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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 21:38

Lee Seung-hwan, chanteur, auteur-compositeur et producteur (avec l'entreprise Dream Factory), est l'une des figures les plus connues de la scène musicale coréenne contemporaine. Avec d'autres, il s'est engagé auprès des familles des victimes du naufrage du ferry Sewol qui, il y a un an, le 16 avril 2014, a causé 304 morts, en majorité des lycéens. Alors que l'Association d'amitié franco-coréenne appelle à rejoindre les manifestants qui exigent que toute la vérité soit faite sur ce drame, lors d'un rassemblement organisé par les Coréens de France à Paris le 18 avril prochain à 18 h place du Trocadéro et qui donnera lieu, comme en Corée, à un concert, nous présentons Lee Seung-hwan.

Né le 13 décembre 1965, Lee Seung-hwan est l'une des figures les plus connues de la scène rock coréenne et l'un des pionniers de la pop coréenne, plusieurs fois récompensé aux Mnet Asian Music Awards : meilleur interprète masculin et meilleure musique vidéo en 1999 pour "The Request", prix de l'innovation en musique vidéo en 2002.


Outre sa popularité, Lee Seung-hwan est aussi un artiste engagé. Tous les ans il organise un concert annuel intitulé Chakage Salja (착하게 살자, littéralement "Vivons une belle vie") en faveur de la Fondation des enfants coréens atteints de leucémie.

En rejoignant en août 2014 la grève de la faim engagée par les familles des victimes du Sewol, le chanteur Lee Seung-hwan a alors exprimé sa solidarité pour que soit adoptée une loi à la hauteur de l'émotion causée par la pire catastrophe navale subie par la République de Corée (Corée du Sud) depuis quarante ans. Lors d'un concert organisé le 24 juillet 2014 Lee Seung-hwan avait fait la déclaration suivante :

"D'une certaine manière nous nous sommes rendu compte de trop de choses et nous avons le sentiment d'être pitoyables. [...] J'ai le sentiment que nous nous sommes rendu compte de l'incompétence et de l'indifférence de notre pays, que nous nous sommes rendu compte de la contradiction à refuser d'endosser les responsabilités sur quelque sujet que ce soit, que nous nous sommes rendu compte que nous vivions dans un étrange pays qui ne partageait pas les peines et les souffrances de ses habitants. "

Lee Seung-hwan, lors d'un concert organisé le 24 juillet 2014, 100 jours après le naufrage du "Sewol"

Lee Seung-hwan, lors d'un concert organisé le 24 juillet 2014, 100 jours après le naufrage du "Sewol"


De fait, au-delà du traumatisme du Sewol, les insuffisances des opérations de secours posent la question de la réponse des autorités sud-coréennes à la catastrophe, tandis que la Présidente Park Geun-hye est restée silencieuse pendant des heures et que des informations erronnées circulaient dans les médias. Alors qu'un débat public était nécessaire, la réponse du Gouvernement a été de dénoncer la soi-disant récupération politique de la colère des familles des victimes qui exigent toujours que toute la vérité soit faite. Dans ce contexte, le fait que la Présidente Park sera en visite en Amérique latine, un an après le naufrage, est perçu par beaucoup comme un signe de désinvolture.

Dans le naufrage du Sewol, les médias pro-gouvernementaux (conservateurs ou à capitaux publics) se sont également efforcé d'occulter les responsabilités de Mme Park Geun-hye et de ses ministres, en chargeant le propriétaire du ferry - retrouvé mort des semaines plus tard - quitte à se taire sur sa grande proximité tant avec certains des conservateurs sud-coréens du Parti Saenuri (au pouvoir) qu'avec l'ambassade de la République de Corée en France, qui l'a totalement soutenu en tant que photographe, où il s'est produit sous le nom d'Ahae. Enfin, le naufrage aurait dû conduire à ouvrir le débat sur les conséquences dramatiques de la déréglementation libérale.

C'est pourquoi la solidarité internationale s'impose, en mémoire des victimes, pour que triomphe la vérité et empêcher que de tels drames se reproduisent : nous vous donnons rendez-vous le samedi 18 avril 2015 à 18h, place du Trocadéro à Paris.

Lee Seung-hwan, un chanteur engagé auprès des familles des victimes du "Sewol"

Sources :

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 23:58

Un parfum de crime de lèse-majesté règne en République de Corée (Corée du Sud) depuis l'accession au pouvoir de la très autoritaire Mme Park Geun-hye. Parmi les cibles du pouvoir, l'artiste Lee Ha a été arrêté à plusieurs reprises pour ses images satiriques - qui visent juste - du personnel politique sud-coréen. Pour que la liberté d'expression ne soit pas étouffée, pour faire reculer la peur, nous appelons à diffuser et rediffuser le plus largement ses caricatures, dont deux sont analysées ci-après.  Car, dans d'autres pays, les dessins de Lee Ha auraient pu lui valoir des prix pour leur créativité. Mais pas en Corée du Sud.

Nous sommes tous Lee Ha !

