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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 21:52

Après l'annonce par Pyongyang de la suspension de ses essais nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a donné son point de vue sur la chaîne RT France, le samedi 21 avril 2018, au journal télévisé de 12h, en répondant aux questions de la présentatrice pendant plus de six minutes. 

La fin des essais nucléaires et des tirs de missiles, concrètement cela veut dire quoi ?

Concrètement cet arrêt intervient à une semaine de la rencontre prévue entre les deux dirigeants du Sud et du Nord. Il est probable que Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA et actuel secrétaire d'Etat, lors de son récent voyage à Pyongyang, a demandé un geste de bonne volonté explicite, et cette demande a donc été exaucée. Du côté de la RPDC il s’agit d’une décision approuvée par le Comité central du Parti, dans le cadre d'un processus collectif. Ce geste montre que la préparation de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un avance bien.

Il ne s’agit pas d’un bluff ?

Non, les Nord-Coréens depuis leurs décisions de janvier sont dans une séquence diplomatique. Il ne s’agit certes que de la suspension de leur programme, une suspension mais pas forcément un arrêt définitif. C’est cependant un premier geste qui s’inscrit dans une séquence diplomatique qui est le fait des deux parties de la Corée, comme on l’a vu au moment des Jeux olympiques, avec ces images des athlètes défilant ensemble, et qui reprend en main son destin. Sur une question aussi sensible pour la Corée du Nord, qui considère l’arme nucléaire comme son assurance vie, il y a une volonté d’aller de l’avant.

On parlait jusqu’à présent d’apaisement mais est-ce qu’on se dirige vers une vraie réconciliation ?

Le président Moon-Jae-in en a parlé lors d'une conférence de presse il y a deux jours, donc peu avant la rencontre avec Kim Jong-un. Chaque partie doit faire des efforts et pour le moment c’est le Nord qui en fait. On doit donc espérer des gestes de l’autre partie dans la levée des sanctions et l’établissement de relations diplomatiques avec Washington.

Washington, Séoul, l’Union européenne ont réagi à cette annonce du Nord, mais quelles sont les conséquences pour la péninsule coréenne ?

Le plus important est de revenir à la paix et de permettre la prospérité. La Corée du Nord est soumise à un régime de sanctions draconien sans équivalent au monde. L’UNICEF a déclaré en janvier que 60 000 enfants allaient mourir si les sanctions n’étaient pas levées. Lors de la récente réunion du Comité central du Parti, Kim Jong-un a ainsi mis l’accent sur l’économie.

La Corée du Nord veut donc sortir de son isolement et revenir sur la scène internationale ?

C’est clair et cette volonté s’est déjà manifestée avec la rencontre du leader coréen avec Xi Jinping. Le Nord considère que, ayant atteint ses objectifs de défense qui lui permettent de discuter d’égal à égal avec les Etats-Unis, il n’y a pas de raison de conserver un armement nucléaire si sa sécurité est assurée. Mais la dénucléarisation est un processus long qui nécessitera des étapes, la suspension en étant une. Il y a la question des garanties de sécurité, d’où l’idée d’un traité de paix qui remplacerait enfin l’accord d’armistice de 1953. Enfin, pour la première fois va se dérouler un sommet intercoréen qui va précéder un sommet Etats-Unis et Corée du Nord. Ainsi, les diplomaties sont coordonnées, ce qui n’était pas le cas dans les années 2000 où la diplomatie du Sud ne coïncidait pas toujours avec la diplomatie américaine. On peut espérer un régime de paix permanent et de prospérité.

Vous avez quand même le Japon qui émet beaucoup de réserves. Pourquoi cette méfiance ?

Il y a un très vieil antagonisme entre le Japon et la Corée qui remonte à la colonisation japonaise de 1910 à 1945 et l’enrôlement des Coréens de force dans l’armée impériale japonaise et les Coréennes devenues des esclaves sexuelles. Dans ce contexte le Japon a toujours joué le rôle de « Monsieur plus ». Le Japon ne veut pas être l’oublié et l’abandonné de ces négociations, d'autant qu'il sait qu’en cas de conflit, après les Etats-Unis, la cible nord-coréenne serait le Japon. Ce n’est donc pas très surprenant que le Japon soit dans une situation de surenchère. On verra par la suite si le Japon propose aussi un sommet avec le dirigeant nord-coréen, ce qui a déjà eu lieu avec Junichiro Koizumi dans les années 2000.

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 21:19

Le 15 avril 2018, pratiquement 4 ans jour pour jour après le dramatique naufrage du ferry Sewol le 16 avril 2014 qui a coûté la vie à plus de 300 des 476 passagers (majoritairement des lycéens en voyage scolaire), les Coréens de France réunis dans le collectif 416 Global network_Paris (en français : collectif global de Paris pour le 16 avril), et soutenus par les bouddhistes coréens de Paris ou encore le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, ont réussi une manifestation émouvante place de la République, à Paris, où les témoignages et les prises de parole ont alterné avec des morceaux musicaux et des poèmes. Leurs mots d'ordre ? Ne pas oublier, en exigeant toute la vérité sur les causes du naufrage et le désastre des opérations de sauvetage. Commémorer, en honorant la mémoire des victimes. Parler et agir, pour créer une société qui se soucie du bien-être de ses membres et ne sacrifie pas la sécurité au profit, pour que de tels drames ne se reproduisent plus. 

Naufrage du Sewol : le 15 avril 2018, les manifestants à Paris ont dénoncé "un crime d'Etat"

"Lutter contre le temps, lutter contre les tentatives du gouvernement pour cacher la vérité, contre des médias sous influence du gouvernement" : comme l'ont proclamé les tracts multilingues qui étaient diffusés, la colère le disputait à l'émotion - mais celle-ci restait intacte, quatre ans après le drame, témoignant que l'immense élan de solidarité qui avait emporté le peuple coréen reste encore présent dans les esprits et les coeurs. 

L'exigence de vérité est aujourd'hui fondamentale, alors que les commissions spéciales qui se sont mises en place depuis 2015 n'ont ni permis de changer fondamentalement la législation et la réglementation, ni conduit à faire éclater la vérité - toute la vérité. Quels intérêts liaient les conservateurs alors au pouvoir et le propriétaire réel du navire, Yoo Byung-eun, artiste douteux et escroc notoire, devenu le trop facile bouc émissaire du désastre ? Cette question fondamentale doit permettre de comprendre comment le naufrage a été aussi mal géré... Des enfants, répondant aux ordres d'attendre les secours, ont en réalité attendu la mort dans le navire, laissant avec leurs téléphones de derniers messages d'adieux déchirants à leurs familles, à leurs amis, à leurs proches.

Président de l'Association d'amitié franco-coréenne, qui avait envoyé un message de condoléances après la catastrophe, Benoît Quennedey a souligné la nécessité de la solidarité internationale, alors que cette tragédie a révélé les défaillances d'une société où des vies ont été sacrifiées sur l'autel du profit, ainsi que les lacunes de la démocratie sud-coréenne : limites du travail d'enquête parlementaire, inaction des moyens de secours dont disposaient les forces militaires, opacité sur les liens entre Yoo Byung-eun et le monde du renseignement, manipulation de l'information par les autorités faisant croire que tout était mis en oeuvre pour sauver des vies et répression des militants pour la vérité...

Le combat et la solidarité doivent se poursuivre, jusqu'à la victoire !

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 22:21

Le 10 avril 2018, le site en ligne du mensuel L'Incorrect a publié un entretien avec Benoît Quennedey : président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), auteur de La Corée du Nord, cette inconnue (Delga, 2018), il a répondu aux questions de Jérôme Besnard, dans un article intitulé "Le mystère de la Corée du Nord", que nous reproduisons ci-après - et qui revient sur des questions récurrentes, notamment en qui concerne l'idéologie directrice de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ou les évolutions diplomatiques récentes.

L'AAFC dans "L'Incorrect", pour lever le voile de mystère sur la Corée du Nord

Comment jugez-vous l’évolution de la situation géopolitique dans la péninsule coréenne ces dernières semaines et ces derniers mois ?

Le 7 septembre 2017, dans l’émission « On n’est pas forcément d’accord » sur RTL, Eric Zemmour disait que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait fait la meilleure analyse de la situation internationale depuis 10 ans : l’acquisition d’une force de dissuasion nucléaire lui a permis de ne pas connaître le sort des dirigeants irakien Saddam Hussein et libyen Mouammar Kadhafi. On ne négocie pas avec les Etats-Unis un désarmement unilatéral et inconditionnel : on ne vient à la table des négociations qu’en position de force, ce qui est le cas à présent pour Pyongyang. La question n’est donc pas tant de savoir pourquoi la Corée du Nord a proposé une rencontre au sommet à Donald Trump, après la rencontre qui a eu lieu avec le dirigeant chinois Xi Jinping et celle prévue avec le Sud-Coréen Moon Jae-in le 27 avril – puisque la Corée du Nord a tout à gagner d’un dialogue avec les Etats-Unis : garanties de sécurité, contreparties économiques, levée des sanctions, reconnaissance diplomatique… – mais pourquoi le Président Donald Trump a dit « oui ». Il y a deux raisons fondamentales : le constat que la politique des administrations démocrates, dite de « patience stratégique », n’avait en aucun cas empêché la Corée du Nord de se doter d’une force de dissuasion nucléaire, et qu’il était donc temps de changer de logiciel d’analyse ; la réalité stratégique, à savoir que les villes américaines sont désormais à portée des têtes nucléaires nord-coréennes, comme l’a observé le nouveau conseiller à la stratégie du Président, John Bolton, sur Fox News. Et c’est un expert qui parle : John Bolton a justifié, et justifie, encore la guerre en Irak en 2003.

D’autres facteurs jouent bien évidemment un rôle, comme l’impact des sanctions internationales sur l’économie nord-coréenne – alors que le président nord-coréen a fait de l’élévation du niveau de vie de la population une priorité.

