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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 19:01

Après la guerre de Corée (1950-1953), les passages du Sud au Nord de la Corée (et du Nord au Sud de la péninsule) sont devenus quasi-impossibles, et n'ont donné lieu qu'à des mouvements de population très limités (dans les deux sens). La sévère pénurie alimentaire qu'a ensuite connue la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) entre 1992 et 1999 a alors conduit, à partir de cette date, des dizaines de milliers de Nord-Coréens à se rendre en Chine avant de rejoindre, pour une partie d'entre eux, la Corée du Sud - où résiderait aujourd'hui une communauté d'environ 30 000 réfugiés nord-coréens, soit environ un millième de la population nord-coréenne. Les réfugiés nord-coréens sont l'objet de nombreux débats : si le regard que les Occidentaux portent sur eux (et par extension, sur la Corée du Nord) est largement conditionné par les récits spectaculaires, en grande partie fantasmés et instrumentalisés par l'extrême-droite, de défecteurs célèbres (comme Shin Dong-hyuk et Park Yeon-mi), une partie des réfugiés nord-coréens regrette pour sa part sa vie au Nord de la péninsule (où certains ont choisi de retourner vivre). Dans ce contexte, il importe de dépassionner la question des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud : c'est tout l'intérêt d'un film comme Madame B, Histoire d'une Nord-Coréenne, qui sortira prochainement en France, d'offrir une approche documentaire, loin des jugements de valeur, pour comprendre la vie peu commune de nombre de ces réfugiés. L'Association d'amitié franco-coréenne a apporté son soutien à la diffusion du film.

Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne sortira en salles le 22 février 2017 : ce long-métrage franco-sud-coréen de Jero Yun a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival international de Moscou et au Festival de Zurich. Caméra au poing, Jero Yun a suivi dans son périple, de la Chine jusqu'en Corée du Sud, dans des conditions particulièrement difficiles, Madame B., Nord-Coréenne ayant quitté clandestinement son pays, mariée à un paysan chinois par ses passeurs, devenue passeuse elle-même.

Madame B. ne prétend pas être une héroïne. Dans le film elle ne porte pas de jugement sur son pays d'origine, ni sur la Corée du Sud où elle vit désormais, ce qui déconcertera assurément les amateurs d'histoires à faire peur sur la Corée du Nord. Ce qui la guide, c'est la volonté d'aider sa famille, son mari et ses enfants (nord-coréens), puis son second mari (chinois), ce qui en soi relève certainement d'une forme de grandeur morale qui mérite d'être saluée - la fin justifiant les moyens. Les motivations très personnelles, profondément apolitiques, de Madame B. reflètent celles d'une immense majorité des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud, qui ont découvert, à leur arrivée à Séoul, une société travaillée au corps par l'anticommunisme, qui prend en Corée du Sud la forme d'une paranoïa à l'égard de la Corée du Nord. Madame B. est d'ailleurs victime de cette paranoïa, elle et les siens ayant subi les sévices des services secrets sud-coréens, qui les soupçonnent d'espionnage pour le Nord. Un soupçon qui ne repose sur aucune preuve concrète, témoignant du caractère encore autoritaire de la Corée du Sud - à mille lieux des images d'Epinal d'une démocratie sud-coréenne pure et parfaite.

Le film est servi par une grande finesse dans les procédés techniques, où les silences des personnages et les clairs-obscurs laissent à comprendre sans jamais asséner de vérité révélée. Les portraits psychologiques, magnifiques, sont ceux de Madame B., mais aussi de ses deux familles, coréenne et chinoise. La caméra donne à voir, de manière pudique, tout comme la voix off qui créent une atmosphère exprimant de manière subtile les doutes et les tensions qui animent des personnages portant, chacun en eux, une part touchante d'humanité. Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne est un film documentaire puissant et beau, qui nous réconcilie avec un genre qui n'a été que trop souvent malmené quand il a abordé les questions nord-coréennes.

Lire la fiche du film et sa présentation sur le site de l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) :

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 17:41

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a engagé de manière ancienne des coopérations dans le domaine du cinéma, que nous rappelons ci-après en présentant les liens anciens, mais aujourd'hui distendus, entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur les sujets cinématographiques. Contactée par la Korfilm, l'AAFC a d'ores et déjà pris de nouveaux contacts, et remis de la documentation à ses interlocuteurs coréens.

