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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 18:21

Le 5 septembre 2015, la Société Finlande-Corée - homologue de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) en Finlande - a organisé à Helnsinki un séminaire européen pour commémorer le 70e anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août 1945, avec la participation d'associations d'amitié de plusieurs autres pays européens et d'une délégation du Comité coréen des relations culturelles avec les pays étrangers, venue de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette manifestation coïncidait avec la célébration du 45e anniversaire de la fondation de la Société Finlande-Corée. Une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne était présente. 

Après un dîner le 4 septembre, les délégations européennes, venues du Danemark, de France, de Pologne, de Suède et d'Espagne, et la délégation coréenne ont participé le 5 septembre au séminaire sur le 70e anniversaire de la libération de la Corée, organisé par la Société Finlande-Corée.

L'Association d'amitié franco-coréenne était représentée par Benoît Quennedey, vice-président chargé des opérations de coopération, et Patrick Kuentzmann, secrétaire général. Dans un message lu par Benoît Quennedey, Guy Dupré, président de l'AAFC qui ne pouvait pas être personnellement présent, a souligné combien le mouvement de libération nationale antijaponaise conduit par le Président Kim Il-sung avait façonné non seulement le destin de la Corée, mais aussi celui des peuples combattant pour leur indépendance. Il a également plaidé pour une reprise du dialogue intercoréen en vue d'abaisser les tensions, alors que les conservateurs de retour au pouvoir à Séoul en 2008 ont tourné le dos aux déclarations conjointes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. La délégation de l'AAFC a souligné par ailleurs les activités qu'elle a engagées en France aux côtés des militants progressistes sud-coréens s'opposant à la dérive autoritaire à l'oeuvre à Séoul, et des pacifistes japonais refusant la modification de l'article 9 de la Constitution japonaise : les luttes pour la démocratie au Sud de la péninsule et contre le militarisme japonais sont parties prenantes des objectifs que s'est fixée l'AAFC depuis sa fondation en 1969, pour la paix, la liberté et la réunification en Corée.

Un échange entre les participants a permis de souligner les risques que pouvaient personnellement encourir, dans plusieurs pays, les militants des associations d'amitié avec la Corée, en raison de leur action.

En clôture de leurs travaux, les participants ont adopté une résolution conjointe, lue par Pekka Kotkasaari, président de la Société Finlande-Corée, plaidant pour une réunification pacifique et indépendante de la Corée, et soutenant la RPDC dans l'édification d'un pays prospère.

Pekka Kotkasaari, président de la Société Finlande-Corée

Pekka Kotkasaari, président de la Société Finlande-Corée

Le soir du 5 septembre, un banquet finno-coréen était organisé à l'organisation du 45e anniversaire de la fondation de la Société Finlande-Corée, accompagné d'un concert donné par l'orchestre Saalem, qui s'est récemment produit en République populaire démocratique de Corée. Dans son discours, M. Ryu Kyong-il, directeur du département Europe du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, qui conduisait la délégation de la RPD de Corée, a félicité l'association finlandaise pour l'organisation du séminaire et sa solidarité sans faille avec le peuple coréen depuis 45 ans.

Ryu Kyong-il, directeur du département d'Europe du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers de la RPDC

Ryu Kyong-il, directeur du département d'Europe du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers de la RPDC

Le lendemain, 6 septembre, les délégations européennes et coréenne ont pu poursuivre leurs échanges de manière plus informelle au cours d'une excursion dans la campagne finlandaise.

L'AAFC se félicite de ces riches échanges d'expériences, qui font ressortir tout l'intérêt des réunions organisées jusqu'en 2010 par le Comité international de liaison pour la paix et la réunification en Corée (CILRECO, fondé en 1977), dont le secrétaire général, Guy Dupré, a été salué pour son action par les participants, notamment les organisateurs de la société Finlande-Corée.

 

L'Association d'amitié franco-coréenne remercie la Société Finlande-Corée pour son invitation et la  félicite pour l'excellente organisation du séjour en Finlande des délégations étrangères, du 4 au 6 septembre 2015. La Société Finlande-Corée a montré un haut degré d'organisation et de savoir-faire, qui la positionne incontestablement parmi les plus dynamiques associations d'amité avec la Corée sur le continent européen. L'AAFC formule tous ses voeux de succès et de réussite à son homologue finlandaise.

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 23:09

Le 30 août 2015, à l'appel du collectif Students Emergency Action for Liberal Democracy (SEALDs, Action d'urgence des étudiants pour la démocratie libérale), plus de 120 000 manifestants sont descendus dans les rues à Tokyo, pour refuser la révision de l'article 9 de la Constitution pacifiste japonaise, que le gouvernement de Shinzo Abe tente d'imposer contre la volonté d'une majorité de Japonais et suivant une procédure qui ne respecte pas le droit constitutionnel japonais. Alors que des rassemblements ont également eu lieu dans 300 villes japonaises, les Japonais de l'étranger ont aussi manifesté dans le monde, les 29 et 30 août 2015 : à Paris, ils se sont réunis le 29 août place du Trocadéro, de 19h à 21h. Parmi les participants originaires de six pays (Japon, France, Corée du Sud, Vietnam, Luxembourg, Bulgarie), Lee Yeda, premier Sud-Coréen à avoir obtenu l'asile politique en France en tant qu'objecteur de conscience, a souligné son refus de voir le Japon engagé dans des conflits à l'étranger, si la nouvelle interprétation de l'article 9 de la Constitution japonaise était adoptée dans le cadre du projet de loi de sécurité nationale qui créerait ainsi un "droit de légitime défense collective". La manifestation était soutenue par l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui a fait du combat pour la paix en Asie de l'Est l'une de ses priorités. Nous reproduisons ci-après le discours prononcé lors du rassemblement du Trocadéro par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération.

Manifestation à Paris contre la révision de la Constitution pacifiste japonaise

Mesdames,
Messieurs,
Chers amis, japonais, français, coréens, vietnamiens, luxembourgeois, bulgares,

Je suis fier d'être présent aujourd'hui aux côtés de ceux qui représentent en France l'Action d'urgence des étudiants pour la démocratie libérale (Students Emergency Action for Liberal Democracy, SEALDs), au nom de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), dont je suis vice-président chargé des actions de coopération.

L'AAFC a pour but la paix et la réunification de la Corée. Agir pour la paix en Asie de l'Est, c'est refuser la course aux armements, conventionnels comme nucléaires. Agir pour la paix en Asie de l'Est, c'est refuser la révision de l'article 9 de la Constitution japonaise, que le gouvernement Shinzo Abe tente de faire passer en catimini, au mépris des procédures normales de révision constitutionnelle, dans le cadre du projet de loi de sécurité nationale actuellement en discussion au Parlement. Agir pour la paix en Asie de l'Est, c'est refuser la renaissance du militarisme japonais, combattre le révisionnisme historique qui a installé la droite et l'extrême-droite japonaises dans le déni de la défaite de 1945 : non, nous n'acceptons pas que des troupes japonaises soient demain les auxiliaires de l'impérialisme américain, pour des guerres de rapines menées hier en Irak, aujourd'hui en Syrie et au Proche-Orient.

Le Gouvernement Abe doit accepter d'écouter la voix de la sagesse, de la paix et de la liberté - celle d'une majorité de Japonais qui refusent le retour du militarisme nippon, avec son cortège de guerres, d'atteintes à la démocratie et aux droits de l'homme. Il doit aussi écouter le gouvernement chinois, les gouvernements coréens et tous les amis de la liberté et de la paix qui refusent que la formidable puissance économique du Japon devienne, demain, une force de guerre et d'agression.

Le combat des Japonais et de nous tous réunis ici, au Trocadéro, place du Parvis des Droits de l'Homme, dépasse l'enjeu du seul Japon : c'est la paix en Asie du Nord-Est, la paix en Asie et dans le monde, qui est en jeu. Puissent les lauriers de la paix ceindre vos fronts, jeunes et courageux militants pacifistes japonais, qui reprenez le glorieux flambeau porté par vos aînés, pour un monde sans guerre !