Sur cette image, Park Geun-hye porte l'uniforme militaire de son père, le général Park Chung-hee, un des principaux auteurs du coup d'Etat militaire de 1961, qui a établi le régime le plus autoritaire qu'ait connu la Corée du Sud - jusqu'à être assassiné par son propre chef des services de renseignement. La casquette que porte Mme Park est revêtue du symbole du mouvement Saemaeul (Nouveau village), également lancé par son père en vue de moderniser les campagnes sud-coréennes. En arrière plan, le mot "commentaire" fait référence aux multiples messages postés anonymement par des agents de l'Agence nationale de renseignement (National intelligence service, NIS) pendant la campagne présidentielle afin de favoriser l'élection de Mme Park Geun-hye - et qui ont valu au directeur du NIS d'être condamné.

Nous sommes tous Lee Ha !

Portant la robe coréenne traditionnelle, la Présidente Mme Park Geun-hye se trouve devant un bateau en papier. L'esquif en arrière-plan fait allusion au dramatique naufrage du Sewol, qui a vu la mort en avril 2014 de 300 passagers - majoritairement des lycéens - à l'issue d'opérations de sauvetage mal menées ayant conduit à une vive critique des autorités sud-coréennes, et dans le contexte d'une déréglementation initiée par le pouvoir conservateur.

La diffusion d'un autocollant diffusant cette image avait valu à un photographe indépendant, Ham Su-won, d'être arrêté le 22 mai 2014, officiellement pour publicité non autorisée sur des éléments de mobilier urbain (des lampadaires).

Sources :

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 12:47

Du 24 au 28 novembre 2014 s'est tenue à Paris la neuvième session du comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. A cette occasion des versions de la chanson traditionnelle coréenne Arirang, propres au Nord de la péninsule, ont été inscrites au patrimoine immatériel de l'humanité, de même que le nongak, musique traditionnelle dansée, témoignant de la richesse et de la spécificité d'une culture nationale propre à l'ensemble de la Corée.

Démonstration contemporaine de nongak

Démonstration contemporaine de nongak

Pour ceux qui méconnaissent la culture coréenne - comme par exemple Robert Willoughby, auteur du guide de voyage le plus vendu en Occident sur la Corée du Nord (publié aux éditions Bradt Travel) et qui observe que les Nord-Coréens et les Sud-Coréens ne chanteraient plus les mêmes chansons -  le fait qu'il existe au Nord et au Sud de la péninsule des versions différentes du chant traditionnel Arirang serait une preuve de l'évolution de la Corée en deux sociétés distinctes depuis sa division au lendemain de la Seconde guerre mondiale. En réalité, Arirang est un chant tellement populaire en Corée qu'il a très tôt connu de nombreuses variantes, ce qui en fait - contrairement à ce que croit Robert Willoughby - un élément fort de la culture coréenne de l'ensemble de la péninsule, hier comme aujourd'hui, à l'instar par exemple des chansons de geste au Moyen Age en Occident, si connues qu'elles donnèrent lieu à de multiples versions.

Lors de sa neuvième session en novembre 2014, le comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO a ainsi inscrit des versions d' Arirang originaires de différentes provinces du Nord de la péninsule (Pyongyang, le Pyongan - du Nord et du Sud -, le Hwanghae du Sud, Kangwon, le Hamgyong du Sud et Jagang). C'est la première inscription au patrimoine immatériel mondial pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ce qui reflète également une évolution de la conception du patrimoine et de sa conservation en RPDC prenant également en compte le patrimoine immatériel.

Il existe plusieurs milliers de variantes d'Arirang, transmises de génération en génération par les Coréens du Nord, du Sud et de la diaspora, et dont les premières ont été inscrites à la liste du patrimoine immatériel de l'humanité en 2012.

Par ailleurs, le nongak a également été inscrit au patrimoine immatériel de l'UNESCO lors de la même session du comité.

Danse et musique paysannes coréennes traditionnelles, le nongak combine percussions, gongs, danse et acrobaties. Le comité de l'UNESCO a observé que le nongak, caractérisée par l’indépendance, l’ouverture et la créativité, renforce l’identité culturelle des artistes (musiciens et danseurs) et du public.

D'autres éléments de la culture traditionnelle coréenne figuraient déjà sur la liste du patrimoine immatériel mondial de l'humanité, notamment les anciens rites royaux, le récit chanté pansori, et la danse ganggansullae.

Sources :

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 22:39

Kim Kwang-seok (1964-1996) est une icône de la musique folk coréenne. Ses chansons ont incarné l'espoir et accompagné les luttes de la génération 386 à laquelle lui-même appartenait - génération nommée 386, car ses membres, acteurs de la chute du régime militaire au Sud de la péninsule, étaient de jeunes trentenaires nés dans les années 1960 et ayant fréquenté l'université à la fin des années 1980 - selon la conception est-asiatique selon laquelle vous avez 1 an à votre naissance et 2 ans dès le 1er janvier de l'année suivant votre date de naissance. Mais si Kim Kwang-seok, cadet d'une famille dont le père, professeur d'école, avait été révoqué pour avoir participé à la création d'un syndicat non autorisé, a participé à des groupes de musiciens engagés avant de commencer lui-même une carrière solo, ce n'est pas tant son action politique que la qualité vocale et instrumentale parfaite de ses chansons qui en ont fait une des figures les plus populaires de la musique contemporaine en Corée du Sud, longtemps encore après sa disparition brutale, et auquel ont rendu hommage nombre d'artistes de la scène de la K-pop. Analyse d'une de ses titres les plus poignants, en coréen Soreun Jeu-eumé (Autour de trente ans).