En relation avec le Festival International du Film de Pyongyang, l’AAFC encourage les échanges culturels autour du cinéma

L’intérêt que portent les Coréens pour le cinéma français ne date pas d’aujourd’hui puisque l’on connaît dès 1958 le célèbre Moranbong une aventure coréenne, coproduction RDPC-France de Jean-Claude Bonnardot et Armand Gatti. 

En 2010, ce film a fait l’objet d’une ressortie et présentation au festival de Pyongyang  grâce à l’action de Jérémy Segay, membre du comité de sélection de la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes. L’AAFC a ainsi accompagné, efficacement et sans ostentation, divers projets et rencontres sur le thème du cinéma nord-coréen, particulièrement méconnu en France.

Cependant, quelques audacieux ont tenté des aventures…. Comme par exemple le distributeur français Pretty Pictures avec Le journal d’une jeune nord-coréenne sorti en Corée en 2006 (8 millions d’entrées). Présenté au 10e  festival de Pyongyang où était présent le distributeur qui en a acheté les droits, le film a pu être montré au marché du film au Festival de Cannes 2007. Il est ensuite sorti en France en décembre de la même année, marquant pour la première fois la distribution en salles d'un film nord-coréen dans un pays occidental (si l'on excepte Pulgasari, sorti dans les salles japonaises). On peut rectifier sans doute l’affirmation sachant que nombre de films nord-coréens ont été projetés dans les pays de l’Est pour les raisons qu’on imagine.

Sans doute déçu par le faible intérêt commercial, le distributeur, en partenariat avec Wild Side, sort en décembre 2010 un coffret réunissant 4 films sous le titre accrocheur Regards sur le cinéma nord-coréen, dont Le journal d’une jeune nord-coréenne. Il s'agit d'un excellent coffret dont les 4 films de différentes époques sont commentés par Antoine Coppola, spécialiste du cinéma asiatique qui ne laisse pas indifférents les cinéphiles. Cette sortie a interpelé les cinéphiles.
 

Pour le 14e festival international du film de Pyongyang (FIFP), l’AAFC a tenté de mobiliser à la fois des jeunes réalisateurs dans l’entourage du ciné-club du Foyer Rural de Tousson (77), via les réseaux sociaux et des professionnels notamment des distributeurs commerciaux comme associatifs. Hélas, les 4 courts et moyens métrages n’ont pas été retenus.

La présence d’une petite délégation de l’AAFC au 14e FIFP  a permis de conforter les liens existants et surtout du côté français de prolonger un travail relationnel en direction de professionnels du cinéma avec l’expérience des premiers contacts.

Les cinéastes coréens à travers l’agence Korfilm (le CNC coréen en quelque sorte), espèrent, au-delà de simples projections, proposer la distribution de leurs films récents, engager des co-productions, associer des techniciens sur des tournages, rencontrer des professionnels français, organiser des présentations de films nord-coréens récents.

Par le biais de circuits associatifs telle la cinémathèque INTERFILMS, que l'AAFC a invitée, la découverte des films récents serait envisageable mais il est certain que, dans un premier temps, ces échanges seraient menés en dehors de tout aspect commercial pour lever les obstacles.

Le 15e festival international du film de Pyongyang aura lieu du 16 au 24 septembre 2016.  L’AAFC a été contactée un peu tardivement pour encourager des distributeurs français à présenter des longs métrages récents ou obtenir les retours de contacts professionnels.

Les responsables de la Korfilm, en cinéphiles avertis, avaient retenu une liste de films français pour leur sélection. Tous les contacts (Unifrance, distributeurs…)  ne leur ont pas répondu, ce qui est assez regrettable sachant que la plupart des pays européens envoient des films pour la compétition ou les autres sections, ainsi que d’autres pays dans le monde - Australie, Inde, Mexique, Asie, ... - accompagnés de délégations officielles. Cette situation est doublement regrettable lorsque l'on sait que les Coréens portent une grande estime pour le cinéma hexagonal.