En tant que Français, en tant que militant pacifiste, j'exige le retrait de la loi de sécurité nationale. J'exige le maintien de l'article 9 de la Constitution japonaise. J'exige, enfin, que le gouvernement japonais joue désormais un rôle positif pour résoudre pacifiquement et par la voix du dialogue les conflits territoriaux qui l'opposent à tous ses voisins - Russie, Chine, Corée.

A Tokyo, à Paris et dans le monde, c'est l'aube d'une ère nouvelle dont nous préparons l'avènement, pour nous, pour nos enfants, et pour les générations futures !

Je vous remercie de votre attention.

Lire aussi (en japonais) : le compte rendu des manifestations au Japon et dans le monde (dont une photo de la manifestation à Paris), sur le site du quotidien du Parti communiste japonais Akahata

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 15:06

Le 14 août 2015, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé un dîner avec S.E. M. Kim Yong-il, délégué général de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en France, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la RPD de Corée auprès de l'UNESCO, et M. Ri Ho-yong, conseiller de la délégation générale de RPDC en France, à l'occasion du 70e anniversaire de la libération de la Corée de l'occupation japonaise, le 15 août 1945.

Représentation du Président Kim Il-sung lors de la bataille de Pochonbo (4 juin 1937)

Représentation du Président Kim Il-sung lors de la bataille de Pochonbo (4 juin 1937)

Le 15 août 1945, la capitulation japonaise marquait la fin de la Seconde guerre mondiale en Asie. Dans la péninsule coréenne, cette date est célébrée comme le jour de la libération, ayant mis fin à la colonisation particulièrement féroce du Japon trente-cinq années durant, de 1910 à 1945. La domination coloniale nippone avait été caractérisée, entre autres, par l'exploitation économique de la Corée pour les besoins de l'industrie de guerre japonaise, le départ forcé de millions de travailleurs coréens et de leurs familles dans l'archipel nippon, l'enrôlement contraint des jeunes hommes coréens dans l'armée impériale, l'exploitation sexuelle de centaines de milliers de "femmes de réconfort" dans les bordels militaires japonais, et la négation de l'identité culturelle du peuple coréen, assimilé à l'occupant, contraint d'apprendre la langue japonaise et d'adopter des noms nippons.

S'appuyant sur une longue tradition de soulèvements populaires face à de puissants voisins, la résistance coréenne antijaponaise, menée dans la péninsule elle-même, mais aussi le Nord-Est de la Chine et l'Extrême-Orient soviétique, a joué un rôle important pour mettre fin à la domination coloniale. L'un de ses plus éminents dirigeants, Kim Il-sung, est devenue le Président de la République populaire démocratique de Corée, fondée le 9 septembre 1948, au Nord de la péninsule. Le rejet du féodalisme et du colonialisme ont ainsi été des marqueurs des institutions du nouvel Etat. Le choix récent des autorités nord-coréennes d'établir un nouveau fuseau horaire (en retardant les horloges d'une demi heure) permet ainsi de revenir sur une décision imposée par le colonisateur japonais - et qui, du reste, avait aussi été mise en oeuvre dans le Sud de la Corée, entre 1954 et 1961, avant que le général Park Chung-hee, ancien diplômé de l'académie militaire japonaise de Mandchourie en 1944, n'engage un rapprochement avec le Japon, ayant conduit à la normalisation des relations nippo - sud-coréennes en 1965. 

Parmi les divers sujets abordés, y compris les activités de l'AAFC dont le départ prochain d'une délégation en RPDC à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, le 10 octobre 1945, le dîner organisé par l'AAFC le 14 août 2015 a permis de revenir sur la résistance antijaponaise et la libération de la Corée, et tout particulièrement le rôle de premier plan joué par le Président Kim Il-sung et ses compagnons de lutte, ainsi que sur les conséquences de ce legs historique dans la politique diplomatique de Pyongyang. La RPD de Corée a apporté un soutien actif aux mouvements de décolonisation et aux luttes de libération nationale de par le monde. Par ailleurs, les plaies de la domination coloniale japonaise ne sont pas encore cicatrisées, Tokyo ne s'étant pas excusé pour son comportement colonial auprès de la RPDC, en l'absence, encore à ce jour, de relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée, ainsi que de versement de compensations par les autorités japonaises.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 22:47

Le 4 août 2015, deux soldats sud-coréens ont été estropiés dans la zone démilitarisée (DMZ) située entre les deux Etats coréens après avoir été blessés par l'explosion de trois mines antipersonnel. Si la République de Corée (Corée du Sud) a aussitôt accusé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et décidé, en représailles à ce qu'elle a qualifié d' "attaque", d' "intensifier" la guerre psychologique en lançant à nouveau des messages de propagande hostiles à la RPDC par les haut-parleurs situés le long de la DMZ, il faut garder la tête froide : en l'absence d'enquête indépendante rien ne permet à ce stade d'accuser la RPD de Corée. En revanche, il est certain que les mines antipersonnel, lesquelles sont d'abord un legs monstrueux de la guerre de Corée (1950-1953), créent des dommages atroces : l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) appelle ainsi à ce que le refus des mines antipersonnel soit un combat prioritaire pour toutes celles et tous ceux qui sont sincèrement attachés à la paix dans la péninsule coréenne.

Dans la terrible attaque qui a gravement estropié deux soldats sud-coréens, la vigueur de la réaction des autorités sud-coréennes, parlant désormais de mesures de représailles, contraste avec leur silence assourdissant pendant près d'une semaine, puis avec l'absence tout d'abord  de réponse coordonnée entre les différentes administrations. En effet, ce n'est que le 10 août que le ministère de la Défense sud-coréen a rendu compte de cet incident, et le 11 août, soit une semaine après les faits, que le porte-parole de la présidence sud-coréenne, Min Kyung-wook, a pointé la responsabilité selon lui de la Corée du Nord :

Il s'agit clairement d'une provocation dans laquelle des forces nord-coréennes ont franchi illégalement la ligne de démarcation militaire et planté une mine dans une boîte en bois (...) Cette provocation de la Corée du Nord est une violation flagrante de l'accord d'armistice et de l'accord de non-agression entre le Sud et le Nord, et nous demandons avec force à la Corée du Nord de s'excuser pour cette provocation et d'en punir les responsables.

Mais il serait naïf de prendre pour argent comptant ces accusations bien tardives, alors que la République de Corée a une longue réputation d'opacité sur les questions touchant la défense nationale et est prompte à accuser le Nord pour se dédouaner de ses propres défaillances dans la protection de ses soldats - car quelle que soit l'origine des mines, il y a eu clairement des insuffisances dans la protection des militaires sud-coréens face à un problème connu, celui des mines antipersonnel, encore bien trop nombreuses dans la DMZ depuis la fin de la guerre de Corée.

Si les médias nord-coréens n'avaient pas encore réagi publiquement à l'heure où nous rédigeons ces lignes, il est à attendre que les autorités nord-coréennes s'offusquent d'une opération qu'elles dénoncent comme montée par la Corée du Sud elle-même, à quelques jours de l'anniversaire de la libération de la Corée. Dans ce contexte, la prudence s'impose : seule une enquête internationale indépendante, associant toutes les parties, permettra de déterminer la nature et l'origine des mines ayant estropié les deux soldats sud-coréens, et serait un préalable nécessaire pour prendre ensuite les mesures indispensables au déminage de la péninsule coréenne, qui n'a causé que trop de souffrances depuis la guerre de Corée.

Au regard de l'absolue nécessité de supprimer les mines antipersonnel, l'Association d'amitié franco-coréenne considère urgent de créer un climat de confiance et de détente entre toutes les parties, et non de provoquer une escalade dans les tensions - comme s'y essaient aujourd'hui les faucons au pouvoir à Séoul pour tenter de calmer une opinion publique légitimement indignée face à ce qui apparaît comme un nouveau scandale de sécurité, après les dramatiques naufrages du "Cheonan" et du "Sewol".