Une voix puissante et douce, une musique acoustique où les accords de la guitare et de la trompette créent un rythme régulier qu'accélère essentiellement la mélodie : toute la chanson est empreinte d'émotion et exprime un profond sentiment de nostalgie. Le tournant de la trentaine est aussi celui des retours sur notre propre vie, où l'espoir reste présent mais où l'image d'une jeunesse qui s'éloigne le cède à la mélancolie.

Ayant reçu une excellente formation musicale classique, Kim Kwang-seok sait jouer du violon, de la flûte et du hautbois ; il a aussi - et peut-être surtout - exercé très jeune sa voix en fréquentant la chorale de l'école, avant de commencer à chanter dans les cafés à l'âge de 18 ans, en 1982, pour payer ses études. De ses premières années il a gardé une capacité à créer des synthèses magistrales, entre des formes coréennes traditionnelles (y compris dans les thèmes retenus dans ses chansons) et un style délibérément inspiré du folk occidental, tout en jouant sur une économie de moyens instrumentaux, simples mais puissants.

Kim Kwang-seok était avant tout un homme de scène, privilégiant les petites salles de concert à l'ambiance chaleureuse où il communiait avec le public - tout en exprimant sur son propre visage les émotions qu'il voulait transmettre - et savait transmettre - à son public. Ses airs sont gravés à jamais dans la mémoire collective : l'interpréter, par un accompagnement à la guitare, c'est ressusciter une époque, convoquer les souvenirs, façonner demain au regard des défis du passé et des enjeux du présent.

Sources :

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 14:41

Du 17 au 24 septembre 2014, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) se tenait la quatorzième édition du Festival international du film de Pyongyang. Cette manifestation culturelle qui a lieu tous les deux ans (à l'exception de l'édition 1990) est l'occasion pour le public nord-coréen amateur de cinéma de découvrir des films du monde entier, ou presque. Une délégation française, composée de Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne, et Pierre Beltante, président du Foyer rural de Tousson, en Seine-et-Marne (organisateur de nombreuses manifestations culturelles autour de la Corée), était présente à Pyongyang pendant cette semaine placée sous le triple signe de l'indépendance, de l'amitié et de la paix, devise officielle du Festival.

La cérémonie d'ouverture du Festival s'est déroulée le 17 septembre au Théâtre Ponghwa avec la participation des délégations et délégués des différents pays, d'artistes et de citoyens coréens, de membres des représentations diplomatiques et des institutions internationales présentes en RPDC. Y assistaient aussi Yang Hyong-sop, vice-président du Présidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée, Kim Yong-jin, vice-premier ministre du Cabinet, et Pak Chun-nam, président du comité d'organisation du Festival et ministre de la Culture.

Dans son discours d'ouverture, Pak Chun-nam félicita chaleureusement les festivaliers et les Coréens d'outre-mer présents, rappelant que "c'est la noble mission des cinéastes de notre temps que d'apporter une contribution au développement des relations d'amitié entre les pays, les nations, épris de justice et de vérité et contre l'inégalité, la soumission, la domination et l'intervention de toutes formes".

Furent ensuite présentés les films du Festival et les cinq membres du jury international : Mikhail Kosyrev, réalisateur, producteur et scénariste russe, Changiz Hasani, directeur général des médias internationaux de la Radio-télévision de la République islamique d'Iran, Yin Li, réalisateur chinois, François Margolin, réalisateur, producteur et scénariste français, et Ri Yang-il, professeur à l’Université d’art dramatique et cinématographique de Pyongyang.

Furent ensuite présentés les films du festival et les cinq membres du jury international : Mikhail Kosyrev, réalisateur, producteur et scénariste russe, de Changiz Hasani, directeur général des médias internationaux de la Radio-Télévision de la République Islamique d'Iran, de Yin Li, réalisateur chinois, de François Margolin, réalisateur, producteur et scénariste français, et de Ri Yang-il, professeur à l’Université d’art dramatique et cinématographique de Pyongyang.
Le jury pose en compagnie de deux charmantes Coréennes avant la cérémonie d'ouverture du 14eme Festival international du film de Pyongyang, le 17 septembre 2014. De gauche à droite : Changiz Hasani, François Margolin, Yin Li, Mikhail Kosyrev et Ri Yang-il.

Le jury pose en compagnie de deux charmantes Coréennes avant la cérémonie d'ouverture du 14eme Festival international du film de Pyongyang, le 17 septembre 2014. De gauche à droite : Changiz Hasani, François Margolin, Yin Li, Mikhail Kosyrev et Ri Yang-il.

Sortie du Théâtre Ponghwa, à l'issue de la cérémonie d'ouverture du 14eme Festival international du film de Pyongyang, le 17 septembre 2014

Sortie du Théâtre Ponghwa, à l'issue de la cérémonie d'ouverture du 14eme Festival international du film de Pyongyang, le 17 septembre 2014

La première caractéristique marquante du Festival international du film de Pyongyang c'est la grande diversité des festivaliers et des films présentés. Ce sont ainsi 92 films de 54 pays qui ont été sélectionnés pour l’édition 2014 du Festival de Pyongyang et projetés toute la semaine dans plusieurs cinémas de la ville, permettant à un maximum de cinéphiles, de RPDC et d’ailleurs, de les découvrir. En particulier, la projection, un dimanche après-midi, du film de super-héros indien Krrish 3 dans le Théâtre Ponghwa fut impressionnante, le public nord-coréen affluant, souvent en famille, s'asseyant jusque sur les marches des escaliers de l'immense salle (2 000 places), pour vibrer pendant 2h30 aux aventures du super-héros venu de Bollywood!