Lorsque l'AAFC a été contactée, il était bien trop tard pour engager des contacts avec le Festival de Cannes ou bien le Marché du film. A l'intention de la Korfilm, une abondante documentation (presse professionnelle, etc.) a toutefois été collectée par l'AAFC et remise à M. Kim Jong-chol, secrétaire à la délégation générale de la RPD de Corée en France, au retour du festival de Pierrot Beltante, suscitant un vif intérêt de M. Kim. L’idée était de sensibiliser nos interlocuteurs sur le niveau international et commercial du Festival et du Marché, de rappeler les questions techniques de projections, notamment, et les diverses sections du festival. Une section comme « Cannes Classics » pourrait très bien accueillir un film ancien.

L’autre festival majeur de référence en France est le festival du film asiatique de Vesoul où une ouverture semble possible. Un premier échange avec ce festival ouvrirait sans doute des portes…

L’AAFC est fortement sollicitée par la Korfilm pour développer une coopération avec les professionnels du cinéma français, jouant l’artisan des mises en relations possibles et développant un secteur d’activité moins présent par le passé. Cependant des rencontres animées par les diplomates coréens de la rue Asseline avec différents professionnels, voire des personnalités des festivals, enrichiraient les connaissances mutuelles et aideraient à ces échanges sur le thème du cinéma. La coopération en matière de cinéma est décidément riche de promesses pour les activités de l'AAFC.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 15:34

Vingt-et-un films sont en compétition pour la Palme d'or à l'édition 2016 du Festival de Cannes : parmi eux, un long métrage sud-coréen, Mademoiselle (titre anglais Handmaiden, en coréen 아가씨) de Park Chan-wook, adapté du roman Du bout des doigts (Fingersmith) de la Galloise Sarah Waters - une histoire de crime à l'époque victorienne -  nous replonge dans la Corée sous occupation japonaise des années 1930.

"Mademoiselle", de Park Chan-wook

"Mademoiselle", de Park Chan-wook

C'est la troisième fois qu'un film de Park Chan-wook est sélectionné au Festival de Cannes : le réalisateur de Old Boy (Grand Prix à Cannes à 2004) et Thist, ceci est mon sang (prix du jury en 2009) a choisi cette fois, selon l'expression de Caroline Vié, de nous narrer un "conte sadique autour d’amours lesbiennes, de littérature coquine, d’arnaque et d’érotisme chaud comme un plat de kimchi" - à partir de l'histoire d'une jeune servante (jouée par Kim Tae-ri) embauchée par une riche héritière japonaise (Kim Min-hee), elle-même piégée par deux escrocs.

En abordant des thématiques féministes et en faisant le portrait d'une société de classes, resitué dans le contexte de la colonisation japonaise de la Corée, Park Chan-wook. explore des voies nouvelles. Né en 1963, le réalisateur dit avoir été marqué, pendant sa jeunesse, par les combats conduits par les étudiants pour la démocratisation de la Corée du Sud, auxquels il n'a pas lui-même participé, ce dont il a gardé un sentiment de culpabilité qu'il exprime dans ses films : 

 

Bon nombre de mes amis ont été emmenés par les autorités et beaucoup ont été torturés (...) Je les ai vus combattre activement la dictature, et ils en ont subi les conséquences. Je n'ai pas joué de rôle actif et je me sentais coupable (...) Ce sentiment de culpabilité, je l'ai mis dans mes films.

Deux autres films coréens sont à l'affiche à Cannes : le film d'horreur à bord du KTX (le train à grande vitesse sud-coréen, dont la technologie provient du TGV) Train to Busan de Yeon Sang-ho, projeté hors compétition avec ses zombies, et le film policier et fantastique The Wailing, de Na Hong-jin, qui figure dans la sélection "Un certain regard".

"Train to Busan", de Yeon Sang-ho

"Train to Busan", de Yeon Sang-ho

Sources :

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:56

Lors de la cérémonie qui s'est tenue le 21 avril 2016, la série télévisée nord-coréenne Le mur pare-balles (en anglais Bulletproof Wall) d'Um Chang-gol, saluée par la critique internationale comme l'une des meilleures jamais réalisée au Nord de la péninsule, a été récompensée par l'obtention d'un prix spécial lors du 18e Festival international du film policier de Moscou (DetectiveFEST). Selon l'agence nord-coréenne KCNA, les participants de plusieurs pays - outre la Russie (organisatrice), l'Autriche et le Kazakhstan - ont fait part de leur intention de diffuser la série sur leurs chaînes nationales de télévision.