Sources :

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 21:33

Le 7 août 2015, à l'occasion du 70e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Asie suite à la capitulation japonaise le 15 août 1945, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et l'Alliance coréenne ont organisé une conférence à Paris intitulée "Agir pour la paix et la sécurité collective en Asie du Nord-Est, 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale". Lors des débats animés par Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, les orateurs et les participants, originaires de cinq pays  éprouvés par le conflit (Japon, Corée, Vietnam, France, Allemagne), et parmi lesquels des membres d'organisations pacifistes françaises et japonaises (dont le Mouvement de la paix), ont exprimé leur volonté commune d'agir pour la paix, le désarmement - tant conventionnel que nucléaire - et la mise en place de mécanismes de sécurité collective en Asie de l'Est. Par ailleurs, fondamentalement attachés à la défense des droits de l'homme et des libertés publiques, les participants ont relayé l'appel du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud appelant à la libération immédiate du directeur du Centre des droits de l'homme Park Rae-gun, arrêté à Séoul le 16 juillet 2015 en tant que membre de l'Alliance du 16 avril, groupe civique sud-coréen qui exige une véritable enquête sur les causes du dramatique naufrage du ferry "Sewol", qui a causé plus de 300 morts au large de la Corée - pour la plupart des lycéens en voyage scolaire - le 16 avril 2014.

Français, Coréens et Japonais plaident pour la paix et le désarmement en Asie de l'Est

Dans son intervention intitulée "D'un conflit à l'autre : de la Seconde Guerre mondiale à la guerre de Corée, les tensions en Asie du Nord-Est et la nécessité de mettre en place des dispositifs de paix, de désarmement et de sécurité collective", Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, a montré que la Seconde guerre mondiale - qui, en Asie, a commencé en juillet 1937 avec la guerre sino-japonaise, et s'est terminée le 15 août 1945 - a créé la situation géopolitique (division de la Corée, occupations du Japon et de la Corée) à l'origine de la guerre de Corée (1950-1953), et comment les tensions actuelles en Asie de l'Est découlent de ces deux conflits. Se prolongeant par des conflits de représentations (ainsi, le 15 août est considéré comme la fin de la guerre au Japon, mais marque bien la capitulation et la défaite de l'empire nippon et est célébré comme le jour de la libération en Corée), ces tensions sont de différents ordres :

- militaire (course aux armements, notamment nucléaires ; exercices militaires bisannuels américano - sud-coréens de grande ampleur au large de la Corée apparaissant comme les préparatifs d'un nouveau conflit),

- diplomatique (absence de traité de paix à la fin de la guerre de Corée, non-établissement de relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée, absence d'excuses du Japon pour les crimes commis pendant la Seconde guerre mondiale, notamment lors de la normalisation des relations avec la République de Corée en 1965), 

- territorial (entre la Russie et le Japon à propos des îles Kouriles, sur les îles Dok - appelées Takeshima par le Japon - entre la Corée et le Japon, sur les Diaoyu/Senkaku entre la Chine et le Japon).

Dans ce contexte, l'AAFC appelle à la signature d'un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice ayant clos les combats de la guerre de Corée, à la reconnaissance par le Japon des crimes commis à l'encontre des "femmes de réconfort", anciennes esclaves sexuelles (principalement coréennes) de l'armée japonaise, au soutien aux efforts de démilitarisation et de dénucléarisation et au refus de tout révisionnisme historique (notamment, sur l'usage désormais avéré d'armes chimiques par les troupes américaines pendant la guerre de Corée).

Puis Camille Fonseca est intervenue sur "La question du militarisme japonais contemporain et de la Constitution pacifiste japonaise". Elle a souligné que, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement japonais du Premier ministre Shinzo Abe est en proie à une tentation militariste teintée de révisionnisme historique. Depuis décembre 2012, le gouvernement Abe s'obstine à vouloir ressusciter le vieux rêve d'une partie de la droite et de l'extrême-droite japonaise : "en finir avec le régime d'après-guerre", c'est-à-dire avec la Constitution pacifiste dont l'article 9 n'autorise pas les soldats japonais à aller se battre à l'étranger. Si dès 1948 le contexte de la guerre froide a incité les Etats-Unis à encourager un réarmement limité du Japon, entraînant notamment la création en juillet 1954 des Forces japonaises d'autodéfense (jieitai), le Premier ministre de l'époque, Shigeru Yoshida, expliquant alors que l'article 9 de la Constitution n'interdisait pas l'autodéfense.

Avec le temps, les forces du jieitai se sont considérablement développées. A partir de 1991, le jieitai a même été envoyé à l'étranger, le Japon se dotant d'une nouvelle législation qui l'autorise à participer à des actions dans le cadre de la Force de maintien de la paix des Nations Unis (loi PKO de 1992) ou pour des actions humanitaires. Dans l'opinion publique, l'envoi de soldats du jieitai à l'étranger a suscité à chaque fois une vive opposition, en particulier en 2003 lors de la Guerre d'Irak. Les dirigeants au sein du gouvernement PLD ont toujours expliqué que le jieitai ne participerait jamais à des combats à l'étranger parce que l'article 9 ne permet pas au Japon d'exercer le droit de légitime défense collective.

Les efforts actuels du gouvernement Abe de revenir sur l'article 9 de la Constitution s'inscrivent dans une démarche de déni de la défaite, comme l'ont montré les travaux du jeune politologue japonais Satoshi Shirai : les dirigeants japonais n'ont jamais admis la capitulation de leur pays : c'est ainsi que le 15 août, date de cet événement, est appelé "jour anniversaire de la fin de la guerre". Ce déni de la défaite explique également le développement d'un très fort courant révisionniste à partir des années 1990, notamment en réaction aux demandes de reconnaissance officielle des "femmes de réconfort", principalement coréennes. 

Lors de sa visite à Washington, fin avril 2015, le Premier ministre Shinzo Abe a prononcé un discours devant le Congrès et le Sénat américains réunis, promettant de faire adopter un "droit de légitime défense collective" avant l'été, revenant sur l'interprétation de l'article 9 de la Constitution. Mais la mobilisation de l'opinion publique a rendu ce projet impopulaire auprès d'une majorité de Japonais, hypothéquant ainsi son adoption, tout en entraînant un net recul de la cote de popularité du gouvernement.

Enfin, Stephen Cho (Alliance coréenne) a traité la question de "La Corée au coeur de la stratégie américaine du pivot asiatique" consistant en un recentrage des forces militaires américaines dans la région Asie-Pacifique. L'une des composantes du pivot asiatique est la remilitarisation du Japon. Il a également pour pendant le renforcement de l'alliance avec la Corée du Sud et la création d'un axe militaire Washington-Tokyo-Séoul, comportant la participation du Japon à des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud et la mise en place d'un accord tripartite en matière de renseignement. Le gouvernement sud-coréen de Mme Park Geun-hye tend toutefois à se rapprocher davantage de la Chine (devenue le premier partenaire économique de la République de Corée) que du Japon. Ce rééquilibrage vers l'Asie, accentué après le déclenchement de la crise économique mondiale en 2008, vise à faire pièce à la montée en puissance militaire de la Chine et de la Russie.

La politique américaine en Asie est teintée d'hypocrisie quand elle prétend favoriser la résolution de la question des femmes de réconfort, alors qu'elle est un obstacle à la remilitarisation du Japon à laquelle Washington est favorable. De même, sur la question nucléaire, les Etats-Unis occultent le fait qu'ils ont été la seule puissance à l'avoir utilisée lors des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, ayant fait par ailleurs de nombreuses victimes coréennes parmi les populations de ces deux villes japonaises, et que son usage a été à nouveau envisagé pendant la guerre de Corée.

En conclusion, Stephen Cho a expliqué que les progressistes sud-coréens étaient favorables à la transformation de l'accord d'armistice du 27 juillet 1953 en un traité de paix et qu'ils s'opposaient à la modification de l'article 9 de la Constitution japonaise. Par ailleurs, la démilitarisation de la Corée et de l'Asie implique un refus de toutes les armes de destruction massive, et devrait prendre place dans le cadre d'un système de sécurité collective, sur la base de l'expérience des conférences sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). Si les CSCE ne peuvent pas être considérées comme un modèle, d'autres régions du monde que l'Europe montrent la possibilité de relations de coopération équilibrées (comme l'ALBA en Amérique latine), fondées sur la solidarité entre les peuples.