D’autres facteurs jouent bien évidemment un rôle, comme l’impact des sanctions internationales sur l’économie nord-coréenne – alors que le président nord-coréen a fait de l’élévation du niveau de vie de la population une priorité. C’est d’ailleurs sur cet aspect qu’insiste Donald Trump, pour justifier son acceptation de rencontrer Kim Jong-un. Le contexte reste toutefois très incertain, et un retour à l’escalade des tensions n’est pas à exclure, avec des risques de conflit : le lieu, la date et les modalités de la rencontre Trump-Kim ne sont pas encore fixés. Par ailleurs, les Nord-Coréens placeront la barre haut : ils n’abandonneront pas l’arme nucléaire sans de sérieuses garanties, tant en termes de sécurité qu’économiques. Le sommet – le premier avec un président américain en exercice – ne serait alors que le début d’un processus de dialogue, et non son point d’achèvement.

La Corée du Nord est-elle selon vos informations devenue une puissance nucléaire capable de rivaliser, à son niveau, avec les autres pays détenteurs de l’arme atomique ?

Elle dispose d’une force de dissuasion nucléaire, même si la précision de ses tirs fait encore l’objet d’interrogations, de même que la capacité de rentrée de ses missiles dans l’atmosphère. L’essentiel est donc atteint, indépendamment de la taille des arsenaux nucléaires (les Américains disposent d’au moins 100 fois plus de têtes nucléaires que les Nord-Coréens) : pouvoir dissuader tout ennemi d’une attaque par une capacité de représailles que ce dernier ne peut accepter. C’était la doctrine nucléaire française définie par le Général de Gaulle. C’est aujourd’hui celle du Maréchal Kim Jong-un.

La France est un des rares pays à ne pas entretenir de relations diplomatiques normalisées avec la RPDC, comment expliquer la pérennisation de cette situation ? Est-elle dommageable ?

Le Général de Gaulle avait décidé, en 1968, d’établir des relations diplomatiques au niveau de bureaux commerciaux – comme avec la République populaire de Chine à Taïwan. Sa décision relevait d’un principe de réalisme : la diplomatie se fonde sur des rapports de force tenant compte de l’existant. Au début des années 2000, tous les pays européens sauf deux (la France et l’Estonie) ont établi des relations diplomatiques complètes avec la Corée du Nord, ce qui permet de disposer d’un levier d’influence – dont a refusé de se doter notre pays. Par ailleurs, si l’on veut favoriser la francophonie dans toute la péninsule coréenne, mettre en place des investissements dans un pays doté des deuxièmes réserves au monde de terres rares, il est utile d’avoir une diplomatie d’influence… La France a fait le choix d’avoir en Corée du Nord une politique de puissance de second rang, renonçant à son statut de grande puissance. C’est évidemment dommage, mais comment pourrait-il en être autrement dans un contexte de désintérêt pour les questions coréennes au plus haut niveau de l’Etat, et de démission des prétendus experts du Quai d’Orsay pour un sujet qu’ils ne veulent pas connaître ?

La France a fait le choix d’avoir en Corée du Nord une politique de puissance de second rang, renonçant à son statut de grande puissance.

Les mêmes experts n’ont-ils pas armé Daech en prétendant soutenir l’opposition dite démocratique au gouvernement syrien (il est vrai que dans le même temps la Corée du Nord soutient politiquement et militairement Bachar El Assad par rejet fondamental de l’intégrisme islamiste de Daech, ce qui ne peut qu’évidemment la rendre suspecte aux yeux de ceux pour qui le régime syrien est l’ennemi principal…) ? Les mêmes experts ne continuent-ils pas, contre nos intérêts, à mener une politique de sanctions contre la Russie ? L’impuissance française sur le dossier coréen renvoie à d’autres démissions de l’exécutif français… le dernier chef de l’Etat français à avoir compris l’enjeu coréen était Nicolas Sarkozy, qui avait décidé l’ouverture d’une représentation diplomatique française à Pyongyang à l’automne 2011. Depuis, notre pays n’a brillé ni par sa capacité d’anticipation, ni par sa puissance d’analyse sur la question coréenne.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les deux grandes doctrines politiques en Corée du Nord, le Juche et le Songun ? En quoi se différencient-elles de la caricature de « dictature communiste » trop souvent véhiculée par la presse française et occidentale à propos du régime de Pyongyang ?


Au moment du schisme sino-soviétique, la Corée du Nord, foncièrement nationaliste, a refusé de s’aligner sur l’un ou l’autre de ces deux pays : elle a alors développé les idées du Juche suivant le principe d’une autonomie dans tous les domaines, économique, politique et militaire. Au plan individuel, les idées du Juche signifient que l’homme doit être maître de son destin. Dans le domaine international, les idées du Juche préconisent la souveraineté des nations comme base de l’ordre international. A l’ère de la globalisation, on devine ce que de telles théories peuvent avoir d’inacceptable pour les partisans de l’effacement des nations – et qui décriront, à force de mauvaise foi et de fausses informations fabriquées par le renseignement américain et/ou sud-coréen, la Corée du Nord comme un Etat « stalinien », alors qu’il n’y a plus le moindre portrait de Marx et Lénine… Certes, la Corée du Nord développe un socialisme à la coréenne, mais ce choix ne lui est pas propre : de nombreux Etats arabes se sont revendiqués à la fois du socialisme et de l’idée nationale… Du reste, comment accuser un pays divisé, victime pendant 35 ans d’une brutale colonisation japonaise, d’être attachée à l’idée de nation ? Ce serait comme accuser les résistants au nazisme pendant la Seconde guerre mondiale de faire preuve de nationalisme…

La politique de Songun est un développement des idées du Juche dans les années 1990 : dans un contexte d’effondrement des institutions et de l’économie, la priorité est donnée à l’armée d’abord, pour assurer la continuité de l’Etat et maintenir l’économie. Mais la Corée du Nord n’est pas un Etat militaire pour autant, plutôt un Etat guérilla pour reprendre l’expression du journaliste Philippe Pons. La Corée du Nord est née de la guérilla antijaponaise, et ses dirigeants ont conservé une mentalité de guérilla face à une adversité qui ne baisse pas la garde. Les précédents irakien de 2003 et libyen de 2011 montrent toute la cohérence de ce mode d’organisation, qu’on l’approuve ou non. L’objectif n’est pas de satisfaire des présupposés idéalistes, mais bien de partir de l’existant pour tendre vers un but commun : empêcher l’holocauste d’une guerre nucléaire entre la Corée du Nord et les Etats-Unis et leurs alliés.

Essayiste - Jérôme Besnard, jbesnard@lincorrect.org

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6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 12:47

Le 31 mars 2018, à l'issue des travaux de l'assemblée générale de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), Jean-Marie Sablé a prononcé une conférence sur la politique de Songun, au nom du comité d'études des sciences politiques et sociales de la Corée, constitué au sein de l'AAFC le 15 décembre 2017. Après un exposé liminaire, les questions-réponses avec la salle ont été enrichies par les éclairages apportés par S.E. Kim Yong-il, délégué général de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) auprès de la République française, ambassadeur de la RPDC auprès de l'UNESCO. Nous reproduisons ci-après le texte intégral de l'exposé de Jean-Marie Sablé.

Qu’est-ce que la politique de Songun ?

Qu’est-ce que la politique de Songun ?

 par Jean-Marie SABLÉ


La République populaire démocratique de Corée (RPDC) est certes un pays relativement connu, si l’on en croit l’attention que lui portent les médias, mais cette attention est inversement proportionnelle à la capacité à analyser la philosophie politique de ce pays. Les analyses se limitent à parler de communisme ou de stalinisme, ce qui reste extrêmement limité et, certainement réducteur. Le journalisme a peut-être vocation à rapporter des faits, mais de là à faire de la science politique sérieuse, on ne peut qu’avouer son scepticisme. Il faut parler de philosophie politique, car plusieurs articles de la Constitution nord-coréenne mentionnent ces idées qui guident la RPDC. L’article 3 de la Constitution de 1972 affirme, dans sa version modifiée en 2009, que « la République populaire démocratique de Corée se guide dans ses activités sur les idées du Juche, les idées du Songun ». Il existe donc une philosophie politique officielle en RPDC en raison de ces principes et axiomes que l’on retrouve dans sa norme suprême, même si nous ne sommes pas dans le registre de la philosophie ou un principe métaphysique puisque ces principes et axiomes ont des aspects et des finalités pratiques

 

La politique de Songun ou l'armée d'abord : une adaptation du socialisme à la coréenne

 

Outre les références constitutionnelles au Songun (art. 3 préc, mais également art. 59[1] et 109[2]), il existe plusieurs discours officiels à faire usage de ce terme. Songeons notamment à deux récents discours de Kim Jong-Un prononcés en 2012, dont l’un date précisément du 15 avril 2012 et qui a pour intitulé : « Luttons ferme pour la victoire finale en portant encore plus haut l’étendard du Songun »[3]. Il a été justement prononcé à l’occasion de la naissance du Président Kim Il-Sung. Les dirigeants nord-coréens assument donc clairement cette expression, laquelle fait donc partie d’une doctrine officielle.

 

Il faut bien tenter une définition, aussi imparfaite soit-elle. De façon sommaire, le Songun désigne cette priorité donnée aux affaires militaires dans la politique de la RPDC. À ce titre, étymologiquement, en coréen, seon gun signifiee « l’armée d’abord ».

 

Il existe quelques définitions, dont l’une issue du site internet Naenara : « en un mot, elles consistent à accorder une priorité absolue à l’accroissement du potentiel militaire du pays comme l’exige le principe de la primauté des affaires militaires et à faire de l’armée révolutionnaire la force principale, le pilier de la révolution pour faire avancer l’œuvre socialiste. » Ce même site internet donne une autre définition, un peu plus récente, mais toujours centrée sur la notion de priorité donnée aux affaires militaires : « la politique de Songun est un mode de gouvernement socialiste fondamental consistant à donner la priorité à l’aspect militaire dans les affaires de l’État et à prendre l’Armée populaire pour élite et force principale pour renforcer la force motrice de la révolution et faire progresser victorieusement l’œuvre socialiste. C’est un mode de gouvernement à la manière de Kim Jong Il. »[4].On pourra donc retenir trois aspects de cette doctrine :

 

  • Elle a avant tout un caractère pratique, puisque on parle de « mode de gouvernement » ; c’est d’ailleurs pour cette raison que l’on parle de « politique de Songun » : doctrine et politique, c’est tout un dans le Songun ;

 

  • Elle donne un rôle central à l’armée (elle est même qualifiée d’« élite ») ;

 

  • Enfin, cette doctrine a aussi une finalité : elle vise à renforcer la révolution et de faire progresser l’œuvre socialiste. Cette doctrine a aussi un caractère fonctionnel : ce n’est pas une fin en soi. Le même site parle aussi de « l’édification d’une puissance socialiste prospère ». On notera que cette définition reprend un entretien de KIM Jong Il qui, déjà, en 2003 parlait de « force principale » et décrivait l’armée comme étant l’élite.