"Le mur pare-balles" d'Um Chang-gol récompensé au Festival international du film policier de Moscou

Le mur pare-balles prend place dans la Corée à la fin de l'occupation japonaise et dans la période suivant immédiatement la libération le 15 août 1945, en décrivant avec force réalisme la vie d'un groupe de patriotes agissant dans la clandestinité. Relevant à la fois du film historique et du thriller, cette série télévisée récente - elle est datée de 2000 dans l'ouvrage de référence du cinéma nord-coréen de Ri Ok-gyong (et al.) publiée par la société nord-coréenne Korfilm - met à l'écran Heon Sung-joon. Elle se signale par son rythme haletant, ses scènes d'action spectaculaires et le recours aux effets spéciaux numériques, à partir d'une thématique classique de la création cinématographique de la République populaire démocratique de Corée : la lutte de libération nationale, dans lesquelles s'est illustré le groupe de guérilleros menés par Kim Il-sung, fondateur du pays. 

La série a obtenu un prix spécial dans le cadre de la 18e édition du prestigieux Festival international du film policier de Moscou qui a ouvert ses portes le 20 avril 2016, et proposé plus de 400 films originaires de 57 pays (dont la France).  

Episodes 1 et 2 de "Bulletproof Wall"

Sources :

Ri Ok-gyong, Hong Chan-su, Ri Un-gyong et al.Korean film : Feature Film, TV Drama, Documentary, Science Film, Children's Film / 조선 영화 : 예술, 텔레비죤극, 기록, 과학, 아동 (en anglais et en coréen). Traduction de Ro Yong-chol, Jang Hyang-gi et Yang Sung-mi, Korea Film Export & Import Corporation, Pyongyang, RPD de Corée. OCLC 857899124.

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 16:54

Samedi 28 février 2015, plusieurs membres de l’Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) étaient présents au Foyer rural de Tousson (Seine-et-Marne) pour une réunion autour du voyage effectué lors du 14e Festival international du film de Pyongyang (PIFF), du 17 au 24 septembre 2014. Ce festival, reconnu et apprécié, permet à différents réalisateurs de concourir, qu’ils soient connus ou non. Des membres de l'AAFC avaient déjà été accueillis à plusieurs reprises au Foyer rural de Tousson dans le cadre de manifestations culturelles dédiées à la Corée.

En attendant le début de la réunion, projection du concert donné par l'orchestre Unhasu à Paris, en mars 2012

En attendant le début de la réunion, projection du concert donné par l'orchestre Unhasu à Paris, en mars 2012

Deux membres de la délégation française au 14e Festival international du film de Pyongyang, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, et Pierre Beltante, animateur du Foyer rural de Tousson, ont relaté ce séjour de l’AAFC. Autour de photos prises pendant le Festival, les participants ont pu constater que des diplomates étrangers étaient présents pour soutenir leurs « pousses ». Le Festival international du film de Pyongyang réunissait, en effet, des participants de 54 pays. À titre d’exemple, l’ambassadeur du Brésil en RPDC était présent pour soutenir Mauricio Osaki, que les membres de la délégation de l’AAFC ont longuement pu croiser lors de leur séjour. Le Festival international du film de Pyongyang est un évènement international, pas une rencontre isolée. Après la description du séjour par les reportages photos et une vidéo, les participants à la réunion organisée au foyer rural de Tousson ont assisté à la projection du court-métrage de Mauricio Osaki, My Father's Truck, qui narre le récit d'un camionneur vietnamien et de sa fille.

Les participants ont pu ainsi connaître un aspect méconnu de la RPDC. Le Festival international du film de Pyongyang est loin d’être un évènement convenu et de façade. Au contraire, c’est une véritable rencontre internationale qui permet aussi bien aux petits qu’aux grands réalisateurs de se faire connaître et de concourir. Une rencontre qui est loin d’être un évènement mondain ou pompeux. Ce n’est pas non plus un rassemblement à prétention idéologique ou militante, mais un véritable festival où les films récompensés le sont pour des raisons cinématographiques.

