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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 19:55

Le 27 novembre 2016 à Hong Kong, la toile abstraite et pointilliste 12-V-70 #172 a été adjugée 41,5 millions de dollars hongkongais (soit 5 millions d'euros), faisant de Kim Whanki (1913-1974) l'artiste coréen le plus cher au monde. L'Association d'amitié franco-coréen revient sur le parcours de l'un des pionniers de l'art abstrait en Corée.

12-V-70 #172

12-V-70 #172

Les enchères avaient débuté haut, très haut, à près de 30 millions de dollars hong-kongais (HKD), avant de finir à 41,5 millions HKD. L'acquéreur, qui a gardé l'anonymat, serait un Asiatique vivant à Hong Kong.

La toile, qui opère une déclinaison de jaune, a été réalisée par Kim Whanki en 1970, alors qu'il vivait à New York, quatre ans avant sa disparition dans la ville américaine. Elle se démarque du choix du bleu plus souvent privilégié par l'artiste coréen.

Né le 27 février 1913 dans une riche famille paysanne à Eupdong, sur l'île d'Anjwado (Cheolla du Sud), Kim Whanki s'est tourné vers l'abstraction à l'issue de sa formation artistique à Tokyo (1931-1937), où il a reçu l'influence de Togo Seiji et Fujita Tsuguji, qui avaient eux-même été au contact des avant-gardes cubiste et futuriste européens.

Lors de son séjour à Séoul entre 1938 et 1951, il combine les thèmes et motifs coréens traditionnels (comme la jarre coréenne, récurrente dans son oeuvre, parmi d'autres objets en céramique et en bois) et les modes de représentation européens, étant alors influencé par le néo-réalisme. Il a rejoint la scène moderniste parisienne entre 1956 et 1959, avant de retourner à Séoul en 1959 en tant que doyen de la faculté des beaux-arts de l'Université Hongik.

La dernière partie de sa carrière, à New York (1963-1974), est marquée par de nouvelles recherches - tant dans les sujets abordés (les thèmes cosmiques, la représentation du son et de la musique) que dans les procédés choisis (collages et travaux en papier mâché).


 

Le tableau abstrait "12-V-70 #172" fait de Kim Whanki l'artiste sud-coréen le plus cher au monde

Un musée dédié à l'oeuvre de l'artiste, le Musée Whanki, a ouvert ses portes à Séoul en 1992.

Sources :

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 13:53

La Sud-Coréenne Park Sae-eun a été promue première danseuse du Ballet de l'Opéra de Paris (BOP), ainsi qu'elle l'a annoncé le 5 novembre 2016 sur son compte Twitter. Il s'agit de la deuxième plus haute distinction au sein du Ballet de l'Opéra de Paris, qui comprend les cinq échelons suivants, par ordre croissant : quadrille, coryphée, sujet, premier danseur et étoile. Alors que le premier danseur coréen (et même asiatique) à avoir intégré le Ballet de l'Opéra de Paris est Kim Yong-geol, en 2000, l'Association d'amitié franco-coréenne revient sur quelques-unes des principales dates de la carrière de Park Sae-eun.

Park Sae-eun première danseuse du Ballet de l'Opéra de Paris

Après avoir étudié la danse à l'Académie nationale du Ballet de Corée (du Sud), Park Sae-eun a obtenu le prix de Lausanne en 2007 puis la médaille d'or au concours de Varna en 2010. Engagée dans le corps du Ballet de l'Opéra de Paris en 2011, elle atteint le grade de coryphée en 2013, et décroche la même année le prix du Cercle Carpeaux, avant de devenir sujet en 2014.

Après s'être produite dans le ballet Hommage à Violette Verdy (chorégraphe : George Balanchine) au Palais Garnier du 22 octobre au 15 novembre 2016, Park Sae-eun danse dans la représentation qui est donnée du Lac des cygnes de Rudolf Noureev à l'Opéra Bastille du 5 au 31 décembre 2016.

Sources :

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 19:19

Depuis le 18 juin et jusqu'au 17 octobre 2016, le Musée national Adrien Dubouché à Limoges présente l'exposition Corée, 1886. Roman d'un voyageur, à partir de la figure centrale de Victor Collin de Plancy (1853-1922), qui a été le premier représentant officiel de la France en Corée entre 1888 et 1906. Cette exposition, très pédagogique, avait auparavant été présentée à la Manufacture de Sèvres (Cité de la Céramique), du 20 janvier au 20 juillet 2015 -  parallèlement à la présentation des œuvres de deux artistes coréens contemporains, Kim Yik-yung Kim et Kim Yeun-kyung, sous le titre colectif Corée mania. Nous revenons ci-après sur le rôle joué par le diplomate français, érudit et collectionneur, dans la constitution des collections de céramiques coréennes en France, à partir du catalogue de l'exposition.