 

Sans difficultés, pour privilégier l’élément le plus consensuel, on retiendra au moins l’idée d’une priorité donnée aux affaires militaires. Cette priorité ayant des aspects concrets, tant au niveau de la politique que de la symbolique ou de la sémantique.
 

 

Une réponse à la crise des années 1990
 

Il est donc question d’une priorité donnée aux affaires militaires. Or on ne peut comprendre cette priorité sans justement prendre en compte le nouveau contexte des années 1990, marqué par la Chute du Mur de Berlin, la disparition des démocraties populaires dans le Bloc de l’Est, puis par la fin de l’URSS. Tous ces événements vont avoir des conséquences profondes sur la RPDC. Malgré une spécificité idéologique, caractérisée notamment par le Juche[5], la RPDC a fait les mêmes choix économiques que les démocraties populaires : rôle de l’industrie lourde, planification, etc. Une décision aura une conséquence direct : la remise en cause par Gorbatchev des accords commerciaux avec la RPDC fondés sur le troc. Jusqu’au début des années 1990, la RPDC recevait, en effet, de l’URSS des « intrants », comme les engrais, le matériel agricole ou le carburant. À la demande des américains – dont on devine l’intérêt à isoler la RPDC en fragilisant son régime politique et son économie -, cet approvisionnement s’arrête, au sens littéral, du jour au lendemain.

 

Le résultat est que la RPDC va subir des privations. En effet, son agriculture ne peut nourrir de façon satisfaisante la population dans la mesure où la priorité avait été donnée à l’industrie lourde. Or ce robinet est coupé avec les conséquences que l’on peut imaginer. C’est la « dure marche », dont l’existence n’est pas niée dans les écrits officiels nord-coréens. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’y a jamais eu de voile pudique sur ces affaires.

 

Dans ce contexte, marqué notamment par la prédominance du Parti du travail de Corée (PTC), la cohésion devient une affaire délicate. Dans la vie administrative et quotidienne, le PTC ne peut concourir, à lui seul, à la marche des affaires courantes. Pour cela, on comprendra aisément pourquoi l’armée jouera un rôle supplémentaire. Après tout, même dans les pays occidentaux, l’armée peut intervenir en matière de catastrophes naturelles[6]. Elle bénéficie de capacités logistiques facilement mobilisables.

 

Mais l’armée permet aussi au pays de défendre son indépendance dans un contexte d’effondrement du bloc soviétique. (Au passage, c’est au cours de cette même période que la question du nucléaire militaire nord-coréen est mise sur le tapis et que Washington entame un bras de fer avec Pyongyang pour éviter que la RPDC se dote de cette arme.) En tout état de cause, il faut préserver l’indépendance du pays quitte à recourir à une rhétorique et même à une imagerie faisant davantage appel aux démonstrations militaires.

 

Outre des conséquences pratiques et militaires, on comprend l’insuffisance du Juche à répondre adéquatement au nouveau contexte. Au fond, le Juche ne peut se comprendre que dans un cadre où la RPDC doit affirmer sa spécificité par rapport aux non-alignés et aux démocraties populaires. La RPDC doit ainsi prendre ses distances par rapport au communisme, du moins tel qu’il est professé en URSS, mais aussi en Chine populaire. La différenciation idéologique doit permettre une affirmation de son indépendance. Cependant, il ne s’agit pas d’un contexte d’isolement à proprement parler. Or, dans les années 1990, ce contexte est différent. On comprend mieux la nécessité d’un approfondissement de la doctrine officielle. Certes, le Juche affirme bien l’autonomie, mais il faut approfondir ce qui permet cette autonomie en développant ainsi son aspect militaire.

 

Ce constat pourrait constituer une objection, mais, en soi, toute doctrine est par définition contextualisée ; cela n’a rien de péjoratif. Les idées, les concepts s’insèrent toujours dans des contextes donnés. La doctrine officielle nucléaire française, par exemple, ne peut se comprendre sans la prise en compte d’un pays qui a connu deux guerres et qui a réussi à être dans le camp des vainqueurs de 1945.

 

 

L'existence précède l'essence

 

La conceptualisation donnée aux affaires militaires est donc la caractéristique du Songun. Il y eut la chose avant qu’apparaisse le mot. La première référence officielle daterait de juillet 1997 d’après un auteur anglo-saxon écrivant dans une revue sud-coréenne. Le terme se répandra au cours des années 1990 avec la fortune qu’on lui connaît. Il faut attendre l’entretien de Kim Jong-Il du 29 janvier 2003[7]. Cette prise en compte du Songun, au niveau suprême, doit être notée. La consécration constitutionnelle n’est plus très loin puisqu’en 2009, la Constitution est révisée : le terme « Songun » apparaît alors dans trois articles de la norme fondamentale.

 

Certes, il faut trouver une assise au Songun : on ne peut se fonder officiellement sur les seules circonstances de la « dure marche ». Elles sont la cause directe, mais elles ne constituent pas un événement idéal et, surtout, elles sont à proximité immédiate des années 2000. Il faut, pour cela, s’appuyer sur un événement plus éloigné : l’inspection le 25 juillet 1960 par Kim Jong-Il de la 105ème division de chars. Cette unité avait pris, au cours de la Guerre de Corée, la ville de Séoul. Cet événement n’est pas relaté dans la biographie officielle de Kim Jong-Il de 2005[8]. On pourrait ironiser sur l’existence d’une reconstitution rétroactive.

 

Certes, on affirme que le Songun provient du Juche et qu’il faut remonter à Kim Il-Sung, mais si l’on examine les démocraties modernes, le choix des dates est tout aussi postérieur à l’événement lui-même, donc nécessairement sélectif. Ainsi, en France, ce n’est que tardivement que le 14 juillet est devenu la fête nationale, et ce non sans hésitations et débats, comme le prouvèrent les débats dans les débuts de la IIIe République. Après tout, la mémoire n’est pas l’histoire. D’autres exemples pourraient être invoqués à l’appui de ce constat empirique.

 

De même, on pourrait ironiser sur le fait que le Songun soit rattaché à Kim Il-Sung au point de le faire apparaître au cours des années 1930, mais, si l’on examine les discours officiels, on comprend que c’est clairement à l’action de Kim Jong-Il que ce concept est redevable. Certes, on parle bien d’« œuvre révolutionnaire Songun inaugurée par Kim Il-Sung sur la base des idées du Juche », mais l’expression « inaugurée » est en soi assez large[9]. Ainsi, le 6 avril 2012, Kim Jong-Un déclare que Kim Jong-Il « a développé en profondeur l’idée du Président Kim Il-Sung de privilégier les armes pour en tirer les idées révolutionnaires du Songun, la théorie de la politique de Songun… »[10]. Très clairement, l’apport de Kim Jong-Il est souligné, et l’on ne tombe pas non dans la fiction d’un Songun existant originellement. La doctrine est bien rattachée à Kim Jong-Il, à son mode de gouvernement. Parler de poursuite ou d’approfondissement signifie clairement que l’on se rattache précisément à l’un des leaders de la RPDC. Certes, dans le domaine des idées politiques, il n’y a pas de création. En soi, rien ne crée, rien ne se perd.

 

Enfin, les autres principes et objectifs ne sont pas évacués. Le Songun est clairement une doctrine « insérée », au service d’autres objectifs. Ainsi, l’Armée populaire a vocation « à défendre efficacement par la force des armes la cause du Parti en troupe d’éclaireurs »[11] (p. 9). Non seulement, ce n’est pas un objectif exclusif, mais ce n’est pas une militarisation à proprement parler du régime : l’armée, la force militaire reste un moyen au service d’une fin. Le Parti du travail de Corée n’a pas été oublié, ni délaissé : l’armée lui reste soumis. Dans ce même discours, on remarque également clairement que le Juche s’applique aussi à l’armée : « l’Armée populaire doit appliquer strictement les idées et la ligne militaire Juche de notre Parti dans ses affaires militaires et politiques »[12]. Le Songun n’est donc pas une doctrine ayant un monopole exclusif d’inspiration dans les affaires militaires.

 

 

[1] « les forces armées de la République populaire démocratique de Corée ont pour mission d'appliquer la ligne de la révolution fondée sur le Songun, pour protéger la Direction de la révolution, défendre les intérêts du peuple travailleur et sauvegarder le régime socialiste et les acquis de la révolution ainsi que la liberté, l'indépendance et la paix de la patrie contre toute agression étrangère. »

[2] Cet article fait apparaître le concept de Songun de manière plus incidente en décrivant les attributions du Comité de la défense nationale. En effet, ce dernier « a le devoir et le pouvoir de (…) définir les points importants de la politique d'État visant à l'application de la ligne de la révolution fondée sur le Songun. »

[3] Éditions Démocrite, Paris, 1er janvier 2013. L’autre discours, prononcé le 6 avril 2012, a pour intitulé : « Menons à un brillant achèvement l’œuvre révolutionnaire Juche en honorant le grand camarade Kim Jong Il comme secrétaire général éternel de notre parti », éditions Démocrite, Paris, février 2013.

[4] http://naenara.com.kp/fr/news/?1+7824.

[5] Kim Il-Sung avait ainsi déclaré le 10 janvier 1972 : « la révolution ne peut être ni exportée ni importée. Les étrangers ne peuvent faire chez nous la révolution à notre place », in Les idées du Juche et la lutte du peuple coréen pour leur application, Éditions en langue étrangère, 2012, p. 81.

