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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 08:28

Séparées par des milliers de kilomètres, la République de Cuba et la République populaire démocratique de Corée sont deux nations soumises à des agressions et à des sanctions de la part des États-Unis et de leurs alliés. États en résistance, les deux républiques sont également la cible de campagnes médiatiques de dénigrement à grande échelle depuis plusieurs décennies, rabaissant, pour une grande majorité du public, la connaissance de leurs réalités à des clichés et des stéréotypes véhiculés par leurs adversaires. Soucieux de resituer chacune des deux républiques dans son contexte historique et actuel, le Comité jeunes et étudiants de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé une réunion publique « Cuba et la Corée du Nord à l’épreuve de la guerre médiatique » le 26 juin 2018 à Paris, avec pour intervenants :

- pour Cuba, Viktor Dedaj, administrateur du site d’information legrandsoir.info, co-auteur (avec Danielle Bleitrach et Jacques-François Bonaldi) du livre Cuba est une île

- pour la Corée, le colonel Alain Corvez, ancien conseiller du général commandant la Force des Nations unies déployée au Sud-Liban (FINUL) et ancien conseiller en relations internationales aux ministères de la Défense et de l’Intérieur, se revendiquant du gaullisme et par ailleurs membre du comité Valmy.

La réunion, à laquelle ont participé des diplomates et/ou des représentants de la République populaire démocratique de Corée, de la République de Cuba et de la République bolivarienne du Venezuela, a été animée par Loïc Ramirez, président du Comité jeunes et étudiants de l'AAFC. 

Cuba et la Corée du Nord à l'épreuve de la guerre médiatique

En ouverture, Viktor Dedaj a tenu à rappeler le danger qui pèse sur la vie de Julian Assange, retenu depuis six ans à l'ambassade d'Equateur à Londres, et qui fait l'objet d'une violente vindicte américaine.

Il a ensuite souligné que la République de Cuba constituait un excellent exemple de désinformation, situé à l'épicentre des lignes de fracture Est-Ouest et Nord-Sud. Pour comprendre quels pays sont critiqués par les médias dominants, Viktor Dedaj a souligné la nécessité de réfléchir sur le modèle de société adopté dans les différents Etats de la planète :
- un premier cas de figure porte sur les pays dont les modèles est comparable au nôtre, qui ne sont pas critiqués dans la mesure où notre modèle économique et social est présenté comme le meilleur possible ;
- un deuxième cas concerne des pays dont le modèle économique et social est proche de celui des Etats occidentaux, comme le Venezuela - qui a fondamentalement une économie de marché et un système politique multipartite - mais qui ne sont pas pour autant exempts de critiques par les médias, le Venezuela étant ainsi régulièrement qualifié de "dictature" ;

- un troisième cas de figure porte sur les pays dont le modèle de société n'est en rien occidental, mais qui échappent pourtant à la critique systématique : l'Arabie Saoudite, bien qu'étant une dictature théologique de droite, n'est jamais stipendiée comme telle ; la Corée du Sud des généraux relevait aussi de cette catégorie ;
- une quatrième catégorie englobe les pays dont le système économique et social est différent du nôtre, et qui font l'objet de critiques nombreuses et systématiques (Cuba, la République populaire démocratique de Corée - Corée du Nord -, l'Iran...).


Ce rapide tour d'horizon montre qu'un pays n'est pas critiqué suivant son modèle économique et social ; le degré de mise en cause médiatique par la doxa occidentale dépend en réalité de son degré de résistance, que celle-ci soit à bon ou à mauvais escient. Et c'est bien tout le malheur de Cuba : avoir osé défié la superpuissance américaine toute proche, l'île n'étant située qu'à 150 kilomètres des côtes américaines.

Viktor Dedaj a ensuite examiné les axes du processus de désinformation. Celle-ci a comme instrument privilégié les fausses nouvelles, ou faked news, en mobilisant plusieurs moyens :
- le vocabulaire utilisé : dans le cas de Cuba, employer le termes "embargo" plutôt que celui (correspondant pourtant à la réalité, inavouable car relevant de la catégorie du crime contre l'humanité) de "blocus" ; désigner Fidel Castro comme le Leader Maximo, terme qu'on ne trouve nulle part dans les textes officiels cubains... ; 
- le deuxième outil repose sur la décontextualisation : l'agressivité américaine sera tue, le blocus sera présenté comme ayant prétendument été levé ; s'agissant enfin de l'accusation de terrorisme, on oubliera opportunément que 3000 attentats - faisant autant de morts (et, rapporté à la population française, l'équivalent de 20 000 morts) - ont été commis à Cuba ;

- le troisième outil est la fabrication de récits, comme celui d'Armando Valladarès, prisonnier qui écrit (un poète), en tout cas ancien policier du régime de Batista, arrêté pour avoir transporté des explosifs pour préparer des attentats contre Cuba socialiste, et faux paralytique. 

Les mêmes pays qui se revendiquent de l'Etat de droit n'ont pas hésité à le bafouer ouvertement : la loi Helms-Burton a ouvert le bal des lois d'extraterritorialité, ignorant le principe fondamental de territorialité de la loi (à savoir que la loi américaine s'applique aux Etats-Unis et pas dans le monde entier). Elle vise ouvertement le changement de régime économique et social à Cuba, et prévoit même que ceux qui se disent victimes de l'Etat cubain fixent eux-mêmes le montant des remboursements auxquels ils estiment avoir droit : nul doute que les multinationales feront preuve, comme toujours, de pondération et de modération, pour ne pas porter atteinte au bien-être du peuple cubain en réclamant des dommages et intérêts trop élevés. 

Le Colonel Corvez a ensuite abordé le cas nord-coréen, qu'il a étudié à partir de sa formation de géopoliticien. Ayant rappelé le paroxysme des tensions autour de la péninsule coréenne tout au long de l'année 2017, il avait alors affirmé (notamment dans une tribune de septembre 2017 intitulée "Corée : ne pas confondre coercition et dissuasion) que le danger d'éclatement d'une troisième guerre mondiale devait être écarté. En effet, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a parfaitement assimilé le concept de dissuasion nucléaire, et c'est parce que la Corée du Nord dispose désormais d'une force de dissuasion que - à l'instar de la France du général de Gaulle - le risque de guerre nucléaire esr désormais écarté. A cet égard, Alain Corvez rappelle la réponse faite par de Gaulle à Alain Peyrefitte sur le risque que comportait l'arme nucléaire française selon le porte-parole du Gouvernement à cette époque : 

Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale «C’était de Gaulle» rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion :

«J’allais lui demander: ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)

Il me répond tranquillement: Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé».

L'arme nucléaire est une menace pour l'humanité dont il faut se débarrasser. Mais en attendant la réalisation de cette promesse de fin de l'arme nucléaire, celle-ci constitue aujourd'hui une arme de non-emploi (à l'exception évidemment des bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki), dont la détention garantit l'absence d'attaque - et donc la paix. 

Toujours selon le Colonel Corvez, le sommet de Singapour du 12 juin 2018 a été la conséquence de la prise de conscience, par le Président Donald Trump, que la guerre nucléaire étant impossible, seule restait l'issue de la négociation. Le sommet a eu lieu aux conditions fixées par les Nord-Coréens, qui ont obtenu que le texte adopté évoque la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne (ce qui remet en cause la présence éventuelle d'armes nucléaires américaines en Corée du Sud, voire le parapluie nucléaire militaire américain sur la Corée du Sud) et que n'y figure pas, à ce stade, la formule, contraignante, de "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible", mais seulement celle de denucléarisation "complète" et - comme cela vient d'être souligné - de toute la péninsule coréenne, à égalité de devoirs pour chacune des parties signataires. Cependant, pour sa part, le président américain peut se prévaloir d'être le premier commandant en chef des Etats-Unis à avoir réussi une telle négociation avec la Corée du Nord, là où ses prédécesseurs ont échoué. 

Au regard du précédent iranien, Alain Corvez a cependant exprimé sa conviction que la RPD de Corée ne procédera pas à sa dénucléarisation tant que les troupes américaines demeureront en Corée du Sud. 

