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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 11:24

Le 20 mai 2010, le groupe mixte civil et militaire constitué par le gouvernement sud-coréen pour enquêter, avec l'assistance d'experts étrangers - en majorité américains -, sur le naufrage du Cheonan a rendu ses premières conclusions : la corvette sud-coréenne aurait sombré le 26 mars en mer de l'Ouest, suite à l'explosion d'une torpille nord-coréenne. Ces accusations, rejetées par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ont contribué à accroître les tensions autour de la péninsule coréenne. Pourtant, le moins qu'on puisse dire est que le rapport du groupe d'enquête mixte a pris quelques libertés avec la science... C'est ce que démontre Seung-hun Lee, physicien d'origine coréenne travaillant à l'Université de Virginie (Etats-Unis). Pour lui, il y a tellement d'incohérences dans ce rapport que certaines données pourraient purement et simplement avoir été fabriquées afin de servir la thèse d'une attaque à la torpille nord-coréenne. En attendant que les grands médias français et francophones fassent état des contre-expertises sur les causes du naufrage du Cheonan, l'Association d'amitié franco-coréenne propose la traduction d'un article du professeur Seung-hun Lee, assisté du professeur Jae-jung Suh de l'Université Johns Hopkins, résumant ses travaux et réfutant de manière scientifique les conclusions du groupe d'enquête mixte. Les professeurs Lee et Suh appellent à l'ouverture d'une nouvelle enquête « aussi exhaustive, objective et scientifique qu'il est humainement possible » afin de connaître – enfin - la vérité sur le naufrage du Cheonan. Les avis de chimistes et de physiciens sont les bienvenus, cette question étant primordiale pour la paix en Asie et dans le monde.

Un jugement hâtif

Les incohérences du rapport sud-coréen sur le naufrage du Cheonan

 

Par Seung-hun Lee, Département de physique de l'Université de Virginie,

et Jae-jung Suh, Ecole des études internationales avancées de l'Université Johns Hopkins

The Asia-Pacific Journal, 12 juillet 2010

Dans la nuit du 26 mars 2010, le Cheonan, corvette de 1.200 tonnes de la Marine de la République de Corée (RdC, Corée du Sud) a été coupé en deux avant de couler au large de l'île de Baengnyeong en mer de l'Ouest (mer Jaune). Quarante-six membres d'équipage ont trouvé la mort dans cet incident. Après presque deux mois d'enquête, le gouvernement sud-coréen a publié un rapport intermédiaire imputant la cause du naufrage du Cheonan à l'explosion d'une torpille nord-coréenne. [1] Cependant, ce rapport comporte de nombreuses incohérences remettant en question les conclusions du gouvernement et l'intégrité même de l'enquête. Afin de répondre à ces incohérences et de restaurer la confiance du public dans l'enquête, le gouvernement sud-coréen doit constituer une nouvelle équipe et reprendre l'enquête depuis le début. Nous recommandons à la communauté internationale de continuer à insister pour une enquête objective et exhaustive, tout en réaffirmant son engagement pour la paix et la stabilité de la péninsule coréenne.

Le groupe mixte d'enquêteurs civils et militaires (Joint Civil-Military Investigation Group, JIG), composé de 22 experts militaires, de 25 experts venant d'instituts de recherche liés à l'armée, et de trois experts civils recommandés par le Parlement [sud-coréen] [2], a mené une enquête scientifique presque digne des Experts [3] avec test d'explosion, simulation par ordinateur, et analyses faisant appel à des techniques de pointe telles que la spectrométrie dispersive en énergie (energy dispersive spectrometry, EDS) et la diffractométrie de rayons X (X-ray diffraction, XRD). Dans son rapport intermédiaire rendu public lors d'une conférence de presse le 20 mai, le JIG a fait trois constatations principales :

1) Le naufrage du Cheonan a été provoqué par une explosion extérieure au navire.

2) Cette explosion était celle d'une torpille.

3) Cette torpille a été fabriquée par la Corée du Nord.

Sur la base de ces constatations, le JIG a logiquement conclu que la Corée du Nord était responsable du naufrage du Cheonan. Il s'agit en effet d'une conclusion logique, pour peu que les trois constatations soient correctes.

Cependant, après avoir examiné minutieusement le rapport et les preuves du JIG, et après avoir effectué nos propres tests physiques, nous découvrons que le JIG n'a réussi ni à justifier son affirmation d'une explosion extérieure, ni à établir un lien de cause à effet entre le naufrage du Cheonan et la torpille, ni à démontrer que la torpille a été fabriquée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Les trois « constats » du JIG ne s'appuient sur aucune preuve crédible, et ils sont en contradiction et incompatibles avec les faits. Tous les trois présentent des failles si sérieuses que la conclusion du JIG en devient indéfendable. En outre, il existe de fortes chances que les données des analyses EDS ou XRD aient été fabriquées. Nos résultats montrent que les « preuves décisives » avancées par le JIG ne supportent pas sa conclusion que le naufrage du Cheonan a été provoqué par la prétendue torpille nord-coréenne. Au contraire, des données contradictoires renforcent les soupçons qu'il ait lui-même fabriqué ces données.

Premièrement, le JIG n'a pas pu avancer de preuve concluante, ou au moins convaincante au-delà du doute raisonnable, d'une explosion extérieure. Alors que le JIG soutient dans son rapport que le type des déformations et ruptures subies par le navire est cohérent avec les dommages causés par un effet de bulle dû à explosion extérieure, aucune preuve ne vient appuyer cette affirmation. Au moment de la publication de son rapport, le JIG n'avait pas effectué de simulation montrant comment une bulle aurait pu se former suite à une explosion sous-marine, et comment elle aurait pu sectionner le Cheonan, comme l'a reconnu le 24 mai la Commission spéciale du Parlement [sud-coréen] sur le naufrage du Cheonan. [4] La simulation présentée lors de la conférence de presse montre seulement une bulle se former et toucher la partie inférieure du navire, déformant le navire et provoquant une petite fissure dans la coque. [5] Cette simulation ne montre jamais le Cheonan être entièrement sectionné en son milieu par la bulle, comme décrit dans le rapport du JIG. Le magazine scientifique sud-coréen Dong-a Science, appartenant au groupe conservateur de médias Dong-a, a publié davantage d'informations sur cette simulation, vraisemblablement grâce à des données fournies ou à des fuites organisées par le JIG, au lendemain des questions soulevées par Jae-jung Suh au sujet de l'effet de bulle. [6] Etonamment, ces nouvelles informations n'ont pas réussi à montrer comment une bulle pourrait avoir brisé le Cheonan. D'après les fuites, après que la bulle eut touché le navire et provoqué une petite fissure, il a commencé à se contracter et a montré des signes de craquement. Au moment de la rédaction du présent article, soit plus de 30 jours après le 20 mai et la publication du rapport d'enquête du JIG, le ministère sud-coréen de la Défense, s'exprimant au nom des enquêteurs du JIG, admet qu'il n'existe aucune simulation de bulle cohérente avec les informations présentées dans le rapport du JIG. Si tel est le cas, sur quelles bases s'appuie le JIG pour affirmer que le Cheonan a été endommagé et brisé par un effet de bulle? Nous avons posé publiquement cette question, sans recevoir de réponse. [7]

Non seulement la simulation présentée par le JIG en conférence de presse n'a pas réussi à démontrer qu'un effet de bulle pourrait avoir brisé le Cheonan, mais cette simulation n'est pas non plus cohérente avec le type de dommages subis par le navire. Si la partie inférieure du navire avait été touchée par une bulle, elle devrait présenter une déformation sphérique concave épousant la forme de ladite bulle, comme le suggère la propre simulation du JIG (voir la partie droite de la figure 1), mais ce n'est pas le cas. La partie inférieure de l'avant du navire est soulevée en formant des angles, comme le montre la ligne jaune à gauche de la figure 1, ce qui correspond davantage à une collision avec un objet dur. La ligne de rupture dans la simulation du JIG a une forme circulaire correspondant à une déchirure dans la zone de la coque touchée par la bulle. Tout aussi important, si un jet de bulle a été provoqué par l'explosion externe d'une charge de 250 kg, comme le soutient le JIG, cette explosion aurait dû générer tout de suite avant la bulle une onde de choc d'une force d'au moins 5.000 psi (livres par pouce carré) touchant la partie inférieure du Cheonan. [8] Le fond et la surface brisée du navire ne comportent aucun signe d'un choc d'une telle ampleur (comparer la figure 1 avec la figure 2 montrant les dégâts causés par une surpression de 5 psi sur une maison), les instruments et éléments internes sont restés intacts à leur place initiale, et aucun membre d'équipage n'a subi le genre de blessure qu'on peut attendre d'un tel choc (figure 3). Etant donné qu'une explosion sous-marine produit à la fois un effet de bulle et une onde de choc, cette dernière étant d'habitude de 6 à 10 fois plus destructrice, on peut dire que ni l'état du navire ni celui de l'équipage ne correspondent aux dommages attendus d'une explosion extérieure. [9]

Même si le JIG pouvait présenter une simulation montrant un effet de bulle brisant le Cheonan, rien ne prouve que cet effet de bulle a vraiment été produit par une explosion. La preuve repose sur un type de dommage causé au navire, cohérent avec la simulation d'un effet de bulle. Mais, en l'occurrence, la simulation présentée par le JIG lors de la conférence de presse du 20 mai n'a pas montré de cassure du navire et le ministère sud-coréen de la Défense a lui-même admis qu'il n'existe aucune simulation d'effet de bulle aboutissant à une telle cassure. De plus, la simulation du 20 mai ne correspond pas aux déformations subies par le navire. La prétendue première constatation du JIG n'est donc qu'une allégation sans fondement et est contredite par les propres preuves avancées par le JIG et par au moins une analyse des explosions sous-marines figurant dans la littérature militaire.

Le rapport américano-sud-coréen sur le naufrage du « Cheonan » à l'épreuve de la science
Figure 1-  La proue endommagée du "Cheonan" et les dommages tels que simulés par le JIG

Figure 1- La proue endommagée du "Cheonan" et les dommages tels que simulés par le JIG

Figure 2 -  Dégâts causés par une surpression de 5 psi sur une maison

Figure 2 - Dégâts causés par une surpression de 5 psi sur une maison

Le rapport américano-sud-coréen sur le naufrage du « Cheonan » à l'épreuve de la science
Figure 3 - La salle des machines Diesel et la turbine à gaz

Figure 3 - La salle des machines Diesel et la turbine à gaz

 

Deuxièmement, même si le JIG parvenait à prouver qu'une explosion extérieure a bien eu lieu – et il ne l'a pas fait –, il reste à démontrer que cette explosion était due à la torpille retrouvée par le JIG. Mais l'affirmation selon laquelle la torpille « retrouvée » a explosé à l'extérieur du Cheonan ne s'appuie sur aucune base scientifique. Deux éléments de preuve ont été avancés pour soutenir cette affirmation : les composés blancs – les « matériaux absorbés » dans le rapport du JIG (nous avons analysé la version coréenne du rapport) – trouvés sur la torpille correspondent à ceux trouvés à la surface de l'épave du Cheonan ; et ces composés sont le résultat d'une explosion. Nous sommes d'accord avec le JIG sur le premier point, mais nous croyons que le second ne repose sur rien. [10] Les analyses par spectrométrie dispersive en énergie (EDS) et par diffractométrie de rayons X (XRD), effectuées par le JIG, prouvent sans ambiguïté que les composés blancs trouvés sur le navire (AM-1 [AM pour absorbed materials, matériaux absorbés]) [11] et sur la torpille (AM-2) ont des compositions atomique et chimique identiques, confortant le premier élément de preuve. Mais, dans les données EDS de AM-1 et AM-2, le rapport d'intensité entre le pic d'oxygène et le pic d'aluminium est très différent de l'oxyde d'aluminium (alumine) AI2O3 formé, selon le JIG, au cours de l'explosion. Cela signifie que les échantillons AM-1 et AM-2 n'ont rien à voir avec une explosion, et sont plus vraisemblablement de l'aluminium qui a rouillé après une longue exposition à l'humidité ou à l'eau. [12] Un scientifique indépendant, le Dr. Panseok Yang, membre du département des sciences géologiques de l'Université du Manitoba, a découvert que le rapport d'intensité entre l'oxygène et l'aluminium dans les composés, mesuré par EDS, est loin d'atteindre celui de l'alumine AI2O3 qui, d'après le JIG, constitue ces mêmes composés. Il correspond plutôt à de l'hydroxyde d'aluminium AI(OH)3. [13] Cela suffit pour dire que AM-1 et AM-2 ne sont pas liés à une explosion. En outre, le type de diffraction des rayons X sur un troisième échantillon AM-3 extrait d'un test d'explosion effectué par le JIG est totalement différent du type de diffraction des rayons X sur AM-1 et AM-2. La principale différence est la présence de nets pics pour AM-3, indiquant que

1) seule une fraction d'aluminium AI s'est oxydée pendant l'explosion,

2) l'aluminium non oxydé a conservé sa forme cristalline,

alors qu'il n'y a aucun signe de présence d'aluminium dans les échantillons AM-1 et AM-2. [14] Le JIG prétend que les composés ont des structures cristallines différentes parce que la vraie explosion de torpille a généré une température plus élevée et a été refroidie plus rapidement par l'eau de mer que lors de d'explosion reproduite en laboratoire par le JIG, et que, en conséquence, presque 100% de l'aluminium s'est oxydé et presque 100% de l'alumine oxydée est devenue amorphe. Cependant, plusieurs expériences scientifiques approchant les conditions d'une explosion réelle ont permis de conclure que les composés d'aluminium qui en résultent sont à la fois de l'alumine cristalline, appelée alpha-AI2O3, et de l'alumine amorphe, appelée gamma-AI2O3. [15] L'un d'entre nous, Seung-hun Lee, a effectué en laboratoire un test consistant à chauffer un échantillon d'aluminium au-delà de sa température de fusion et à le refroidir rapidement avec de l'eau, imitant ainsi les conditions de l'explosion. Quand les matériaux obtenus ont été examinés par EDS et rayons X, il s'est avéré que seule une fraction de l'aluminium était oxydée, le composé contenant de l'aluminium non oxydée et de l'alumine alpha-AI2O3, cristallins tous les deux. Cela est cohérent avec les études scientifiques précédentes, et indique que l'expérience de réchauffement et de refroidissement de l'aluminium ressemble à une vraie explosion, sur le plan qualitatif si ce n'est quantitatif. En fait, les données de l'étude par rayons X de l'échantillon AM-3 (les données de l'expérience effectuée par le JIG) révèlent de forts signaux d'aluminium cristallin et de faibles signaux d'alumine cristalline, cohérents avec les résultats de l'expérience de Lee. Toutefois, quand les médias ont rapporté les résultats de nos expériences et les incohérences entre AM-3 et les deux autres échantillons, le ministère sud-coréen de la Défense a répondu que le signal d'aluminium cristallin trouvé dans l'échantillon AM-3 était dû à une erreur d'expérimentation, ce que nous considérons être un pur mensonge. [16] En résumé, nos expériences et nos analyses scientifiques nous amènent à conclure que

1) les échantillons AM-1 et AM-2 du JIG ne provenaient pas d'une explosion,

2) certaines données du JIG, et très probablement les données EDS de AM-3, pourraient avoir été fabriquées. [17]

Ainsi, les « preuves décisives »avancées par le JIG pour établir un lien entre le naufrage du Cheonan et une prétendue explosion de torpille n'ont aucun fondement scientifique et ont peut-être été fabriquées.