Phénix dans un paysage fantastique (Musée Guimet)

Phénix dans un paysage fantastique (Musée Guimet)

Soucieux de faire connaître la culture coréenne en France, ayant favorisé les voyages en Corée de voyageurs (comme Charles Varat, à l'origine des collections coréennes du Musée Guimet), ethnographes et photographes, Victor Collin de Plancy joua un rôle fondamental dans la constitution des collections de céramiques coréennes en France en s'employant à regrouper des collections diverses, et l'exposition Roman d'un voyageur rend compte de ces échanges et de la découverte d'une culture alors inconnue des Français à partir, notamment, d'un riche fonds iconographique de photos.
 

Depuis sa fondation en 1806, le Musée des arts céramiques de la Manufacture de Sèvres avait bénéficié de dons et d'envois de collectionneurs, marins, diplomates ou voyageurs, et Victor Collin de Plancy s'inscrit dans cette tradition, avec l'envoi de 260 pièces de céramique coréenne lors de son premier séjour en Corée (1888-1891), inventoriées seulement en 1894, alors que les collections coréennes du Musée de Sèvres étaient très récentes - les deux premières pièces ayant été données en 1851 par le diplomate Charles de Montigny, qui avait fait naufrage sur les côtes coréennes alors qu'il était en poste à Shanghaï. Collin de Plancy reçu l'appui d'un autre érudit, basé à Pékin où il occupait une chaire de chimie, Anatole Adrien Billequin.

Les collections ont pris leur essor suite à un échange de dons : après que le Président de la République Sadi Carnot eut remis en 1889 un vase de Salamine et deux vases Clodion au roi de Corée, deux bols en céladon de l'époque Koryo (918-1392) ont été offerts en remerciement par le souverain coréen, et conservés dans les collections muséales françaises par un don du Président Sadi Carnot.

Collectionneur avisé, Victor Collin de Plancy a voulu que la politique d'acquisition de Sèvres reflète la diversité et la richesse des créations coréennes. En 1900, des pièces de la collection personnelle du diplomate français avaient été prêtées pour le pavillon coréen de l'exposition universelle. Sa collection personnelle fut dispersée en 1911.

D'autres pièces données ont en revanche mystérieusement disparu, comme celles données par Charles Varat après son voyage en Corée... Les carences de l'inventaire ont rajouté aux interrogations sur le devenir de ces pièces, et le fortuné Parisien ne figure pas dans la liste des donateurs du Musée de Sèvres.

Source : http://www.bulac.fr/conferences-rencontres/archives/cycle-dautres-regards-sur-le-monde-2014-2015/a-la-decouverte-de-la-coree/

Source : http://www.bulac.fr/conferences-rencontres/archives/cycle-dautres-regards-sur-le-monde-2014-2015/a-la-decouverte-de-la-coree/

Source : Roman d'un voyageur. Victor Collin de Plancy, l'histoire des collections coréennes en France, Sèvres, Musée de la Céramique, éditions Loubatières, 2015.

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 19:31

Les espérantistes membres de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) se sont réunis le 27 août 2016 à Paris, en présence de Benoît Quennedey, membre du bureau national : ils ont constitué un nouveau comité Espéranto de l'AAFC avec pour objectif de développer les échanges dans le domaine de l'Espéranto entre la France et toute la Corée - Nord comme Sud.

Le bureau du nouveau comité Espéranto de l'AAFC : de gauche à droite, François Lo Jacomo, Nathalie Kesler et Marianne Dunlop

Le bureau du nouveau comité Espéranto de l'AAFC : de gauche à droite, François Lo Jacomo, Nathalie Kesler et Marianne Dunlop

L'AAFC a constitué un comité Espéranto

Créé en 1887 comme langue internationale par le Docteur Zamenhof, l'Espéranto compte aujourd'hui de 3 à 10 millions de locuteurs dans le monde selon les associations espérantistes, qui en France sont regroupées principalement au sein d'Espéranto-France et de SAT Amikaro. Par ailleurs, Europe Démocratie Espéranto a présenté des listes pour la diffusion et l'apprentissage de l'Espéranto comme langue européenne aux élections européennes de 2004, 2009 et 2014.

En Corée, l'Espéranto a une longue histoire qui recoupe celle de la péninsule : des intellectuels résistants à l'occupation japonaise avaient choisi un nom en Espéranto, la Korea Artista Proleta Federacio (KAPF), dont nombre de membres rejoindront, après la Libération, le Nord de la péninsule, fidèle aux engagements de la Résistance, quand les anciens collaborateurs de l'occupant japonais revenaient au pouvoir au Sud de la péninsule, sous le régime autoritaire de Syngmann Rhee. Un dictionnaire coréen-espéranto a été édité à Pyongyang, et des espérantistes étaient présents au Festival mondial de la jeunesse qui s'est tenu dans la capitale nord-coréenne en 1989. Les graves difficultés des années 1990 ont ensuite désorganisé le mouvement espérantiste en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et c'est dans ce contexte que les revues internationales d'Espéranto ont cessé de pouvoir être envoyées à leurs abonnés en RPD de Corée.