Après la projection de l’émouvant court-métrage brésilien, un (copieux) dîner coréen devait conclure cette réunion. Merci au Foyer rural pour son accueil toujours chaleureux ! Merci à Pierre Beltante pour sa convivialité et sa bonne humeur ! Merci, enfin, à tous nos amis toussonais pour l’intérêt qu’ils accordent aux activités de l’AAFC.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 23:30

Trois jours de cinéma coréen à Barjac, dans le Gard, à l'occasion des 11èmes rencontres hivernales les 25, 26 et 27 janvier 2013 : un évènement rare à souligner, dont le mérite revient à la commission culturelle de la municipalité dirigée par Edouard Chaulet. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) revient sur cette manifestation, qu'elle avait annoncée dans son édition du 18 janvier 2013, et à laquelle a participé son vice-président Robert Charvin, dans le compte rendu ci-dessous qu'il nous a fait parvenir.

  

visuel_culture-et-loisirs.jpg

 

Sept films dont un de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), avec un débat animé par Jean-Michel Bovy, conseiller municipal, Tiyan Wong et Robert Charvin, au nom de l'Association d’amitié franco-coréenne. Ont été projetés La servante de Kim Ki-young, Bonbon à la menthe de Lee Chang-dong, puis un bijou, finement ciselé, Jiburo de Lee Jung-hyang, qui mériterait une large audience, particulièrement dans la jeunesse : un petit citadin passe ses vacances chez sa grand-mère, paysanne pauvre, qui réussit à « re-civiliser » ce garçon de Séoul, intoxiqué de coca et de jeux vidéos. Au fil des images, avec une économie de moyen absolue, l’enfant standardisé redevient coréen.

 

 Les organisateurs ont aussi choisi La jeune bouquetière de Pak Hak et Choe Ik-kyu, film venu de Pyongyang et réalisé en 1972. Depuis, le temps s’est écoulé et le cinéma nord coréen a évolué durant les années 2000. On assiste à quelques scènes de l’oppression japonaise sur la Corée qui a duré un demi-siècle et que l’Occident ignore. On y pleure beaucoup : mais, peut être, les peuples qui savent encore pleurer ont de l’avenir !

 

L’ivresse de l’argent de Im Sang-soo, dénonce avec efficacité la corruption régnant en Corée du Sud et la difficulté qu’a tout subordonné à échapper à l’emprise de ces nouveaux riches qui bénéficient de la complicité des pouvoirs publics, des Américains et mettent la  Corée du Sud en coupe réglée.

 

Les deux chefs-d’œuvre où s’affirme la culture coréenne riche et délicate, sont Printemps, été, automne, hiver.. et printemps de Kim Ki-duk et Ivre de femmes et de peinture de Im Kwon-taek. Ces deux films offrent une photographie exceptionnelle, de multiples scènes où s’expriment les valeurs du confucianisme, mêlées à des interrogations très contemporaines. Dans une pagode au bord d’un lac, un bonze et son disciple traversent les étapes de la vie et des saisons, avec leurs succès et leurs échecs. Sisyphe est ici coréen : il faut « monter », avec effort, toujours plus haut.

 

Ivre de femmes et de peinture fait le récit d’un peintre coréen célèbre, Oh-won, du XIX° siècle, mais soulève aussi les problèmes de la création, de l’engagement de l’artiste mêlé à l’Histoire, qu’il le veuille ou non. Ces deux grands films sont révélateurs d’une civilisation que l’Occident néglige par inculture et suffisance. Ils réconcilient avec un cinéma qui n’a plus rien à voir avec les stocks d’images commerciales dont nous sommes abreuvés ! Ils démontrent qu’on peut parler d’aujourd’hui sans se détacher de l’Histoire, qu’il y a une étonnante modernité dans le passé, et que le monde bouge plus qu’il ne change. 

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 23:03

Pour la première fois, un film sud-coréen a reçu l'une des quatre principales récompenses au Festival du film Sundance : "Jiseul", de O Muel, a reçu le Grand prix du jury. Le long métrage revient sur l'une des pages les plus sombres de l'histoire de la Corée : le massacre de dizaines de milliers d'habitants de l'île de Jeju, en 1948, marquant l'établissement du régime autoritaire de Syngman Rhee. O Muel a souhaité dédier sa récompense aux victimes du massacre de Jeju.