Le rapport américano-sud-coréen sur le naufrage du « Cheonan » à l'épreuve de la science
Figure 4 - Analyses par spectrométrie dispersive en énergie (EDS) et par diffractométrie de rayons X (XRD) effectuées par le JIG

Figure 4 - Analyses par spectrométrie dispersive en énergie (EDS) et par diffractométrie de rayons X (XRD) effectuées par le JIG

 

Troisièmement, le JIG a présenté les fragments de torpille retrouvés sur la zone de l'explosion présumée comme des « preuves décisives » reliant l'explosion à la Corée du Nord, mais ces « preuves décisives » présentent de sérieuses incohérences jetant un doute sur leur intégrité. La surface externe de l'élément de propulsion de torpille qui a été retrouvé était fortement corrodé, vraisemblablement parce que la couche de peinture protégeant le métal a brûlé pendant l'explosion. La peinture brûlée et la corrosion du métal qui en a résulté sont cohérentes avec la forte chaleur communément dégagée par l'explosion de bombes et de torpilles. Et pourtant, l'inscription en coréen faite à l'encre bleue - « 1bon » [« numéro 1 »] - est restée intacte en dépit du fait que le point d'ébullition de l'encre – environ 150 degrés Celsius – est plus faible que celui de la peinture – environ 350 degrés Celsius -, ce qui aurait dû faire brûler l'encre de l'inscription avec le revêtement de peinture externe. Une simple estimation suggère que la torpille a dû être soumise à une température d'au moins 350 degrés Celsius, et probablement de plus de 1.000 degrés, suffisamment élevée pour brûler la peinture et donc l'encre. Cette incohérence – une peinture supportant les fortes chaleurs a été brûlée alors qu'une encre ne supportant qu'une faible chaleur ne l'a pas été – ne peut pas être expliquée et jette un doute sérieux sur la validité de la torpille en tant que « preuve décisive ». [18] En outre, des Coréens du Sud comme du Nord peuvent inscrire « 1bon » en coréen, et nous doutons qu'un tribunal normal considère cette marque comme preuve d'une inscription exclusivement nord-coréenne. [19]

Figure 5 - L'inscription en coréen sur la torpille

Figure 5 - L'inscription en coréen sur la torpille

En résumé, le JIG a la charge de démontrer au-delà de tout doute raisonnable ces trois constatations afin d'appuyer la conclusion selon laquelle une torpille nord-coréenne a détruit et coulé le Cheonan, mais chaque constatation contient de sérieuses incohérences. Compte tenu des graves failles de ces trois affirmations, la conclusion du JIG qui se base dessus est au moins aussi gravement atteinte. Tout en relevant que nos propres constatations ne prouvent pas que la Corée du Nord n'est pas responsable, notre conclusion est que le JIG n'a pas réussi à prouver qu'elle l'est. La gravité des incohérences fait douter non seulement de la validité des conclusions du JIG, mais aussi de l'intégrité de l'enquête. Nous soupçonnons au moins certaines données EDS d'avoir été fabriquées, et recommandons qu'une commission impartiale soit constituée afin de vérifier l'intégrité des données du JIG.

Compte tenu de la gravité de ces incohérences, nous recommandons que le gouvernement de la République de Corée ouvre une nouvelle enquête et forme une nouvelle, et plus objective, équipe d'enquêteurs. [20] Nous appelons le Parlement [sud-]coréen à ouvrir sa propre enquête sur l'enquête menée par le JIG afin d'en évaluer de manière critique l'intégrité, ainsi que celle des expériences et des données. Aux Etats-Unis, l'administration Obama devrait apporter son soutien et son aide à une enquête objective et exhaustive, tout en affirmant clairement l'engagement des Etats-Unis à contribuer au maintien de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne. Compte tenu de la nature problématique des conclusions du JIG, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait presser la République de Corée [du Sud] de fournir un rapport plus convaincant et objectif avant le début des délibérations du Conseil. Une enquête aussi exhaustive, objective et scientifique qu'il est humainement possible est nécessaire pour remonter aux origines de l'incident du Cheonan et en découvrir la cause et l'auteur. Après tout, 46 vies ont été perdues, et la paix et la sécurité en Corée et en Asie du Nord-Est sont en jeu. Les marins décédés méritent une telle enquête. La communauté internationale aussi.

 

La liste des membres du groupe d'enquête mixte (JIG) est consultable ici.

Notes

[1] Le rapport publié le 20 mai 2010 par la République de Corée [du Sud] est bien un rapport intermédiaire. Le rapport final était prévu pour la fin juillet 2010. Non seulement le gouvernement sud-coréen a émis un jugement hâtif sur les causes de l'incident du Cheonan, comme écrit dans cet article, mais il a pris précipitamment des mesures punitives contre la RPDC, y compris en demandant au Conseil de sécurité des Nations Unies d'agir sur la base de ce rapport intermédiaire.

[2] Un des trois experts civils, Shin Sang-cheol, recommandé par le Parti démocratique (opposition), a été exclu du JIG avant la publication du rapport. Shin a alors été poursuivi par la Marine sud-coréenne pour l'avoir « diffamée » en propageant la « fausse allégation » d'un échouement du Cheonan. Voir Kim Kwi-kun, « La Marine poursuit Shin Sang-cheol pour l'avoir "diffamée" », Yonhap News, 19 mai 2010 (en coréen).

[3] Les Experts (CSI, Crime Scene Investigation, en version originale) est une populaire série télévisée américaine qui décrit l'utilisation de techniques scientifiques et médico-légales de pointe par la police pour enquêter et résoudre les crimes.

[4] Yun Deok-yong, coprésident du JIG, a déclaré le 24 mai 2010, lors de son audition par la Commission parlementaire spéciale sur le Cheonan, « nous continuons notre simulation et le résultat final en sera connu en juillet », tout en reconnaissant que « la simulation n'a pas encore réussi à montrer la colonne d'eau [normalement générée par un effet de bulle], mais elle sera entièrement démontrée quand la simulation sera achevée. » Park Jeong-i, autre coprésident, a ajouté que l'« Institut coréen de machinerie et de matériaux [Korea Institute of Machinery and Materials, KIMM, en charge de la simulation] a dit qu'il terminera la simulation le 15 juillet. » Voir Kim Nam-gwon et Kim Peom-hyeon, « Le ministre de la Défense Kim : "Nous répliquerons immédiatement si le Nord attaque [notre] matériel de guerre psychologique" », Yonhap News, 24 mai 2010 (en coréen), et « Commission spéciale sur le Cheonan : controverse sur la "présence d'une colonne d'eau" », Yonhap News, 24 mai 2010 (en coréen)

[5] Les résultats de la simulation du JIG sont consultables ici. Malgré la mise à jour de cette simulation par le ministère sud-coréen de la Défense, il n'a toujours pas été montré après le 2 juillet 2010 comment le Cheonan a été coupé en deux.

[6] Suh Jae-jung, « Il n'y a pas eu d'effet de bulle », Pressian, 27 mai 2010 (en coréen). Jeon Dong-hyeok, « Une seconde après l'explosion... Comment la partie inférieure du Cheonan a été déformée », Dong-A Science, 28 mai 2010 (en coréen)

[7] Suh Jae-jung, op.cit.

[8] Ce calcul de Suh s'appuie sur la formule figurant dans le rapport australien de Warren D. Reid, "The Response of Surface Ships to Underwater Explosions [La réaction des navires de surface aux explosions sous-marines]", Organisation des sciences et des technologies de Défense, département de la Défense, Melbourne, Australie, 1996

[9] Ibid., page 1. Le ministère sud-coréen de la Défense a d'abord déclaré que 70% de l'énergie dégagée par l'explosion d'une torpille se traduit par une onde de choc. Après que Suh eut demandé dans un article pourquoi le Cheonan ne montrait aucun signe de dommages provoqués par une onde de choc, le ministère abaissa ce pourcentage à 54% puis à 46%. Ces pourcentages varient en fonction du type d'explosif et de la proportion d'autres ingrédients tels que la poudre d'aluminium. Concernant la position initiale du ministère de la Défense, voir Kim Byeong-nyun, « Torpille et mine marine, la puissance d'une explosion sous-marine », ministère de la Défense nationale, 28 avril 2010 (en coréen). Concernant les nouveaux chiffres avancés, voir Kim Byeong-nyun, « L'explosion sous-marine de la torpille détruit le navire par onde de choc et effet de bulle », ministère de la Défense nationale, 22 mai 2010 (en coréen).

[10] Seung-hun Lee, "Comments on the Section "Adsorbed Material Analysis" of the CheonAn Report made by the South Korean Civil and Military Joint Investigation Group (CIV-MIL JIG) [Commentaire sur la partie 'Analyse des matériaux absorbés' du rapport sur le Cheonan rendu par le groupe d'enquête mixte civil et militaire sud-coréen]", ArXiv, 6 juin 2010

[11] Le terme « matériaux absorbés » n'apparaît pas dans la version en anglais du rapport d'enquête sud-coréen sur le Cheonan, mais apparaît en anglais (« absorbed materials ») dans la version coréenne. AM-1, AM-2 et AM-3 sont des désignations utilisées par Seung-hun Lee dans un article scientifique écrit par lui et passant en revue l'analyse du JIG sur les matériaux absorbés.

[12] Kang Yang-gu, « Les données sur le Cheonan comportent des failles fatales... L'aluminium ne ment pas », Pressian, 24 juin 2010 (en coréen)

[13] Suite à une analyse minutieuse des données EDS du JIG, Yang soupçonne que AM-1 et AM-2 ne soient pas de l'oxyde d'aluminium, mais plus vraisemblablement de hydroxyde d'aluminium AI(OH)3 qu'on trouve communément dans la nature sous le nom de gibbsite. Voir Kang Yang-gu et Hwang Chun-ho, « Le Cheonan au Pays des merveilles... Il n'y avait pas d'oxyde d'aluminium », Pressian, 30 juin 2010, et Hankyoreh, 30 juin 2010 (en coréen)

[14] Lee, 6 juin 2010, op. cit.

[15] Seung-hun Lee et Panseok Yang, “Was the 'Critical Evidence' presented in the South Korean Official Cheonan Report Fabricated? [les « preuves décisives » présentées par le rapport sud-coréen officiel sur le Cheonan ont-elle été fabriquées?]”, 28 juin 2010

[16] Seung-hun Lee, « La "preuve décisive" du JIG est une fabrication », Pressian, 16 juin 2010 (en coréen). Pour la réponse du ministère de la Défense sud-coréen, voir « Réponses aux allégations du professeur Lee Seung-hun rapportées par un média Internet », ministère de la Défense nationale, 21 juin 2010 (en coréen)

[17] Lee et Yang, op. cit.

[18] Le JIG soutient que l'explosion de la torpille a généré une température supérieure à 3.000 degrés Celsius et que la poudre d'aluminium contenue dans l'explosif a fondu et s'est transformée en oxydes d'aluminium amorphes qui ont adhéré à l'hélice de la torpille. Les oxydes d'aluminium en poudre ne peuvent pas adhérer à un autre métal, et doivent être à l'état liquide pour ça. Etant donné que la température de fusion est de 660 degrés Celsius pour l'aluminium et de 2.000 degrés pour l'oxyde d'aluminium, la partie arrière de la torpille doit donc avoir été soumise à une température comprise entre 660 et 2.000 degrés Celsius, pour que le JIG ait raison. Que la température ait été de 660, 2.000 ou 3.000 degrés Celsius, il est impossible d'expliquer scientifiquement pourquoi elle n'a eu aucun d'effet sur l'inscription à l'encre.

[19] Le ministère sud-coréen de la Défense a rapporté le 29 juin que l'encre est composée de « solvent blue-5 ». Reconnaissant qu'il s'agit d'un composant courant utilisé dans les marqueurs du monde entier, le ministère a concédé qu' « il pourrait être difficile de conclure que l'encre est fabriquée en Corée du Nord ». Un responsable militaire a ajouté que le résultat de l'analyse de l'encre ne sera pas inclus dans le rapport final sur l'incident du Cheonan, initialement prévu pour la fin juillet 2010. Voir « Du solvent blue-5 retrouvé dans l'encre de l'inscription "1bon" », Yonhap News, 29 juin 2010 (en coréen)

[20] Malgré son intitulé – groupe d'enquête mixte civil et militaire –, la majorité absolue des membres du JIG, soit 65 sur 74, travaillent pour le ministère sud-coréen de la Défense ou pour des instituts et centres d'études liés au ministère. Un des deux dirigeants du JIG, Park Jeong-i, était général trois étoiles au moment de l'enquête et a été promu à quatre étoiles après la publication du rapport.

 

Source (traduction AAFC) :

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 01:09

Embleme_Marine-russe.JPGLe 26 juillet 2010, le quotidien sud-coréen Hankyoreh a publié les résultats de l’enquête menée en mai et juin derniers par les experts de la Marine russe sur le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan (PCC-772) qui a coulé le 26 mars 2010 en mer de l'Ouest (mer Jaune), provoquant la mort de 46 marins. Même si les autorités de la Fédération de Russie ont pour l'heure évité toute déclaration officielle de nature à remettre en cause leur politique d'équilibre  entre Séoul et Pyongyang, les résultats de l'enquête d'ores et déjà publiés par le Hankyoreh contredisent les conclusions du groupe mixte d’experts civils et militaires convoqué par le ministère sud-coréen de la Défense, imputant le drame du 26 mars à une torpille tirée par un sous-marin de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Compte tenu des conséquences désastreuses des accusations lancées par la Corée du Sud contre la RPDC – laquelle nie toute implication dans le naufrage –, une nouvelle enquête dont les résultats seront cette fois incontestables apparaît nécessaire.

 

Du 30 mai au 7 juin 2010, une équipe d’experts de la Marine russe s’est rendue en Corée du Sud pour y examiner le rapport du groupe d’enquête mixte civil et militaire constitué par le gouvernement sud-coréen afin de déterminer les causes du naufrage du Cheonan et imputant ce drame à la RPDC.

 

Les conclusions de l’enquête russe figurent dans un document intitulé « Données de l'enquête du groupe d'experts de la Marine russe sur la cause du naufrage du navire sud-coréen Cheonan » qui n'a pas encore été rendu public mais dont le quotidien sud-coréen Hankyoreh a révélé les principaux points le 26 juillet.

 

Les enquêteurs russes sont parvenus à la conclusion que la perte du Cheonan a bien été provoquée par une explosion sous-marine externe sans contact, ce qui est aussi la conclusion de l'enquête menée par le groupe mixte civil et militaire composé d'experts sud-coréens, américains, britanniques, australiens et suédois.

 

Mais le Hankyoreh révèle que les résultats de l'enquête des experts russes se distinguent des conclusions de l'enquête du groupe mixte sur au moins trois autres points : l'heure de l'explosion, l'échouement du Cheonan sur des hauts-fonds avant le naufrage, l'authenticité du fragment de torpille présenté par les autorités sud-coréennes.

 

L'heure de l'explosion

 

Selon le rapport des experts de la Marine russe, l’heure officielle de l’explosion donnée par le groupe d’enquête mixte (21h21mn58s) ne correspond ni à l’heure estimée en se basant sur les enregistrements existants, ni à la dernière heure enregistrée par le système de vidéo-surveillance du Cheonan (21h17mn03s) qui s’est arrêté lorsque l’électricité a été coupée à bord.

 

D'autre part, on apprend que des marins du Cheonan ont utilisé leurs téléphones cellulaires à 21h12mn3s pour informer un poste militaire côtier que des personnes étaient blessées à bord. Cette heure est différente de celle fournie par le groupe d’enquête mixte.

 

Réagissant à ces informations suggérant que la situation est devenue hors de contrôle à bord du navire quatre à cinq minutes avant l'heure annoncée par la Corée du Sud, le ministère sud-coréen de la Défense explique que l'heure indiquée sur le système de vidéo-surveillance du Cheonan était en retard de près de 4 minutes par rapport à l'heure réelle, un fait jamais rendu public auparavant. Le ministère dit aussi ne disposer d'aucune information sur un appel téléphonique signalant des blessés à bord du Cheonan.