[6] Il est clair que l’Armée populaire a été sollicitée dans épisodes particulièrement critiques de catastrophes naturelles, comme ce fut le cas lors de l’inondation de 1995 : cf. Kim Chol-U, La politique de Kim Jong-Il : le Songun, Éditions en langues étrangères, 2008, p. 14.

[7] Kim Jong-Il, « Le Songun est une éminente ligne révolutionnaire de notre époque et la bannière de l’invincibilité de notre révolution », entretien avec les responsables du Comité central du Parti du travail de Corée, 29 janvier 2003, éditions Démocrite, octobre 2009.

[8] Biographie de Kim Jong Il, vol. 1, Éditions en Langues Étrangères, 2005, p. 72-75. Dans cette biographie officielle, on passe ainsi du 15 juillet 1960 (date où Kim Jong-Il termine ses études secondaires) au 1er septembre 1960 (date où Kim Jong-Il s’inscrit à la section d’économie politique de la faculté d’économie). Il n’y pas de référence à la visite de la 105ème division de chars datée du 25 août 1960.

[9] On peut toujours inaugurer ce qui n’est pas encore construit, si l’on examine, par exemple, les inaugurations officielles dans les différents pays…

[10] Kim Jong-Il, op. cit., p. 7.

[11] Kim Jong-Il, « Luttons ferme pour la victoire finale en portant encore plus haut l’étendard du Songun », éditions Démocrite, Paris, 1er janvier 2013, p. 9.

[12] Ibid., p. 10.

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 16:25

Le 29 mars 2018, l'association Droit Solidarité (membre de l'Association internationale des juristes démocrates) a organisé à la Bourse du travail de Paris une conférence intitulée "La Corée entre intox et vérité", en partenariat avec le Mouvement de la Paix, l'Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre (ARAC), l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et l'Association coréenne pour une constituante populaire. Dans un contexte marqué par les menaces continues de guerre dans la péninsule coréenne en 2017, avant que l'évolution récente de la situation internationale n'impose aux Etats-Unis de devoir prendre en compte la volonté des Coréens (du Nord, du Sud et de la diaspora) d'être maîtres de leur destin, les participants ont adopté un appel soulignant la nécessité de rendre sa souveraineté au peuple coréen, dans le respect des principes du droit international public et de la Charte des Nations unies. 

Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018

En ouverture des débats, l'avocat Roland Weyl, président de Droit Solidarité - a souligné que la solidarité avec le peuple coréen ne devait pas être humanitaire ni morale, mais s'exprimer en termes juridiques. Condamnant le traitement médiatique déplorable de la Corée - et singulièrement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - il a souligné que les Etats-Unis d'Amérique n'avaient aucune légitimité à intervenir dans la péninsule coréenne où ils ont pourtant installé au pouvoir Syngman Rhee, pas plus que dans le Pacifique Sud. Ce qui est connu comme la guerre de Corée n'est qu'une opération de police menée au nom des Nations unies, sous commandement américain :  l'absence du représentant soviétique au Conseil de sécurité des Nations unies, lorsque les Américains y ont soulevé la question coréenne en 1950, a été traitée fallacieusement par la Cour internationale de justice, saisie par les Etats-Unis, comme un vote non négatif, ce qui a créé le principe du "droit de veto", alors qu'il était prévu une prise de décision au sein du Conseil de sécurité par consensus. L'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, le 27 juillet 1953, aurait ensuite dû être suivi d'une conférence internationale sur la réunification de la Corée. Aujourd'hui, il est possible et souhaitable, en accord avec le droit international public fondé sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de restituer au peuple coréen (du Nord, du Sud et de la diaspora) sa souveraineté en décidant de son destin, dans le cadre de négociations entre les deux gouvernements coréens, d'une assemblée constituante ou du choix d'une constitution par référendum. L'organisation des Nations unies peut y contribuer, sur la base notamment du Chapitre VI de la Charte qui permet au Conseil de sécurité d'exercer une mission de bons offices. 

Roland Weyl debout à la tribune le 29 mars 2018

Roland Weyl debout à la tribune le 29 mars 2018

S'exprimant ensuite au nom du Mouvement de la Paix, Yves-Jean Gallas a rappelé que la guerre de Corée était inscrite dans l'ADN du Mouvement de la Paix : le refus d'utilisation des armes nucléaires au cours du conflit, comme menaçait de le faire le général MacArthur, avait été à l'origine de l'appel de Stockholm - alors que moins de dix ans plus tôt les Coréens résidant au Japon avaient payé un lourd tribut aux bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki. Ayant rappelé le dossier consacré par le Mouvement de la paix à la question nucléaire coréenne dans le numéro de novembre 2017 de Planète Paix, Yves-Jean Gallas a souligné que la mise en place d'un régime de sécurité collective en Asie du Nord-Est pourrait se fonder sur les principes d'Helsinki - et non l'OSCE, devenu l'outil de l'OTAN, ne respectant pas les principes d'Helsinki dont il se réclame. 

Puis Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC, a souligné que les tensions autour de la Corée étaient fondamentalement liées à la situation géopolitique de la péninsule coréenne, entre la Chine, la Russie, le Japon et les Etats-Unis, et concentrant un nombre impressionnant de bases américaines dans la région Asie-Pacifique, reconnue comme prioritaire pour les intérêts américains. La conférence de Genève en 1954 n'a pas réglé, comme elle aurait dû, la question coréenne, à l'issue d'un conflit ayant causé quelque trois millions de morts et où les forces des Nations unies sous commandement américain ont recouru aux armes chimiques et bactériologiques. La communauté internationale a la responsabilité d'empêcher que ne survienne un nouveau conflit, en diminuant les tensions et en combattant les obsessions belliqueuses des néo-conservateurs américains. 

Lors de la discussion qui a suivi ont été évoquées les conséquences de la chute du mur de Berlin, de la fin des démocraties populaires d'Europe de l'Est et de la disparition de l'URSS sur la situation en Corée du Nord - qui a alors traversé une grave famine. Il faut ainsi appréhender la Corée au-delà des clichés véhiculés par les médias, comme le fait Patrick Maurus dans son ouvrage Les trois Corée (en n'oubliant pas la troisième Corée, chinoise), récemment publié aux éditions Hémisphères. 

Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC

Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC

La dernière prise de parole est revenue au représentant de l'Association coréenne pour une constituante populaire : alors que l'histoire de la Corée a été marquée par les questions de la paix et de la réunification, et de la démocratie en Corée du Sud, rendre sa souveraineté au peuple coréen, en respectant son droit à l'autodétermination, impose de rejeter toute intervention étrangère - et d'abord américaine - dans les affaires intérieures de la Corée. La Corée du Nord a développé des armes nucléaires pour faire face à la menace américaine et discuter d'égal à égal avec les Etats-Unis : l'objectif est de parvenir à un système de paix régional en faisant de la péninsule coréenne une zone exempte d'armes nucléaires. Le sommet à venir entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un marquera le début (et non l'aboutissement) d'un processus tendant à garantir la paix et la sécurité collective. 

Animateur des débats qui ont suivi les exposés liminaires, Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a souligné la nécessité de maintenir une action coordonnée entre tous les participants à la conférence, afin de pouvoir réagir rapidement et efficacement en cas de nouvelle détérioration de la situation internationale, et pouvoir ainsi peser le plus fortement possible sur l'opinion publique et les gouvernements, en France et en Occident. 

Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018
Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018
Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018

A l'issue de leurs travaux, les participants à la conférence ont adopté, à l'unanimité des participants, un appel à rendre au peuple coréen le droit à disposer de lui-même, dans le respect du droit international. Ils soumettent ce texte à l'approbation des organisations politiques, syndicales et de toutes les associations attachés à permettre la résolution de la question coréenne par les Coréens eux-mêmes. 

Appel à rendre au peuple coréen le droit à disposer de lui-même,
dans le respect du droit international

Face à une campagne falsificatrice qui prétend que les Etats-Unis ont imposé une négociation à la Corée du Nord, il est nécessaire de rappeler que :
- Les Etats-Unis n'ont aucun titre ni aucune qualité pour négocier quoi que ce soit dans l'Ouest Pacifique où leur présence militaire est aussi contraire au droit international que le serait celle de la Chine au large de la Californie.
- La Corée du Nord doit certes renoncer à l'arme nucléaire, comme devraient y renoncer tous les Etats qui la possèdent.
Mais il est non moins impératif de rendre au peuple coréen la plénitude de ses droits tels que proclamés par le droit international édicté par la Charte des Nations Unies, à savoir le droit de disposer de lui-même dans une participation à part entière à la communauté des peuples du monde, représentés par l'Etat qu'ils se donnent librement, sans intervention étrangère, dans leur respect mutuel et l'égalité des nations grandes et petites.
Le peuple coréen a toujours été unique sur un seul territoire, y compris après s'être libéré de l'occupation japonaise, et n'a été coupé en deux que par le jeu des grandes puissances à la suite de la conférence de Potsdam.
Cette restitution au peuple coréen de sa libre disposition dans son unité peut se faire par divers moyens qui peuvent se combiner, entre les négociations entre les deux gouvernements, la convocation d'une Assemblée Constituante et / ou le choix d'une constitution par référendum, et le Chapitre VI de la Charte donne au Conseil de Sécurité le pouvoir d'y aider en en proposant les moyens et offrant ses bons offices.
Nous estimons de notre devoir d'y aider, à la fois en combattant toutes les campagnes trompeuses, en alertant et informant au maximum notre opinion publique et en oeuvrant à ce que la France y conforme sa politique en la matière. Cela suppose d'abord que dans un premier temps elle mette fin à une discrimination qui dénie aux Coréens du Nord une représentation diplomatique égale, mais doit aussi se traduire par une action aux Nations Unies conforme à sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité et plus généralement dans tous les domaines et instruments des rapports internationaux.

Appel approuvé à l’unanimité des participants à l’issue de la conférence sur la Corée à la Bourse du Travail de Paris, le 29 mars 2018, et soumis à l’approbation des organisations politiques, syndicales et de toutes les associations attachées à permettre la résolution de la question coréenne par les Coréens eux-mêmes.