Français, Coréens et Japonais plaident pour la paix et le désarmement en Asie de l'Est
Français, Coréens et Japonais plaident pour la paix et le désarmement en Asie de l'Est
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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 19:29

Alors qu’une nouvelle dérive autoritaire est en cours en République de Corée (Corée du Sud), l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a toujours été aux côtés des démocrates sud-coréens dans leur combat pour la liberté et la réunification. En particulier, au tournant des années 1980 et 1990 plusieurs personnalités sud-coréennes ont été arrêtées par le régime Roh Tae-woo pour avoir visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sans autorisation du gouvernement sud-coréen : parmi elles, Rim Su-kyong avait participé au Festival mondial de la jeunesse à Pyongyang en 1989 ; le prêtre Moon Kyu-hyun et le pasteur Moon Ik-hwan s’étaient également rendus en RPDC en 1989. L’AAFC a alors été le fer de lance, en France, du combat international pour leur libération, par des manifestations, des pétitions et des lettres adressées aux autorités politiques françaises, non sans succès : Rim Su-kyong, condamnée à cinq ans de prison, a été libérée au printemps 1992 après avoir purgé une peine de deux ans et demi, avant d’être amnistiée par le président sud-coréen Kim Dae-jung en 1999, tandis que Moon Ik-hwan, condamné en 1989 à dix ans, est sorti de prison en 1993. Nous reproduisons ci-après l’appel lancé par l’AAFC en 1989, cosigné par plusieurs organisations françaises (dont la Confédération générale du travail, le Parti communiste français, l’Association française des juristes démocrates et la Jeunesse étudiante chrétienne) et des personnalités (parmi lesquelles Jean Ferrat, Hugues Aufray, Paul Préboist, Gilles Perrault, Catherine Ribeiro, Siné, Jean Ziegler, Bernard Clavel…) publié dans le n° 28 (4e trimestre 1989) du bulletin trimestriel de l’AAFC. La graphie des noms coréens correspond à la translittération alors en usage.

Rim Su-kyong, en 1989 en RPD de Corée

Rim Su-kyong, en 1989 en RPD de Corée

Moon Ik-hwan

Moon Ik-hwan

Respect des droits de l’homme en Corée du Sud, libération de tous les démocrates emprisonnés

Nous soussignés, après avoir pris connaissance avec une vive émotion, des arrestations et des lourdes condamnations infligées par les autorités sud-coréennes à l’issue de procès iniques à :

- M. le Pasteur Moun Ik Hwan,
- l’écrivain You Won Ou,
(condamnés à 10 ans de prison)
- le Prêtre Moun Kyu Hyun
- la jeune étudiante Rim Sou Kyeung
(menacés de la peine de mort)

Ces personnes comme bien d’autres démocrates sud-coréens également emprisonnés n’ont commis d’autre crime que de vouloir passionnément le dialogue entre les deux parties de la Corée et la réunification de leur patrie.

Ces arrestations et condamnations sont une atteinte intolérable à la liberté d’opinion et aux droits les plus élémentaires de l’homme.

Elles sont en flagrante contradiction avec les engagements de M. Ro Tai Ou de permettre le dialogue Nord-Sud et de démocratiser son pays.

Les soussignés exigent du Président sud-coréen la libération de tous les démocrates emprisonnés.

D’autre part, nous appuyant sur les déclarations du Gouvernement français affirmant la volonté dans ses relations extérieures de faire prévaloir le principe du respect des droits de l’homme, nous demandons instamment à M. le Président de la République française d’exiger des autorités sud-coréennes la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud.

Premiers signataires de l’appel pour la libération de la jeune étudiante Rim Sou Kyeung, du prêtre catholique Moun Kyu Hyun, du pasteur protestant Moun Ik Hwan et des autres démocrates sud-coréens emprisonnés, et pour le respect des droits de l’homme en Corée du Sud.

ORGANISATIONS

- Association d’amitié franco-coréenne,
- Comité français de soutien à la réunification de la Corée (COFRECO),
- Comité français de soutien à la création de la RCDK,
- Comité français pour la reconnaissance diplomatique de la RPDC,
- Confédération Générale du Travail,
- Parti communiste français,
- Association française des juristes démocrates,
- Mouvement de la jeunesse communiste de France,
- Comité national pour l’indépendance et le développement (CNID),
- Jeunesse étudiante chrétienne.

PERSONNALITES

- Jean Ferrat, Artiste lyrique, compositeur,
- Michel Germa, Président du conseil général du Val-de-Marne,
- Claude Bessy, Artiste chorégraphe de l’Opéra de Paris,
- Charles Lederman, Avocat, Sénateur, Secrétaire de la Commission des lois,
- Jean Suret-Canale, Professeur d’université, Président de l’AAFC,
- Hugues Aufray, Chanteur-compositeur,
- Raoul Sangla, Réalisateur de télévision,
- Nicole Dreyfus, Avocate,
- Joannes Galland, Secrétaire de la CGT,
- Paul Préboist, Comédien,
- Albert Lévy, Journaliste,
- Gilles Perrault, écrivain,
- André Aubry, ancien Sénateur, Président du COFRECO,
- Catherine Ribeiro, Artiste lyrique,
- Henri Tisot, Comédien, évangéliste,
- Gérard Brignolais, Sculpteur,
- François Fournier, Jésuite, Directeur de « Culture et Foi »,
- Yves Grenet, Economiste, membre de la Présidence de la Conférence des catholiques européens,
- Marcel Trigon, Maire d’Arcueil,
- Siné, Dessinateur, humoriste,
- Daniel Zimerman, Professeur d’université, écrivain,
- Guy Dupré, Secrétaire général du Comité international de liaison pour la réunification et la paix en Corée,
- Jean Ziegler, Professeur d’université, Conseiller national de la Confédération helvétique,
- Gilles Langoureau, Chanteur,
- Marcel Rigout, Conseiller économique et social, ancien Ministre,
- Marc Ogeret, Chanteur,
- Moussa Keita,
- Pierre Derens, Principal de collège,
- Jacqueline Derens, Professeur,
- Sigfried Feller-Steinhauer,
- Laetitia Meignan,
- Clotilde Kante,
- Nicole Crestou,
- Jeannette Genot,
- Jean Charlon,
- Jacqueline Bailly, Section internationale CGT,
- Maurice Cukierman, Secrétaire de l’AAFC,
- Catherine Deveault, syndicaliste,
- Françoise Caro, secrétaire,
- Thierry Angles, Secrétaire de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD),
- Valérie de Foulpiquet, Universitaire,
- Robert Charvin, Professeur, Secrétaire général du Comité international de juristes pour la démocratie et les droits de l’homme en Corée du Sud,
- Bernard Clavel, Ecrivain,
- Jacqueline Fraysse-Cazalis, Médecin, Sénateur-Maire de Nanterre,
- Jacqueline Grunfeld.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 20:19

Le 27 novembre 2014, l'Association d'amitié franco-coréenne a rejoint "l'Association de solidarité civile pour avancer vers une nouvelle Asie orientale à l'occasion du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale", également appelée Association de solidarité civile, qui a adopté le 23 juin 2015 une déclaration dont nous publions ci-après une traduction en français. Dans sa réponse adressée le 10 juillet 2015 à l'Association de solidarité civile, le bureau de l'AAFC a indiqué "pleinement soutenir la déclaration de l'Association de solidarité civile, en considérant que la construction d'un cadre pour la paix et la coopération en Asie du Nord-Est a toujours été l'un de nos principaux buts. En particulier, nous continuerons de travailler pour la réunification pacifique de la Corée, la signature d'un traité de paix qui empêcherait de nouveaux conflits localisés dans la péninsule coréenne, l'établissement de relations diplomatiques complètes entre le Japon et la RPDC et la reconnaissance par le Gouvernement japonais de ses crimes de guerre, en particulier ceux commis à l'encontre des soi-disant "femmes de réconfort" de Corée et d'autres pays".

