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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 23:57

Du 1er au 10 septembre 2009, une délégation conjointe de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et de nos homologues belges de Korea-is-one a visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'occasion notamment du 61eme anniversaire de la fondation de la RPD de Corée. Lors de ce déplacement destiné à mieux faire connaître la réalité économique et sociale de la RPD de Corée, la délégation franco-belge a notamment visité le Musée révolutionnaire des Chemins de fer, à Pyongyang, le 7 septembre. Le compte rendu ci-après rappelle le rôle joué par les transports ferroviaires dans l'industrialisation du pays, dévasté au lendemain de la Guerre de Corée (1950-1953).

Ce n'était pas prévu dans le programme initial. Mais un ancien cheminot de la délégation  avait demandé à pouvoir rencontrer ses collègues coréens. D’autres participants craignaient de se trouver dans une ambiance un peu trop technique.

Grâce à l’intervention efficace de Mme Kim Ho-jong [guide de la délégation, secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-France] le programme a été modifié en donnant satisfaction à tous. Nous visitons le Musée révolutionnaire des Chemins de fer. Il est ouvert en 1972. Dans le hall d'entrée, des slogans nous appellent : "Tout le monde en avant pour la bataille !" et "Faisons du nouveau chemin de fer un monument millénaire !".

Quarante artistes du Centre de création artistique du chemin de fer ont peint en 1982 un gigantesque panorama, évoquant les exploits héroïques des cheminots pendant la Guerre de Libération, construisant des ponts ou réparant des rails. L'équipe est toujours active et peint des peintures dans toutes les gares du pays. Ce panorama est magnifique par sa taille et sa combinaison habile de maquettes et de tableaux qui donnent une grande impression de réalisme.

Le musée est vaste, la visite des  grandes salles se poursuit pendant deux heures. Mme Kim Jong-suk, mère du dirigeant actuel Kim Jong-il, traversait déjà en 1938 tout le pays en train. Une peinture la représente en 1945, avec son fils qui avait 3 ans, dans un wagon de marchandises, où d'habitude on transportait les chevaux, ils reviennent du nord du pays en 1945 vers la capitale Pyongyang, libérée. Alors que 90% des trains et installations ferroviaires ont été démolis pendant la guerre, redémarrer les chemins de fers est une tâche prioritaire.

Bientôt la Corée produit ses propres trains. Le réseau ferré de la RPDC est de 5.224 km électrifié à 81%, en presque totalité en voie unique et avec des systèmes d’espacement des trains faisant appel à l’homme. La tension d’alimentation des caténaires est de 3.300 volts en courant continu, au sud elle est de  25.000 v  en courant alternatif . La RPDC n’a pas construit de machines à vapeur et est passée directement à la construction nationale de locomotives électrique, en particulier dans l'usine de Kim Jong Tae. En particulier, cela évite les problèmes d’alimentation en carburant que connaîtrait du matériel diesel dans les conditions économiques actuelles.

Le président Kim Il-sung se déplaçait constamment en train pour ses visites d'inspections. Une carte au mur montre les gares qu'il a visitées (presque toutes) et marque une étoile pour chaque visite. En 1954 il a chargé lui même le charbon dans le four d'un train à vapeur, la pelle qu'il a employée est gardée dans le musée comme un symbole.

On prend soin des ouvriers. En 1960 une tempête menaçait les ouvriers qui bâtissaient un pont de 800 mètres, l'armée les a dégagés avec des hélicoptères. C'est un des faits mentionnés dans le Tsoldosinmun, le Journal des Chemins de fer.

Une maquette montre les plans des nouvelles installations qui devront relier la Corée à la Russie, traversant le fleuve Tumen, et continuant à travers la Sibérie jusqu'en Europe. L’accord est signé avec les chemins de fer de Russie (RZD), les travaux d’amélioration entamés mais semble-t-il il n'y a pas encore de date prévue de mise en service.

Après les salles d’exposition nous allons voir des wagons et locomotives historiques dont le wagon et la locomotive d’origine japonaise utilisés par Kim Jong-suk lors de son retour à Pyongyang en 1945. Egalement présents du matériel remorqué historique d’origine chinoise et manchoue, ensuite du matériel, plus moderne, coréen d’entretien et d’inspection des voies et caténaires.

L’encadrement est formé à l’Université des Chemins de fer, une branche à part entière du ministère des chemins de fer.
Le ministère des chemins de fer dirige en plus de l’exploitation ferroviaire  la fabrication des trains, wagons et l’entretien des voies et de toutes les installations ce qui explique le chiffre de 300.000 emplois.

 


Le cheminot retraité membre de la délégation offre comme souvenir au musée une casquette de chef de gare et différents objets relatifs aux chemins de fer français, en particulier à l’opération Train Capitale qui vit circuler le TGV sur les Champs-Elysées.
Un moment d’émotion.
  



Sources : AAFC, notes du délégué de Korea-is-One, ROK National Statistical Office (chiffres 2001).

Photos : Korea-is-One, Alain Noguès

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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 23:22

Pour la première fois, une communauté non-coréenne a décidé, en juillet 2009, d'utiliser comme alphabet officiel l'alphabet coréen, appelé hangeul au sud de la péninsule et choseongeul au nord. Les 60.000 Indonésiens de la tribu des Cia-Cia ont fait ce choix pour transcrire leur langue, menacée de disparition comme 90 % des langues de la planète, tout en bénéficiant du soutien de l'Institut de Recherche sud-coréen Hunminjeongeum.

Sur les 6.000 langues et dialectes recensés aujourd'hui à travers le monde, 5.400 sont parlés par moins de 100.000 locuteurs et se trouvent menacés de disparition, sous l'effet de l'homogénéisation culturelle qui ne laisse que peu de place aux langues non officielles. 

Pour conjurer le déclin de sa langue, membre de la famille austronésienne, la tribu des Cia-Cia (prononcer chi-ah chi-ah), qui compte 60.000 personnes au Sud de l'île Buton (au Sud-Est de la province indonésienne de Sulawesi), a fait un choix original : écrire sa langue, l'une des quelque 670 que compte l'archipel indonésien, en alphabet latin et en alphabet coréen. C'est la première fois au monde qu'une communauté non-coréenne adopte comme alphabet officiel l'alphabet coréen, appelé Hunminjeongeum par les habitants de la péninsule.  

L'Institut de Recherche Hunminjeongeum, en Corée du Sud, a joué un grand rôle dans la décision des Cia-Cia. Il a été fondé en 2007, pour étudier les langues du monde et encourager le choix de l'alphabet coréen pour transcrire - et conserver - les langues menacées de disparition. Il bénéficie du soutien financier de Mme Lee Ki-nam, dont l'histoire dresse un parallèle entre l'alphabet coréen et la langue coréenne, dont l'utilisation avait été remise en cause par les Japonais pendant l'occupation de la péninsule (1910-1945), et les milliers de langues dans le monde qui risquent aujourd'hui de disparaître. Ayant faire fortune dans l'immobilier, Mme Lee Ki-nam, aujourd'hui âgée de 75 ans, est la fille d'un d'un linguiste coréen qui a enseigné la langue coréenne dans la clandestinité, sous l'occupation japonaise. Elle est aussi une descendante en ligne directe du roi Séjong, à l'origine de la création de l'alphabet coréen, promulgué en 1446 pour donner aux Coréens une écriture plus adaptée à la prononciation de leur langue que les caractères chinois, qui resteront cependant prédominants parmi les élites coréennes jusqu'à la disparition de la monarchie. Depuis la libération de la Corée en 1945, l'alphabet coréen a contribué à l'éradication de l'analphabétisme, à l'instar de la réforme de l'écriture chinoise en République populaire de Chine.

Le choix de l'alphabet coréen, appelé hangeul au sud de la péninsule et choseongeul au nord, peut également se justifier par sa facilité d'apprentissage et son caractère logique, ses caractères de base reproduisant les formes de la langue, des lèvres ou des dents, pour prononcer les sons qu'ils transcrivent. Professeur de langue à l'Université nationale de Séoul et président de l'Institut de Recherche Hunminjeongeum, Kim Ju-won a déclaré : "Nous avons essayé à plusieurs reprises par le passé d'encourager l'utilisation du Hangeul parmi les tribus mais c'est la première fois que nous avons signé un protocole d'accord avec un gouvernement local à l'étranger et que nous avons publié de façon officielle un livre de classe en Hangeul qui servira à l'enseignement d'écoliers du pays". Comme l'observe le professeur Lee Ho-young, linguiste à l'Université nationale de Séoul, qui dirige le projet et a co-rédigé le premier manuel de Cia-Cia en alphabet coréen, les Cia-Cia "veulent préserver leur langue et leur culture".


L'appui financier apporté par l'Institut Hunminjeongeum a joué un rôle important dans le choix des dirigeants Cia-Cia : en juillet 2008, Mme Lee Ki-nam a conduit une délégation à Bau-Bau, sur l'île Buton, et proposé la création de manuels en alphabet coréen. Elle a également promis de construire un centre culturel coréen, correspondant à un investissement de 500.000 dollars, et d'encourager le développement économique auprès de tribus qui était encore composées, récemment, de chasseurs-cueilleurs. En novembre 2008, une délégation officielle Bau-Bau a été invitée à Séoul. Enfin, un professeur Cia-Cia, M. Abidin, après avoir reçu une formation pendant six mois à l'Université nationale de Séoul, a commencé à enseigner le 21 juillet 2009 auprès de 50 écoliers, à partir du manuel en alphabet coréen qu'il a co-rédigé avec, notamment, le professeur Lee Ho-young. 