Dans le Sud de la péninsule, les espérantistes sont très actifs, et le prochain Congrès mondial d'Espéranto se tiendra d'ailleurs à Séoul en juillet 2017.  Un premier congrès mondial d'Espéranto s’étant déjà tenu en 1994 à Séoul, avec 1776 participants. De 1995 à 1998 le Sud-Coréen Lee Chong-Yeong, disparu en 2008, a été Président de l’Association Universelle d’Espéranto, qui a le statut d’ONG auprès de l’UNESCO. Le Sud-Coréen Lee Jung-kee est membre du Bureau de l’Association Universelle d’Espéranto depuis 2013. La République de Corée (Corée du Sud) compte en outre plusieurs instituts et universités spécialisées en Espéranto.

Dans ce contexte, les espérantistes membres de l'AAFC se sont constitués en comité Espéranto de l'AAFC afin de développer les relations et les échanges dans le domaine de l'Espéranto entre la France et l'ensemble de la Corée, et pour contribuer également à la réunification et à la paix dans la péninsule. Ils ont envisagé le déplacement d'une délégation espérantiste de l'AAFC en RPD de Corée fin 2016 et début 2017, en liaison avec les espérantistes nord-coréens, membres notamment de l'Académie des sciences sociales.

Marianne Dunlop, auteure, professeure de russe, de chinois et d'espéranto, basée à Arras, a été élue présidente du comité Espéranto de l'AAFC. Les autres membres du bureau de l'AAFC-Espéranto sont François Lo Jacomo, trésorier, espérantiste depuis 1971, membre de l'Académie d'Espéranto, ancien président (2010-2016) de la Maison Culturelle de l'Espéranto, château de Grésillon, en Anjou. La secrétaire du comité Espéranto de l'AAFC est Nathalie Kesler, actuelle présidente de la Maison Culturelle de l'Espéranto, ancienne présidente du comité régional Bretagne de l'AAFC, jusqu'à son récent déménagement en région parisienne.

Ceux qui souhaitent rejoindre le comité Espéranto de l'AAFC, dont les membres doivent être adhérents de l'AAFC, peuvent contacter l'AAFC à l'adresse suivante : marianne.dunlop@laposte.net.

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 19:05

La littérature de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est peu connue, et volontiers vilipendée comme tout ce qui vient du Nord de la Corée. Elle offre pourtant un regard intérieur sur la société nord-coréenne qui suffirait, au-delà de ses qualités littéraires intrinsèques, à éveiller l'intérêt : c'est du reste ce qui explique le succès inattendu du premier roman nord-coréen publié et traduit en France, Des amis de Baek Nam-ryong - une première rendue possible grâce au professeur de coréen Patrick Maurus que l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) avait invité à présenter la littérature nord-coréenne lors d'une conférence organisée à Paris en 2012. L'éditeur Actes Sud a réitéré en publiant en 2016 une anthologie de nouvelles contemporaines de la RPDC, intitulée Le rire de 17 personnes (du nom d'une des nouvelles), traduites du coréen par Patrick Maurus, Kim Kyoung-sik et Benoît Berthelier. 

"Le rire de 17 personnes", une anthologie de nouvelles nord-coréennes

Ce sont dix auteurs nord-coréens contemporains que nous donne à découvrir cette anthologie de onze nouvelles de la littérature coréenne : Baek Nam-ryong, Kim Chong, Choe Song-jin, Chon In-gwang, Han Ung-bin (deux nouvelles au sein du recueil pour cet auteur parmi les plus connus de RPDC), Chang Ki-song (dont la nouvelle Notre institutrice a été adaptée au cinéma en 1981), An Dong-chun, Kang Song-gyu, Kang Kui-mi et Kim Hye-song - une des rares écrivains de Corée du Nord à avoir été publiée au Sud, en 1987, avec son roman historique Kunbaba.

Le parti-pris des auteurs ayant fait le choix des nouvelles regroupées dans ce recueil est de parler de la vie quotidienne et, comme le souligne leur présentation par l'éditeur, d'offrir

un panorama captivant d’une littérature qu’on ne saurait réduire aux prescriptions idéologiques et qui frappe par sa défense des valeurs positives. Ces textes parlent de corruption, de soupçon, de profiteurs, de délinquance, mais aussi de solidarité, d’effort collectif, de reconnaissance, de résilience. Car l’optimisme est pour ce peuple partie prenante du réalisme.

En décrivant des situations à forte charge émotionnelle, en prônant des valeurs d'exemplarité que se doit de délivrer l'artiste confucéen (en l'occurrence, écrivain, mais il en irait de même s'il était peintre ou cinéaste), les auteurs de cette anthologie de nouvelles s'inscrivent pleinement dans un style coréen, propre à l'ensemble de la péninsule (Nord comme Sud) - dont la littérature distingue traditionnellement les courtes fictions (ou nouvelles), les récits de moyenne longueur, les romans et les romans-fleuves.

Alors que jusqu'à présent les seules nouvelles nord-coréennes en français avaient été publiées par des revues spécialisées (comme Dans le bus de Cho Kun, parue en 2009 dans la revue Neige d'août), la revue Tangun offre par ailleurs un accès à d'autres nouvelles nord-coréennes.