23 juin 2015
Déclaration des civils de l'Asie orientale :
Nous ouvrirons une nouvelle ère pour le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale

 

Monsieur Abe, Premier ministre du Japon, envisage de faire une déclaration cet été à l'occasion du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous nous inquiétons de son contenu car M. Abe a attisé les tensions entre le Japon et ses voisins au sujet des questions "historiques". Il y a 70 ans, les pays d'Asie étaient libérés des guerres d'agression impériales et de la soumission coloniale. De nombreux civils, en plus de millions de soldats, perdirent la vie au cours de ces agressions impériales totalement dépourvues de nécessité. Nous devons sincèrement réfléchir à l'histoire passée et construire une nouvelle amitié entre voisins pour la coexistence pacifique et la co-prospérité en Asie orientale.

Le Japon, éprouvant des remords pour les agressions et la domination coloniale exercées contre les pays d'Asie pendant la guerre, déclara dans sa constitution vouloir "ne jamais plus être le témoin des horreurs de la guerre du fait de l'action du gouvernement" et "renoncer à la guerre" dans son article 9. En outre, le Japon rejoignit la communauté internationale en acceptant la décision du Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient qui reconnut le Japon coupable d'agressions.

En 1995, 50 ans après la guerre, la "Déclaration du Premier ministre Tomiichi Murayama" fut approuvée lors d'une réunion du Cabinet et annoncée au monde. Elle dit : "Dans un passé encore proche, le Japon, suivant une politique nationale erronée, avança vers la guerre, pour seulement faire tomber le peuple japonais dans le piège d'une crise catastrophique, et, au travers de ses domination et agression coloniales, provoqua d'immenses dommages et souffrances aux peuples de nombreux pays, particulièrement ceux des pays d'Asie. Dans l'espoir que de telles erreurs ne se répètent pas dans le futur, je considère, dans un esprit d'humilité, ces faits historiques irréfutables, et exprime à nouveau ici mes sentiments de profonds remords et présente mes excuses sincères." Les citoyens d'Asie orientale acceptèrent ses sentiments de remords sincères et ses excuses en espérant qu'une nouvelle ère s'ouvrirait dans la région.

Cependant, certaines forces se sont depuis employées à saper et réfuter l'essence même du contenu de la Déclaration Muruyama, allant jusqu'à tordre les faits historiques en affirmant qu'il s'agissait d'une "guerre d'auto-défense ou pour la libération de l'Asie". C'est un grave et abominable défi pour les milliards de gens d'Asie orientale exigeant inlassablement la paix, la sécurité et la co-prospérité pour cette région.  Ils accomplissent aussi des efforts permanents pour bâtir la confiance et la coopération entre les pays asiatiques.

Toutefois, malheureusement, les tentatives de l'actuel gouvernement de Tokyo de tordre et même nier l'histoire passée auront pour effet, non seulement de sérieusement entraver un avenir de co-prospérité pour la vaste région asiatique, mais aussi de raviver encore davantage les plaies qui ne cicatriseront jamais des survivants des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis par des Japonais dans de nombreux pays d'Asie.

En conséquence, à l'occasion du 70e anniversaire de la fin de la guerre, nous ne devons pas autoriser le Premier ministre Abe non seulement à ne pas reconnaître mais aussi à nier le contenu essentiel de la "Déclaration du Premier ministre Tomiichi Murayama" sous le prétexte qu'elle serait "irréaliste". Le Japon doit reconnaître sa responsabilité dans la guerre en tant que principal coupable ayant provoqué la guerre en Asie-Pacifique et envahi et colonisé de nombreux pays de cette région.


Depuis la fin de la guerre en août 1945, même s'il y a toujours eu des efforts au niveau régional, la plupart des pays d'Asie orientale, sinon tous, ne se sont jamais libérés d'un état constant de conflits, de guerres et d'antagonismes.

Cependant, nous, peuples concernés de la région d'Asie orientale, sommes déterminés à ouvrir et à travailler pour une nouvelle ère par des discussions permanentes et sincères, lesquelles ne seront basées que sur le respect mutuel, la confiance et la coopération.

Fidèles à nos efforts tenaces et nos engagements de toujours, nous formulons les espoirs suivants qui sont autant d'exigences :

1. Nous demandons la mise en place d'un environnement pacifique fondé sur le respect mutuel, la confiance et la coopération entre les peuples d'Asie orientale par des efforts permanents visant à promouvoir la compréhension mutuelle entre tous et à partager modestement une vision commune de notre histoire ;

2. Nous insistons sur le fait que le gouvernement Abe doit reconnaître les guerres d'agression et la domination coloniale exercées par le Japon contre ses voisins de la région Asie-Pacifique et présenter des excuses sincères, dédommager entièrement toutes les victimes et les membres survivants de leurs familles;

3. Nous accomplirons d'immenses efforts pour bâtir un environnement réellement pacifique et établir une structure de sécurité commune régionale en Asie orientale en commençant par remplacer le fragile accord d'armistice de la guerre de Corée par un traité de paix, puis en retirant les bases militaires américaines du Japon et de Corée du Sud, lesquelles sont la cause ultime des tensions dans la région;

4. Nous demandons la normalisation des relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée, le Japon devant apporter de véritables réparations à cette dernière sur la seule base de la Déclaration de Pyongyang et du récent accord signé à Stockholm l'année dernière;

5. A l'occasion du 50e anniversaire de la signature du Traité sur les relations de base entre le Japon et la République de Corée, nous exigeons que soient révisées les relations entre les deux pays et résolus les crimes odieux du passé tels que celui des "femmes de réconfort" de l'armée japonaise, lesquels furent de manière indiscutable de graves crimes de guerre, crimes contre l'humanité et violations des droits humains, commis par le Japon;

6. Nous encourageons le Nord et le Sud de la Corée, seule nation encore divisée dans le monde actuel, à reprendre leurs discussions interrompues en vue de parvenir à la réunification indépendante et pacifique de la péninsule coréenne, laquelle doit n'être basée que sur la Déclaration du 15 juin et la Déclaration du 4 octobre signées par les dirigeants des deux parties;

7. Nous ferons tous les efforts nécessaires pour mettre en oeuvre une paix et une sécurité véritables dans la région en avançant main dans la main avec tous les peuples sur la base du respect mutuel, de la confiance et de la coopération.


■ Japon
The Association of Civil Solidarity to Take a Step forward to a New East Asia on the Occasion of the 70th Anniversary of the End of the World War II,
Forum Peace, Human Rights and Environment,
Peace Boat,
Campaign for Reconnecting Japan and ROK,
The National Network for Japan-ROK Peoples’ Solidarity,
Network for Opposing Exclusion of Korean Schools from the Tuition Fee Waiver Programme for High School Education,
Association for Succeeding and Developing " Statement by Prime Minister Tomiichi Murayama",
The Team in Tokyo for Investigating Truth about Forced Korean Laborers,
Regional Committee of Koreans in Japan for Implementing June 15 Joint Declaration of North and South Korea,
Support Network for Korean Schools in Japan,
Japan Committee for Supporting Independent Peaceful Reunification of Korea,
Association for Exchange of Education and Science between Japan and DPRK,
Violence Against Women in War Research Action Center,
All Japan Construction Transport Solidarity Trade Union,

■ République de Corée
People's Action Against War and Realization of Peace,
Korea Christian Action Organization,
The Labor Rights Center,
Supporters Group for Prisoners of Conscience,
Korean Council for Democratic Martyr,
Central Association for Independent Peaceful Reunification of the Nation,
National Conference of Democratic Workers,
Solidarity for Democracy, Public Welfare, Peaceful Reunification and Sovereignty,
Buddhism Peace Solidarity,
April 19 Revolution Committee,
Progressive Solidarity in Seoul,
Conference to Promote Reunification of our Nation in Federal System
Live with Jesus,
Solidarity of Koreans for Independent Reunification and Democracy,
Korean Farmers League,
Korea Association of Bereaved Families for Democracy,
Korean Confederation of Trade Unions,
National Association for Relief of the Poor,
Korea Woman Farmer Association,
National Women's Solidarity
South Headquarters of the Pan-national Alliance for Korea's Reunification
Reunification Square,
Way to Reunification,
Veterans for Peace, Korea,
Federation of Korean Trade Unions,
Korean Progressive Solidarity,
Korean Youth Solidarity,
Korean College Students Association in 21st Century,