Des films représentatifs de la production de la RPD de Corée étaient aussi programmés toute la semaine au sein du "Korean Film Show". De quoi satisfaire la curiosité des cinéphiles venus du monde entier. Le 18 septembre, en introduction du premier film coréen projeté, La Jeune bouquetière, réalisé par Pak Hak et Choe Ik-gyu en 1972, la principale interprète de ce grand classique du cinéma de la RPD de Corée, Hong Yong-hui, évoqua avec émotion son grand honneur d'avoir été choisie, à 17 ans seulement, pour jouer le rôle de la jeune Koppun.

Pour ce qui concerne les films en compétition, 15 longs-métrages de fiction concourraient pour le Grand Prix. Ces films venaient d’Allemagne, de Russie, du Myanmar (Birmanie), de Grande-Bretagne, d’Iran, d’Italie, d’Inde, de Chine, des Philippines et du Portugal. Il y avait également 14 films en compétition dans la catégorie documentaires, court-métrages et animation. A noter, parmi les films présentés hors compétition, le film français Arrêtez-moi de Jean-Paul Lilienfeld (2012), avec Sophie Marceau et Miou-Miou, projeté le 19 septembre au Pyongyang International Cinema House.

Retour sur le 14eme Festival international du film de Pyongyang

Il n'y a pas de grands et de petits films, comme il n'y a pas de grands et de petits festivals. Le Festival international du film a ainsi été l'occasion pour les diplomates en poste à Pyongyang d'apporter un plein soutien à leurs compatriotes cinéastes dont les films avaient été sélectionnés, signe de l'importance attachée aux échanges culturels avec la RPD de Corée. On put ainsi rencontrer S.E. Roberto Colin, ambassadeur du Brésil en RPDC, lors de la projection (hors compétition) de My Father's Truck, court-métrage déjà primé dans de nombreux festivals, réalisé par le jeune et talentueux Mauricio Osaki, présent lui aussi à Pyongyang.

Par l'intermédiaire de l'Association d'amitié franco-coréenne, de jeunes réalisateurs avaient proposé trois documentaires et un court-métrage de fiction, certains déjà primés par ailleurs, au comité de sélection du Festival qui ne les a malheureusement pas retenus. Gageons que, s'ils avaient été sélectionnés, ces films auraient bénéficié du même soutien de la part de la représentation française à Pyongyang.

Le 24 septembre, lors de la cérémonie de clôture, Pak Chun-nam, ministre de la Culture de la RPD de Corée, assura que le gouvernement de la RPDC continuerait "à développer les liens d'amitié et de coopération entre les cinéastes de différents pays", disant espérer "que les festivaliers produiront davantage de films capables de contribuer au développement du cinéma national et mondial et participeront aux prochains festivals de Pyongyang avec des films magnifiques".

Puis, le Grand Prix fut décerné au film allemand My Beautiful Country, dont l'histoire se déroule pendant la guerre du Kosovo, comme en écho au sujet de la guerre et de la paix, d'une brûlante actualité en Corée. De son côté, le film chinois The Ferry remportait trois récompenses : meilleure réalisation, meilleure interprétation masculine et meilleure musique.

Remise du Grand Prix du 14eme Festival international du film de Pyongyang, le 24 septembre 2014

Remise du Grand Prix du 14eme Festival international du film de Pyongyang, le 24 septembre 2014

Rendez-vous en 2016 pour une nouvelle cure de cinéma!

 

Palmarès complet du 14ème Festival international du film de Pyongyang

(les films sont désignés par leur titre anglais figurant dans le catalogue officiel du Festival)

Grand Prix

My Beautiful Country

réalisé par Michaela Kezele (2012, Allemagne)

Prix spécial du Comité d'organisation du Festival

Singh Saab the Great

réalisé par Anil Sharma (2013, Inde)

Cinema Dream

réalisé par Hamid Shah Hatami et Ali Shah Hatami (2012, Iran)

Prix du Jury

Good Fellows

réalisé par Fereydoun Hasanpour (2012, Iran)

Prix de la réalisation

The Ferry

réalisé par Shi Wei (2013, Chine)

Prix d'interprétation masculine

The Ferry

réalisé par Shi Wei (2013, Chine)

Prix d'interprétation féminine

Vasilisa

réalisé par Anton Sivers (2013, Russie)

Prix du scénario

Bwaka

réalisé par Jun Lana (2012, Philippines)

Prix de la photographie

Fast Girls

réalisé par Regan Hall (2012, Grande Bretagne)

Prix de la musique

The Ferry

réalisé par Shi Wei (2013, Chine)

Prix de la direction artistique

Vasilisa

réalisé par Anton Sivers (2013, Russie)

Prix des effets spéciaux

Ram-Leela

réalisé par Sanjay Lella Bansali (2013, Inde)

Prix de la réalisation pour un documentaire, un court-métrage ou un film d'animation

Forget-me-not

réalisé par David Sieveking (2012, Allemagne)