Alors que  les Cia-Cia - à commencer par M. Amirul Tamin, maire de la capitale, Bau-Bau - espèrent aussi que leurs enfants puissent, demain, multiplier les échanges avec la Corée, voire y travailler et y vivre, le succès de la culture populaire sud-coréenne en Asie apparaît également comme un vecteur de diffusion de l'alphabet coréen. D'ores et déjà, les alphabets coréen et latin sont utilisés conjointement sur les panneaux de circulation. Les autorités Cia-Cia envisagent aussi la publication de contes folkloriques et de livres d'histoire en alphabet coréen.

Mais cette initiative suscite également des réserves, alors que les actions conduites par l'Institut Hunminjeongeum ne reçoivent pas de soutien financier du gouvernement sud-coréen. Nicholas T. Dammen, ambassadeur indonésien en Corée du Sud, a ainsi déclaré qu'il ne voyait pas l'utilité pour les Cia-Cia d'utiliser l'alphabet coréen, pourtant enseigné concurremment à l'alphabet latin, tout en craignant l'implication des puissances étrangères auprès d'autres tribus indonésiennes, auxquelles seraient faites des propositions similaires à celle des Coréens.

L'adaptation, ou non, de l'alphabet coréen à la prononciation du Cia-Cia est controversée. Si les deux langues n'ont aucun lien de parenté, rien ne semble toutefois indiquer que l'alphabet coréen serait moins adapté que l'alphabet latin, par exemple, largement utilisé à travers le monde pour transcrire des langues non européennes. Pour les Cia-Cia, l'usage de l'alphabet latin pour la transcription de chansons n'aurait d'ailleurs pas donné des résultats heureux, alors qu'ils ont auparavant utilisé un alphabet, le gundul, basé sur l'écriture arabe. Selon M. Abidin, l'alphabet coréen serait bien adapté à la restitution des sons "b" et "d" du Cia-Cia. Par ailleurs, l'ancienne lettreㅸde l'alphabet coréen a été réutilisée pour rendre le son /v/ en Cia-Cia.

Plus qu'une concurrence avec les alphabets établis - qu'ils soient latin, russe ou arabe (ce dernier utilisé notamment pour l'enseignement du Coran) - qui pourraient générer de possibles incidents diplomatiques, le principal risque est plutôt un abandon prématuré de l'alphabet coréen par les Cia-Cia. Un linguiste sud-coréen avait déjà tenté sans succès, à la fin des années 1990, d'introduire un alphabet basé sur l'alphabet coréen pour le lahu, parlé dans le Sud de la Chine et l'Asie du Sud-Est. Pour sa part, Mme Lee Ki-nam a également échoué dans ses précédentes tentatives, depuis 2003, d'introduire l'alphabet coréen auprès de peuples non coréens - au Népal (auprès des
Chepang), en Mongolie, au Vietnam et en Chine (auprès des Oroqen). Elle-même attribue cet échec au fait d'avoir utilisé comme relais des missionnaires chrétiens, plus préoccupés de prosélytisme religieux que de sauvegarde des langues minoritaires. De fait, si l'alphabet coréen peut rencontrer un succès pour la protection des langues menacées de disparition face à la globalisation culturelle, c'est comme outil véhiculaire neutre, dégagé des soupçons d'impérialisme culturel qui peuvent entacher les autres alphabets, latin, russe ou arabe.

Sources principales : The New York Times,
The Wall Street Journal

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 17:32

A l'occasion de la Journée internationale de la femme, Espace-Japon et Echo-Echanges organisent, le 7 mars 2009, une projection-débat du film documentaire Murmures, de la réalisatrice coréenne Byun Young-joo, sur la prostitution forcée des "femmes de réconfort" asiatiques, notamment coréennes, exploitées par les soldats japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. L'AAFC vous invite à connaître et faire connaître cet épisode tragique de la colonisation japonaise, en reproduisant ci-après l'annonce du Comité de soutien pour la projection de Murmures.


 Murmures
(Najeun moksori)
Documentaire coréen de la réalisatrice Byun Young-Joo

(1995, v.o. sous-titrée en français, 16mm, 1h38)


  Le samedi 7 mars 2009 à 18h30

Espace Japon

12, rue de Nancy

75010 Paris


Au cours de la Seconde Guerre mondiale, des centaines de milliers de jeunes filles, dont un certain nombre de Coréennes, ont été contraintes à se prostituer dans les bordels militaires japonais. Les preuves de cet esclavagisme sexuel planifié par l’Etat ont été, pour beaucoup, détruites et les archives occultées. Un pan de l’histoire douloureuse coréano-japonaise menaçait ainsi de sombrer dans l’oubli le plus complet. Cependant, en août 1991, encouragée par les recherches et le volontarisme d’associations féministes sud-coréennes, blessée par le négationnisme ambiant, Kim Hak-soon déclarait à la télévision qu’elle avait servie de femme de réconfort à l’armée japonaise. Depuis, une poignée d’autres "survivantes" de ce drame, âgées de 75 à 85 ans, ont osé s’exprimer et demandent justice.

Le film Murmures s’ouvre sur la centième manifestation de ces "femmes de réconfort", à Séoul, devant l’ambassade du Japon. Là, quelques anciennes victimes et des militants tentent de faire valoir leur cause. La réalisatrice Byun Young-Joo s’attache plus particulièrement à écouter et regarder vivre six "grand-mères", six survivantes, engagées dans cette lutte entre honte et colère, espoir et détresse. A leurs murmures s’ajoutent les paroles de trois autres rescapées coréennes, abandonnées par l’armée japonaise, en Chine, au moment de la débâcle…

Dans ce documentaire, il n’y a pas, comme le dit Byun Young-Joo, "de déchaînement passionnel sur la situation des 'femmes de réconfort'" mais une grande tendresse pour ces grands-mères qui, se sachant proches de la mort, ne veulent pas sombrer dans l’oubli, et refusent dans un ultime combat d’être à nouveau niées.

Avec la projection du film Murmures, nous voulons contribuer à faire valoir, auprès d’un large public, la cause des femmes de réconfort, menacée par le révisionnisme. Mais la question de l’exploitation sexuelle des femmes par une armée ainsi que la question de la mémoire des anciennes puissances coloniales, nous invitent à ne pas nous focaliser sur l’histoire de la Corée et du Japon.

Nous signalons qu’un tribunal civil international des femmes a rendu un verdict à la Haye en 2001 au sujet des réparations réclamées par les ex-"femmes de réconfort" et il a été un jugement encourageant envers les victimes.

 


Comité de soutien pour la projection de Murmures

Echo-Echanges ONG France-Japon

Tel/fax : 01 55 86 08 48

E-mail : echoechanges@wanadoo.fr

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 16:20

Après l'enregistrement du guitariste Pierre Laniau en 2008, le label musical Mobilarts poursuit sa collaboration avec des agences artistiques sud-coréennes avec la venue du pianiste de jazz Eric Lotz à Séoul . 
 

L'enregistrement d'oeuvres de Mozart par le guitariste Pierre Laniau, qu'annonçait l'AAFC en novembre dernier, s'est bien déroulé. L'album est actuellement en phase de montage et la sortie des deux CD de La guitare chante Mozart est prévue en mai 2009. 

Mobilarts continue sa collaboration avec les agences artistiques sud-coréennes en organisant la venue du pianiste français de jazz Eric Lotz à Séoul. Il se produira le 6 mars 2009 au Story Art Hall, le 7 mars au Seocho Hart Hall et le 8 mars à l'hotel Lotte.
 

Il s'agit de la première apparition d'Eric Lotz en Corée.  L'événement sera vraiment interculturel puisque le pianiste a invité à se produire auprès de lui le guitariste Mister Ed et la chanteuse coréenne Kang Eun-young. 
 

Pour en savoir plus...

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 11:50

La bande dessinée coréenne (le manhwa) possède des caractéristiques qui lui sont propres, tant dans son style que dans les thèmes qu'elle aborde. L'histoire nationale occupe une place éminente : dans ce contexte, les BD Le Massacre du Pont de No Gun Ri et L'Etincelle feront l'objet d'une rencontre, témoignage et débat à l'espace culturel coréen Han Seine, 32 rue Monsieur le Prince (75 006 Paris), le mercredi 25 février 2009 à 19h. Nous vous invitons toutes et tous à y participer pour mieux connaître ces récits, respectivement, de la guerre de Corée et de l'industrialisation de la Corée du Sud dans les années 1960.  

Juillet 1950. La guerre de Corée vient de commencer : dans un hameau sud-coréen, des GI's ont abattu des centaines de civils désarmés, sur le simple soupçon qu'ils aient pu abriter des agents communistes. La demande de réparation de citoyens sud-coréens, un demi siècle plus tard, fait toujours débat, comme l'a montré un témoignage de trois journalistes à Associated Press, Choe Sang-hun, Charles J. Hanley, et Martha Mendoza, récompensés par le prix Pulitzer (voir la traduction de leur article en français sur le site de l'association d'amitié coréano-belge "Korea-is-one" à l'adresse suivante).
Le Massacre du pont de No Gun Ri (2007, Scénario : Chung Eun-yong,  Dessin : Park Kun-woong) est le récit de cet épisode encore largement méconnu de la guerre de Corée.