 ■ Etats-Unis
A.N.S.W.E.R Coalition (Act Now to Stop War and End Racism)

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 18:37

Le 1er juillet 2015, place du Trocadéro, a eu lieu à Paris un rassemblement identique à ceux organisés tous les mercredi, dans la péninsule coréenne, par le Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire du Japon (dites "femmes de réconfort"). Constitué en 1990, le Conseil coréen milite pour la reconnaissance par le Japon du crime commis contre les femmes asiatiques forcées de se prostituer pour l'armée impériale japonaise - du début des années 1930 à 1945 - et en vue de leur indemnisation, en organisant à cette fin une campagne visant à la collecte de 100 millions de signatures. Plus largement, il dénonce les violences sexuelles faites aux femmes dans tous les conflits. La 1185ème Manifestation du mercredi qui a eu lieu exceptionnellement à Paris était co-organisée par l'association "Papillons de l'espoir" qui, pour la troisième année consécutive, organise, du 25 juin au 14 juillet 2015, un voyage pour la paix en Europe de jeunes Coréens, lequel coïncide cette année avec le soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale. L'exigence d'un monde de paix et de prospérité, en Asie du Nord-Est et dans le monde, est plus que jamais d'actualité.

Rassemblement à Paris contre l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort"

Des orateurs japonais ont pris la parole pour exprimer leur solidarité avec le combat du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort", témoignant qu'il s'agit d'une question de principe qui transcende les clivages nationaux, et déplorant le nationalisme et le révisionnisme du Gouvernement Abe. Gérard Halie a pris la parole au titre du Mouvement de la paix et Patrick Kuentzmann au nom de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). L'AAFC est pleinement solidaire du combat en faveur des "femmes de réconfort", depuis septembre 2013 et la visite en France de l'une des survivantes, Mme Kim Bok-dong, puis à l'occasion des actions menées en janvier 2014 et en avril 2014 dans le cadre de la campagne de pétition internationale, et enfin lors de la visite en France, en juin 2014, d'une autre survivante, Mme Kil Won-ok. Il convient de poursuivre la sensibilisation de l'opinion publique internationale, ainsi que des décideurs politiques, pour que plus jamais de tels crimes ne se reproduisent.

A l'occasion du rassemblement organisé à Paris le 1er juillet 2015, les jeunes pacifistes de l'association "Papillons de l'espoir" ont adopté une déclaration pour la résolution de la question de l'esclavage sexuel militaire japonais :

Nous sommes venus en Europe pour la paix et pour l'espoir. 2015 marque à la fois le soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale et de la libération de la Corée. Nous, participants du voyage en Europe pour la paix, nous sommes lancés dans ce voyage afin d'exprimer notre opposition à la guerre, tout en espérant la résolution du problème de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise pendant la Seconde guerre mondiale. Les blessures de la Seconde guerre mondiale ne pourront être cicatrisées tant qu'il ne sera pas mis fin au problème de l'exploitation sexuelle (...)

Nous, jeunes amoureux de la paix, nous adressons aux Européens et à tous dans le monde entier. Avançons ensemble contre la guerre. Accomplissons ensemble des pas sur le chemin de la paix. Nous avons besoin d'être soutenus pour que le problème de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise - problème jamais abordé depuis la fin de la guerre - soir résolu et qu'un système garantissant la paix se construise dans la péninsule coréenne. Que les papillons qui volent à tire-d'aile ici et maintenant deviennent de véritables messagers de la paix pour tous les hommes du monde.

- Nous exigeons du gouvernement japonais qu'il reconnaisse la vérité sur les crimes sexuels de guerre des militaires japonais, qui sont un crime contre l'humanité violant le droit international !
- Nous exigeons du gouvernement japonais qu'il présente des excuses sincères aux victimes de l'esclavage sexuel et qu'il les dédommage !
- Nous sommes contre toutes les guerres et contre les violences sexuelles dans le monde !

Rassemblement à Paris contre l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort"

Photos : Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire du Japon.

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 13:27

Le 29 juin 2015, à Paris, Benoît Quennedey, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération, a prononcé une conférence intitulée : "Du refus de la guerre de Corée en France au combat pour un traité de paix : retour sur les victimes de la manifestation contre le général Ridgway, le 28 mai 1952", que nous reproduisons ci-après. Cette conférence a pris place dans le cadre des activités menées par l'AAFC à l'occasion du mois de solidarité avec le peuple coréen qui, tous les ans, entre le 25 juin (début de la guerre de Corée en 1950 ) et le 27 juillet (armistice en 1953), permet de rappeler le combat pour un traité de paix en Corée, en lieu et place de l'accord d'armistice.

Une conférence sur la manifestation du 28 mai 1952 contre le général Ridgway

Premier conflit ouvert de la guerre froide, la guerre de Corée, du 25 juin 1950 jusqu’à l’armistice du 27 juillet 1953, a opposé pour la première fois les deux camps – occidental et socialiste – lors de combats dont la portée a largement dépassé la péninsule coréenne.

 

Pour cette conférence, nous nous sommes appuyé sur un ouvrage de Michel Pigenet publié en 1992 aux éditions L’Harmattan, Au cœur de l’activisme communiste des années de guerre froide : « La manifestation Ridgway », qui a servi de source à un article d’André Narritsens sur le site de la section d’Aubervilliers du Parti communiste français (PCF). Un roman de Louis Aragon, Blanche ou l’oubli, publié par Gallimard en 1967, revient également sur la manifestation du 28 mai 1952 contre « Ridgway la peste » (par référence à l’utilisation en Corée d’armes chimiques par les troupes des Nations Unies sous commandement américain). Par ailleurs, un membre de la direction du PCF d’Aubervilliers, Bernard Orantin, a mis à notre disposition plusieurs documents d’archives, principalement des coupures de presse du Journal du canton d’Aubervilliers, communiste, et nous tenons à l’en remercier vivement, ainsi que pour le temps qu’il a bien voulu nous consacrer et pour ses démarches auprès, notamment, de familles de victimes de la manifestation.

 

Le refus d’un conflit effroyable – qui a causé des millions de victimes – a d’abord été porté, en France, par le Mouvement de la paix et le PCF qui, à plusieurs reprises, ont appelé à manifester contre la guerre dans la péninsule coréenne, engendrant une sévère répression :

 

  • le 24 janvier 1951, la police a procédé à 3 267 arrestations à proximité de l’hôtel Astoria, où séjournait le général Eisenhower, qui dirigeait alors l’OTAN, tandis que les cars de manifestants étaient bloqués aux portes de Paris ;
  • le 12 février 1952, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées « à titre préventif » et gardées pendant une journée dans la cour de l’ancien hôpital Beaujon.

 

La manifestation contre le général Ridgway, le 28 mai 1952, à l’occasion d’une visite en France (où il avait débarqué la veille) dans le cadre d’un séjour en Europe, revêt une signification particulière : ce dernier a commandé les troupes américaines en Corée avant de prendre la tête, fin avril 1952, des troupes de l’OTAN. Le nom du général Ridgway avait été conspué dans les cortèges du 1er mai, et lors d’une première manifestation le 23 mai 1952 la police avait procédé à 279 interpellations (dont 42 suivies de maintiens en état d’arrestation et d’inculpations). Dans un paroxysme de grand peur anticommuniste, la plupart des manifestations en France étaient alors interdites – et pour la manifestation contre le général Ridgway du 28 mai il ne sera même pas sollicité d’autorisation. Au demeurant, le préfet de police Jean Baylot avait interdit, par un arrêté en date du 27 mai, les rassemblements sur la voie publique.