Pour acquérir Le rire de 17 personnes, voir la présentation de l'ouvrage sur le site d'Actes Sud :

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 19:20

16 avril 2014, la Corée du Sud est sous le choc : un ferry fait naufrage en Corée du Sud. A l'issue d'une gestion calamiteuse de la crise, sur laquelle les familles des victimes exigent que toutes les zones d'ombres soient levées par l'administration Park Geun-hye, 304 personnes ont trouvé la mort, dont plus de 250 lycéens en voyage scolaire. Rapidement, il apparaît que le propriétaire du navire, le Sewol, dont l'équipage a fui, appartient, par famille interposée, à un sulfureux homme d'affaires et prédicateur évangéliste sud-coréen, Yoo Byung-eun, plus connu sous son nom d' "artiste" : Ahae. L'identité de Ahae comme Yoo Byung-eun a été révélée par Bernard Hasquenoph, journaliste français, animateur du blog louvre pour tous.fr, qui a publié aux éditions Max Milo un livre d'enquête édifiant intitulé Ahae, mécène gangster. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), en contact dès le printemps 2014 avec Bernard Hasquenoph, l'a invité à prononcer à Paris, le 24 mai 2016, une conférence autour de son ouvrage, qui révèle le gangrènement de certaines des plus prestigieuses institutions culturelles françaises dans leur quête de trouver, par tous les moyens, des financements privés "innovants", alternatifs à des subventions publiques durablement orientées à la baisse.

Bernard Hasquenoph, lors de la conférence donnée le 24 mai 2016 à Paris

Bernard Hasquenoph, lors de la conférence donnée le 24 mai 2016 à Paris

L'enquête minutieuse menée par Bernard Hasquenoph se lit comme un roman policier, à partir de l'étonnant surgissement sur la scène artistique - non seulement française mais internationale (Prague, New York, Florence, Venise, Londres dans la résidence privée du prince Charles...) - d'un mystérieux photographe, à l'identité tenue secrète, qui a soudain exposé avec d'importants moyens de communication des images naturalistes banales au Jardin des Tuileries, qui dépend du Musée du Louvre, et à l'Orangerie du château de Versailles, en 2013.

Ce qu'a découvert Bernard Hasquenoph n'est pas seulement l'identité de Yoo Byung-eun, alias Ahae ("enfant" en coréen), mais aussi une méthode éprouvée de promotion avec la complicité d'établissements culturels prestigieux : des versements à ces établissements au titre du mécénat, des locations d'espaces auprès de ces mêmes établissements avec ses propres deniers, l'achat de numéros spéciaux dans les suppléments de revues culturelles de renom... et des commentaires dithyrambiques de Catherine Pégard, qui dirige depuis 2011 l'établissement public du château de Versailles, et d'Henri Loyrette, président-directeur du Musée du Louvre de 2001 à 2013 mais aussi président de l'Année France-Corée (du Sud) 2015-2016. La société américaine qui promeut Ahae, Ahae Press, dirigée par l'un de ses fils, avait auparavant acquis aux enchères en France un hameau abandonné, Courbefy, avec le projet - qui ne s'est pas concrétisé - d'en faire une résidence d'artistes.

Quand survient le drame du Sewol, le 16 avril 2014, le passé trouble de Yoo Byung-eun, alias Ahae, à la famille duquel le navire appartient, apparaît : condamnation pour fraude fiscale, gourou d'une secte dont les membres commettent un suicide collectif en 1987...

Bernard Hasquenoph, dont l'enquête, dès 2013, sur l'identité de Ahae - ainsi que la supercherie artistique qu'il constitue - n'avait pas suscité tout l'intérêt qu'elle mérite, devient soudain la coqueluche des médias sud-coréens, qui l'invitent à témoigner et le citent, tandis que Ahae, en fuite, devient l'homme le plus recherché de Corée du Sud... jusqu'à ce qu'un cadavre en décomposition soit découvert et présenté comme celui de Yoo Byung-eun. Cette très opportune découverte suscitera de forts doutes parmi l'opinion publique sud-coréenne.

L'AAFC invite chacune et chacun à lire le livre-enquête édifiant de Bernard Hasquenoph, qui révèle tout un réseau de complicités, politiques, diplomatiques (le beau-frère de Ahae est ambassadeur de Corée du Sud à Prague...), économiques et "culturelles", autour de ce qui apparaît comme un des plus grands scandales culturels contemporains.

 

AHAE, mécène gangster, par Bernard Hasquenoph, éditions Max Milo, 2015

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 18:26

En août 2015, dix étudiants en coréen de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) ont effectué un séjour d'études d'une quarantaine de jours à l'Université Kim Il-sung, la plus prestigieuse université de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est revenue sur cet échange, mis en place par le Professeur Patrick Maurus de l'INALCO, lors d'une conférence qui s'est tenue à Paris, le 21 mars 2016, avec cinq des étudiants français ayant participé à ce programme.

