ryong était né dans la province de Ryanggang en 1940, sous l'occupation japonaise. Diplômé de la prestigieuse Université Kim Il-sung, il avait commencé à travailler comme journaliste au Rodong Sinmun en 1965, grimpant dans la hiérarchie du quotidien jusqu'à assumer des responsabilités de rédacteur en chef en 1985.

Les fonctions qu'il exerça alors successivement témoignent qu'il était devenu une des personnalités les plus influences des médias en RPD de Corée : en 1988, il est nommé directeur du Bureau d'orientation des publications (organisme qui veille à leur ligne éditoriale, conformément à la politique du Parti du travail) ; en 1989, il devient président de l'agence KCNA (jusqu'en 1996, et à nouveau de 2000 à 2010) et parallèlement président du Comité de l'information publique, fonction équivalente à celle, en Occident, de ministre de l'Information. Kim Ki-ryong est aussi devenu député de l'Assemblée populaire suprême (en 1990), membre (suppléant, en 1991, puis titulaire, en 1992) du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC). Lors de sa disparition en 2017, il appartenait toujours au Comité central du PTC.

En 2010, il avait abandonné la présidence de l'agence KCNA pour redevenir rédacteur en chef du Rodong Sinmun, avant d'être remplacé à ce poste en 2013 par Yun U-chol et faire valoir ses droits à la retraite à la faveur d'un changement de génération après la disparition du Dirigeant Kim Jong-il, en décembre 2011. Quarante-troisième dans l'ordre protocolaire lors des funérailles de l'ancien Président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée, Kim Ki-ryong a été parmi les premiers récipiendaires, en février 2012, de l'Ordre de Kim Jong-il. La dépêche de KCNA ayant annoncé que le Maréchal Kim Jong-un adressait une couronne de fleurs et présentait ses condoléances à la famille du défunt a d'ailleurs fait mention, non de ses fonctions passées comme homme des médias ni comme homme politique (membre du Comité central du Parti), mais de sa double qualité de titulaire de l'Ordre de Kim Il-sung et de l'Ordre de Kim Jong-il - soulignant ainsi qu'il avait été un des grands serviteurs de l'Etat.

Sa longévité dans le monde des médias nord-coréens en avait fait une personnalité de confiance du centre du Parti, impliquée dans les échanges non seulement avec ses homologues étrangers (en mai 2004, il avait rencontré à Pyongyang le vice-président de l'agence chinoise Xinhua, Xu Xian, se félicitant de la coopération entre leurs deux agences), mais aussi dans la promotion des relations intercoréennes. En août 2000, il avait rencontré l'ancien ministre sud-coréen de la Culture et du Tourisme Park Jie-won, et exprimé le souhait d'accueillir son homologue de l'agence Yonhap de la République de Corée (du Sud). Ce sera chose faite le 12 octobre 2007, à Pyongyang, comme l'a relevé Aidan Foster-Carter de l'Université britannique de Leeds, dans un article consacré aux relations Nord-Sud :

Les chefs des agences d'information des deux Corée se sont rencontrés pour la première fois à Pyongyang. Kim Ki-seo, président de l'agence Yonhap de la République de Corée, propose des "échanges actifs" ; Kim Ki-ryong de KCNA a dit que "nous l'étudions sérieusement", ce que Yonhap a interprété comme un geste tiède. L'un et l'autre ont co-organisé une exposition de photos des peintures murales du royaume de Koguryo avec l'agence japonaise Kyodo News Service, qui a été inaugurée le 11 octobre.

https://csis-prod.s3.amazonaws.com/s3fs-public/legacy_files/files/media/csis/pubs/0704qnk_sk.pdf

En fait, la fin de la politique du "rayon de soleil" à partir de 2008 allait ruiner les progrès du dialogue intercoréen, alors que, comme nous l'avons vu, Kim Ki-ryong avait été initiateur d'échanges Nord-Sud - dès 2000 - qui auraient également pu concerner les sujets sensibles des médias et de l'échange d'informations si la politique du "rayon de soleil" s'était poursuivie.

Avec la disparition de Kim Ki-ryong, les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, perdent aussi un homme qui était sincèrement attaché à la réunification.