L'accord trouvé entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un a toutefois soulevé une levée de boucliers de tous ceux qui s'opposent au président américain. A cet égard, les processus de désinformation à l'oeuvre pour Cuba se retrouvent dans le cas nord-coréen, et notamment la diffusion massive de fausses informations : faux écrivains comme Bandi, dissidents mentant sur ce qu'ils ont vécu (comme Park Yeon-mi et Shin Dong-hyuk, qui a eu, quant à lui, le mérite de se mettre en retrait, mais dont les ouvrages n'ont, eux, pas disparu des rayonnages des bibliothèques et des librairies). Tous les médias occidentaux prêtent leurs micros à ces auteurs ou à leurs porte-voix, amplifiant l'écho de prospères entreprises de propagande, ces ouvrages constituant les best-sellers sur la Corée du Nord, grâce à des diffusions massives en librairie sans équivalent pour aucun autre livre sur le même thème : le conditionnement des opinions publiques est à ce prix. 

Pour lutter contre la "mal-information", qui relève du mauvais exercice de la profession de journaliste, Viktor Dedaj a développé une méthode identifiant les contradictions du discours (les "ruptures narratives"), qu'il présente dans le cadre d' "ateliers d'auto-défense intellectuelle". 

En conclusion, Viktor Dedaj a appelé à mettre en avant certaines vérités tues par les médias dominants. Ainsi, Cuba a développé le plus fortement au monde l'agriculture biologique ; 40 000 médecins cubains sont envoyés gratuitement à l'étranger, pour des salaires modestes car ils ont embrassé leur profession par vocation et non par appât du gain. A Cuba, le médecin de quartier est par ailleurs responsable pénalement de ses fautes éventuelles dans les soins qu'il apporte aux familles de son périmètre d'intervention. Pour sa part, la Corée du Nord a généralisé la santé et l'éducation gratuites, adopté en 1946 la loi la plus avancée d'Asie de l'Est sur l'égalité femmes-hommes et apporté un soutien constant aux luttes de libération nationale des peuples soumis aux jougs colonial puis néo-colonial.

Cuba et la Corée du Nord à l'épreuve de la guerre médiatique
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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 21:56

Alors que le président nord-coréen Kim Jong-un a achevé sa troisième visite en Chine en l'espace de trois mois, et que le président sud-coréen Moon Jae-in s'apprête à partir pour la Russie pour rencontrer le président Vladimir Poutine (et accessoirement assister au match de la coupe du monde du football entre la Corée du Sud et le Mexique), la recomposition diplomatique en cours s'accélère, après le sommet de Singapour entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un. Pour sa part, le président américain s'est concerté avec son allié sud-coréen pour ne pas mener en août prochain les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes - conformément à l'engagement qu'il avait pris de cesser les "exercices de guerre" "provocateurs" vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Analyse - avec en annexe un compte rendu de l'entretien donné par le président de l'AAFC à RT France le 19 juin 2018.

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Le chemin sera long sur la voie de la normalisation des relations entre les Etats-Unis et la RPD de Corée, d'autant que la dénucléarisation de la péninsule coréenne devra avoir pour contrepartie des garanties de sécurité à l'égard de la Corée du Nord non seulement de la part des Etats-Unis, mais aussi dans un cadre collectif amené à impliquer la Chine et la Russie. Dans ce contexte, il est logique que Pékin et Moscou souhaitent être étroitement associés au processus de recomposition diplomatique en cours. Si le troisième sommet entre Xi Jinping et Kim Jong-un a porté sur la dénucléarisation de la Corée, les relations bilatérales et l'amélioration des échanges économiques (en mettant notamment l'accent sur le renforcement des liaisons de transport, la présence du Premier ministre Pak Pong-ju aux côtés du dirigeant nord-coréen étant symptomatique de la priorité donnée au développement économique), une nouvelle fois le dirigeant nord-coréen a très certainement informé son allié chinois (en vertu du traité d'alliance de 1961, toujours valide) des résultats de sa rencontre avec le Président Trump - le numéro un chinois avait déjà rappelé, lors de sa première rencontre de 2018 avec le Président du Parti du travail de Corée, qu'il entendait réaffirmer l'alliance stratégique Pékin-Pyongyang, ce qui implique des échanges d'informations en ce domaine.

La Russie, d'une certaine manière en concurrence avec la Chine pour être un partenaire sinon privilégié du moins majeur de Pyongyang,  alors qu'elle n'est plus le principal partenaire politique et économique de la RPD de Corée depuis la disparition de l'URSS, a une diplomatie plus audacieuse : elle mentionne plus directement que la Chine a la nécessité de lever les sanctions économiques qui frappent la RPDC sans attendre la fin du processus de dénucléarisation qui, selon les experts, prendra des années. C'est en ce sens qu'il faut interpréter la visite d'Etat, au cours des prochains jours, de Moon Jae-in en Russie : alors que le dialogue direct qui s'est établi entre Washington et Pyongyang, avec Pékin en juge de paix, pourrait tendre à marginaliser Moscou et Séoul sur les questions de sécurité, ces deux capitales réaffirment leurs convergences de vue en ce domaine, dessinant une possible convergence qui permettrait à la Corée du Sud de s'affranchir (un peu) de la tutelle militaire américaine sans nécessairement devoir se coordonner avec la Chine (d'autant que le contentieux bilatéral sur le déploiement de THAAD n'est pas entièrement soldé). La Russie n'est peut-être plus un acteur économique majeur en Asie du Nord-Est, mais elle reste un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et a une courte frontière commune avec la Corée du Nord : alors que la relance du contentieux commercial entre Pékin et Washington ne fait pas nécessairement de la Chine le meilleur arbitre d'un différend potentiel entre la Corée du Nord et les Etats-Unis sur le rythme, les modalités et le contreparties du processus de dénucléarisation, la Russie pourra utilement apporter ses bons offices. Dans l'immédiat, il s'agit pour elle de ne pas être marginalisée dans le processus multilatéral en cours - si elle a été partie aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la Corée, elle ne figurait pas (de même que le Japon) dans les pourparlers à quatre qui s'étaient mis en place lors de la première crise nucléaire, dans les années 1990.

Reste l'inconnue japonaise. Le très conservateur Premier ministre japonais Shinzo Abe a dû être réconforté que Donald Trump ne signe pas un accord global détaillé le 12 juin 2018 : Tokyo a le temps d'infléchir sa stratégie d'intransigeance à l'égard de Pyongyang, le temps de voir la rapidité - ou non - de la résolution des questions en suspens entre la RPD de Corée et les Etats-Unis d'Amérique. Dans tous les cas, fautes d'alliés de premier plan pour maintenir une pression maximale sur Pyongyang, le Japon doit déjà se préparer à une inflexion diplomatique, qui pourrait passer par une normalisation des relations diplomatiques, voire une visite de Shinzo Abe à Pyongyang - tout en continuant certainement à défendre des positions sceptiques tendant à parier sur l'échec des discussions américano - nord-coréennes.

Annexe : compte rendu de l'interview sur RT France le 19 juin 2018, au journal de 21h

Magali Forestier (MF), présentatrice du journal télévisé reçoit le président de l’AAFC, Benoit Quennedey (BQ).

-MF : Donald Trump suspend les prochains exercices de guerre, il respecte ses engagements, c’était une volonté de la Corée du nord qui les considérait comme une agression.

-BQ : Ces exercices de guerre sont les plus grandes manœuvres militaires en temps de paix, et elles n’ont cessé de gagner en ampleur depuis leur début dans les années 1970. C’est d’ailleurs Donald Trump lui-même qui utilise le terme "exercices de guerre" en remarquant qu’ils ont un caractère "provocateur". Ceux-ci s'inscrivent dans le cadre des dispositifs OPLAN qui ont pour but un changement de régime à Pyongyang. Cette suspension tant qu’il y a des négociations en cours et que la Corée du Nord arrête ses essais nucléaires et de tirs balistiques intercontinentaux revêt une importance considérable. En d"autres termes, on crée les conditions de la confiance pour engager le dialogue sur une bonne voie.

-MF : Aujourd’hui le leader nord-coréen est en Chine, quel est l’objet de cette visite ?

