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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 21:30

La répression en cours contre l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon), proche de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), soulève une vague internationale de protestations, à laquelle s'est associée l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) qui a toujours dénoncé les discriminations dont sont victimes les Coréens du Japon. Nous publions ci-après la traduction en français d'un courrier en anglais adressé au Premier ministre japonais Shinzo Abe, le 23 mai 2015, par Guy Dupré, président de l'AAFC, au nom du bureau national de l'AAFC. Une copie de cette lettre a été remise en pièce jointe à un message de félicitations de Guy Dupré à M. Ho Jong Man, Président du Comité central de la Chongryon, alors que l'organisation a fêté son 60ème anniversaire le 25 mai 2015.

Paris, le 23 mai 2015

 

M. Shinzo Abe

Premier ministre

Service des relations publiques

Secrétariat du cabinet

1-6-1 Nagata-cho

Chiyoda-ku

Tokyo 100

8968 Japon

 

 

Monsieur le Premier ministre,

Les membres du bureau national de l’Association d’amitié franco-coréenne, qui défend depuis 46 ans une réunification pacifique de la Corée, sont profondément préoccupés par les discriminations en cours contre la communauté coréenne au Japon, tout particulièrement à l’encontre de l’Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon). Fin mars, les domiciles de plusieurs dirigeants de la Chongryon ont été fouillés par la police japonaise en méconnaissance des droits de l’homme, et tout particulièrement de leur droit de propriété. Par ailleurs, agir aussi ouvertement méconnaissait le principe de présomption d’innocence. Plus récemment, le fils du Président Ho Jong Man a également fait l’objet d’un harcèlement policier. Compte tenu du rôle joué par la Chongryon comme ambassade de fait de la République populaire démocratique de Corée au Japon, de telles actions doivent cesser immédiatement, dans la mesure où elles mettent en danger la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est en créant de nouveaux contentieux avec la République populaire démocratique de Corée.

Votre gouvernement doit aussi s’excuser pour la colonisation japonaise de la Corée. Il a été porté atteinte à la dignité de millions de travailleurs coréens obligés de travailler pour les industries militaires pendant la Seconde guerre mondiale. De jeunes hommes coréens ont été conscrits de force dans l’armée impériale. Enfin, l’esclavage sexuel de celles qu’on appelle « les femmes de réconfort » a détruit la vie de centaines de milliers de femmes coréennes. Les membres du bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne sont vivement déçus que vous n’ayez mentionné aucun de ces sujets lors de votre récente visite aux Etats-Unis. Les victimes de l’impérialisme japonais attendent des excuses sincères, ce qui pourrait ouvrir la voie d’une réconciliation entre le Japon et la Corée 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale.

Cette lettre sera rendue publique.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, mes salutations les meilleures.

 

Au nom du bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne,

Guy Dupré

Président

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 21:59

Alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) célèbre le 15 avril 2015 le 103e anniversaire de la naissance de son fondateur, le Président Kim Il-sung, le bureau de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a invité à dîner, le 13 avril 2015, S.E. Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de l'UNESCO, et M. Ri Ho-yong, conseiller. A cette occasion, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, s'est exprimé sur un aspect souvent méconnu en Occident, mais fondamental, de la diplomatie nord-coréenne, impulsé par le Président Kim Il-sung : le soutien aux mouvements de décolonisation et la participation active au Mouvement des non-alignés (MNA).

Les Présidents Sukarno et Kim Il-sung, en 1965

Les Présidents Sukarno et Kim Il-sung, en 1965

En Corée, la libération de l'occupation japonaise en 1945 a été synonyme de division du pays ; elle n'en a pas moins marqué l'accession à l'indépendance. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en tant qu'Etat souverain fondé en 1948, a considéré que le soutien aux peuples encore colonisés pour se libérer du joug de la domination coloniale répondait au devoir de solidarité internationaliste, le nouvel Etat ayant lui-même veillé à s'affranchir de la domination des grandes puissances pour préserver son indépendance.

La RPD de Corée s'est toujours considérée comme un représentant des pays en développement. Après la qualification du Cheollima pour la Coupe du monde de football en 1966 - où l'équipe coréenne devait l'emporter sur l'Italie et permettre, pour la première fois, à une nation asiatique d'accéder en phase finale de la compétition - le Président Kim Il-sung avait rappelé aux joueurs qu'ils portaient les espoirs non seulement de la RPD de Corée, mais qu'ils étaient aussi les représentants des pays d'Asie, d'Afrique et d'Océanie.

Le soutien aux mouvements de décolonisation a été constant. La RPD de Corée a été le premier Etat non arabe à reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne, tout en apportant son soutien politique et militaire au FLN.  Elle a aussi été le premier Etat non africain à reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Quand les Sud-Vietnamiens étaient le principal allié des Américains dans la guerre du Vietnam, les pilotes nord-coréens appuyaient le Nord-Vietnam. Les Nord-Coréens ont appuyé le combat des Palestiniens et pesé dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, en Namibie et en Rhodésie. Le Président du Zimbabwe Robert Mugabe a déclaré s'inspirer des idées du Juche de la RPD de Corée, et le président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC Kim Yong-nam était l'invité des cérémonies du 18e anniversaire de l'indépendance de la Namibie. Dans ce contexte, les coopérations économiques et culturelles entre pays en voie de développement ("Sud-Sud") ont été prônées comme un moyen pour s'affranchir des tutelles néocoloniales. Les projets du groupe Mansudae Overseas Project en ont été une des manifestations dans le domaine architecturale, jusqu'à nos jours avec l'inauguration, en 2010, du Monument de la renaissance africaine à Dakar.

