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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 21:12

Le 27 juillet 1953 prenaient fin les combats de la guerre de Corée, célébrée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme la victoire dans la guerre de libération de la patrie après que l'Armée populaire de Corée eut réussi à tenir tête à l'armée américaine, la plus puissante au monde. Mais à l'issue d'un conflit meurtrier ayant causé des millions de morts, la signature de l'armistice ayant marqué la fin des hostilités n'a pas signifié la fin des antagonismes : c'est pourquoi l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) milite pour la conclusion d'un traité de paix dans la péninsule coréenne, qui jetterait les bases d'une paix durable en prévoyant la dénucléarisation de toute la Corée, le retrait des troupes étrangères et la mise en place de mécanismes de non-agression garantis internationalement. L'AAFC réitère l'exigence d'un traité de paix pendant la période du 25 juin (début de la guerre de Corée, en 1950) au 27 juillet (date de signature de l'armistice, en 1953), pendant laquelle elle se réunit tous les ans à l'occasion du mois de solidarité avec le peuple coréen.

Au 61e anniversaire de l'armistice, combattre pour la paix en Corée

Dans un communiqué rendu public le 20 juillet 2014, un porte-parole du département politique de la Commission de la défense nationale (CDN) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a mis en cause les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud) dans l'adoption d'une déclaration par la présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies, le 17 juillet, ayant condamné les tirs de missile à courte portée auxquels avait procédé l'Armée populaire de Corée.

Si la réaction nord-coréenne était prévisible, elle a malheureusement signifié le risque que ne s'engage un nouveau cycle de tensions et de confrontations, alors que les Etats-Unis et leurs alliés n'ont pas voulu saisir les offres de dialogue formulées à plusieurs reprises par la RPDC depuis le début de l'année 2014, depuis le discours de Nouvel an du Maréchal Kim Jong-un, après la publication d'une lettre ouverte adressée en janvier aux autorités sud-coréennes, et enfin les propositions de la CDN (le 30 juin) puis du gouvernement nord-coréen (le 7 juillet) de cesser les hostilités - comme l'a d'ailleurs rappelé la déclaration de la CDN du 20 juillet. La rencontre de familles coréennes séparées par la division de la Corée, en février, malgré les exercices militaires conjoints américano - sud-coréens qui se tenaient déjà au même moment, et l'offre nord-coréenne d'envoyer une importante délégation aux Jeux asiatiques d'Incheon, qui se tiendront en Corée du Sud cet automne, ont été autant de gestes de bonne volonté des autorités nord-coréennes auxquels, malheureusement, ni Washington ni Séoul n'ont donné suite pour transformer les relations de confrontation et de défiance dans la péninsule coréenne en des relations de confiance, fondées sur l'objectif partagé de construire une zone commune de paix et de prospérité.

L'histoire récente des relations américano - nord-coréennes montre pourtant l'impasse des politiques de sanction des administrations qui se sont succédées à Washington, les seuls résultats tangibles - au sens où ils ont permis une diminution réelle des tensions - ayant été enregistrés sous le présidence de Bill Clinton, dans le cadre d'une vraie volonté de dialogue pour surmonter les divergences. Depuis, les essais nucléaires et les lancements de satellites de la RPDC ont signifié l'échec de la politique américaine de sanctions qui prétendait endiguer les progrès tecchnologiques de la RPDC. Dans le même temps, les manoeuvres militaires des Etats-Unis autour de la Corée sont devenues les plus grands exercices militaires au monde, faisant peser des risques importants pour la paix et la stabilité du Proche-Orient : non seulement Pyongyang dénonce des préparatifs de guerre, mais les risques d'accident font courir de lourdes menaces pour la sécurité des populations civiles et militaires, comme l'a rappelé le dramatique naufrage de la corvette sud-coréenne "Cheonan" au printemps 2010. 

Dans ce contexte lourd de menaces, l'Association d'amitié franco-coréenne réitère son combat permanent pour la paix en Extrême-Orient et dans le monde, ce qui implique l'ouverture enfin de négociations en vue de la signature d'un traité de paix, soixante-trois ans après l'armistice de la guerre de Corée.

Sources :

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 16:39

Le nom du scientifique Frank Olson est intimement lié aux recherches menées par l'armée américaine sur les armes biologiques et le contrôle mental via l'usage de drogues - dans le le cadre des programmes ARTICHOKE et MKULTRA. Dirigeant d'une unité scientifique de la CIA à Fort Detrick, Frank Olson est officiellement mort après s'être defenestré de sa chambre d'hôtel à Manhattan, le 28 novembre 1953, après avoir ingéré du LSD à son insu. Dans le cadre des travaux de la commission dite Rockefeller sur les activités de la CIA aux Etats-Unis, la famille de Franck Olson a obtenu des excuses du Président américain Gerald Ford qui, selon Eric, le fils de Franck Olson, lui aurait déclaré : "cela n'aurait jamais dû se produire ; cela ne doit plus jamais se produire". Eric Olson, ainsi que des amis proches de son père, ont acquis l'intime conviction que Frank Olson ne se serait pas suicidé, mais aurait été éliminé par la CIA après avoir émis des réserves auprès de sa hiérarchie sur les travaux auxquels il participait. Le dossier de la CIA remis à Eric Olson, que nous analysons ci-après sur la base des travaux de Gordon Thomas, auteur spécialisé dans l'espionnage, et publiés dans Les armes secrètes de la CIA. Tortures, manipulations et armes chimiques, est lourd de révélations sur les recherches menées par l'armée américaine pendant la guerre de Corée. Le gouvernement américain continue de nier l'usage d'armes bactériologiques pendant la guerre de Corée (1950-1953), malgré les témoignages accablants réunis par des chercheurs et journalistes, comme ceux de la chaîne Al Jazeera dans un documentaire dont nous avions rendu compte sur ce blog.

Frank Olson

Frank Olson

Selon Gordon Thomas, le général Walter Bedell Smith, nommé à la tête de la CIA le 21 août 1950, se rendit rapidement à Fort Detrick - où il rencontra son dirigeant, le docteur Gottlieb - après sa nomination. La CIA décida alors d'utiliser la Corée comme terrain pour tester les nouvelles armes chimiques sur lesquelles elle travaillait, avec l'objectif - comme pour les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki - d'accélérer l'issue du conflit en utilisant de nouvelles armes de destruction massive.

Le docteur Gottlieb se rendit au Japon et en Corée du Sud. Il demanda à deux équipes de la CIA - dirigées respectivement par Hans Tofte et Henry Alderholt - de lui fournir des animaux sauvages, insectes et petits mammifères (rats, campagnols...), afin de servir de vecteurs à la propagation de bactéries.

Frank Olson et ses collègues signèrent une décharge précisant que, en cas de décès suite à une maladie contractée dans le cadre de leurs travaux, ils léguaient leur corps au gouvernement américain. Les bactéries de maladies comme l'encéphalite étaient testées sur des cobayes, des lapins, des macaques rhésus et des porcs.

Dans les archives de la CIA auxquelles a eu accès la famille de Frank Olson figurent deux notes de service classées datées de décembre 1950, demandant, dans l'une, des "éclaircissements sur la mesure dans laquelle les déserteurs ennemis et les prisonniers de guerre seraient immunisés contre les maladies générées par l'armement biologique", et dans l'autre comment "progressaient les travaux sur l'armement biologique". Suite à ces notes, le docteur Gottlieb se rendit à nouveau à Tokyo, en janvier 1951, accompagné cette fois de Frank Olson. Il visita l'unité 406 du commandement oriental, où des laboratoires menaient des expériences consistant à inoculer la peste, l'anthrax, la fièvre de Malte et le choléra à des cobayes. Les scientifiques américains de l'unité 406 étaient aidés dans leurs travaux par des Japonais qui avaient testé des armes biologiques sur des prisonniers pendant la Seconde guerre mondiale, et avaient bénéficié en contrepartie de leur collaboration d'une immunité pour les crimes de guerre qu'ils avaient commis. Une autre unité d'armes chimiques, connue sous le nom d'unité 8003, se mettait alors en place dans le même bâtiment qui abritait l'unité 406. De nouveaux vecteurs de propagation des maladies furent étudiés, comme les oiseaux porteurs de l'encéphalite équine.