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 19:16

La couverture médiatique des événements est parfois étrangement différente des faits eux-mêmes. Le traditionnel message de nouvel an télévisé du Président Kim Jong-un, le 1er janvier 2017, en offre une illustration frappante : alors que le numéro un nord-coréen a clairement mis en avant le souci d’œuvrer pour la paix et la sécurité en Corée, les médias anglo-saxons n'ont retenu que la poursuite du programme nucléaire et balistique de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour transformer un message de paix en un discours belliqueux. Décryptage (PS : les extraits cités dans l'article sont une traduction, non officielle, par l'AAFC).

Message de nouvel an de Kim Jong-un : pour la paix et la sécurité, pour la prospérité de la Corée

Une fois n'est pas coutume, alors que la part la plus importante du message de nouvel an a été consacré, comme à l'ordinaire, à la situation économique intérieure, la dépêche de l'agence KCNA en ayant rendu compte a déjà évoqué les questions internationales.

Selon l'agence KCNA, dans un contexte marqué en 2016 par le renforcement sans précédent des sanctions contre la RPD de Corée, le Président Kim Jong-un a déclaré que « tant que les États-Unis et leurs suiveurs n'abandonneront pas leurs exercices de guerre », la RPDC « continuera de renforcer son potentiel d'autodéfense et sa capacité à mener une attaque préventive avec comme pivot ses forces nucléaires », tout en précisant que « les tests d'un missile balistique intercontinental sont en phase finale » - une référence étant par ailleurs faite aux progrès réalisés l'an passé dans le domaine balistique et nucléaire, notamment les essais nucléaires de janvier et septembre 2016 présentés comme des essais de bombes H. Mais ces précisions, qui ne sont en rien nouvelles et doivent être envisagées sous l'angle nord-coréen selon lequel l'objectif du désarmement nucléaire n'est possible que dans un cadre global, contrairement au désarmement unilatéral de la RPDC que recherchent les États-Unis (et qui, une fois obtenu, leur ont permis d'agresser des pays dépourvus de moyens suffisants d'autodéfense, comme l'Irak et la Libye).

 

Le principe de la politique étrangère de la RPD de Corée reste, comme le rappelle le premier paragraphe de la dépêche de l'agence KCNA, « la défense de la paix et de la sécurité », dans la péninsule coréenne et dans le monde. La RPD de Corée entend continuer à développer une politique d' « indépendance, de paix et d'amitié », fondée sur des « relations de bon voisinage, d'amitié et de coopération » avec tous les États qui respectent sa souveraineté.

 

Selon la dépêche de l'agence KCNA, le Dirigeant Kim Jong-un a ensuite mis l'accent sur la nécessité d'améliorer les relations intercoréennes et d'encourager par tous les moyens la réunification de la patrie, alors que l'année 2017 marque le 45e anniversaire de la déclaration conjointe du 4 juillet 1972 et le 10e anniversaire de la déclaration du 4 octobre 2007. La RPDC est « constante dans sa position de ne pas combattre ses compatriotes mais de défendre ses compatriotes et la paix du pays (…) Tous les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, doivent être solidaires et se réunir autour du principe consistant à tout subordonner à la réunification » - par-delà les différences d'idéologies et de systèmes politiques. Ce message trouve une résonnance particulière après le vote par le Parlement sud-coréen d'une motion de destitution de la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye, qui a favorisé les tensions intercoréennes – le nom de Mme Park n'étant toutefois pas cité (tout comme d'ailleurs ceux des actuel et futur présidents américains).

 

La plus grande partie du message de nouvel an concerne, une nouvelle fois, la priorité portée à l'amélioration de la situation économique et au développement du pays, dans la continuité des orientations définies lors du septième Congrès du Parti du travail de Corée en mai 2016 dans le cadre de la stratégie quinquennale de développement économique (le mot « stratégie » étant employé de préférence à celui de « plan »), et sur la base des résultats obtenus l'an passé.

 

Trois secteurs industriels sont à privilégier : l'électricité, la métallurgie et la chimie. L'accent est porté non seulement sur les aspects quantitatifs, mais aussi sur l'amélioration de la qualité de la production – notamment pour la métallurgie afin de diminuer les coûts d'extraction en modernisant le processus de production (dans la dépêche de KCNA, cette modernisation est décrite comme un recours aux technologies modernes dans le cadre des idées du Juche). Les transports, qui sont un des freins au redressement de l'économie, sont à nouveau identifiés comme une priorité – notamment les transports ferroviaires.