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 14:01

Le 31 mars 2018, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a tenu son assemblée générale annuelle au siège national du Secours populaire français, dans le 3e arrondissement de Paris. Alors que la nouvelle donne internationale dans la péninsule coréenne est riche d'espoirs, à la veille du troisième sommet intercoréen, les participants ont longuement débattu des risques que le processus en cours pour la paix et le dialogue ne soit confisqué par les tenants d'une ligne militariste, soulignant ainsi plus que jamais la nécessité pour l'AAFC de rester vigilante et mobilisée.

Assemblée générale 2018 : l'AAFC souligne la nécessité de prendre en compte le nouveau contexte international

Présidant les travaux de l'assemblée générale, Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC, a souligné en ouverture de séance la responsabilité importante qui incombe à l'association dans un contexte nouveau : depuis la main tendue au Sud du Président Kim Jong-un lors de son discours de Nouvel an 2018, la participation des athlètes nord-coréens aux Jeux olympiques de Pyeongchang qui ont défilé en commun avec leurs compatriotes du Sud et formé une seule équipe en hockey féminin, a été le déclencheur d'un processus de dialogue amené à conduire, d'ici fin mai, à la première rencontre au sommet entre un dirigeant nord-coréen et un président américain en exercice. Guy Dupré a par ailleurs rappelé les liens qui unissent l'AAFC au Secours populaire français, qui accueille une nouvelle fois l'assemblée générale de l'AAFC, dans les actions de solidarité menées en direction des populations nord-coréennes, notamment les enfants qui viennent en vacances en France dans le cadre du programme "Copains du monde". Les participants à l'assemblée générale ont décidé qu'un don de 500 euros soit fait par l'AAFC au Secours populaire pour soutenir ses actions en France et dans le monde.

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, a ensuite présenté le rapport d'activité 2017. Dans un contexte international marqué par la montée des tensions autour de la péninsule coréenne, il a rappelé l'engagement continu de l'AAFC pour la paix et le dialogue, en faveur desquels les instances dirigeantes de l'association se sont prononcées à plusieurs reprises et qui a donné lieu à des interpellations des candidats à l'élection présidentielle - un tiers d'entre eux ayant répondu au questionnaire de l'AAFC ayant également porté sur les relations bilatérales franco-coréennes et la situation politique en Corée du Sud. La question de la paix et de la réunification, rappelée lors de la commémoration par l'AAFC du dixième anniversaire du deuxième sommet intercoréen d'octobre 2007, a culminé avec l'organisation, à Paris, les 23 et 24 juin, d'une conférence internationale sur la Corée, à laquelle ont pris part des représentants de l'Association d'amitié Corée-France (association coréenne sœur de l'AAFC) invités par l'association française, ainsi que de douze associations d'amitié de par le monde - témoignant de l'engagement constant de l'AAFC de porter la question coréenne sur la scène internationale, quarante ans après la création du Comité international de liaison pour la paix et la réunification en Corée (CILRECO). La solidarité internationale avec le peuple coréen s'est également exprimée à l'occasion du déplacement de deux délégations de l'AAFC en République populaire démocratique de Corée : en avril (à l'initiative du comité espéranto de l'AAFC) et en août.

Sollicitée dans les médias (aussi divers que France 24, Russia Today, Initiative communiste, Monde et vie ou Planète Paix), l'AAFC a également été présente dans le domaine culturel, notamment en organisant et en soutenant la projection du film sud-coréen de Jero Yun Madame B. Histoire d'une Nord-Coréenne. L'activité de l'AAFC s'est aussi manifestée par des activités en province : une conférence sur la Corée a ainsi été organisée à Grenoble en janvier 2017, et un comité de l'AAFC a été créé dans la région Grand Est en novembre 2017. L'essor de l'AAFC en nombre d'adhérents (+ 16 % par rapport à 2016) a été parallèle à la progression de la fréquentation de son blog national (+ 30 %).

Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a ensuite présenté le rapport d'orientation pour 2018. Il a souligné que le nouveau contexte international pouvait être l'occasion de concrétiser des projets de coopération franco-coréens nouveaux (et pour lesquels la constitution de comités thématiques constitue un outil privilégié), tout en appelant à rester vigilant face à une administration américaine versatile : le lieu, la date et le contenu du sommet Etats-Unis - Corée du Nord restent ainsi à confirmer à ce jour. Face à la persistance d'un risque de conflit qu'encourageraient les "faucons" américains, la constitution du front le plus large contre la guerre incite à toujours renforcer davantage les relations avec les organisations pacifistes et, sans exclusive, avec toutes celles et tous ceux qui refusent un nouveau conflit en Corée en se fondant sur les principes d'indépendance nationale et de non-ingérence.

Relevant les liens privilégiés qu'entretient l'AAFC avec les milieux universitaires, qu'ils soient ou non spécialistes de la Corée, et rappelant la mise en place d'un cours de langue et de civilisation coréennes en janvier 2018, il a mis en exergue plusieurs anniversaires majeurs qui marqueront l'année 2018, pour laquelle l'association devra répondre présente : le 1100e anniversaire de la fondation du royaume de Koryo, le 70e anniversaire du soulèvement de l'île de Jeju et de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (à l'occasion de laquelle une délégation de l'AAFC se rendra en RPDC), le 65e anniversaire de la signature de l'armistice de 1953.

Après une large discussion, les rapports d'activité et d'orientation ont été adoptés à l'unanimité, de même que le rapport financier présenté par Jacky Lemeur, trésorier national de l'AAFC. Les participants ont ensuite renouvelé les instances nationales de l'AAFC (comité national et, en son sein, bureau national).

Les travaux de l'assemblée générale se sont poursuivis par une conférence sur la politique de songun, donnée par le Comité de l'AAFC d'étude des sciences politiques et sociales de la Corée, qui a rappelé comment la priorité donnée aux affaires militaires (fondement de la politique de songun) s'inscrivait dans un contexte spécifique à la RPD de Corée, et ne remettait pas en cause ni le socialisme (développé à travers les idées du Juche) comme fondement idéologique du pays, ni le principe de prééminence du Parti du travail - selon le principe que l'épée doit céder à la toge.

Les participants avaient été rejoints, à l'ouverture de la conférence, par S.E. M. Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de l'UNESCO, accompagné de M. Jong Chang-gwon, conseiller à la délégation générale de la RPD de Corée en France.

Lors de la réception organisée par l'AAFC à l'occasion de la Fête du soleil, célébrée en RPD de Corée comme l'anniversaire de naissance du Président Kim Il-sung, fondateur du pays, Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a observé que les avancées diplomatiques récemment opérées s'inscrivaient dans la continuité des politiques définies par le Président Kim Il-sung, développées par ses successeurs, le Dirigeant Kim Jong-il puis le Président Kim Jong-un : la réconciliation intercoréenne, comme voie vers la réunification du pays, sur la base du dialogue Nord-Sud et d'une réponse fédérale à la division de la nation coréenne ; la mise en place de capacités de défense autonomes (ayant trouvé leur expression dans la constitution en 2017 d'une capacité de dissuasion nucléaire opérationnelle), permettant aujourd'hui à la RPD de Corée de dialoguer sur un pied d'égalité avec les Etats-Unis.

S. E. M. Kim Yong-il a observé que les progrès diplomatiques récents étaient le fruit des efforts conjugués de tout le peuple coréen, du Nord comme du Sud, et non des propositions de puissances tierces. Dans ce contexte, il s'est félicité que l'offensive pour la paix et le dialogue initiée par le Président Kim Jong-un conduise, le 27 avril prochain, au troisième sommet historique Nord-Sud. Il a par ailleurs remercié l'AAFC pour son soutien constant à la cause de la nation coréenne.

Les discussions et les échanges se sont poursuivis autour d'un buffet coréen, pour la réalisation duquel l'AAFC remercie la communauté coréenne de la RPD de Corée en France.

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 23:48

À l'occasion de la sortie de son ouvrage La Corée du Nord, cette inconnue aux éditions Delga, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, a donné une conférence  à l'amphithéâtre Roussy aux Cordeliers, à l'invitation du Cercle universitaire d'études marxistes (CUEM), en collaboration avec les éditions Delga, le 15 février 2018, sur le thème « Socialisme, réunification, nucléaire : les enjeux de la question coréenne ». Nous rendons compte de cette conférence ci-après.

Les citations sont des extraits de l’ouvrage de Benoît Quennedey « la Corée du Nord, cette inconnue » publié par les Éditions Delga, 2017.

Combattre pour la paix en Corée : retour sur une conférence au CUEM le 15 février 2018

La Corée du Nord est un thème vendeur dans les médias occidentaux : tout journaliste qui aborde un sujet nord-coréen a peu de risque d’être démenti, et plus son récit sera effrayant, spectaculaire, hors normes, plus il sera considéré comme ayant mis à jour une situation intolérable, sur laquelle le monde entier ne doit plus fermer les yeux. Ce biais est inhérent à la culture dominante des « grands » médias en Occident : trouver un « scoop », en appeler à l’émotion, faire parler, en bien ou en mal, l’essentiel étant d’attirer l’attention dans le flot incessant de nouvelles. Parfois les « informations » les plus étranges sont ensuite (discrètement) démenties […] Cependant, dans la plupart des cas, les fausses informations ne sont pas démenties- et même en cas de démenti celui-ci a moins de force et de visibilité que « l’information » initiale. Or précisément, dans le cas de la Corée du Nord, la désinformation vient presque toujours des services de renseignement sud-coréens et de militants néo-conservateurs d’extrême-droite […] (page 21)

La Corée du Nord – de son nom officiel, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) – a été fondée le 9 septembre 1948, trois ans après la fin de la Seconde guerre mondiale et de la colonisation japonaise de la Corée qui – loin d'aboutir à la restauration d'un État coréen souverain unifié – a conduit à la division du pays de part et d'autre du trente-huitième parallèle, défini par des officiers américains comme la ligne autour de laquelle les troupes soviétiques (au nord) et les troupes américaines (au sud) interviendraient dans la péninsule pour combattre les troupes japonaises et recevoir leur reddition. De fait, si les Soviétiques prirent part aux combats contre les Japonais, les Américains ne débarquèrent qu'après la fin des hostilités et eurent comme priorité, parallèlement à la mise en place d'une administration militaire, de saper les fondements de la République démocratique de Corée créée à l'initiative des Coréens qui avaient combattu pour la libération du pays – comme en France à la même époque. Ils favorisèrent comme président de la République de Corée (Corée du Sud) le très autoritaire Syngman Rhee, qui avait présidé le gouvernement provisoire coréen en exil.