En avril 1951, de nombreux Nord-Coréens et Chinois furent faits prisonniers et enfermés dans un camp sur l'île de Koje, au Sud de la péninsule. Un bateau-laboratoire de l'US Navy s'immobilisa près des côtes, avec à son bord le docteur Gottlieb, pour officiellement régler un problème de dysenterie amibienne parmi les prisonniers. Dans les mois qui suivirent, 20.000 prisonniers tombèrent malades et 1.800 d'entre eux périrent. Newsweek et l'agence Associated Press publièrent alors des articles dans lesquels la Corée du Nord et la Chine dénoncèrent les Américains comme testant la peste bubonique sur des prisonniers de guerre. Le Journal of Tropical Medicine and Hygiene s'étonna pour sa part de l'ampleur de la mystérieuse épidémie de dysenterie. Puis les commentaires prirent soudain fin. Devant le Congrès américain, le directeur de la CIA William Colby indiqua des années plus tard que la plus grande partie des archives sur le programme bactériologique de la CIA à l'époque de la guerre de Corée avait été détruite, pour une raison inexpliquée, en 1972 et 1973.

Comme le précise enfin Gordon Thomas, Eric Olson a lui-même recueilli des témoignages sur l'utilisation d'armes biologiques pendant la guerre de Corée. Il entendit directement des Coréens et des Chinois, et accéda aux témoignages d'anciens soldats américains qui avaient été faits prisonniers : deux colonels, deux capitaines et vingt lieutenants, appartenant principalement à la cinquième compagnie aérienne. Les aviateurs précisèrent que les bombes bactériologiques n'étaient chargées que quelques minutes avant le décollage, pour limiter les risques d'un accident qui aurait pu anéantir la base aérienne.  Toujours selon leurs témoignages, ils étaient également informés que les bombes engendreraient des épidémies chez l'ennemi, et que ces armes étaient nécessaires pour "sauver des vies américaines", comme cela avait été le cas pour les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki. Rapatriés après la guerre, les aviateurs se rétractèrent tous.

Source : Gordon Thomas, Les armes secrètes de la CIA. Tortures, manipulations et armes chimiques, Nouveau monde éditions, 2006 (traduit de l'anglais par Valérie Clouseau et Mickey Gaboriaud). Chapitre III (p. 65-81).

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 22:51

Lors de la manifestation qu'elle a organisée le 29 juin dernier, l'Association d'amitié franco-coréenne a rappelé sa position constante pour une paix durable dans la péninsule coréenne. Une position que nous avait déclaré ne pas partager Roland Weyl : l'avocat au barreau de Paris soulignait en effet que, du point de vue du droit international, il s'agissait d'une opération de police - et non d'une guerre - ayant conduit à la signature d'un accord d'armistice dont les termes n'avaient pas été respectés. D'une part, la présence militaire américaine est une infraction à l'accord d'armistice. D'autre part, il était prévu, dans un délai de trois mois, la tenue d'une conférence pour "le règlement pacifique de la question coréenne". Cette conférence ne s'est jamais réunie. Force est de constater que, soixante ans plus tard, la question coréenne  - la division de la péninsule contraire au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sans la présence de troupes étrangères au Sud de la péninsule - n'a toujours pas été réglée. Nous reproduisons ci-après la tribune de Roland Weyl publiée par L'Humanité dans son édition du 13 août 2013 (p. 16), sous le titre "Où en est-on de l'application du droit international en Corée ? 60 ans après les accords de Panmunjom", et figurant aussi sur le site Internet du quotidien.

 

L’heure du 60e anniversaire des accords de cessez-le-feu de Panmunjom appelle un bilan à l’épreuve du droit international. Les opérations auxquelles ils mettaient fin, et auxquelles participait un corps expéditionnaire multinational, n’étaient pas une guerre, mais une opération de police du Conseil de sécurité, et le signataire en a d’ailleurs été le commandant des forces des Nations unies. Il n’y a donc pas à déplorer qu’il n’ait pas été suivi d’un traité de paix, qui eût dû être signé avec… l’ONU ! Le cessez-le-feu marquant la fin de l’opération de police, le droit international redevenait applicable, c’est-à-dire la négociation pacifique des différends et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ici, cela signifiait la solution pacifique du problème posé par la division en deux depuis 1945 (c’est-à-dire à l’époque depuis seulement huit ans !) d’un peuple unique depuis des millénaires.


Il est vrai que toute analyse se référant au droit international se prête à discussion sur l’analyse que l’on fait de celui-ci, mais ici le texte même de l’accord de 1953 comporte un article IV dont la clarté nous en dispense : « Afin d’assurer le règlement pacifique de la question coréenne (…) » Cela consacre déjà qu’il y a une question coréenne et qu’elle n’est pas réglée. L’opération de police ayant mis fin à une tentative de la régler par la force, il reste à la régler pacifiquement. Et cette question étant la solution pacifique du problème posé par la division en deux de l’unité coréenne, la suite du texte en définit les moyens : «(…) les commandants militaires des deux cotés (Chine et Corée du Nord d’une part, et ONU de l’autre) recommandent aux gouvernements des pays concernés des deux cotés (les gouvernements du Nord et du Sud) de tenir, dans les trois mois après que l’accord a été signé et est devenu effectif, une conférence politique au plus haut niveau des représentants respectivement désignés des deux côtés pour régler par la négociation le retrait de toutes les forces étrangères, le règlement pacifique de la question coréenne (…)».

Force est de constater que les forces étrangères alors présentes se sont retirées, car il n’y a plus de corps expéditionnaire de l’ONU et donc les forces des États-Unis qui s’y sont substituées en sont une infraction, mais que, 60 ans après, la conférence prévue pour un délai de trois mois n’a pas encore eu lieu.


Sans doute la célébration de l’anniversaire de Panmunjom doit conduire non pas à déplorer qu’il n’y ait pas encore eu de traité de paix mais que les préconisations des accords n’aient pas encore été appliquées en souhaitant que l’ONU qui en est un des signataires y apporte ses bons offices, ainsi que des représentants de pays membres plus neutres que les États-Unis.

Roland Weyl, avocat au barreau de Paris

 

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 21:46

PaixenCoréeLe 24 juillet 2013, une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est arrivée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour participer aux célébrations du soixantième anniversaire de la victoire dans la Guerre de libération de la patrie, nom donné à la Guerre de Corée en RPDC. Certes, un simple cessez-le-feu entre belligérants a été signé le 27 juillet 1953, et, soixante ans plus tard, un véritable traité de paix se fait toujours attendre en Corée, mais la RPDC a survécu à la véritable guerre d'anéantissement menée contre elle pendant trois années par les Etats-Unis sous le drapeau des Nations Unies. A partir de 1953, la RPDC s'est même reconstruite « à la vitesse de Chollima », le cheval ailé des légendes coréennes. La présence d'une délégation de l'AAFC en RPDC cette année répond donc à une double obligation : rendre hommage au combat héroïque, presque surhumain, du peuple coréen entre 1950 et 1953 alors que son pays avait déjà été divisé quelques années auparavant au sortir de quarante ans d'une colonisation féroce ; et affirmer que le soixantième anniversaire de la fin des hostilités en Corée doit marquer le début d'une nouvelle ère de paix et de prospérité dans cette partie du monde. C'est le sens de la déclaration suivante du bureau national de l'AAFC.

 

L'Association d'amitié franco-coréenne pour la paix en Corée, maintenant !


Le 27 juillet 1953, un accord d'armistice mettait fin aux combats en Corée, après trois ans d'une guerre qui avait causé des millions de morts dans la péninsule coréenne et entériné la division d'un pays unifié depuis treize siècles. Mais un accord d'armistice n'est pas un traité de paix et, depuis, trop d'accrochages meurtriers ont endeuillé le peuple coréen. Il faut maintenant garantir la paix et la prospérité dans cette partie du monde.

L'Association d'amitié franco-coréenne considère la paix en Corée comme un de ses objectifs majeurs. Elle soutient pleinement les militants progressistes coréens qui, au Nord, au Sud et dans le monde, y travaillent sans relâche, en leur apportant ce message : les causes justes finissent toujours par triompher.