 

Film Jiseul O-Muel Jeju Corée massacre

 

"Ce qui m'a poussé à faire ce film, ce sont les âmes des habitants de Jeju qui ont été massacrés (...) et je pense aussi que leurs âmes nous ont aidés pendant le tournage. Je souhaiterais partager le prix avec eux" : ces paroles, sobres mais dignes, sont celles qu'a prononcées O Muel lorsqu'il a appris que son film "Jiseul" avait reçu le Grand prix du jury au 29ème édition du Festival Sundance. La cérémonie a eu lieu le 26 janvier 2013 à Park City, dans l'Utah, aux Etats-Unis. Après le soulèvement du 3 avril 1948, ce sont 14.000 à 60.000 habitants de l'île sud-coréenne qui ont été massacrés, après le soulèvement contre le régime autoritaire de Syngman Rhee, soutenu par les forces d'occupation américaine.

 

Film à petit budget (250 millions de won, soit 231.500 dollars) aux images puissantes, tourné en noir et blanc dans un format conforme aux traditions ancestrales du peuple coréen, "Jiseul" est basée sur l'histoire vraie des habitants de l'île qui se sont cachés dans les cavernes de Seogwipo, après que les autorités d'occupation américaines eurent désigné tous les habitants dans un rayon de 5 km depuis les côtes comme des "émeutiers" et donné l'ordre qu'ils soient exécutés. Le mot "Jiseul" désigne, dans le dialecte de Jeju, la pomme de terre et le symbole de l'espoir de survie des insulaires.

 

Lui-même originaire de Jeju, O Muel a souligné la puissance du symbole que le film soit récompensé aux Etats-Unis, devant un public qui était ému aux larmes : "Le 3 avril doit être considéré dans l'histoire du monde comme un massacre de civils de l'époque de la guerre froide dans lequel l'administration militaire américaine était complice (...) Il est significatif qu'une histoire comme celle-ci soit montrée aux Etats-Unis et reconnue par les artistes là-bas".

 

En espérant que le film soit bientôt disponible en France, l'Association d'amitié franco-coréenne rappelle que sa projection en avant-première aura lieu le 1er mars à Jeju, avant une diffusion en salle en Corée du Sud à partir du 21 mars.

 

Source : Hankyoreh (dont photo).

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 21:46

Les 25, 26 et 27 janvier 2013, la ville de Barjac, dans le Gard, consacrera ses 11èmes rencontres hivernales au cinéma coréen - au cinéma de toute la Corée. En effet, outre des chefs-d'oeuvre récents du cinéma sud-coréen, il sera proposé un classique du cinéma nord-coréen, La Jeune bouquetière, de Pak Hak et Choe Ik-kyu. Ces séances, accompagnées de dégustations coréennes, montreront ainsi les traits communs à la psychologie et à l'histoire de l'ensemble de la péninsule coréenne et que retrace le cinéma du pays du Matin calme - marqué par une exacerbation des sentiments et la puissance des drames qui se nouent dans le huis-clos que constitue la scène du spectacle. Il est prévu, samedi 26 janvier, la participation aux projections et aux débats de Robert Charvin, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne. Nous reproduisons ci-après le programme de la manifestation.

 

visuel_culture-et-loisirs.jpg

 

Week-end du 25, 26 et 27 janvier 2013 : 11èmes rencontres hivernales, "le cinéma coréen"

(séances à 3 euros, films en version origonale sous-titré français sauf Jiburo)

Vendredi 25 janvier

18h15 : La Servante, de Kim Ki-young (1h51)

Soupe coréenne (préparée par Tyang) possible entre les deux séances (5 euros), sur réservation au 04.66.24.50.09 et à l'adresse mél bibliotheque-barjac@orange.fr)

21h15 : Bonbons à la menthe, de Lee Chang-dong (2h09)

Samedi 26 janvier

14h00 : Jiburo, de Lee Jung-hyang (film jeunesse, version française, 1h25)

16h30 : La Jeune bouquetière, de Pak Hak et Choe Ik-kyu (1h50)

19h repas coréen (15 euros, tout compris), réservations au 04.66.24.50.09 et à l'adresse mél bibliotheque-barjac@orange.fr avant le 23 janvier

21h15 : L'Ivresse de l'argent, de Im Sang-soo (1h55, en sortie nationale)

Dimanche 27 janvier

15h00 : Printemps, été, automne, hiver... et printemps, de Kim Ki-duk (1h43)

17h30 : Ivre de femmes et de peinture, de Im Kwon-taek (1h57)

 

Source : site Internet de la ville de Barjac

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 23:10

Lors de la 69ème Mostra de Venise, pour la première fois un réalisateur sud-coréen a obtenu le Lion d'or du meilleur long-métrage. Récompensé pour son film Pieta, Kim Ki-duk a dénoncé l'argent comme seul moteur social. Une consécration pour le cinéaste qui a dû lutter pour devenir l'un des plus grands cinéastes contemporains, observateur impartial des sociétés capitalistes.