La division nationale de la Corée est le résultat de la tenue d'élections séparées en mai 1948, dans la seule partie sud de la péninsule, sous l'égide des Nations unies, boycottées par la plupart des forces de gauche et également une partie des nationalistes qui, tel Kim Ku (assassiné au sud en 1949), se rendirent au Nord, à Pyongyang pour rencontrer le Président Kim Il-sung, ancien chef de guérilla de la lutte anti-japonaise qui devient l'homme fort du Nord. La division devenant un fait acquis avec la proclamation de la République de Corée, les forces politiques au Nord (Parti du travail, issu de la fusion de plusieurs organisations communistes, Parti démocrate et Parti chondogyo, d'inspiration religieuse) organisèrent des élections dans la moitié nord, tenues clandestinement au sud : l'Assemblée populaire suprême qui proclama la République Populaire Démocratique de Corée (dont le nom même s'inspirait de celui de la République démocratique de Corée), le 9 septembre 1948, était constituée de représentants de l'ensemble de la péninsule.

La guerre de Corée (25 juin 1950 – 27 juillet 1953) a entériné la division de la péninsule de part et d'autre du 38e parallèle, mais suivant un nouveau tracé correspondant à la ligne de front lors de la conclusion de l'accord d'armistice – qui aurait dû conduire à la signature d'un traité de paix, qui n'est toujours pas intervenue à ce jour, et explique pour partie les affrontements meurtriers entre soldats des deux parties divisées de la Corée, notamment dans les zones maritimes intégrées unilatéralement par les Américains dans le territoire sud-coréen, à la faveur de leur domination des espaces maritimes.

S'il est communément affirmé en Occident que la guerre de Corée est le résultat d'une vaste offensive des troupes de l'Armée populaire de Corée (du Nord), les historiens progressistes sud-coréens, à l'instar du spécialiste américain de la guerre de Corée Bruce Cumings, soulignent les multiples affrontements Nord-Sud à la veille du déclenchement généralisé des hostilités. En outre, après des élections locales en mars 1950 peu favorables au pouvoir sud-coréen, Kim Il-sung, ancien guérillero, pouvait estimer que les troupes du Nord seraient favorablement accueillies par toute une partie des Sud-Coréens – comme plus tard au Vietnam avec la présence de maquis communistes au Sud. Après une avancée très rapide, les troupes nord-coréennes sont bloquées autour de Pusan, dans le Sud-Est. La situation se retourne avec l'intervention des troupes des Nations unies sous commandement américain – rendue possible par la politique de la chaise vide pratiquée par l'Union soviétique au Conseil de sécurité, en protestation contre le fait que la République de Chine à Taïwan continuait de représenter la Chine après la proclamation de la République populaire de Chine en octobre 1949. Les soldats des Nations unies dépassent le trente-huitième parallèle et atteignent la frontière chinoise, entraînant l'intervention des volontaires du peuple chinois aux côtés des Nord-Coréens : une nouvelle offensive conduit à la reprise de Séoul, capitale du Sud, par les forces nord-coréennes et chinoises, avant un reflux et une stabilisation du front autour du trente-huitième parallèle. Une guerre de tranchées succède à la guerre de mouvement de la première partie du conflit.

Quelque 3 000 soldats français ont participé à la coalition internationale déployée sous le drapeau des Nations unies. Inversement, d'importantes manifestations en France – et ailleurs dans le monde – ont refusé la guerre, à l'initiative du Parti communiste français et du Mouvement de la paix : la manifestation du 28 mai 1952 à Paris fera deux morts, tués par les forces de l'ordre, place de Stalingrad (l'AAFC souhaite d'ailleurs qu'une plaque soit apposée, rappelant que Hocine Belaïd et Charles Guénard sont morts par refus de la guerre de Corée).

Lorsque la Corée s’est libérée du joug japonais en 1945, la plupart des nations d’Afrique et d’Asie étaient encore colonisées. La République populaire démocratique de Corée a considéré alors qu’il lui incombait d’aider d’autres États du Tiers-Monde à accéder eux aussi à l’indépendance dans le cadre de la solidarité internationaliste ; l’aide qu’elle a apportée aux mouvements de décolonisation a été non seulement politique, mais aussi militaire [...] (p.135)

La guerre de Corée causera entre 2 et 3 millions de morts, les pertes les plus importantes ayant touché le Nord, deux fois moins peuplé que le Sud avec 10 millions d'habitants. La guerre de Corée correspond à la première utilisation du napalm à grande échelle, par les États-Unis, qui ont également utilisé des armes chimiques. Malgré les démentis persistants du Pentagone américain, des documents déclassifiés (comme ceux du dossier du savant Frank Olson) attestent de l'utilisation de ces armes de destruction massive. Le général MacArthur a envisagé l'utilisation d'armes nucléaires, en créant une ceinture de cobalt radioactive à la frontière sino-coréenne, mais ne sera pas suivi par les autorités américaines.

Dévastée humainement et matériellement par la guerre, la Corée du Nord se releva au rythme de Cheollima, le cheval ailé des légendes coréennes, enregistrant des taux de croissance économique parmi les plus élevés au monde, et s’affirmant comme un modèle de développement pour les pays à économie planifiée du Tiers-Monde. Ces résultats ont été obtenus par une mobilisation de toute la population, Kim Il Sung multipliant les visites de terrain à travers tout le pays. La Chine, l’Union Soviétique et les démocraties populaires d’Europe de l’Est ont également apporté une coopération, qu’il s’agisse de capitaux ou de techniques, qui a contribué à un effort d’industrialisation et de modernisation sans précédent. Au moins jusqu’au début des années 1970 (les estimations variant ensuite selon les chercheurs), le revenu par habitant était plus élevé au nord de la péninsule coréenne qu’au sud. (page 17)

Mais l’économie de la Corée du Nord a

[…] ensuite enregistré un fort recul après 1990 (avec un PIB en baisse de 30 % environ), sous l’effet conjugué de la fin des échanges commerciaux (en partie sous forme de troc) avec l’URSS et les démocraties populaires, d’une pénurie d’énergie qui a notamment résulté de la fin des livraisons de fioul soviétique à des tarifs préférentiels et de catastrophes naturelles à répétition ayant eu des effets dramatiques pour la population. L’endettement du pays (notamment vis-à-vis de l’URSS), les restrictions aux transferts de technologies du fait de l’embargo occidental dont les principes ont été définis lors de la guerre de Corée et la mise à l’écart des circuits financiers financiers internationaux ont aggravé la crise économique des années 1990-1999.

Depuis1999, la croissance économique est estimée en moyenne à un peu plus de 1 % par an par la banque de Corée (du Sud). » (page 62/63)

[...] si l’économie a retrouvé un certain dynamisme (sans atteindre les taux de croissance annuels à deux chiffres des années 1960 et 1970), c’est au prix d’un creusement des inégalités entre classes sociales et entre régions, [...] » (page 66)

L’économie nord-coréenne présente aujourd’hui plusieurs strates : l’économie planifiée, les marchés généraux de biens et de services et les zones économiques spéciales (ZES). S’ajoute une économie non officielle, impliquant des acteurs publics et privés […] (page 56)

Après ce rappel historique des origines de la RPD de Corée, comment caractériser politiquement le régime politique, décrit à l'envi comme le dernier pays « stalinien » de la planète ? Si les institutions mises en place dès la Libération se sont inspirées de l'organisation soviétique, elles puisent aussi leurs racines dans les gouvernements populaire révolutionnaires mis en place par les partisans coréens dans le Nord-Est de la Chine, en Mandchourie, à la fin des années 1930, lors des années de la guérilla anti-japonaise : les lois de 1946 sur l'égalité hommes-femmes, la réforme agraire et la collectivisation des moyens de production s'inspirent de ces gouvernements. Lors du conflit sino-soviétique, les Nord-Coréens ne veulent pas être réduits au rôle de supplétifs de l'un ou l'autre camps : ils mettent de plus en plus fortement en avant une idéologie qui leur est propre, les idées du Juche – qui consistent à rechercher l'autonomie dans tous les domaines – et qui supplante finalement le marxisme-léninisme comme idéologie directrice. Si le marxisme inspire la production intellectuelle (par exemple dans le domaine économique), si la propriété collective des moyens de production reste la norme malgré les réformes économiques mises en place depuis l'adoption des mesures du 1er juillet 2002, et que la gratuité de l'éducation et de la santé restent des principes cardinaux, il n'est plus fait référence au marxisme, ni même au communisme. Symboliquement, les portraits de Marx et Lénine qui ornaient la place Kim Il-sung ont été décrochés en avril 2012, à l'occasion du centième anniversaire de la naissance du fondateur de la RPDC. La RPDC se revendique d'un socialisme à la coréenne, tout en tirant sa légitimité de la lutte de libération nationale – à l'instar de la Chine ou du Vietnam. Après la disparition de l'URSS et des démocraties populaires d'Europe de l'Est, qu'elle impute à une perte de confiance des citoyens de ces pays dans le socialisme, la Corée du Nord a toutefois participé activement à la promotion et à la défense du « socialisme réel », en organisant dès 1992 une conférence internationale à Pyongyang, à l'issue de laquelle a été adoptée la déclaration de Pyongyang mettant en avant les principes de socialisme et de souveraineté nationale.

Si la Corée du Nord a noué des alliances (y compris militaires) avec la Chine et l’Union soviétique en 1961, la crise de Cuba en 1962 l’a convaincue qu’elle ne pouvait compter que sur ses propres forces pour se protéger de ce qu’elle perçoit toujours comme une menace américaine pesant sur son système politique et social. Le développement simultané de l’économie et de la défense nationale est alors devenu une ligne politique réaffirmée jusqu’à la période contemporaine, » (page 17/18)

« Si l’URSS a été fortement présente dans les années de mise en place du nouvel État, elle a refusé en revanche tout engagement direct pendant la guerre de Corée (juin1950-juillet 1953) au contraire de la République de Chine dont les « volontaires du peuple chinois » ont joué un rôle décisif pour l’issue du conflit.