 

L'échouement du Cheonan

 

A partir des examens qu'ils ont pu effectuer en Corée du Sud, les experts de la Marine russe ont abouti à la conclusion que, avant le naufrage, le Cheonan a touché un haut-fond, un accident qui a endommagé toutes les pales de son hélice tribord ainsi que deux des pales de son hélice bâbord. Le frottement a été tel que les hélices endommagées sont devenues brillantes et ont été éraflées par endroits. Le bord d’une pale de l’hélice tribord est même entaillé, ce qui est incompatible avec l’avis du groupe mixte d’enquête sud-coréen selon lequel les déformations subies par l’hélice sont dues à l’arrêt brutal de l’axe d’hélice.

 

Les enquêteurs russes ont trouvé des restes de filets de pêche enroulés autour de l’axe de l’hélice tribord, en contradiction avec l'affirmation des autorités sud-coréennes qu’aucune zone de pêche ne se trouvait sur le trajet du Cheonan.

 

Le fragment de la « torpille numéro 1 »

 

Le fragment d'une « torpille nord-coréenne », présenté par les autorités sud-coréennes comme la preuve irréfutable – le smoking gun - de la culpabilité de la RPDC, porte l'inscription « numéro 1 » en coréen.

 

Selon les experts de la Marine russe, cette inscription ne correspond pas aux normes habituelles de marquage, qu’il s’agisse de son emplacement ou de la méthode utilisée.

 

En outre, après un examen visuel du fragment de torpille, les experts russes estiment que cet objet est resté immergé pendant au moins six mois. Il est donc impossible que la « torpille nord-coréenne » en question soit à l’origine du naufrage du 26 mars, survenu deux mois avant la découverte supposée de cette pièce.

 

Le scénario des experts russes et ses conséquences

 

A partir de ces éléments, les experts de la Marine russe ont tenté de reconstituer le scénario du naufrage du Cheonan :

 

1. Naviguant dans une zone peu profonde à proximité de la côte de l'île de Baengnyeong, le Cheonan a touché le fond de la mer.

 

2. Un filet de pêche s’est pris dans l'hélice tribord, endommageant les pales et rendant le Cheonan lent et peu manœuvrable.

 

3. Le Cheonan a entamé des manœuvres pour rejoindre la haute mer, quand sa partie inférieure a dû toucher l’antenne d'une mine sous-marine, ce qui a provoqué l’explosion de l’engin.

 

NLL Baengnyeong

 

Le risque de mines sous-marines est en effet élevé dans la zone de l'accident, de nombreuses mines de fond ayant été posées par l'armée sud-coréenne dans les années 1970 pour empêcher un éventuel débarquement sur l'île de Baengnyeong située juste en face des côtes nord-coréennes. Pour cette raison, les points d’amarrage et les voies de passage font l’objet de restrictions au large de la côte ouest de la péninsule coréenne. 

 

Les experts de la Marine russe n'écartent pas non plus la possibilité que le navire, dont le système de navigation fonctionnait mal et dont la capacité de manœuvre était restreinte, ait été touché par une torpille sud-coréenne.

 

Il est noter que l'échouement du Cheonan sur des hauts-fonds est une hypothèse déjà formulée par Shin Sang-cheol, expert des questions maritimes et ancien membre du groupe d’enquête mixte sud-coréen. Pour avoir émis cette hypothèse, Shin est aujourd’hui poursuivi par le ministère sud-coréen de la Défense. Toutefois, concernant l'autre facteur ayant entraîné la perte du Cheonan, Shin ne croit pas à l'explosion d'une mine ou d'une torpille, mais à une collision.

 

A ce stade, il ne s’agit pas de dire que les enquêteurs russes ont raison et que les autres ont tort. Mais, face aux multiples remises en cause des conclusions de l’enquête du groupe mixte d’experts civils et militaires sud-coréens, américains, britanniques, australiens et suédois - laquelle se voulait pourtant « scientifique et objective » - il devient urgent qu’une nouvelle enquête, incontestable celle fois, fasse toute la lumière sur les vraies causes du naufrage du Cheonan. La RPDC a déjà proposé d’envoyer ses propres enquêteurs, essuyant le refus des autorités sud-coréennes. En Corée du Sud, l’opposition a pris position pour une enquête parlementaire.

 

VladimirVyssotski.jpgLes résultats de l’enquête des experts de la Marine russe n’ont pas encore été rendus publics, ni par la Russie, ni par la Corée du Sud. Initialement attendus vers le 10 juin, les résultats de l'enquête russe avaient été reportés, le 9 juin, d'un mois, le temps d'analyser des fragments du navire et de l'explosif supposé. Ces délais semblent traduire un embarras face aux conséquences politiques que pourraient avoir les conclusions de l'enquête russe. Le 24 juillet, deux jours avant les révélations du Hankyoreh, l'amiral Vladimir Vyssotski, commandant en chef des forces navales russes, a seulement déclaré que « les résultats de l'enquête effectuée par les experts russes suscitent des interrogations. Nous n'avons pas reçu de réponses claires. Mais je n'en dirai pas plus » Les questions en suspens recevront-elles un jour une « réponse claire » ? « Cela ne dépend pas de nous. La situation dans la région Asie-Pacifique a toujours été compliquée », a répondu l’amiral Vyssotski, laissant entendre que Moscou pourrait bien ne pas se départir de sa traditionnelle position prudente d'équilibre entre Séoul et Pyongyang. Sergei Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, avait ainsi déclaré le 14 juillet que « le plus important » était de « calmer la situation » et de « commencer à préparer les conditions pour une reprise des pourparlers à six » pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

 

La situation est effectivement très compliquée, pour reprendre le mot de l'amiral Vyssotski… surtout pour le gouvernement sud-coréen et son parrain américain qui veulent absolument que la « communauté internationale » sanctionne la RPDC pour l’incident du 26 mars. Or, le 9 juillet, le Conseil de sécurité des Nations Unies, saisi par la Corée du Sud début juin, a fait une déclaration pour condamner l'attaque du Cheonan mais sans accuser directement la RPDC. Et, le 23 juillet, la déclaration finale du Forum régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, principal canal pour le dialogue et la coopération sur la sécurité multinationale dans la région Asie-Pacifique, a seulement exprimé « son inquiétude profonde et ses condoléances suite au naufrage du Cheonan », tout en demandant aux parties concernées de reprendre les pourparlers à six. Deux échecs successifs pour la diplomatie sud-coréenne – et américaine – qualifiés de « flop énorme » par des médias conservateurs sud-coréens dépités.

 

En revanche, prenant prétexte du naufrage du Cheonan et des preuves qu'ils ont eux-mêmes réunies contre la RPDC, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont décidé d'une série de sanctions et de manoeuvres militaires « dissuasives » contre la Corée du Nord. En Corée du Sud, une campagne d'intimidation s’est aussi développée contre ceux qui doutent de la version officielle imputant le naufrage du Cheonan à la RPDC.

 

Les autorités américaines et sud-coréennes pourraient donc avoir tiré profit du drame 26 mars et délibérément manipulé les renseignements en leur possession afin de servir certains intérêts - tels que gagner des élections ou conserver un avantage stratégique en Asie du Nord-Est -, au risque d’aggraver les tensions déjà vives autour de la péninsule coréenne. L'ampleur du scandale potentiel pourrait expliquer la discrétion de la Russie, discrétion qui, comme l'a expliqué l'amiral Vyssotski, « ne dépend pas d'elle ». Moscou a développé d'importantes relations commerciales avec la Corée du Sud, ce qui pourrait expliquer pourquoi la Russie n'a pas souhaité - jusqu'à présent - rendre publiques les conclusions de ses propres enquêteurs : Séoul a fait de la mise en cause de Pyongyang dans le naufrage du Cheonan l'axe essentiel d'une diplomatie tous azimuts, y compris en direction de pays traditionnellement proches de la RPD de Corée, comme le Cambodge. La Corée du Sud dispose d'importants moyens de rétorsion économiques contre les Etats qui voudraient aller plus loin qu'une prudente condamnation du naufrage évitant de citer la RPDC, en prenant ouvertement position contre la thèse officielle sud-coréenne.

 

Principales sources :

"Russian Navy Expert Team’s analysis on the Cheonan incident", Hankyoreh, 27 juillet 2010

"Russia’s Cheonan investigation suspects that the sinking Cheonan ship was caused by a mine in water", Hankyoreh, 27 juillet 2010

"'Complex combination of factors' responsible for Cheonan sinking, Russian investigation concludes", Hankyoreh, 27 juillet 2010

« Cheonan: les experts russes hésitent sur les causes du naufrage (amiral) », RIA Novosti, 24 juillet 2010

"A diplomatic belly flop", JoongAng Ilbo, 26 juillet 2010

"Russia's Lavrov calls for calm over S. Korea ship sinking to resume six-party talks", RIA Novosti, 14 juillet 2010

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 17:08

Les forces navales américaines et sud-coréennes mèneront des manœuvres conjointes du 25 au 28 juillet 2010 au large la péninsule coréenne, prétendument pour lutter contre les intrusions de sous-marins nord-coréens accusés d’avoir coulé une corvette sud-coréenne le 26 mars. De telles manœuvres contredisent l’appel au maintien de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne et dans l’ensemble de l’Asie du Nord-Est, figurant dans la déclaration adoptée le 9 juillet 2010 par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Ces manœuvres semblent aussi s’inscrire dans la vaste stratégie américaine d’endiguement de la Chine initiée par les néo-conservateurs US sous la présidence de George W. Bush. Comme si l’élection de Barack Obama n’avait rien changé dans la politique américaine en Asie du Nord-Est.

 

A l'occasion de la visite effectuée à Séoul par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le secrétaire à la Défense américain Robert Gates, dans le cadre de la réunion « 2+2 » avec leurs homologues sud-coréens, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont annoncé qu'ils mèneront des manœuvres navales conjointes du 25 au 28 juillet 2010 à l’est des côtes coréennes.

 

Ces manœuvres, les premières d'une série exercices militaires américano-sud-coréens en mer de l'Ouest (mer Jaune) et en mer de l'Est (mer du Japon), font partie des mesures de rétorsion dévoilées le 24 mai par le gouvernement sud-coréen suite aux accusations lancées contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dans l’affaire du naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars en mer de l’Ouest. A l'issue d'une enquête – contestée – menée par des experts civils et militaires issus de pays alliés des Etats-Unis, le naufrage du Cheonan a été imputé à une torpille tirée par un sous-marin nord-coréen. La RPDC nie toute implication dans ce naufrage et demande à pouvoir examiner les preuves avancées contre elle, ce que refusent toujours les Etats-Unis et la Corée du Sud.

 

Les manœuvres des marines américaine et sud-coréenne étaient initialement prévues pour la fin du mois de juin en mer de l'Ouest, mais elles ont été reportées en raison de la saisine du Conseil de sécurité par la Corée du Sud, le 4 juin, au sujet du naufrage du Cheonan. Le 9 juillet, une déclaration du président du Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné l'attaque contre le Cheonan, mais sans accuser directement la RPDC – dont la position a été prise en compte dans la déclaration -, au grand dam des autorités sud-coréennes et américaines qui ont décidé d’appliquer leurs propres sanctions contre la RPDC.

 

USS_George_Washington.jpgDu côté américain, participeront aux manœuvres navales le porte-avions géant USS George Washington (97.000 tonnes), une vingtaine de navires et bâtiments de guerre, un sous-marin à propulsion nucléaire de classe Ohio de 18.751 tonnes et de nombreux avions de chasse, dont des avions de chasse furtifs F-22. Du côté sud-coréen, seront déployés une dizaine d’avions de chasse F-15K et F-16, une dizaine de destroyers de type KDX-I et II ainsi que deux ou trois sous-marins.

 

Dans le communiqué publié par les forces combinées de la Corée du Sud et des Etats-Unis, le chef d'état-major interarmes sud-coréen, le général Han Min-koo, a déclaré : « Ces exercices permettront d’affûter notre capacité de réponse militaire en améliorant l’interopérabilité ainsi que la capacité opérationnelle combinée », et « nous sommes entièrement prêts à répondre militairement à toute nouvelle provocation nord-coréenne », en allusion au naufrage du Cheonan.

 

Le général Walter Sharp, commandant en chef des 28.500 soldats américains toujours stationnés en Corée du Sud a, lui, affirmé que ces manœuvres navales « amélioreraient les capacités de défense et prépareraient l’alliance [entre les Etats-Unis et la Corée du Sud] à se défendre contre des menaces communes ».

 

La RPDC a dénoncé avec véhémence ces manœuvres à grande échelle comme « extrêmement dangereuses et irresponsables et visant à perturber la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et du reste de l’Asie du Nord-Est en faisant monter la tension dans la région. »

 

Avant l’ouverture, le 23 juillet 2010 à Hanoi, du 17eme Forum régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), le porte-parole de la délégation nord-coréenne, Ri Tong-il, a de nouveau mis en garde contre la menace pour la paix et la stabilité de la région que font peser les manœuvres navales conjointes américano-sud-coréennes. Le porte-parole nord-coréen a aussi condamné les nouvelles sanctions envisagées par les Etats-Unis contre la RPDC, comme constituant une violation de la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité des Nations Unies sur l’affaire du Cheonan.

 

« La déclaration présidentielle du Conseil de sécurité des Nations Unies recommande le dialogue et la négociation pour résoudre le problème de la péninsule coréenne tout en maîtrisant l’agitation des esprits, et l’annonce [le 21 juillet de sanctions par les] Etats-Unis va à l’encontre de la demande des Nations Unies», a déclaré Ri Tong-il.

 

Après s'être retirée en avril 2009 des pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, pour protester contre sa condamnation par le Conseil de sécurité de l'ONU suite au lancement d'un satellite de télécommunications, la RPDC s'est déclarée prête à reprendre les pourparlers après la visite du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il en Chine au début du mois de mai 2010. « Nous avons déjà proposé la reprise des pourparlers à six et nous n’avons pas changé. Ils correspondent aussi à l’esprit de la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité », a dit le porte-parole de la délégation nord-coréenne au Forum régional de l'ASEAN. Toutefois, « si les Etats-Unis veulent vraiment la dénucléarisation de la péninsule coréenne, ils devront faire en sorte d’assurer l’égalité dans les négociations au lieu de faire des exercices militaires ou de nous imposer des sanctions », a-t-il ajouté.

 

Réunissant 26 pays, dont tous les pays participant aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, et l'Union européenne, le Forum régional annuel de l'ASEAN est le principal canal pour le dialogue et la coopération sur la sécurité multinationale dans la région Asie-Pacifique. Il est à noter que les Etats-Unis et la RPDC ont signé le Traité d’amitié et de coopération initié en 1976 par les membres fondateurs de l'ASEAN et engageant ses signataires à régler pacifiquement leurs conflits, à renoncer à l'usage de la force ainsi qu'à toute ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires. Les Etats-Unis n’ont signé ce traité qu’en 2009 après avoir hésité, selon certains observateurs, de peur de réduire leur marge de manœuvre sur les questions politiques et de sécurité en Asie, alimentant les spéculations sur les ambitions américaines – y compris un recours à la force - dans cette région. Les Etats-Unis auraient fini par signer le Traité d’amitié et coopération de l’ASEAN pour ne pas perdre du terrain en Asie au profit des nouveaux géants que sont l’Inde et la Chine.

 

La Chine s’est aussi montrée très irritée par la perspective d'exercices militaires massifs à proximité de son territoire. En réaction, l'armée chinoise a organisé début juillet un exercice de tir à balles réelles en mer de Chine orientale, à 800 km de la Corée du Sud. La Chine estime en effet que les manœuvres des Etats-Unis et de la Corée du Sud, lesquels prétendent ainsi préparer leurs forces navales à de possibles intrusions de sous-marins nord-coréens, visent en réalité à recueillir des informations sur le dispositif militaire chinois en mer Jaune.