 

« Grande journée de lutte du prolétariat et du peuple parisien », selon l’expression utilisée par François Billoux lors de la réunion du Comité central du PCF de décembre 1952, la journée de manifestation du 28 mai 1952 à Paris a ainsi mis aux prises manifestants et policiers, les seconds reculant à plusieurs reprises sous la pression des premiers qui entrent dans Paris par colonnes de plusieurs milliers de militants, sans parvenir toutefois à tenir le rassemblement initialement prévu place de la République. Quelques chiffres rendent compte de la puissance de l’affrontement : officiellement, 372 blessés (dont 27 grièvement) du côté des forces de l’ordre ; 718 interpellations du côté des 20 000 manifestants (pour retenir une estimation intermédiaire entre les chiffres des organisateurs et ceux de la police), fréquemment accompagnées de passages à tabac, et le registre d’information du parquet a compté jusqu’à 170 noms. Les 22 derniers inculpés, non plus pour le motif d’atteinte à la sécurité intérieure (dénué de fondement), mais pour « rébellions et insultes à agents », « port d’armes » et « coups et blessures », sont convoqués le 24 novembre 1955 : 12 seront condamnés à de courtes peines de prison avec sursis. Une interpellation mobilise tout particulièrement l’opinion, notamment communiste : celle du secrétaire général par intérim Jacques Duclos, en marge de la manifestation, le soir même, avec deux pigeons morts dans sa voiture, destinés à la casserole mais que la propagande anticommuniste présentera comme des pigeons voyageurs… Et surtout deux morts, lors d’échauffourées place Stalingrad, les seuls en France lors des manifestations contre la guerre de Corée : un ancien déporté et ancien conseiller municipal, Charles Guénard, grièvement blessé par balles au genou et décédé en mars 1953 lors d’une opération à la Pitié-Salpêtrière, et un ouvrier communal d’Aubervilliers d’origine algérienne, Hocine Belaïd. C’est sur ce dernier que nous souhaitons ici revenir, à partir notamment d’une exploitation inédite des documents d’archives transmis par Bernard Orantin, tout en l’inscrivant dans le combat mené par l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) pour un traité de paix en Corée, en lieu et place de l’accord d’armistice de 1953. Cette situation de « ni guerre, ni paix » a malheureusement permis de nouveaux accrochages meurtriers, depuis un peu plus de 60 ans, entre les deux Corée.

 

Seuls quelques textes rendent compte des circonstances dans lesquels Charles Guénard a été grièvement blessé et Hocine Belaïd est tombé, alors que la colonne venue d’Aubervilliers était conduite par André Karman, secrétaire de la Fédération de la Seine du PCF, plus tard maire d’Aubervilliers (1957-1984). A  partir notamment de coupures de presse, ainsi que d’une note du préfet de police de Paris du 29 mai 1952 et de citations de l’ouvrage de Dominique Desanti Les staliniens. Une expérience politique (Fayard, 1975), l’historien Michel Pigenet donne le récit suivant des événements (op. cit., p. 107) :

A l’heure de la rencontre avec les barrages que l’on a prévu de forcer, les manifestants ralentissent leur marche, se regardent et observent l’adversaire. Il revient alors au chef de colonne de dissiper ce flottement en payant de sa personne. Place de Stalingrad, A. [André] Karman se détache et, à demi tourné, le bras tendu, retrouve le geste de la célèbre Marseillaise de Rude pour hurler : "En avant, camarades !" A toutes fins utiles, les militants les plus résolus, souvent d’anciens résistants, garnissent les premiers rangs […] Surpris et secoué, le cordon de police cède en désordre mais n’évite pas des pertes, si lourdes qu’il faudra, l’orage passé, replier les gardiens désemparés sur le commissariat du 10e arrondissement. Pris de panique, un brigadier, se voyant isolé, a tiré. Belaïd Hocine s’écroule non loin du magasin de vêtements "A l’ouvrier". D’abord porté devant un hôtel de la rue du Faubourg-Saint-Martin, puis amené en voiture à la Polyclinique des Bluets, le malheureux mourra sans avoir repris connaissance. Un second militant d’Aubervilliers, ancien conseiller municipal, s’est affaissé au cours de la fusillade. Déporté pendant la guerre, travaillant à la Manufacture d’allumettes de la localité, membre du comité de section de Dugny, Charles Guénard est blessé au genou. La débandade policière ajoute à la colère l’illusion de l’invincibilité .

Selon le Journal du canton d’Aubervilliers, le lieu où a été transporté Hocine Belaïd est l’hôtel du garage Citroën, 272 rue du Faubourg Saint-Martin, où « il reste sans connaissance, étendu dans l’entrée de l’hôtel, la tête sur l’escalier, plus d’une demi-heure. Un membre de la direction de l’hôtel, sous la protection des policiers, interdisait aux assistants de porter secours au blessé, répétant qu’il téléphonait à Police-Secours. Aucune ambulance n’arrivant, la foule indignée put imposer que le blessé soit transporté par un automobiliste bénévole à la Polyclinique des Métaux. Mais il était trop tard, le malheureux avait perdu trop de sang. Il est mort au cours de son transfert ». Selon la déclaration des docteurs citée par le journal, « il est mort d’une grosse hémorragie. Des soins immédiats auraient dû permettre de faire une hémostase et une transfusion de sang qui l’aurait sans doute sauvé ». Revenant à plusieurs reprises sur la mort d’Hocine Belaïd, que le journal qualifie d’assassinat, il s’interroge : où veut en venir la police ? Le gouvernement du « vichyste » Antoine Pinay est mis en cause, dans une comparaison implicite avec la période de la guerre (un autre article ne proclame-t-il pas « Nous ne sommes plus en 39 !!! » ?).

 

Que Hocine Belaïd ait été d’origine algérienne n’est pas dépourvu de signification : les militants communistes nord-africains et vietnamiens, engagés ou bientôt engagés dans des luttes de libération nationale, étaient particulièrement sensibles à la cause coréenne. Leur présence dans la manifestation sera d’ailleurs stigmatisée peu après par Raymond Marcellin, secrétaire d’Etat à l’Information, les « coups de main » auxquels il résume la manifestation étant selon lui le fait « des Nord-Africains, des étrangers et des jeunes gens », dans l’action selon lui « la plus violente qui ait eu lieu depuis l’affaire Sacco et Vanzetti en 1927 » (cité par Michel Pigenet, op. cit., p. 7).

 

Que sait-on de Hocine Belaïd, mortellement touché par trois balles ? Il était né à Maillot, en Algérie, le 14 septembre 1915 selon le registre d’état civil du 11e arrondissement de Paris (où se trouve la clinique dans laquelle sa mort a été constatée ; le Journal du canton d’Aubervilliers affirme, lui, que Hocine Belaïd est né le 15 septembre 1916) – et dont une copie nous a été transmise par Bernard Orantin. Il était arrivé en France dix ans plus tôt. Ouvrier municipal communiste d’Aubervilliers (le registre de décès précise qu’il était « aide-ponceur »), domicilié 56 rue Hémet dans la même ville, il avait pris pour compagne – sans être marié, suivant l’état civil qui précise qu’il était célibataire – une Européenne, prénommée Louise (ou Louisette). Le couple avait quatre enfants, et sa femme devait bientôt accoucher, en août, d’un cinquième enfant, une petite fille. Des milliers de personnes furent présentes à ses obsèques le 13 juin, décrites dans le Journal du canton d’Aubervilliers – à la une de l’édition du 20 juin 1952, sous le titre « Plus de 15.000 personnes ont fait d’émouvantes et solennelles obsèques à Hocine Belaïd, Héroïque Combattant de la Liberté et de la Paix » :

Le silence est tombé sur la place du Marché-Central d’Aubervilliers, illuminée d’un soleil d’orage, sur les visages où la douleur ne se mêle d’aucune résignation, sur les visages noués de colère, sur les poings serrés.

Drapé de rouge, le cercueil d’Hocine Belaïd, héros et martyr de la paix, est porté devant la tribune de deuil.

