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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 12:11

Le 12 février 2016, le bureau élargi de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a reçu, à Antony, MM. Ri Ho-yong et Hyon Ki-chol, conseillers à la délégation générale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'occasion de la fête de l'Etoile brillante qui commémore, en RPD de Corée, l'anniversaire de naissance du Dirigeant Kim Jong-il - et a coïncidé cette année avec le lancement réussi, le 7 février 2016, du satellite "Kwangmyongsong 4" dont le nom signifie, précisément, "étoile brillante". Ces échanges, organisés à l'initiative d'André Aubry, président d'honneur de l'AAFC et ancien sénateur des Hauts-de-Seine, ancien maire d'Antony, ont aussi été l'occasion de revenir sur l'actualité récente - marquée par la hausse récente des tensions dans la péninsule coréenne qui ont conduit, malheureusement, à la fermeture de la zone industrielle de Kaesong - qui était un symbole de la coopération intercoréenne.

Réunion de l'AAFC avec les diplomates de la délégation générale de la RPD de Corée en France

S'exprimant au nom de l'AAFC, Benoît Quennedey, vice-président chargé des actions de coopération, a rappelé l'attachement fondamental de l'AAFC à la paix et à la réunification de la Corée, qui sont les objectifs de l'association depuis sa fondation en 1969 : il n'y a pas d'alternative à une solution négociée, par la voie diplomatique, car qui souhaiterait sincèrement une nouvelle guerre de Corée dévastatrice ? Les récentes initiatives de Washington et Séoul ont par ailleurs montré que l'objectif des sanctions internationales n'était ni de limiter les programmes nucléaire et balistique nord-coréens, ni de viser les produits de luxe, mais bien d'étrangler économiquement la RPDC, suivant un programme défini de longue date par les néoconservateurs américains - qui utilisent par ailleurs le prétexte nord-coréen pour une escalade militaire visant, en fait, à endiguer la Chine. A cet égard, l'absence de sanctions par le Conseil de sécurité des Nations Unies depuis l'essai nucléaire nord-coréen du 6 janvier 2016 est révélateur des divergences d'intérêts et d'interprétations entre les Etats-Unis et leurs alliés d'une part, la Chine et la Russie d'autre part.

Il a également souligné la réussite technologique que représentait la mise sur orbite du satellite Kwangmyongsong-4 - reconnue même par les Etats-Unis et la Corée du Sud - alors que le programme spatial de la RPD de Corée a été initié au plus haut niveau de l'Etat nord-coréen. Les experts américains avaient aussi convenu que l'orbite du satellite artificiel était "stable" - après qu'eut, un temps, circulé, la rumeur d'un échec sur ce point.

S'appuyant ensuite sur les travaux de l'expert indépendant John Schilling, cité par le site spécialisé 38 North, il a démontré que la thèse des gouvernements américain et sud-coréen, tendant à assimiler lancement de satellite et test de missile balistique intercontinental (ICBM) et reprise quasi-unanimement par les médias occidentaux, ne résistait pas à une analyse factuelle : le lanceur Unha 3, très différent de celui d'un ICBM, apparaît comme un vecteur particulièrement inadapté à l'envoi de missile intercontinentaux.

Comparaison entre une fusée Unha 3 et un missile balistique KN-08. Selon John Schilling pour "38 North", seule la troisième partie de la fusée et peut-être une partie des appareils de pilotage sont communs avec ceux du missile balistique intercontinental nord-coréen KN-08.

Comparaison entre une fusée Unha 3 et un missile balistique KN-08. Selon John Schilling pour "38 North", seule la troisième partie de la fusée et peut-être une partie des appareils de pilotage sont communs avec ceux du missile balistique intercontinental nord-coréen KN-08.

Pour John Schilling, même si les enseignements retirés de la réussite de la mise sur orbite du satellite Kwangmyongsong-4 ne sont pas sans intérêt pour le programme de missiles ICBM de la RPD de Corée, le lancement opéré le 7 février 2016 s'inscrit selon toute vraisemblance dans un programme de recherche spatiale, comme le revendique la RPD de Corée :

Si la Corée du Nord dit que son programme vise au lancement de satellite, il tend probablement au lancement de satellites. L'intérêt de tels lancements pour améliorer les missiles balistiques est extrêmement limitée. Bien sûr, nous voudrons savoir de quels sortes de satellite if s'agit ; il y a certainement de possibles dimensions militaires au programme spatial nord-coréen. Mais c'est un autre sujet.