 

kim ki duk mostra venise

 

L'image est peu banale et n'a pas échappé à Michèle Levieux du quotidien L'Humanité : lorsqu'il a reçu le Lion d'or à la Mostra de Venise pour son film Pieta, le Coréen Kim Ki-duk a levé le poing, avant d'entonner le traditionnel chant coréen Arirang, a capella et d'une voix de baryton, accompagné sur scène de la principale interprète du film, Cho Min-soo. Le public a longuement applaudi Kim Ki-duk et Cho Min-soo. Or Arirang est aussi le titre du film qu'il a réalisé sur sa propre situation, difficile, dans un film qui a obtenu le prix "Un certain regard" au festival de Cannes en 2011.

 

Né dans un village de montagne de la province de Gyeongsang en 1960, venu en 1969 à Séoul, Kim Ki-duk a dû arrêter ses études au lycée agricole alors qu'il n'avait que 17 ans, avant de devoir travailler comme ouvrier. Largement autodidacte, il a réalisé en 1996 son premier film, Crocodile, en s'inspirant largement de sa propre expérience.

 

Agé de 51 ans, Kim Ki-duk est le premier réalisateur coréen à obtenir le Lion d'or. Auparavant, il avait déjà été récompensé du Lion d'argent du meilleur réalisateur pour Bin-jip.

 

Tirant son nom de la sculpture de Michel-Ange, Pieta est le récit de la tentative de rédemption d'un petit malfrat (Kang-do), qui travaille comme recouvreur de dettes, jusqu'à sa rencontre avec une femme qui se présente comme sa mère. Les portraits psychologiques sont âpres, dans la description d'une société gangrénée par l'argent.

 

Lors de la présentation du film dans le cadre du festival, Kim Ki-duk avait été très clair sur le message porté par le film : « les gens de notre époque sont obsédés par l'illusion que l'argent peut tout résoudre ». Un des protagonistes du film déclare de même : « L'argent est le début et la fin de toute chose ». Ces déclarations ont parfois étonné le public occidental, mais le rôle de l'artiste, comme porteur d'un message social et devant montrer la voie à suivre, est profondément ancré dans la culture coréenne, empreinte de confucianisme. 

 

Sources :

- Michèle Levieux, "Poing levé et chant grave de Kim Ki-duk, lion d'or", in L'Humanité, 12 septembre 2012 ;

- « Pieta » du Sud-Coréen Kim Ki-duk, Lion d'or à Venise, sur la site Internet du quotidien Le Soir (avec AFP) ;

- Photo 7 sur 7.

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 23:03

crossing_the_line_daniel_gordon_affiche.jpgIl y a cinquante ans, le 15 août 1962, un soldat américain en Corée du Sud, James Dresnok, faisait défection en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). James Dresnok n'est ni le premier, ni l'unique défecteur américain en Corée du Nord - mais les autres GIs ayant choisi de franchir le 38ème parallèle (Larry Abshier, Jerry Parrish, Roy Chung et Joseph White) sont aujourd'hui décédés et le dernier, Charles Jenkins, est retourné en Occident. Dans son troisième long métrage documentaire consacré à la RPD de Corée (après Le match de leur vie et Les demoiselles de Pyongyang), réalisé en 2006 avec Nicholas Bonner (qui dirige l'agence de tourisme Koryo Tours, spécialisée dans les voyages en Corée du Nord), le réalisateur britannique Daniel Gordon a décrit le destin peu commun de James Dresnok : né d'une rencontre en juin 2004, Crossing the line est le récit touchant et captivant d'un Américain devenu nord-coréen. 