Autre décor : les années 1960, sous la férule du général Park Chung-hee, la Corée du Sud s'engage dans un processus d'industrialisation à marche forcée. Le prolétariat sud-coréen connaît les plus longs horaires de travail au monde, pour des salaires très faibles et sans protection sociale, alors que les seuls syndicats autorisés sont liés au patronat. Dans ce contexte,
Jeon Tae-il, jeune ouvrier dans une usine textile, décide de s’immoler par le feu, en brûlant symboliquement avec lui un livre de droit du travail. Son combat illustre le courage des combattants pour la démocratie et les droits sociaux en Corée, qui se sont sacrifiés jusqu'à aujourd'hui pour bâtir une société de liberté et de justice. L'Etincelle par Choi Ho-cheol, dont les deux premiers tomes sont parus en France en 2008 et en 2009, est le récit en quatre volumes de l'histoire de Jeon Tae-il.

L'espace culturel Han Seine vous invite ainsi à une rencontre, témoignage et débat sur le thème de la BD d'auteur, autour du Massacre du Pont de No Gun Ri et de L'Etincelle, le mercredi 25 février, à partir de 19h, 32 rue Monsieur le Prince (Paris 6ème), en présence de la traductrice et dessinatrice Keum Suk Gendry-Kim, de l'adaptateur Loïc Gendry et de l'éditrice Bérengère Orieux des éditions Vertige Graphic. Réservation indispensable : participation aux frais : 5€, Dégustation payante de la gastronomie coréenne

 

Information et réservation : Tél. 01 40 46 80 40, han-seine@wanadoo.fr, Espace Han-Seine, 32 Rue Monsieur le Prince 75006 Paris Horaires d’ouverture : du mardi au samedi 11h-19h30, http://han-seine.monsite.orange.fr/


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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 20:00

A l'issue du 33ème Festival International du Cirque de Monte-Carlo, la troupe du Cirque Moranbong de Pyongyang a obtenu le « Clown d'Or » pour son numéro de trapèze volant, et le « Clown d'argent » pour son numéro d'acrobaties à la grande balançoire et à la barre fixe. Acrobaties à la grande balançoire et à la barre fixeAcrobaties à la grande balançoire et à la barre fixeAcrobaties à la grande balançoire et à la barre
L'une des meilleures troupes de cirque au monde, la troupe Moranbong de Pyongyang, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), est une habituée de la plus haute récompense, le clown d'or, au Festival International du Cirque de Monte-Carlo. Pour la cérémonie 2009, elle a fait coup double, en décrochant à la fois un « Clown d'Or » pour son numéro de trapèze volant, et un « Clown d'argent » pour son numéro d'acrobaties à la grande balançoire et à la barre fixe.

Fondé le 10 juin 1952, le cirque de Pyongyang compte plus de trente artistes, formés pendant neuf ans à l'école acrobatique de Pyongyang, également créée en 1952. La sélection commence dès l'âge de sept ou huit ans, en repérant les  enfants présentant les plus grandes aptitudes physiques. La formation comporte 3 ans d’école primaire, 3 ans de cours préparatoires et 3 ans de spécialisation.

Le cirque est un loisir très populaire en Corée : comme l'a observé le porte-parole du cirque de Pyongyang, M. Ri Ki-hyon, dans un entretien de 2002,"le premier cirque de Pyongyang compte 3.000 places et il est complet chaque soir. Le programme est renouvelé toutes les semaines grâce au travail de 400 artistes. Les gens vont très souvent au cirque car l’entrée ne coûte que l’équivalent de 2 euros". La RPDC comppte d'autres cirques célèbres, comme le cirque de l'Armée populaire.

Le cirque en RPD de Corée comprend peu d'animaux : il s'agit essentiellement de numéros effectués par les athlètes de la troupe. en particulier, les numéros d'acrobatie et de voltige s'inscrivant dans la tradition coréenne et ayant été développés comme des numéros d'excellence du cirque de Pyongyang dès 1957 (Sources : site du Festival International du Cirque de Monte-Carlo, dépêche de l'agence nord-coréenne KCNA en date du 13 décembre 2007, entretien avec Ri Ki-hyon, porte-parole du Cirque de Pyongyang, sur le site de l'association d'amitié belgo-coréenne "Korea-is-one", publié le 4 septembre 2002, photos Korea-is-one et Naenara)

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 17:40

La bande dessinée de Guy Delisle Pyongyang figure parmi les ouvrages en français les plus lus – et cités - sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ce récit d’un dessinateur canadien ayant travaillé pendant deux mois à Pyongyang dans les studios de la société SEK est le récit humoristique d’un Occidental expatrié en Corée du Nord. Malheureusement, le parti pris de son auteur et de trop nombreuses erreurs factuelles devraient inciter à une lecture critique de ce témoignage pour tous ceux qui veulent connaître la Corée du Nord. Nous publions ici le premier volet de cet article.

 

Dessinateur québécois, Guy Delisle a travaillé pendant deux mois dans les studios de dessins animés SEK, à Pyongyang, qui produisent de nombreuses séries occidentales, y compris françaises, comme Corto Maltese et Bécassine. La bande dessinée de Guy Delisle, Pyongyang, est le témoignage, à la première personne, de son séjour en Corée du Nord, publié par L’Association en 2003. Guy Delisle a l’habitude des récits de voyages sous forme de BD et a notamment publié Shenzhen en 2000 et Chroniques birmanes en 2007.

 

Pour tous ceux qui souhaiteraient pouvoir voyager en Corée du Nord, la BD de Guy Delisle  offre un témoignage qui tend à se démarquer des reportages à sensation dont certains médias sont friands. Pas de long portrait à charge des dirigeants nord-coréens, ni d’accumulation systématique de détails croustillants sur leur vie privée réelle ou supposée. Pas non plus de ces habituels allers-retours entre les images peu flatteuses d’un pays en développement et celles qui, ne cadrant pas avec ces clichés, ne correspondraient qu’à des réalités de façade dignes de Tintin au pays des soviets. Comme le reconnaît Guy Delisle, « finalement, je m’attendais à pire car les rares images que l’on peut voir en Occident sont autrement plus sombres. »

 

En effet, comme le reconnaît l’auteur dès les premières pages, il y a lieu de se défaire de ses préjugés : « La Corée du Nord est le pays le plus fermé du monde. Les étrangers y entrent au compte-goutte. Il n’y a pas d’Internet, pas de café… En gros, pas de divertissements. On peut difficilement sortir de l’hôtel, et rencontrer des Coréens s’avère pratiquement impossible. Heureusement que du côté solitude, j’ai de l’entraînement parce que c’est pas ici que je vais rigoler. Enfin, c’est comme cela que j’envisageais mon séjour, mais finalement ce fut tout le contraire. Comme quoi il faut s’attendre à tout quand on voyage. »

 

D’emblée, écartons une fausse interprétation sur le choix d’un dessin en noir et blanc : non, tout n’est pas gris couleur béton à Pyongyang (il s’agit au contraire d’une des capitales d’Asie comprenant la plus forte proportion d’espaces verts !), mais Guy Delisle utilise habituellement  le noir et blanc.

 

Après ces remarques préliminaires, examinons successivement les ressorts comiques de Pyongyang, avant de nous intéresser à sa valeur documentaire. Car certaines opinions exprimées par Guy Delisle méritent, selon nous, discussion, et l’auteur a commis un certain nombre d’erreurs factuelles qu’il nous a semblé utile de corriger.

 

Nos remarques sont celles de visiteurs s’étant rendus trois fois en Corée du Nord (août 2005, août 2006, septembre 2008), pendant une durée totale de deux mois, équivalente à celle du séjour de Guy Delisle en 2001. Notre contact direct avec la RPDC n’est donc pas plus étendu que celui de l’auteur de Pyongyang, même si nous nous efforçons de compléter notre connaissance de la Corée du Nord par une consultation des analyses des chercheurs spécialisés sur la RPDC, ainsi que par des contacts réguliers avec les résidents coréens en France. Enfin, un séjour à Séoul fin 2007 et début  2008 nous a aidés à mieux comprendre les traits culturels communs aux deux parties de la Corée.

 

Dans notre lecture critique de Pyongyang, nous avons d’abord souhaité rappeler certaines caractéristiques de la société et de la culture coréennes, dans le regard humoristique que porte Guy Delisle, avant d’examiner son analyse de la Corée du Nord.   

 

Une succession de situations confinant apparemment à l’absurde

 

Guy Delisle a narré, avec humour, comment il avait vécu en Corée du Nord. Ecrit à la manière d’un journal de voyage, son récit adopte un ton généralement descriptif qui renforce encore le comique qui naît – pour un Occidental – du décalage perçu entre les sociétés européenne et nord-coréenne.

 

Un des principaux ressorts humoristiques a consisté à souligner certaines caractéristiques de la Corée du Nord qui tendent à l’absurde pour un Occidental, l’auteur pointant par exemple :

 

- les surcapacités hôtelières, par rapport au nombre de visiteurs occidentaux. Les seules chambres occupées dans l’hôtel Yangakkdo, où résidait Deslisle avec une poignée de résidents étrangers, se trouvaient ainsi sur un seul de la quarantaine d’étages de l’hôtel ;

 

- les pages de publicité achetées par le gouvernement nord-coréen dans des journaux à grand tirage du monde entier ;

 

- la lenteur du train Pékin-Pyongyang dépassé par le car de l’auteur qui pourtant se traîne...