Ces conditions historiques, combinées à la rupture sino-soviétique… ont déterminé la position de la RPDC vis à vis de l’URSS…la recherche d’une indépendance nécessaire au maintien d’une position équilibrée entre la Chine et l’URSS (pages 119/120)

(...) les liens avec l’URSS se sont distendus...Avant même la disparition de l’URSS, Moscou établit des relations diplomatiques officielles avec la République de Corée (Corée du Sud)… État successeur de l’URSS, la Russie a désormais engagé une politique d’équilibre avec les deux États Coréens, la balance penchant toutefois nettement vers Séoul. (page 121)

[Mais] soucieuse de ne pas dépendre exclusivement d’un partenariat avec la Chine – qui risquerait de placer la RPDC devant le fait accompli en raison de l’importance de la relation bilatérale entre Pékin et Washington -, la RPDC veille à rééquilibrer ses relations extérieures en favorisant notamment les échanges avec Moscou. (page 122)

« [ils] veulent donc diversifier les partenariats extérieurs, en se tournant notamment vers les pays du Tiers Monde et la Russie. » (page 117)

Le développement du programme nucléaire nord-coréen, associé à des capacités balistiques permettant d'atteindre (depuis 2017) le territoire américain, est ancien (il aurait commencé dès la fin des années 1950) et relève d'une logique de dissuasion : les Nord-Coréens considèrent que, pour empêcher une attaque américaine et ne pas subir le sort de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011, ils doivent disposer d'une capacité de riposte qui dissuadera leurs adversaires de toute attaque. Pour autant, ils soulignent qu'ils restent fondamentalement attachés non seulement à la non-prolifération des armes nucléaires mais aussi à l'élimination complète de cette arme de destruction massive (dont la seule utilisation militaire à ce jour, par les États-Unis, à Hiroshima et Nagasaki, a fait des travailleurs coréens alors présents au Japon la deuxième communauté nationale, après les Japonais, victime de l'arme nucléaire) : le 27 octobre 2016, la RPDC a été le seul État doté de l'arme nucléaire à voter pour la résolution L.41 du premier comité de l'Assemblée générale des Nations unies, en charge du désarmement – avant toutefois d'estimer ne pas être aujourd'hui en mesure de soutenir le traité sur l'interdiction des armes nucléaires adopté le 7 juillet 2017, promu notamment par la coalition ICAN, prix Nobel de la paix 2017, qui plaide non pas pour l'élimination de toutes ses armes nucléaires par la Corée du Nord, comme préalable au dialogue, sur la base des arguments avancées par les États-Unis pour soi-disant accepter de discuter avec les Nord-Coréens, mais bien pour un dialogue qui inclurait le désarmement de toute la péninsule coréenne, et à terme la négociation d'un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953.

Avec les États -Unis, le Japon constitue l’une des grandes puissances avec lesquelles la République Populaire Démocratique de Corée n’a toujours pas établi de relations diplomatiques complètes. Cette situation tient notamment à la persistance d’un certain nombre de contentieux historiques qui, de part et d’autre, bloquent toute évolution.

Le lourd dossier de la colonisation japonaise de la Corée entre 1910 et 1945 a laissé plusieurs plaies béantes : la mobilisation forcée des travailleurs coréens, l’enrôlement de jeunes Coréens dans l’armée impériale japonaise, la prostitution de quelque 200000 « femmes de réconfort » coréennes, esclaves sexuelles de l’armée impériale et le pillage des ressources de la péninsule... (page 127)

Quant à la France :

Si les relations entre la France et la République de Corée (Corée du Sud) sont anciennes - dès la proclamation du nouvel État en 1948 – la République française reste en revanche l’un des derniers pays de l’Union Européenne, avec l’Estonie, à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée. [bien que] le Général de Gaulle, à l’origine de la reconnaissance par la France de la République Populaire de Chine en 1964, décida en 1968 d’établir des relations diplomatiques avec la RPDC, [...] (page 147)

Ce combat pour la paix en Corée et dans le monde est aujourd'hui la priorité de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), fondée en 1969 pour promouvoir le dialogue et les échanges avec l'ensemble des Coréens, qui participe de la bataille pour sortir des caricatures trop fréquentes des médias sur la Corée du Nord (qui feignent aujourd'hui d'oublier que la menace d'une guerre ne provient pas des Nord-Coréens, qui subiraient des pertes incommensurables en cas d'attaque en premier, mais bien de l'administration Trump), des actions menées pour encourager les coopérations dans tous les domaines, notamment universitaires, et favoriser les actions humanitaires : alors que l'UNICEF a affirmé que les sanctions prises contre la RPDC, sans précédent dans l'histoire des Nations unies, peuvent entraîner la mort de 60 000 enfants, l'AAFC considère qu'il faut immédiatement mettre un terme aux politiques criminelles consistant à prendre en otage les populations nord-coréennes pour satisfaire les objectifs de politique intérieure des néoconservateurs américains.

Le spectaculaire rapprochement inter-coréen à l'occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud, rappelle de part et d'autre la volonté des Coréens de travailler pour la paix et la réunification, dans la continuité des sommets historiques Nord-Sud de juin 2000 et d'octobre 2007. La situation politique en République de Corée a évolué en ce sens, après que la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a été chassée du pouvoir par la rue et est aujourd'hui en prison dans l'attente de son procès, après avoir été courtisée par les dirigeants occidentaux peu regardant sur les atteintes systématiques aux droits de l'homme alors commises dans le sud de la péninsule (c'est ici dans les locaux de l'université de médecine Pierre et Marie Curie qu'elle a été faite docteur honoris causa, par la volonté du Président français François Hollande). Lors des Jeux de Pyeongchang, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a remis au Président sud-coréen Moon Jae-in une invitation à visiter le Nord, en temps utile. Il faut soutenir ce mouvement, auquel s'opposent les forces néo-conservatrices, américaines, sud-coréennes, japonaises et françaises, qui ont besoin d'un abcès de fixation pour poursuivre la course aux armements dans la région Asie-Pacifique qui devient le nouveau pivot de déploiement de la puissance militaire américaine dans le monde (avec en toile de fond la rivalité stratégique avec la Chine et la Russie, qui ne sont pas des alliées mais des partenaires de la Corée du Nord, en ayant voté à son encontre des sanctions aux effets dramatiques). Ces mêmes forces bellicistes souhaitent aussi que les États-Unis continuent à organiser plusieurs fois par an les plus grandes manœuvres militaires au monde en temps de paix, au large de la péninsule coréenne, et qui ont gagné en ampleur depuis 40 ans. Elles mènent enfin une offensive médiatique sans précédent qui doit décrire, encore et toujours, la Corée du Nord comme un enfer sur terre : la propagande de guerre est déjà à l’œuvre. Ces manœuvres à contre-courant des aspirations à la paix des Coréens, Nord comme Sud, doivent plus que jamais être contrées.

Vers la réunification ?

[…] le premier sommet inter-coréen, initialement prévu en 1994 […] s’est finalement tenu à Pyongyang du 13 au 15 juin 2000. [...]Un second sommet s’est tenu, également à Pyongyang, le 4 octobre 2007 […]. Cette seconde déclaration a consolidé les résultats déjà atteints notamment la zone économique spéciale inter-coréenne de Kaesong. (pages 97/98)

Le nationalisme coréen est une donnée politique fondamentale, et il est pour le moins surprenant de constater que les succès sportifs de l’une ou l’autre Corée sont salués par l’autre […] Dans ce contexte, la réunification, quel que soit son horizon, constitue une donnée implicite du comportement des acteurs en présence. (page 103)

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 23:50

Alors que les Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang ont mis en lumière la République de Corée (Corée du Sud), Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a été invité à présenter la Corée, dans le cadre des activités périscolaires, devant des élèves de CM2 de l'école élémentaire Arago, à Paris 14e. Retour sur une expérience nouvelle pour l'AAFC. 

La Corée expliquée aux enfants de l'école élémentaire Arago à Paris

Savez-vous situer la Corée sur une carte ? A l'aide d'une mappemonde, les élèves ont déjà été invités à localiser la péninsule coréenne - et il leur a été expliqué par la même occasion ce qu'est une péninsule, et demandé s'ils connaissaient d'autres péninsules dans le monde.

Puis, grâce à un rapide historique sur la Corée resitué dans le cadre de l'histoire du vingtième siècle, il leur a été expliqué comment la Corée, pays de plus de 76 millions d'habitants, a été divisée après avoir été libérée de l'occupation japonaise, en 1945.

En expliquant d'où venait le défilé en commun des athlètes sud et nord-coréens en ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang, l'intervenant a rappelé que le dialogue et les échanges intercoréens avaient déjà connu des progrès par le passé, surtout pendant la période 1998-2008. Toutefois, les familles coréennes séparées par la division ne peuvent toujours pas avoir d'échanges entre elles.

La séance s'est terminée par une explication sur l'écriture du coréen, les noms des élèves ayant été écrits en alphabet coréen, et la présentation des symboles nationaux - comme les drapeaux.

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 10:23

Le vendredi 9 mars à 20h00, pendant six minutes, lors du journal de la chaîne Russia Today (en français) la présentatrice Magali Forestier a interrogé Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). Le sujet bien sûr est celui du jour, l’annonce d’une rencontre entre Donald Trump et Kim-Jong-un.

Qu’est ce qui a permis ce retournement ?

- Deux interprétations possibles. Celle de Donald Trump : les sanctions ont fonctionné, l’économie du pays est au bord du gouffre, le pays n’a plus d’autre choix que la négociation. Celle de la Corée du Nord qui considère que, disposant désormais de la capacité nucléaire, elle peut négocier en position de force. Ce qui compte c’est que les deux pays voient l’opportunité de pouvoir amorcer un dialogue et peut-être arriver à solder un conflit qui a commencé avec la guerre de Corée en 1950-1953, sans traité de paix jusqu'à ce jour.

Est-ce que la politique agressive de Donald Trump a porté ses fruits ?