 

Interrogé le 15 juillet sur le déploiement de la marine américaine, le porte-parole du ministère chinois des Affaire étrangères, Qin Gang, a été très clair : « Nous nous opposons fermement à toute activité menée par les navires et les avions militaires étrangers en mer Jaune et dans les autres zones au large des côtes chinoises, qui affecte nos intérêts sécuritaires. Nous espérons que les différentes parties concernées pourront, dans le contexte actuel, faire preuve de sang-froid et de retenue pour éviter une escalade de la tension dans la région. »

 

Le département de la Défense américain a rejeté les préoccupations de la Chine au sujet des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens. « Ces manœuvres n’ont aucune raison de susciter l’inquiétude de la Chine ou de toute autre partie », a ainsi déclaré le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrel. « Il s’agit d’envoyer un message à la Corée du Nord, pas à la Chine. Il ne faut pas l’interpréter de cette manière. » Les Etats-Unis ont encore tenté de lever les inquiétudes chinoises en n'organisant les premiers exercices navals qu'en mer de l'Est.

 

Les craintes de la Chine sont-elles fondées ?


En janvier 2001, l’administration Bush est entrée en fonction avec un objectif clair : ressusciter la doctrine de domination permanente énoncée dans les Directives pour le plan de défense (Defense Planning Guidance, DPG) pour les années 1994-1999, premier exposé formel des buts stratégiques des Etats-Unis après la disparition de l’Union soviétique. Selon la première version de ce document, sortie dans la presse au début de 1992, le premier objectif stratégique des Etats-Unis était d’empêcher l’apparition d’un futur concurrent susceptible de défier la supériorité militaire américaine.

 

« Notre premier objectif est de prévenir la réapparition d’un nouveau rival [...] qui présente une menace de l’ordre de celle présentée autrefois par l’Union soviétique », était-il écrit dans ce document. En conséquence, « nous devons nous efforcer d’empêcher toute puissance hostile de dominer une région dont les ressources, contrôlées ensemble, suffiraient à donner une puissance mondiale. »


En 1992, la doctrine de domination permanente ne spécifiait pas l’identité des futurs concurrents dont il fallait empêcher l’émergence par une action coercitive. Les stratèges américains s’inquiétaient alors d’un ensemble de rivaux potentiels, parmi lesquels la Russie, l’Allemagne, l’Inde, le Japon et la Chine ; chacun d’entre eux, pensaient-ils, pouvait devenir en quelques décennies une superpuissance, et ils devaient donc tous en être dissuadés. Cependant, quand George W. Bush fut élu président des Etats-Unis en 2000, le nombre des rivaux potentiels s’était réduit. Aux yeux des stratèges de Washington, seule la République populaire de Chine possédait la capacité économique et militaire de défier les Etats-Unis et d’aspirer à la superpuissance. Dorénavant, perpétuer la supériorité américaine dans le monde impliquait de contenir la puissance chinoise.

 

Pendant la campagne présidentielle de 2000, Condoleezza Rice, alors conseillère pour la politique étrangère du candidat républicain George W. Bush, signa dans la revue Foreign Affairs, publiée par le Council on Foreign Relations, influent think tank américain, un article suggérant que la République populaire de Chine défierait inévitablement les intérêts vitaux des Etats-Unis.

 

« la Chine n’est pas une puissance du ‘statu quo’, mais une puissance qui aimerait changer en sa propre faveur l’équilibre du pouvoir en Asie. Cela seul suffit à en faire un concurrent stratégique, et non pas ce que l’administration Clinton a qualifié une fois de ‘partenaire stratégique’ », écrivait Condoleezza Rice en 2000. Elle insistait sur l'importance d’adopter une stratégie prévenant l’émergence de la Chine comme puissance régionale. En particulier, écrivait Rice, « les Etats-Unis doivent approfondir leur coopération avec le Japon et la Corée du Sud et s’engager à maintenir une forte présence militaire dans la région »,  Washington devant aussi « prêter davantage attention au rôle de l’Inde dans l’équilibre régional », et intégrer ce pays dans un système d’alliance contre la Chine.

 

En 2006, pendant le second mandat du président Bush, l’Examen quadriennal de la Défense (Quadrennial Defense Review, QDR), réaffirmant le précepte général énoncé dans les DPG de 1992, identifia la Chine comme la superpuissance concurrente la plus probable et la plus dangereuse : « Parmi les puissances émergentes majeures, la Chine a le plus fort potentiel pour rivaliser militairement avec les Etats-Unis et capter des techniques militaires perturbatrices qui pourraient au bout d’un certain temps contrebalancer les avantages militaires traditionnels des Etats-Unis. »


Le QDR en appelait donc à un renforcement des moyens de combat dans la zone Asie-Pacifique, insistant particulièrement sur les moyens navals : « La flotte sera davantage présente dans l’océan Pacifique », note le document. Pour y parvenir, « la Marine envisage d’ajuster la position et l’implantation de ses forces pour fournir dans le Pacifique au moins six porte-avions opérationnels et disponibles ainsi que 60% de ses sous-marins à des fins d’engagement, de présence et de dissuasion ».

 

Chaque porte-avions étant au centre d’un large déploiement de navires de soutien et d’avions de protection, une concentration des forces navales américaines était à prévoir dans l’ouest du Pacifique, nécessitant également une extension substantielle du complexe des bases américaines dans la région. On sait aujourd'hui que,  prenant prétexte du naufrage du Cheonan et de la prétendue implication de la Corée du Nord, l’armée américaine conservera au moins jusqu’en 2015 le contrôle opérationnel de l’armée sud-coréenne en temps de guerre, et non jusqu’en 2012 comme négocié en 2007, ainsi que sa base militaire sur l’île japonaise d’Okinawa, contrairement à ce qu’avait promis l’ancien Premier ministre nippon Yukio Hatoyama poussé à la démission pour ce reniement.

   

 

L’administration Obama semble donc marcher dans les pas de l’administration Bush en poursuivant méthodiquement une stratégie d’endiguement de la Chine, se traduisant par une accumulation de moyens militaires américains aux limites maritimes et terrestres (en Asie centrale) de ce pays. Bien évidemment, hier comme aujourd’hui, aucun haut responsable de l’administration américaine ne peut le dire aussi clairement, surtout lorsqu'il s'agit du premier créancier des Etats-Unis... Mais, à mesure que la première puissance mondiale étale sa force de façon disproportionnée face à la Corée du Nord, petit pays de 23 millions d'habitants soumis à un embargo féroce depuis 60 ans (« Le pays le plus sanctionné du monde », avouait lui-même le président Bush en 2008), le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan apparaît pour ce qu’il est vraiment : un prétexte commode au service des intérêts stratégiques américains. Comme au début du XXème siècle, la péninsule coréenne se retrouve prise dans le jeu des grandes puissances, avec une Corée du Sud ravalée au rang de base avancée et de simple supplétif des Etats-Unis.

 

 

Sources :

Yonhap, « Quatre jours d’exercices militaires navals conjoints à partir du 25 juillet dans les eaux sud-coréennes », 20 juillet 2010 

Conférence de presse de M. Qin Gang,  porte-parole du Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, 15 juillet 2010

Yonhap, « Les Etats-Unis rejettent les préoccupations de la Chine sur les exercices militaires conjoints sud-coréano-américains », 16 juillet 2010

KCNA, "S. Korea and US Joint War Maneuvers Assailed", 16 juillet 2010

Yonhap, « "Les nouvelles sanctions des Etats-Unis sont une violation de la déclaration onusienne" », 22 juillet 2010

Michael T. Klare, "Containing China", Tomdispatch.com, 18 avril 2006 (traduction française sur le site de l'association belge Korea-is-One) 

 

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 20:03


CSNU 09072010Le vendredi 9 juillet 2010, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une déclaration suite au naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan.  La Corée du Nord et la Corée du Sud ont toutes les deux exprimé leur satisfaction sur ce texte, fruit d'un accord entre les membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France), dans un message de paix et de dialogue dont s'est félicitée la Chine. La Corée du Sud se félicite de l'emploi du terme  « attaque » et de la référence à l'enquête internationale conjointe civilo-militaire qu'elle a conduite avec des experts américains, britanniques, australiens et suédois. Mais l'absence d'imputation directe de la Corée du Nord est, de l'aveu des observateurs, un recul par rapport aux attentes de Séoul, à l'origine de la saisine du Conseil de sécurité. Pour la Corée du Nord, qui nie toute implicaton dans le naufrage, il s'agit d'une  « grande victoire diplomatique », la déclaration prenant en compte les réponses de Pyongyang. La Corée du Nord a réaffimé par ailleurs son engagement à  « faire tout son possible pour découvrir la vérité sur cet incident », le terme d'« incident » étant également employé dans la déclaration des Nations Unies, ainsi qu'à la reprise des pourparlers à six, à laquelle appelle le Conseil de sécurité.


 
« Le Conseil de sécurité prend note de la lettre datée du 4 juin 2010, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de la République de Corée auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2010/281), et de la lettre datée du 8 juin 2010, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de la République populaire démocratique de Corée auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2010/294).

Le Conseil déplore l’attaque perpétrée le 26 mars 2010, qui a provoqué le naufrage du Cheonan, un navire de la marine sud-coréenne, entraînant le décès tragique de 46 personnes.


Le Conseil constate qu’un tel incident met en danger la paix et la sécurité dans la région et au-delà.

Le Conseil déplore les morts et les blessés et exprime sa profonde sympathie et ses plus vives condoléances aux victimes et à leurs proches, ainsi qu’au peuple et au Gouvernement de la République de Corée, il recommande que des mesures appropriées et non violentes soient prises à l’encontre des auteurs de cet incident en vue de régler ce problème par des moyens pacifiques conformément à la Charte des Nations Unies et à toutes les dispositions pertinentes du droit international.


Compte tenu des résultats de la Commission d’enquête mixte civilo-militaire dirigée par la République de Corée, avec la participation de cinq États, qui a conclu que la République populaire démocratique de Corée était responsable du naufrage du Cheonan, le Conseil exprime sa profonde préoccupation.

Le Conseil prend note des réactions des autres parties concernées, dont celle de la République populaire démocratique de Corée, qui a déclaré qu’elle n’avait rien à voir avec cet incident.

En conséquence, le Conseil condamne l’attaque qui a entraîné le naufrage du
Cheonan.

Le Conseil souligne qu’il importe d’empêcher que de nouvelles attaques ou des actes d’hostilité soient perpétrés contre la République de Corée ou dans la région.

Le Conseil se félicite de la retenue dont fait preuve la République de Corée et souligne qu’il importe d’assurer le maintien de la paix et de la stabilité dans la péninsule de Corée et l’ensemble de l’Asie du Nord-Est.


Le Conseil demande que la Convention d’armistice de Corée soit pleinement respectée et encourage le règlement des problèmes en suspens dans la péninsule de Corée par des moyens pacifiques pour permettre la reprise d’un dialogue et de négociations directs par les voies appropriées dès que possible, l’objectif étant d’éviter les conflits et d’empêcher que la situation se dégrade.


Le Conseil de sécurité réaffirme qu’il importe que tous les États Membres défendent les buts et les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies. »


 

Sources :

Département de l'information de l'Organisation des Nations Unies, « Le Conseil de sécurité déplore l'attaque qui a provoqué le naufrage du navire de la marine sud-coréenne Cheonan », communiqué de presse, New York, 9 juillet 2010

 «  L'ONU condamne l'attaque de la corvette sud-coréenne », Le Monde, 9 juillet 2010

Photo :

ONU/Eskinder Debebe

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 19:30

Le gouvernement sud-coréen a saisi le 4 juin le Conseil de sécurité de l'ONU en vue d'y faire adopter une résolution contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), accusée d'avoir torpillé un navire sud-coréen, le Cheonan, le 26 mars en mer de l'Ouest. La RPDC nie ces accusations et demande à pouvoir mener sa propre enquête, ce que refusent toujours les autorités sud-coréennes. Le 14 juin, les deux parties ont été entendues séparément par le Conseil de sécurité qui avait auparavant reçu une lettre d'une association civique sud-coréenne pointant les insuffisances de l'enquête officielle, avec le souci légitime d'éviter l'adoption d'une résolution préjudiciable à la paix dans la péninsule coréenne sur la base d'informations biaisées. Pour ce type d'initiative, ceux qui doutent des conclusions de l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, ou s'inquiètent seulement des conséquences de cette enquête pour la paix en Corée, subissent aujourd'hui des pressions insupportables en Corée du Sud, parfois encouragées par les autorités sud-coréennes elles-mêmes.

Fondée en 1994, l'association sud-coréenne Solidarité populaire pour une démocratie participative (SPDP) se présente comme une organisation cherchant à promouvoir la justice et les droits humains dans la société coréenne grâce à la participation du peuple. Voulant lutter contre les abus de pouvoir, SPDP mène régulièrement des campagnes de sensibilisation, pose des questions dans les domaines social et politique, résout des litiges administratifs et publics, et lance des pétitions pour l'adoption de lois.

Dès le 10 juin, l'association sud-coréenne a adressé aux 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU une lettre - en anglais - accompagnée d'un dossier de 27 pages détaillant les problèmes posés par les conclusions de l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, qui imputent ce naufrage à la RPDC.

Dans sa lettre, SPDP affirme que tous les résultats de l'enquête sur le Cheonan n'ont pas été dévoilés. L'association s'inquiète aussi des graves problèmes politiques et diplomatiques que pourraient provoquer les mesures de rétorsion contre la Corée du Nord annoncées par le gouvernement sud-coréen. En conclusion, SPDP exprime l'espoir que le Conseil de sécurité de l'ONU prendra une décision raisonnable et juste pour la paix dans la péninsule coréenne, en prenant en compte tous les éléments.

Le dossier joint à la lettre - et que nous présentons ci-après - pose plusieurs questions sur des points non résolus par l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, tels que la colonne d'eau qu'aurait dû provoquer l'explosion sous-marine d'une torpille, la rupture de la coque du navire, et le processus même de l'enquête.

Le gouvernement sud-coréen a attaqué l'initiative de SPDP, qualifiée d'interférence dans son action diplomatique, et des accusations de trahison ont même été lancées par des responsables du gouvernement. En réponse, Solidarité populaire pour une démocratie participative a réaffirmé son droit à écrire une telle lettre en tant qu'organisation non gouvernementale dotée – depuis 2004 - d'un statut consultatif auprès de l'Organisation des Nations Unies. Le gouvernement Lee Myung-bak a beau clamer que l'association cherche ainsi à diviser l'opinion publique, selon SPDP la responsabilité du gouvernement est encore plus grande car il a porté devant la communauté internationale un sujet sur lequel n'existe aucun consensus en Corée du Sud.

Pour certaines organisations conservatrices sud-coréennes, l'initiative de SPDP est un acte favorisant l’ennemi et  elles ont appelé à poursuivre l’association pour avoir violé la Loi sur la sécurité nationale en vigueur depuis 1948 en Corée du Sud.

Depuis le 15 juin, lendemain de l'audition des représentants des deux Corée par le Conseil de sécurité de l'ONU au sujet du naufrage du Cheonan, les membres de Solidarité populaire pour une démocratie participative travaillent sous la menace de plusieurs organisations conservatrices sud-coréennes qui manifestent violemment devant le siège de SPDP sous le slogan « Eliminons SPDP, association ennemie! », en lançant des objets divers sur  le bâtiment, et en n'hésitant pas à s'en prendre aux personnes qui en sortent. Le 16 juin, le directeur du comité politique de SPDP, Kim Ki-sik, a ainsi été roué de coups par des manifestants alors qu'il quittait son bureau. A l'intérieur du bâtiment cerné par 200 policiers qui empêchent les manifestants d'entrer, consigne a été donnée de laisser les stores baissés et d'éviter de sortir.