-BQ : C’est la troisième visite en trois mois. La Chine est le poumon économique de la Corée du Nord. Celle-ci est étranglée par des sanctions économiques. Donald Trump a dit que la levée des sanctions n’était pas à l’ordre du jour. Mais au-delà du vote par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine a une certaine marge de manœuvre dans leur application. Le premier objectif des Nord-Coréens est d’obtenir un soutien chinois en cas d’échec des négociations avec les Américains et déjà de subir une application moins stricte des sanctions. Deuxième objectif important : la Chine et la Corée du Nord restent liées par une alliance militaire datant de 1961, aux termes de laquelle les deux parties doivent se consulter sur les questions d’intérêt mutuel. On peut donc penser que les Nord-Coréens ont rendu compte de la rencontre avec le président Donald Trump, ce qui répond aussi à la volonté des Chinois d’être pleinement partie prenante du jeu diplomatique qui se met en place.

-MF : Cette cessation des manœuvres militaires fait extrêmement peur au Japon qui a toujours compté sur son allié américain pour protéger cette région. Donald Trump prend des décisions sans même consulter ses alliés historiques...

-BQ : Lors de son annonce du 12 juin, ni le commandement américain, ni la Corée du Sud n’avaient manifestement été informés et ils ont réagi avec surprise. Le Japon est dans un situation de confrontation ancienne avec la Corée du Nord au point d’avoir participé aux récentes manœuvres militaires américano-Sud-Coréennes. Le Japon a poussé à la montée des tensions et est aujourd’hui dans une position jusqu'au-boutiste dans laquelle il s’est un peu marginalisé. Comme lors de l’établissement des relations entre les Etats-Unis et la Chine populaire en 1972 le Japon ne veut pas être marginalisé… On peut penser que le Japon vise un sommet avec la Corée du Nord. Dans le jeu diplomatique en cours c’est la dernière pièce du puzzle qui manque.

- MF : Donald Trump a tendance à annoncer les choses de façon rapide sans même consulter parfois ses conseillers à la défense. Il semble que certains membres du Pentagone aient été surpris.

BQ : Les membres du Pentagone sont extrêmement réticents vis-à-vis de la Corée du Nord qu’ils considèrent comme un pays retors et susceptible de ne pas tenir ses engagements, mais les Etats-Unis ont montré qu’ils ne tenaient pas non plus leurs engagements. On est dans un jeu de poker menteur. Il faut aussi voir que dans l’administration américaine il n’y pas un bloc homogène. Entre Mike Pompeo qui est devenu l’interlocuteur des Nord-Coréens et qui a rencontré plusieurs fois Kim Jong-un à Pyongyang, et John Bolton le faucon interventionniste qui justifie la guerre en Irak, hier, aujourd’hui et s'il le faut demain, les positions ne sont pas du tout les mêmes. Il est probable que, pour ne pas avoir de bâtons dans les roues, Donald Trump a choisi les interlocuteurs qu'il a mis dans la confidence.

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 11:47

Le 9 juin 2018, à la veille du sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour le 12 juin dernier, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a été invité par l'association Rennes-Chine à s'exprimer sur les relations sino-coréennes, ainsi que sur l'actualité du processus de paix. Cette conférence-débat a été organisée avec le soutien du comité Bretagne de l'AAFC - et notamment d'Yves et Thérèse Broustail à la fois membres de Rennes-Chine et responsables de l'AAFC-Bretagne, avec Djimadoum Ley-Ngardigal, président du comité régional Bretagne de l'AAFC. L’association Rennes Chine est la continuatrice locale de l’Association des Amitiés Franco-Chinoises créée en 1952 et dissoute en 1989. A ce titre elle est membre de la Fédération des Associations Franco-chinoises. Tout en remerciant l'association Rennes-Chine pour cette initiative, et plus particulièrement sa présidente Marie-Madeleine Flambard, nous reproduisons ci-après le compte rendu de cette manifestation publiée par Rennes-Chine.

Débat à Rennes sur les relations sino-coréennes

Préalablement à la conférence, l'association Rennes-Chine avait publié un flyer que nous reproduisons ci-après.

La Chine,la Corée et la paix

L’Association Rennes-Chine vous propose une rencontre avec Benoît Quennedey  le samedi 9 juin à 15 h, consacrée aux relations anciennes et actuelles entre la Chine et la Corée axée sur la recherche d’une paix durable dans la péninsule coréenne. Que savons-nous de la Corée ? La Corée a été annexée par le Japon en 1910. Au lendemain de la capitulation du Japon le 15 août 1945, la Corée, après trente-cinq années d’occupation japonaise, a été divisée de part et d’autre du 38e  parallèle, ligne  de démarcation des zones d’occupation américaine et soviétique.

 La mise en place par les Etats-Unis dès 1947 d’un gouvernement séparé au sud (création en mai 1948 de la République de Corée au sud), puis de la République populaire démocratique de Corée au nord en septembre 1948, a entériné la division de la nation coréenne. Cette partition arbitraire a engendré la guerre de Corée de 1950 à 1953, qui a causé près de trois millions de morts. La Chine a participé aux côtés du peuple coréen à la lutte contre les troupes américaines (le fils aîné du président Mao Zedong,  Mao Anying est mort sous les bombardements américains en 1950). La République Populaire de Chine fut signataire, ainsi que la Corée du Nord et les Etats-Unis, de l’accord d’armistice de Panmunjom en 1953.

Depuis plus d’un demi-siècle, aucun traité de paix n’a été conclu après l’armistice. Près de 30 000 soldats américains stationnent toujours au sud. Malgré la séparation de millions de familles, les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, constituent un seul peuple, partageant une même langue et une histoire commune de plus de 5 000 ans. Aujourd’hui après de multiples épisodes de confrontation et d’épreuves un processus de paix est engagé qui inclut toutes les parties. Le 12 juin, les présidents Kim Jong-un et Donald Trump se sont donnés rendez-vous  à Singapour.

Benoît Quennedey  président de L’Association d’amitié franco-coréenne, ancien élève de l’ENA, a visité à de nombreuses reprises la Corée du Nord, la Corée du Sud et la préfecture autonome coréenne de Yanbian dans la province chinoise de Jilin. Invité régulièrement dans les médias comme expert sur la Corée, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La Corée du Nord cette inconnue » aux éditions Delga.

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Le lac de cratère à la frontière de la Chine et de la Corée, au sommet du Mont Paektu en coréen ou Chang Bai Shan en chinois. L’une des premières phrases du président sud-coréen,  Moon Jae-in à son homologue nord-coréen lors du sommet du 27 avril 2018 a été de dire combien il voulait aller au mont Paektu et Kim Jong-un l’a invité à y venir : c’est la montagne sacrée de tous les Coréens.

Le lac de cratère à la frontière de la Chine et de la Corée, au sommet du Mont Paektu en coréen ou Chang Bai Shan en chinois. L’une des premières phrases du président sud-coréen, Moon Jae-in à son homologue nord-coréen lors du sommet du 27 avril 2018 a été de dire combien il voulait aller au mont Paektu et Kim Jong-un l’a invité à y venir : c’est la montagne sacrée de tous les Coréens.

Compte-rendu de la conférence

Malgré les mauvaises conditions météo annoncées (alerte orange aux orages et inondations) plus de 40 personnes ont participé aux deux heures et demie d’exposé et de débat.

Tout d’abord pendant une heure très dense, le conférencier a balayé plusieurs millénaires d’histoire commune mais aussi singulière des peuples et états chinois et coréen(s). Il serait trop long de vouloir reprendre tout ce qui a été dit sur les aspects culturels, linguistiques etc. depuis la haute antiquité mais l’assistance était très attentive. Une histoire partagée fondée sur des bonnes relations de voisinage géographique mais aussi sur des relations inter-étatiques d’intérêts. Aujourd’hui la Corée du Sud est dans une alliance avec les Etats-Unis mais a des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine depuis 1992, qui est devenue par ailleurs son premier partenaire dans les échanges économiques. La Corée du Nord est formellement toujours liée avec la Chine par le Traité d’Amitié, de Coopération et d’Assistance Mutuelle signé le 11 juillet 1961 à Beijing par Zhou Enlai et Kim Il-sung.

L’accent a été mis sur les tensions entre la Chine et la Corée du Sud suite à l’accord de cette dernière pour l’installation sur son sol du système américain de protection anti-missiles THAAD dont, aux yeux des Chinois, le prétexte nord-coréen cache la réalité de menaces contre la défense nationale Chinoise.

