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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 11:10

Quel est le point commun entre Wolfgang Amadeus Mozart, une guitare et la Corée ? Pierre Laniau. Ce grand guitariste français va prochainement enregistrer en Corée du Sud, à Séoul, des pièces pour piano de Mozart sur une guitare à dix cordes, une première mondiale. La genèse de ce projet original est étonnante, au croisement de plusieurs cultures.


En 2006, Edouard Maurer, directeur artistique du label musical
Mobilarts et la soliste de gayageum Kim Hee-jeong étaient à la recherche d'une troupe d'artistes coréens pour créer une rencontre musicale entre Asie et Afrique. Ils se sont donc rendus à Séoul où ils ont rencontré la troupe Daehan Saram dont deux membres sont venus en France pour participer avec le musicien togolais Franck Colman à "La Sauce Inattendue", rencontre musicale internationale qui a eu lieu en août 2008 à Saint-Antonin-Noble-Val, cité médiévale du sud-ouest. 


A l'occasion de ce séjour en Corée, Edouard Maurer et Kim Hee-jeong ont appris que l'agence artistique AND Entertainment, partenaire de Mobilarts, était intéressée par la production d'un album de musique classique. Edouard Maurer a alors pensé à Pierre Laniau, guitariste français de renommée internationale, ancien élève de Narciso Yepes, l'inoubliable interprète de la musique du film Jeux interdits. Pierre Laniau a ouvert la guitare à tout un répertoire ignoré des guitaristes, en jouant Satie, Debussy, Gershwin ou Mozart grâce à sa guitare à dix cordes, sans aucune transcription.

 

C'est ainsi que Pierre Laniau enregistrera un album, Mozart et ses contemporains, du 28 novembre au 8 décembre 2008 à Séoul. Outre une présentation du projet au Seocho Art Hall le vendredi 5 décembre à 19h30, Pierre Laniau donnera un concert de gala à l'hôtel Lotte le dimanche 7 décembre à 16h, retransmis sur le site Internet PandoraTV. Il s'agit du premier enregistrement du genre. Grâce à Pierre Laniau et à sa guitare à dix cordes, on pourra apprécier les oeuvres de Mozart et de ses contemporains dans une sonorité intime et colorée, très proche de celle d'un piano-forte de la fin du 18eme siècle.


Quand une rencontre entre musiciens africains et coréens dans un village du sud-ouest de la France amène un célèbre guitariste en Corée pour y interpréter Mozart... (source : Mobilarts)



Informations pratiques

Site personnel de Pierre Laniau

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 19:41

EuroArts vient d'éditer un DVD (disponible aussi en Blu-Ray Disc) du concert donné le 26 février 2008 à Pyongyang par l'Orchestre philharmonique de New-York. C'est l'occasion de voir et revoir, dans les meilleures conditions, ce concert qui marque un tournant dans les relations entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Dans cette édition figure aussi un intéressant documentaire qui permet de se plonger dans les coulisses de cet événement historique.

  

Tout a déjà été écrit, ou presque, sur le concert historique donné à Pyongyang par l'Orchestre philharmonique de New York le 26 février 2008, suite à une invitation lancée par les autorités nord-coréennes en août 2007. La République populaire démocratique de Corée et les Etats-Unis sont toujours "techniquement" en guerre, faute de traité de paix à l'issue de la Guerre de Corée, mais, l'espace d'un soir, les Coréens et le monde entier purent entendre résonner dans le Grand Théâtre de Pyongyang-Est, sous la direction de Lorin Maazel, les hymnes nationaux des deux pays. Cet instant, déjà entré dans l'Histoire, fut suivi du prélude de l'acte III de Lohengrin de Richard Wagner, de la symphonie n°9 "du Nouveau Monde" d'Antonín Dvořák et de Un Américain à Paris de George Gershwin. Puis vinrent les trois bis : la farandole de l'Arlésienne de George Bizet, l'ouverture de Candide de Leonard Bernstein et surtout un très émouvant Arirang, air populaire qui touche le coeur de tous les Coréens. Ce sont tous ces moments qu'un DVD (disponible aussi en Blu-Ray Disc) édité par EuroArts propose de revivre.

 


En plus de l'intégralité du concert du 26 février, cette édition propose un documentaire passionnant de près d'une heure, Des Américains à Pyongyang, sur les coulisses de cet événement historique, depuis sa genèse jusqu'au lendemain du concert. 

 

On y apprend que, devant la réaction négative de certains membres du Philharmonique de New York après l'invitation du gouvernement de la RPDC, Christopher Hill, secrétaire d'Etat adjoint et négociateur en chef des Etats-Unis aux pourparlers sur le nucléaire nord-coréen, est lui-même venu parler aux musiciens du bien-fondé de cette initiative, en les laissant libres de leur choix. Hill sut trouver les mots pour les convaincre et aucun musicien ne regrettera cette expérience.  

 

On voit la délégation américaine (280 personnes) arriver à Pyongyang dans un mélange de "crispation" et d'"angoisse", pour reprendre les propres termes de Rebecca Young (deuxième alto). La crispation et l'angoisse seront vite dissipées.

 

On assiste à un cours donné à une jeune musicienne nord-coréenne par Glenn Dicterow (premier violon) stupéfait par son interprétation du Concerto pour violon N°5 de Mozart. Il conseille toutefois à cette jeune prodige de travailler son legato. Celle ci ne s'offusque pas de cette "méthode d'enseignement très proche de celle des professeurs coréens."

 

En bien d'autres occasions, le documentaire permet de constater à quel point la musique constitue un langage commun, que ce soit quand Lorin Maazel dirige l'Orchestre symphonique national de la RPDC pour un prélude des Maîtres Chanteurs de Wagner ou l'ouverture de Roméo et Juliette de Tchaïkovski, ou quand quatre musiciens nord-coréens se joignent à quatre musiciens américains pour une interprétation "au pied levé" de l'Octet de Mendelssohn.