La participation au Mouvement des non-alignés (MNA) s'est inscrite dans la continuité du primat posé par la RPD de Corée à l'indépendance des pays nouvellement décolonisés, alors que l'époque a été présentée comme celle du djadjouseung, ou ère de l'indépendance des nations. Après que les ministres des Affaires étrangères des pays non-alignés eurent accepté à l'unanimité la candidature de la RPD de Corée lors de la conférence de Lima en 1975, le Président Kim Il-sung, dans un entretien donné à la revue argentine Le Guide du Tiers Monde, en date du 16 décembre 1975, a déclaré que "l'impérialisme et le colonialisme sont des foyers d'agression et de guerre et constituent l'obstacle principal au développement indépendant et au progrès social des nouvelles forces montantes". Les années 1980 ont été marquées par l'organisation, à Pyongyang, de nombreuses rencontres des non-alignés, dans des domaines diverses : économie, sport, culture... Les principes d'indépendance et de souveraineté nationale, de promotion de la coopération internationale et de refus des guerres néocoloniales ont continué d'être les fondements de la diplomatie nord-coréenne jusqu'à nos jours.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 10:37

Du 16 au 19 mars 2015, l'ISEG Business and Finance School, à Paris, organisait la Semaine de l'International. Les 18 et 19 mars 2015, le département Techniques de commercialisation de l'Institut universitaire de technologie (IUT) de Sceaux dédiait à la Corée ses Journées internationales. Lors de ces deux manifestations, organisées par et pour les étudiants, des membres de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont été sollicités à titre d'experts des questions coréennes, lors d'interventions saluées et appréciées qui annoncent certainement d'autres coopérations avec les grandes écoles et les universités.  

L'IUT de Sceaux

L'IUT de Sceaux

Dans le cadre de la Semaine de l'International de l'ISEG, Benoît Quennedey, fonctionnaire parlementaire et auteur de L'Economie de la Corée du Nord (Les Indes savantes, 2013), par ailleurs vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, était l'un des trois intervenants de la conférence organisée le lundi 16 mars sur le thème du management interculturel en Asie, aux côtés de Laurent Amelot, doctorant à Paris IV, rédacteur en chef de la revue de géopolitique Outre-Terre, membre de Asie21, et Jean-Joseph Boillot, conseiller du Club du CEPII.

Alors que Laurent Amelot et Jean-Joseph Boillot ont évoqué principalement la Birmanie (Myanmar), la Chine et l'Inde, Benoît Quennedey a pris comme exemples la Corée et le Vietnam. S'agissant de la Corée, dont la moitié Sud a connu un développement économique spectaculaire en l'espace d'une génération, la société est restée beaucoup plus traditionnelle et les principes confucéens continuent d'imprégner fortement les mentalités : les Occidentaux amenés à travailler avec les Coréens doivent sortir des préjugés européo-centrés et apprendre à connaître leurs interlocuteurs dans une société très marquée par les réseaux et l'importance d'établir préalablement, plus encore qu'en Occident, une relation de confiance. Certains gestes - comme l'échange de cartes de visite ou l'inclination - seront attendus et appréciés. Pour établir des relations avec l'un des pays les plus dynamiques d'Asie, rencontrer la communauté étudiante coréenne en France offre la possibilité de nouer des relations d'égal à égal pour les étudiants d'écoles de commerce comme l'ISEG.

Les 18 et 19 mars 2015, les Journées internationales 2015 de l'IUT de Sceaux ont permis de découvrir les différentes facettes de la culture et de la société coréennes : cuisine, langue, cinéma, religion, Taekwon-Do... Aux côtés de Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, Benoît Quennedey, présent en qualité de vice-président de l'AAFC, est intervenu le jeudi 19 mars sur la géopolitique de la Corée. Revenant sur les origines de la division de la péninsule coréenne, ayant abouti à la guerre de Corée (1950-1953)  dans le contexte de la Guerre froide, il a souligné les enjeux toujours actuels que représentent la paix et la réunification dans la péninsule, pour lesquels milite l'AAFC depuis sa fondation en 1969. Alors que l'homogénéité culturelle des Coréens sous-tend leur aspiration à recouvrer l'unité de leur nation pluri-millénaire, les progrès réalisés sur le chemin du dialogue et de la réconciliation Nord-Sud pendant la décennie de la politique du "rayon de soleil" (1998-2008) ont malheureusement connu un sévère coup d'arrêt avec le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul. Par ailleurs, alors que la paix et la prospérité répondent à des objectifs partagés, le développement du programme nucléaire et balistique nord-coréen est la conséquence d'une absence de relations de confiance entre les acteurs de la région. Ayant établi vis-à-vis de la Corée du Nord le régime de sanctions le plus draconien au monde, la puissance américaine, qui se redéploie sur la région Asie-Pacifique pour endiguer la montée en puissance de la Chine, vit depuis plus de deux décennies dans l'illusion d'un effondrement prochain de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), maintes fois pronostiqué, jamais réalisé. 

Les membres de l'AAFC remercient les organisateurs de l'ISEG et de l'IUT de Sceaux pour la qualité de leur accueil et la richesse des débats préparés par les étudiants.

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 23:45

Le 14 mars 2015, l'Alliance coréenne et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont organisé une journée d'études et de débats dans le cadre de la quatrième conférence internationale de Paris sur la Corée. Alors que les atteintes de plus en plus graves aux droits de l'homme et aux libertés publiques en République de Corée (Corée du Sud) exigent une mobilisation internationale d'ampleur pour sauver la démocratie sud-coréenne, c'est dans une ambiance de lutte que les participants, français et coréens (dont une délégation de Coréens d'Allemagne), ont échangé sur les moyens nécessaires à la victoire dans le combat pour la paix, la réunification et les droits de l'homme dans la péninsule coréenne.

En ouverture de la conférence, Stephen Cho, directeur de l'Institut de recherches coréennes du XXIe siècle, a rappelé la gravité de la situation en Corée du Sud : après l'interdiction en décembre 2014 du Parti progressiste unifié, dont il était membre, les perquisitions au siège et aux domiciles de plusieurs membres de l'Alliance coréenne, co-organisatrice du colloque, témoignent d'un climat nouveau de répression dans la Corée du Sud de Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee ayant dirigé la junte militaire au pouvoir à Séoul après le coup d'Etat qu'il avait fomenté en 1961 avec l'appui des troupes américaines présentes au sud de la péninsule. La récente agression de l'ambassadeur américain Mark Lippert, dans un contexte de manoeuvres américano-sud-coréennes faisant courir un risque de guerre dans la péninsule, sert ainsi de prétexte à un renforcement annoncé de l'appareil répressif policier-militaire au nom de la lutte contre le "terrorisme", utile fourre-tout pour réprimer les mouvements d'opposition.