Etudier en Corée du Nord : le témoignage d'étudiants français de l'INALCO

Etudier le coréen se résume bien trop souvent, dans les pays occidentaux, à ne connaître que la partie Sud de la péninsule coréenne - tant il est vrai que les ambassades sud-coréennes dans le monde s'emploient à ce que la Corée soit abordée de leur seul point de vue. Cette hémiplégie n'est pas propre aux études universitaires, les années croisées France-Corée, aujourd'hui comme il y a dix ans, ayant par exemple soigneusement évité le moindre contact avec toute institution du Nord.

Tel n'est cependant pas le cas à l'INALCO où le Professeur Patrick Maurus, jeune retraité, s'est employé à nouer des échanges avec ses homologues non seulement en RPD de Corée, mais aussi dans la province coréenne autonome de Yanbian, dans le Nord-Est de la Chine, ayant par ailleurs invité comme conférenciers des membres de l'AAFC pour évoquer des questions propres au Nord de la péninsule mais aussi, plus largement, la diplomatie des deux Etats coréens.

Dans ce contexte, la présentation le 21 mars 2016 à l'initiative de l'AAFC, par cinq des dix étudiants en coréen de l'INALCO, de leur séjour d'études à l'Université Kim Il-sung de Pyongyang a permis de revenir sur un échange universitaire qui constituait une première pour l'INALCO - et qui devrait se prolonger par d'autres séjours linguistiques en préparation dans le cadre de la revue Tangun.

Etudier en Corée du Nord : le témoignage d'étudiants français de l'INALCO
Etudier en Corée du Nord : le témoignage d'étudiants français de l'INALCO

Lors de leur séjour en RPDC, les étudiants français de l'INALCO étaient, à cette date, les seuls Occidentaux dans le dortoir réservé aux étudiants étrangers - où dominaient les Chinois, à côté de Russes et de Laotiens.

La journée alternait entre des cours le matin et des visites l'après-midi, avec leurs accompagnateurs coréens, parfaitement francophones, qui se sont adaptés à leurs souhaits et leur ont permis de visiter d'autres villes que Pyongyang, ainsi que de répondre aux demandes spécifiques des étudiants français au regard, notamment, de leurs thèmes de spécialisation. En particulier, les échanges ont été très fructueux dans le domaine du bouddhisme (vu en RPDC comme partie intégrante de la culture nationale), avec des moines qui n'avaient rien des figurants que se plaisent à camper des journalistes en manque de sensations. Les étudiants ont pu parcourir toutes les stations de métro - démentant là encore les rumeurs selon lesquelles seules deux stations seraient ouvertes au public - en constatant l'extraordinaire similitude des comportements et des habitudes culturelles entre le Nord et le Sud de la péninsule, exception faite des nuances linguistiques sur lesquelles les ont repris leurs interlocuteurs. Le coréen standard de Pyongyang n'est pas celui de Séoul.

Les cours, adaptés aux différents niveaux de maîtrise de la langue coréenne par les étudiants, étaient adaptables - à l'image du programme : le lever à 6h30 était suivi d'une séance de sport... auxquels les Français ont été les seuls à participer, le premier jour, pendant que leurs camarades étrangers continuaient de dormir.

Les témoignages apportés ont aussi été riches d'enseignements sur les conditions de vie quotidiennes que ne peuvent pas appréhender les touristes, logés dans des hôtels de standing élevé. On s'habitue aux douches froides et aux différences de taux de change pratiqués, notamment, avec les étrangers. Les conditions matérielles ne sont évidemment pas celles de la Suisse ou du Canada.

Les échanges ont aussi été l'occasion de mieux comprendre le point de vue du Nord, notamment sur le Sud vu de manière positive comme la moitié d'un pays partageant fondamentalement une histoire, une langue et une civilisation communes.

Au regard de l'enthousiasme communicatif des étudiants français de l'INALCO qui ont été en échange à Pyongyang on découvre tout l'intérêt de sortir des clichés et du prêt à penser sur la Corée du Nord, en favorisant les échanges et le dialogue interculturel. C'est ce que s'efforce aussi de faire l'AAFC, à son niveau et avec les moyens dont elle dispose.

Photos : AAFC.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 20:08

Le film Spirits’ homecoming de Cho Jung-rae raconte l'histoire des centaines de milliers de femmes, pour beaucoup d'entre elles coréennes, qui ont été obligées de se prostituer pour l'armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale. Son succès époustouflant - le film caracole en tête du nombre d'entrées dans les cinémas sud-coréens - témoigne de l'émotion légitime que suscite la question des "femmes de réconfort", quelques mois après la conclusion d'un accord controversé entre les gouvernements japonais et sud-coréen que nous avons dénoncé, à l'AAFC, comme insuffisant, à l'instar du Conseil coréen sur les "femmes de réconfort". 