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Des membres d'oganisations conservatrices sud-coréennes affrontent la police pendant une manifestation devant le siège de SPDP, le 17 juin à Séoul (photo : Hankyoreh)

Face au climat de terreur qui s'installe en Corée du Sud vis-à-vis de ceux qui remettent en question les conclusions de l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, plusieurs citoyens et organisations civiques ont accusé le gouvernement Lee Myung-bak, le Grand Parti national (GNP) au pouvoir et les divers groupes conservateurs de se livrer à une véritable chasse aux sorcières à l'encontre de SPDP. Les manifestations violentes  ont débuté au lendemain des élections locales du 2 juin 2010, où le GNP a essayé en vain d'utiliser le naufrage du Cheonan à des fins politiques, et alors que les efforts diplomatiques du gouvernement sud-coréen aux Nations Unies, visant à faire condamner la Corée du Nord, sont loin de produire les résultats espérés.

La Chine et la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, se sont jusqu'ici montrées réticentes à condamner la RPDC sur la seule foi des éléments avancés par le gouvernement sud-coréen. Dans ces conditions, il est peu probable que le Conseil de sécurité adopte une résolution contre la RPDC, comme le souhaite le gouvernement sud-coréen, lequel dispose de peu de moyens de pression sur la Chine et la Russie. « Si la diplomatie du gouvernement Lee échoue, il est fort possible qu'il essaiera d'en rejeter la responsabilité sur SPDP », a déclaré le secrétaire général adjoint de SPDP, Lee Tae-ho, un des rédacteurs du rapport adressé le 10 juin au Conseil de sécurité.

Certains voient aussi des signes inquiétants d'un retour à un passé barbare dans les attaques de groupes conservateurs contre des organisations telles que Solidarité populaire pour une démocratie participative.

« Le gouvernement [sud-coréen] est en train de 's'épuiser' dans une diplomatie concernant le naufrage du Cheonan afin d'échapper à sa propre responsabilité dans l'échec aux élections locales, et réagit avec une mentalité de Guerre froide insistant sur le patriotisme et le nationalisme », a ainsi déclaré Cho Dae-yeop, professeur de sociologie à l'université de Corée. « Les actions du gouvernement vont à l'encontre de la tendance mondiale évoluant vers une mentalité post-Guerre froide », a dit le professeur Cho. « Il est très regrettable que la police et les groupes conservateurs y ont contribué. »

« Il semble que les groupes conservateurs, lesquels ont développé une forte hostilité envers la Corée du Nord et les forces progressistes au cours des dix dernières années, ont décidé que l'arrivée du gouvernement de Lee Myung-bak a créé un environnement politique et social autorisant les actions extrémistes », a quant à lui déclaré Shin Jin-wook, professeur de sociologie à l'université Chungang. « Le gouvernement actuel et le parti au pouvoir, les médias conservateurs et les organisations de la nouvelle droite disent qu'ils ne refusent pas la démocratie, mais encouragent un 'terrorisme d'extrême-droite' en soulevant des questions qui permettent à des groupes de la droite extrême de s'engager dans des actions radicales. »

Si on en croit les analyses des professeurs Cho Dae-yeop et Shin Jin-wook, les actions radicales menées depuis le 15 juin contre des associations telles que Solidarité populaire pour une démocratie participative ont au moins reçu les « encouragements » du ministre sud-coréen de la Défense, Kim Tae-young. Ainsi, lors d’une conférence sur la cybersécurité le 8 juin, le ministre a déclaré que le gouvernement devait rapidement s’occuper de ceux qui propagent des rumeurs sur Internet en remettant en cause les résultats de l’enquête internationale sur le naufrage du Cheonan, allant jusqu'à qualifier ces actions de « cyberterrorisme ». Il est à noter que ces propos - témoignant, pour le moins, d'un manque de sérénité du gouvernement sud-coréen - ont été tenus au lendemain de la fin de l'enquête menée par un groupe d'experts de la Marine russe sur le naufrage du Cheonan. En effet, la Russie doute des conclusions de l’enquête des experts civils et militaires sud-coréens, américains, britanniques, canadiens, australiens et suédois, et a voulu effectuer sa propre enquête dont les résultats sont attendus dans le courant du mois de juillet.

 

Sources :

Solidarité populaire pour une démocratie participative

Hankyoreh, "Civic group takes unresolved Cheonan issues to UN", 15 juin 2010

Hankyoreh, "Far-right groups launch violent protests against PSPD", 18 juin 2010

Yonhap, « Pour le chef de la défense, les rumeurs en ligne sur le Cheonan sont du "cyberterrorisme" », 8 juin 2010

 

SPDP Rapport-Cheonan

« Position de SPDP quant au naufrage du navire Cheonan », rapport adressé au Conseil de sécurité de l'ONU le 10 juin 2010 par le Centre pour la paix et le désarmement de Solidarité populaire pour une démocratie participative

(cliquer sur l'image pour télécharger le document)

 

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 18:08

Comme il l'avait annoncé le 24 mai 2010, le gouvernement sud-coréen a saisi le 4 juin le Conseil de sécurité de l'ONU à propos du naufrage d'un navire de la marine sud-coréenne , le 26 mars, qui a coûté la vie à 46 marins. Le 20 mai, une enquête menée par un groupe d'experts civils et militaires  a conclu que le navire avait été la cible d'une torpille tirée par un sous-marin de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). La RPDC a rejeté ces conclusions et nié toute responsabilité dans l'incident maritime du 26 mars. Le 14 juin, les 15 membres du Conseil de sécurité ont donc entendu séparément des représentants sud-coréens et nord-coréens. Le 15 juin, le représentant permanent de la RPDC auprès de l'Organisation des Nations Unies a donné une conférence de presse au siège de l'ONU, à New-York, pour réaffirmer le point de vue défendu la veille devant les membres du Conseil de sécurité, et prévenir un scénario « à l'irakienne » : une manipulation des renseignements qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la paix dans la péninsule coréenne.


SinSonHo.jpg« Une guerre peut éclater à tout moment », a déclaré lors d'une conférence de presse, le 15 juin 2010, le représentant permanent de la RPD de Corée auprès de l'ONU, Sin Son-ho, en imputant ce risque aux manœuvres navales « inconscientes » de la Corée du Sud.


Le représentant de la RPDC a réaffirmé que son pays n’est pour rien dans le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars dernier.


La seule manière de faire toute la lumière sur cette affaire, a-t-il estimé, est d’autoriser la RPDC à mener sa propre enquête.


Ce sont les autorités sud-coréennes et américaines qui ont concocté cette affaire, a accusé Sin Son-ho, en jugeant qu’elle bénéficie bien aux Etats-Unis. Devant une salle comble, le représentant de la RPDC a démonté plusieurs points de l’enquête internationale et regretté la position sud-coréenne.


Plutôt que d’accepter la proposition de la RPDC, a-t-il dit, les autorités sud-coréennes ont préféré saisir le Conseil de sécurité des conclusions de l’enquête qu’ont menée des experts civils et militaires sud-coréens, américains,  britanniques, canadiens, australiens et suédois.


« Les résultats sont complètement fabriqués », a plaidé le diplomate nord-coréen, en voyant là une « affaire montée de toute pièce » pour servir les intérêts sud-coréens. Il a fait remarquer que la date de parution du rapport d’enquête a coïncidé opportunément avec les élections locales en Corée du Sud et la visite au Japon de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton.


Remettant en cause la composition, les règles, les procédures et l’indépendance des enquêteurs, le représentant nord-coréen s’est demandé pourquoi des navires de guerre américains et sud-coréens nombreux à ratisser la zone de l’accident, avec des moyens de pointe, n’ont pas réussi à collecter des « preuves substantielles ».


« C’est une farce. C’est de la fiction », a-t-il commenté. Comment se fait-il, s’est-il interrogé, que les restes de la torpille ou encore des inscriptions toujours très lisibles aient résisté à l’explosion et à la chaleur? 


Le représentant permanent a affirmé que le jour même du naufrage, les Américains et les Sud-Coréens menaient un exercice militaire commun sur les lieux de l’incident.  Il est improbable, dans ces conditions, que les « petits » sous-marins nord-coréens aient atteint le Cheonan, s’est-il défendu.


Dénonçant les restrictions imposées aux enquêteurs internationaux et le silence auquel ont été contraints les survivants du naufrage, Sin Son-ho a accusé les Etats-Unis d’être à l’origine du naufrage, en arguant, par exemple, du fait que le Premier ministre japonais ait reconnu que cet incident était la raison pour laquelle il avait accepté la demande des États-Unis de déplacer leur base militaire d'Okinawa.


De leur côté, a ajouté M. Sin, les autorités sud-coréennes ont vu dans cet incident l’occasion de renforcer les forces conservatrices dans leur pays, de créer des tensions avec la RPDC et de la brouiller avec la Chine.


Lors de la séance informelle du Conseil de sécurité du 14 juin, a-t-il dévoilé, certains pays ont dit que cette affaire devrait être discutée au sein de la Commission d’armistice militaire. Mais, a-t-il rétorqué, les Etats-Unis ont déjà paralysé le fonctionnement de la Commission en mars 1991, en remplaçant le chef du Commandement des Nations Unies par un général sud-coréen (la Corée du Sud n'a pas signé l'accord d'armistice de 1953).


Le Conseil de sécurité, a-t-il averti, risque de se faire duper par une seule partie, comme ce fut le cas en février 2003 pour l’Irak. Les Etats-Unis et le Conseil de sécurité devront alors partager la responsabilité des conséquences de cet incident, a-t-il estimé.


Le représentant a refusé de s’étendre sur le retour de la RPDC aux pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, se contentant de souligner que l’arme nucléaire est une arme de dissuasion. Quant au dixième anniversaire de la Déclaration commune du 15 juin 2000 sur la réunification de la péninsule coréenne, il a regretté que le gouvernement sud-coréen au pouvoir depuis 2008, ait renié cet accord.


Le représentant permanent de la République populaire démocratique de Corée auprès de l’ONU avait déjà adressé le 8 juin une lettre au président du Conseil de sécurité, Claude Heller, pour mettre en garde le Conseil contre une manipulation des renseignements  par la partie sud-coréenne et ses alliés américains au sujet du naufrage du Cheonan :


« Je vous adresse la présente lettre compte tenu de l’aggravation récente de la situation dans la péninsule coréenne.

« Le 20 mai 2010, les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud ont publié les "résultats" d’une "enquête" qui établit avec véhémence un lien entre le naufrage du bâtiment de combat sud-coréen Cheonan et la République populaire démocratique de Corée.

« La République populaire démocratique de Corée a immédiatement rejeté en bloc les "résultats de l’enquête", indiqué clairement qu’elle n’avait rien à voir avec cet incident et proposé d’envoyer sur les lieux sa propre commission d’enquête relevant de la Commission de la Défense nationale afin d’évaluer en toute objectivité les "résultats de l’enquête".

« Il serait très utile de ne pas oublier les doutes et les critiques de plus en plus nombreux qui ont été exprimés par la communauté internationale, au-delà des frontières intérieures de la Corée du Sud, dès la publication des "résultats de l’enquête".

« Au fil des jours, l’analyse militaire objective et scientifique et les circonstances dans lesquelles l’incident en question s’est produit montrent qu’il s’agit d’un scénario fabriqué de toutes pièces aux seules fins de servir les objectifs politiques et militaires des États-Unis d’Amérique.

« Pour régler cette affaire, il faudra que la République populaire démocratique de Corée, qui en est la victime, puisse procéder à la vérification des "résultats de l’enquête" et les examiner selon une méthode scientifique et objective.

« Il faut absolument que le Conseil de sécurité ne soit pas à nouveau l’instrument de l’arrogance et de l’hégémonie des États-Unis d’Amérique, qui l’avaient utilisé pour légitimer leur invasion armée de l’Irak, en se fondant seulement sur les mensonges proférés en février 2003 par le secrétaire d’État américain Powell.

« Le Conseil de sécurité a pour devoir de respecter rigoureusement les principes de souveraineté et d’impartialité des États membres de l’Organisation des Nations Unies, qui sont consacrés par la Charte des Nations Unies.

« La mission essentielle du Conseil de sécurité est le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Si le Conseil, conformément à sa mission, souhaite véritablement voir régner la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, où l’incident du Cheonan a créé une situation de grande instabilité, il lui appartient d’agir pour que les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud reçoivent la commission d’enquête de la Commission de la défense nationale, comme la République populaire démocratique de Corée, qui est la victime, l’a déjà proposé afin de contribuer à la vérification des "résultats de l’enquête".

« Ce faisant, le Conseil de sécurité devrait se donner pour priorité absolue de faire toute la lumière sur cet incident de façon impartiale et objective.

« Si les "résultats de l’enquête", qui ont été fabriqués unilatéralement, étaient inscrits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité et faisaient l’objet d’un débat alors que la partie qui en est la victime directe n’a pas pu procéder à une vérification, cela constituerait très clairement une atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la République populaire démocratique de Corée et nul n’ose imaginer la gravité des conséquences d’un tel acte sur la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne.

« Je saisis cette occasion pour vous faire tenir ci-joint le texte de la réponse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée datée du 4 juin 2010 et vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre et de la réponse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères comme document du Conseil de sécurité. » [voir ci-après]


Après l'exposé du 14 juin par les représentants de la Corée du Sud et de la Corée du Nord, le Conseil de sécurité de l'ONU a lancé un « appel fort aux parties afin qu'elles s'abstiennent de tout acte qui pourrait conduire à une escalade des tensions dans la région » et en faveur de la préservation de la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne.


Une condamnation, voire une résolution assortie de nouvelles sanctions, à l'encontre de la RPDC qui rejette toute responsabilité dans le naufrage du Cheonan entraînera fatalement des contre-mesures nord-coréennes. Tout dépend désormais de l'attitude de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité et détenant à ce titre un droit de veto.


Si la France et la Grande-Bretagne se déclarent convaincues par les éléments avancés par la Corée du Sud et les Etats-Unis, imputant à la RPDC le naufrage du Cheonan, la Chine et la Russie se montrent, elles, plus sceptiques, les résultats d'une contre-enquête menée par les experts russes étant attendus dans le courant du mois de juillet.


Sources :

Département de l'information de l'Organisation des Nations Unies, « Conférence de presse du représentant de la RPDC sur la suite à donner à l'enquête internationale sur le naufrage d'un navire sud-coréen », communiqué de presse, New York, 15 juin 2010

Conseil de  sécurité de l'Organisation des Nations Unies, document S/2010/294

KCNA, "DPRK Permanent Representative Sends Message to President of UNSC", 9 juin 2010

AFP, « L'ONU met en garde les deux Corées contre une intensification des tensions », 14 juin 2010 

Photo : ONU/Mark Garten

 


Annexe à la lettre datée du 8 juin 2010 adressée au président du Conseil de sécurité

par le représentant permanent de la République populaire démocratique de Corée

auprès de l’Organisation des Nations Unies

Réponse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères

de la République populaire démocratique de Corée

aux questions posées le 4 juin 2010 par l’Agence centrale de presse coréenne

concernant la tentative faite par les États-Unis d’Amérique et ses partisans

de saisir le Conseil de sécurité de l’affaire du naufrage du Cheonan

tout en impliquant la République populaire démocratique de Corée

 
Ainsi que la République populaire démocratique de Corée l’a déjà expliqué, les « résultats de l’enquête » sur l’affaire qui ont été annoncés par les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud ont été fabriqués de toutes pièces. S’ils étaient véridiques, les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud n’auraient aucune raison de refuser de recevoir la commission d’enquête de la Commission de la Défense nationale de la République populaire démocratique de Corée, qui a déjà proposé de faire confirmer objectivement ces « résultats ».