M. Hyon Ki-chol, conseiller de la RPD de Corée en France, a remercié l'AAFC pour ses actions et ses analyses, visant notamment à mieux faire comprendre la situation coréenne, remerciant la direction de l'AAFC pour avoir pris l'initiative de cette rencontre et de ces échanges qui ont ensuite porté, notamment, sur la dérive autoritaire de la Corée du Sud marquée par une chasse aux sorcières à l'encontre des opposants politiques et syndicaux - et qui est de nature à expliquer l'agressivité nouvelle de l'administration sud-coréenne dans son approche des relations intercoréennes.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 16:18

Lors de son assemblée générale du 19 septembre 2015, les adhérents de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) en Bretagne ont élu le Docteur Djimadoum Ley-Ngardigal comme le nouveau président de leur comité régional. Originaire du Tchad, en Afrique centrale, Djimadoum Ley-Ngardigal est docteur en biologie-biochimie de l’Université de Nancy. Militant communiste, secrétaire général du Parti communiste de l’opposition radicale du Tchad ACTUS/PRPE (Action tchadienne pour l’unité et le socialisme/Parti révolutionnaire populaire et écologique), il est un militant panafricaniste convaincu et actif à travers ses nombreux articles et interviews. Dans un entretien qu'il a accordé à l'AAFC, il explique pourquoi il est "un fervent défenseur de la République populaire démocratique de Corée" (RPDC).

Le principe de la défense de l’indépendance, de la souveraineté, du modèle de société juche conforme à la culture du peuple de la RPDC, doit être respecté. Cette règle est aussi valable pour tout pays quel qu’il soit. Pourquoi la charte des Nations Unies est-elle constamment violée par les puissances impérialistes occidentales, qui imposent aux pays du sud la primauté du droit de la force militaire sur la force du droit international ? Au demeurant, rappelons que l’Article 1 de la charte des Nations Unies stipule en ses alinéas 1 et 2 respectivement :

1- Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ;

2- Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde ;

Ne parle-t-on pas de l’exception culturelle française face à l’impérialisme culturel anglo-saxon? Le Général de Gaulle n’avait-il pas fermé les bases militaires des Etats-Unis pour des raisons de souveraineté ? Reprochera-t-on alors aux gouvernements français de défendre ces droits inaliénables ?

La RPDC, issue de la plus meurtrière guerre en Asie des années 1950, est l’un des rares pays du Sud qui défend jalousement son indépendance et sa souveraineté face aux 30 000 soldats états-uniens campés à sa porte en Corée du Sud. Face à ce danger permanent états-unien qui pèse sur la RPDC et en l’absence d’un traité de paix en bonne et due forme depuis la fin de la Guerre de Corée, la RDPC devrait-elle objectivement accepter que les USA lui imposent un désarmement unilatéralement ?

Les récentes guerres impérialistes en Irak et en Libye ne sont pas de nature à inciter la RPDC à baisser la garde en matière de défense de sa souveraineté.

L’amitié entre les peuples et la coopération pacifique mutuellement avantageuse sont les seuls gages pour une paix pérenne dans la péninsule coréenne et dans le monde.

Le récent rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba socialiste est un exemple édifiant. En effet, le président états-unien Barack Obama a reconnu que 54 ans d’embargo économique contre Cuba ont été contre-productifs, et qu’il fallait tourner la page pour écrire une nouvelle ère. (Cf. Le Monde avec AFP, AP et Reuters 17 décembre 2014)

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 13:07

Le 31 décembre 2015, 50 étudiants sud-coréens et leurs accompagnateurs se sont rendus sur le site d'Oradour-sur-Glane, dans le cadre du quatrième tour d'Europe pour la paix. Comme lors des précédents tours d'Europe, ce déplacement sur un haut lieu symbolique de l'histoire de France a été soutenu et organisé par Liliane Boussel, correspondante régionale de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) en Limousin, que nous remercions pour sa grande disponibilité, avant - notamment - un rassemblement à Paris qui a eu lieu le 1er janvier 2016. Nous reproduisons ci-après (y compris les photos et leurs commentaires) un article de compte rendu de Gwennaelle Guedj publié dans L'Echo, intitulé "Peace Tour un Europe" ; Tour d'Europe pour la paix, suivant le message inscrit sur l'anorak que portaient les étudiants coréens.