Aujourd'hui, il y a urgence à démanteler les bases militaires étrangères en Corée. Il y a urgence à garantir la dénucléarisation militaire de la Corée. De toute la Corée. A cet égard, les obligations du traité de non-prolifération nucléaire doivent aussi s'appliquer aux Etats-Unis et à leurs alliés. Il y a urgence à mettre en place des mécanismes de dialogue et de sécurité collective pour que, plus jamais, des Coréens n'aient à affronter d'autres Coréens.

En 2013, les manœuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes ont atteint une ampleur sans précédent. L'engagement d'avions bombardiers furtifs et de sous-marins nucléaires par les Etats-Unis, première puissance militaire de la planète, ont clairement signifié que, dans l'équilibre des forces dans la région Asie-Pacifique, ils se positionnaient une nouvelle fois en agresseurs potentiels.

Nous plaidons, ici et maintenant, pour une paix durable en Corée, au moment où le soixantième anniversaire de l'armistice de 1953 nous engage tous : vis-à-vis des générations futures, nous avons le devoir de tout faire pour qu'une ère de paix et de prospérité en Corée fasse définitivement taire le fracas des armes.

 

Le bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne, juillet 2013

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 18:00

La signature de l'armistice de la Guerre de Corée, il y a 60 ans le 27 juillet 1953, est célébrée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme une victoire dans la guerre pour la libération de la patrie, menée contre l'impérialisme américain. Cette interprétation peut surprendre en Occident, où la lecture communément admise est qu'il s'agit d'une guerre sans vainqueurs ni vaincus, puisque la séparation de la Corée a été confirmée de part et d'autre du 38e parallèle - même si la zone démilitarisée, établie en 1953, n'en épouse pas exactement le tracé. Toutefois, une lecture plus fine montre la capacité des Nord-Coréens et de leurs alliés chinois à avoir su faire face, avec succès, à la puissance de feu des troupes des Nations Unies sous commandement américain. Ce n'est pas un mince exploit. La supériorité technologique des Etats-Unis, combinée à la peur de basculer dans une guerre mondiale où seraient intervenus les Soviétiques et les Chinois, a notamment failli avoir comme conséquence une nouvelle utilisation par les Américains de l'arme atomique, après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki en 1945.

Fin 1950 : les troupes de l'Armée populaire de Corée, épaulées par les volontaires chinois, ont reconquis une large partie de la Corée du Sud, soulevant un vent de panique aux Etats-Unis, alors que dans la péninsule le général MacArthur, qui commande les troupes des Nations Unies, surévaluait le nombre de soldats chinois pour justifier le retournement de situation. Comme l'indiquent les comptes rendus des conseils tenus par l'administration américaine de l'époque, le Président Harry Truman craignait alors le déclenchement de la Troisième Guerre mondiale. Dans une conférence de presse donnée le 30 novembre 1950, il déclara que les Etats-Unis pourraient utiliser l'ensemble des armes disponibles dans leur arsenal, y compris l'arme nucléaire. Comme l'indique l'historien américain Bruce Cumings, il s'agissait bien d'une menace brandie dans le contexte d'une situation d'urgence et pas d'un faux pas, car le même jour il fut donné l'ordre à l'aviation américaine de se tenir prête à larguer sans délais des bombes atomiques en Extrême-Orient.

Le Premier ministre britannique Clement Attlee était suffisamment inquiet d'une telle éventualité pour qu'il demande à rencontrer Truman, afin d'avoir la promesse écrite que l'arme nucléaire ne serait pas utilisée. N'ayant obtenu que des assurances orales, Clement Attlee déclara au Premier ministre français que, selon lui, les menaces américaines d'utiliser la bombe signifieraient que "les Européens et les Américains n'ont que peu de considération pour les vies asiatiques". Selon Attlee, de telles armes devaient être réservées à des situations désespérées, et "certainement pas dans un conflit où les Etats-Unis sont confrontés à une puissance comme la Corée".

Le 9 décembre 1950, le général MacArthur déclara qu'il souhaitait avoir le commandement sur l'usage d'armes nucléaires, à sa seule discrétion, et le 24 décembre il soumit une liste de cibles pour lesquelles il déclara avoir besoin de 26 bombes, auxquelles s'ajouteraient 8 bombes à lâcher sur les "forces d'invasion" et sur des "concentrations critiques de la puissance aérienne de l'ennemi". Dans des entretiens publiés ensuite, MacArthur affirmait que 30 à 50 bombes lui auraient suffi pour terminer la guerre "en dix jours" : il aurait créé une ceinture radioactive de cobalt entre la mer de l'Est et la mer Jaune, qui aurait empêché toute vie dans cette région humaine pendant 60 à 120 ans et interdit la pénétration de troupes chinoises et soviétiques par le Nord de la péninsule. La même idée de "cordon sanitaire" avait déjà été évoquée dans une réunion technique du Comité des chefs d'état-major interarmées (JCS) des Etats-Unis lors de l'intervention chinoise, et le parlementaire américain Albert Gore - père de l'ancien vice-président Al Gore - avait ensuite évoqué de créer une ceinture radioactive.

En avril 1951, la possible utilisation de l'arme atomique fut à nouveau d'actualité. Le 11 avril, le Président Truman remplaça MacArthur - lequel avait encore demandé le 10 mars de pouvoir conduite un "D Day atomique" - par un commandant qui serait plus fiable quant à un recours à l'arme nucléaire. En effet, les Soviétiques avaient positionné 200 bombardiers en Mandchourie, d'où ils auraient pu atteindre les bases américaines au Japon, et les Chinois avaient massé des forces à la frontière avec la Corée. Des bombardiers américains furent alors positionnés à Okinawa, avec l'ordre - donné le 5 avril - de mener une contre-attaque impliquant l'usage de l'arme nucléaire  en cas de bombardement soviétique contre les troupes américaines ou d'un afflux important de troupes chinoises en Corée. D'autres bombardiers pouvant larguer des bombes atomiques étaient mis en place à Guam. Toutefois, l'absence d'escalade par les Soviétiques et les Chinois désarmorça à nouveau le risque d'un recours américain à l'arme atomique.

WarKorea_B-29-korea.jpgLe JCS considéra une troisième fois la possible utilisation d'armes nucléaires à partir de juin 1951 et jusqu'à la fin de la guerre, le 27 juillet 1953, en tant qu'arme tactique qui serait déployée sur le champ de bataille. Ce projet baptisé Vista donna lieu à un déplacement en Corée de Robert Oppeinhemer pour en étudier la faisabilité. Les bombardiers B-29 auraient pu être utilisés à cette fin, selon  le plan opérationnel Hudson Harbor : des vols de reconnaissance avec largage de bombes factices furent ainsi effectués en septembre et octobre 1951 depuis la base d'Okinawa. L'usage de bombardiers pour terroriser les Nord-Coréens, auquel les Américains ont à nouveau eu recours au printemps 2013, correspond donc bien à une idée récurrente du commandement américain.

Par ailleurs, début 1951, ayant observé la reprise de Séoul par les troupes de l'ONU sous commandement américain, Samuel Cohen, le père de la bombe à neutron, envisagea la possibilité de tuer l'ennemi sans détruire ses villes.

Boy victim of napalmA défaut de l'arme atomique, les troupes américaines ont fait le premier usage à grande échelle du napalm, déversé par avion dans les vallées du Nord de la péninsule, après une première utilisation de cette arme nouvelle à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, les bombardements conventionnels furent utilisés à une échelle sans précédent avec des bombes d'une taille inédite, le général MacArthur ayant donné l'ordre de détruire toute installation, ville ou village près de la frontière avec la Chine. Le 8 novembre 1950, 8 bombardiers B-29 lâchèrent 550 000 tonnes de bombes sur Sinuiju, afin de la "rayer de la carte".  Après l'offensive des Nord-Coréens et des Chinois au Sud, mi-décembre, les avions américains détruisirent sous un tapis de bombes les principales villes du Nord, MacArthur donnant  notamment l'ordre de "brûler" Pyongyang. La censure interdisit bientôt de faire le récit de ces atrocités dont les civils furent les premières victimes - George Barrett ayant rendu compte d'hommes, de femmes et d'enfants figés dans la mort suite à une attaque au napalm, dans un village situé au nord d'Anyang.