 

Concernant le concert, Zarin Mehta, directeur du Philharmonique de New York, revient sur sa préparation et sur les conditions posées par les Américains (libre choix du programme, diffusion en direct à la télévision et à la radio...), conditions toutes acceptées par les Nord-Coréens. Mehta rappelle comment, lors d'une visite à Pyongyang en octobre 2007, il eut l'occasion d'entendre l'Orchestre symphonique national de la RPDC interpréter l'air traditionnel coréen Arirang et en demanda immédiatement la partition. "Si vous jouez Arirang lors du concert, avait alors prévenu un de ses interlocuteurs coréens, aucun oeil ne restera sec de part et d'autre de la zone démilitarisée." Il semble qu'il ne se soit pas trompé.

  

A la fin du concert, Lorin Maazel et Glenn Dicterow qui viennent de sortir de scène où ils se sont attardés pour répondre aux acclamations du public, ne dissimulent par leur enthousiasme pour cette soirée qui "dépasse leurs rêves les plus fous." Et quand, un peu plus tard, ils croisent dans les coulisses le vice-ministre nord-coréen de la Culture, ce dernier leur avoue qu'il aura "du mal à dormir ce soir..." Tous ces instantanés, ces choses vues et entendues, semblent donner corps à l'espoir exprimé par Zarin Mehta que, en venant en Corée du Nord, l'Orchestre philharmonique de New York ait "oeuvré pour le bien du monde."

  

Seule fausse note dans ce documentaire, en voulant demander leurs impressions à des visiteurs étrangers présents à Pyongyang le 26 février 2008, le réalisateur donne la parole à un certain Antoine Dreyfus, présenté comme un "industriel du chocolat". Le problème est que M. Dreyfus est en fait un journaliste du magazine français VSD, "infiltré" dans une délégation d'hommes d'affaires afin de réaliser un énième reportage "à sensation" sur la Corée du Nord. Pendant que la grande Histoire s'écrit, les petites histoires doivent s'écrire aussi... Pauvre journaliste pris à son propre piège ! En entendant mentir ce faux industriel et vrai imposteur sur les motivations de sa visite et dire tout le bien qu'il pense du concert, on sent que c'est surtout la peur de se faire repérer qui prévaut, faisant de cette séquence un sommet du comique de situation. Espérons seulement que le visionnage de ce DVD donnera quelques regrets à certains "professionnels" qui n'ont pas pu - ou voulu - saisir l'importance d'un événement dont ils auraient pu être les témoins privilégiés.



The Pyongyang Concert (DVD)

Editeur : EuroArts
Durée : 107 mn (concert) + 52 mn (documentaire)
Format : NTSC - 16/9
Code région : 0
Son : Dolby Digital 2.0, Dolby Digital 5.1, DTS 5.1 

Langue : français, anglais,

Sous-titres : français, anglais, allemand, espagnol, japonais

Inclus : livret en français, anglais et allemand.

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 00:18

En septembre 2008, l'AAFC vous avait invité à découvrir les BD coréennes, les manhwas, dans une série d'entretiens avec Laurent Nucera, responsable de la librairie Apo(k)lyps et l'un des meilleurs spécialistes français du manhwa.  Une rencontre dédicace avec Choi Juhyun aurait lieu à la librairie Apo(k)lyps le samedi 15 novembre 2008, à partir de 15h30, après la publication de sa première BD Sous la peau du loup.

Sous la peau du loup est la première BD de Choi Juhyun,
sortie le 6 octobre 2008 aux éditions Cambourakis : ce manhwa est un recueil de nouvelles dessinées à l'encre de chine par une jeune artiste, auteur et plasticienne, née en 1978 à Gyeongju et qui vit en France depuis 2001, après des études d’art à l’Ecole Supérieure de l’Image de Poitiers.

Choi Juhyun a collaboré à plusieurs revues de bandes dessinées, à la fois comme traductrice et dessinatrice. Dans Sous la peau du loup, "théâtre de l'inconscient", comme le décrit le site de libraires
initiales.org, "les histoires intimes, des histoires de jeunes filles, se nouent de manière étrange avec des questions d’ordre politique et guerrier. D’autres éléments fantasmatiques interviennent aussi, notamment les animaux, loups, serpent, papillons, rats, singes…" (illustration : initiales.org).

La
technique originale de Choi Juhyun, qui a également utilisé les pochoirs, la vidéo et la photographie, rappelle les arts traditionnels asiatiques, en particulier l'estampe. Avant Sous la peau du loup, elle avait signé avec Otto T. Le Mois de janvier aux Editions Groinge, et publié trois ouvrages à compte d'auteur, Halme, La Main et Les Caches.

L'AAFC vous invite à rencontrer l'artiste lors d'une séance de dédicace à la librairie Apo(k)lyps, le samedi 15 novembre 2008, à partir de 15h30.



Pour tous renseignements : rencontre-dédicace avec Choi Ju-hyun,
samedi
15 novembre 2008, à partir de 15h30.
Librairie Apo(k)lyps
- 120 rue Legendre, Paris 17ème (métro Lafourche, ligne 13).
Tél. : 01.42.28.01.50

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 13:54

Artiste sud-coréenne qui aujourd'hui vit et travaille en Allemagne, EunSook Lee a fait de la réunification de la Corée un des thèmes de son oeuvre, connue et reconnue chez nos voisins d'outre-Rhin qui ont également souffert de la division de leur nation. L'AAFC a rencontré EunSook Lee, qui nous a donné un entretien en anglais, que nous avons traduit et reproduit ci-après, à partir de deux de ses oeuvres : Le Mur de Berlin Disparu (en anglais, The Vanished Berlin Wall), mur de lumière phosphorescent de 11 m, composé de fibres plastiques et comportant, à l'intérieur de ces fibres, des néons eux-même éclairés par une lumière noire, et  Les âmes qui attendent (Waiting Souls), fait de fibres, de polyester et de lumières noires.