 

Chacune de ces absurdités, ou perçues comme telles, a cependant une explication. En effet, contrairement à une idée reçue en Occident sur la Corée du Nord, l’organisation politique et sociale de la RPDC répond à des choix rationnels, même si leur pertinence peut évidemment être discutée. Il est à cet égard regrettable que Guy Delisle ne donne qu’exceptionnellement les clés qui auraient permis de comprendre ce qu’il donne à voir. Il aurait alors dépassé le constat amusé pour amorcer une analyse de la situation nord-coréenne, comme il n’hésite pas à le faire sur d’autres sujets plus importants, tels que la réunification ou la recherche de l’autosuffisance alimentaire, ainsi que nous le verrons plus loin.

 

Concernant par exemple les hôtels modernes de Pyongyang, ceux-ci datent principalement des années 1980 et de la première moitié des années 1990, lorsque la Corée du Nord prévoyait un boom économique et touristique qui n’a pas (encore ?) eu lieu en raison de la crise économique survenue dans les années 1990, bien que la capitale de la RPDC ait accueilli plusieurs dizaines de milliers de visiteurs en 1989 lors du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. A cet égard, il faut corriger une erreur factuelle : une dizaine d’hôtels de la capitale (non compris ceux des principales villes de province) sont régulièrement proposés aux visiteurs occidentaux, et non trois, comme l’écrit Guy Delisle (p. 18).

 

Quant au train Pékin-Pyongyang, le manque d’énergie a conduit à maintenir un trafic ferroviaire régulier mais en limitant la vitesse de circulation des trains, alors même que la RPDC a été, dès le début des années 1960, l’un des premiers pays d’Asie à construire ses propres locomotives électriques.

 

Un regard humoristique mais une méconnaissance de la culture asiatique

 

L’auteur raille des situations présentées comme typiquement nord-coréennes, bien qu’elles soient propres à la culture asiatique, et spécialement à la culture coréenne, qu’elle soit du Nord ou du Sud de la péninsule. Nous avons souhaité en donner quelques exemples, afin de resituer dans leur contexte des situations qui ne doivent pas être considérées comme exclusives à la Corée du Nord, en évitant pour notre part tout jugement de valeur.

 

Ainsi, les slogans gravés sur la roche, à la campagne (p. 99) ou dans les monts Myohyang (p. 109), ne sont pas propres à la Corée du Nord : on les retrouve en Chine et en Corée du Sud. En revanche, les chaussons pour éviter de salir le sol des musées (p. 100), ou l'extinction de la lumière dans les salles quand les derniers visiteurs sortent (p. 103), se retrouvent dans d’autres pays socialistes, ou anciennement socialistes, comme la Russie.

 

Le respect dû aux dirigeants (comme, par exemple, lors de la visite de l’Exposition de l’amitié internationale où sont rassemblés les cadeaux offerts au président Kim Il-sung et au dirigeant Kim Jong-il) n’est pas non plus propre à la Corée du Nord, tout en y étant particulièrement marqué. En Corée du Sud, les portraits géants des fondateurs ornent par exemple les bâtiments des entreprises. Les peintures et les portraits du président Mao, en Chine, rappellent également les représentations du président Kim Il-sung en RPDC. Selon les sociologues, il s’agit d’un des cinq principes confucéens fondamentaux : le respect de l’autorité.

 

Les nouilles froides qu’a goûtées Guy Delisle (p. 163) ne figurent pas parmi les plats les plus raffinés de la cuisine occidentale. Elles sont en revanche l’une des spécialités de Pyongyang, très appréciée également des Sud-Coréens qui se précipitent dans les restaurants nord-coréens ouverts en dehors de la péninsule coréenne, comme en Chine et au Cambodge.

 

Ces précisions nous semblent utiles à la compréhension de la Corée du Nord, pour expliquer des scènes qu’a fidèlement retranscrites Guy Delisle. Mais l’auteur de Pyongyang a également, selon nous, commis des erreurs d’interprétation.

 

Un quiproquo particulièrement regrettable concerne les « sourires » des Nord-Coréens. En Extrême-Orient, sourire est considéré comme une marque de courtoisie vis-à-vis de ses interlocuteurs. Les Européens réagissent différemment si l’on en juge par les mines peu amènes de nombreux usagers du métro parisien ! Nous nous souvenons du dalaï-lama comme de « l’homme qui sourit » avant d’examiner sur le fond les positions du dirigeant religieux… De la même façon, le sourire de jeunes joueuses d’accordéon donne lieu à une interprétation particulièrement douteuse de Guy Delisle : « Derrière ces visages crispés, on devine, d’une part, l’effort de concentration pour exécuter le morceau et surtout le sourire façon Miss Monde qu’ils essaient tant bien que mal de tenir (…) Comme si cette mince façade souriante suffisait à convaincre de l’épanouissement de ces jeunes prodiges. » (p. 156-157) Retournons aussi la critique : sur quels éléments se base le dessinateur de Pyongyang pour prétendre a contrario que la formation musicale en France ou les sourires des candidates au poste de Miss Monde correspondent à un authentique « épanouissement » ?

 

De même, il n’est pas dans les usages coréens, chinois ou japonais de poser une avalanche de questions précises à ses interlocuteurs, au risque de leur faire « perdre la face » en les amenant à ne pas pouvoir répondre. A cet égard, le silence du guide coréen de notre auteur face à ses questions insistantes sur ce qu’est devenu un animateur du studio l’amène à une conclusion d’autant plus vraisemblablement erronée (« George Orwell parle des ″vaporisés″ pour désigner les absents qu’il vaut mieux effacer de sa mémoire », p. 91) que c’est le guide lui-même qui a lancé la conversation sur cet ancien animateur...

 

Cette méconnaissance de la culture coréenne s’étend en effet aux rapports entre l’auteur et ses guides. Si l’un des guides coréens n’a pas attendu le convive français avec lequel l’auteur a partagé son repas (p. 48), la raison n’en est pas l’explication alambiquée de Guy Delisle : « Quelques parties de billard plus tard, il est temps de rentrer. Mais ce n’est pas simple…car A) son guide ne pouvant pas nous suivre au restaurant, il est parti, B) les étrangers ne peuvent pas prendre de taxis sans leur guide et C) les Nord-Coréens eux, ne peuvent pas prendre de taxis après 22h00, sauf si accompagnés d’un étranger. Je raccompagne donc mon guide qui raccompagne donc Richard dans une ville sans autre éclairage que les phares des voitures et les monuments à la gloire du Grand Leader. »

 

Tout simplement, plusieurs guides coréens ne vont pas attendre inutilement, ensemble, les Européens que chacun d’eux accompagne habituellement… Lorsque plusieurs groupes visitent un même lieu en Corée du Nord, il n’est pas rare que seul le guide de l’un des groupes reste sur place. Pour une meilleure compréhension de la Corée du Nord par Guy Delisle, ajoutons que des visiteurs étrangers peuvent tout à fait inviter leurs guides coréens dans un restaurant a priori réservé aux étrangers. Le plus farfelu des deux, entre Guy Delisle et un Nord-Coréen, n’est pas toujours celui que l’on veut nous faire croire…

 

Cet état d’esprit n’a pas permis à Guy Delisle de se poser en observateur impartial de la société nord-coréenne.

 

Qu’apprend-on de la société nord-coréenne ?

 

En effet, alors que Guy Delisle a vécu deux mois à Pyongyang, les indications sur la vie quotidienne en RPDC restent rares : on cherche en vain des informations sur les loisirs, les fêtes traditionnelles ou des sujets de société comme le mariage ou les rapports entre générations. Ce sont pourtant des sujets que les membres de l’AAFC, à l’instar d’autres visiteurs européens en RPDC, ont pu aborder facilement avec les guides nord-coréens, dès lors que s’était instauré un minimum de confiance. La remarque finale de Guy Delisle quand il a remis un cadeau au président du studio d’animation (« un des rares moments de joie authentique auxquels j’ai assistés », p. 175) indique, au contraire, qu’il n’a manifestement pas pu, ou su, créer des liens personnels avec ses guides coréens, se privant ainsi d’une utile voie d’accès pour chercher à comprendre la société coréenne.

 

S’agissant des loisirs, malgré la surprise affichée par Guy Delisle lorsque son guide lui répond qu’un opéra est en construction (p. 68), la Corée du Nord continue pourtant, malgré les difficultés économiques, de compléter son réseau d’établissements culturels. La construction du nouvel opéra de Pyongyang a bien été achevée quatre ans après le séjour de Guy Delisle en RPDC. En outre, l’excellent niveau des musiciens nord-coréens n’a pas manqué de surprendre Lorin Maazel, chef de l’Orchestre philharmonique de New York, lors de sa tournée à Pyongyang en février 2008.

 

Quels sont donc les loisirs de masse ? S’il n’y a effectivement pas de « rave party » en Corée du Nord (p. 70), les occasions de danser avec les Coréens n’y sont pas rares. Le peuple coréen, décrit comme le plus latin des peuples d’Asie, aime faire la fête et boit volontiers de l’alcool. Guy Delisle ne fait que suggérer cette idée (p. 170) après avoir donné de Pyongyang l’image d’une ville austère. Pour notre part, en tant que membres de délégations de l’AAFC, nous avons eu l’occasion, à chacun de nos voyages en RPD de Corée, d’aller dans des parcs d’attraction ou d’être invités par des pique-niqueurs à nous mêler à leurs agapes, même si ce n’était pas prévu au programme… Il est vrai que Guy Delisle est parti à Pyongyang pour des raisons professionnelles alors que, lors de ses voyages, l’AAFC recherche au contraire les contacts avec les Coréens. 