Certes, il n'existe pas de guerre propre. Toutefois, dans le cas du conflit qui, en Corée, fit quelque trois millions de victimes, en premier lieu des civils, la puissance de feu et le choix de bombardements systématiques par l'armée américaine pour exercer une pression psychologique ont largement fait pencher la balance des atrocités du côté des Etats-Unis. Au moment où l'Association d'amitié franco-coréenne, avec d'autres, plaide pour mettre un terme définitif à la Guerre de Corée - un simple cessez-le-feu a été signé le 27 juillet 1953 -, il ne faudrait pas, même au nom d'une nécessaire réconciliation, taire ce qui a été commis en Corée par une armée et un gouvernement qui ont été à deux doigts d'utiliser la plus effroyable des armes. MacArthur n'était pas le maniaque isolé voulant à tout prix utiliser l'arme atomique que d'aucuns veulent décrire : il représentait des idées alors en vogue dans le commandement américain et à la présidence des Etats-Unis. C'est le fil des événements, et non la mise à l'écart de supposés faucons, qui a d'abord empêché la concrétisation de ces terribles projets.

 

Source : Bruce Cumings, Korea's place in the Sun, Norton and Company, New York, 2005, pp. 288-295

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 23:05

Né le 11 novembre 1922 à Rotterdam, George Blake est devenu un agent du MI6 britannique après avoir été été un résistant au nazisme aux Pays-Bas. Capturé pendant la guerre de Corée, il a déclaré que le comportement des Occidentaux dans la péninsule l'avait conduit à devenir un agent soviétique, tout en restant officiellement membre des services britanniques après sa libération. Démasqué et jugé à quarante-et-un ans de prison en 1961, il s'évade en 1966 et se réfugie en URSS. Vivant toujours en Russie, il a publié ses Mémoires où il explique notamment pourquoi il a volontairement choisi de passer à l'Est pendant la guerre de Corée. Nous publions ci-après une traduction des extraits d'un entretien avec George Blake, publié par la chaîne publique américaine PBS pour la réalisation du documentaire "Red Files", où il revient sur les raisons de son engagement aux côtés de l'URSS et du camp communiste. Les propos tenus le sont sous la seule responsabilité de George Blake.

george blake corée

Question : Pour votre mission suivante avec les services britanniques, vous avez été envoyé en Corée, pendant la guerre de Corée ?

George Blake : Dès que j'en eus terminé en Russie, j'ai été envoyé en Corée avec la tâche d'essayer de mettre en place un réseau d'agents, un réseau dans ce qu'on appelle les provinces maritimes [NdT : l'Extrême-Orient soviétique]. C'était une tâche tout à fait irréaliste, car il n'y avait pas de communication directe entre cette région et la Corée du Sud. Le seul point sur la carte était Séoul ; c'était le plus près de cette région. A Séoul il y avait le consulat britannique, une ambassade britannique de l'OTAN, c'était l'endroit par lequel il fallait évidemment tenter de pénétrer en Union Soviétique par l'Est. En fait, ce n'était pas possible parce qu'il n'y avait, comme je le disais, absolument aucune liaison. J'ai tout de même essayé. Cela m'a pris du temps de découvrir tout cela et j'ai aussi essayé de pénétrer en Corée du Nord. Bien sûr, je devais connaître la situation politique au Sud. Selon moi, le Président coréen était vraiment un fasciste et son entourage était, à mon sens, composé de fascistes. C'est pourquoi j'avais une certaine sympathie pour le Nord, tout en connaissant vraiment très peu de choses. 

Question : Comme ce que vous avez vu au Sud ?
 

George Blake : Eh bien, j'ai pensé à ce que j'ai vu en Corée du Sud et alors la guerre a éclaté, de manière tout à fait soudaine. Maintenant, le fait est que nous avions été envoyés en Corée du Nord, et les hommes qui m'assistaient et le Ministre lui-même, le Capitaine Hoo, avaient été envoyés pour me voir avec l'idée qu'une guerre éclaterait très probablement entre le Nord et le Sud, et nous étions assurés que le Nord gagnerait et occuperait tout le pays. Par conséquent, la représentation à Séoul serait un poste d'observation idéal pour voir comment les choses allaient se développer. Nous avions l'ordre de rester sur place si la guerre éclatait. C'est pourquoi quand la guerre a éclaté les Américains nous ont proposé de nous évacuer, mais nous ne l'avons pas fait car nous avions l'ordre de ne pas partir. Les Français étaient dans la même situation. Le consulat français est aussi resté, ainsi qu'un certain nombre de missionnaires britanniques, y compris l'évêque anglican, car ils ne voulaient pas abandonner leurs ouailles. Quand les Nord-Coréens ont occupé Séoul, nous avons été internés car, entretemps, les Américains avaient organisé les Nations Unies, et tous les pays occidentaux les avaient rejoints. A part l'Union soviétique, qui n'avait pas voix au chapitre, car elle s'était exclue elle-même du Conseil de sécurité. Ils ont été en mesure de faire adopter une résolution et les Britanniques, les Français, les Turcs et toutes sortes de contingents militaires ont été envoyés en Corée. Nous, pour être neutres, avons été envoyés dans les villages et internés par les autorités nord-coréennes.

Question : Il a souvent été dit que lorsque vous avez été prisonnier des Nord-Coréens vous avez subi un lavage de cerveau afin de travailler pour les Russes.  

George Blake : Non, je n'ai jamais subi aucun lavage de cerveau. Eh bien, vous voyez, nous étions alors un petit groupe de diplomates, et au début nous étions ensemble, avec les missionnaires. Il y avait beaucoup de missionnaires : des missionnaires français, des nonnes irlandaises et toutes sortes de gens. A un certain moment nous avons été, nous, diplomates, séparés d'eux. Il aurait été très difficile pour les Nord-Coréens, dans la situation où ils étaient, de trouver des gens, comment dire, suffisamment intelligents ?  Pour influencer des gens comme nous, je veux dire qu'ils auraient peut-être pu influencer un jeune soldat américain, mais des gens comme nous, cela aurait été très difficile.

Question : Un incident a-t-il eu pour effet de vous décider à changer effectivement de camp ?

George Blake : Non, rien n'a eu sur moi l'effet d'un catalyseur. C'est quand j'ai vu ce qui se passait en Corée du Nord. Les bombardements incessants de petits villages coréens par des énormes... forteresses volantes américaines. Les gens, les femmes et les enfants, et les vieilles personnes, parce que les jeunes hommes étaient à l'armée. Je l'ai vu de mes yeux, et nous avons failli en être victimes nous-mêmes. Cela m'a fait avoir honte. Honte d'appartenir à ces superpuissances, techniquement supérieures, combattant ce qui me semblait des gens tout à fait sans défense.  

Question : Est-ce qu'un incident en particulier est resté gravé dans votre mémoire ?  

George Blake : Eh bien, les bombardements avaient lieu tout le temps, ils ne cessaient jamais. J'avais vu les destructions en Allemagne après la guerre, mais ce n'était rien, absolument rien, je peux vous l'assurer, par rapport aux destructions en Corée du Nord. Cela, ce sentiment de honte, avec d'autres choses dont j'ai déjà parlé, et d'autres étapes de mon développement personnel m'ont fait me décider - m'ont fait ressentir que je combattais du mauvais côté, parce que je n'étais pas quelqu'un de neutre. J'étais engagé dans un travail de renseignement contre le monde communiste, contre le monde socialiste. J'étais engagé, je m'étais engagé et j'avais le sentiment d'être engagé du mauvais côté. Et c'est ce qui m'a fait décider de changer de camp. Je pensais que ce serait mieux pour l'humanité si le système communiste l'emportait, que cela mettrait fin à la guerre, à toutes les guerres. Je n'allais pas trop loin dans les responsabilités quant au commencement de la guerre de Corée. C'était très difficile dans la position où j'étais de décider exactement ce qui l'avait déclenchée, mais aujourd'hui je réalise que c'est la Corée du Nord. Mais c'était l'expérience de cette guerre qui m'a fait l'effet d'un catalyseur, et m'a décidé à rejoindre l'autre camp.

Question : Comment les avez-vous approchés ?