Prix du scénario pour un documentaire, un court-métrage ou un film d'animation

Awangnyo Finds the Seed of Fire

réalisé par Yun Yong-gil (2012, RPD de Corée)

Prix de la photographie pour un documentaire, un court-métrage ou un film d'animation

What is the Price?

réalisé par Sergio Yunta (2012, Espagne)

 

Sources :

AAFC (dont photos)

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 20:51

Du 6 au 9 août 2014, la chorégraphe coréenne Eun-me Ahn présente chaque soir son spectacle Dancing Grandmothers au théâtre de la Colline, à l'invitation de Paris Quartier d'Eté. Le concept est original : faire danser douze grands-mères âgées de 60 à 90 ans (dont la propre mère d'Eun-me Ahn !), toutes danseuses amateurs, qui font preuve d'une énergie à la hauteur de la volonté dont ont su faire preuve ces femmes dont l'histoire personnelle se confond avec celle de la Corée moderne - des épreuves de la colonisation japonaise, de la division et de la guerre au défi de construire une nouvelle puissance économique.

Pendant un an, au gré des pérégrinations cyclistes de sa compagnie dans les campagnes les moins accessibles du pays, à la manière quelque part d'une sociologue spécialisée dans les arts et traditions populaires, Eun-me Ahn est partie à la rencontre de dizaines de grands-mères coréennes, pour les faire danser sur des chansons de leur jeunesse - un film étant joint au spectacle de chorégraphie pour retracer ces échanges. Ainsi s'est constitué un répertoire de mouvements, qui a servi de trame au spectacle Dancing Grandmothers, actuellement donné dans le cadre du festival Paris Quartier d'été 2014. Débordantes d'énergie et de vitalité, jouant de leur pouvoir de séduction régénéré, quelque quinze grands-mères dansent sur des chansons populaires des années 1930 à 1970 riches en évocation pour tous les Coréens, dans un dialogue étonnant avec neuf jeunes danseurs.

La "danseuse au crâne chauve", ainsi qu'est surnommée Eun-me Ahn depuis qu'elle s'est rasé la tête en 1992, est une figure majeure de l'avant-garde artistique sur la scène de la danse contemporaine en République de Corée (Corée du Sud). En Europe, elle a beaucoup travaillé avec Pina Bausch. Ses créations allient une novation dans les thèmes et les formes et une valorisation du patrimoine coréen, Eun-me Ahn ayant notamment mis en exergue les cultures chamaniques coréennes (dans Symphoca Princess Bari), l'inépuisable légende de Chunhyang (dans ShinChunhyang) et les instruments traditionnels, tout en développant les thèmes de la sexualité et en montrant la nudité des corps - au prix de choquer la bienséance confucéenne.

Dancing Grandmothers est à découvrir à Paris du 6 au 9 août 2014, à partir de 20h30, au théâtre national de la Colline (15 rue Malte Brun, Paris 20e - réservations 01.44.62.52.52. De 8 à 20 euros).

Sources :

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 07:03

La cantatrice sud-coréenne Kim Je-ni, dans le rôle de l’esclave birmane Tuptim, a conquis le public parisien venu assister au Théâtre du Châtelet à la représentation de la comédie musicale The King and I (Le Roi et Moi) mise en scène par Lee Blakeley. L'AAFC revient sur la prestation sublime d'une artiste prodige.

Kim Je-ni, étoile montante du chant, brûle les planches au Châtelet

The King and I (Le Roi et Moi) est l’une des comédies musicales les plus emblématiques de Broadway. Née en 1951 de la synergie des partitions de Richard Rodgers et du livret d’Oscar Hammerstein II, elle retrace l’histoire d’amour contrariée entre le roi de Siam – l’actuelle Thaïlande - Mongkut (Rama IV 1862-1876) et la préceptrice anglaise de ses enfants Anna Leonowens. Elle a suivi un film de 1946 qui a largement inspiré le livret de celle-ci et a donné suite à un certain nombre d’autres adaptations au cinéma comme le film éponyme de 1956 de Walter Lang ou encore un long-métrage animé de Walt Disney lui aussi porteur du même titre sorti en 1999.

Lee Blakeley s’est emparé de ce standard de Broadway et l’a transposé sur la scène du Théâtre de Châtelet dans l’esprit de l’âge d’or des comédies musicales. Décors riches en dorures, costumes magnifiques, jeux de lumière travaillés, chorégraphies imaginatives, chants ne figurant pas sur les enregistrements habituels, acteurs investis dans leurs rôles, tous les ingrédients ont été réunis pour émerveiller le public pendant 3h10 et le transporter vers une Asie mythifiée un peu kitsch mais dans l’âme des comédies musicales (en anglais surtitré).

Si le haut de l’affiche était tenu par des grands noms avec Lambert Wilson dans le rôle du roi et Susan Graham, mezzo-soprano américaine renommée, dans le rôle d’Anna, c’est bel et bien la jeune Sud-Coréenne Kim Je-ni qui s’est imposée par son talent et sa voix comme la révélation du Roi et Moi. Elle y interprète Tuptim, une jeune esclave birmane donnée au roi comme épouse mais secrètement amoureuse d’un autre : l’artiste confie avoir envisagé ce rôle difficile comme la rencontre d’une fragilité apparente et d’une grande force intérieure issue de la passion. Le personnage apporte une autre dimension au Roi et Moi, empreinte de gravité en raison de son amour impossible mais aussi de son destin tragique. Kim Je-ni a réussi à sublimer le rôle en transmettant une vraie émotion avec sa voix cristalline à chacun de ses passages.