La condition incontournable au règlement de cette affaire est que la République populaire démocratique de Corée, qui est la victime, procède à une inspection et à la vérification des « résultats de l’enquête » présentés par les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud.

Pour commencer, la « commission d’enquête » concoctée par les autorités sud-coréennes, à la suite d’une manipulation des États-Unis d’Amérique, n’est qu’une vague entité qui ne respecte pas toutes les normes internationales. Les autorités militaires ont le dernier mot et la commission d’enquête comprendrait certains étrangers, mais il n’a pas été indiqué officiellement selon quelles procédures ceux-ci avaient été sélectionnés ni s’ils avaient tous signé les « résultats de l’enquête ». C’est pour cette raison que les autorités sud-coréennes se sont vues obligées de lui donner le nom, bancal et jusqu’alors ignoré du monde entier, de « commission d’enquête mixte civilo-militaire », au lieu de l’appeler « équipe d’enquête internationale ». À présent, elles s’efforcent d’apaiser la communauté internationale, qui a jugé douteux les « résultats de l’enquête », en invitant des experts de pays qui ne sont pas victimes de l’affaire en question.

Le Conseil de sécurité ne doit pas reproduire le précédent lors duquel les États-Unis d’Amérique l’ont sali de leurs mensonges concernant l’Irak. Il importe que les États membres du Conseil de sécurité s’intéressent en priorité à la recherche objective de la vérité et veillent à tirer leurs propres conclusions pour que le Conseil ne soit pas à nouveau utilisé à mauvais escient en raison de l’arrogance des États-Unis d’Amérique et de leurs pratiques arbitraires. Si le Conseil est saisi de cette question, il devrait avant tout prendre les mesures voulues pour que les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud reçoivent la commission d’enquête de la Commission de la Défense nationale, comme l’a déjà proposé la République populairedémocratique de Corée, et laissent cette commission d’enquête confirmer les « résultats de l’enquête ».

Si les États-Unis d’Amérique et leurs partisans saisissent le Conseil de sécurité de cette affaire alors qu’ils ne disposent que des « résultats de l’enquête » obtenus unilatéralement, dont ils refusent que l’authenticité soit confirmée objectivement, cela prouvera irréfutablement qu’ils ont des motifs inavoués.

Dès lors, ni les États-Unis d’Amérique ni le Conseil de sécurité n’auront rien à dire si la République populaire démocratique de Corée riposte par les plus sévères mesures, comme elle l’a fait dans le passé, et ils ne pourront nier leur responsabilité dans le blocage de la dénucléarisation et le déclenchement d’un conflit dans la péninsule coréenne.

 

Source : Conseil de  sécurité de l'Organisation des Nations Unies, document S/2010/294

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 23:01

Alors que de nombreux Sud-Coréens sont sceptiques quant à la thèse officielle sur le naufrage du Cheonan, les médias occidentaux commencent, à leur tour, à s'interroger sur les conclusions de l'enquête diligentée par le gouvernement Lee Myung-bak. Ce dernier, qui voit dans une attaque nord-coréenne l'argument idéal pour interrompre un rapprochement intercoréen auquel il a toujours été hostile, a saisi le Conseil de sécurité des Nations-Unies le 4 juin, en vue de condamner - voire de sanctionner - Pyongyang.

Dans les médias francophones, un contributeur au média citoyen AgoraVox, Morice, ouvertement hostile à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), condamne la version officielle sud-coréenne comme un "mensonge éhonté" et une "opération de manipulation manifeste" : d'une part, il s'interroge sur la présence de ce qui ressemble à des "balanes" et qui témoigneraient d'une présence dans l'eau de la pièce à conviction plus longue que celle attendue (moins de deux mois) ; d'autre part, il montre que la torpille ne ressemble pas à celles utilisées par les Nord-Coréens, mais plutôt au modèle Mk-44, très courant aux Etats-Unis (lire "Une torpille, au goût de golfe du Tonkin").

Enfin, parmi les grandes chaînes francophones, la Radio télévision belge francophone (RTBF), publique, émet de sérieux doutes sur l'enquête officielle sud-coréenne, en détaillant les failles de l'enquête, Pyongyang étant le "coupable idéal". Nous reproduisons ci-après l'article de Christophe Bastin et Ju. VI, publié sur le site de la RTBF le 3 juin 2010. Notons que leurs auteurs sont eux aussi critiques sur le régime politique de la RPDC, mais les menaces qui pèsent aujourd'hui sur la paix dans la péninsule coréenne exigent de connaître la vérité sur les causes réelles du naufrage, quelles que puissent être par ailleurs les opinions de chacun.

 

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Naufrage en Corée du Sud : la Corée du Nord accusée à tort ?

 

Le naufrage du Cheonan avait fait 46 victimes sud-coréennes le 26 mars dernier. Une enquête internationale avait attribué cette catastrophe à une attaque nord-coréenne. Il semble toutefois qu'il faille nuancer cette version officielle.

 

Le 26 mars dernier la corvette sud-coréenne Cheonan faisait naufrage suite à une explosion. Bilan: 46 morts.

 

Juste après l'incident, alors que l'armée sud-coréenne déclare n'avoir détecté aucun vaisseau de guerre nord-coréen, le gouvernement n'exclut cependant pas la possibilité d'une implication du Nord.

 

Mi-avril, l'épave est ramenée à la surface et une enquête peut enfin commencer. Selon les premières conclusions, l'incident n'aurait pas été causé par une attaque directe sur la coque mais plutôt par une explosion externe s'étant produite à proximité du vaisseau.

 

Le 20 mai, soit un mois plus tard, une commission d'enquête internationale met pourtant directement en cause la Corée du Nord. La conclusion est sans nuance: un sous-marin nord-coréen a torpillé la corvette Cheonan.

 

Une enquête internationale devenue thèse officielle à Séoul

 

Les résultats de l'enquête sont largement diffusés par les médias du monde entier. Le Président sud-coréen Lee Myung-bak, fort des résultats de l'enquête internationale, s'empresse de dévoiler la liste des mesures de représailles. Suite à cette annonce, la Corée du Nord, qui nie depuis le début toute implication dans l'incident, décide de rompre toute relation avec le Sud et met fin à un accord militaire sur la prévention des conflits maritimes. Lee Myung-bak en appelle alors au Conseil de Sécurité de l'ONU afin de durcir encore les sanctions. C'est l'escalade.

 

Après avoir enchaîné des déclarations contradictoires, le gouvernement sud-coréen se base donc sur les résultats de l'enquête internationale pour accuser fermement Pyongyang.

 

Or, cette enquête soulève de nombreuses interrogations et est remise en question par une grande partie de la population sud-coréenne relayée notamment par le Parti démocratique, les quotidiens d'opposition, ainsi que par un réseau d'associations civiles.

 

Une enquête entachée de failles

 

Tout d'abord, la validité de la principale pièce à conviction est plus que discutable. Il s'agit d'un fragment de torpille retrouvé dans les fonds marins presque deux mois après l'incident et sur lequel on peut lire le caractère coréen: 1beon (1번 : numéro 1). Premier problème, le caractère coréen est écrit à la main avec un feutre indélébile, un feutre dont l'encre résisterait à la chaleur extrême d'une explosion, et à l'immersion en mer pendant plusieurs semaines. Deuxième problème, la Corée du Nord n'utilise généralement pas le caractère beon (번) mais plutôt le caractère ho (호).

 

Ensuite, la déclaration suivant laquelle la torpille a été lancée par un sous-marin nord-coréen est également remise en question. Début avril, tant le ministre de la Défense sud-coréen que le commandant des forces américaines stationnées en Corée du Sud avaient affirmé n'avoir détecté aucun mouvement inhabituel des militaires nord-coréens.

 

Enfin, au moment de l'incident, un exercice naval conjoint americano-sud-coréen impliquant plusieurs navires de guerre étaient en cours et le Cheonan étant lui-même un patrouilleur de combat spécialisé dans la guerre anti-sous-marine. L'infiltration de ce cordon maritime par un sous-marin nord-coréen semble pour certains experts techniquement très peu probable.

 

L'enquête semble donc comporter des failles. Pourquoi alors cet empressement à accuser le voisin du nord ?

 

Pyongyang : coupable idéal ?

 

Pyongyang, dictature totalitaire et dernier régime stalinien de la planète (1), a toujours nié son implication et a exprimé sa volonté d'envoyer une délégation chargée d'examiner les résultats de l'enquête.

 

Le gouvernement du Sud a rejeté cette proposition. Un refus qui n'est pas étonnant et ce à plusieurs égards.

 

Tout d'abord, il faut savoir que Lee Myung-bak et son Grand Parti National ont leurs principaux soutiens dans les milieux conservateurs. Ces dirigeants conservateurs ont toujours été hostiles au mouvement de rapprochement des deux Corées initié en 1998 par les dirigeants précédents issus du Parti Démocrate.

 

Depuis son élection en 2008, Lee Myung-bak a opté pour une politique beaucoup plus dure envers son voisin du Nord, quitte à saper les progrès qui avaient été réalisés depuis dix années en faveur d'une réunification.

 

Ensuite, rappelons que ce 2 juin ont eu lieu les élections régionales en Corée du Sud. Ces élections ont toutes leur importance, elles sont perçues comme un prélude aux élections parlementaires et présidentielles prévues en 2012.

 

L'incident constitue donc une occasion de faire souffler une fois de plus le "vent du nord" sur la société sud-coréenne. La menace du Nord permet de légitimer la ligne politique actuelle de Séoul qui se démarque de la main tendue et de la politique de pacification initiée par Kim Dae-Jung à la fin du siècle dernier.

 

Précisons qu'une grande partie de la population sud-coréenne reste en faveur d'une relation pacifique avec le Nord et craint de voir partir en fumée dix ans d'efforts pour une réunification de la péninsule coréenne.

 

Christophe Bastin et Ju. Vl.

 Crédit photo : Archive EPA

 

Source : RTBF

 


(1) NdR - L'AAFC ne partage pas cette appréciation du régime politique de la République populaire démocratique de Corée qui tend à en ignorer le caractère spécifiquement coréen. Comme l'a montré , notamment, le chercheur américain Charles K. Armstrong, les institutions de la RPD de Corée s'inspirent de l'expérience des gouvernements populaires révolutionnaires de la guérilla coréenne établis en Mandchourie entre 1932 et 1935. D'autres démocraties populaires d'Asie, comme la Chine et le Vietnam, sont également issues des luttes de libération nationale.

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 15:36

FidelCastro.jpgDepuis son retrait de la tête de l'Etat cubain, en février 2008,  Fidel Castro Ruz continue de livrer régulièrement ses réflexions et analyses sur la situation internationale. Il revient ici sur la crise ouverte en Corée par le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan, le 26 mars dernier. Pour l'ancien président du Conseil d'Etat de la République de Cuba, il s'agit d'une situation créée délibérément par les Etats-Unis pour servir leurs intérêts en Asie du Nord-Est.

 

L'Empire et le mensonge

par Fidel Castro Ruz

 

Je n’ai pas le choix : il me faut écrire deux Réflexions sur la Corée et l'Iran pour expliquer qu’il existe un danger de guerres imminent où serait employée l’arme nucléaire. J’ai dit aussi qu’il était possible de faire tourner court le premier si la Chine décidait de recourir à son droit de veto pour bloquer la résolution que les États-Unis promeuvent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Le second dépend de facteurs qui échappent à tout contrôle, étant donné la conduite fanatique d’Israël, converti par les USA en une forte nation nucléaire qui n’accepte aucun contrôle de la part de la superpuissance. [lire "L'Empire et la guerre", 1er juin 2010]


Lors de la première intervention des USA visant à écraser la Révolution islamique en juin 1953, pour défendre leurs intérêts et ceux de leur fidèle allié, le Royaume-Uni, et pour installer Mohammed Reza Pahlevi au pouvoir, Israël était un petit État qui ne s’était pas encore emparé de la quasi-totalité du territoire palestinien, d’une partie de la Syrie et d’une bonne part de la Jordanie voisine, défendue jusqu’alors par la Légion arabe dont il ne resta même pas l’ombre.


Aujourd’hui, les centaines de missiles à ogives nucléaires d’Israël, appuyés par les avions les plus modernes que lui fournissent les USA, menacent la sécurité de tous les États de la région, arabe ou non, musulmans ou non, à portée de leur vaste rayon d’action, parce que leur précision est de quelques mètres.


Dimanche dernier, le 30 mai, quand j’écrivais les Réflexions intitulées "L’Empire et la drogue", Israël n’avait pas encore attaqué brutalement la flottille qui transportait des vivres, des médicaments et des articles destinés au million et demi de Palestiniens assiégés dans un petit fragment de ce qui avait été leur patrie durant des milliers d’années.


L’immense majorité des gens occupent leur temps à résoudre les besoins que leur impose la vie, dont les aliments, le droit aux loisirs et à l’étude, et d’autres problèmes vitaux de leurs familles les plus proches, et ils ne peuvent partir en quête d’informations sur les événements de la planète. On les voit partout, pleins de noblesse, espérant que d’autres se chargeront de chercher des solutions aux problèmes qui les écrasent. Ils sont capables de se réjouir et de sourire. Ils rendent ainsi heureux les gens qui, comme nous, ont le privilège d’observer avec équanimité les réalités qui nous menacent tous.


On accuse la Corée du Nord d’avoir torpillé la corvette sud-coréenne Cheonan, conçue selon une technologie de pointe, dotée d’un vaste système de sonar et de senseurs acoustiques sous-marins, dans des eaux situées face à ses côtes, cette action atroce ayant coûté la vie à quarante marins sud-coréens et causé des dizaines de blessés.


J’avais du mal à déchiffrer le problème. D’une part, je ne parvenais pas à m’expliquer comment un gouvernement, même s’il jouit de beaucoup d’autorité, pouvait utiliser des mécanismes de commandement pour donner l’ordre de torpiller un bâtiment de ce genre ; de l’autre, je n’ai pas cru une seconde la version selon laquelle Kim Jong-il avait donné cet ordre.


Je n’avais pas assez d’éléments en main pour aboutir à une conclusion, mais j’étais sûr que la Chine opposerait son veto au projet de résolution soumis au Conseil de sécurité pour sanctionner la Corée du Nord. Mais je ne doute absolument pas, par ailleurs, que les États-Unis ne peuvent éviter que le gouvernement incontrôlable d’Israël emploie l’arme nucléaire.


Le 1er juin, dans la soirée, la vérité a commencé à se faire jour au sujet de ce qui s’était vraiment passé.


J’ai écouté à 22 h 30 le journaliste Walter Medina, animateur d’un programme phare de la télévision vénézuélienne, « Dossier », faire une analyse percutante. Sa conclusion est que les États-Unis ont fait croire aux deux parties de la Corée ce que chacune affirmait de l’autre, en vue de régler le problème du territoire occupé par la base d’Okinawa dont le nouveau Premier ministre japonais, se faisant l’écho des aspirations de paix de la population, réclamait la rétrocession. Si son parti avait remporté un soutien électoral énorme, c’est justement parce qu’il avait promis d’obtenir le retrait de la base militaire installée là, comme un poignard planté depuis plus de soixante-cinq ans au cœur même du Japon, aujourd’hui développé et riche.


Le Global Research permet de connaître des détails absolument sidérants de ce qui est arrivé, grâce à l’article de Wayne Madsen, journaliste enquêteur de Washington, qui a diffusé des informations émanant de sources de renseignements sur le site web Wayne Madsen Report.


Ces sources, affirme-t-il, « soupçonnent que l’attaque à la corvette de guerre anti-sous-marin de la marine sud-coréenne Cheonan, a été organisée sous un faux pavillon afin de faire croire qu’elle provenait de Corée du Nord.