George Blake : Cela s'est fait, en un sens, tout simplement. J'ai écrit un petit mot en russe - vous devez vous souvenir que j'étais dans un petit groupe de diplomates, français et britanniques, et j'ai utilisé mon russe. Nous écrivions tout le temps à l'ambassade soviétique à Pyongyang, en leur demandant, en leur disant que nous considérions notre captivité comme injuste, et comme contraire aux lois internationales, en protestant. L'ambassade soviétique nous a envoyé des livres, dont Le Capital de Marx, que nous avons lu en russe plusieurs fois. Cela a eu une influence sur moi. Il y avait donc une correspondance avec l'ambassade soviétique à Pyongyang, conduite par la remise de lettres au chef des gardes, parmi les hommes qui nous gardaient.

Question : Donc vous leur avez écrit un mot ?

George Blake : Je leur ai écrit un mot. C'est exact.

Question : Comment ont-ils répondu ?

George Blake : Ils m'ont répondu environ un mois plus tard, je ne sais plus exactement quand. Des mois après, j'ai été appelé à me rendre dans une ville proche, qui était entièrement en ruines, seules deux maisons restaient debout. Dans une de ces maisons, j'ai rencontré mon homme russe ; je lui ai parlé et ai expliqué ma situation. Alors que je lui ai dit que s'il voulait que je continue à travailler, il devrait aussi appeler les autres personnes, car nous étions trois Britanniques et quatre Français. Si j'étais le seul à être appelé, cela soulèverait des doutes et semblerait très étrange. Donc ils ont procédé ainsi. Chaque personne a été appelée à son tour ; il y a eu des discussions sur les raisons de la guerre de Corée. Il y avait alors l'appel de Stockholm, qu'on leur a demandé de signer. Ils ne faisaint que parler pour passer le temps. A chaque fois mon tour venait et j'ai parlé à cette personne, qui s'est révélée être un colonel du KGB, avec qui j'ai préparé mon futur travail. Je pense qu'au début ils se sont beaucoup méfiés de moi. Je pense qu'ils ont cru que c'était un travail monté par le Ministre, le Capitaine Hoo, mais pourtant ils ont continué, ou bien ils ont compris que ce n'était pas le cas.

Question : Avez-vous prêté un serment d'allégeance ou quelque chose de ce genre, ou vous ont-ils fait des promesses qu'ils veilleraient sur vous ?

George Blake : Non, j'ai posé moi-même quatre conditions. Si je me souviens bien... L'une de ces conditions était que je n'accepterais pas d'argent et qu'ils ne m'en offriraient pas. Ensuite, je refuserais tout avantage, tant que je serais détenu avec les autres. Une raison en était une question de sécurité, une autre que je me sentais solidaire de mes camarades de captivité. La troisième condition était que je ne serais pas libéré avant les autres, ce qui était, encore, une sécurité élémentaire. Je pense que c'était les trois conditions. Ils les ont bien sûr acceptées.

Question : Donc ils ne vous ont rien dit comme "vous êtes l'un des nôtres, nous allons veiller sur vous" ?

George Blake : Non, ils n'ont rien dit de tel, et je n'attendais pas d'eux qu'ils disent quoi que ce soit de la sorte.

 

Sources :

- Entretien réalisé par PBS pour le documentaire Red Files. Traduction AAFC.  

- Photo AP.  

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 23:01

Bruce_Cumings_The_Korean_War_a_history.jpgAyant travaillé sur des sources tant américaines que nord-coréennes, l'historien Bruce Cumings a proposé une lecture nouvelle de la guerre de Corée qui fait référence dans les milieux universitaires. Dans un de ses ouvrages les plus récents, The Korean War. A History, publié en 2010 par la maison d'édition américaine Modern Library, Bruce Cuming revient notamment sur la couverture de la guerre par les journalistes occidentaux. Nous publions ci-après une traduction des premières pages de son chapitre "Culture of repression" ("Une culture de la repression") qui souligne l'ignorance, mais aussi le racisme, qui ont entouré et continuent de marquer le souvenir de la guerre de Corée en Occident. Des témoignages nous ont été rapportés d'anciens combattants français qui, surtout en groupe, continuent d'utiliser les mêmes expressions négatives pour désigner les Coréens, soixante ans plus tard, signe que les clichés et l'inculture ont la vie dure et jouent un rôle important dans l'incompréhension actuelle de la question coréenne en Occident.

 

"La guerre de Corée est une guerre oubliée car elle a eu lieu au plus fort de l'ère McCarthy (Julius et Ethel Rosenberg ont été mis en accusation quand la guerre a commencé et exécutés juste avant qu'elle ne prenne fin), rendant improbable la conduite d'une enquête ouverte ou l'expression d'une opinion dissidente. Le front intérieur était un endroit non seulement marqué par la répression mais également fascinant, avec les films d'Hollywood qui replaçaient en Corée le scénario de la Seconde guerre mondiale, des hebdomadaires comportant des articles et des photos qui rendaient compte d'un type de guerre nouveau et différent (anticipant le Vietnam) et des histoires atroces qui effrayaient et inquiétaient tous les Américains (comme après le 11 septembre) : la menace d'un bloc communiste unifié, de Berlin à Canton, des défaites écrasantes et incompréhensibles sur les champs de bataille, le "lavage de cerveau" diabolique et la stupéfiante défection dans le monde communiste de vingt-et-un Américains à la fin de la guerre (tous finirent en Chine, et presque tous retournèrent finalement aux Etats-Unis).

 

La guerre de Corée telle qu'elle a été connue et observée correspond aux six premiers mois du conflit, lorsque quelque 270 journalistes de dix-neuf pays suivirent les troupes au fur et à mesure de l'évolution des lignes de front, et envoyèrent à leurs éditeurs des comptes rendus pour l'essentiel non censurés [1]. Ils comprirent immédiatement qu'il s'agissait d'une guerre très différente de la conflagration mondiale qui avait pris fin cinq ans plus tôt - et que la plupart d'entre eux avaient déjà couverte. C'était manifestement une guerre plus réduite et plus restreinte (on l'appelait "la guerre limitée" avant que n'advienne la guerre du Vietnam), mais c'était aussi quelque chose de nouveau : une guerre civile, une guerre populaire. Le meilleur reporter était Reginald Thompson, un journaliste britannique aguerri qui avait jusqu'alors rendu compte de tous les conflits majeurs du vingtième siècle et qui a couvert la Corée avant que ne commence la censure. Honnête, curieux, faisant un travail d'investigation, croyant à la vérité vue de ses yeux vues, disant ce qu'il pensait, il était ce qu'on attendait d'un correspondant de guerre. Cry Korea (Pleurer la Corée) de Thompson est le seul ouvrage occidental de la guerre de Corée que l'on puisse comparer aux classiques de la guerre civile chinoise comme Two kinds of time de Graham Peck ou China shakes the world de Jack Belden. Mais un autre témoignage est presque aussi intéressant : le général William F. Dean a erré dans les collines près de Taejon pendant plus d'un mois après sa défaite au champ de bataille, et a ensuite passé trois ans dans un camp de prisonniers nord-coréen. Ses observations sincères et profondes apportent peu d'eau au moulin de la Guerre froide opposant l'enfer communiste et les libertés du monde libre. L'un et l'autre ouvrent une fenêtre sur des témoignages sincères.

 

La couverture du début de la guerre est fascinante et riche d'enseignements, révélant sa nature fondamentale de guerre civile ; la guerre a ravagé toute la péninsule pendant six mois, permettant de tout voir. Puis, pendant deux ans, elle a été une guerre de position le long de la DMZ, et les Occidentaux n'eurent que peu de contacts avec les Coréens, sinon, comme ennemis, soldats, domestiques ou prostituées. Thompson a été consterné par le racisme ordinaire omniprésent des Américains, du soldat au général, et leur époustouflante ignorance de la Corée. Les Américains utilisaient le mot "Guk" pour désigner tous les Coréens, du Nord comme du Sud, mais plus particulièrement les Nord-Coréens, le mot "chink" étant réservé aux Chinois. Des décennies plus tard, beaucoup continuent d'utiliser ce terme dans leurs récits oraux [2]. Cette insinuation raciste est apparue d'abord aux Philippines, a ensuite traversé les rives du Pacifique pendant la guerre, puis gagné la Corée et le Vietnam. Ben Anderson y voit une expression de la "boue sans nom" que représente l'ennemi, et pourrait traduire l'anonymat des Coréens, aux yeux des Américains, qui étaient en face d'eux et tels qu'ils les voient encore aujourd'hui. Les volumineuses histoires orales de Donald Knox, par exemple, désignent rarement, sinon jamais, les Coréens. Mais les soldats américains commentent ce paradoxe que "leurs guk" combattent comme des diables alors que "nos guks" sont peureux, se cachent et ne sont pas fiables. (Le général Dean relèvent le fort ressentiment dont sont animés tous les Coréens, Nord comme Sud, lorsqu'ils sont appelés "guk") [3].  Il ne venait pas à l'idée de la plupart des Américains que des combattants anticoloniaux pouvaient combattre pour quelque chose."