AAFC - Mme Lee Eun-sook, une de vos créations les plus célèbres est "Le Mur de Berlin disparu" (Berlin, 2007). Pouvez-vous nous expliquer l'objet de cette oeuvre, alors que la Corée est toujours divisée, à la différence de l'Allemagne ? 


De la même façon que le mur de Berlin entre l'est et l'ouest de l'Allemagne a disparu et que l'Allemagne a été réunifiée, il serait souhaitable que les deux Corée soient réunifiées. Le Mur Disparu a les mêmes dimensions que l'original et a été installée au même endroit. En outre, Le Mur Disparu est illuminé et il énumère les noms de 5.000 familles coréennes séparées. 
 
En effet, les noms de familles divisées sont écrites sur le mur. Comment considérez-vous la question des familles séparées en tant que Coréenne ?


En fait, une partie de la famille de mon père est aussi concernée, puisqu'il était marié avant de fuir au Sud. Il a dû laisser derrière lui sa première femme et leurs quatre enfants. Mon père a maintenant 95 ans. Et je voudrais qu'il ait la chance de rencontrer à nouveau ses enfants et petits-enfants en Corée du Nord  avant de nous quitter.


Ce n'est que l'histoire d'une famille. Il y a des milliers d'autres familles séparées. Cependant plus le temps passera, moins nombreuses seront les personnes qui s'en soucieront.

"Les âmes qui attendent" ("Waiting Souls",  1994) a réellement transformé un espace anonyme en un espace d'ordre, transformant le chaos en une coexistence harmonieuse. Quelle a été l'influence sur vos travaux de la culture coréenne traditionnelle, et notamment le principe d'harmonie ? 

"Waiting Souls" représente l'étape juste après la mort, entre la vie et la réincarnation. C'est aussi une réflexion sur le karma.

"Waiting Souls" est aussi une part de mes propres travaux artistiques personnels depuis que j'ai été confrontée à une expérience de mort imminente... en étant confrontée à la nature de l'existence humaine.

Merci, Mme EunSook Lee.

Pour aller plus loin, visiter le site de EunSook Lee.

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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 21:12

L'Université de Provence, la Fondation pour l'aide à la Traduction de la Littérature Coréenne à Séoul et l'association pour la Coopération France- Corée organisent, pour la seconde année, un concours de littérature coréenne, à partir du livre de Lee Chang-dong Nokcheon. L'AAFC reproduit ci-après les principaux éléments du règlement du concours, qui lui ont été communiqués par M. Jean-Claude de Crescenzo, de l'Université de Provence, président de France-Corée PACA. L'AAFC appelle le plus grand nombre à participer au concours de compte-rendu de lecture d'une oeuvre majeure de la littérature coréenne contemporaine.

QUELQUES MOTS SUR LEE CHANG-DONG

Ecrivain, scénariste, réalisateur et producteur sud-coréen né le 1er avril 1954 à Daegu, Lee Chang-dong a activement participé aux manifestations étudiantes contre le régime militaire sud-coréen, en dénonçant dans ses oeuvres la répression - notamment du
soulèvement de Kwangju en 1980. Devenu réalisateur, le réalisateur de Oasis a été - un temps - ministre de la culture de Roh Moo-hyun, poste auquel il s'évertua de limiter le nombre de productions hollywoodiennes imposées à la Corée du Sud. Le sujet du concours, Nokcheon, est le récit social et politique des relations entre deux frères dans les années 1980 : Min-woo, opposant au régime militaire, demande à son frère, Joon-sik, marié et établi, de l'héberger pour échapper à la police...

A LA DECOUVERTE DES GRANDES OEUVRES DE LA LITTERATURE COREENNE
2e CONCOURS DU COMPTE-RENDU DE LECTURE
Du 16 septembre 2008 au 28 novembre 2008

Organisé par l'Institut pour la Traduction de la Littérature Coréenne (Séoul), le Département d'Etudes Asiatiques et l'Equipe de Recherche « Littérature d'Extrême-Orient, textes et traduction », de l'Université de Provence.

Pour participer :

□ Vous vous inscrivez avant le 18 octobre avec vos coordonnées par e-mail à
jcdc@up.univ-mrs.fr
(Le livre Nokcheon de Lee Chang-dong sera offert aux 60 premiers candidats inscrits).

□ Vous rédigez un texte de 4 pages maximum (1500 signes par page).

□ Vous adressez ce texte par e-mail à
jcdc@up.univ-mrs.fr avant le 29 novembre 2008.

Les textes seront examinés par les membres du Jury de l'Equipe de Recherche « Littérature d'Extrême-Orient, textes et traduction », de l'Université de Provence. Résultat du concours par e-mail le 13/12/2008.

Remise des prix le 19/12/2008 à l'Université de Provence.

6 candidats seront sélectionnés et gagneront :

1er Prix : Un ordinateur portable Samsung (ou valeur)- 2e prix : (Deux gagnants) Un I-Pod Apple (ou
valeur) - 3e prix : (Trois gagnants) Un appareil photo numérique Samsung (ou valeur)

Le 1er prix participera à une sélection mondiale. En cas de victoire à cette sélection, un voyage en Corée lui sera offert à cette occasion.

RESPONSABLE DU CONCOURS : Hye-Gyeong KIM, enseignante de coréen à l'Université de Provence.
UFR ERLAOS Université de Provence 29 av. R. Schuman – 13621 Aix-en-Provence cedex 1
Site et Blog de l'Equipe de Recherche :
http://jelct.blogspot.com

OEuvre choisie : Nokcheon, de LEE Chang-Dong, Le Seuil.

Les candidats devront rédiger un texte personnel : compte-rendu, note de lecture, commentaire, critique de 4 pages faisant part des impressions et réflexions suscitées par la lecture de l'ouvrage.