Les deux rencontres récentes entre les leaders chinois et nord-coréen montrent l’importance réciproque accordée par ces deux pays au processus en cours. La question de la levée des sanctions a probablement été abordée. La Chine n’est pas marginalisée ; elle sera forcément partie prenante dans la résolution du dernier conflit issu de la guerre froide et elle y a de plus un intérêt pour développer économiquement sa région Nord-Est. L’engagement de Kim Jong-un correspond entièrement aux aspirations chinoises de baisse des tensions, de stabilité et de prospérité économique.

Débat à Rennes sur les relations sino-coréennes

Place aux questions.

Ensuite 90 minutes de questions/réponses dans une ambiance calme et presque studieuse :

Avec un leader nord-coréen presque divinisé dans son pays comment envisager l’évolution des relations Nord-Sud ?

Benoît Quennedey rappelle l’origine de cette relation aux dirigeants, et fait aussi remarquer qu’il n’y a pas de badge à l’effigie de Kim Jong-un ni de portraits omniprésents de sa personne. Balayage des différents types d’unification avec l’Allemagne, le Yémen, Chine/Hong Kong et Macao et les visions des deux Corées dont celle du Sud qui s’inspire de l’Union européenne.

Comment les Nord-Coréens ont-ils obtenu l’arme nucléaire ?

Ils ont probablement bénéficié d’aide de certains experts pakistanais et peut-être avec l’effondrement de l’URSS de certains ex-soviétiques mais ils ont de très bons chercheurs et leur niveau en mathématiques et physique est avéré.

Quel est le poids du complexe militaro-industriel nord-coréen ?

« J’ai écrit un livre sur l’économie de ce pays mais je ne peux pas vous donner une réponse précise ». En effet le poids de l’armée est important mais celle-ci fait beaucoup de choses dans le domaine économique. On peut estimer ce poids entre un quart et un tiers du PIB.

Comment les Nord-Coréens voient-ils l’évolution des choses ?

Le Sud a souvent été perçu comme un lieu de corruption et de dépendance par rapport aux Etats-Unis mais cette perception évolue.

Quel est le taux de croissance, quelle est la place des jeunes et des femmes ?

Depuis pas mal d’années, le Nord ne publie plus de statistiques économiques, le Sud le fait mais elles sont souvent biaisées politiquement. « Selon les données du Sud, il y aurait eu de 1999 à nos jours de 1 à 2% de croissance par an mais je pense que c’est plutôt de 3 à 5 % »..  La place des femmes a grandi dans le domaine économique et en particulier avec la nécessité à la fin des années 1990, face aux grandes difficultés, de survivre sans compter sur l’Etat. Le nombre de divorces a augmenté. Au Nord, la pratique de l’IVG est plus libérale qu’au Sud.

Pouvez-vous comparer les systèmes éducatifs du Nord et du Sud ?

Les étudiants du Nord sont salariés par l’Etat. Au Sud les universités sont dirigées par les grands consortiums comme Samsung. A noter que durant le régime de dictature militaire au Sud les universités étaient des foyers de résistance étudiante.

Ensuite les questions se sont tournées nettement vers l’actualité symbolisée par l’approche du sommet historique de Singapour, les intérêts du Nord, des Etats-Unis, de la Chine, du Japon, leurs approches réciproques.

Le conférencier, après avoir détaillé les options possibles, a conclu en donnant sa vision personnelle.

Pour le Nord, le développement économique est une priorité. Si les sanctions peuvent être levées et des garanties de sécurité obtenues, ce sera une bonne affaire et cela vaut la peine d’essayer. Probablement que la rencontre du 12 juin débouchera sur l’établissement d’un cadre général pour l’ouverture de longues négociations impliquant des contreparties réciproques à chaque étape de compromis et le renforcement de la paix.

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 14:38

Le sommet de Sentosa, à Singapour, le 12 juin 2018 a donné lieu à une importante couverture médiatique : le matin du sommet, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu sur le plateau de RT France ; le soir même, il faisait partie des experts invités par France 24 pour s'exprimer dans le cadre du débat d'actualité The Debate. Nous rendons compte ci-après de ces deux émissions.

Intervention de Benoît Quennedey au journal télévision de RT France le 12 juin 2018, à 7h (heure de Paris), alors qu’une déclaration - dont le contenu n'était alors pas encore connue - était annoncée à l’issue du sommet (en cours).

La journaliste Dora Abdel Razic (DAR) interroge Benoît Quennedey (BQ), président de l’AAFC.

DAR : Kim Jong-un est apparu souriant face à Donald Trump, les deux hommes ont un caractère imprévisible, quel scénario prévoyez-vous pour les heures à venir ?

BQ : Ce sommet historique entre un président américain en exercice et le dirigeant suprême nord-coréen a été voulu par les deux parties. Rien n’a été laissé au hasard, compte tenu du passé d’hostilité entre les deux pays. Cette rencontre avec un président américain en exercice est un objectif de longue date de la Corée du Nord. Kim Jong-un est souriant mais le fait que Trump ait l’air grave a été étudié pour ne pas troubler une partie des Américains.

DAR : Un dirigeant va-t-il avoir l’ascendant sur l’autre ?

BQ : Non, car ce serait une humiliation pour chacun des deux. L’important est la déclaration qui va être signée. Elle comprendra sans doute l’objectif de dénucléarisation, mais s’agira-t-il de la seule Corée du Nord ou, comme dans la récente déclaration commune Nord-Sud, de l’ensemble de la péninsule, donc aussi du territoire sud-coréen ? Un signal concernant la levée des sanctions sera-t-il donné ? L’objectif d’une paix durable et peut-être aussi des annonces de visite de Kim Jong-un aux Etats-Unis ou de Donald Trump en RPDC peuvent être envisagés.

DAR : Sur ces différents dossiers quelle est la place des autres acteurs, Corée du Sud, Chine … ?

BQ : Jusqu’ici l’approche américaine était multilatérale jusqu’à ce que Donald Trump, à l’automne 2017, menace de détruire la RPDC. On mesure donc le chemin parcouru. Pour la Corée du Sud, comme l'a observé le Président Moon Jae-in,  c’est le début d’un long processus, car aujourd’hui ce sera la signature d’une déclaration de principes plus que la présentation d’une feuille de route. Bien sûr, la Chine dont le dirigeant a rencontré deux fois en 40 jours son homologue nord-coréen, ne peut qu’approuver cette démarche de dialogue qu’elle a toujours appelée de ses vœux. Si un traité de paix remplace l’armistice, la Chine sera partie prenante, ayant participé au conflit de 1950-1953. Elle aura aussi un rôle à jouer dans le système de garanties collectives de sécurité que la Corée du Nord exigera en contrepartie de sa dénucléarisation. La Russie a aussi un rôle à jouer dans un tel système et une rencontre est d’ailleurs prévue entre les dirigeants russe et nord-coréen.

DAR : On a vu la destruction du site d’essais nucléaires nord-coréen, est-ce un pas en avant, un signe positif ?

BQ : Oui, et les Nord-Coréens ont multiplié les gestes concrets avec aussi la libération des trois ressortissants américains qui étaient emprisonnés.  Maintenant la RPDC attend des gestes concrets des Américains et pas seulement des déclarations d’intentions. Elle attend de voir ce qu’ils vont mettre sur la table des négociations.

The Debate (Le débat) sur France 24 (version anglophone). Le 12 juin2018, le journaliste franco-américain François Picard anime une émission de 19h10 à 20h00 sur la « poignée de mains historique » à Singapour.

Deux participants en duplex depuis les Etats-Unis : Katharine Moon (KM) titulaire de la chaire d’études Asiatiques Wasserman au collège Wellesley (Massachusetts), d’origine coréenne, et Sam Nunberg (SN) ancien conseiller de la campagne électorale de Donald Trump.

Deux participants français sur le plateau : Antoine Bondaz, enseignant à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, et Benoît Quennedey, président de l’AAFC. Compte tenu de la longueur de ce débat seuls des extraits sont repris ci-après.