 

Notes de l'auteur

[1] Knightly, Phillip (1975). The First Casualty : From the Crimea to Vietnam - The War Correspondent as Hero, Propagandist and Myth Maker. New York : Harcourt Brace Jovanovich. Citation p 338. Il s'agit d'un remarquable reportage rendant compte de la guerre de Corée.

[2] Knox, Donald (1985), The Korean War : Pusan to Chosin - An Oral History. New York : Harcourt Brace Jovanovich. Citations p. 6, 67, 116 sq.

[3] Dean, William F. (1954), General Dean's Story, tel que raconté à William L. Worden. New York : The Viking Press. Citation p. 163.

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 23:32

38th_parallel.jpgLe 27 juillet 1953, après trois ans et plusieurs millions de morts, les combats de la Guerre de Corée, guerre civile internationalisée, prirent fin avec la conclusion d'un simple armistice entre les belligérants : la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et les Volontaires du peuple chinois, d'une part ; les Etats-Unis, d'autre part. La République de Corée (du Sud) n'a, quant à elle, pas voulu signer l'Accord d'armistice. Aucun traité de paix n'est venu remplacer le régime d'armistice et un conflit armé majeur peut éclater à tout moment dans une péninsule coréenne « techniquement » en état de guerre, alors que les Etats-Unis stationnent toujours 28.500 soldats en Corée du Sud, en conservant le contrôle opérationnel des forces armées sud-coréennes en temps de guerre au moins jusqu'en 2015. Dans un tel contexte, la négociation d'un véritable traité de paix en Corée s'affirme plus que jamais nécessaire.

 

Le conflit armé qui éclata en Corée le 25 juin 1950 fut la suite logique de la division imposée en 1945 par les grandes puissances, Etats-Unis en tête, alors que le peuple coréen venait de se libérer de la colonisation japonaise.

 

38emeParallele.jpgA la veille du déclenchement de la guerre, les incidents militaires s'étaient multipliés le long du 38ème parallèle séparant désormais le Nord et le Sud de la Corée. Ainsi, en mai 1949, un accrochage avait fait 400 victimes parmi les soldats nord-coréens et 22 parmi les sud-coréens.

 

Dans une situation aussi confuse, la recherche d'un responsable du « premier coup de feu » au matin du 25 juin 1950 n'a aucune signification. De son côté, la RPD de Corée nie avoir été l'agresseur, rappelant que, le 23 juin 1950, le Sud avait procédé à des bombardements d'artillerie sur les défenses du Nord à travers le 38ème parallèle, jugés préparatoires à une offensive générale. Selon la RPDC, l'armée sud-coréenne pénétra le 25 juin de 1 à 2 kilomètres au Nord, déclenchant la contre-attaque de l'Armée populaire de Corée.

 

Aucune observateur impartial n'étant sur le terrain, il est difficile de savoir si les rapports des militaires sud-coréens et américains, transmis à l'Ambassade des Etats-Unis, puis relayés ensuite par le représentant des Nations Unies en Corée du Sud, étaient conformes à la réalité. En tout état de cause, ces observations défavorables à la RPDC ont pu s'imposer aux Nations Unies et dans l'opinion occidentale, ce qui était l'essentiel pour les Etats-Unis, lesquels surent fabriquer l'événement leur donnant la meilleure position politique.

 

La Guerre de Corée a été, avant tout, une guerre civile internationalisée

 

En 1950, l'issue de la guerre civile paraissait évidente : les forces révolutionnaires et nationalistes, réfugiées au Nord, mais présentes aussi au Sud, l'auraient rapidement emporté. Le mécontentement de la population du Sud devant le maintien des privilèges de ceux qui, déjà, durant la colonisation japonaise avaient prospéré, et face à une armée américaine se comportant en maître absolu et en force d'occupation, ne pouvait que provoquer des réactions patriotiques.

 

La Commission Vérité et Réconciliation, créée en 2005 en Corée du Sud, a commencé à révéler les pratiques sud-coréennes et américaines à l'égard des « suspects » communistes au tout début de l'affrontement. Les premières fouilles de 160 fosses communes recensées ont fait apparaître, par exemple, les restes de 3000 Sud-Coréens exécutés pour « sympathie communiste » à Daegu. A Dokchon, de 2 à 300 personnes. Ces massacres prouvent que l'ennemi n'était pas l'Etat nordiste, mais les communistes où qu'ils soient et quoiqu'ils aient fait au Sud comme au Nord. 

 

La guerre civile coréenne a été internationalisée afin d'éviter une victoire nationaliste et communiste en Corée. Les principaux responsables sont les Etats-Unis, sous couvert de l'ONU, alors que les problèmes internes de la Corée ne pouvaient présenter une menace quelconque pour la paix dans la région, encore moins dans le monde. C'est au contraire cette internationalisation qui va provoquer une menace pour la paix mondiale, notamment lorsque l'armée américaine et son commandant en chef Mac Arthur envisageront d'utiliser l'arme atomique contre la Chine, elle-même intervenue à partir d'octobre 1950 pour aider ses alliés nord-coréens.

 

Après des négociations entamées dès 1951 entre les belligérants, un accord de cessez-le-feu, rejeté par les sud-Coréens, fut conclu, puis un armistice le 27 juillet 1953, toujours en vigueur puisqu'aucun traité de paix mettant fin juridiquement au conflit n'a été signé.

 

Désormais les deux parties de la Corée sont radicalement séparées, de part et d'autre du 38ème parallèle, comme avant le conflit, par une accumulation de destructions réciproques et de deuils. Le chiffre total des victimes coréennes dépasse les 3 millions. Les Chinois ont perdu 500.000 hommes tandis que l'armée américaine et ses alliés ont, officiellement, perdu 33.000 hommes et comptent 100.000 blessés.

 

L'Accord d'armistice a été violé presque immédiatement par les Etats-Unis qui, depuis 1955, n'ont cessé d'introduire des armes, y compris nucléaires, en Corée, malgré les dispositions explicitement contraires de l'Accord, notamment son article II, 13.d. : « Arrêter l'introduction en Corée d'avions de combat, de blindés, d'armes et munitions, à condition, néanmoins, que les avions de combat, les blindés, les armes et munitions qui sont détruits, endommagés, mis hors d'usage, épuisés, pendant la période de l'armistice puissent être remplacés sur le principe du remplacement de chaque pièce par une pièce de la même efficacité et du même type. » 

 

Dans la péninsule coréenne, l'état de belligérance demeure, source de tensions supplémentaires, et la RPDC subit toujours un embargo féroce.

 

Néanmoins, en 1953, pour la première fois dans l'histoire, la politique expansionniste des Etats-Unis a été stoppée, prélude à l'échec total subi au Vietnam.

 

 

Source principale : Robert Charvin et Guillaume Dujardin, La Corée vers la réunification, L'Harmattan, 2010


 

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 19:37

Journaliste au New York Times, Tim Weiner a reçu le prix Pulitzer pour ses recherches sur les programmes secrets de la défense nationale américaine. Son ouvrage Des cendres en héritage. L'histoire de la CIA est un remarquable travail d'investigation, conduit sur la base de plus de 50.000 documents d'archives de la CIA, de 2.000 récits d'officiers des services de renseignement américains et de 300 entretiens avec d'anciens responsables et agents de l'agence américaine. La guerre de Corée (1950-1953) est l'un des multiples exemples richement documentés traités par Tim Weiner, qui montre de manière convaincante le fiasco qu'a représenté pour la toute jeune CIA son intervention dans l'un des premiers conflits ouverts de la guerre froide. Cet ouvrage est salué par Donald P. Gregg, ancien membre du service d'action clandestine de la CIA ayant commencé sa carrière en Corée avant de devenir plus tard ambassadeur des Etats-Unis en Corée du Sud puis conseiller à la sécurité nationale du vice-président George H.W. Bush, dans un commentaire paru dans The Ambassador Review, la revue de politique étrangère du Conseil des ambassadeurs américains : "Le livre de Weiner, s'appuyant sur une documentation sans faille, ne m'a pas surpris et je ne saurais contester ses conclusions fondamentales. Ce qui me gêne et me navre, c'est de constater que la situation est encore pire que ce que je soupçonnais." Eclairage sur une défaite américaine.