Animateur des débats, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, a souligné le tribut versé par les militants pour la paix et la réunification en Corée - Stephen Cho ayant lui-même été emprisonné pendant sept ans de 1992 à 1999. Il a aussi rappelé le combat constant de l'AAFC pour la démocratie en Corée du Sud, et la nécessité d'organiser la solidarité en France et à l'étranger : tel est le rôle du Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud, constitué le 22 janvier 2015. Plus le comité s'élargira, plus il pourra peser pour la défense des droits politiques et sociaux en Corée du Sud.

L'économiste Samir Amin a resitué la question coréenne dans le contexte de l'évolution du système mondial depuis 1945 : il y a soixante ans, la conférence de Bandung, en avril 1955, a marqué l'émergence d'un monde multipolaire après la libération des peuples d'Asie et d'Afrique, en vue de compléter l'indépendance politique par l'indépendance économique. Des projets nouveaux ont été mis en place dans les différents pays non alignés : dirigés par des bourgeoisies à vocation nationale, ces projets ont été nationaux, mais pas démocratiques, dans le sens où il n'ont pas impliqué de participation active et autonome des classes populaires. Malgré ces limites, ils n'en ont pas moins permis des progrès économiques et sociaux significatifs, avant un reflux au lendemain de la conférence de Cancun, en 1981, qui a vu le retour des puissances impérialistes états-unienne et européennes. Mais les récentes insurrections populaires, comme en Egypte, ont marqué une volonté de reconquérir la souveraineté nationale, tout en amorçant des formes nouvelles de solidarité économique - au sein du groupe de Shanghaï, de l'ALBA ou du projet de banque des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Colloque sur la Corée : un parfum de luttes pour gagner les batailles de la démocratie et de la paix

Le professeur de philosophie Jean Salem a ensuite resitué ces enjeux internationaux pour la péninsule coréenne, en s'appuyant sur un article à paraître de Rémy Herrera, qui n'a pu être présent à la conférence. Si la Corée du Sud a accompli d'indéniables progrès économiques depuis 1960, les louanges sur la Corée du Sud de certains "ravis de la crèche" ignorent les failles grandissantes de la démocratie sud-coréenne. L'absence de participation populaire et les atteintes aux droits des travailleurs représentent des tares fondamentales, alors que la Corée du Sud reste un pays dominé économiquement, politiquement et militairement, la présence de près de 30 000 soldats américains se doublant du versement de 900 millions de dollars annuels par la Corée du Sud aux troupes d'occupation. Néanmoins, le puissant mouvement étudiant a créé les conditions d'un changement de perception des problèmes politiques et sociaux, qui a permis une démocratisation après 1987. Depuis l'élection controversée de la candidate conservatrice Mme Park Geun--hye en 2012, les symptômes d'une dérive autoritaire font courir un danger de mort clinique à la démocratie sud-coréenne conquise de haute lutte par les militants progressistes : interdiction du Parti progressiste unifié, représenté au Parlement, dans des conditions ignorant les standards démocratiques internationaux ; ingérence politique de l'agence nationale de renseignement (NIS) sanctionnée par la condamnation à une peine de prison ferme, en février 2015, de son ancien directeur ; atteintes au droit syndical et à la liberté d'expression. La solidarité internationale n'en apparaît ainsi que plus nécessaire.


L'avocat Roland Weyl, fondateur de l'Association internationale des juristes démocrates, a souligné la nécessité de rendre possible l'exercice par les Coréens de leur droit à la souveraineté nationale, bafoué par la division du pays en 1948. Ce combat doit s'inscrire dans le cadre du droit international public, et des principes consacrés par la Charte des Nations Unies en 1945 et trop souvent bafoués par les Nations Unies elles-mêmes. L'Etat n'est que l'instrument de l'exercice par les peuples de leur souveraineté. La réunification doit s'envisager en prenant en compte les moyens d'expression des deux parties du peuple coréen, pour qu'il recouvre son unité et sa souveraineté, alors que la guerre de Corée s'est soldée par un accord d'armistice dont l'article 4, inappliqué depuis plus de 60 ans, prévoyait la tenue d'une conférence sur la Corée dans un délai de trois mois.

Le professeur Robert Charvin, ancien doyen de la faculté de droit de l'Université de Nice, a mis en exergue la nécessité constante de dépasser les approches caricaturales qui continuent de prévaloir sur la Corée : ignorance des conséquences de l'embargo sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ; illusion tenace, entretenue par les médias, que la Corée du Sud du régime militaire aurait été un pays "en voie de démocratisation", comme s'évertuait à le faire croire un grand quotidien du soir. Au-delà des faux prétextes du nucléaire et des droits de l'homme, utilisés comme des arguments à géométrie variable par les diplomaties occidentales, la péninsule coréenne a souffert de sa position géopolitique, qui l'a placée au coeur des rivalités d'intérêts entre les grandes puissances. Mais la coréanité traduit un attachement à la souveraineté nationale et un refus de l'uniformité qui est un facteur puissant d'essor et de développement pour le peuple coréen, que l'on retrouve tant dans l'unité monolithique du Nord, vilipendée par occidentalo-centrisme, que dans les luttes sociales et politiques des militants progressistes au Sud.

Colloque sur la Corée : un parfum de luttes pour gagner les batailles de la démocratie et de la paix

Récemment interdit d'entrée en Corée du Sud, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, a mis en exergue l'orchestration de la répression par les forces gouvernementales sud-coréennes, lesquelles suivent la "partition" d'une législation répressive anti-démocratique, la loi de sécurité nationale, adoptée en 1948 au lendemain du soulèvement dans l'île de Jeju, orchestrée par un appareil répressif surdimensionné, instrumentalisé à des fins politiques par les conservateurs qui ont dominé la scène politique sud-coréenne pendant six des sept décennies de l'après-1945 : l'actuelle agence nationale de renseignement (National Intelligence Service, NIS), est l'héritière d'une agence impliquée dans les enlèvements de citoyens sud-coréens à l'étranger, la torture et les meurtres d'opposants, tout au long d'une répression politique qui a conduit à l'élimination de milliers de militants, progressistes ou libéraux, pour la seule année 1980. Son programme d'action est inspiré de ses devanciers américains, le FBI et la CIA de la Guerre froide : propagande, contre-espionnage, rumeurs et désinformations, assassinats de dirigeants. Les opposants sud-coréens à l'étranger, comme les militants étrangers pour la réunification et la démocratie sociale et politique, sont, aujourd'hui comme hier, ses cibles privilégiées. La constitution à Paris du Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud a été la réponse nécessaire au danger accru que fait peser l'actuel gouvernement sud-coréen sur la démocratie et les libertés, sur le sol de la péninsule coréenne et dans le monde, et qui exige l'alliance la plus large de tous ceux qui refusent l'ingérence étrangère. 