Des mots porteurs d'espoir écrits en noir sur des anoraks jaunes

Des mots porteurs d'espoir écrits en noir sur des anoraks jaunes

Quelle émotion de voir réunis en ce jour, étudiants sud-coréens, militants de l'association amitié France-Corée, de la CGT et Camille Senon.
Rencontre entre la mémoire et les combats actuels ; rencontre entre des volontés de montrer et de dire l'horreur.
Pour visiter le village, Camille Senon, survivante du massacre du 10 juin 1944, les accompagne et témoigne. La quiétude et l'intérêt règnent. Tous ces jeunes "venus de si loin" prennent des notes, des photos, des vidéos et donnent l'impression de ne pas en perdre une goutte. La visite se termine au monument aux Morts. Tous réunis face à la stèle, les Sud-Coréens déposent les uns après les autres une rose blanche tout en se recueillant. Moment bouleversant de reconnaissance et d'empathie.
Leur visite en Europe se déroule en vingt jours sur les lieux vestiges de la Seconde guerre mondiale, tels que Champigny-sur-Marne, les camps de concentration en Allemagne, etc.
Ce 4e tour d'Europe pour la paix a été organisé par l'association "Les papillons de l'espoir" et le Conseil coréen pour les femmes de réconfort (collectif de 38 associations), et coordonné en France par l'AAFC (Association d'amitié franco-coréenne).

1945, une même année pour deux histoires

1945, c'est la fin de la seconde guerre mondiale et la fin de la colonisation de la Corée par le Japon. Quarante ans de colonialisme, plus de deux millions de Coréens réduits en esclavage pendant la Seconde guerre mondiale, et plus de 200 000 femmes de réconfort (esclaves sexuelles)...
Les pourparlers entre les gouvernements coréen et japonais font d'ailleurs l'actualité ce lundi 28 décembre : Fumio Kishia, ministre des Affaires étrangères du Japon, a conclu avec son homologue sud-coréen Yun Byung-se un accord tendant à résoudre "de manière finale et irréversible" la question des "femmes de réconfort" ; texte que les associations jugent clairement insuffisant et marque un recul sans précédent par rapport aux positions jusqu'alors défendues par la Corée du Sud - et a même été qualifié "d'humiliant" par la République populaire démocratique de Corée. Suites à cet accord, les jeunes du tour pour la paix se rassemblent ce 1er janvier, place du Trocadéro à Paris pour signifier leur mécontentement et montrer qu'ils continueront à être présents dans ce combat. "Nous, participants du voyage en Europe pour la paix, nous nous sommes lancés dans ce voyage afin d'exprimer notre opposition à la guerre, tout en espérant la résolution du problème de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise pendant la Seconde guerre mondiale. Les blessures de la Seconde guerre mondiale ne pourront être cicatrisées tant qu'il ne sera pas mis fin au problème de l'exploitation sexuelle". Les étudiants s'intéressent d'ailleurs de près aux réactions des gouvernements français et allemand suite au massacre. Camille Senon explique que "le gouvernement français a reconstruit mais les SS sont restés impunis et le gouvernement allemand, via le Président de la République fédérale en visite à Oradour en 2013, a demandé pardon pour ce crime". L'espoir de paix en ressortira-t-il grandi de ce voyage ?

Une citation était par ailleurs en exergue dans l'article :

"La paix est précaire et fragile, les atteintes aux libertés, les injustices, les inégalités et les répressions sont de tous nos combats", Camille Senon. Ici comme ailleurs, nous aspirons à la paix, utopie ou réalité ?

Les étudiants coréens avec Camille Senon et Liliane Boussel

Les étudiants coréens avec Camille Senon et Liliane Boussel

Dépôt de rose blanche et recueillement

Dépôt de rose blanche et recueillement

Article reproduit de L'Echo :

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 13:56

Aujourd'hui, l'Asie orientale est un foyer de tensions qui pourraient évoluer vers un conflit mondial de première ampleur compte tenu des acteurs en présence. Les citoyens des pays de cette région refusent cette situation et leurs luttes passent par une opposition aux politiques bellicistes de leurs gouvernements pris dans un système complexe d'alliances militaires desquelles le désengagement apparaît plus que jamais nécessaire. Dans ce contexte dangereux, comment organiser la solidarité mondiale ? Quelles leçons tirer de nos expériences respectives ? Tel était le thème de la conférence-débat organisée le 28 janvier 2016 à Paris, avec les exposés successifs de Patrick Beillevaire, Olivier Bouchard et Patrick Kuentzmann, par le collectif Solida (Solidarité, Liberté, Démocratie en Asie), constitué notamment par des citotens japonais, sud-coréens et français à l'origine des manifestations en France contre la révision de l'article 9 de la Constitution japonaise, et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC).