 

De fait, Guy Delisle a préféré souligner les traits étonnants, confinant souvent à l’absurde, de la société nord-coréenne. Il a ainsi collectionné un ensemble de « choses vues » qui ont alimenté sa future BD, devenue un des best-sellers français sur la Corée du Nord. Mais quelle en est la valeur documentaire ? Avant de corriger un certain nombre d’erreurs factuelles, nous avons souhaité faire état de nos divergences avec l’auteur, selon nos propres informations sur la Corée du Nord.

 

Un témoignage discutable car émaillé de prises de positions personnelles

 

La BD Pyongyang constitue un récit vécu, précis, à défaut d’être réellement documenté : Guy Delisle ne cite pratiquement pas d’études de chercheurs qui sous-tendent ses prises de position.  Il reproduit un seul autre témoignage que le sien (pp. 166-167), sans que l’on puisse distinguer dans la BD entre les scènes qu’il a vécues lui-même et celles provenant de récits d’autres expatriés.

 

Une autre limite tient à la relative ancienneté (2001) de son séjour. Parmi les changements, signalons l’intensification du trafic automobile à Pyongyang, l’ouverture de petites échoppes dans les rues de la capitale… ou encore que le dépôt d’une gerbe de fleurs, au pied de la statue géante du président Kim Il-sung (p. 7) n’est plus « le passage obligé pour chaque nouvel arrivant » (p. 6) même si ce geste est attendu - et apprécié - des Nord-Coréens.

 

Par ailleurs, après la reprise des travaux de l’hôtel Ryugyong (p. 124), les guides le signalent volontiers dans leur présentation des bâtiments de la capitale, voire le proposent à la visite de groupes étrangers.

 

De même, nous attribuons à l’ancienneté du récit de Guy Delisle nos divergences d’appréciation sur le principal magasin de Pyongyang, le Magasin numéro Un : au moins dès 2005, celui-ci était approvisionné en produits très divers, et les escaliers roulants fonctionnaient…

 

Sous ces réserves méthodologiques, tous ceux qui ont séjourné en Corée du Nord tendent naturellement à s’identifier à Guy Delisle. L’impression de lire un livre à valeur documentaire provient en effet de sa capacité à rendre vivantes des situations vécues et qu’ont pu partager d’autres voyageurs en Corée du Nord.

 

Les réponses parfois peu convaincantes des guides face aux questions insistantes de leurs visiteurs étrangers font partie de ces situations qui ont été vécues par chacun d’entre nous, visiteurs en Corée du Nord. Les moyens de fortune pour laver les vitres des immeubles (une « petite poulie de rien du tout », avec des « briques et des cailloux pour faire contrepoids », p. 93) décrivent également une réalité très vraisemblable au regard du manque de machines-outils, même s’il ne nous a pas été donné de l’observer lors de nos voyages en RPDC. De même, les conseils aux voyageurs décrits dans les premières pages de l’ouvrage sont d’une remarquable exactitude et peuvent être repris, à la virgule près, par toute personne souhaitant se rendre en RPDC.

 

Le contexte dans lequel l’auteur a également été amené à travailler en Corée du Nord est également décrit de manière simple et précise (« L’animation en France a pratiquement disparu : en une dizaine d’années, à quelques rares exceptions près, la production s’est entièrement délocalisée en Europe de l’Est et en Asie. Et aujourd’hui, c’est au tour des Chinois de s’inquiéter en voyant tout le boulot partir en Corée du Nord », p. 82). Les coûts de production des dessins animés en Corée du Nord offrent à ce pays un avantage comparatif pour devenir un des principaux producteurs au monde.

 

En revanche, des milliers de visiteurs étrangers, à commencer par la plupart des touristes, se sont rendus dans deux des lieux où notre dessinateur n’a pas eu accès : le Palais mémorial Kumsusan, où repose le corps du président Kim Il-sung, et la zone démilitarisée séparant les deux Corée (p. 137). De même, la délégation de l’AAFC ayant visité Pyongyang en septembre 2008 a assisté à une démonstration de Taekwon-Do dans le Palais dédié à ce sport de combat coréen, contrairement à Guy Delisle (p. 141). Elle s’est aussi rendue au Musée des beaux-arts (p. 137) et à la gare de Pyongyang (p. 143). Il est possible que les rapports personnels de Guy Delisle avec ses guides expliquent cette différence de traitement, comme il le suggère lui-même pour expliquer pourquoi il n’a pas assisté au spectacle de gymnastique de masse (p. 170) qui constitue l’événement que retiennent les tours opérateurs pour décider des dates de visite en Corée du Nord.

 

Si le récit très vivant de Guy Delisle possède une puissance évocatrice fondée sur sa propre expérience, ses choix narratifs ne sont pas neutres. Comme pour tout récit, son auteur a fait des choix qui méritent examen. Par ailleurs, il fait siennes les analyses d’autres auteurs sur la Corée du Nord sans avoir été en mesure, sur place, d’en apprécier la validité.

 

L’ouvrage de Delisle ne distingue pas clairement les témoignages vécus et les jugements personnels. A plusieurs reprises, l’auteur reconnaît d’ailleurs qu’il donne libre cours à son imagination :

 

- concernant les portraits du président Kim Il-sung et du dirigeant Kim Jong-il : « On distingue mal sur le portrait mais on imagine [souligné par nous] que l’un porte celui de l’autre, formant ainsi un court-circuit très tentant à mettre en forme pour un animateur » ;

 

- « On se croirait [souligné par nous] dans un de ces jeux vidéos où l’on tire sur tout ce qui bouge. »

 

Toutefois, dans la plupart des cas, l’auteur n’utilise pas de telle formule de distanciation : les scènes descriptives et les jugements personnels ne font qu’un, ne permettant pas au lecteur de disposer, selon nous, de tous les éléments nécessaires pour se former sa propre opinion. Quels sont ces sujets abordés par Delisle et sur lesquels nous ne partageons pas ses prises de positions ?

 

Des prises de position personnelles méritant des discussions plus approfondies

 

La pénurie d’énergie est fréquemment traitée par Guy Delisle, s’agissant par exemple d’un ascenseur en panne (p. 11) ou de sa chambre d’hôtel mal éclairée (p. 22).

 

Le lecteur ne trouve cependant pas d’informations sur différents facteurs de nature à expliquer les difficultés économiques actuelles de la Corée du Nord :


- l'embargo américain qui dure depuis 1951;

- les conséquences de la disparition de l’URSS et des démocraties populaires d’Europe de l’Est sur la rupture des circuits commerciaux de la RPDC après 1990 (et notamment la fin des livraisons de pétrole à bon marché); 

- les inondations catastrophiques, alternant avec des périodes de sécheresse, au cours des années 1995-1996, lesquelles ont conduit à une situation de grave pénurie alimentaire dans un pays autrefois exportateur de produits agricoles bien que les terres arables ne constituent que 15% de son territoire. 
  
 

Seules ces catastrophes climatiques ne sont que brièvement mentionnées. De plus, elles sont présentées comme relevant de la propagande du gouvernement nord-coréen (« les causes officielles [souligné par nous] du drame étant une série de malencontreuses catastrophes naturelles », p. 46).

 

Alors même que ces difficultés sont reconnues par toutes les ONG présentes en Corée du Nord, il est regrettable que Guy Delisle, qui a pourtant eu des contacts avec les représentants européens de ces ONG lors de son séjour à Pyongyang, ait jugé préférable de relayer le seul point de vue des ONG ayant quitté la Corée du Nord (« Certaines ONG comme OXFAM, Médecins du Monde et Médecins sans frontières quittèrent [la Corée du Nord] après plusieurs années d’efforts, estimant que l’aide humanitaire était détournée au profit du régime »).

 

Nonobstant de grossières inexactitudes (lesdites ONG ne sont pas restées « des années » durant en Corée du Nord), il n’est pas satisfaisant que Guy Delisle ait appuyé son point de vue sur des citations qui, d’après nos sources, n’existent pas. Nous pensons à ces propos prêtés au dirigeant Kim Jong-il : « Pour reconstruire une société victorieuse, seulement 30% de la population aurait besoin de survivre. » (p. 47) Quelle est la citation exacte d’où serait tirée cette affirmation, laissant clairement sous-entendre une volonté délibérée des autorités nord-coréennes de faire mourir une partie de la population de leur pays ? Faute de telles indications, nous ne disposons que d’une accusation péremptoire, particulièrement grave, et non étayée.

 

La perception supposée de la réunification par les Sud-Coréens relève également des sujets qui auraient mérité, selon nous, un traitement plus approfondi.