« L’augmentation des tensions dans la péninsule coréenne visait surtout, entre autres objectifs, à exercer des pressions sur le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama afin qu’il modifie sa politiques relative au retrait à Okinawa de la base des marines étasuniens. Hatoyama a admis que les tensions créées par le torpillage du Cheonan avaient eu une grande influence sur sa décision de permettre aux marines étasuniens de rester à Okinawa. La décision de Hatoyama a provoqué une division dans le gouvernement de coalition de centre-gauche, ce dont Washington s’est réjoui, puisque le leader du Parti social-démocrate Mizuho Fukishima a menacé de s’en retirer à cause de cette volte-face au sujet d’Okinawa.


« Le Cheonan a été coulé près de l’île Baengnyeong, un endroit de l’extrémité occidentale éloigné de la côte sud-coréenne, mais face à la côte nord-coréenne. Cette île est fortement militarisée et à portée de l’artillerie de défense côtière nord-coréenne, située de l’autre côté d’un étroit canal.


« Le Cheonan, une corvette de guerre contre sous-marins, était équipée de sonar de pointe, de vastes systèmes de sonar hydrophone et de senseurs acoustiques sous-marins. La Corée du Sud ne possède aucune preuve de sonar ou d’audio d’une torpille, d’un sous-marin ou d’un mini-sous-marin dans le coin. Comme il n’a quasiment aucune navigation dans le canal, la mer était silencieuse au moment du torpillage.


« Or, l’île Baengnyeong abrite une base de renseignements militaires des USA et de Corée du Sud, et les forces spéciales de la marine étasunienne y opèrent. Il y avait aussi quatre bâtiments étasuniens dans le secteur, dans le cadre des manœuvres Foal Eagle entre les deux pays, durant le torpillage du Cheonan. Une investigation des traces métalliques et chimiques laissées par la torpille suspecte indique qu’il est de fabrication allemande.


« On suspecte que les forces spéciales de la marine étasunienne disposent d’une gamme de torpilles européennes afin de pouvoir recourir au "déni plausible" lors d’attaques sous de fausses couleurs. De plus, Berlin ne vend pas de torpilles à la Corée du Nord, mais maintient en revanche avec Israël un programme de coopération étroite de mise au point de sous-marins et d’armes sous-marines.


« La présence du Salvor, qui participait aux manœuvres Foal Eagle, si près de l’île Baengnyeong durant le torpillage de la corvette sud-coréenne, suscite des questions.


« Le Salvor, un navire civil de sauvetage de la marine, qui a participé à des actions de pose de mines par les marins thaïlandais dans le golfe de Thaïlande en 2006, était présent au moment de l’explosion, avec un complément de douze hommes-grenouilles d’eaux profondes.


«  Beijing, satisfaite de l’affirmation d’innocence du Nord-Coréen Kim Jong-il qui a fait un voyage d’urgence depuis Pyongyang, suspecte que la marine étasunienne a joué un rôle dans le torpillage du Cheonan, associée à des soupçons particulier au sujet du rôle joué par le Salvor. Les soupçons sont les suivants :


« 1. Le Salvor participait à une opération de pose de mines dans le lit marin ; bref, il posait des mines anti-sous-marins tirées horizontalement au fond de la mer.


« 2. Le Salvor réalisait une inspection routinière de maintenance de mines dans le lit marin, les plaçant sur un mode électronique actif – déclenchement par gâchette sensible – dans le cadre du programme d’inspection.


« 3. Un homme-grenouille des forces spéciales a posé une mine magnétique sur le Cheonan, dans le cadre d’un programme clandestin, afin d’influencer l’opinion publique en Corée du Sud, au Japon et en Chine.


« Les tensions dans la pénisule coréenne ont éclipsé opportunément tous les autres points à l’ordre du jour des visites de la secrétaire d’État Hillary Clinton à Beijing et à Séoul. »


Ainsi, d’une manière étonnamment facile, les USA ont réglé un important problème : liquider le gouvernement d’unité nationale du Parti démocrate de Yukio Hatoyama, mais à un coût très élevé :


1. Ils ont profondément offensé leurs alliés de Corée du Sud.


2. Ils ont souligné l’habileté et la rapidité avec lesquelles leur adversaire Kim Jong-il a agi.


3. Ils ont mis en relief le prestige de la puissante Chine, dont le président, plein d’autorité morale, est intervenu personnellement et a dépêché les principaux dirigeants du pays converser avec l’empereur Akihito, avec le Premier ministre et d’autres personnalités éminentes au Japon.


Les leaders politiques et l’opinion mondiale ont une preuve du cynisme et de l’absence totale de scrupules qui caractérisent la politique impériale des États-Unis.

 

 Agende cubaine d'information 

3 juin 2010

(les liens ont été ajoutés par l'AAFC)

 

Autre analyse de Fidel Castro Ruz sur la Corée :

"Les deux Corée", 22 et 24 juillet 2008

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 20:27

 

shin-sang-cheolDans l'affaire du naufrage du PCC-772 Cheonan, les grands médias donnent peu la parole aux  spécialistes, ONG, ou simples citoyens de Corée du Sud qui doutent de la version officielle ou émettent une opinion différente sur la conduite à tenir. La BBC a néanmoins recueilli les témoignages de citoyens sud-coréens sceptiques, et les chaînes américaines CNN, Democracy Now et PBS ont interviewé trois experts des questions coréennes, respectivement, le professeur Han Park, le professeur Bruce Cumings et Selig Harrison. Signalons aussi l'enquête du journaliste indépendant japonais Tanaka Sakai et l'analyse du commentateur politique américain Stephen Gowans, lesquels ont mis en lumière certaines questions soulevées par les citoyens sud-coréens. Parmi les citoyens sud-coréens exprimant  un autre point de vue sur le naufrage du Cheonan, Shin Sang-cheol, expert des questions maritimes, a profité du passage à Séoul, le 26 mai 2010, de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton pour lui adresser une lettre ouverte, afin de la mettre en garde contre les résultats de l'enquête officielle. Recommandé par le Parti démocrate (opposition sud-coréenne), Shin Sang-cheol faisait initialement partie de l'équipe de civils et militaires enquêtant sur le naufrage du Cheonan. Il en a été ensuite exclu à la demande du ministère sud-coréen de la Défense, en raison de ses doutes sur l'enquête officielle, avant d'être poursuivi pour diffusion de fausses rumeurs. Alors que le gouvernement sud-coréen est décidé à faire taire ceux qui expriment leurs doutes sur les résultats de l'enquête imputant le naufrage du Cheonan à la Corée du Nord, l'AAFC propose ici la traduction de la lettre adressée à la secrétaire d'Etat américaine par Shin Sang-cheol, témoin direct – et acteur – de cette enquête. Cette lettre s'appuie sur des faits objectifs pour remettre en question la version officielle dite de la torpille nord-coréenne (les liens ont été ajoutés par l'AAFC).

 

 

 

De S.C. Shin à Hillary Clinton, secrétaire d'Etat des Etats-Unis

 

Le 26 mai 2010

 

 

Chère Hillary Clinton, secrétaire d'Etat des Etats-Unis

 

Je vous souhaite la bienvenue en Corée et espère que pourrez y avoir la grande opportunité de discuter de la paix en Asie de l'Est, y compris dans la péninsule coréenne.

 

Je m'appelle S.C. Shin, enquêteur civil recommandé par l'Assemblée nationale de Corée [du Sud] suite au naufrage du Cheonan, et je vous adresse aujourd'hui cette lettre pour que vous connaissiez la vérité ici en Corée.

 

J'ai été diplômé de l'Université maritime de Corée en 1982, j'ai servi deux ans dans la Marine comme officier de navigation et d'artillerie, j'ai travaillé pour Hanjin Shipping sur une ligne régulière de porte-conteneurs entre l'Extrême-Orient et la côte ouest des Etats-Unis en tant que navigateur pendant plusieurs années, et j'ai sept années d'expérience des affaires d'inspection dans la construction navale sur les principaux chantiers navals de Corée tels que ceux de Hyundai, Samsung, Daewoo et Hanjin Heavy Industry.

 

J'ai participé à la construction de trois vraquiers de 136.000 tonnes et de dix porte-conteneurs d'une capacité comprise entre 2000 et 4000 EVP, en charge de la structure de la coque, des machines et équipements d'embarquement, de la peinture et des instruments nautiques dont le système de navigation.

 

L'attitude et les conclusions incroyables du Gouvernement

 

Je n'étais pas d'accord avec les conclusions de l'administration militaire [sud-]coréenne et je suis maintenant poursuivi par elle pour diffamation.

 

Pouvez-vous imaginer cette situation? J'étais le seul à être d'une opinion contraire. C'est la seule raison pour laquelle je suis poursuivi. Je ne peux pas comprendre que cela arrive dans un pays démocratique en ce monde.

 

Je tiens donc à vous dire quel est mon avis, car je pense que cette information pourrait vous être utile pour vous amener à la vérité sur l'accident malheureux survenu en Corée.

 

Comme vous le savez, c'est un problème si important pour la paix dans la péninsule coréenne qu'il affecte la paix du monde à laquelle vous et votre pays cherchez à parvenir avec empressement.

 

L'administration militaire a conclu que le Cheonan avait été coupé en deux et coulé par l'« explosion d'une torpille ».

 

Mais mon avis est assez différent de cette version car je n'ai pu trouver le moindre signe d'« explosion », mais j'ai pu trouver un certain nombre de preuves d'un échouement/déséchouement1 de ce navire.

 

Je souhaite que vous compreniez bien qu'une toute petite voix en faveur de la vérité peut éviter une catastrophe inattendue et assurer la sécurité de 70 millions de personnes dans la péninsule coréenne.

 

Je vais donc vous exposer la situation dans laquelle se trouve l'île de Baengnyeong et, en particulier, la géométrie de son environnement naturel, critique pour les navires traversant cette zone.

 

1- Où se trouve l'île de Baengnyeong?

 

SSC01

 

L'île de Baengnyeong est une île de Corée du Sud située en mer Jaune (mer de l'Ouest), au large de la péninsule d'Ongjin en Corée du Nord. Elle se trouve à moins de 10 miles de la côte nord-coréenne, et à plus de 100 miles de la partie continentale de la Corée du Sud.

 

2- Vue aérienne des îles de Baengnyeong et Daecheong

 

SSC02

 

Le paysage vu du ciel paraît très beau et calme, alors que les conditions sous-marines sont extrêmement mauvaises.

 

3- Des eaux peu profondes, des champs de rochers et un fort courant de marée

 

SSC03

 

Sur cette carte des opérations, les marques rouges indiquent la position du naufrage telle que l'a expliquée la deuxième Flotte de la Marine aux familles des victimes au lendemain de l'accident, la position où le navire s'est brisé, la position des secours et la position de l'avant et de l'arrière.

 

4- Un chemin trop étroit et dangereux

 

Les eaux peu profondes et les champs de rochers entre les îles de Baengnyeong et Daecheong perturbent sérieusement la navigation d'est en ouest et d'ouest en est.

 

Tout navire empruntant cet étroit détroit n'a pas d'autre choix que de garder son cap en raison des eaux peu profondes à gauche et à droite.

 

Un navire peut facilement faire face à des situations dangereuses dans ce genre de zone exceptionnelle et se retrouver avec le statut « Echoué » ou « Collision ».

 

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Indépendamment de l'accident du Cheonan, cette zone doit être étudiée et des mesures pertinentes sont nécessaires afin de prévenir les catastrophes.

 

5- Caractéristiques géologiques

 

Le fleuve nord-coréen Daedong contient de bons sables et dans le sol de son lit s'accumulent la diatomite et la silice, des matières premières du verre.

 

Le fleuve les charrie vers la mer et de forts courants de marée les transportent jusqu'à la zone de Baengnyeong pour en faire beaucoup de collines de sable le long du rivage, ce qui rend la zone difficile à traverser.

 

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6- Qu'est-il arrivé le 26 mars 2010?

 

Le premier appel du PCC-772 au poste de commandement disait « Echoué! ».

Le premier appel du poste de commandement à la Garde côtière de Corée disait « Echoué! ».

Le premier rapport fait au Gouvernement disait « Echoué! ».

 

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7- Confusion sur l'heure exacte du premier accident

 

L'administration de la Défense nationale a d'abord annoncé que l'accident est survenu vers 21h45, mais a modifié cette heure tous les jours jusqu'à ce que le KIGAM (Institut des géosciences et ressources minérales de Corée) rapporte l'heure exacte de l'onde sismique.

 

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8- Découverte d'une carte des opérations indiquant le « premier échouement »

 

L'administration de la Marine et les survivants ont fait un exposé aux familles des victimes le 27 mars, lendemain de l'accident, en indiquant la position exacte de l'échouement sur une carte des opérations où l'heure du courant de marée et la profondeur des eaux étaient notées dans le coin supérieur gauche.

 

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L'administration de la Marine dit : « Cette carte est bien à nous, mais le parent d'une victime l'a prise pour y écrire une note. »

 

Mais, lors d'un entretien accordé à chaîne KBS (Korea Broadcasting System) pour l'émission Trace 60 Minute, un autre parent de victime a déclaré que l'administration a utilisé cette carte pour donner une explication de l'accident et a clairement parlé de « premier échouement ». (ci-dessous, un parent de victime déclare : « J'ai entendu la Marine parler d'un 'premier échouement' à l'aide de cette carte. »)

 

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Et récemment, nous avons trouvé un film qui montre la Marine expliquant la situation aux familles des victimes avec cette carte, comme ci-dessous.

 

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9- Les preuves d'un « échouement »

 

(1) Des éraflures importantes sur la partie inférieure de la coque latérale.

 

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(2) Des dommages sur la quille de roulis [bilge keel] et des pénétrations à proximité.

 

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(3) Des entailles sur les cinq pales d'hélice à tribord.

 

Ces entailles dirigées vers l'avant prouvent que le navire a fait « machine arrière toute » en s'échouant sur une colline de sable ou qu'il s'est embourbé pour sortir de sa terrible situation.

 

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(4) Comparez l'état des tôles inférieures du PCC-772 et du PKM-357 qui est resté dans l'eau pendant 53 jours après avoir coulé en mer Jaune, au cours du deuxième affrontement de Yeonpyeong qui a eu lieu en juin 2002 (il repose aujourd'hui dans la cour de la deuxième Flotte de la Marine coréenne où vous vous trouvez actuellement).

 

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10- Les cas d' « échouement » faisant référence

 

Kim Tae-youg, ministre de la Défense nationale [de Corée du Sud], a dit : « Il n'y a pas eu d''échouement' puisque nous pouvons voir que le dôme sonar n'a pas été endommagé. »

 

Mais, comme vous vous en rendez compte, cela échappe à tout bon sens, car c'est comme dire à un joueur de baseball qui vient de glisser dans la base de départ « Tu es "Out", parce que ton genou gauche est propre. » C'est ridicule!

 

Le PCC-772 fait 88 mètres de long et 10 mètres de large. Le dôme sonar mesure seulement 90 centimètres de long et 30 centimètres de large. Il n'y a aucun rapport entre l'échouement du navire et des dégâts sur le dôme sonar.

 

Quand un navire s'échoue le dôme sonar peut être endommagé, mais le fait que « le dôme sonar n'a pas été endommagé » ne garantit pas qu'« il n'y a pas eu d'échouement », comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessous montrant l'extrémité intacte de la partie avant.

 

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11- Le rapport intermédiaire du Gourvernement du 25 avril 

 

- Aucune marque de pénétration.  

- Aucune brûlure.  

- Aucune trace de chaleur.  

- Pas d'éclats.  

- Les gaines des câbles ne sont pas endommagées. 

- Les zones des réservoirs de carburant et de vidange n'ont subi aucun dégât.