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 06:00

L'AAFC publie le troisième et dernier volet de son entretien avec Laurent Nucera, de la librairie Apo(k)lyps, spécialiste du Manhwa coréen. Après une présentation de ce genre littéraire et de ses spécificités coréennes, puis de deux livres - Couleur de peau : Miel, de Jung, qui sera dédicacée le 13 septembre 2008, et Le Visiteur du Sud, qui aborde le thème de la réunification, l'adaptation d'oeuvres littéraires et les manifestations autour du Manhwa ont fait l'objet du présent échange.


Beaucoup de Manhwas ont aussi adapté des œuvres littéraires, faisant de la bande dessinée un genre artistique à part entière. Pourriez-vous nous parler de Feux de Oh Se-young, dont plusieurs nouvelles reprennent les récits d’auteurs passés au Nord ?  


Laurent Nucera. – Feux rassemble treize nouvelles du coréen Oh Se-young, publiées entre 1988 et 1993. Trois d’entre elles sont adaptées d’œuvres littéraires d’auteurs passés en Corée du Nord (Coq de combat  et Cheval de Ahn Whae-Nam, Un Mauvais Investissement de Lee Tae-Jun).

Les récits, imprégnés de quotidiens, abordent des thèmes variés aux tons tantôt humoristiques tantôt mélancoliques, mais c’est une ambiance généralement triste qui s’en dégage. Oh Se-Young y porte un regard assez pessimiste sur la société coréenne de la fin des années 1980, soulignant certaines déviances du système ou spécificités. Il mène également une réflexion approfondie et chargée de gravité sur le poids de l’histoire et de la guerre de Corée pour ses concitoyens et son pays. Chroniques rurales, conte et fable sociaux, critique politique sous forme de drame, histoire de famille : il brosse un tableau sans concession ni aménité et se présente comme un auteur engagé. Engagement largement expliqué et analysé en postface par Han Chang-wan, un professeur en animation et BD, ce qui permet au lecteur d’avoir une meilleure approche de ce recueil.

Il s'agit de récits empruntant au réalisme, voire au réalisme social...

L.N. - Oui, l’utilisation de la narration à la troisième personne, le ton même et les sujets abordés fait de cet album un témoignage intéressant, parfois poignant, mais souvent difficile à saisir et à apprécier pleinement. Par ailleurs, l’auteur dénonçant sans jamais évoquer de solutions ni de réponses aux problèmes soulevés et ciblés, on se sent un peu perdu, désorienté tout en étant interpelé. Les dénouements brusques, voire dérangeants, de certaines histoires accentuent encore cet aspect, comme dans L’Evasion. Le réalisme des récits se retrouve dans celui du graphisme soigné et classique de Oh Se-Young qui souligne particularités physiques et de caractère.

Ces récits révèlent un univers d’une puissance et d’une épaisseur extraordinaires, parvenant à raconter l’histoire de la Corée à travers une poignée de destins pourtant insignifiants. Violentes ou absurdes, poignantes ou cruelles, amusantes ou métaphoriques, ces intrigues, portées par un dessin magnifique, permettent enfin au lecteur français d’approcher le talent de l’auteur. A travers cette douzaine de nouvelles, il retrace, en arrière-plan, l’histoire de la Corée, de l’occupation japonaise à la séparation Nord / Sud. Le but de ces histoires était de donner un point de vue sur ce siècle tourmenté.

Toutes ces courtes histoires se concentrent sur le petit peuple. Ce sentant proche d’eux, l’auteur c’est consacré à l’écriture d’histoire simples sur une classe sociale qui, jusqu’aux années 1980, souffrait encore beaucoup. Il s’agissait de gens modestes, constamment opprimés. Ces récits sont des petites scènes qui racontent leur vie quotidienne. En tant qu’auteur, il c’est senti porté par ça, ayant besoin de mettre le doigt là-dessus. Quelques-unes des histoires sont des adaptations, notamment des adaptations d’auteurs nord-coréens. Ce choix n’est sûrement pas un hasard...

L’auteur ne voulait pas se cantonner à ce qui se passe seulement en Corée du Sud. Son rôle est de parler de tout, la bd lui donne cette liberté alors il l’utilise. Le dessin a en plus la faculté de transmettre des émotions ou des impressions que n’est sans doute pas capable de transmettre l’écriture, qui est beaucoup trop précise. Pour un mode d’emploi de téléphone, il faut 200 pages, alors qu’un simple dessin peut tout expliquer tout seul. De la même manière, le rôle du dessinateur, c’est d’avoir cette capacité de représenter les choses. Pour ce faire, il ne faut surtout pas qu’il y ait de barrière, il faut être ouvert aux influences, ouvert à la nouveauté. Oh Se-Young ne redoute rien de plus que l’interdiction d’aller quelque part, de parler de tel ou tel sujet, comme ça a pu se passer par le passé en Corée du Sud. Le dessinateur doit faire valoir ce rôle de média de la bande dessinée, comme le fait le cinéma.

Feux est un recueil apportant une bonne idée du talent et de l’engagement de son auteur.

 

Quelles sont les principales manifestations autour du Manhwa, en Corée du Sud et à l’étranger ? Et permettent-elles d’identifier des tendances dans l’évolution des manhwas ?

 

LN. – Comme la plupart des pays d’Asie, la Corée du Sud organise de gigantesques manifestations, dénommés conventions, plus pour permettre aux amateurs de ce retrouver que de donner vraiment une tendance de ce qui sera le futur de la bd coréenne.

Pour l’instant on peut dire que deux lignes apparaissent clairement, un Manwha de grande consommation, sur le modèle économique japonais, tout en préservant une thématique typiquement coréenne (comme l’infiltration d’un lycée sud-coréen par un agent secret venu du Nord), et une autre qui me paraît plus intéressante, une bd qui rappelle le travail des maisons d’éditions alternatives occidentales. Avec une approche plus axée sur les problèmes quotidiens des auteurs et aussi de leurs lecteurs.


Les principales conventions sont celles de Séoul, celle de Bucheon et la Dong-a / LG international festival.