L’animateur (A) s’adresse en premier à Katharine Moon pour lui demander, en entendant la voix de Kim Jong-un évoquer un avenir brillant pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC), ce qu’elle en pense de cette déclaration.

KM : Cela fait deux fois que je l’entends parler et je dois dire qu’il manie la langue coréenne avec éloquence, avec gravité et en utilisant des mots très simples. Il est très efficace et j’ai été impressionnée ces deux foix. Il semble très à l’aise et très désireux d’être pleinement un nouvel acteur sur la scène internationale

A : Nous avons toujours du mal à comprendre la structure du pouvoir à Pyongyang. Est-il vraiment le seul à tenir les rênes du pouvoir ?

KM : Oui, c’est lui qui dirige mais la Corée du Nord est un pays complexe et il doit prendre en compte des intérêts différents. Il a des défis importants à relever. D’abord gérer le commandement militaire qui se voit mis de côté avec les pourparlers. Economiquement il doit aussi tenir compte de ceux qui se sont enrichis avec les réformes et qui se demandent s’ils vont être les gagnants ou les perdants des annonces qui ont été faites très clairement.

A : Antoine Bondaz, qu’en pensez-vous ?

AB : C’est une rencontre historique mais pas un accord technique de dénucléarisation, ni même quelque chose se rapprochant de ce qui été conclu dans le cadre de l’accord avec l’Iran. C’est une déclaration d’intentions qui est vague et ne reprend pas les termes de dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible. Mais au moins, nous allons dans la bonne direction.

A : Va-t-on dans la bonne direction Benoît Quennedey ?

BQ : Oui. Je ne suis pas aussi sévère qu’Antoine Bondaz. Bien sûr c’est une déclaration d’intentions mais si nous considérons la déclaration commune de Panmunjom des deux dirigeants coréens le 27 avril 2018, nous voyons qu’elle incluait non seulement l’objectif de dénucléarisation mais aussi celui d’un traité de paix, qui sont cette fois repris dans une déclaration entre Américains et Nord-Coréens. La déclaration de ce jour prévoit aussi concrètement le rapatriement des restes de soldats américains morts en Corée entre 1950 et 1953. Le plus important est qu’il s’agit du début d’un processus qui sera long et difficile, mais si nous nous souvenons qu’il y a neuf mois Donald Trump menaçait à l’ONU de détruire la Corée du Nord nous pouvons apprécier le chemin parcouru depuis lors.

AB : Il n’y a rien de nouveau dans cette déclaration, par rapport aux engagements antérieurs de la Corée du Nord (notamment en 2005 et 2012), y compris la question du rapatriement des restes de soldats morts en Corée.

A : Sam Nunberg, êtes-vous d’accord ?

SN : Je suis en complet désaccord avec le dernier analyste qui vient de parler. Je sais que je parle à une audience européenne et vous devez mettre de côté votre aversion pour Donald Trump. Il a hérité d’une situation difficile, Barack Obama lui avait dit que c’était la menace numéro un et celui-ci a été très près d’un bombardement de la Corée du Nord. Donald Trump a une nouvelle approche et c’est ce que veulent les Américains. Les accords cités par l’analyste précédent comme celui de 2005 ont été des échecs constants de la diplomatie classique, ce dont nous ne voulons plus. Donald Trump ne lève pas les sanctions, il veut des gestes de Kim Jong-un. Si Kim Jong-un comprend qu’en échange de la dénucléarisation il obtiendra un  développement économique de son pays il acceptera cet accord.

A : Votre réaction, Katharine Moon ?

KM : Alors que Donald Trump avait annoncé un nouvel accord qui serait du jamais vu, celui qui a été conclu est inférieur aux attentes. Donald Trump a aussi cédé en renonçant aux manœuvres militaires conjointes avec les Sud-Coréens.

Puis le reporter de France 24 reprend la parole pour dire qu’au cours de la journée Donald Trump a été un « président normal », comme s’il avait rencontré Emmanuel Macron…

A : Trump parle du caractère provocateur des manœuvres. Etes-vous surpris Antoine Bondaz ?

AB : Je suis très surpris, il est en train d’affaiblir l’alliance avec la Corée du Sud, en mentionnant un possible retrait des troupes américaines de Corée du Sud sans réelles raisons alors qu’il parle d’exercices militaires qui sont plus que justifiés et défensifs par nature. Soyons clairs : Trump offre des concessions au Nord alors que celui-ci n’a rien fait. Le gel des essais nucléaires et des tirs de missiles ne veut rien dire.

SN : Nous n’abandonnons pas la Corée du Sud, nous installons là-bas le système THAAD. Ceux qui sur votre plateau critiquent l’abandon des manœuvres militaires doivent avoir à l’esprit qu’il s’agit des plus importants exercices militaires de l’histoire de l’humanité. Trump a fait un geste de bonne volonté, nous Américains ne voulons pas envoyer 300 000  soldats faire la guerre en Corée – car nous savons que ce serait à nous de le faire en cas de nécessité.

KM : Je vous interromps pour dire que c’est vrai que ces manœuvres sont devenues trop importantes, mais je précise qu’elles incluent 300 000 soldats sud-coréens et pas américains…Trump a fait cette annonce sans en informer son ministère de la Défense ni le gouvernement sud-coréen qui ont aussitôt déclaré qu’ils n’étaient pas au courant.

(…)

A : Benoît Quennedey, qu’en dites-vous ?

BQ : Il faut être clair. Comme cela a été dit, tout ce qui a été essayé avec la Corée du Nord n’a pas fonctionné. Je regrette d’avoir à le dire mais l’action de  Barack Obama a été un désastre au regard des objectifs visés, puisque  la Corée du Nord s’est équipée d’armes nucléaires et de missiles. Au moins Donald Trump a essayé et réussi à entamer un dialogue. L’arrêt des manœuvres n’affaiblit nullement l’alliance américano-sud-coréenne, mais par contre favorise le dialogue Nord-Sud que souhaite par ailleurs le président sud-coréen Moon Jae-in.

AB : Je ne suis pas sûr que les Japonais vont  penser ainsi. La diminution de l’ampleur des exercices militaires est différente de leur suspension, ce qui est une demande des Chinois et des Russes. Beijing aujourd’hui doit très content.

A : Katharine Moon, n’avez-vous pas l’impression que le leader japonais Shinzo Abe doit aujourd’hui se sentir un peu seul ?

KM : Les choses ne se passent pas comme il l’aurait voulu mais il envisage déjà un sommet avec Kim et je suis persuadée que ce sommet aura lieu car c’est une bonne période pour Kim.

Projection de la vidéo américaine montrant la future Corée du Nord en plein boom économique.

A : Benoît Quennedey, que peuvent penser les Nord-Coréens d’une telle vidéo ?

BQ : Depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un l’opinion publique nord-coréenne s’est habituée à un changement de styles. Rappelons nous en 2012 l’apparition des  personnages de Walt Disney dans des représentations artistiques du groupe Moranbong, alors nouvellement constitué. La Corée du Nord est déjà en boom économique, mais bien sûr un boom d’ampleur limitée à cause des sanctions dont les Nord-Coréens souhaitent avant tout la levée - et probablement sur ce point ont-ils l’oreille de la Chine.

A : Sam Nunberg, voyez-vous l’avenir de la Corée du Nord comme une démocratie occidentale ou plutôt comme la Chine ?

SN : C’est un sujet que j’ai souvent abordé avec le président Trump, il offre à la Corée du Nord la possibilité de suivre un développement comparable à celui la Chine, où Kim Jong-un resterait au pouvoir et dans lequel les Nord-Coréens seraient prospères.

A : Antoine Bondaz, pensez-vous aussi que Donald Trump offre à la Corée du Nord de suivre la voie empruntée par le modèle chinois ?

AB : Le Nord aura beaucoup de mal à mener de vraies réformes économiques. Leur dilemme est de savoir comment obtenir un développement économique tout en gardant un contrôle de la population.

KM : Toute voie qui sortirait ce pays de la voix nucléaire serait la bienvenue. Je ne suis pas sûre qu’ils aient le désir de suivre la voie chinoise. Ils sont très fiers, surtout par rapport aux grandes puissances. Ils vont  choisir  leur propre modèle et jouer des contradictions entre les grandes  puissances  pour obtenir un soutien économique. C’est ce que tout dirigeant conscient dans un pays souverain devrait faire. Les Sud-Coréens sont soulagés que le sommet se soit passé sans anicroches mais les Sud-Coréens conservateurs sont inquiets, ce qui pourrait se refléter dans les élections à venir [NdA : les élections locales du 13 juin 2018 ont au contraire été un désastre pour les conservateurs sud-coréens].