Intervenant au nom de l'Alliance coréenne, Stephen Cho a souligné que l'interdiction soudaine du Parti progressiste unifiée ne correspondait à aucun changement de ligne politique dans la gauche sud-coréenne, constituée en parti depuis 2000 (le Parti démocratique du travail, très lié au syndicat indépendant KCTU), et qui avait toujours respecté les limites imposées à la liberté d'expression par la loi de sécurité nationale. La chute de popularité de la présidente sud-coréenne, confrontée à une colère grandissante après la gestion désastreuse du naufrage du ferry Sewol le 16 avril 2014, et les scandales dans son entourage immédiat ont requis de détourner l'attention de l'opinion publique en ciblant l'opposition radicale. La décision d'interdiction du Parti progressiste unifié n'a reposé ni sur des bases juridiques solides, ni sur des faits matériels avérés, en l'absence de preuves quant à la prétendue existence de l'organisation révolutionnaire qu'aurait constituée un des députés du parti, déchu de son mandat et condamné pour complot contre l'Etat, Lee Seok-ki. Elle a révélé l'absence d'indépendance du pouvoir judiciaire et de l'exécutif, et a été le point d'orgue d'une répression commencée à Séoul dès l'accession au pouvoir du conservateur Lee Myung-bak, avec des condamnations de journalistes, un recours accru à la loi de sécurité nationale et l'interdiction de syndicats. La grève que lancera la KCTU, et les manifestations prévues prochainement un an après le naufrage du Sewol, témoignent néanmoins de la résistance du peuple sud-coréen face à l'arbitraire.

Tout au long d'un débat très riche, des discussions ayant ponctué les interventions des conférenciers, les participants ont souligné la nécessité de faire converger les luttes sociales et politiques, en Corée, en France et dans le monde. Ils ont aussi exprimé leur intention de peser sur les institutions nationales françaises, pour que ne soit plus ignorée l'inquiétante dérive autoritaire de la Corée du Sud, au moment où le Président François Hollande a annoncé son prochain déplacement à Séoul. Les années croisées France-Corée (septembre 2015 - décembre 2016), en mettant en lumière les relations franco-coréennes, constitueront une occasion privilégiée de mettre en exergue la dérive autoritaire à Séoul, de même que l'approche des Jeux olympiques de Séoul en 1988 avait conduit les autorités sud-coréennes à lâcher du lest alors que leurs violations des droits de l'homme avaient été ainsi mises sous les feux de la rampe.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 22:35

Le samedi 14 mars 2015, de 10h à 18h30 à la Maison des Mines (270 rue Saint-Jacques, 75005 Paris), l'Alliance coréenne et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) co-organiseront la quatrième conférence internationale sur la Corée, intitulée "La Corée au coeur des enjeux contemporains : entre universalisme et particularisme", avec la participation du Comité d’initiative contre la répression politique en Corée du Sud, le Forum mondial des alternatives et le Comité européen pour l'application de la Déclaration commune Nord-Sud du 15 juin. L'AAFC présente le programme de cette conférence. Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles. 

Dans le monde entier, la crise financière s’aggrave, des forces extrémistes émergent et les contradictions sociales s’intensifient. L’année 2015 marque le soixante-dixième anniversaire de l’indépendance et de la division de la Corée. Dans le même temps, en Corée même, l’oppression gouvernementale sous couvert de sécurité publique s’accélère, avec l’interdiction d’un parti politique représenté au Parlement dans des conditions non conformes aux standards démocratiques internationaux, tandis que les tensions militaires s’exacerbent. La Corée reste ainsi confrontée à des enjeux qui lui sont propres, et dans le même temps elle doit répondre à des questions contemporaines de portée universelle, ce qui entraîne des situations complexes aux solutions difficiles. En confrontant les particularités coréennes aux problèmes de notre époque de portée universelle, nous examinerons la situation actuelle de la démocratie sud-coréenne, ainsi que les progrès possibles et nécessaires vers la paix et la réunification de la péninsule coréenne afin d’envisager des principes d’action et d’identifier les voies de résolution de ces questions.

Programme

10h – 12h Exposés et discussion

Samir Amin : Vers un renouveau de l'esprit de Bandoung

Jean Salem : Oppression politique et enjeux démocratiques

12h – 14h Pause

14h – 16h Exposés et discussion

Roland Weyl : Les deux Corée et le droit international

Robert Charvin : L’indépendance de la Corée après soixante-dix ans de division

16h – 16h30 Pause

16h30 – 18h30 Exposés et discussion

Patrick Kuentzmann : Enjeux coréens, répression mondiale : quelle solidarité internationale

Stephen Cho : La crise politico-économique et l’institutionnalisation de l’oppression par la sécurité publique

Animateur : Benoît Quennedey

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 16:54

Samedi 28 février 2015, plusieurs membres de l’Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) étaient présents au Foyer rural de Tousson (Seine-et-Marne) pour une réunion autour du voyage effectué lors du 14e Festival international du film de Pyongyang (PIFF), du 17 au 24 septembre 2014. Ce festival, reconnu et apprécié, permet à différents réalisateurs de concourir, qu’ils soient connus ou non. Des membres de l'AAFC avaient déjà été accueillis à plusieurs reprises au Foyer rural de Tousson dans le cadre de manifestations culturelles dédiées à la Corée.