Pour ce qui est de l’étranger, je ne sais pas encore, car les autres pays ont la mauvaise tendance à coller mettre l’Asie dans le même sac.

 

Merci, Laurent Nucera.


 

Pour tout contact :


Librairie Apo(k)lyps

120, rue Legendre – 75017 Paris

Tél. 01 42 28 01 50, contact@apoklyps.fr

 

Blog de la librairie Apo(k)lyps : librairieapoklyps.blogspot.com

Site : www.apoklyps.fr/

Blog consacré à la bande dessinée asiatique : http://bededazi.over-blog.com/ 


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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 06:00
La bande dessinée coréenne, le Manhwa, possède des caractéristiques uniques au sein de la BD asiatique. L'AAFC continue sa présentation des Manhwas dans le deuxième volet de son entretien avec Laurent Nucera, responsable de la librairie Apo(k)lyps, et l'un des meilleurs spécialistes du Manhwa en France.


Pour son troisième anniversaire, Apo(k)lyps s’agrandit et va organiser chaque mois des dédicaces et des expositions… Pouvez-vous nous dire quelques mots de ces projets ?

 
Laurent Nucera. – Au bout de trois ans, la librairie arrive à un stade où une nouvelle forme de développement se devait d’apparaître, mais aussi nous avons enfin les moyens de développer les projets que nous avions des le départ. Le fait que cette année je ne sois plus seul en magasin me donne plus de temps pour travailler l’événementiel, j’ai toujours vu la boutique non pas comme un simple commerce mais plutôt un carrefour culturel. Aussi c’est très important pour moi de me servir de la boutique comme d’un endroit d’échange.


L’année dernière la thématique sur le Manwha fut un réel succès, et depuis je regrette vivement de ne pas pouvoir répéter régulièrement ce genre d’événements.


De plus l’agrandissement du magasin permet enfin de faire des dédicaces et des expositions à un rythme régulier, une fois par mois, sauf en décembre et août.  


Une dédicace par mois, une exposition par mois, dans le milieu de l’image, de l'illustration, de la bd…


La première dédicace aura lieu le samedi 13 septembre à 15h30 et sera consacrée à  Couleur de peau : miel de Jung. Jung Henin est un Belge adopté d’origine coréenne. La question de l’adoption des Coréens est une question sociale délicate en Corée du Sud ?

L.N. - En effet, en septembre la dédicace sera celle de Jung, qui viendra signer son roman graphique, Couleur de peau : miel, dont le premier tome est sorti l’an passé et depuis je veux absolument qu’il vienne à la librairie pour signer ce livre superbe et prenant, qui parle à tout le monde. La sortie cet été du second tome permet de rendre possible cette dédicace.


Effectivement la question de l’adoption des Coréens est quelque chose de très sensible en Corée du Sud, mais qui change de visage aujourd’hui.


Au lendemain de la Seconde guerre mondiale et de la guerre civile Nord-Sud, de nombreux enfants se sont retrouvés orphelins, et la Corée est devenue l’un des principaux "fournisseurs" d'adoptés sur le marché mondial, hélas. Dans les années soixante, l’adoption reste parfois la seule solution pour une famille incapable de subvenir aux besoins de ses enfants. Les parents laissaient leurs enfants en espérant leur offrir une chance supplémentaire par l’adoption. Il ne faut oublier que la Corée d’après guerre est un pays victime de la famine et aussi pauvre que des pays d’Afrique. Certains Coréens prennent pitié des adoptés et parfois même disent qu'ils ont honte de leur pays, comme si la Corée avait vendu ses enfants. En fait, les Coréens se font une idée très négative de l'adoption: un enfant adopté est forcément exploité par sa famille adoptive. Aujourd’hui, la Corée est devenue une puissance économique, les choses changent et l’adoption, si elle existe toujours, pour des motifs traditionnels désormais, devient parfois domestique.


Je pense que l’abandon de son enfant est un véritable choc dans la culture coréenne, et la réelle tension nationaliste doit envenimer ces sentiments quand un Coréen se dit que c’est un étranger qui élève un enfant de la patrie. Preuve de l'évolution du regard sur l’adoption, un drama existe toutefois sur ce sujet. Diffusé sur KBS world, le titre de la série s’appelle : 하늘만큼 땅만큼 (Haneul Mankeum Ddang Mankeum) traduit en anglais par High as the Sky, Wide as the Earth. Cette expression est souvent employée pour les Coréens lorsque vous voulez dire combien vous aimez quelqu’un ou quelque chose. Attention, il s’agit dans ce cas précis d’une adoption domestique, c’est-à-dire d’un Coréen adopté par une famille coréenne. Il aurait été intéressant de voir comment les scénaristes de la série "appréhendaient" la "position" des adoptés (nationale dans ce cas de figure) en Corée.

 

Une autre thématique propre aux Manhwas coréens est le regard des Coréens sur la division de leur nation… Ainsi, Le visiteur du Sud de Oh Yeong-jin raconte le séjour au Nord d’un technicien sud-coréen du bâtiment pour installer des canalisations. Comment ce manhwa traite-t-il de la séparation entre Nord et Sud-Coréens ?  

 

LN. – Il y a des bandes dessinées qui se rangent dans la catégorie des bonnes comédies romantiques, c’est le cas du carnet de voyage de Oh Yeong-jin, technicien sud-coréen du bâtiment parti plus d’une année travailler en Corée du Nord. Au fil des rencontres, le regard de Monsieur Oh se fait plus précis sur ces "cousins". Tout en disséquant le système social nord-coréen, il remet en question les clichés que la propagande de son pays natal lui a inculqués. Le lecteur en profite également pour interroger son propre conditionnement mental. "Aucune frontière, aucun douanier ne saura jamais censurer la mémoire et les émotions d'un ouvrier du bâtiment",  commente Étienne Davodeau en préface.