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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 11:29

Annoncé par le président américain Donald Trump, annulé par ce dernier puis finalement confirmé après une série d'échanges diplomatiques ayant notamment impliqué la République de Corée (Corée du Sud) et la République populaire de Chine, la rencontre au sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump devrait finalement bien avoir lieu, sauf accident, ce mardi 12 juin 2018 à Singapour, où les deux dirigeants sont déjà arrivés. Nous revenons sur les enjeux de cette première rencontre entre un président américain en exercice et un dirigeant suprême nord-coréen, en joignant un compte rendu de deux interventions de Benoît Quennedey, président de l'AAFC, sur France 24 (canal anglophone et canal francophone) le 11 juin 2018.

Qu'attendre du sommet entre Kim Jong-un et Donald Trump ?

Les sceptiques en ont été pour leurs frais : sauf accident, le sommet de Singapour aura bien lieu, entre deux dirigeants dont les pays avaient été au bord d'une guerre nucléaire en 2017 - même si les réactions du président américain à l'époque doivent être resituées dans le contexte d'une montée des enchères, conformément à son style de négociations, fort peu diplomatique, qu'il avait exposé dans L'Art de la négociation - et dont Dennis Rodman se targue d'avoir offert un exemplaire au dirigeant nord-coréen.

Les Nord-Coréens ont mis sur la table le principe d'une dénucléarisation dont les modalités et le terme devront encore faire l'objet de négociations, tout en multipliant les geste de bonne volonté. Les Américains ont pris conscience que les négociations sur la dénucléarisation de la Corée du Nord, en contrepartie d'engagements tangibles de sécurité collective (dans le cadre d'un processus multilatéral appelé à impliquer la Chine et la Russie) et d'une nécessaire levée par étapes (et non in fine) des sanctions internationales, seront nécessairement longues et feront l'objet de discussions ultérieures - où les menaces de rupture, exprimées par l'une ou l'autre parties, sont à attendre. Mais le Président Donald Trump, homme de communication plus que de dossiers, laissera à ses collaborateurs le soin de négocier des détails qui s'avèreront pourtant décisifs, en écartant les "faucons" de son administration (comme son conseiller John Bolton) de ce dossier sensible. Dans un premier temps, il s'agit d'abord pour lui d'établir un climat de confiance en montrant qu'une entente est possible avec les Nord-Coréens, à contre-courant des précédentes administrations présidentielles américaines qui ont laissé pourrir une situation de tensions.

Si un communiqué conjoint devait être publié à l'issue de la rencontre (et les deux parties ne peuvent que le souhaiter), il devrait réaffirmer des principes qui ne sont pas sans portée réelle : l'objectif de la signature d'un traité de paix, avec en contrepartie des engagements de sécurité pour Pyongyang (et un possible sommet trilatéral avec le président sud-coréen Moon Jae-in, voir quadripartite avec le président chinois Xi Jinping) ; une invitation de Kim Jong-un aux Etats-Unis et de Donald Trump à Pyongyang ; la perspective de l'établissement de relations diplomatiques bilatérales ; des échanges culturels et sportifs ; la venue symbolique d'entreprises américains à Pyongyang (on évoque McDonald's), la possible restitution aux Etats-Unis, à terme, du navire espion Pueblo, capturé par les Nord-Coréens il y a 50 ans... Les thèmes de convergences sont nombreux, même si d'autres sujets de désaccord peuvent envenimer un processus qui n'en est qu'à ses débuts et reste fragile : la mise en place du dispositif THAAD en Corée du Sud et la poursuite des manoeuvres américano-sud-coréennes d'un côté, les programmes balistiques (et les autres programmes d'armements conventionnels) et spatiaux de la Corée du Nord de l'autre... Mais Donald Trump est résolu à aller de l'avant - refusant désormais le terme de "pression maximale" sur la Corée du Nord auquel les Japonais et les Français restent attachés - comme l'a montré leur prise de position lors du dernier sommet du G7 - quitte à ne pas comprendre les évolutions diplomatiques en cours dans cette partie du monde, en ayant un train de retard.

Annexe - SOMMET HISTORIQUE DE SINGAPOUR J-1, France 24 invite l’AAFC à commenter l’actualité.

Le lundi 11 juin à 8h30 le présentateur (P) de la chaine France 24 (version anglophone) pose trois questions à Benoit Quennedey (BQ), président de l’AAFC, lors du journal télévisé.

P- Le monde attend beaucoup de cette rencontre. Que pensez-vous qui puisse être réellement atteint ?

BQ- Il faut être modeste car nous avons vu que le président Donald Trump peut changer très rapidement de position. Les deux leaders vont sans doute essayer de se tester mutuellement afin de voir jusqu’où l’autre est prêt à aller. Nous pouvons attendre d’importantes déclarations comme l’affirmation de la recherche d’un traité de paix et la réaffirmation par Pyongyang de sa dénucléarisation. Entre deux pays techniquement toujours en état de guerre c’est très important.

P- Pourquoi Pyongyang a-t-il changé de ton et de position et pourquoi avec ce président américain en particulier ?

BQ- Les Nord-Coréens ont déjà eu affaire aux diplomates américains mais ceux-ci n’envisageaient pas vraiment un processus de paix. Donald Trump a une diplomatie non-conventionnelle et les Coréens se sont dit pourquoi ne pas essayer avec ce président, même s’il a menacé de détruire leur pays à la tribune des Nations unies à l'automne 2017.

P- Et le rôle de la France et des puissances occidentales dans ce contexte ?

BQ- La France n’a pas, jusqu’à présent, joué un grand rôle et elle perdu une occasion de le faire. En particulier au Conseil de Sécurité de l’ONU entre le bloc anglo-saxon et celui des Chinois et Russes elle aurait pu avoir un rôle utile. L’Union Européenne, comme dans le cas de la Palestine, peut jouer un rôle dans le futur en matière d’aide économique et d’investissements.
 

A 9h00 changement de plateau c’est le journal « Paris Direct », la version francophone de France 24, avec deux journalistes Pauline Godart et Florent Rodo (J).

J- Quelles sont les intentions réelles de Kim Jong Un ? Recherche-t-il réellement un accord ?

BQ- la Corée du Nord obtient ce qu’elle a recherché depuis des années, un dialogue direct avec un président américain en exercice et ne peut pas sortir du sommet sans au moins un accord a minima sur les principes à savoir l’avancée vers des garanties de sécurité et la levée des sanctions.

J- Kim Jong -un obtient un statut diplomatique international..

BQ- C’est certain avec la multiplication des rencontres avec les présidents de Corée du Sud de Chine Populaire, une invitation en Russie il passe du rôle du méchant à celui de faiseur de paix.

J- Sur quoi peut déboucher ce sommet ?

BQ-  Le sommet débouchera probablement sur un début de clarification sur le terme de dénucléarisation, car les conceptions des deux parties sont différentes à ce sujet, et sur l’obtention de garanties de sécurité collective par Pyongyang. Les Etats-Unis veulent aller plus loin et prévoir d’autres rencontres mais les Nord-Coréens attendent de voir ce que les Américains mettront sur la table.

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 22:32

Dans son édition du 7 juin 2018, Lina Sankari, spécialiste de la Corée à L'Humanité, a fait une présentation de l'ouvrage La Corée du Nord, cette inconnue (publié en 2017 aux éditions Delga) dans le quotidien communiste. Nous publions ci-après des extraits de sa critique. 

Lina Sankari présente "La Corée du Nord, cette inconnue" dans "L'Humanité"

Lina Sankari a cité à plusieurs reprises l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) dans ses articles. Sa recension d'un des deux ouvrages publiés par Delga et consacrés à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - avec Comment peut-on être Coréen (du Nord) ? de Robert Charvin, vice-président de l'AAFC, est toutefois la première publiée à notre connaissance dans un quotidien national français. 