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Si les historiographes américains et nord-coréens divergent quant à l'interprétation de l'issue de la guerre de Corée, les travaux de recherches menés par Tim Weiner, prix Pulitzer, dressent un revanche un constat sans appel de la victoire des services secrets nord-coréens et chinois sur leurs adversaires américains dans la guerre qu'ils se sont menés, apportant aussi des éclairages complémentaires sur la conduite du conflit : "sur le théâtre des opérations, la CIA avait pour alliés les services de renseignement de deux dirigeants aussi corrompus que peu fiables : le président de la Corée du Sud, Syngman Rhee, et le chef des nationalistes chinois Tchang Kaï-chek. Les informations valables étaient aussi difficiles à trouver que l'électricité et l'eau courante. La CIA se trouvait manipulée par des amis véreux, dupée par des ennemis communistes et à la merci d'exilés à court d'argent qui fabriquaient de faux renseignements." (Des cendres en héritage. L'histoire de la CIA, pp. 68-69)

 

Tim Weiner dresse la liste des échecs de la centrale de renseignement américaine en Corée, ainsi que de ses conséquences sur le conflit.

 

Premier handicap : l'animosité du général MacArthur envers la CIA, dont il cherchait à empêcher l'accès des agents aux pays d'Extrême-Orient, pour se fier à des impressions personnelles qui ont été des erreurs d'analyse majeures. Pour le commandant américain, la Chine devait rester à l'écart du conflit, si bien que l'intervention des volontaires chinois fut successivement jugée improbable, puis minimisée, ce qui donna aux Nord-Coréens et aux Chinois une force de frappe qui leur permit de repousser les troupes des Nations-Unies sous commandement américain au-delà du trente-huitième parallèle. Tim Weiner montre pourtant que l'antenne de la CIA à Tokyo avait mis en garde contre l'intervention de la Chine, mais le général MacArthur menaça de faire arrêter l'un des responsables du poste à Tokyo qui avait fait cette analyse - Bill Dugan - et cette information ne parvint jamais au président américain, pourtant en déplacement sur l'île de Wake en octobre 1950.

 

Deuxième handicap : alors que les Américains étaient parvenus à intercepter et à décrypter les câbles échangés entre Moscou et Pyongyang, l'accès à cette source d'information cessa quelques mois avant le déclenchement du conflit. En effet, un agent des services secrets soviétiques, William Wolf Weisband, qui exerçait les fonctions de décrypteur pour le Pentagone, traduisait les messages du russe en anglais. Le coup de maître de Weisband sera qualifié un demi-siècle plus tard par la National Security Agency américaine de "peut-être l'échec le plus significatif dans le domaine du renseignement de toute l'histoire des Etats-Unis" (David A. Hatch et Robert Louis Benson, The Korean War : the SIGINT Backgroung, National Security Agency).

 

Outre ces handicaps qui auraient pu être rédhibitoires à eux seuls, l'échec le plus spectaculaire de la CIA pendant la guerre de Corée a été d'acheter à prix d'or des informations fausses soit à des escrocs, soit à des informateurs travaillant en fait pour la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), pour engager des opérations-suicide qui se sont toutes soldées par des échecs.

     

Sur la base de ces fausses informations, "des milliers d'agents recrutés chez les Coréens et les Chinois furent parachutés au-dessus la Corée du Nord pendant la guerre pour ne jamais revenir" (Tim Weiner, p. 72). Ces agents - parmi lesquels plus de 1.500 Coréens au cours du seul été 1952 - étaient censés recueillir des informations ou animer des groupes de guérilla anticommunistes qui n'existaient que dans les faux témoignages de la CIA. Ces opérations d'intoxication de la CIA étaient facilitées par le fait que, sur les deux cents agents américains de la CIA à Séoul, pas un seul ne parlait coréen. Le nouveau chef de poste à Séoul, John Limond Hart, qui avait remplacé un prédécesseur incapable en plein conflit, établit que "presque tous les agents coréens qu'on lui avait légués avaient soit inventé les rapports qu'ils envoyaient, soit travaillé en secret pour les communistes (...) Les opérations paramilitaires de l'Agence en Corée avaient été infilitrées avant même d'être lancées" (Tim Weiner, p. 73 et 74). Le directeur de la CIA, Bedell Smith, ne choisit toutefois pas de fermer provisoirement l'antenne de Séoul, comme l'avait préconisé John Hart.

 

Un enseignement est que très peu de Coréens, sinon pas du tout, ont travaillé sincèrement pour la CIA. Cette  situation assez exceptionnelle ne se retrouve que dans des guerres d'indépendance, et ne peut être expliquée seulement par l'autoritarisme et la corruption du régime Syngman Rhee dont la défaite aux élections locales du printemps 1950, à la veille de la guerre, témoignait de l'impopularité. De ce point de vue, la guerre de Corée apparaît comme une guerre de libération nationale, contre les troupes étrangères onusiennes sous commandement américain.

     

Plusieurs témoignages d'agents de la CIA recueillis par Tim Weiner confirment que les parachutages d'agents de la CIA en Corée du Nord se sont poursuivis après l'armistice de 1953, confirmant donc que les mises à l'écart de responsables nord-coréens du Parti du travail de Corée pour espionnage ont répondu effectivement à des opérations de déstabilisation continues des Etats-Unis.

     

Autre signe du manque de professionnalisme de la CIA pendant la guerre de Corée, le président sud-coréen Syngman Rhee fut visé par erreur par des hommes de la CIA à l'entraînement, alors que son yacht longeait l'île Yong-do. Les officiers et les gardes du camp n'avaient pas été avertis de sa venue. S'il n'y eut pas de blessés, Syngman Rhee obtint le départ des agents de la CIA qui durent alors reprendre de zéro leurs opérations.

 

Par ailleurs, la CIA tenta d'ouvrir d'autres fronts, en Birmanie et en Chine, sur la base notamment de fausses informations quant à l'existence de forces anticommunistes sur le continent chinois. Les opérations en Chine échouèrent (en Mandchourie, la Chine révéla que sur 212 agents largués par la CIA, 101 furent tués et 111 faits prisonniers, soit un taux d'échec de 100 % pour les Américains), tandis que le soutien à la guérilla du général Li Mi au Nord de la Birmanie ne prévint pas sa défaite face aux troupes chinoises, entraînant son repli dans les montagnes où elle allait devenir un des centres mondiaux du trafic d'opium.

 

En conclusion, Tim Weiner observe que si les soldats américains ont parlé de la Corée comme d'une "guerre oubliée", "à la [CIA] on pourrait parler d'amnésie délibérée. On noya dans la comptabilité le gaspillage de 152 millions de dollars d'armes pour des guérillas fantômes" (op. cit., p. 78). Cet échec total de la CIA a alourdi les pertes humaines des Etats-Unis en Corée. Selon John Foster Dulles, devenu secrétaire d'Etat du président Dwight Eisenhower en 1953 et cité dans un document déclassifié en 2003, "nous avons perdu cent mille hommes en Corée", soit une estimation supérieure à celle admise jusqu'alors de 29.500 morts et 107.000 blessés et disparus. Mais John Foster Dulles, partisan du "refoulement" des communistes à commencer par le continent européen, conclut dans ce même entretien : "il faut bien avoir quelques martyrs."

 

Source : Tim Weiner, Des cendres en héritage. L'histoire de la CIA, traduit de l'américain par Jean Rosenthal, édition américaine 2007, édition française 2009 (éditions de Fallois). Notamment le chapitre 6 consacré principalement à la guerre de Corée : "C'étaient des missions-suicide" (pp. 67-78).