Néanmoins, la comédie musicale est une première dans le parcours de Kim Je-ni. En effet, l’artiste est issue du monde de l’opéra. Née en 1984 en Corée du Sud, elle s’intéresse très tôt au chant et sa passion est rapidement couronnée de succès avec l’obtention en 2007 du diplôme de l’Université de Séoul. Elle y effectue ses débuts avec le rôle de Zerlina dans le Don Giovanni de Mozart. Son talent lui permet de poursuivre ses études de chant en Europe en intégrant en 2009 le Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan et d’y réussir brillamment tout en remportant de nombreux concours internationaux de chant. En 2011, Kim Je-ni entre à l’Ecole Normale de Musique de Paris où le diplôme de sixième exécution lui est attribué à l’unanimité des membres du jury. La jeune Sud-Coréenne fait son entrée au Centre National d’Artistes Lyriques (CNIPAL) en juin 2012 où elle est pensionnée pour la saison 2012-2013 et interprète de grands airs classiques tirés des répertoires de Mozart, Chambrier, Messager et Hahn. Un parcours sans faute pour la jeune Coréenne qui excelle à chaque représentation d’opéra.

Sa participation à une comédie musicale a donc constitué une véritable première pour l’artiste qui a ainsi eu l’opportunité de travailler avec un regard nouveau sur un genre qu’elle n’avait jusque là jamais exploré, en dépit de l’attrait prononcé des Coréens pour les comédies musicales plutôt que pour l’opéra du propre aveu de la jeune femme. Pari payant pour Kim Je-ni qui s’est lancée avec passion dans ce premier essai alors que ses professeurs déclaraient le rôle de Tuptim dans le Roi et Moi musicalement trop bas par rapport aux capacités de l’artiste : les critiques saluent unanimement la prestation de la jeune cantatrice sud-coréenne et lui prédisent déjà le brillant avenir d’une étoile montante du chant à l’aise aussi bien dans son domaine d’excellence, l’opéra, que dans des expériences nouvelles comme la comédie musicale.

Sources :

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 10:39

Alors que les révélations suite au dramatique naufrage du ferry Sewol ont mis en évidence les liens entre certains milieux culturels français et l'évangéliste Yoo Byeong-eon, connu sous son nom de photographe Ahae, il existe d'authentiques artistes coréens contemporains, qui auraient mérité mille fois davantage d'être mis en lumière par les institutions publiques françaises. Portraits croisés d'un artiste reconnu, Lee Ufan, actuellement à l'honneur au château de Versailles, et d'un affairiste habile, Ahae, tombé en disgrâce, mais dont les soutiens intéressés n'ont pas quitté le devant le scène artistique parisienne.

Né en République de Corée (du Sud) en 1936, Lee Ufan a été en 1969 l'un des fondateurs, avec Nobuo Sekine, du mouvement artistique Mono-Ha - souvent traduit par "école des choses". L'accent porté sur la pureté des choses existantes à partir du matériau brut, dans une présence physique et sensible, n'est pas sans évoquer le minimalisme - contemporain de Mono-Ha. Mono-Ha a été représenté à la Biennale de Paris en 1971, et a été actif jusqu'au milieu des années 1970.

Peintre, Lee Ufan a ensuite mis en lumière la puissance évocatrice des monochromes. En tant que créateur d'installations, il choisit d'abord de s'imprégner du lieu pour - à la manière des architectes - créer un champ de perceptions nouvelles, par un travail approfondi sur le point et la ligne. Comme il l'a déclaré dans un entretien au quotidien Le Monde, "mon propos n'est pas d'installer des objets fabriqués par moi, mais d'inviter à regarder le lieu, le ciel, la nature". Dans les installations de Lee Ufan qui sont aujourd'hui à voir à Versailles (neuf dans le parc, une dans le château), du 17 juin au 2 novembre 2014, la tombe de Le Nôtre, à l'origine de l'aménagement du lieu et de la création du jardin à partir de 1662, ne se découvre qu'à proximité immédiate - en une grosse pierre noire, symbolisant et concentrant le temps. Mais l'oeuvre la plus spectaculaire et la plus emblématique est l'Arche qui, selon l'angle où se situe le spectateur, se fond ou non dans le ciel et absorbe la lumière. Car Lee Ufan n'est pas seulement artiste ou écrivain, comme philosophe, il donne à voir et à comprendre le monde.