 

Selon Guy Delisle, « après la crise économique asiatique de 1996, les Coréens du Sud n’ont aucune intention d’avoir à supporter un pays 46 fois plus pauvre que le leur. » (p. 62) Certes, les Sud-Coréens ont calculé le coût élevé que représenterait, selon eux, la réunification de la Corée au vu de la réunification allemande, et une partie de l’opinion publique craint que des transferts financiers vers le Nord ne signifient une augmentation des impôts. Mais il est regrettable que Guy Delisle affiche comme une certitude le chiffre fantaisiste d’un différentiel économique de 1 à 46, quand les données sur l’économie nord-coréenne, calculées par le ministère sud-coréen de la Réunification (et reprises par la CIA, peu suspecte de sympathie communiste), font état d’un différentiel de produit intérieur brut par habitant qui pourrait atteindre 1 à 10, ce qui est déjà considérable. Au demeurant, le niveau d’alphabétisation de la population nord-coréenne (99 %) et les compétences de ses techniciens et de sa main d’oeuvre rendent crédible l’hypothèse que la remise en état des infrastructures de la RPDC soit au contraire une opportunité économique, tant pour les Nord-Coréens que pour les Sud-Coréens, comme l’observe Claude Helper : « D’aucuns estiment que le Nord pourrait être une chance au plan économique plutôt qu’une menace pour le Sud. » (in Corée : réunification. Mission impossible ?, L’Harmattan, 2008, p. 360)

 

Il est également regrettable que Guy Delisle donne une image pour le moins inexacte de l’opinion publique sud-coréenne. Tout d’abord, quand les Coréens du Nord et du Sud parlent de la Corée, ils disent « notre pays » et non pas « un pays », contrairement à la formule utilisée par Guy Delisle. L’existence en Corée du Sud, depuis près de quarante ans d’un ministère de la Réunification distinct du ministère des Affaires étrangères témoigne que la République populaire démocratique de Corée n’est pas considérée comme un pays étranger. De fait, la question de la réunification n’est pas une question abstraite et secondaire pour les Sud-Coréens. Ainsi, elle a largement expliqué les succès des candidats démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun aux élections présidentielles de 1997 et 2002, lesquels ont initié une politique de coopération intercoréenne dont ne traite pas Guy Delisle. Ces évolutions sont intervenues après la crise financière de 1997 que Guy Delisle prend comme point de référence, et dont il affirme à tort qu’elle aurait au contraire modifié la perception du Nord par les Sud-Coréens dans un sens moins favorable à la réunification.

 

Enfin, l’auteur affirme, dans le langage qui est le sien, que la réunification désintéresserait plus particulièrement les plus jeunes générations : « D’autant que la jeune génération  (contrairement à celle d’avant qui avait encore  de la famille au Nord) n’a aucune envie de sacrifier un confort matériel pour accueillir une déferlante de chômeurs complètement largués. » En réalité, les études d’opinion ont montré que les premiers soutiens électoraux des démocrates sud-coréens ont été les plus jeunes générations, alors que leurs aînés, qui ont connu la guerre de Corée, partagent des sentiments beaucoup plus réservés vis-à-vis du nord de la péninsule coréenne.

 

Concernant la guerre de Corée, nous regrettons la lecture partielle donnée par Guy Delisle : « Pour nous convaincre de l’inhumanité [des Américains], le musée [de Sinchon] passe en revue toutes les barbaries commises par ces derniers durant la guerre. (…) A mon avis, peu importe la nation, une guerre ne sera jamais « propre »… Et c’est pas sur trois photos floues et des peintures à l’huile que je vais arrêter mon jugement pour diaboliser un peuple. » (pp. 168-169)

 

Tout en laissant à Guy Delisle, plus prompt à critiquer sévèrement le peuple de Corée du Nord qu’à « diaboliser » celui des Etats-Unis, la responsabilité de sa propre interprétation de la qualité des photos exposés à Sinchon, au Musée de la Guerre que nous avons également visité, il nous semble qu’il faut aussi mentionner quelques faits malencontreusement passés sous silence, car ils auraient permis au lecteur de se forger sa propre opinion : la première utilisation du napalm à grande échelle pendant la guerre de Corée, la destruction quasi totale  de la ville de Pyongyang pendant le conflit, la demande du général McArthur de recourir à l’arme atomique, ou encore les travaux  de la commission historique mise en place en Corée du Sud, laquelle a mis en évidence les massacres de dizaines de milliers de civils, soupçonnés de sympathie communiste, dans le Sud de la péninsule dans les premières semaines de la guerre de Corée.

Lire la seconde partie de l'article...

Photos : AAFC

 

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 12:15

La bande dessinée de Guy Delisle Pyongyang figure parmi les ouvrages en français les plus lus – et cités - sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ce récit d’un dessinateur canadien ayant travaillé pendant deux mois à Pyongyang dans les studios de la société SEK est le récit humoristique d’un Occidental expatrié en Corée du Nord. Malheureusement, le parti pris de son auteur et de trop nombreuses erreurs factuelles devraient inciter à une lecture critique de ce témoignage pour tous ceux qui veulent connaître la Corée du Nord. Après une première partie consacrée à la société coréenne et à une analyse des points de désaccord de l'AAFC avec Guy Delisle, nous publions ici le second et dernier volet de cet article.

En tant que témoignage documentaire, le principal point faible de la BD Pyongyang n’est toutefois pas d’exprimer des idées contestables – par exemple, sur les causes de la pénurie alimentaire, la réunification ou la guerre de Corée – car il s’agit de sujets qui font débat, même si nous regrettons que Guy Delisle ne donne pas toujours toutes les informations nécessaires pour que le lecteur puisse se faire son propre jugement. La principale insuffisance de son travail d’analyse a été de reproduire un trop grand nombre d’erreurs factuelles puisées dans l’abondante propagande anti-RPDC.

 

A de nombreuses reprises, l’auteur se départit de sa position (apparente) de simple observateur pour formuler des remarques inexactes, voire fausses. Ces lacunes sont d’autant plus dommageables qu’elles ne permettent pas de démêler l’écheveau d’observations souvent pertinentes (par exemple, en ce qui concerne le quotidien des Occidentaux expatriés à Pyongyang) d’opinions personnelles discutables mais renvoyant à des faits réels (concernant la pénurie d’énergie, les problèmes alimentaires ou les problèmes posés par la réunification) et de fausses informations.

 

Ces erreurs étant très nombreuses, nous avons choisi de ne traiter ici que neuf d’entre elles qui touchent à trois domaines : l’économie, la société et le cinéma.

 

Les erreurs sur l’économie nord-coréenne : l’aide humanitaire, le métro de Pyongyang, les lopins agricoles individuels.

 

Concernant l’aide humanitaire, selon Guy Delisle, la Corée du Nord est « le pays qui reçoit le plus d’aide humanitaire au monde. » En réalité, en données absolues, d’autres pays ont reçu des volumes d’aide beaucoup plus importants, par exemple après le tsunami qui a touché l’Asie du Sud-Est le 26 décembre 2004. En données relatives (rapportées à l’économie nationale ou au budget de l’Etat), si l’on considère les livraisons de céréales du Programme alimentaire mondial ou d’autres pays donateurs qui constituent la principale aide que reçoit Pyongyang de la communauté internationale, celle-ci ne représente qu’une part réduite de l’économie nord-coréenne : moins de 10% de la production agricole, laquelle ne constitue que 30% du PIB. Au contraire, les ressources d’autres pays en développement – comme le Timor Oriental, la Palestine ou l’Afghanistan – sont constituées pour une large part des ressources de la communauté internationale.

 

S'agissant du métro de Pyongyang, dont l’approvisionnement en électricité est jugé « louche » par Delisle, ce dernier affirme : « je n’ai encore rencontré personne ayant visité plus de deux stations. » (pp. 31-32) Là encore, il s’agit de l’une des fables les plus couramment répandues sur Pyongyang. Les membres des délégations de l’AAFC s’étant rendus en Corée du Nord peuvent confirmer le fonctionnement continu du métro ainsi que la possibilité de visiter plus de deux stations… à condition de le demander aux guides coréens, toujours plus enclins à montrer les stations les plus richement décorées.

 

En évoquant les lopins agricoles individuels, Guy Delisle écrit qu’« On risquait gros, il y a quelques années à cultiver pour soi-même au ″paradis du socialisme″. Aujourd’hui, face au problème alimentaire, le régime ferme les yeux. Avec la venue des ONG, ce sont les deux signes les plus notables de ″l’ouverture du pays″. » (p. 55)

 

Sans discuter sur l’opinion de Guy Delisle quant aux signes d’ouverture « les plus notables » (dans le domaine de l’économie, on pourrait relever le développement des marchés indépendants ou les encouragements à l’investissement étranger, ce dont témoigne d’ailleurs sa présence à Pyongyang), rectifions une erreur : les familles nord-coréennes ont toujours pu cultiver des lopins individuels, depuis la réforme agraire de 1946 qui a redistribué les plus grandes parcelles ainsi que les terres des familles ayant collaboré avec le Japon. 

 

Les erreurs sur la société nord-coréenne : les inégalités de traitement, les Nord-Coréennes et le vélo, la promotion sociale, les contacts avec les étrangers

 

S’agissant des inégalités sociales, la présentation (p. 47) de la société nord-coréenne en trois classes et en une « population utile » et une « population inutile » ne repose, selon nous, sur aucun travail scientifique fiable. Il s’agit d’une grille d’interprétation forgée par les idéologues néo-conservateurs de l’administration Bush. 

 

En revanche, il existe des différences de traitement entre les bénéficiaires du système public de distribution, notamment pour la satisfaction des besoins alimentaires. Ce phénomène n’est pas propre à la Corée du Nord (dans tous les pays du monde, un sportif de haut niveau n’a pas les mêmes besoins alimentaires qu’une personne âgée… mais en fonction de ses revenus et non de ses besoins), donne lieu à une présentation, y compris statistique, qui ne résiste pas à une analyse fondée sur les données de l’Organisation des Nations-Unies.

 

Les « hostiles » – soit la grande majorité de la population, selon la définition qu’en donne Guy Delisle – recevraient « 250 grammes de riz par jour », soit « la moitié de la portion que distribue l’ONU dans les camps de réfugiés de par le monde » (dont il aurait fallu préciser qu’il s’agit de l’ensemble des céréales, et pas seulement du riz).