“Spirits’ homecoming” : le film sur les femmes de réconfort de Cho Jung-rae en tête du nombre d'entrées au cinéma

Il aura fallu près de quatorze ans au réalisateur Cho Jung-rae pour mener à bien son projet de film sur les "femmes de réconfort" - qu'il a côtoyées dans un foyer, et qui lui avaient donné comme seule instruction de réaliser un film de qualité. Il était émouvant de voir plusieurs d'entre elles assister à la première, alors qu'il n'y a plus que 44 survivantes sur les 238 femmes sud-coréennes qui ont accepté de témoigner en racontant leur histoire.

Le film Spirits’ homecoming est aussi exceptionnel dans la mesure où son budget de 500 millions de won (soit 381 000 euros) a été bouclé grâce au financement participatif, avec un nombre record de 320 000 donateurs.

Auprès du public, le succès a été au rendez-vous : le matin de la sortie (le 24 février 2016) déjà 27,5 % des billets avaient déjà été pré-vendus, et une semaine plus tard le nombre d'entrées (1,7 million) plaçait le film en tête des ventes.

L'AAFC espère que cette réussite contribuera à la mobilisation et à la sensibilisation de l'opinion publique pour que plus jamais les femmes ne soient victimes d'esclavage sexuel, notamment dans les périodes de guerre.

Sources :

 

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 23:41

Ancien journaliste, Chang Kang-myoung a raconté dans son dernier roman devenu un best-seller Pourquoi je déteste la Corée l'histoire d'une jeune fille de 20 ans représentative de la génération "Hell Choseon" (littéralement : la Corée c'est l'enfer) qui exprime le profond malaise d'une jeunesse sud-coréenne contrainte à des sacrifices plus grands que ses aînés, sans perspective d'ascension sociale dans une société restée très hiérarchique et autoritaire. Nous publions ci-après des extraits d'un entretien donné par Chang Kang-myoung au journal Libération.

"Parce que je déteste la Corée" : une description de la génération "Hell Choseon" par Chang Kang-myoung

Dès leur plus jeune âgé, les Coréens sont soumis à des exigences de réussite sociale, scolaire puis professionnelle, dans une société ultra-compétitive qui laisse beaucoup au bord de la route, créant un profond sentiment de découragement. S'ajoute un fossé générationnel avec leurs parents, alors que les jeunes arrivent sur un marché du travail désormais marqué par la perspective du chômage et, plus encore, du travail précaire :

Pour moi qui ai 40 ans, ce n’est ni un paradis ni un enfer. J’aime mon pays. Mais les jeunes, eux, sont découragés, en colère et perdus. Ils ne voient plus la Corée comme une terre d’opportunité. Ils sont confrontés pour la première fois au chômage, à un marché du travail rigide où l’on a, d’un côté, des élites hyperprivilégiées et, de l’autre, des travailleurs irréguliers, mal payés et sans filet de protection sociale. Et comme le pays s’est développé à une allure fulgurante entre les années 60 et 80, le fossé générationnel entre les jeunes et leurs parents est particulièrement prononcé. Non seulement ils ont une situation plus précaire que leurs aînés, mais il y a un décalage assez dur à vivre, pour eux, entre ce qu’on leur fait miroiter pendant leurs études et la réalité de la société sud-coréenne. A l’école, on les encourage à devenir des leaders mondiaux, à apprendre l’anglais et à penser mondialement. Mais quand ils arrivent dans la vie active, ils se heurtent à une société encore très hiérarchisée, conservatrice et, à bien des égards, encore autoritaire.

Un des mérites - et qui n'est pas le moindre - de Chang Kang-myoung n'est pas seulement de décrire les clivages d'une société - entre les plus jeunes, désabusés, et les plus âgés voyant dans l'accélération de la croissance économique la solution à tous les problèmes ; entre des appels à la révolte et des discours a contrario moralisateurs sur la chance qu'auraient les jeunes Sud-Coréens de vivre dans une société de loisirs ; entre les conservateurs qui croient au rôle fondamental des conglomérats, les chaebols, et les progressistes qui vouent aux gémonies ces mêmes chaebols. Chang Kang-myoung propose aussi de revoir des façons de penser qui, comme la langue, touchent à l'identité même des Coréens - alors que, comme il le rappelle, la Corée est un pays complexé par son histoire, où le sentiment de fierté patriotique est ainsi très fort :

Dans les années 90, l’économie se portait toujours bien et nous avions obtenu la démocratie ; c’était probablement la meilleure période de notre histoire récente. Aujourd’hui, l’économie ne croît plus et nous devons l’accepter. Je pense que même sans croissance, nous pourrions régler beaucoup de nos problèmes en instaurant une société moins hiérarchisée et basée sur le respect mutuel.

[question du journaliste] Comment y parvenir ?

Je pense tout d’abord que tout le monde devrait utiliser la forme honorifique pour s’adresser aux autres, peu importe l’âge ou la position sociale [la langue coréenne est codifiée en plusieurs niveaux de formes honorifiques et de politesse en fonction de l’âge et du statut social de l’interlocuteur]. On devrait abandonner ces vieilles manières confucéennes dont nous sommes si fiers.