Lee Ufan et l'arche installée dans le château de Versailles

Lee Ufan et l'arche installée dans le château de Versailles

Travailler sur la sensation et la perception, c'est aussi ce qu'a voulu faire Yoo Byeong-eon, dans une approche subliminale de Dieu (le pasteur Yoo vend beaucoup de livres) qui n'avait rien de très original, tant sur la forme que sur le principe. Au demeurant, les photos de Ahae ne sont pas le résultat d'une réflexion artistique : il s'agit plutôt des aimables clichés léchés d'un amateur, qui en a profité pour les vendre fort chers et développer des produits dérivés, à sa gloire et à celui de sa petite entreprise. Contre toutes les pratiques établies, Yoo Byeong-eon, malgré son absence de passé artistique, s'était vu catapulter dans des expositions au château de Versailles et au jardin des Tuileries (qui dépend du Louvre), entre autres expositions à New York et à Prague. Lors de la clôture de son exposition le 8 septembre 2013 à l'Orangerie, une fête somptueuse n'a-t-elle pas été l'occasion pour le compositeur Michael Nyman d'interpréter la Symphonie n° 6 "Ahae" ? Car l'homme a un épais carnet de chèques : n'a-t-il pas versé 1,1 million d'euros au Louvre ? Et n'est-il pas un des mécènes de Versailles ?

Après une demande d'asile politique en France, rejetée, Yoo Byeong-eon est traqué par la police sud-coréenne pour son implication dans le naufrage du ferry Sewol et des accusations de détournements de fonds : 50.000 policiers sont aux trousses de l'homme, introuvable, que l'on dit protégé par les membres de l'église qu'il dirige et qui compterait 20.000 adeptes. Sa fille, Yoo Somena, a été interpelée le 27 mai 2014 à Paris.

Au-delà de l'affaire Yoo Byeong-eon, des questions se posent sur le choix des artistes, d'une part, et le financement de la culture en France d'autre part : ne relève-t-il pas de la charte éthique du musée du Louvre de refuser les dons d'origine douteuse ? Si la Philharmonie de Paris a annulé les événements organisés autour de Ahae à l'occasion des années croisées France-Corée (2015-2016), le commissaire de l'année culturelle France-Corée est Henri Loyrette, ancien président du Louvre, qui a couvert de louanges Ahae, rejoint par Catherine Pégard, présidente de l'établissement public du château de Versailles. 

Il est temps de tirer toutes les conséquences de ce naufrage culturel et que les responsables impliqués rendent compte. C'est le sens de l'appel lancé par des Coréens en France dans une lettre ouverte à Mme Aurélie Filipetti, ministre de la culture, reproduite sur le site Louvre pour Tous - qui a été le premier à dénoncer, dans notre pays, l'imposture artistique qu'est Ahae.

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 11:04

Du 3 mai au 31 août 2014, le Musée national de Corée, à Séoul, donne à découvrir plus de soixante-dix tableaux, dessins, sculptures et photographies provenant du Musée d'Orsay dans l'exposition « Au-delà de l’impressionnisme : naissance de l’art moderne » - dans un parcours illustrant des expériences artistiques communément réunies sous l'expression de post-impressionnisme, au tournant des XIXème et XXème siècles.

"Femme à l'ombrelle tournée vers la droite" (Claude Monet, 1886, huile sur toile, 131 x 88 cm ). La peinture du Musée d'Orsay représentant Suzanne Hoschedé (dont il existe aussi une version tournée vers la gauche) s'inscrit dans un ensemble de toiles du maître impressionniste sur le thème de la femme à l'ombrelle.

"Femme à l'ombrelle tournée vers la droite" (Claude Monet, 1886, huile sur toile, 131 x 88 cm ). La peinture du Musée d'Orsay représentant Suzanne Hoschedé (dont il existe aussi une version tournée vers la gauche) s'inscrit dans un ensemble de toiles du maître impressionniste sur le thème de la femme à l'ombrelle.

Les correspondances sont anciennes entre l'art coréen moderne et les courants artistiques occidentaux de la même époque. Ainsi, « Crépuscule », peint en 1916 par Kim Kwan-ho, s'inspire de l'oeuvre du symboliste Pierre Puvis de Chavannes - et aujourd'hui encore les étudiants coréens en beaux-arts choisissent souvent la France pour compléter leur formation artistique. C'est donc en quelque sorte un retour aux sources qu'opère le Musée national de Corée en réunissant plus de 70 oeuvres du Musée d'Orsay, dans le cadre de l'exposition temporaire « Au-delà de l’impressionnisme : naissance de l’art moderne », du 3 mai au 31 août 2014.

Caroline Mathieu, conservateur en chef au Musée d'Orsay et commissaire de l'exposition, observe que "la dernière exposition du groupe impressionniste, en 1886, est le symbole même des dissensions qui agitent ses membres, aboutissement d'une lente désagrégation de l'idéal commun qui les avait réunis dans les années 1870 : peindre en plein air, sur le motif, en couleurs claires, des sujets de la vie moderne". Ce rejet d'un naturalisme - jugé fondé sur l'imitation - conduit à de nouvelles expressions artistiques, aujourd'hui qualifiées de "post-impressionnistes" - le symbolisme, les Nabis, l'art naïf (mais aussi sublimement onirique) du douanier Rousseau, ou encore les peintures à Pont-Aven de Van Gogh...

Parmi les oeuvres exposées au Musée national de Corée figurent la « Femme à l’ombrelle tournée vers la droite » de Claude Monet, le « Portrait d'Eugène Boch » de Vincent Van Gogh, « La Montagne Sainte-Victoire » de Paul Cézanne, « La Charmeuse de serpents » d’Henri Rousseau.

Informations pratiques :

« Au-delà de l’impressionnisme : naissance de l’art moderne », du 3 mai au 31 août 2014.
 Musée national de Corée
137, Seobinggo-ro, Yongsan-gu, Séoul.
Tél : +82 2-2077-9000.