D'emblée, Lina Sankari souligne la nécessité de dépasser les clichés et les idées reçues : 

Il est des images inévitables. À propos de la Corée du Nord, le cliché confine aux défilés militaires, aux foules endoctrinées et éplorées à la mort de chacun de ses dirigeants et à une famine que l’on voudrait endémique. Dans un essai pédagogique, Benoît Quennedey, président de l’Association d'amitié franco-coréenne confronte données fiables et travaux universitaires afin de comprendre le pays et ses évolutions.

Lina Sankari observe que l'ouvrage "passe au crible le système politique, économique et social" et aborde les enjeux militaires et diplomatiques, tout en concluant que 

[il] explique comment les agressions extérieures, l'impasse diplomatique et les sanctions ont jusqu'alors bloqué toute ouverture et développement du pays. A méditer à l'aune des sommets à venir entre les deux Corées puis entre Donald Trump et Kim Jong-un.

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 19:16

Dans un contexte de revirements de l'administration américaine sur la tenue ou non sur le sommet du 12 juin 2018 à Singapour entre Donald Trump et Kim Jong-un - qui sera une première entre un président américain en exercice et le dirigeant suprême nord-coréen - Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu à ce titre dans plusieurs médias : RT France le 31 mai 2018 puis France 24 (canal francophone et canal anglophone) le 1er juin 2018. Nous rendons compte ci-après de ses interventions sur RT France et sur le canal francophone de France 24. 

La Corée du Nord au centre de tractations diplomatiques. RT France invite le président de l'AAFC dans son journal télévisé du jeudi 31 mai 2018 à 19h. 

Stéphanie de Muru, (SdM) journaliste à RT France après avoir travaillé sur FR3, I-Télé et BFM TV, a posé trois questions à Benoît Quennedey (BQ).

SdM : Ce sommet a été annoncé puis annulé et enfin réannoncé à moitié. Aura-t-il lieu ?

BQ : Je suis un sempiternel optimiste et je pense qu’il aura lieu. Dans cette séquence il y a un temps record pour régler un certain nombre de questions. Des deux côtés on n’entend pas arriver à un accord défavorable. L’agacement nord-coréen suivi de l’épisode de l’annulation du sommet par les Américains a permis le retour dans le jeu de la Corée du Sud avec le deuxième sommet intercoréen tenu à la demande des Nord-Coréens. D’ailleurs le président sud-coréen Moon Jae-in n’a pas exclu un sommet tripartite si l’on devait, en particulier, discuter d’un traité de paix.

SdM : Qu’est ce qui peut sortir de ce sommet qui a un peu mal commencé ?

BQ : On peut arriver soit à un accord global prévoyant la dénucléarisation de la Corée et en contrepartie des garanties de sécurité pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avec différentes étapes de mise en oeuvre, soit rester dans un cadre plus général avec tout un nuancier possible d'accords. Nous assistons actuellement à une multiplication des rencontres diplomatiques marquée dernièrement par la rencontre du ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergueï Lavrov et du Président Kim Jong-un. La dénucléarisation de la RPDC que demande Washington doit être complète, vérifiable et irréversible mais les garanties de sécurité qu'apportera Washington doivent elles aussi être complètes, vérifiables et irréversibles - vérifiables par des parties tiers comme la Chine et la Russie. Sergueï Lavrov a mentionné également à Pyongyang la levée des sanctions au cours de ce processus, et pas in fine  comme le veulent certains faucons américains. L'accord sera global ou pas : il s’agit d’assurer non seulement la dénucléarisation mais aussi la paix dans cette région du monde.

SdM : Cette rencontre de Kim Jong-un et de Lavrov est aussi un évènement historique. En quoi peut-elle peser sur ce sommet ?

BQ : Lors des discussions des sanctions au Conseil de sécurité de l’ONU on a pu voir que progressivement la Russie a fait davantage valoir son point de vue. La Russie faisait partie des pourparlers à six. La Russie en dehors de son intérêt politique ne peut pas laisser passer l’occasion d’accords économiques dans les domaines des réseaux gaziers et ferroviaires. La Russie a d'ailleurs été l’une des principales victimes des sanctions sud-coréennes avec la suspension des projets de rétablissement des liaisons ferroviaires intercoréennes en mars 2016.

 

Message de Kim Jong-un à Donald Trump. Le vendredi 1er juin 2018, la chaîne de télévision France 24 (en français) dans son journal de 23h apporte un éclairage sur l'actualité en invitant Benoît Quennedey, président de l'AAFC

Sommet Kim Jong-un - Donald Trump : l'AAFC sur RT France et France 24

Après avoir montré les images de Donald Trump qui, après sa rencontre avec Kim Yong-chol, annonce que le sommet est en bonne voie, la première question a porté sur le sommet à venir entre Washington et Pyongyang.

France 24 : Le sommet est un début. Comment avez-vous réagi à l’annonce de Donald Trump ?

BQ : C’est un grand soulagement, car après des semaines de confrontation le sommet était réellement en danger. L’élément très important est le rôle de la Corée du Sud. Elle a fait tout ce qui était possible pour que ce sommet ait lieu. Kim Yong-chol reçu au Bureau Ovale, c’est déjà tout un symbole. Rappelons qu’il est personnellement sous le coup de sanctions américaines. Il y a 18 ans le processus engagé par l’administration Clinton n’avait pas été mené jusqu’au bout par souci, à la demande des républicains, de ne pas lier les mains de son successeur, à la veille d'une élection présidentielle. Les Nord-Coréens ont su se positionner par rapport à la politique extérieure atypique de Donald Trump et ont compris qu’il y avait une opportunité. Nous avons donc une configuration extrêmement favorable, mais comme l’a dit Donald Trump lui-même, « c’est le début d’un long processus ».

France 24 : Quel est l’intérêt des Coréens du Nord à cette rencontre ? La lettre de Donald Trump à Kim Jong-un était assez dure.

BQ : Le président américain nous avait habitué à un style encore moins diplomatique... Sinon, on ne connaît pas le contenu de la lettre de Kim Jong-un à Donald Trump. Ce qui apparaît actuellement en Corée du Nord est un regard différent par rapport aux étrangers, une réelle volonté d’ouverture, avec un intérêt pour les modèles chinois et plus encore vietnamien. Il y a une réelle volonté de développer le pays. Si des garanties de sécurité sont obtenues dans le cadre d’un processus de sécurité collective dont les contours restent à définir, et où la Chine et la Russie auront leur place, si les sanctions sont levées, alors Pyongyang n'aura aucune raison de refuser un processus qui garantirait son développement économique. Pour les Nord-Coréens cela vaut le coup d’essayer.

France 24 : Votre association est parfois jugée un peu trop complaisante à l’égard de la Corée du Nord. Est-ce que pour vous c’est une démocratie ? Est-ce qu’il faut négocier avec elle ?

BQ : C’est un régime né d’une guérilla militaire, avec une grande concentration des pouvoirs qui rappelle celui de la Chine. Il faut aussi tenir compte de l’influence du confucianisme. Le régime politique n’a rien à voir avec une démocratie de type occidental au sens où nous l’entendons ici.

La diplomatie relève d'un autre domaine, l'intérêt des Etats et le réalisme. Quand la France négocie avec l’Arabie Saoudite qui a des principes très éloignés des nôtres on ne pose pas cette question…

La paix en Corée est possible car les deux parties ont des intérêts qui convergent. Kim Jong-un représente une nouvelle génération et la Corée du Nord n’est pas un pays statique.

Les choses évoluent, et si le processus en cours aboutit peut-être verra-t-on un jour à Pyongyang, après des décennies de confrontation, les enfants d'expatriés américains jouer avec les enfants nord-coréens.

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 07:39

Le 22 mai 2018, la chaîne RT France a consacré son magazine L'échiquier mondial à la question de la paix et de la dénucléarisation dans la péninsule coréenne. En fin d'émission, Oleg Shommer (OS) a interrogé Benoît Quennedey (BQ), président de l'AAFC, déjà intervenu à plusieurs reprises sur la chaîne. Nous reproduisons ci-après leur échange.

L’animateur, après avoir présenté la succession rapide des évènements, rencontres et déclarations, demande à son invité si le leader Kim Jong-un est sincère dans son intention de renoncer à son programme nucléaire ou s’il s’agit d’une manoeuvre politique.