Certains se demanderont si ces interrogations sont propres à la Corée. Probablement pas, mais elles prennent un relief particulier dans une société dont les valeurs cardinales sont toujours - entre autres - le confucianisme, le respect de l'autorité et l'idée d'une exemplarité nationale (chaque Coréen est dépositaire d'une image de son pays). En ce sens, la difficulté des Sud-Coréens à accepter leurs propres minorités - qu'elles soient politiques, ethniques ou sexuelles - s'inscrit dans un processus qui tend à gommer les différences et, in fine, à privilégier le groupe et à écraser l'individu, et donc à générer du mal-être social.

Lire l'interview complète à cette adresse :

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 00:07

En adaptant sous forme d'un manhwa en deux volumes l'autobiographie de Hur Young-chul Pris dans les tourbillons de l'histoire, le Sud-Coréen Park Kun-woong continue de rendre compte de l'histoire récente de la Corée en sortant du point de vue farouchement hostile à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui a forgé l'identité de la République de Corée (Corée du Sud) : l'auteur de la série Fleur et de Massacre au pont de No Gun Ri (l'un des épisodes tragiques de la guerre de Corée) a retracé le destin d'un ancien prisonnier non converti (ayant refusé d'abandonner ses idéaux communistes), emprisonné pendant 36 ans, de 1955 à 1991, dans les geôles de la junte sud-coréenne. La vie d'ouvrier et de révolutionnaire de Hur Young-chul a non seulement embrassé l'histoire contemporaine de la Corée, elle est également peu banale dans la mesure où Hur a choisi de rester vivre en Corée du Sud, après sa libération, et de témoigner dans un récit autobiographique. Edité en France par Cambourakis, dans une version traduite du coréen par Françoise Nagel et Lim Yeong-hee avec une préface du professeur Han Hong-gu de l'Université Sungkonghoe, Je suis communiste est diffusé dans notre pays depuis septembre 2015, avec le soutien du Centre national du livre (CNL). La version originale a été publiée en 2012 (pour le volume 1) et 2013 (s'agissant du volume 2) par Park Kun-woong (né en 1972) et Hur Young-chul (1920-2010).

"Je suis communiste" : le manhwa de Park Kun-woong retrace le destin exceptionnel de Hur Young-chul

L'année où Hur Young-chul était libéré, en 1991, Park Kun-woong entrait à l'université : a priori rien n'aurait prédestiné la rencontre entre les deux hommes, appartenant à deux générations très différentes, si Yun Gu-byeong, des éditions Bori, n'avait demandé au dessinateur, ancien militant étudiant, de rencontrer Hur Young-chul.

Le témoignage direct exceptionnel par un acteur de l'histoire récente de la Corée prend forme sous le dessin de Park Kun-woong, dans un style noir et blanc dépouillé, qui alterne entre une tradition graphique qu'on rattacherait en Europe à celle de la ligne claire et une précision du trait dont la puissance renvoie aux peintures asiatiques traditionnelles à l'encre de Chine. Car si Park Kun-woong a pu s'appuyer sur l'autobiographie de Hur Young-chul (dont la translittération du patronyme coréen la plus fidèle à sa prononciation est "Heo" et non "Hur"), il n'avait plus de photos de jeunesse - celles-ci ayant été détruites par sa famille, et il fallait le talent de Park Kun-woong pour restituer une époque, celle de la lutte antijaponaise, la libération, la partition et la guerre, tout en gardant la retenue de Hur Young-chul, que n'ont brisé ni les tortures physiques - à l'eau, à l'électricité - que lui ont infligées ses geôliers sud-coréens, ni la manipulation continue des membres de sa famille par les autorités sud-coréennes pour qu'il se convertisse en reniant ses idées. A cet égard, les extraits en fin de bande dessinée des échanges de courriers censurés, ainsi que du "rapport d'observation" tenu par l'administration pénitentiaire - cherchant à se convaincre que le prisonnier est en bonne voie pour abjurer - sont des témoignages de ce qu'ont vécu les prisonniers politiques sud-coréens non convertis, traités en criminels par un régime dont la brutalité n'avait rien à envier à celui des anciens colonisateurs japonais.

Aux 36 ans de ce régime carcéral ont succédé, jusqu'à la mort de Hur Young-chul, 19 ans de liberté surveillée - avec une interdiction notamment à participer à toute activité politique. Pour être pleinement libre, Hur Young-chul aurait dû renier ses idées - ce qu'il s'est toujours refusé de faire - bien que les représailles aient aussi touché aussi sa famille :

Je me rappelle la première visite [en prison] de ma fille (...) Elle travaillait à l'hôpital universitaire de Séoul. Elle était donc fonctionnaire. En examinant son dossier, on s'était aperçu que son père était en prison pour communisme. La police avait commencé à lui poser des questions. Elle avait démissionné et, en rentrant chez elle, était passée me voir. (...) Elle est revenue me rendre visite, mais on ne l'a pas autorisée à me voir. Dans le train du retour, elle a rencontré un journaliste et lui a tout raconté. Il lui a promis de faire quelque chose. Je ne sais pas quel rôle il a joué, mais l'hôpital a rappelé ma fille et elle a repris son travail (...).