En attendant le début de la réunion, projection du concert donné par l'orchestre Unhasu à Paris, en mars 2012

En attendant le début de la réunion, projection du concert donné par l'orchestre Unhasu à Paris, en mars 2012

Deux membres de la délégation française au 14e Festival international du film de Pyongyang, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, et Pierre Beltante, animateur du Foyer rural de Tousson, ont relaté ce séjour de l’AAFC. Autour de photos prises pendant le Festival, les participants ont pu constater que des diplomates étrangers étaient présents pour soutenir leurs « pousses ». Le Festival international du film de Pyongyang réunissait, en effet, des participants de 54 pays. À titre d’exemple, l’ambassadeur du Brésil en RPDC était présent pour soutenir Mauricio Osaki, que les membres de la délégation de l’AAFC ont longuement pu croiser lors de leur séjour. Le Festival international du film de Pyongyang est un évènement international, pas une rencontre isolée. Après la description du séjour par les reportages photos et une vidéo, les participants à la réunion organisée au foyer rural de Tousson ont assisté à la projection du court-métrage de Mauricio Osaki, My Father's Truck, qui narre le récit d'un camionneur vietnamien et de sa fille.

Les participants ont pu ainsi connaître un aspect méconnu de la RPDC. Le Festival international du film de Pyongyang est loin d’être un évènement convenu et de façade. Au contraire, c’est une véritable rencontre internationale qui permet aussi bien aux petits qu’aux grands réalisateurs de se faire connaître et de concourir. Une rencontre qui est loin d’être un évènement mondain ou pompeux. Ce n’est pas non plus un rassemblement à prétention idéologique ou militante, mais un véritable festival où les films récompensés le sont pour des raisons cinématographiques.

Après la projection de l’émouvant court-métrage brésilien, un (copieux) dîner coréen devait conclure cette réunion. Merci au Foyer rural pour son accueil toujours chaleureux ! Merci à Pierre Beltante pour sa convivialité et sa bonne humeur ! Merci, enfin, à tous nos amis toussonais pour l’intérêt qu’ils accordent aux activités de l’AAFC.

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 23:42

Du 2 au 27 mars 2015 se tient à Genève la vingt-huitième session du Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies. Est inscrit à l'ordre du jour l'examen d'un rapport de Marzuki Darusman sur la situation des droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), un an après la présentation, le 17 février 2014, des conclusions de la très controversée Commission d'enquête sur les droits de l'homme en RPD de Corée. Dans la continuité de la déclaration adoptée par le bureau de l'AAFC, le 19 décembre 2014, "La défense des droits de l'homme ne doit pas servir de prétexte à une guerre destructrice en Asie", après que l'Assemblée générale de l'ONU se fut prononcée, la veille, pour une saisine de la Cour pénale internationale de crimes contre l'humanité en RPD de Corée, le bureau de l'AAFC a décidé de réagir, en adressant la lettre ouverte ci-après au Président du Conseil des droits de l'homme, l'ambassadeur d'Allemagne M. Joachim Rücker.

Palais des Nations, à Genève, où se tient la 28e session du Conseil des droits de l'homme

Palais des Nations, à Genève, où se tient la 28e session du Conseil des droits de l'homme

 

Paris, le 1er mars 2015

 

Monsieur Joachim Rücker

Président du Conseil des droits de l'homme

Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme

Genève

 

 

 

Monsieur le Président,

 

Œuvrant depuis 1969 à la paix et à la réunification dans la péninsule coréenne, l'Association d'amitié franco-coréenne souhaite vous faire part de ses graves préoccupations sur les travaux de la Commission d'enquête sur les droits de l'homme en République populaire démocratique (RPD) de Corée, ainsi que sur leurs conséquences, alors qu'un rapport sera présenté par le rapporteur spécial, M. Markuzi Darusman, lors de la vingt-huitième session du Conseil des droits de l'homme.

Nous voulons vous faire part de nos sérieuses interrogations quant à l'impartialité et à la conformité aux standards internationaux des travaux de la Commission d'enquête sur les droits de l'homme en RPD de Corée : des auditions ont eu lieu de manière collective et non individuellement, en face à face ; les travaux ont été effectués en dehors du pays ; il n'a pas été donné suite aux propositions des autorités de la RPD de Corée d'accueillir les membres de la Commission. De même, le respect du principe du contradictoire eût dû inciter à présenter, préalablement à leur publication, les conclusions aux autorités de la RPD de Corée, en vue d'engager un dialogue respectueux tant des droits fondamentaux de la personne humaine que du respect de la souveraineté des États, fondement du droit international.

Nous déplorons également que les organisations non gouvernementales engagées dans un dialogue avec les autorités gouvernementales sur les droits de l'homme en RPD de Corée n'aient pas été suffisamment entendues, alors qu'elles auraient pu apporter leur expertise de terrain sur la situation actuelle, les évolutions en cours et les perspectives offertes par ce processus d'échanges auquel, pour notre part, nous adhérons pleinement, convaincus de la plus grande efficacité d'une politique de changements engagés en coopération avec les gouvernements, par rapport à une démarche d'admonestations.

S'agissant de la fiabilité des données recueillies, plusieurs témoins clés sont depuis un an revenus sur leur récit ou ont été pris dans leurs contradictions, notamment M. Shin Dong-hyuk et Mme Park Yeon-mi, dont la proximité avec les services de renseignement sud-coréens et/ou des militants politiques de la mouvance néoconservatrice aurait pourtant dû conduire à porter un regard critique sur l'exactitude matérielle de leurs récits en décalage avec ceux, bien moins spectaculaires, des dizaines de milliers de réfugiés nord-coréens anonymes. Au lieu de s'interroger sur les conditions de réalisation de leurs travaux, les membres de la commission d'enquête ont alors tendu à minimiser les révélations sur les conflits d'intérêts de ces témoins très médiatiques. 

Il est très regrettable que les travaux de la Commission d'enquête aient négligé le respect des droits fondamentaux des réfugiés nord-coréens en République de Corée, sans davantage s'interroger sur les raisons pour lesquelles certains ont fait le chemin inverse d'un retour au nord de la péninsule, tout comme il n'est pas fait mention des atteintes aux droits de l'homme en République de Corée, qui préoccupent pourtant de plus en plus fortement les ONG internationales de défense des droits de l'homme.

Dans ces conditions, la conclusion de déférer les dirigeants de la RPD de Corée devant la Cour pénale internationale nous semble non seulement fondée sur des bases friables, mais aussi exposer gravement le Conseil des droits de l'homme aux critiques selon lesquelles il pourrait être l'instrument des politiques de certains États. En outre, le rapport publié il y a un an a conduit, à notre grand regret, à une aggravation du contexte de tensions dans la péninsule coréenne, éloignant encore les perspectives de paix et de réunification auxquelles aspire l'ensemble du peuple coréen.