 

En réalité, les quantités de céréales distribuées en RPDC varient selon l’âge et les activités professionnelles, ainsi qu’en fonction de la période de l’année. A qui distribue-t-on 250 grammes de riz, et à quelle période de l’année ? En mai-juin, dans l’attente de la nouvelle récolte et alors que les précédentes récoltes peuvent être épuisées, les quantités de céréales distribuées peuvent même être inférieures à 250 grammes. Tel semble avoir été le cas en 2007 en RPDC, quand le pays a fait appel à l’aide internationale après les inondations catastrophiques de l’été 2006 dues au typhon Ewiniar.

 

De fait, le seul critère valable (qui considèrerait l’ensemble des productions de céréales, et pas seulement de riz) donne un chiffre très différent de celui avancé par Guy Delisle. Ce dernier ignore également que, en dehors du système public de distribution, des produits alimentaires sont vendus sur les marchés indépendants. En 2008, par exemple, la récolte de céréales aurait atteint 4,3 millions de tonnes selon les informations très sûres du Programme alimentaire mondial dont les équipes ont accès à la plus grande partie du territoire coréen. Si l’on considère que la population de la RPDC est de 23 millions d’habitants, la production par habitant atteint 512 grammes par jour (et non 250 grammes, comme l’affirme Guy Delisle, ni les 500 grammes distribués par l’ONU dans les camps de réfugiés)… sans que ces données n’incluent l’aide internationale, ce qui porte le volume des rations disponibles à 600 grammes par habitant et par an.

 

Les besoins alimentaires en céréales de l’ensemble de la population nord-coréenne sont en effet estimés entre 5,5 et 6 millions de tonnes par an, soit quelque 700 grammes de céréales par jour et par habitant. Le différentiel avec les quantités disponibles donne ainsi le chiffre du déficit alimentaire en Corée du Nord sur l’ensemble d’une année.

 

Sur le sujet plus anecdotique de la pratique du vélo par les Nord-Coréenne, Guy Delisle écrit que « [Kim Jong-il] a également déclaré que le vélo était beaucoup trop dangereux pour les filles ! Depuis on les aperçoit uniquement sur des tricycles. » L’AAFC peut confirmer que les femmes font bien du vélo en Corée du Nord…

 

Guy Delisle narre l’épisode suivant pour aborder la question de la promotion sociale : « Aujourd’hui, bonne nouvelle pour la production. Ils ont viré le directeur de l’épisode 3. Un petit monsieur qui parle très fort avec un accent du Nord (il vient d’un village près de la frontière chinoise)  prendra sa succession. A n’en pas douter, on l’a autorisé à déménager à Pyongyang pour ses aptitudes artistiques (…). Pour tous les autres qui arrivent à déménager dans la capitale, c’est moins glorieux comme histoire. Le régime utilise cette forme de promotion pour remercier ses plus zélés éléments de la province qui dénoncent assez régulièrement leurs voisins pour se faire remarquer. »

 

Faute que l’auteur de Pyongyang cite ses sources, nous nous sommes perdus en conjectures sur l’origine de cette affirmation. S’agit-il d’une hypothèse élaborée à partir de récits de Nord-Coréens ayant fait défection au Sud, jusqu’à ce que les députés sud-coréens demandent que l’on fasse un tri préalable compte tenu de l’invraisemblance de certains discours manifestement motivés par la recherche du scoop médiatique ? Quoi qu’il en soit, notre propre expérience, ainsi que les analyses de spécialistes américains sur la Corée du Nord (nous pensons notamment à North Korea : the Policy of Unconvential Wisdom, publiée par la librairie du Congrès américain), permettent de connaître de manière précise l’ascension sociale type en Corée du Nord. La sélection scolaire et la promotion professionnelle sont déterminantes et, contrairement à ce qu’a pu lire ou entendre Guy Delisle, la promotion du directeur de l’épisode n°3, loin d’être l’exception, apparaît au contraire comme la norme.

 

Pour parler des contacts avec les étrangers, Guy Delisle narre à la fin de sa BD l’histoire suivante : « Je décide de partir seul [au magazin n°1]. Personne ne me remarque. C’est très curieux. J’ai l’impression d’être invisible. En fait, je crois que si quelqu’un m’adressait la parole, il serait vite repéré et suspecté. Le plus sage consiste à m’ignorer. » (pp. 171-172) Or, nous avons fait des expériences comparables en Corée du Sud. Ce trait de caractère asiatique aboutit parfois à des situations étonnantes : ainsi, en cas de rame bondée, dans le métro de Séoul, vous resterez toujours quelqu’un à qui on ne parle pas, car on ne vous a pas présenté et on ne vous connaît donc pas. Cependant, des Français coréanophones s’étant rendus en RPDC, pouvant franchir la barrière de la langue, nous ont confirmé n’avoir pas eu de difficultés pour parler avec qui ils souhaitaient quand ils se déplaçaient seuls à Pyongyang.

 

Guy Delisle aurait d’ailleurs pu se rendre compte lui-même de son erreur d’interprétation : en effet, comme il l’a observé, les membres des ONG se déplacent seuls à Pyongyang, sans guide, et ne retiennent pas davantage l’attention des Nord-Coréens qui ont l’occasion – du moins dans la capitale – de croiser des Européens.

 

Les erreurs sur le cinéma : le Festival international du film de Pyongyang, l’enlèvement de Shin Sang-ok

 

Dans l’avion pour Pyongyang, Guy Delisle dit qu’il aurait préféré voir Mister Bean. Son vœu a manifestement été exaucé, puisque Mister Bean a été l’un des nombreux films étrangers présentés en 2006 lors du Festival international de Pyongyang.

 

Cette présence de films européens n’est ni nouvelle, ni exceptionnelle, malgré les affirmations de Guy Delisle selon lequel « tous les deux ans », lors du « festival international du film »,  « se retrouvent des pays comme la Syrie, la Libye, l’Iran, l’Irak, etc. » et que « à l’occasion, on projette aux ouvriers méritants les derniers films de propagande nationale. »

 

Par ailleurs, nous ne partageons pas l’opinion de Guy Delisle en ce qui concerne la production cinématographique nord-coréenne : pour nous, le film nord-coréen A jamais dans nos mémoires (1997) qui évoque ouvertement les inondations des années 1990 ou, plus près de nous, Le journal d’une jeune Nord-Coréenne (2006) qui fait clairement état des difficultés quotidiennes de la population (par exemple, un début d’incendie suite à un dysfonctionnement du système électrique), décrivent une réalité plus complexe et ne sont pas seulement les « films de propagande nationale » que décrit Guy Delisle.

 

« Kim Jong-il est un grand cinéphile ! – Tu parle d’un cinéphile ! Son film préféré c’est Vendredi 13. Cette information nous a été révélée par le cinéaste sud-coréen Shin Sang-ok après être sorti de son incroyable aventure : en 1978, des agents nord-coréens le kidnappent. Il se retrouve à Pyongyang où Kim Jong-il lui propose de réaliser des films. Il refuse, tente de s’évader, se retrouve en prison. Quatre ans de détention plus tard, il jouera le jeu et réalisera, en tout, six films. Au cours d’un séjour à l’étranger, il réussit à s’échapper après huit ans de captivité. » (p. 174)

 

Guy Delisle nous présente ici comme un fait avéré, en épilogue de sa BD, quelques-unes des informations les plus douteuses concernant la Corée du Nord. En fait, le réalisateur Shin Sang-ok, dont le succès en Corée du Sud s’était émoussé suite notamment à des difficultés avec les militaires au pouvoir à Séoul qui exerçaient une censure cinématographique scrupuleuse, s’est retrouvé à Pyongyang dans des conditions qui n’ont jamais été élucidées. En effet, jusque dans les années 1980 (et plus exceptionnellement depuis l’aggravation des difficultés économiques en RPDC), des centaines d’opposants au régime militaire sud-coréen ont choisi de passer volontairement au Nord, où ils étaient bien accueillis et bénéficiaient d’un niveau de vie proche, voire supérieur, à celui qu’ils auraient connu en Corée du Sud.

 

La thèse du kidnapping est alors celle habituellement utilisée, soit par des Sud-Coréens retournant finalement au Sud après avoir séjourné au Nord, soit par des Nord-Coréens ayant choisi de revenir au Nord après être passés au Sud, pour éviter des accusations de trahison.

 

Si Shin Sang-ok a effectivement tourné des films au Nord, son enlèvement présumé par des agents nord-coréens, sa détention supposée puis l’étonnante facilité avec laquelle il a pu à nouveau gagner le Sud (ce qui tend à montrer qu’il était un hôte de marque bien traité, au-dessus de tout soupçon de trahison par Pyongyang) ont suscité beaucoup d’interrogations chez les spécialistes de la Corée du Nord.

 

Dans ce contexte, les goûts cinématographiques qu’il prête au dirigeant Kim Jong-il relèvent au mieux de l’opinion personnelle, au pire d’une démarche pour tenter de se justifier et ne pas être condamné en application de la Loi de sécurité nationale sud-coréenne. Cette loi  punit depuis décembre 1948 tout contact non autorisé avec la Corée du Nord. L’aveu d’une fuite volontaire en Corée du Nord aurait exposé Shin Sang-ok à de lourdes peines de prison.