 

Né dans une famille séparée de Richmond en 1941, élevé par son père, James Joseph Dresnok a connu une enfance difficile. Puis il a choisi de s'engager dans l'armée américaine, le lendemain de son dix-septième anniversaire. Dans Crossing the line, il a également décrit les frustrations de sa première affectation en Allemagne, où suite à une faute mineure il a été soumis à une punition extrêmement sévère. Pour la première fois, il aurait alors envisagé d'aller vivre dans "un pays communiste" - mais comme il l'a déclaré lors d'un entretien en 2008 avec Mark Seddon, du Guardian, la République démocratique allemande (RDA) se contentait d'interroger les défecteurs, avant de les renvoyer dans leur pays d'origine.

 

A son retour d'Allemagne en 1960, il découvre que son épouse l'a quitté pour un autre homme. Alors affecté en Corée, il affirme que plus rien ne le retenait pour vivre aux Etats-Unis. Ayant rencontré une femme coréenne et imité la signature de son supérieur, il encourt le risque d'être soumis au procès d'une cour martiale : il fait alors le choix de faire défection en Corée du Nord, pour une nouvelle vie, en franchissant un champ de mines. Près d'un demi-siècle plus tard, il nous dit ne rien regretter.

 

Initialement, avec d'autres Américains ayant également déserté au Nord du 38ème parallèle en franchissant la DMZ, James Dresnok n'envisageait pas de rester. Leurs conditions initiales de vie en Corée du Nord ne sont pas faciles. Comme l'a observé James Dresnok, dans un pays dévasté une décennie plus tôt par les bombardements américains de la guerre de Corée, l'anti-américanisme est un sentiment spontané : à Mark Seddon, il a déclaré "Les gens ici, vous voyez, apprennent à détester l'impérialisme américain. Tous ces bombardements ! Combien de gens ont-ils massacré ? Ils ont tué les Coréens comme des sauvages. Bien sûr les gens vont détester les Américains". 

 

 

 

Les ouvrages du Président Kim Il-sung leur sont donnés. James Dresnok déclare que "l'homme est le maître de son destin" (un des principes fondamentaux des idées du Juche, le socialisme de la RPD de Corée), et déclare que "petit à petit il a commencé à comprendre le peuple coréen". Ayant acquis la nationalité nord-coréenne, ils deviennent professeurs d'anglais, et surtout des célébrités du cinéma de la RPDC, reconnus dans la rue, lorsqu'ils commencent de jouer - à partir de 1978 - les rôles des Américains dans les films nord-coréens. James Dresnok était effrayé par la tâche, mais il a déclaré : "le camarade Kim Jong-il était alors dans l'industrie cinématographique (...) Il nous appris comment jouer dans un film".

 

S'étant marié une première fois à une Roumaine, Doina Bumbea, décédée d'un cancer des poumons, James Dresnok s'est remarié avec la fille d'un diplomate togolais et d'une Nord-Coréenne, dont il a eu un fils en 2001. De son premier mariage en Corée, James Dresnok a eu deux fils, dont l'aîné apparaît dans Crossing the line : étudiant en anglais dans la prestigieuse Université des langues étrangères de Pyongyang, il espère devenir diplomate, pour changer l'image de son pays. James Dresnok attache de l'importance à l'éducation de ses enfants, pour qu'ils ne soient pas, comme lui, "illettrés".

 

Fatigué par les demandes d'entretien des journalistes occidentaux, James Dresnok est maintenant un homme âgé, affaibli par la consommation d'alcool et de tabac. Il est reconnaissant au gouvernement de la RPD de Corée de prendre soin de lui, et il ne peut pas cacher son émotion sur le traitement préférentiel qu'il a reçu pendant les années de pénurie alimentaire de la dure marche. Tout en observant que sa vie est en Corée du Nord, il rêve de pouvoir, un jour, visiter à nouveau les Etats-Unis.

 

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Sources :

- Mark Seddon, "The Dear Leader Takes Car of Me", article d'après un entretien avec James Dresnok, publié dans The Guardian, 9 septembre 2008 (dont photo) ;

- Penny Sillers, "Last US Defector in North Korea", article publié le 23 janvier 2007 sur BBC News ;

- fiche technique sur l'Internet movie database (IMDB) ;

- présentation du film sur le site de l'agence Koryo Tours ;

- vidéo : Youtube.

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