Depuis le matin, les habitants d’Aubervilliers sont venus saluer le compagnon assassiné par les balles de la police parce qu’il marcha, le 28 mai, derrière une pancarte disant "Nous voulons la paix."

De leur cœur jaillissaient la même haine des assassins, la même volonté de gagner la paix.

Dans le taudis où le soleil ne peut que jouer sur le seuil de la porte, Louisette Belaïd, notre nouvelle camarade (première adhérente de la promotion Hocine Belaïd du Parti communiste français), était entourée d’amis hier inconnus. Ses enfants sont vraiment devenus les enfants d’Aubervilliers.

Dans les entreprises, les quartiers, les magasins d’Aubervilliers, la solidarité ne cesse de grandir.

Plus tard, assise près du catafalque avec son père, retraité de la RATP, et sa mère qui vivent pauvrement dans leur village de l’Aveyron, Louisette revit sa dernière heure avec celui qu’elle aime, dont elle a repris la lutte sitôt qu’il fut tombé.

Hocine est rentré du travail et a embrassé sa femme et ses petits. Sur les 6 500 francs du salaire de la semaine, ce vendredi 28 il reste trois pièces de dix francs.

- Prends-les, dit Louisette à Hocine. On ne sait jamais, quand on sort comme ça, on peut avoir besoin d’argent…

Hocine Belaïd est parti. Il sait de toute sa conscience de syndicaliste, de communiste, que pour lui, Algérien, père de quatre et bientôt six enfants, la lutte contre le tueur en chef de Corée était l’acte le plus important, le plus urgent à accomplir.

Les bombes de la guerre voulue par Ridgway et ses complices ne distingueront pas entre les enfants d’Hocine et les enfants des policiers ; pourtant, les exécutants du préfet de police ont tué le combattant de la paix.

Pour subvenir aux besoins de sa veuve et de ses enfants, un « comité de défense et de soutien pour la famille de Belaïd Hocine » organise une collecte, ayant permis de réunir près de 350 000 francs. Des couples proposèrent d’adopter ou de parrainer les orphelins.

 

Reprenant le flambeau du combat politique de son mari, Louise adhéra en effet au Parti communiste dont la promotion prit le nom du défunt, et porta plainte pour homicide volontaire et assassinat. Mais comme l’a précisé Michel Pigenet (op. cit., p. 154), « une règle non écrite, mais toujours confirmée, veut que les manifestants tués ou blessés lors d’une manifestation interdite soient tenus pour responsables de leurs malheurs ».

 

Quelle a été la postérité de la mort d’Hocine Belaïd et Charles Guénard ? Il est traditionnellement considéré qu’ils sont tombés dans l’oubli. Dans un article consacré à la manifestation Ridgway du 28 mai 1952, paru dans le numéro de la revue L’Histoire de juillet-août 1980, l’historien Pierre Milza, cité par Michel Pigenet (op. cit., p. 163), s’exclame ainsi : « Qui se souvient encore de Belaïd Hocine ? ». Michel Pigenet, en conclusion de son ouvrage, arrive peu ou prou à la même conclusion d’un même oubli progressif, du moins dans la mémoire du Parti, qui se démarque progressivement de la ligne tactique adoptée au tournant des années 1940 et 1950, Hocine Belaïd n’étant cité, après le premier anniversaire de sa disparition, que dans deux articles du quotidien L’Humanité, dans ses éditions du 29 mai 1956 et du 31 mai 1962. Mais une exception prévaut chez les militants locaux : la section PCF d’Aubervilliers continue de fleurir, fin mai, les tombes de Hocine Belaïd et Charles Guénard. Significatif de ce relatif oubli, on ne sait d’ailleurs plus, a posteriori, quels sont les prénom et nom de Hocine Belaïd, souvent intervertis, y compris sous la plume de Michel Pigenet.

 

La cellule d’Aubervilliers a écrit à Louise Belaïd : « nous tenons à vous faire connaître le serment que nous avons fait tous ensemble d’agir en sorte que le sacrifice de notre camarade Belaïd Hocine ne soit pas vain ». Pour sa part, l’Association d’amitié franco-coréenne est née, en 1969, du constat que la division imposée à la Corée et la situation d’armistice ne pouvaient nullement satisfaire les militants épris de paix. C’est pourquoi nous devons nous affirmer comme les dignes héritiers de ceux qui ont sacrifié jusqu’à leur vie pour la paix et la prospérité de la Corée – de toute la Corée. L’exigence d’un traité de paix est indissociable de celle de vérité sur l’usage, désormais avéré par les historiens ayant travaillé sur les archives de la CIA, que cette dernière a utilisé des armes bactériologiques en Corée, et que combattre « Ridgway la Peste » ne relevait pas d’une manipulation des militants pacifistes, comme veulent toujours le faire croire les croisés de l’anticommunisme et leurs alliés objectifs. Hocine Belaïd et Charles Guénard ne méritent pas moins le respect que les quelques 270 Français morts au champ de bataille au sein du bataillon français de Corée et qui ont, droit, eux à des monuments et des cérémonies. Pour rétablir une juste approche historique qui rappelle le combat de militants pacifistes refusant un usage des armes chimiques contraire au droit international, je vous propose que l’Association d’amitié franco-coréenne fasse les démarches nécessaires pour qu’une plaque honore leur mémoire, place de la bataille de Stalingrad, où ils sont tombés.

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 22:05

Le 27 juin 2015 une rencontre entre les membres du groupe Facebook (FB) de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a eu lieu à la brasserie "Le Twickenham" dans le 5ème arrondissement de Paris. Elle a été une occasion d'échanger et de débattre, alors qu'en six ans la page Facebook de l'AAFC aura su s'affirmer comme un espace d'échanges, de dialogue et d'informations sur toute la Corée. Nous invitons les lecteurs du blog de l'AAFC - qui ne l'auraient pas déjà fait ! - à s'inscrire sur FB et à devenir membres du groupe AAFC (vous êtes déjà 394 à ce jour).

Echanges, informations, débats sur la page Facebook de l'AAFC

La page Facebook ne reprend pas seulement les articles des différents blogs de l'AAFC - le blog national en français, celui en coréen et les blogs des comités régionaux Bourgogne et Nord - elle est aussi un espace d'informations, d'annonces et de débats. C'est sur la page Facebook qu'a ainsi été abordée - avant un article sur le blog - la question des arrangements avec la vérité du célèbre réfugié Shin Dong-hyuk... ou qu'il est fait état des soi-disant informations des services de renseignement sud-coréens (NIS) quant à la prétendue fin terrible d'un ministre de la Défense de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Face au scepticisme d'experts peu suspects de sympathie pour la RPDC, le NIS, expert en manipulations des médias et des opinions publiques, a dû reconnaître qu'il n'était finalement pas sûr de ce "scoop" énorme - qu'il avait pourtant lui-même distillé avec force détails à une commission parlementaire sud-coréenne.

La page FB de l'AAFC propose aussi des liens vers l'excellent site Guibuni Ottaeyo, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, des articles de presse ou encore des publications nord-coréennes.

Vous voulez apprendre le coréen, ou avoir un échange linguistique ? Coréen adopté, vous recherchez vos parents biologiques ? Autant de questions apparues au fil des discussions sur notre page FB et auxquelles nous avons répondu, grâce notamment à la participation de membres du groupe (que nous tenons à remercier) - et dont l'écrasante majorité ne sont par ailleurs pas membres de l'AAFC (car faire partie d'une communauté sur Internet ne remplace évidemment pas le paiement d'une cotisation !).

Nous invitons enfin tous les membres du groupe à continuer d'enrichir la page FB de l'AAFC en publiant des annonces : des concerts gratuits de percussions coréennes à Cenon à la publication du guide illustré sur la culture coréenne Sketches of Korea, il y a des informations pour tous les publics qui s'intéressent à la Corée - consacrant ainsi la place de l'AAFC comme l'association nationale la plus importante à ce jour pour développer les relations culturelles entre la France et l'ensemble de la péninsule coréenne.

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