En vous sollicitant pour que les futurs travaux sur les droits de l'homme en RPD de Corée puissent faire l'objet de travaux mieux étayés, en toute impartialité et dans le respect du principe du contradictoire, et nous tenant à votre disposition pour contribuer à l'atteinte de ces objectifs, nous vous souhaitons, Monsieur le Président, plein succès dans la conduite de votre mission.

 

 

Le Bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 00:02

Du 22 au 26 février 2015, une délégation de 22 personnes de la Fédération coréenne des personnes handicapées (FCPH) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), conduite par son vice-président M. Kim Mun-chol, est venue à Paris après avoir séjourné en Angleterre. Cette visite exceptionnelle avait été rendue possible par l'ONG britannique DULA, présidée par le pasteur Lee Seok-hee, qui l'a préparée en partenariat avec l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui avait rencontré la FCPH lors de sa visite en RPD de Corée en août 2014. Deux représentations exceptionnelles données par les handicapés coréens ont réuni au total plus de 150 personnes, le 23 février au Secours populaire français et le 24 février à l'Institut national des jeunes sourds de Paris (INJS), faisant la démonstration d'un talent à couper le souffle. Par ailleurs, le programme de visite des responsables de la FCPH a permis de nouer des contacts en vue d'échanges ultérieurs franco-coréens dans les domaines sportif, éducatif et culturel sur la question du handicap.

Un public mixte nombreux, français et coréen, originaire de l'ensemble de la péninsule et d'outre-mer, a longuement applaudi la troupe des jeunes sourds dans leur représentation de Blanche Neige, et l'ensemble des artistes coréens

Un public mixte nombreux, français et coréen, originaire de l'ensemble de la péninsule et d'outre-mer, a longuement applaudi la troupe des jeunes sourds dans leur représentation de Blanche Neige, et l'ensemble des artistes coréens

Alors que le Royaume-Uni s'est engagé de longue date dans le soutien aux handicapés en RPD de Corée, depuis notamment la participation d'un athlète nord-coréen aux Jeux paralympiques de Londres en 2012, c'était la première fois qu'une représentation artistique par les handicapés était donnée en France : huit jeunes danseurs sourds, deux instrumentistes aveugles (à l'accordéon et au kayageum, instrument traditionnel à cordes coréen), et deux chanteurs - un jeune handicapé moteur et une jeune femme ayant une main artificielle - ont fait la démonstration de leur talent lors de deux représentants exceptionnelles à Paris, le 23 février au Secours populaire français et le 24 février à l'Institut national des jeunes sourds de Paris. Les morceaux et les scènes qui ont interprétés ont alterné classiques du répertoire coréen - notamment un émouvant Arirang - et du répertoire occidental - en particulier Blanche Neige et les sept nains, revisités toutefois suivant une esthétique coréenne traditionnelle. Des médias sud-coréens étaient présents pour couvrir cet événement.

Suivie d'un cocktail dînatoire, la représentation du 24 février a été précédée d'une conférence-débat avec M. Kim Mun-chol, vice-président de la Fédération coréenne des personnes handicapées, fondée en 1999, sur la question du handicap en RPD de Corée, qui a rappelé les droits des handicapés dans la législation nord-coréenne, mais aussi le chemin qui restait à parcourir. La participation de jeunes athlètes de la RPD de Corée aux Jeux para-asiatiques d'Incheon, en Corée du Sud, à l'automne 2014, a aussi témoigné de la volonté de renforcer la participation des handicapés aux événements sportifs internationaux - alors que les Nord-Coréens visent l'obtention de médailles d'or aux Jeux paralympiques de Rio de Janeiro en 2016, en mettant l'accent sur plusieurs disciplines : le tennis de table, le tir à l'arc, la natation et l'haltérophilie. Faisait partie de la délégation en visite en Angleterre et en France Mme Ri Bun-hui, ancienne championne du monde de tennis de table en 1991, en double avec la Sud-Coréenne Hyun Jung-hwa, qui a préparé les premiers tournois de tennis de table pour handicapés au nord de la péninsule coréenne.

Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Mme Claudine Casanova a remis le trophée de l'INJS à M. Kim Mun-chol et au pasteur Lee Seok-hee

Mme Claudine Casanova a remis le trophée de l'INJS à M. Kim Mun-chol et au pasteur Lee Seok-hee

La venue en France de la délégation de la Fédération coréenne, déjà en relation avec Handicap International, a aussi été l'occasion de nouer des contacts et des échanges avec d'autres associations plus spécialement en charge du handicap en France, notamment l'Association des paralysés de France (APF), en vue de coopérations futures. M. Bruno Gaurier, conseiller politique du Conseil français des personnes handicapées pour les questions européennes, a longuement reçu les membres de la délégation au siège de l'APF, le 23 février.

Au plan institutionnel, les dirigeants de la Fédération coréenne des personnes handicapées ont été reçus au ministère français des Affaires étrangères, par les représentants de la direction Asie et la sous-direction en charge des affaires humanitaires et des droits de l'homme de la direction des Nations Unies et des organisations internationales. Les coopérations culturelles, éducatives et sportives dans le domaine du handicap entrent pleinement dans le champ des actions du bureau français de coopération à Pyongyang, ouvert à l'automne 2011. Si la RPD de Corée a signé il y a deux ans la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, qui a inspiré les modifications de sa législation en 2003, ce texte reste encore en attente de ratification par le Parlement.

Les représentants de la FCPH ont également été reçus, au Sénat, par le sénateur Jean-Claude Frécon, président du groupe d'étude et de contact interparlementaire France-RPDC. L'audition a été suivie d'une visite du Palais du Luxembourg.

Le 25 février, l'ensemble des membres de la délégation ont visité la capitale, notamment la Sorbonne et le Musée du Louvre, avant de se rendre à la Tour Eiffel, donnant aux jeunes handicapés une occasion unique de découvrir la France avant, peut-être, d'y revenir pour d'autres représentations. C'est en tout cas le voeu que forme l'AAFC, à l'issue d'une première visite couronnée de succès.
 

Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
Spectacle époustouflant des jeunes handicapés coréens à Paris
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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 21:41

Le 4 février 2015, Benoît Quennedey, auteur de "L'économie de la Corée du Nord" et de plusieurs articles sur la Corée, par ailleurs vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération, est intervenu devant les étudiants en coréen de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), à l'invitation du Professeur Patrick Maurus : son intervention en cours de civilisation devant les étudiants de première année s'intitulait "Introduction à l'étude des relations diplomatiques des deux Corée" ; devant les étudiants de troisième année (cours de langue et civilisation), son exposé a porté sur les relations entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Nous présentons ci-après un résumé de la première de ses deux interventions, chacune d'entre elles ayant été suivie d'un débat et d'échanges avec les étudiants.

Benoît Quennedey était déjà intervenu devant les étudiants de l'INALCO, le 19 mars 2014, sur l'économie de la Corée du Nord (ci-dessus), avec Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC.

Benoît Quennedey était déjà intervenu devant les étudiants de l'INALCO, le 19 mars 2014, sur l'économie de la Corée du Nord (ci-dessus), avec Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC.

S'agissant des relations diplomatiques des deux Etats coréens - la République de Corée (au Sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, au Nord) - Benoît Quennedey a tout d'abord rappelé que celles-ci doivent faire l'objet d'une étude conjointe, dans la mesure où la diplomatie de chaque Etat prend fortement en compte la diplomatie de son voisin coréen, chacune des deux Corée ayant aspiré - au moins jusqu'en 1972 - à représenter l'ensemble de la péninsule coréenne.

L'étude des relations diplomatiques des deux Corée est à resituer dans son contexte : la péninsule coréenne est située à un carrefour stratégique, à l'extrémité orientale du continent eurasiatique, au coeur des nouveaux échanges économiques en Asie du Nord-Est. La Corée s'est trouvée de longue date sous l'influence de ses puissants voisins - ce dont rend compte le proverbe coréen des baleines et des crevettes, à savoir que lorsque les baleines se battent (en l'espèce, les grandes puissances : les Etats-Unis, la Chine, le Japon, la Russie), ce sont les crevettes (les Coréens) qui trinquent. Les ingérences étrangères ont conduit à confisquer la souveraineté nationale coréenne, puis à la division du pays. Le nationalisme coréen, très fort, a entraîné une vive critique - pas seulement par le Nord, mais aussi par les progressistes sud-coréens - de la présence jusqu'à ce jour de plus de 28 000 GIs au Sud de la Corée (alors que le Nord, marqué par la personnalité de son fondateur, le Président Kim Il-sung, et de ses héritiers, n'abrite plus de troupes étrangères). Par ailleurs, au regard du poids de ses voisins, la République de Corée continuer à se considérer comme une puissance moyenne, malgré son poids démographique (presque équivalent à celui de la France) et ses succès économiques, qui en ont fait une des quinze premières économies mondiales, membre de l'OCDE et du G20.

L'après-guerre froide a rebattu les cartes diplomatiques, accélérant des évolutions préparées en amont : elle a permis un essor des relations intercoréennes, tout particulièrement pendant la décennie de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" (1998-2008) des présidences démocrates de Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun ; elle a entraîné l'établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Sud et l'URSS (1991) et la Chine (1992) d'une part, la Corée du Nord et la plupart des pays occidentaux après 2000 (à l'exception notable des Etats-Unis, du Japon et de la France) d'autre part.

L'étude des sources nécessite un examen critique : la "diplomatie secrète", qui a longtemps été la règle dans la diplomatie mondiale, n'a pas pris fin dans le cas de la Corée, et beaucoup de données présentées comme des informations traduisent en fait la volonté de chaque Etat à imposer sa propre perception de l'autre Etat, les services de renseignement sud-coréens jouant à cet égard un rôle très actif de désinformation sur la Corée du Nord. Une étude approfondie doit d'abord s'appuyer sur les sources primaires, celles-ci provenant officiellement de chacun des Etats coréens et de ses médias à capitaux publics, mais aussi des pays tiers dans la mesure où ces derniers définissent une politique coréenne - les intentions diplomatiques qu'ils prêtent à l'un ou l'autre des Etats coréens n'étant jamais indissociables d'objectifs de politique internationale qui traduisent en priorité leurs intérêts nationaux. Parmi les sources secondaires, les travaux universitaires américains et sud-coréens méritent d'être retenus, les sources en langue française étant nettement plus pauvres que celles en langue anglaise. S'agissant des sites Internet, ceux consacrés au Nord sont surreprésentés par rapport à ceux qui s'intéressent également au Sud : le site 38 North mérite tout particulièrement d'être consulté.

Sur ces bases, quelques erreurs d'analyse - qui seraient dues au poids trop fort d'une vision unilatérale des questions coréennes - doivent être évitées. Quelle que soit la prégnance du discours sur les droits de l'homme, ceux-ci n'ont de facto jamais constitué un déterminant majeur de la diplomatie des Etats. En particulier, les positions des Etats-Unis et de leurs alliés vis-à-vis de la Corée du Nord apparaissent davantage surdéterminées par un refus de l'arme nucléaire nord-coréenne et de la possibilité que la RPD de Corée dispose des capacités balistiques nécessaires pour atteindre le territoire des pays occidentaux : pour Washington, il s'agit d'éviter que tout Etat non allié des Etats-Unis puisse devenir une menace stratégique. Par ailleurs, l'influence de la Chine sur la Corée du Nord ne doit pas être surestimée, quelle que soit l'importance qu'elle accorde par ailleurs à ses intérêts économiques au Nord de la péninsule. Si Pékin refuse la présence d'armes nucléaires en RPDC, par crainte d'une escalade qui conduirait d'autres Etats de la région (à commencer par le Japon) à devenir à leur tour des Etats dotés de l'arme nucléaire, elle mise également sur la stabilité de la région et est également consciente que, malgré les très forts courants d'échanges économiques mis en place avec la Corée du Sud et les Etats-Unis, elle est perçue comme un rival stratégique des Etats-Unis. C'est pourquoi la Chine est défavorable aux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens, comme à la construction d'une base navale dans l'île de Jeju, au Sud de la Corée, qui visent implicitement à endiguer sa montée en puissance militaire, conformément à la vision américaine du pivot asiatique (la région Asie-Pacifique étant considérée comme le nouveau centre du monde, où doivent se concentrer l'essentiel des forces américaines).