 

C'est tout. Cela suffit pour déclarer «  Il n'y a pas eu d'explosion! ». Mais la conclusion [du gouvernement sud-coréen] a été « torpille sous-marine sans contact ».

 

C'est incroyable. Une torpille a explosé 3 mètres sous le PCC-772 sans provoquer de dommages et en « découpant » seulement l'acier !

 

12- Si une torpille a explosé

 

- Comment les organes d'une victime trouvée près de la zone de déchirure peuvent-ils être si intacts, alors qu'une forte explosion a eu lieu, assez puissante pour briser en deux le navire? 

- Comment le fond de la coque peut-il ne pas être pénétré du tout par des éclats provenant de la torpille?

- Comment les gaines de vinyle des câbles peuvent-elles n'avoir subi aucun dommage? 

- Pourquoi n'avons-nous pas pu trouver un seul poisson mort dans cette zone alors qu'une forte explosion a eu lieu? 

- Pourquoi personne n'a eu d'affections ORL? Même pas un saignement de nez?

 

13- Quel est le second accident ayant provoqué des dégâts sévères après le « déséchouement »?

 

(1) Un crash sur des rochers (2) Une explosion (3) Une rupture due à la fatigue (4) Une collision

Quoi d'autre? Cela pourra suffire...

 

(1) Il n'y avait pas de rochers dans la zone où le navire a été détruit. Les rochers sont donc exclus!

 

(2) On n'a pas pu trouver le moindre signe d'explosion. Une explosion est donc exclue!

 

(3) La cassure a commencé à partir du bas. Un effet dû à la fatigue est donc exclu!

 

Il reste le cas (4). Il s'agit d'une collision!

 

C'est pourquoi j'arrive à cette conclusion : le premier accident est un « échouement » et le second est une « collision », compte tenu de toutes les connaissances, expériences et analyses.

 

14- Une collision avec quoi?

 

(1) Cela pourrait être un navire militaire. Le règlement instauré par les autorités militaires interdit de pêcher la nuit et exige d'être de retour une heure avant le coucher du soleil dans cette zone.

 

(2) Il peut, bien sûr, s'agir d'un navire « en surface » ou « immergé ».

 

(3) Qui le sait? Est-ce que Dieu seul le sait?

 

15- Mon avis en résumé

 

(1) La chose la plus importante est qu'il y a eu deux accidents et pas un seul.

 

(2) Le premier accident a été un « échouement » compte tenu des preuves exposées ci-dessus.

 

(3) L'« échouement sur le sable » a généré certains dégâts et provoqué une inondation, mais pas une situation aussi grave qu'une cassure en deux.

 

(4) Le second accident a porté un coup fatal jusqu'au naufrage.

 

(5) Je n'ai pas pu trouver le moindre signe d'une « explosion ».

 

(6) Le second accident était une « collision » compte tenu de mon analyse ci-dessus.

 

 

 

 

Chère secrétaire d'Etat,

 

Telle est ma conclusion suite à une analyse approfondie et je crois que mon opinion est très proche de la vérité.

 

Aviez-vous connaissance de tout cela? Alors, s'il vous plaît, réfléchissez encore aux tensions dans la péninsule coréenne.

 

Si vous ne le saviez pas, demandez à vos collaborateurs : « Donnez-moi un autre rapport qui contient la 'Vérité'! »

 

Il ne s'agit pas seulement d'un accident dans un pays d'Asie de l'Est, mais il s'est développé jusqu'à devenir le sujet le plus sensible dans le monde.

 

Monsieur Obama, Président des Etats-Unis, a dit dans son discours : « Concernant les problèmes qui surviennent et au sujet desquels le commandant en chef doit prendre des décisions, j'ai fait preuve du jugement nécessaire pour diriger. Ce sont ces qualités de dirigeant que je veux démontrer quand je serai Président des Etats-Unis. »

 

Le moment est venu, je crois, que mon héros Obama fasse preuve de ses qualités de dirigeant, de vérité, de foi et de justice afin de résoudre ce problème qui laisse perplexe, pour la paix dans la péninsule coréenne.

 

Nous voulons l'examiner encore, précisément et scientifiquement, en respectant le bon sens et à l'aide de preuves parfaites. C'est tout.

 

Ce serait la façon juste d'aborder cette question et cela aidera à renforcer la relation entre la Corée et les Etats-Unis.

 

Pour vous dire la vérité, je suis très préoccupé que tant de gens en Corée soient inquiets en se demandant : « Comment les Etats-Unis peuvent accepter si simplement ces conclusions – l'explosion d'une torpille – sans douter? »

 

Je le dis avec tout mon coeur, il n'y a pas eu d'explosion. Il n'y a pas eu de torpille non plus. Je n'ai pu trouver que des dommages mécaniques, avec beaucoup de preuves d'un échouement.

 

Comme [le gouvernement sud-coréen] a lancé des poursuites contre moi, je vais établir la cause de l'accident devant le tribunal à l'aide de toutes les preuves que j'ai trouvées. Pourriez-vous, s'il vous plait, prier pour que je  réussisse?

 

Je vous remercie de m'avoir accordé votre temps, et je serais très reconnaissant si je pouvais recevoir vos idées sur cette question, si c'est possible.

 

Sincèrement.

 

S. C. Shin

 

Source : seoprise.com

 

 

1 A la différence d'un échouage, un échouement est fortuit, involontaire (NdT)

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 18:25

 

SonMusin4.jpgSuite au naufrage du Cheonan, corvette de 1 200 tonnes de la Marine sud-coréenne, en mer de l'Ouest de la Corée le 26 mars 2010, une commission internationale composée d’experts américains, sud-coréens, australiens, canadiens et suédois a conclu le 20 mai 2010 qu'un sous-marin nord-coréen a torpillé ce navire. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a nié toute implication dans cet incident, mais le président sud-coréen Lee Myung-bak a annoncé le 24 mai une série de mesures de rétorsion - suspension totale des échanges et du commerce intercoréens, interdiction pour les navires nord-coréens de naviguer dans les eaux territoriales sud-coréennes, saisine du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les conséquences possibles (ou espérées par certains) des « preuves » avancées contre la RPDC dans l'affaire du Cheonan se précisent et font d'abord le jeu des forces les plus conservatrices et les plus hostiles à la RPDC, aux Etats-Unis et en Corée du Sud : nouvelles sanctions de la « communauté internationale » à l'encontre de la RPDC; pas de reprise des pourparlers à six pays sur le programme nucléaire nord-coréen; pas de négociations entre les Etats-Unis et la RPDC en vue de remplacer de l'accord d'armistice de 1953 par un véritable traité de paix; gel des échanges inter-coréens et répression accrue contre le mouvement pro-réunification en Corée du Sud. En outre, le transfert de Washington à Séoul du contrôle opérationnel des forces armées sud-coréennes en temps de guerre, prévu en 2012, pourrait être reporté, alors que le Premier ministre japonais Hatoyama a, lui, renié son engagement électoral de déplacer une base militaire américaine hors d'Okinawa. Le 24 mai 2010, S.E. Son Mu-sin, Délégué général de la RPD de Corée en France, a bien voulu livrer aux rédacteurs du site Internet de l'AAFC son appréciation sur la situation créée par le naufrage du Cheonan et les accusations portées à l'encontre de la RPDC.

 

Un montage politique avec trois motifs

 

D'emblée, le Délégué général de la RPDC a jugé peu étonnants les résultats de l'enquête commission internationale emmenée par la Corée du Sud et les Etats-Unis sur le naufrage du Cheonan. En effet, la RPDC ayant été pointée du doigt dès le 26 mars, ces résultats étaient connus d'avance, d'autant que les responsables de l'enquête sont les mêmes qui, selon le Délégué général de la RPDC en France, sont responsables de l'incident du Cheonan.

 

Tout cela constitue un montage politique sud-coréen qui aurait trois raisons.

 

Premièrement, le gouvernement conservateur de Lee Myung-bak se trouve actuellement dans une impasse politique. L'annonce des résultats de l'enquête sur le naufrage du Cheonan à la veille des élections locales prévues le 2 juin en Corée du Sud permet donc au pouvoir en place à Séoul de manipuler à son avantage les résultats du scrutin.

 

Deuxièmement, du fait de la politique envers la RPDC menée par Lee Myung-bak depuis son arrivée au pouvoir en février 2008, les relations entre le Nord et le Sud sont actuellement bloquées et tous les acquis du rapprochement intercoréen opéré depuis la Déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin 2000 ont été détruits. Lee Myung-bak ne veut pas assumer les conséquences de sa politique. L'incident du Cheonan lui fournit un prétexte.

 

Troisièmement, les autorités sud coréennes veulent entraver le processus d'édification d'une grande nation puissante et prospère à l'horizon 2012, dans lequel est actuellement engagée la République populaire démocratique de Corée, y compris avec le soutien d'autres forces extérieures hostiles à la RPDC.

 

Une nouvelle phase de guerre

 

Face à la politique hostile des autorités sud-coréennes, le Délégué général de la RPDC en France a tenu à rappeler la position de son pays

 

D'abord, le Comité de la défense nationale de la RPD de Corée a annoncé dès le 20 mai et les résultats de l'enquête sur le naufrage du Cheonan de la commission internationale emmenée par les Etats-Unis et la Corée du Sud, sa volonté d'envoyer en Corée du Sud un groupe de vérification afin d'examiner sur place les preuves matérielles. Les autorités sud-coréennes ont jusqu'à présent refusé une telle inspection. Celle-ci est pourtant conforme à l'Accord de base intercoréen de 1991, lequel stipule que, en cas d'incident entre les deux Corée, une équipe d'inspection conjointe doit être constituée.

 

Ensuite, en cas de « châtiment », « représailles » ou « sanctions » susceptibles de porter atteinte aux intérêts nationaux de la République populaire démocratique de Corée, le Comité de la défense nationale a déclaré que l’armée et le peuple coréens répondront immédiatement en prenant diverses mesures bien plus énergiques, y compris en engageant une guerre totale.

 

le Comité de la défense nationale a en outre déclaré que, les autorités sud-coréennes ayant publiquement envisagé une « action résolue », la RPDC considérera comme une provocation de ces « fanatiques » le moindre incident dans ses eaux territoriales, dans son espace aérien et sur le territoire de la République, et y ripostera par des « coups physiques puissants et impitoyable », et par des « représailles illimitées ».

 

Enfin, par la voix de son Comité pour la réunification pacifique de la Corée, la RPDC a considéré le 21 mai 2010 que, s'agissant désormais d'une nouvelle phase de guerre, les questions relatives aux relations intercoréennes seront gérées en fonction de cette situation.  


Déjà, le commandant du secteur du front central - c'est à dire la zone « démilitarisée » (DMZ) séparant le Nord et le Sud - de l’Armée populaire de Corée a déclaré ouvertement le 24 mai que si la Corée du Sud installe des moyens de propagande pour la guerre psychologique dans la DMZ, les forces nord-coréennes tireront sur les hauts-parleurs de ces installations afin de les détruire.

 

Le précédent irakien

 

Si des pays tels que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France sont du côté de la Corée du Sud et opposés à la RPDC dans l'affaire du Cheonan, le Délégué général de la RPD de Corée en France a rappelé que la position des Etats-Unis a été fluctuante après l'incident du 26 mars. Les responsables américains ont commencé par dire que la Corée du Nord n'avait pas coulé le Cheonan, avant d'affirmer le contraire.

 

La reprise des pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne s'annonçait bien suite à la visite effectué en RPDC en décembre 2009 par Stephen Bosworth, représentant américain aux pourparlers. Une rencontre entre les Etats-Unis et la RPDC était même prévue à New York

 

Néanmoins, les conservateurs américains ont fini par convaincre l'administration Obama de refuser le dialogue et les négociations au nom d'une « patience stratégique » vis-à-vis de la RPDC. Le soutien américain finalement apporté au montage sud-coréen dans l'affaire du Cheonan en fait partie.

 

Le Délégué général de la RPD de Corée en France a ensuite établi un parallèle entre les preuves avancées contre la RPDC dans l'affaire du Cheonan, et la présentation, en février 2003, de fausses preuves sur les armes de destruction massives irakiennes par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell devant le Conseil de sécurité des Nations Unies pour justifier une intervention militaire des Etats-Unis. A l'époque, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, avait réagi vivement en contestant les arguments américains.

 

D'autant que l'élément de torpille repêché sur le lieu du naufrage du Cheonan et avancé comme preuve contre la RPDC est très suspect et ressemble davantage à un accessoire de théâtre exhibé pour l'occasion.


D’après les commentaires des Sud-Coréens eux-mêmes, sur cet élément de torpille, l'inscription censée être d'origine nord-coréenne est bien visible et ne correspond pas à l'état général de l'objet présenté. D'autre part, selon les conclusions de la commission d'enquête menée par les Etats-Unis et la Corée du Sud, l'explosion aurait eu lieu à plusieurs mètres du Cheonan et aurait été assez puissante pour briser en deux un navire de 1.200 tonnes par un « jet de bulle ». Mais alors que penser du morceau de torpille présenté, assez important et en relativement bon état?

 

Tous ces points pourraient être examinés par l'équipe d'inspection que la RPDC propose d'envoyer en Corée du Sud, mais cette dernière refuse qu'une telle enquête soit menée.

 

Le Sud a plus à perdre que le Nord

 

Interrogé sur les conséquences des nouvelles sanctions économiques envisagées par la Corée du Sud, le représentant nord-coréen en France a déclaré que la RPDC n'attend aucun bénéfice de la part de la Corée du Sud dans le cadre des relations intercoréennes, alors que la Corée du Sud aura à subir des pertes importantes si ces relations se détériorent. Au Sud, les achats massifs de dollars, qui pèsent sur la valeur du won, sont une des conséquences des nouvelles tensions dans la péninsule, relevées par le Délégué général.

 

En RPDC, la construction d'un pays puissant et prospère à l'horizon 2012 se poursuit en comptant sur les propres forces du pays. Parmi les réalisations relevées par le Délégué général : la RPDC est désormais capable de produire de l'acier en utilisant son propre charbon sans fumée, au lieu d'importer du coke d'autres pays ; la production de vinalon, fibre synthétique obtenue à partir du calcaire et de l'anthracite, a repris ; la RPDC a pallié l'arrêt des importations d'engrais sud-coréens suite à l'arrivée au pouvoir de Lee Myung-bak au Sud, en produisant de plus en plus ses propres engrais. Le problème le plus important en RPDC étant l'énergie électrique, une grande centrale hydraulique est en construction à Huichon et le pays, qui maîtrise l'enrichissement de l'uranium, envisage de s'équiper de réacteurs nucléaires à eau légère. La RPDC a donc beaucoup de potentialités et ses adversaires auraient tort de la sous-estimer.

 

En conclusion : la RPDC en a vu d'autres

 

En conclusion, le Délégué général de la RPD de Corée en France a noté que les tensions créées par les accusations à l'encontre de la RPDC suite au naufrage du Cheonan ressemblent à d'autres situations rencontrées par le passé : quand la Marine nord-coréenne avait capturé le Pueblo, un navire-espion américain, en 1968 ; quand l'aviation nord-coréenne avait abattu un avion-espion américain EC-121 en 1969 ; quand soldats américains et nord-coréens s'étaient battus à mort au sein même de la DMZ (« Incident de la hache ») en 1976 ; quand le président américain Bill Clinton avait menacé de bombarder la centrale nucléaire nord-coréenne de Yongbyon en 1993... A chaque fois, la RPDC a répondu aux menaces de façon ferme et, même si elle ne disposait pas de l'arme nucléaire, l'affrontement a été évité. Aujourd'hui, la situation est différente.

 


L'Association d'amitié franco-coréenne tient à remercier S.E. Son Mu-sin, Délégué général de la RPD de Corée en France, et M. Jon Hyong-jong, conseiller auprès de la Délégation générale de la RPDC.

 

 

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