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 00:33

hocine_belaid.jpgAlors que l'AAFC est aujourd'hui engagée dans une campagne internationale pour un traité de paix en Corée, près de vingt ans avant la fondation de l'Association, en 1969, de nombreux militants avaient payé un lourd tribut contre la guerre de Corée (1950-1953) : des milliers d'arrestations, des blessés et deux morts, Hocine Belaïd et Charles Guénard - victimes de la répression policière lors de la manifestation à Paris contre le général "Ridgway la peste", ancien commandant en chef des troupes américaines en Corée, mis en cause pour l'utilisation d'armes bactériologiques dans la péninsule. Il y a soixante ans, le 24 janvier 1951, la police a ainsi arrêté 3.267 personnes à proximité de l’hôtel Astoria, où logeait le général Eisenhower. A partir d'un article historique et de témoignage publié sur le site de la section d'Aubervilliers du Parti communiste français, l'AAFC revient sur le combat d'hommes et de femmes qui ont dit "non" à la guerre, certains au péril de leur vie. Elle salue leur courage et leur engagement, en appelant chacun et chacune à se montrer dignes de nos aïeux pour que les armes se taisent définitivement sur le sol de la péninsule coréenne.

 

Alors que des monuments, des citations et de commémorations rappellent abondamment la mémoire du "bataillon français des Nations-Unies" dirigé par le lieutenant-colonel Monclar, et engagé aux côtés des troupes sous commandement américain, de nombreux pans de l'histoire de la guerre de Corée ont été occultés par les gouvernements occidentaux - et notamment le refus de la guerre, porté en France par des dizaines de milliers d'hommes et de femmes, souvent membres du Parti communiste français et/ou du Mouvement de la paix et de la Confédération générale du travail.

 

Avant même la manifestation du 28 mai 1952 contre le général américain Ridgway, la mobilisation en France pour la paix en Corée a connu plusieurs grands moments, dont quelques-uns sont cités par André Narritsens dans un article publié sur le site de la section d'Aubervilliers du Parti communiste français, et s'inspirant des travaux de Michel Pigenet sur la manifestation Ridgway, publié en 1993 aux éditions L'Harmattan :

 

"Le 24 janvier 1951, la police a arrêté, aux bords de l’hôtel Astoria (où séjournait le général Eisenhower) 3.267 personnes, et bloqué aux portes de Paris les cars emplis de manifestants en provenance de banlieue."

 

"Le 12 février 1952, la police a procédé à l’arrestation préventive de dizaines de suspects et les a gardés une journée entière dans la cour de l’ancien hôpital Beaujon."

 

Le climat de guerre touche l'action militante de ceux qui, en France, osent s'opposer à la guerre de Corée. Ainsi, le quotidien communiste L’Humanité estime que, du 1er janvier au 30 juin 1952, 80 militants ont été poursuivis pour avoir collé des pages du journal. André Narritsens observe que "les représentations théâtrales ou projections de cinéma 'communistes' sont interdites. Le préfet Jean Baylot est le maître d’œuvre de cette répression".

 

Le point d'orgue des manifestations contre la guerre en Corée se focalisera sur la venue en France, dans le cadre d'une tournée en Europe, du général Ridgway, ancien commandant en chef des troupes américaines en Corée, et venant d'être nommé à la tête des forces de l’OTAN. Son nom est conspué dans les cortèges syndicaux du 1er mai, en France comme dans le reste du monde - des affrontements avaient ainsi eu lieu à Tokyo, à proximité du QG de Ridgway. Des "journées de Paris pour sauver la paix" sont organisées, le Mouvement de la paix engageant des journées de protestation contre les armes biologiques, tout en initiant quatorze rassemblements régionaux.

 

La manifestation du 28 mai 1952 a pris place dans un contexte de radicalisation politique, un article de François Billoux, membre du Bureau politique, ayant proposé que le Parti communiste vise à accélérer "le renversement de la politique française".

 

A l'issue d'une première manifestation organisée par le Mouvement de la paix le 23 mai, 279 interpellations sont opérées (dont 42 suivies de maintiens en état d’arrestation et d'inculpations), les forces de l'ordre revendiquant 49 blessés dans leurs rangs. Le 25 mai, André Stil, rédacteur en chef de L'Humanité, est arrêté pour infraction à la loi du 7 juin 1848 relative à la provocation d'attroupements publics : l'après-midi même, des portraits d'André Stil sont visibles dans la montée au mur des Fédérés, qui commémore la Commune de Paris.

 

André Narritsens résume ainsi la préparation et le déroulement de la journée du 28 mai 1952 :

 

"Le Parti communiste a chargé Raymond Guyot, membre du bureau politique, de l’organisation d’ensemble. Il est assisté d’André Souquière, secrétaire de la Fédération de la Seine et dirigeant important du Mouvement de la paix, à qui se voit confier la tâche de la coordination du PC et du Mouvement de la Paix. André Karman, lui aussi secrétaire de la Fédération de la Seine, suit, pour ce qui le concerne la mobilisation du Parti.

 

Les itinéraires des cortèges ont été établis et minutés. Le principe d’organisation est celui de la 'boule de neige' : de petits groupes se rassemblent et font mouvement jusqu’à un lieu convenu où ils s’agrègent à d’autres groupes. Ainsi doivent se former les 'colonnes' constituées des militants de banlieue et des arrondissements périphériques qui entreront dans Paris. Des véhicules sont chargés d’apporter le matériel de la manifestation : point de banderoles, mais de petites pancartes souvent en tôle, fixées sur de gros manches de bois. Non encombrés du matériel habituel des manifestations, les groupes ont vocation à être très mobiles et en capacité d’affronter la police de manière offensive. D’évidence, l’épreuve sera rude : des locaux ont été aménagés en infirmeries de campagne et des véhicules prévus pour le transport des blessés vers la clinique des Bluets

 

[...] Le cortège du Nord et de l’Est dans lequel prennent place les militants d’Aubervilliers est très complexe. Trois colonnes le constituent, l’une démarrée au carrefour des Quatre-Chemins qui regroupe environ 2.000 manifestants entrera dans Paris par la porte de La Villette, les autres pénètreront qui par la porte de La Chapelle, qui par la porte de Clignancourt. La fusion des trois cortèges doit se réaliser Place de La Chapelle. La 'colonne' ainsi constituée emprunte le Faubourg-Saint-Denis puis le boulevard Magenta pour tenter d’atteindre la place de la République.

 

manifestation_contre_ridgway_28_mai_1952.jpgLe but poursuivi ne sera pas atteint mais, deux heures durant, 20.000 manifestants vont affronter la police. Le bilan est lourd. Les forces de l’ordre déclareront 372 blessés dont 27 grièvement. Du côté des manifestants le bilan est difficile à établir mais l’on compte un mort (Hocine Belaïd), un blessé par balles (Charles Guénard) et de multiples contusionnés. La police procède à 718 interpellations souvent accompagnées de très violents passages à tabac et 140 inculpations vont être prononcées."

 

Hocine Belaïd est tombé place de Stalingrad, appartenant à la "colonne" formée au carrefour des Quatre-Chemins.  Ancien déporté, ancien conseiller municipal, Charles Guénard a été grièvement blessé par balle au genou : il est mort en mars 1953 lors d'une opération à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

 

Toujours le soir du 28 mai, Jacques Duclos est arrêté : deux pigeons morts trouvés dans sa voiture, destinés à la casserole, deviennent un temps de mystérieux pigeons voyageurs...

 

obseques_hocine_belaid.jpg

 

Les obsèques de Hocine Belaïd, ouvrier communal à Aubervilliers se sont déroulées le 13 juin, place de l’Hôtel de Ville. Le maire de la ville, Charles Tillon, a prononcé le discours d’hommage, avant que Hocine Belaïd ne soit enterré au cimetière d'Aubervilliers.

 

Le refus de la guerre de Corée a marqué durablement les mémoires : après la guerre, des intellectuels français feront le voyage en République populaire démocratique de Corée pour voir et comprendre un pays alors en pleine reconstruction. L'un d'entre eux, l'auteur, compositeur et interprète Francis Lemarque, sera, en 1969, un des membres fondateurs de l'Association d'amitié franco-coréenne.

 

Sources : AAFC, site de la section PCF d'Aubervilliers (première et deuxième parties de l'article, dont photos)

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