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 13:59

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a tenu son assemblée générale annuelle le 14 février 2015. Au terme du renouvellement de ses instances nationales, qui a vu André Aubry devenir Président d'honneur alors que Guy Dupré devient le nouveau président de l'AAFC, les membres de l'association ont accueilli S.E Kim Yong-il, délégué général de la République populaire démocratique de Corée en France.

Le choix du Secours populaire français (SPF) pour accueillir l'assemblée générale de l'AAFC n'était pas fortuit, les interventions du SPF en RPD de Corée devant beaucoup à l'implication personnelle des dirigeants de l'AAFC, et tout d'abord de son Président, André Aubry. Si Julien Lauprêtre, président du SPF, ne pouvait pas être présent, il a été représenté par Mme Henriette Steinberg, secrétaire générale du SPF, et a fait parvenir une lettre aux participants à l'assemblée générale de l'AAFC formant des voeux de succès et espérant que les liens de solidarité entre le SPF et l'AAFC se renforcent toujours davantage.

Après l'ouverture des travaux de l'assemblée générale par André Aubry, Patrick Kuentzmann, secrétaire général, a présenté le rapport d'activité de l'année 2014. Soulignant que l'année écoulée avait été marquée par un feu roulant de critiques à l'égard de la RPD de Corée, malgré le manque avéré de fiabilité de certains témoignages dans le domaine notamment des droits de l'homme, il a rappelé le rôle majeur joué par l'AAFC pour informer l'opinion publique française et internationale sur la situation réelle dans la péninsule coréenne. Par ailleurs, l'AAFC a toujours considéré que la cause de la paix et de la solidarité passent par le dialogue : les actions de coopération engagées en 2014 ont témoigné d'une volonté d'élever le niveau des échanges franco-nord-coréens, en prenant notamment des contacts avec des partenaires en RPD de Corée à l'occasion des deux voyages de délégations de l'AAFC, en août et en septembre. Enfin, la défense des démocrates sud-coréens a constitué un axe majeur d'intervention, alors que la répression s'est accrue sur les militants de gauche et les partisans de la réunification.

Puis Benoît Quennedey, vice-président chargé des actions de coopération, a présenté le rapport d'orientation pour 2015, qui approfondira les activités conduites pour la paix et la réunification, à l'occasion notamment du 70e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale qui fut malheureusement synonyme, en Corée, de division du pays. Une délégation de l'AAFC sera présente au Nord de la Corée à l'occasion des cérémonies qui marqueront, en octobre, le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée. Alors que l'accent a été mis sur le nécessaire renforcement des comités régionaux, la solidarité concrète occupera, une fois encore, une place prépondérante dans les activités de l'AAFC, avec le soutien apporté à la visite en France, du 22 au 26 février prochain, d'une délégation de la Fédération coréenne des personnes handicapées. S'agissant du soutien aux démocrates sud-coréens, les militants de l'AAFC seront, aujourd'hui comme hier, au premier rang de la solidarité internationale pour refuser la dérive autoritaire à l'oeuvre depuis l'élection de Mme Park Geun-hye à la présidence de la République en Corée du Sud.

Après une discussion ayant souligné notamment la nécessité, malgré les difficultés, à mener des coopérations inter-universitaires qui constituent une des priorités de l'AAFC, les rapports d'activité et d'orientation ont été adoptés par l'assemblée générale.

Présenté par Jacky Lemeur, le rapport financier a souligné que si la situation budgétaire de l'AAFC était saine, elle requérait de renforcer encore les effectifs de l'Association pour assurer son rayonnement et lui permettre de diversifier ses actions. Le rapport financier a été adopté à l'unanimité, de même que la reconduction en 2016 du montant des cotisations au même niveau qu'en 2015, tandis que l'abonnement au bulletin trimestriel a été porté à 15 euros par an, pour prendre en compte l'augmentation de la pagination et la hausse des tarifs postaux.

L'assemblée générale a ensuite renouvelé le comité national de l'AAFC, qui a à son tour élu le nouveau bureau national. André Aubry a souhaité passer le relais à Guy Dupré, nouveau président de l'AAFC, qui a souligné le rôle majeur joué par André Aubry, désormais Président d'honneur, pour la cause de la réunification indépendante, pacifique et démocratique de la Corée, comme sénateur (à l'origine de la création du groupe interparlementaire France-RPDC au Sénat) puis comme dirigeant de l'AAFC. André Aubry a remercié les militants de l'AAFC de leur dévouement constant pour une cause difficile, en saluant la mémoire de Georges Hage, ancien doyen de l'Assemblée nationale, compagnon de route qui avait toujours été solidaire des combats de l'AAFC.

A l'issue de leur assemblée générale, les membres de l'AAFC ont été rejoints par S.E Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, M. Ri Ho-yong, conseiller, et leurs familles, à l'occasion de la Fête de l'Etoile brillante, fête nationale de la RPD de Corée qui marque cette année le 73e anniversaire de la naissance du Dirigeant Kim Jong-il. Guy Dupré a rappelé la solidarité constante de l'AAFC pour la réunification de la Corée. Benoît Quennedey a souligné notamment le rôle joué par le Dirigeant Kim Jong-il dans l'épanouissement des arts et l'élévation du niveau de vie de la population en RPD de Corée. Enfin, S.E Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France et ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de l'UNESCO, a mis l'accent sur sa contribution à la réunification de la Corée, notamment lors des sommets intercoréens de juin 2000 et octobre 2007, et que le Maréchal Kim Jong-un s'inscrivait dans cette lignée, en tendant à nouveau la main tant aux Etats-Unis, pour faire cesser les exercices militaires et faire advenir une ère de paix, qu'à la Corée du Sud pour permettre de nouvelles avancées dans les relations intercoréennes.

La réunion s'est clôturée par un buffet franco-coréen, pour lequel l'AAFC remercie chaleureusement de la délégation générale de la RPD de Corée en France pour sa contribution généreuse et appréciée.

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