 

Conclusion : un ouvrage reflétant un point de vue personnel, à compléter par des études à vocation scientifique

 

En définitive, la BD Pyongyang doit être considérée comme le témoignage personnel, sans animosité mais non dépourvu de parti pris, d’un Occidental ayant vécu en Corée du Nord. Ce récit vivant au ton enlevé n’a pas vocation à constituer une analyse scientifique, ni même documentaire, de la Corée du Nord. Pourtant le succès réel de cette BD a conduit plus d’un lecteur, cherchant des informations fiables sur la Corée du Nord, à lire Pyongyang en ce sens.

 

La République populaire démocratique de Corée est un des pays les plus vilipendés dans les médias occidentaux. Dès lors, il était sans doute difficile pour Guy Delisle de s’abstraire de bonne foi des images d’Epinal, voire des rumeurs, habituellement véhiculées sur la Corée du Nord.

 

A cet égard, la comparaison avec 1984 de George Orwell, et les citations récurrentes de cet ouvrage, sont particulièrement révélatrices de la façon dont Guy Delisle a préparé son voyage, à l’instar de nombreux autres visiteurs pas forcément bien intentionnés en Corée du Nord. Les traits spécifiques de la société nord-coréenne peuvent inciter les Occidentaux à plaquer des grilles de lecture issues d’œuvres de fictions, qu’il s’agisse de 1984 ou de la série télévisée britannique Le Prisonnier (p. 43), relevant de l’affect plus que d’une analyse rigoureuse. Les Occidentaux qui voyagent en Corée du Nord avec des préjugés trouvent aisément matière à conforter leurs idées reçues… sauf à essayer de comprendre, comme l’a fait quelques fois Guy Delisle lorsqu’il apprend, par exemple, que marcher à reculons (le « reverse ») est une forme de gymnastique en Chine (pp. 21 et 24), et non une nouvelle surprise propre à la Corée du Nord.

 

Mais il est vrai qu’il s’agissait alors de Chinois, et non plus des Nord-Coréens, dans lesquels Guy Delisle n’a surtout vu que la « mécanique plaquée sur du vivant » (comme ces automates dessinés au détour d’une case), à l’origine du rire selon Bergson… S’il avait procédé autrement, Guy Delisle aurait alors pu avoir une autre image de ce pays et de son peuple que celle qui ressort dans sa BD, en contribuant ainsi à une meilleure compréhension réciproque entre Occidentaux et Coréens, comme certains Européens, à l’instar de Daniel Gordon, ont su le faire dans leurs œuvres, sans renier leurs convictions.

 

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 01:58

Il était une fois un réalisateur, un photographe, qui n'avait pas encore accédé à la célébrité. Il était une fois un pays toujours méconnu, bien qu'il sortît d'une effroyable guerre civile et internationale. Ce réalisateur s'appelle Chris Marker. Ce pays s'appelle la Corée. Avec Coréennes, le futur réalisateur de La Jetée nous a décrit, avec sensibilité, l'âme humaine du peuple coréen, dans cet ouvrage publié en 1959 à l'issue de son voyage en République populaire démocratique de Corée. 

Coréennes : ce titre ne doit pas s'entendre comme une louange aux femmes du Pays du Matin Calme, mais au sens de pièces d'inspiration coréenne, de scènes quotidiennes de la vie du peuple coréen qui reconstruisait avec une ardeur inouïe son pays dévasté par la guerre.

Chris Marker a voyagé en Corée en 1958. En République populaire démocratique de Corée. Mais à aucun moment il ne veut accoler le qualificatif "nord-"coréen, tant la Corée est indissolublement une, par son histoire et sa culture. Car la subtilité de Chris Marker, dans son regard comme photographe et dans sa parole comme narrateur, a consisté à comprendre la société coréenne en se référant constamment à sa culture, son histoire, ses traditions. Pas de disgressions politiques, encore moins de jugements de valeur : en ce sens, Chris Marker se démarque catégoriquement de ce qui est devenu, aujourd'hui, la matrice des reportages médiatiques à sensations sur la Corée du Nord. 

Ces récits de la vie quotidienne donnent à voir les différentes facettes de l'âme coréenne, sans tomber dans le cliché. Des témoignages poignants, comme celui de cette jeune fille, le visage couvert de larmes, dont les deux parents sont morts pendant la guerre de Corée. Des scénettes empreintes de tendresse et d'humour, ainsi dans ces jeux d'enfants qui, sous la caméra de Chris Marker, offrent un spectacle improvisé plein de grâce et de gravité. Les clichés pris sur le vif donnent ainsi à voir une joie de vivre au lendemain de la guerre de Corée en dépit des difficultés, dans une langue très belle qui souligne encore, par ses références, les points d'ancrage à une culture humaine qui tend à l'universel :

"L'odeur des champs m'avait déjà rendu l'Italie, avant que l'entrée dans les tombeaux de Kanso ne me rendit Caere et les tombeaux étrusques. Il paraît que la comparaison géographique entre la Corée et l'Italie est traditionnelle : on s'émeut de trouver la géographie d'accord avec le sentiment (mais la géographie n'est peut-être que du sentiment en code). La lumière, la beauté des visages, ce goût de vivre qui fait que rien n'y paraît négligeable ni futile (...) les mêmes dômes couverts de gazon comme des tourelles de fort, les mêmes couloirs (...) et en étendant rétrospectivement le souvenir, comme un film qu'on remonte, la route de Cerveteri avec ses barrières en X sur les champs, son pont de pierre et les zigzags (kobl-ah, kobl-ah, chantait mon ami Kim) que l'on voit déjà sur le tableau de Filippo Lippi" (Coréennes, p. 70).

Pour nous qui, à l'AAFC, avons visité la Corée près d'un demi-siècle après Chris Marker, nous avons été touchés de découvrir les mêmes gestes et les mêmes traditions, 
en nous attachant à la vie quotidienne. Certes, les chapeaux traditionnels en crin de cheval ont disparu et nous n'avons plus vu de charmeur de serpent, mais la même croyance dans les vertus incomparables de l'insam ne manque pas de surprendre, et l'on retrouve cette même culture traditionnelle, qu'il s'agisse de la musique, de la danse ou des arts culinaires.

Comme Chris Marker en conclusion de son récit, nous voulons dire : "Au fond de ce voyage, il y a l'amitié humaine. Le reste est silence".

Référence : Chris Marker, Coréennes, le Seuil, collection "court-métrage", n°1, Paris, 1959.

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 01:01
Coréen 2495. Un nom de code. Celui du premier tome d'un ouvrage en deux volumes rendu par le président François Mitterrand à la Corée en 1993, et qui devait préluder à la restitution  non seulement du deuxième tome, mais aussi des quelque 297 volumes des protocoles royaux de la dynastie Choseon, pillés par la France lors de sa tentative d'invasion de la Corée en 1866. Un sujet toujours d'actualité qui pose la question de la guerre des trophées, et a fait l'objet d'un film éponyme du Sud-Coréen Joon Soo-ha.

1866 : la France de Napoléon III tente d'envahir la Corée. Si l'expédition du contre-amiral Roze échoue lamentablement, les militaires français pillent les précieuses collections royales coréennes qui, près d'un siècle et demi plus tard, n'ont toujours pas été restituées.

1993 : en visite en Corée du Sud, le président François Mitterrand promet de rendre les 297 volumes des archives du Oe-Kyujanggak, protocoles royaux de la dynastie Choseon pillés en 1866. En gage de bonne volonté, le chef d'Etat français remet le premier tome d'un ouvrage en deux volumes, le Hyikyungwon-Wonsodogam-Uigwe, enregistré à la Bibliothèque nationale sous le nom "Coréen 2495", mais le second tome est resté et reste encore en France.

Le documentaire Coréen 2495 du réalisateur sud-coréen Joon Soo-ha raconte son périple en Europe pour retrouver la trace du second volume, mais aussi des autres ouvrages pris par les Français en 1866, en exposant les intrigues politiques et économiques en toile de fond de l'un des principaux contentieux franco-coréens. Coréen 2495 a obtenu le prix du meilleur documentaire au dixième festival internationale du film de Pusan.

Car la France, qui a recouru aux guerres de conquête en Europe et dans le reste du monde, rechigne à restituer des trophées de guerre aujourd'hui classés et inventoriés comme des éléments de son propre patrimoine public. en l'occurrence à la Bibliothèque nationale de France. Mais ne doit-elle pas refermer la page de la colonisation et des tentatives avortées de domination impérialiste, comme dans le cas de la Corée en 1866 ?

En outre, un autre sujet, corollaire à celui des protocoles royaux de la dynastie Choseon, est le deuxième tome des Traits édifiants des patriarches rassemblée par le bonze Paegun (Paegun Hwasang Ch'orok Pulcho Chikchi Simch'e Yojol), le plus ancien ouvrage imprimé en typographie métallique au monde, datant de 1377 : acquis par le premier ambassadeur français en Corée, Victor Collin de Plancy (en poste de 1888 à 1891 et de 1895 à 1906), dans des conditions contestées compte tenu de la domination qu'exerçaient alors les puissances étrangères sur la Corée, il a été acquis par Henri Vever lors de la vente publique de la collection personnelle de Collin de Plancy, à l'Hôtel Drouot, en 1911, puis est entré dans les collections de la Bibliothèque nationale de France en 1950 grâce  à un don des héritiers de Henri Vever. (Sources : Video Data Bank, et Pierre Cambon, "L'art coréen au Musée Guimet", RMN, 2001, p.14)
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