On a proposé à mon fils de se porter candidat pour représenter les étudiants de l'université de Jeonbuk. Son concurrent, un ancien du Vietnam, l'a menacé. Il lui a dit que, vu le passé de son père, il n'aurait aucune autorité sur les étudiants même s'il était élu. Mon fils a perdu les élections. Petit, c'était un garçon très joyeux, plein d'entrain, mais à l'entrée au collège il s'est replié sur lui-même. "A quoi ça sert d'étudier ? Je n'obtiendrai jamais un travail convenable". Ma femme l'a sévèrement réprimandé, mais je ne l'ai appris que bien plus tard.

Le manhwa ne dit pas les raisons qui ont amené Hur Young-chul, après sa libération, à rester au Sud plutôt qu'à rejoindre le Nord, comme nombre d'autres anciens prisonniers de conscience. Mais le regret ne pas avoir été suffisamment aux côtés de sa famille, originaire du Sud, a probablement joué un rôle.

Si le premier volume commence par la libération de Hur, et alors qu'à plusieurs reprises le récit fait des incursions dans la période postérieure à sa libération, le manhwa suit un plan essentiellement chronologique, qui permet de retracer comment s'est formée sa conscience politique, puis la manière dont il a mené à bien ses tâches de militant révolutionnaire. Le tome 1, intitulé "Une vie de travailleur", montre la prégnance de la conscience de classe, pour cet enfant de paysans, qui va travailler dans la métropole coloniale japonaise pour mieux gagner sa vie, et y découve l'exploitation capitaliste la plus sordide, doublée d'une exploitation coloniale. C'est aussi à la même époque qu'il découvre, par des militants coréens et japonais, la résistance antijaponaise menée par Kim Il-sung, futur fondateur de la RPD de Corée.

"Je suis communiste" : le manhwa de Park Kun-woong retrace le destin exceptionnel de Hur Young-chul

Hur Young-chul apparaît comme un militant de valeur, toujours soucieux du bien-être de ses camarades, auquel le Parti confie les tâches les plus difficiles, qui sont aussi les plus dangereuses : bien que n'ayant pas terminé l'école primaire, il a été choisi comme représentant de comité populaire, a été volontaire pour se rendre sur la ligne de front au Sud pendant la guerre (alors que dans l'académie où il avait été envoyé suivre une formation, la possibilité avait été donnée aux étudiants de regagner leurs familles au Nord, ce qu'ont fait une majorité d'entre eux), échappant à plusieurs reprises à la mort. Après la guerre, il a été parmi les premiers chargé d'une mission de renseignement au Sud, d'où il était originaire. Reconnu, il est arrêté, torturé, emprisonné. Nous sommes en 1955, il a 35 ans : il allait passer les trente-six années suivantes de sa vie en prison.

 

"Je suis communiste" : le manhwa de Park Kun-woong retrace le destin exceptionnel de Hur Young-chul

Hur Young-chul ne cherche pas à magnifier les événements : il décrit la guerre de Corée dans toute sa brutalité, sans cacher la dureté - également - de l'Armée populaire de Corée. Nous partageons son désarroi quand, un demi-siècle plus tard, il nous décrit la condamnation à mort et l'exécution d'un soldat ayant abandonné ses armes, par peur. Comme le reconnaît Hur Young-chul, personne n'a osé le défendre. Il fait aussi le bilan lucide de ses propres échecs, comme de celui ayant conduit à son arrestation comme espion, au Sud.

De son idéal de justice sociale, de son aspiration à la réunification de la Corée - dont il souligne qu'elle a été d'abord divisée par le jeu pervers de l'administration américaine - Hur Young-chul a tiré la force qui lui a permis de surmonter des décennies durant un régime carcéral parmi les plus durs au monde - même s'il reconnaît qu'il n'a initialement jamais cru à un emprisonnement aussi long. Enfin, les conversations de Hur Young-chul avec les Sud-Coréens progressistes qui ont transcrit son récit en bande dessinée, ou fait état de son témoignage dans les médias, sont un éclairage précieux sur le nécessaire dialogue Nord-Sud - Hur étant fondamentalement resté un communiste attaché à la RPD de Corée. Il n'a aucun doute quant à la trahison de Pak Hon-yong - l'un des fondateurs du Parti communiste coréen, passé au Nord, où il a été exécuté, probablement en 1956 - en citant des éléments de preuves qui mériteraient un traitement approfondi par les historiens. Il exprime sa certitude que les horreurs de la guerre de Corée rendent impossible le déclenchement d'un nouveau conflit par les autorités nord-coréennes. Sur plusieurs points - son refus des bases américaines en Corée du Sud, sa lecture des origines de la guerre de Corée - ses positions rejoignent enfin celles des progressistes sud-coréens et témoignent que, par delà les différences d'histoires et de systèmes politiques, un terrain commun de compréhension et d'entente est non seulement souhaitable, mais possible, entre Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora partageant la même volonté de parvenir à la réunification de leur pays, fondée sur des valeurs de justice, d'équité et de liberté.

Références :
 

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