BQ - Si demain la Corée du Nord obtient des garanties des Etats-Unis dans le domaine économique, notamment la levée des sanctions, si elle obtient également des garanties dans le domaine de la sécurité, alors oui les conditions sont réunies pour avoir un accord qui fasse avancer la cause de la paix dans la péninsule coréenne.

OS - Au vu des dernières manœuvres militaires les Nord-Coréens peuvent-ils avoir confiance dans la bonne volonté Américaine affichée dans l’agenda?

BQ - La Corée du Nord veut tester la bonne volonté américaine ce qui n’est pas anodin quand on voit que l’accord sur l’Iran a été rayé d’un coup de crayon par les Etats-Unis. Elle attend des gestes concrets en contrepartie de ses efforts, dans le cadre d’un accord diplomatique reposant sur le principe action pour action, chaque partie avançant simultanément

OS- La rencontre entre les deux leaders coréens marque-t-elle le début d’un processus de réunification ?

BQ - La réunification est le serpent de mer des relations intercoréennes depuis la division en 1945. Aujourd’hui il faut recréer les conditions d’un dialogue, combler le fossé économique et culturel entres les deux Corées. Quand Donald Trump parle du possible avenir brillant de la Corée du Nord, il met l’accent sur un écart devenu très important. N’oublions pas que jusque dans les années 1970, la Corée du Nord était plus développée que la Corée du Sud. Déjà, revenir à la politique de dialogue qui a été suivie par le Sud jusqu’en 2008 représente un espoir. Ensuite, créer un processus de réunification est ce que souhaite tout le peuple coréen. Ce sera un processus long dont les modalités seront à définir par les Coréens eux-mêmes. Il est trop tôt pour dire s’il s’agira d’un modèle confédéral ou d’une solution comme entre la Chine et Hong-Kong « un pays deux systèmes  ». En tout cas le rapprochement intercoréen est à nouveau sur les rails.

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21 mai 2018 1 21 /05 /mai /2018 14:18

Les 18, 19 et 20 mai derniers, la fédération du Pas-de-Calais du Parti communiste français (PCF) a organisé l'édition 2018 du Festival de l'Humain d'abord à Avion. Le 20 mai après-midi, un débat sur la Corée a été organisé sous le grand chapiteau, animé par Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), Daniel Rougerie, président du comité Hauts-de-France de l'AAFC, et Aymeric Monville, membre du Comité international pour les libertés démocratiques (CILD) en Corée du Sud, qui revenait de Séoul et a ainsi pu témoigner des évolutions récentes dans la péninsule, quelques semaines après le troisième sommet intercoréen du 27 avril 2018 et avant la rencontre attendue entre les Présidents Kim Jong-un et Donald Trump à Singapour le 12 juin 2018. Pour la bonne organisation de ces échanges, l'AAFC remercie les organisateurs du festival, la section PCF d'Arras, qui avait proposé la tenue de ce débat, ainsi que Marianne Dunlop, membre de l'AAFC dans le Pas-de-Calais, présidente de son comité Espéranto, en contact avec les militants communistes de l'Arrageois.

De gauche à droite : Aymeric Monville et Benoît Quennedey

De gauche à droite : Aymeric Monville et Benoît Quennedey

A titre liminaire, Benoît Quennedey a rappelé la création de l'AAFC, fondée en 1969, et ses objectifs : encourager la réunification pacifique et indépendante de la Corée par les Coréens eux-mêmes, favoriser les échanges entre la France et l'ensemble de la Corée (en prenant comme exemples récents des coopérations dans le domaine du handicap, la mise en contact d'universitaires ou encore les actions de solidarité, en particulier avec la fédération du Nord du Secours populaire français), faire pièce à une information sur la Corée du Nord trop souvent erronée et/ou donnée en termes systématiquement négatifs, en réunissant dès l'origine des militants venus de divers horizons politiques.

Aymeric Monville a fait état de la situation en Corée du Sud, longtemps dirigée par une junte militaire, et où la mobilisation populaire dans le cadre de la révolution des bougies a chassé du pouvoir, durant l'automne et l'hiver 2016-2017, la très autoritaire présidente Park Geun-hye. Pour autant, des droits politiques et syndicaux restent à conquérir : il y a une interdiction de facto de se syndiquer dans les entreprises et les sous-traitants du conglomérat Samsung, qui représente plus d'un cinquième de l'économie sud-coréenne ; la loi de sécurité nationale interdit non seulement l'expression d'opinions jugées communistes ou pro-Corée du Nord, mais est utilisée pour réprimer les mouvements d'opposition ; l'homologue sud-coréen de Philippe Martinez, le dirigeant de la KCTU Han Sang-gyun, a écopé d'une peine de trois ans de prison, avant d'être libéré en ce mois de mai 2018 sous l'effet, notamment, de la mobilisation internationale - y compris à l'initiative du CILD.

Le nouveau cours diplomatique dans la péninsule coréenne est le fruit de la volonté partagée des Coréens d'oeuvrer pour la réunification de leur pays, divisé après la Seconde guerre mondiale par le jeu des grandes puissances (Etats-Unis en tête) et détruit par les bombes américaines pendant la guerre de Corée (1950-1953), laquelle a causé quelque 3 millions de morts. Le retour au dialogue a aussi été rendu possible par la volonté des autorités nord-coréennes de discuter d'égal à égal avec les Américains, dès lors qu'elles disposent de la dissuasion nucléaire qui a créé une forme de parité stratégique, mais à condition d'avoir des garanties de sécurité et que les sanctions internationales soient levées au fur et à mesure de la dénucléarisation de la Corée du Nord - et non à l'issue d'un processus qui donnera probablement lieu à des discussions longues et difficiles. A cet égard, l'administration américaine ne forme pas un bloc homogène, et des faucons - comme John Bolton - parient sur l'échec des négociations.

Les discussions qui ont suivi ont porté notamment sur le rôle de la Chine, le refus de la France d'établir des relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée, ou encore le caractère du socialisme coréen, qui s'inscrit dans le cadre des luttes de libération nationale.

La Corée en débat au Festival de l'Humain d'abord à Avion
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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 19:04

L'Association nationale des communistes (ANC) a été constituée pour regrouper des militants communistes au-delà de leurs engagements partisans respectifs et sans se substituer aux organisations existantes. Le 15 mai 2018, le cercle Manouchian de Paris de l'ANC s'est réuni pour un débat au bistro La Maison, 65 boulevard de la Villette (Paris 10e) sur le thème "La CGT, le syndicalisme et la politique". L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ayant été invitée, elle a été représentée par son président, Benoît Quennedey, qui a présenté l'AAFC ainsi que les enjeux politiques dans la péninsule coréenne.

Rencontre entre l'AAFC et l'Association nationale des communistes (ANC)

Le très riche débat consacré au rôle des militants communistes dans les luttes politiques et syndicales s'est conclu par un rappel de l'importance de la solidarité internationale dans le mouvement ouvrier, en évoquant la situation palestinienne. Ce thème a permis de faire la transition avec la question coréenne : fondée en 1969 pour favoriser la paix et la réunification dans la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne s'intéresse également de longue date aux combats pour les droits politiques et syndicaux dans le sud de la péninsule.

Les nombreuses questions posées par les participants ont témoigné de la volonté de mieux comprendre les enjeux de la Corée, au-delà des clichés entretenus par les médias : comme l'a observé Francis Arzalier, le spectaculaire rapprochement intercoréen est aussi le fruit d'une situation politique marquée par l'alternance en Corée du Sud après la destitution de la présidente Park Geun-hye, et de l'aspiration de tous les Coréens à la réunification de leur pays.

Ayant lui-même visité la Corée du Sud, et en lien avec les militants politiques et syndicaux sud-coréens en France (rencontrés à l'occasion d'une manifestation à Paris, en décembre 2016, de membres du syndicat - interdit - de Samsung), Charles Hoareau, principal intervenant dans les débats, qui avait été invité par le cercle Manouchian de l'ANC, a mis en exergue le courage des militants coréens dans leur combat pour les libertés démocratiques, qui n'a pas pris fin avec la destitution de l'ancienne présidente Park Geun-hye.

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