C’est ce qu’il pense et aujourd’hui il est flatté d’avoir une proposition qui de plus lui est transmise par un responsable des services de sécurité nationale de Corée du sud qui sont très proches de leurs homologues américains. C’est une opération de séduction de Kim Jong-un qui a fonctionné.

Donald Trump sera-t-il celui qui réussira là où ses prédécesseurs ont échoué ?

Il rêve de réussir ce que les présidents démocrates ont échoué à résoudre. Il veut montrer que sa politique non-conventionnelle est efficace.

C’est donc un moment important.

Deux sujets vont immédiatement se retrouver sur la table de négociation. Côté américain la suspension des essais nucléaires et balistiques mais aussi une dimension à long terme avec un système de contrôle international et le retour des inspecteurs de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique). Côté coréen la diminution des sanctions. Tout ceci va prendre du temps.

Comment va se dérouler cette rencontre ?

Les deux partenaires doivent apprendre à se connaître. L'actuelle vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, spécialiste des affaires américaines, a été envoyée en Occident pour mieux comprendre la mentalité de Donald Trump, qui n’est pas toujours facile à appréhender. Restent les questions du lieu à déterminer, de l’agenda et des gestes de bonne volonté possibles. Par exemple les prochaines manœuvres militaires américano-sud-coréennes pourraient être d’ampleur inférieure ou au moins pas supérieure à celle de l’année dernière. La Corée du Nord ayant arrêté plusieurs ressortissants américains, elle pourrait offrir à Donald Trump de rentrer avec eux. Si au début les discussions sont bilatérales, la nécessité d'offrir des garanties de sécurité nécessitera l’inclusion de la Russie et de la Chine dans un accord international. Il faudra donc à un certain moment une série de négociations multilatérales.

Rencontre Donald Trump – Kim Jong-un, le point de vue de l’AAFC sur les plateaux télé. Benoît Quennedey a la parole.

A 22h00 dans le journal de France 24 (en français) c’est la journaliste Florence Thomazeau qui a questionné Benoît Quennedey. Bien entendu les questions étaient quasiment les mêmes et les réponses par conséquent très semblables. Nous n’en reproduirons donc pas l’intégralité.

Pourquoi ce changement de ton entre Donald Trump et Kim Jong-un ?

Il fallait sortir de l'impasse et c’est le cas avec l’intelligence historique des deux protagonistes de saisir l’opportunité de JO.

La rencontre est due à la réussite de la politique américaine ?

Chaque partie a sa propre interprétation…

Comment la Corée du nord pourrait-elle renoncer à l’arme nucléaire qui est le fondement de sa politique ?

Le processus de négociations sera long. Elle souhaite des garanties de sécurité, de non-attaque, la levée des sanctions, l'établissement de relations bilatérales avec Washington, de l’aide économique et un processus de sécurité collective.

En 1985 et 1993 il y a déjà eu des tentatives de dénucléarisation mais qui ont échoué, pourquoi aujourd’hui cela serait-il différent ?

La différence est qu’aujourd’hui la Corée du Nord dispose d’une réelle capacité de dissuasion et qu’elle aborde les négociations avec plus de confiance. De plus une rencontre au niveau des chefs d’Etat est inédite et importante pour un pays très fier. Le processus sera complexe mais peut aboutir à la fin de la situation résultant de la guerre de 1950-1953.

La Chine est absente de ce processus apparemment mais a-t-elle pu avoir un rôle d’intermédiaire ?

La Corée du Nord a choisi pour porter son message des Sud-Coréens et de plus membres des services de sécurité, qui sont proches des milieux américains. En 2017 sur ce dossier il est vrai que la Chine a montré de la lassitude et la Russie a repris l’initiative. La Chine ne veut pas d’escalade en Asie ; elle accueille ce sommet avec optimisme et elle sait que si un système de sécurité collective est mis en place elle aura un rôle à y jouer.

Rencontre Donald Trump – Kim Jong-un, le point de vue de l’AAFC sur les plateaux télé. Benoît Quennedey a la parole.

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 23:58

Longtemps, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a été maltraitée dans les médias, ramenée à quelques clichés véhiculés par des spécialistes n'ayant jamais mis les pieds dans le pays. La récente séquence - des Jeux olympiques de Pyeongchang aux propositions de dialogue de Pyongyang - ont accentué une tendance déjà engagée avant l'apaisement récent des tensions. Le professeur Robert Charvin, doyen honoraire de la faculté de droit et de sciences économiques de Nice, vice-président de l'AAFC, auteur de plusieurs ouvrages sur la Corée et observateur attentif du traitement médiatique de la question coréenne depuis plus de trente ans, livre son analyse dans la tribune ci-après.

Encore un petit effort !

Il y a peu de temps, la Corée du Nord faisait consensus dans les grands médias : ce petit pays avait toujours tort et menaçait le monde. Dans l'éventail politique, de droite à gauche, Pyongyang était toujours coupable (y compris des pires « complots ») et son socialisme n'était pas le bon ! A gauche, il était clair que l'on préférait les socialistes ne socialisant rien plutôt qu'un régime ayant étatisé les moyens de production, fondement d'une collectivisation plus sociale à venir. Et puis la Corée du Nord étant un « petit » pays, il ne coûtait rien à personne de le dénoncer à tout propos.

Ce temps semble passé. Sur nos écrans et nos ondes, n'est plus invité un sinistre rigolo, n'ayant jamais mis les pieds à Pyongyang, armé de seules sources étasuniennes, qui depuis des années avait le monopole des analyses sur la Corée lorsqu'elle était à l'ordre du jour médiatique. On n' entendra plus ses inepties, révélant son inculture et sa mauvaise foi politique. Comme si la tornade des stupidités de Trump sur la Corée, comme sur les autres questions, avait vacciné les médias qui, sans avoir atteint le stade de la guérison, voient leur pathologie nord-coréenne régresser.

Des universitaires compétents (tels le professeur Maurus ou Madame Morillot, par exemple) commencent à intervenir sur les différentes chaînes de radio ou de télévision pour parler avec sérieux de cette Corée du Nord que de si nombreux journalistes, allant dans le sens du vent, ont longtemps si mal traitée sans le moindre scrupule déontologique. Visiblement, les rédacteurs en chef ont renouvelé leur carnet d'adresses. Tous les espoirs sont permis !

Les Jeux olympiques d'hiver en Corée du Sud, qui ont été l'occasion d'un rapprochement entre le Nord et le Sud, malgré l'hostilité des États-Unis, ont perturbé l'agressivité et l'ironie méprisante d'hier pour laisser place à un simple scepticisme sur la « bonne volonté » des Nord-Coréens qui s'affaiblit encore avec l'annonce d'un prochain sommet nord-sud.

Il y a du mieux, décidément : il y a quelques mois, on s'inquiétait dans certaines rédactions d'un « éventuel » débarquement des hordes de Pyongyang sur les côtes étasuniennes, après un « possible » bombardement nucléaire ! Le malheur pour cette bonne presse, c'est que le nouveau Président de Corée du Sud n'a pas la même servilité vis-à-vis des Etats-Unis que l'ancienne Présidente aujourd'hui incarcérée pour corruption et contre laquelle le Parquet de Séoul réclame 30 ans de prison ! A moins d'être naturalisé yankee, comment être plus sud-coréen que les Sud-Coréens eux-mêmes ? La tâche de nos chers médias est ainsi devenue plus complexe et les journalistes prétendument « spécialisés » vont devoir se mettre à travailler sur l'histoire de la Corée, sur le confucianisme et sur la persévérance de Pyongyang à demander à Séoul comme à Washington l'ouverture de négociations !

Sans Pékin et Moscou, les grands voisins pourtant très prudents, n'y aurait-il pas déjà eu liquidation par les forces « civilisatrices » du Pentagone de ce petit pays qui ose affirmer sa souveraineté face à la première puissance mondiale ! Sous les applaudissements des médias aux ordres...

Désormais, il va peut-être falloir que les braves journalistes, tous « indépendants et d'esprit critique », se mettent à réfléchir sur ces « broutilles » que sont les conséquences sociales, économiques, politiques et culturelles d'un embargo sévère qui dure depuis près de 70 ans, après une guerre dévastatrice, sur un peuple et contre un régime !

Ceux qui écrivent ou bavardent dans les médias vont aller peut-être jusqu'à s'interroger philosophiquement, comme l'a fait Montesquieu, avec ironie, au XVIIIe siècle, à propos des Persans : « Comment peut-on être Coréen du Nord ? ». A l'heure du « monde fini qui commence », vont-ils admettre qu'il soit possible d'être ni Français, ni Européen, ni Occidental et de vivre bien que privés de TF1, de BFM, de la publicité, du Front National, du PSG et de la succession de Johnny, dans un pays sans chômage, où la santé, l'éducation et le logement sont quasiment gratuits.

Dans la presse progressiste elle-même, ira-t-on jusqu'à se rallier à la position de Régis Debray (publiée par l'Humanité du 31.01.2017) : « Quand Marx ne donne pas la main à Bolivar, ça ne marche pas !» ; en remplaçant Bolivar par Confucius et en songeant qu'il a fallu au peuple coréen et au Parti du Travail une sacré capacité de résistance pour survivre et progresser malgré de très faibles moyens, alors que tant d'autres partis sont morts ou moribonds ! Il est vrai que certains « révolutionnaires » occidentaux cultivent la nostalgie et préfèrent les vaincus à ceux qui, tant bien que mal, y compris à l'aide d'un parti unique, ont tenu bon face au reste du monde (y compris leurs alliés) !

La nostalgie est plus confortable, y compris électoralement, que la solidarité à contre-courant !

Ces discrètes mutations médiatiques sont une revanche pour ceux qui ont été pris pour des fous, des dogmatiques, voire des mercenaires, durant de longues années, non seulement par leurs adversaires politiques mais aussi par leurs amis.

Notre espérance renaît si les journalistes dans leur ensemble s'y mettent, même s'ils restent très « prudents » !

Encore un petit effort, Messieurs et Mesdames, et merci d'avance pour quelques nouveaux pas vers plus d'intelligence du réel !

Robert Charvin, 4 mars 2018

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