Oh Yeong-jin, pour améliorer son quotidien, et espérer une vie meilleure dans un futur plus ou moins lointain – il a notamment "l’espoir d’avoir un jour une maison à lui"accepte un travail en Corée du Nord. Amateur de bandes dessinées, "c’est le petit bonheur de ma vie. Parfois, je suis désolé que ma femme et mon fils ne puissent profiter de ce bonheur avec moi", il est envoyé pour installer des canalisations.

Sur le chantier, le manque de moyens et l’organisation rigide de la vie quotidienne compliquent le travail. Dans les discussions, les questions politiques émergent parfois, mais rien ne doit remettre en cause l’idéologie d’Etat. Les échanges entre les Coréens du Nord et leur "visiteur du Sud" empruntent des chemins tortueux qui en deviennent comiques. Pourtant, malgré les différences culturelles et sociales entre Nord-Coréens et Sud-Coréens, le séjour de M. Oh laisse entrevoir bien des points communs. Oh Yeong-jin nous offre un récit documentaire et autobiographique plein d'humour, et accompagne ses histoires dessinées de textes qui développent certains aspects historiques, techniques ou pratiques.


Peut-on parler d'un Manhwa documentaire ?

L.N. - Voici en effet un étonnant album, qui tient plus du reportage que de la création littéraire. Avec comme résultat 230 pages d'anecdotes surréalistes sur la vie quotidienne dans le paradis socialiste, le côté "document" du livre est renforcé par la présence de nombreux textes informatifs sur la Corée du Nord. Au total, le récit est très intéressant, mais il faut bien reconnaître que la dimension BD souffre d'un graphisme particulièrement "laid". Que dire du dessin ? Stylisé à l’extrême, service minimum, avec un petit côté peu engageant. Oui, bon, d’accord, passer outre ce premier a priori, et attaquer la lecture. Rapidement, le jeu prend.

Oh Yeong-jin raconte la vie au quotidien, les petits tracas, les décalages de perception, les incompréhensions qui valent largement une frontière physique, entre ces voisins du Nord et lui et ses compatriotes travaillant sur un chantier. Les anecdotes prêtent à sourire, ou font frémir, c’est selon… Tout compte fait, le dessin n’est peut-être pas si mal, en fait, il se fond dans le paysage, il se met au service d’un rythme d’écriture et en fait ressortir les éléments les plus seyants, extraordinaires, anodins, étranges.

L’auteur pose un regard sur cet ailleurs si proche géographiquement et tellement loin réellement qui, au fil du temps qui passe, devient plus réel, plus accessible. Loin de tout rejeter en bloc, il fait montre d’une grande sensibilité, il s’interroge autant qu’il interroge les hommes ; il donne l’impression de juger dans un premier temps avant de prendre du recul et de montrer l'absurde de la situation, en faisant comprendre toujours au lecteur d’intégrer dans son raisonnement les aléas de l’histoire qui ont conduit à ces divergences.


Le livre est séquencé en plusieurs parties, avec une évolution sensible du regard sur la Corée du Nord et de ses habitants. Entre chaque partie, Oh Yeong-jin évoque des moments de l’histoire de manière érudite non sans toujours faire preuve de sensibilité et d’intelligence d’esprit, avec une petite touche d’humour.


Un récit étonnant de fraîcheur et de justesse
, dont le lecteur ne peut ressortir que bouleversé et mieux armé pour comprendre un coin étrange de la planète. Etienne Davodeau le dit si bien dans la préface, "le Visiteur du Sud est une nouvelle preuve des aptitudes de la bande dessinée à appréhender les multiples et complexes réalités du monde, y compris celles qu’un douanier zélé aimerait bien nous cacher." Oh Yeong-jin n’est certes pas un grand styliste, il n’empêche que l’air de rien avec son trait dénué de toute coquetterie mais tout en spontanéité il parvient à instiller une certaine malice à ce témoignage de la vie .

L'auteur entend "dépasser les idéologies pour raconter les hommes..."

L.N. - Oui, d'emblée, à la façon d’un Candide moderne... Une tâche ardue tant l’idéologie irrigue les consciences et façonne les comportements mettant en lumière le gouffre gigantesque qui sépare encore les deux Corées malgré le réchauffement diplomatique opéré à l’orée des années 2000.

L’auteur pour autant ne stigmatise pas l’attitude des Nord-Coréens, il s’en étonne juste, parfois s’en désole et va jusqu’à s’en amuser. On apprendra ainsi pourquoi il est fortement déconseillé de donner un coup de klaxon intempestif à un piéton marchant au milieu de la route ou pourquoi les bières japonaises que l’on trouve dans les bars destinés aux Sud-Coréens sont systématiquement périmées... De ces petites observations naturelles couchées nonchalamment sur le papier, Monsieur Oh en adoptant cette posture de Monsieur-tout-le-monde en dit pourtant bien long sur le climat de suspicion généralisée du pays mais aussi sur l’état désuet des infrastructures et la sous-alimentation chronique des habitants qui n’entame en rien, du moins en apparence, le ciment patriotique de la population et l’aura de l’omniprésent Kim Jong-il. 


Ce livre, publié en Corée du Sud par GCK Books en 2004, a été primé à plusieurs reprises (2004 SICAF Award, Best Planning, 2004 Korean Comic Award, Special Prize) et vient de recevoir en France le Prix Asie-ACBD 2008 pour la traduction française aux éditions Flblb.


Le tome 2 est à paraître en février 2009. (à suivre) 

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 06:00
La bande dessinée coréenne – les Manhwas – reste encore moins connue que son homologue, les Mangas japonais. Les Manhwas ont cependant des caractéristiques uniques, enracinées dans l’histoire et la culture coréennes, qui font de la BD sud-coréenne une des plus dynamiques d’Asie. L’AAFC a rencontré Laurent Nucera, de la librairie Apo(k)lyps, la plus pointue dans les Manhwas, qui avait déjà été présent à la projection en avant-première du film de Fabien Adam Where are you going ?, à l’espace Dune, le 7 mai 2008. Premier volet d'un entretien en trois articles (1/3).