 

Pour atteindre l'objectif d'autosuffisance alimentaire, le besoin d'accroître la production agricole est souligné – sont notamment cités l'amélioration de l'alimentation du bétail dans la région de Sepho, la production de fruits, de champignons et de légumes et la pisciculture.

 

Dans le domaine de la construction, plusieurs chantiers prioritaires sont identifiés : la construction de logements rue Ryomyong, la station électrique de Tanchon et la modernisation de l'usine de locomotives Kim Jong-thae.

 

Toujours selon le Président Kim Jong-un, l'atteinte des objectifs de développement exige une amélioration de modes de gestion, la mise en œuvre des progrès technologiques (il est fait allusion à la mise sur orbite du satellite Kwangmyongsong-4 en février 2016, ainsi qu'au développement d'un modèle coréen de robotisation) ainsi qu'un travail idéologique de mobilisation des travailleurs et des soldats – rappelant ainsi le rôle de l'armée comme acteur économique.

 

Les priorités ainsi définies constituent autant d'orientations pour la politique de la RPDC en 2017, justifiant l'intérêt d'en faire une analyse rigoureuse.

 

Source :

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 00:53

Les 27 et 28 août 2016 la Ligue de la jeunesse socialiste Kim Il-sung, qui regroupe 5 millions de membres en RPD de Corée, a tenu son 9e Congrès à Pyongyang, en présence de Kim Jong-un. A cette occasion, l'organisation de masse de la jeunesse en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a changé de nom : fondée en 1946 comme Ligue de la jeunesse démocratique de Corée du Nord (puis de Corée), devenue en 1964 la Ligue de la jeunesse travailleuse de Corée et en 1996 la Ligue de la jeunesse socialiste Kim Il-sung, elle a été rebaptisée Ligue de la jeunesse kimilsungiste-kimjongiliste lors du congrès d'août 2016. Deux organisations de jeunesse communistes françaises avaient adressé des messages à leurs camarades coréens à l'occasion de leur Congrès : le groupe "La relève" (formé autour du groupe "Intervention communiste", du nom de son journal), et les Jeunes pour la renaissance communiste en France (JRCF), organisation de jeunesse du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF). Nous revenons ci-après en images sur ce Congrès.

Retour en images sur le congrès de la Ligue de la jeunesse kimilsungiste-kimjongiliste
Retour en images sur le congrès de la Ligue de la jeunesse kimilsungiste-kimjongiliste
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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 12:18

Le 25 août 1960 est célébré en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme le début de la politique de Songun par le Dirigeant Kim Jong-il. La politique de Songun consiste à donner la priorité aux affaires militaires. Dans ce contexte, le Président Kim Jong-un a défini la ligne byeongjin (byungjin dans les textes reprenant la graphie de l'anglais), consistant à poursuivre simultanément le développement de l'économie et la constitution d'une force de dissuasion nucléaire. Nous revenons ci-après sur la ligne byeongjin.

Lors du septième Congrès du Parti du travail de Corée qui s'est tenu en mai 2016, Kim Jong-un a réaffirmé la ligne byeongjin.

Lors du septième Congrès du Parti du travail de Corée qui s'est tenu en mai 2016, Kim Jong-un a réaffirmé la ligne byeongjin.

Lors de la réunion plénière du Comité central du Parti qui s'est tenue le 31 mars 2013, le Président Kim Jong-un a défini la ligne byeongjin comme une nécessité pour assurer la sauvegarde de la RPD de Corée "face à l'impérialisme américain", dans un contexte de graves tensions internationales :

Contre les impérialistes et ceux qui vénèrent leurs menaces ouvertes et les débats sur la possibilité d'une invasion, la ligne byeongjin du parti nous permettra de détenir la puissance nucléaire pour construire un pays puissance économiquement.

Alors que les sanctions internationales du Conseil de sécurité des Nations Unies visent à ce que la RPD de Corée renonce à son programme nucléaire militaire et à ses programmes balistiques et spatiaux, la ligne byeongjin prend le contre-pied de cette position en affirmant que la construction d'une puissance militaire (en l'occurrence, nucléaire) est au contraire un fondement du développement économique, et que ces deux objectifs doivent être poursuivis simultanément.