Horaires d'ouverture : les mardi, jeudi et vendredi 9h - 18h ; mercredi et samedi 9h - 21h ; dimanche 9h-19h. Fermé le lundi.

"La charmeuse de serpents" (Henri Rousseau, 1907, huile sur toile, 169 x 189,5 cm)

"La charmeuse de serpents" (Henri Rousseau, 1907, huile sur toile, 169 x 189,5 cm)

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 16:24

La Corée - tant du Nord que du Sud - est à l'honneur dans le numéro 7 (printemps-été 2014) de la revue de journalisme et de photo 6 Mois : le regard porté sur la société coréenne dans son ensemble, à travers deux reportages consacrés à David Guttenfelder (p. 18-25) et Jeon Mong-gag (p. 292-303), permet de mieux en comprendre les structures - notamment l'importance accordée à la famille, à la nation et à l'insertion de l'individu dans des structures collectives, qui constituent autant de traits originaux différents de ceux des sociétés occidentales.
 
"Bons baisers de Pyongyang"

Responsable photo de l'agence Associated Press (AP) pour l'Asie, installé à Tokyo, l'Américain David Guttenfelder est un spécialiste des zones de conflit, dont le fil Instagram (voir photo ci-dessous, source, qui évoque à certains égards la cité du film "Metropolis" de Fritz Lang) - une plateforme de partage de photos - est suivi par plus de 275.000 abonnés. En République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), où il passe un quart à un tiers de son temps suite à l'ouverture d'un bureau de l'AP à Pyongyang en 2012, David Guttenfelder a choisi de mettre l'accent sur la vie quotidienne, en se démarquant d'un certaine vision esthétisante qui tend à caractériser bon nombre de reportages photos sur la Corée du Nord.

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De ses fréquents voyages en RPD de Corée, David Guttenfelder a su nouer une relation de
confiance avec ses guides nord-coréens : comme il l'observe dans l'article que lui a consacré la revue 6 Mois, intitulé "Bons baisers de Pyongyang", la "seule condition posée par les autorités [est] l'objectivité. Leur définition du mot n'est pas nécessairement la nôtre, mais ils ne m'ont jamais demandé d'effacer une photo". Il est caractéristique de la société coréenne que, une fois la confiance accordée à une personne, cette confiance ne sera pas retirée, sauf si la personne coréenne juge, à un moment donné, que vous avez trahi sa confiance.

Pour prendre ses clichés, David Guttenfelder utilise son smartphone, plus discret et moins intimidant pour les Nord-Coréens qu'un appareil photo. Les résultats sont intéressants, par l'aperçu inhabituel qu'ils offrent de la société nord-coréenne, loin des clichés basés sur des images à fort contenu politique ou militaire. La figure humaine y occupe généralement une place centrale, dans des compositions d'ensemble (entre plusieurs personnes, ou entre une personne et son décor ou son occupation). Parmi les photos publiées par 6 Mois, nous accorderons une mention spéciale à ce gros plan sur des vétérans de la guerre de Corée, pris le 25 juillet 2013 lors des cérémonies du 60e anniversaire de la fin du conflit, où le sens du devoir s'imprime sur les visages des anciens soldats - en reléguant au second plan les nombreuses décorations, qui constituent une autre figure obligée de la présentation médiatique de la Corée du Nord.

L'album de Yunmi, du berceau au mariage, de Jeon Mong-gag

A priori rien ne prédestinait Jeon Mong-gag (1931-2006), ingénieur devenu professeur puis vice-président de l'Université de Séoul, à publier un album de photos consacré à sa fille - de sa naissance à son mariage - en renouvelant le genre des photos de famille à partir d'un regard intime, empli d'amour, sur ses proches, en saisissant sur le vif des poses, des situations ou des moments d'émotion, qui éveillent insensiblement une nostalgie considérée comme si propre à l'âme coréenne.

La photographie a été une passion contrariée chez Jeon Mong-gag, sa famille décourageant vivement son penchant pour les études artistiques. Yunmi - dont le nom signifie "belle" et "sincère" - est née en 1964 de son union avec Lee Moon-kang, et a été la première de leurs trois enfants (viendront ensuite deux fils, Yunho et Yunseok). Jeon Mong-gang, qui a été orphelin de mère très jeune dans une société coréenne marquée par la dévotion familiale, a photographié sa femme et leurs enfants au quotidien pour, selon ses mots, "garder une trace de l'ambiance de la maison". En 1989, Yunmi se marie et part aux Etats-Unis. Son père lui offre en cadeau L'album de Yunmi.
   
Parmi les photos qu'a retenus la revue 6 Mois (ci-dessous, "Nous nous amusons avec maman, Yunbo et moi. Nous lui chuchotons des choses à l'oreille", photo exposée au Musée de la photographie de Séoul, source), le jeu de ballon dans une maison plus grande concrétise les jours heureux, le rêve - accompli - de prospérité dans un mouvement saisi sur le vif. Le recueil de photos, publié en 1990 et réédité en 2010, atteint toujours une traduction étrangère, dans ce qui est aussi un témoignage émouvant des décennies où la Corée du Sud a connu une industrialisation accélérée et est devenue un pays développé, tout en subissant de profondes mutations sociales qui ont marqué une société traditionnelle empreinte de confucianisme.

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