 

Bonjour Laurent Nucera. Votre librairie Apo(k)lyps (120, rue Legendre, dans le 17ème arrondissement de Paris) s’est spécialisée dans la BD asiatique, et notamment les Manhwas coréens. Alors, tout d’abord, pourquoi ce choix des Manhwas coréens ? Et qu’est-ce qui distingue – dans leur esthétique, mais aussi les thématiques abordées - les Manhwas coréens des Mangas japonais ?

 

 

Laurent Nucera. - Le choix des Manhwas vient de diverses raisons, notamment une esthétique et une volonté de participer à la découverte d’une bande dessinée méconnue en France. Le Manga et son impact a tendance à faire disparaître le reste de la BD asiatique, continent plus graphique que le monde occidental, l’image est un vecteur qui a toujours fait partie des médias d’informations.


Cette bande dessinée trouve son origine dans une peinture traditionnelle de l’Extrême-Orient, dans laquelle on retrouve la particularité toute asiatique du travail de la ligne et du vide. A l’origine, les thèmes tournent autour d’un style épique typiquement coréen.  Le Manhwa est un album en format poche ou semi poche d’environ 200 pages, se lisant de gauche à droite de manière assez rapide. On retrouve ici nombre de similitudes avec le Manga japonais, mais deux différences fondamentales, l’une de forme puisque le Manhwa se lit de gauche à droite (comme en France), l’autre de fond car cette BD coréenne aborde de façon plus frontale des thématiques proches de son histoire politique, économique, sociale et culturelle en décrivant par exemple la vie du petit peuple, la pauvreté des paysans contraints à l’exode.


Comme le Manga japonais et le Manhua chinois, le Manhwa est fortement influencé par l'art classique asiatique et plus particulièrement chinois. Les gravures anciennes (xylographie) du 10ème siècle, très perfectionnées, servaient à diffuser les canons bouddhiques dans la population. Dans les fresques coréennes Bomyeongshiudo, un bœuf sert à illustrer un principe bouddhiste. La page y est découpée en cases et l'image contient un texte qu’elle illustre. On est déjà dans l'art séquentiel propre à la bande dessinée.


Le développement du Manhwa s'inscrit aussi dans une tradition littéraire coréenne ?

 

L.N. - Oui, dès la période Chosŏn (1392-1910), l'art coréen s'affirme. Les portraits peints sont paisibles et non dépourvus d'humour. Cette tradition se retrouve dans les illustrations des couvertures des romans populaires, les affiches, et plus tard dans les premières bandes dessinées.


La littérature s'épanouit. Les poèmes narratifs chantés (Kasa), les romans populaires (Chapka), le pansori (récit traditionnel chanté sur scène) mais aussi les spectacles de clown, donnent tous une place importante à la narration et n'hésitent pas à critiquer la société. On retrouve ces caractéristiques (l'importance de la narration, la critique de la société) dans le Manhwa.


Le Manhwa s'est donc développé sous une double influence : la tradition épique et l'art pictural oriental fondé sur la ligne.


Pouvez-nous présenter brièvement l'historique des Manhwas coréens ?


L.N. - C'est en 1909 que le premier Manhwa est publié en Corée, un an avant l’invasion des forces impériales japonaises. La BD coréenne est interdite, puis remplacée par des Mangas de propagande qui incitent les Coréens à faire tout ce qui est susceptible d'aider les colons nippons, par exemple produire du riz. Après la Seconde guerre mondiale, le pays est libéré puis divisé en deux (1948) et soumis à une forte censure. C'est dans les années 1980 qu'arrive la vraie libération Manhwa, la censure s'effondre et les Manhwas commencent à se développer.


Les auteurs de Manwha ont joué un rôle non négligeable dans l’émancipation de la Corée du Sud et la chute de la dictature militaire mise en place par les Occidentaux après 1953. Ironie du sort, le grand modèle à suivre en matière de BD est celui du Manga japonais, et il faudra attendre la fin des années 90 pour voir émerger un véritable courant spécifiquement coréen, engendré par quelques auteurs fondateurs de la fin du siècle. Le nouveau Manhwa se caractérise par son attachement au quotidien, loin des robots géants et des écolières à jupe courte, adoptant un ton intimiste et parfois autobiographique finalement assez proche de la BD indépendante et alternative européenne. La logique de production à la chaîne des mangas est aussi abandonnée au bénéfice d'un travail plus minutieux sur des planches souvent en couleurs, aussi aidé par les réductions des coûts de production.


Quelles sont les caractéristiques de la culture du Manhwa en Corée du Sud ? Est-il caractéristique d'un style de BD asiatique ?


L.N. - Le Manhwa est une BD que l’on ne connaît peu, voire que l’on a ignorée. Bercé par une conception tripartite de la création BD, entre les USA, le Japon et la France, le reste du monde est longtemps apparu aux yeux de beaucoup comme quantité négligeable. Ce fut donc pour beaucoup une surprise que de découvrir une BD, et un marché, non pas équivalent au nôtre, mais bien plus puissant, tant dans sa création multiforme que dans ses ventes, astronomiques. Omniprésente dans la vie quotidienne des Coréens, la bande dessinée revêt des aspects très divers. Par la lecture de strips quotidiens dans la presse ou par l’emprunt de volumes en salles de prêt, les Coréens ont assimilé la bande dessinée comme un medium capable de leur parler aussi bien de leur histoire que de la vie quotidienne avec plus de légèreté.