Ce lien a été explicité dans une brochure en coréen intitulée Aperçu sur la Corée d'aujourd'hui en 100 questions et 100 réponses, en mettant en parallèle le nucléaire militaire et le nucléaire civil, dans la perspective plus large de l'approvisionnement de la Corée du Nord en sources d'énergie :

En se reposant sur l'industrie de l'énergie nucléaire, [la ligne byeongjin] développera à la fois les capacités nucléaires et résoudra la question des pénuries d'énergie, en renforçant ainsi les capacités de défense et en développant l'économie pour améliorer le niveau de vie du peuple.

Trois ans après la définition de la ligne byeongin du Parti, l'agence nord-coréenne KCNA s'est félicitée, dans une dépêche en date du 31 mars 2016, que cette orientation avait "élevé la RPDC au rang de pays prospère pour le peuple, doté d'une puissance nucléaire invincible", en soulignant :

- s'agissant des capacités de défense, le test nucléaire du 6 janvier 2016 et le renforcement des capacités balistiques ;
- en ce qui concerne l'économie, plusieurs réalisations architecturales comme le quartier scientifique résidentiel de Wisong, les rues des scientifiques Unha et Mirae, la maison de retraite des scientifiques Yonphung, le parc aquatique Munsu et la station de ski de Masikryong.

En conclusion, KCNA observait que la ligne byeongjin ne correspondait pas à une position tactique dans uns situation économique reconnue comme en retard, mais bien à une ligne stratégique pour le développement de la révolution coréenne.

Source principale :

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 19:05

Lors de sa session du 29 juin 2016, un peu moins de deux mois après le Congrès du Parti du travail de Corée (PTC), l'Assemblée populaire suprême (APS) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a créé une nouvelle Commission des affaires d'Etat, qui remplace la Commission de la défense nationale. Le Président Kim Jong-un a été élu à la présidence de ce nouvel organe suprême dans la direction des affaires publiques, civiles comme militaires.

Kim Jong-un, lors de la session de l'Assemblée populaire suprême qui s'est tenue le 29 juin 2016

Kim Jong-un, lors de la session de l'Assemblée populaire suprême qui s'est tenue le 29 juin 2016

L'APS de la RPDC, qui décide des nominations aux plus hauts postes de l'Etat, a créé la Commission des affaires d'Etat sur le rapport de Kim Yong-nam, Président du Praesidium de l'APS. Le nouvel organisme, en étant compétent sur l'ensemble des questions publiques (civiles comme militaires), a un champ de compétences plus large que l'ancienne Commission de la défense nationale (CDN), témoignant ainsi de la poursuite du rééquilibrage des pouvoirs entre les autorités civiles et militaires au profit des premières.

Kim Jong-un a été élu Président de la Commission des Affaires d'Etat (CAE). Comme ses prédécesseurs, il occupe donc les plus hautes fonctions au sein du Parti, de l'Etat et de l'armée. Lors du septième Congrès du Parti du travail de Corée, en mai 2016, il avait été élu Président du Parti.

Les autres membres de la CAE sont le général Hwang Pyong-so, qui était jusqu'à présent vice-président de la CDN, le Premier ministre Pak Pong-ju, et Choe Ryong-hae, membre du bureau politique du PTC, qui ont tous trois le titre de vice-président. Les autres membres de la CAE sont Kim Ki-nam, Pak Yong-sik, Ri Su-yong, Ri Man-gon, Kim Yong-chol, Kim Won-hong, Choe Pu-il et Ri Yong-ho.

Lors de cette même session, l'APS a précisé la stratégie sur cinq ans de développement économique nationale - conformément à la définition d'un nouveau plan quinquennal (2016-2020) lors du Congrès du PTC de mai 2016 - et transformé le secrétariat du Comité pour la réunification pacifique de la Corée en un Comité de la RPDC pour la réunification pacifique du pays. Enfin, la Constitution a été révisée pour tenir compte des changements institutionnels liés à la création du CAE et à la suppression de la CDN, ainsi qu'aux changements de noms de plusieurs autres organismes publics (entre autres, le Parquet suprême est devenu le Parquet central, et la Cour suprême s'appelle désormais Cour centrale).

Principale source : bulletin d'information de la délégation générale de la RPD de Corée en France.

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