Si les auteurs contemporains perpétuent les traditions en prenant pour modèle leurs aînés, on assiste également depuis la fin des années 90 à l’émergence d’une nouvelle génération. Certains jeunes auteurs s’émancipent des codes classiques pour proposer une nouvelle bande dessinée plus underground, tant par sa forme que par son propos. La société coréenne, très dynamique, suit les modes avec une extrême rapidité. Il en va de même pour le Manhwa qui produit de nombreux genres, parfois influencé par les Mangas, et qui s'adapte à de nouveaux modes de lecture. Les jeunes auteurs recherchent des innovations radicales tant dans le style des dessins que dans les supports choisis. Le taux de pénétration de l'Internet haut débit, qui est l'un des plus importants du monde, favorise la diffusion des Manhwas. Les sites des manhwabangs proposent l’achat de pages de Manhwas par Internet. Un nouveau marché est en plein développement : les Manhwas de quatre cases, sonorisés, que l'on télécharge et lit sur son écran de téléphone mobile. Toutes les sociétés de téléphone mobile proposent des Manhwas à leurs abonnés, faisant ainsi travailler des dizaines de studios.


L'État même cherche aujourd'hui à diffuser et à faire connaître les Manhwas, encore méconnus et trop souvent assimilés aux Mangas dans le reste de monde. Ceux-ci commencent à être publiés en Europe, aux États-Unis et au Japon. Les mangas japonais sont tournés vers les jeunes. Les traits sont moins marqués, si bien que l’on se croirait souvent devant un film, un synopsis, un scénario. Beaucoup de jeunes Coréens imitent d’ailleurs le style efficace du Japon, le reproduisent. Mais la technique ne suffit pas au dessinateur : il faut construire une oeuvre à part entière, qui doit représenter l’histoire du pays, l’histoire du peuple. Ainsi dans le Manga, on reconnaît le caractère du Japon, son histoire belliqueuse, ses multiples invasions notamment en Corée ou en Chine se retrouvent encore aujourd’hui dans ses personnages combattants par exemple, particulièrement nombreux. A l’inverse, la Corée n’a jamais envahi d’autres pays, et les Manhwas se concentrent donc sur les relations entre les gens, les relations familiales.


De manière générale, le Manhwa se concentre plus sur l’histoire des gens. Je ne crois pas en une bande dessinée asiatique. D’abord parce que Corée, Japon ou Chine ont des productions très différentes. Mais surtout parce qu’à partir du moment où un dessinateur met sa culture en avant, il touche au pouvoir de la bande dessinée : c’est un art unique, qui ne crée aucune différence entre un auteur asiatique et un auteur sud-américain. Un art qui relie tout le monde. (à suivre)

 

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 11:32

Dans le cadre de l'édition 2008 de la Fête de la Musique, l'Association d'amitié franco-coréenne vous invite à découvrir la musique traditionnelle coréenne. L'ensemble de percussions Olsou se produira le samedi 21 juin, de 18h à 20h30, place Edmond Michelet, 75004 Paris. Venez nombreux !

La musique traditionnelle coréenne, commune à l'ensemble de la péninsule, s'est développée dès le VIIème siècle, lors de l'avènement de la dynastie Silla (668-918). Ses instruments sont toujours utilisés aujourd'hui.

Outre des musiques de cour, ou aristocratiques (la musique aristocratique, chongak, signifiant littéralement "musique correcte"), elle comporte également des musiques folkloriques (minsokak), issues d'une tradition paysanne et chamaniste, transmise par voir orale. La pansori, opéra folklorique, narratif, qui peut durer jusqu'à huit heures, est le genre le plus connu de la musique populaire traditionnelle coréenne.


Si près d'une centaine d'instruments traditionnels coréens ont été créés au fil des siècles, quatre d'entre eux figurent dans tous les ensembles musicaux :

 

  • trois instruments à vent, le piri, le taegum et le haegum ;


  • un instrument à percussions, le changgo (également orthographié janggu ou janggo); comme le haegum, il a fait son apparition dans la musique de cour de style hyangak, qui a connu son plus grand essor sous la dynastie Koryo (918-1392), avant de décliner sous la dynastie des Ri (1392-1910).

 

Le changgo, tambour ayant la forme d'un sablier et recouvert de peaux animales, offre une variation de sons et de timbres qui, joués à plusieurs instruments, symbolisent l'harmonie entre l'homme et la femme. Son rythme aux tonalités dansées lui permet d'accompagner d'autres instruments.

 

D'autres instruments à percussions sont le jing (ci-dessous), gong de grande taille, et le kkwaenggwari, petit gong plat. Enfin, le tambour buk, joué avec une main et une baguette, a la forme d'un tonneau.

 


Dans le cadre de la Fête de la Musique, l'AAFC vous invite à découvrir l'ensemble de percussions Olsou, p
lace Edmond Michelet, 75004 Paris (métro Rambuteau), le samedi 21 juin 2008 de 18h à 20h30.

L'association de percussions coréennes Olsou a le soutien de l'Académie des arts traditionnels de Séoul.


Site de l'association Olsou

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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 20:35
Diffusée à la télévision nord-coréenne, une série chinoise sur la guérilla anti-japonaise au cours de la Seconde Guerre mondiale suscite l'engouement des téléspectateurs.

Di-Hou-Wu-Gong-Dui.jpegProduite en 2005 par la Télévision centrale chinoise (CCTV), Di Hou Wu Gong Dui (Guérilla sur les arrières de l'ennemi)  est actuellement diffusée en première partie de soirée par la Télévision centrale (KCTV) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

A Pyongyang, on voit de nombreuses personnes se réunir devant les récepteurs de télévision placés dans les lieux publics, afin de ne rien rater de cette série.

KCTV diffuse souvent des séries et des films étrangers, surtout de Chine et de Russie. 

Pour commémorer le 110ème anniversaire de la naissance de l'ancien Premier ministre chinois Zhou En Lai, KCTV a ainsi diffusé à partir du 5 mars, et pendant trois jours consécutifs, des films chinois.

Les séries télévisées chinoises adaptées d'oeuvres littéraires telles que La Romance des Trois Royaumes, Les Hors-la-loi du Marais ou Le Rêve de la Chambre Rouge sont aussi très populaires en RPDC. (source : Xinhua)




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