Agir pour la paix et la solidarité en Asie : une conférence-débat de l'AAFC et du collectif Solida

Historien et anthropologue, directeur de recherches émérite au CNRS, Patrick Beillevaire a présenté la situation d'Okinawa. Le royaume des Ryukyu n'appartient pas au Japon historique, étant tributaire de la Chine dès 1372, puis de la Chine et du Japon à partir de 1609, avant l'abolition de la monarchie et l'annexion de l'archipel par le Japon de l'ère Meiji en 1879. En avril-juin 1945, Okinawa est le théâtre de la plus grande bataille de la guerre du Pacifique, avant d'être placé sous administration américaine suite à la défaite japonaise, jusqu'à sa restitution au Japon le 15 mai 1972. La présence militaire américaine à Okinawa compte 22 000 à 23 000 soldats, soit près de la moitié des forces américaines stationnées au Japon (qui comptent 50 000 hommes), répartie sur 30 sites occupant une emprise foncière équivalent à près d'un cinquième de la superficie de l'île. 70 % des frais de la présence américaine à Okinawa sont à la charge du Japon. Le stockage d'armes nucléaires y a été reconnu officiellement par les Etats-Unis en 2010.

La base aérienne de Futenma focalise les débats sur la présence militaire américaine à Okinawa. Envisagée dès 1966, la question de son transfert a resurgi avec le viol d'une fillette en septembre 1995, entraînant des manifestations de grande ampleur. Le gouverneur Masahide Ota (1990-1998) a alors refusé le renouvellement des baux pour les bases militaires, mais a été désavoué par le gouvernement central, et poursuivi jusque devant la Cour suprême. En septembre 1996, 89 % des participants à un référendum ont demandé la réduction du nombre de bases et la révision du statut régissant la présence des forces militaires (Status of Forces Agreement, SOFA) : un Comité spécial d'action pour Okinawa (Special Action Committee on Okinawa, SACO) a alors envisagé le transfert de la base de Futenma sur un autre site okinawaïen, celui du camp Schwab, à Nago-Henoko. En février 2009 un accord signé entre le ministre des Affaires étrangères japonais Nakasone et la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a acté le projet de base à Henoko, tout en prévoyant - pour tenir compte de l'hostilité des Okinawaïens - le transfert de 8 000 marines américains à Guam - lequel ne devait jamais se réaliser.

Patrick Beillevaire

Patrick Beillevaire

L'accord de février 2009 a comporté des études mesurant l'impact sur l'environnement (notamment pour ces animaux marins devenus des symboles d'Okinawa que sont les dugongs), mais qui se sont avérées tardives et biaisées.

Après l'échec du Premier ministre démocrate Hatoyama à obtenir le transfert de la base hors d'Okinawa, ce dont il s'excuse publiquement en 2010, le retour au pouvoir à Tokyo de Shinzo Abe en 2012 accélère le processus : en décembre 2013 le gouverneur d'Okinawa Hirozaku Nakaima signe le permis de construire et les travaux sont engagés le 14 août 2014, malgré l'opposition du nouveau gouverneur Takeshi Onaga qui mène également bataille sur le plan juridique.

Olivier Bouchard est ensuite intervenu au nom du collectif Solida, pour présenter la construction de la base de Jeju en Corée du Sud - qui présente de nombreuses similitudes avec celle d'Henoko : menaces pour la paix et l'environnement, opposition des populations insulaires, passage en force des autorités nationales pour faire construire la base coûte que coûte au nom d'une certaine conception de leur alliance avec les Etats-Unis.

Olivier Bouchard

Olivier Bouchard

A Jeju, dont le gouvernement avait pourtant décidé en 1991 de faire une zone protégée, 53 hectares de terres agricoles - parmi les meilleures de l'île pour la culture du riz - ont été expropriées, pour construire la base navale sur une superficie de 40 hectares. Le permis de construire a été accepté par le maire de Gangjeong le 21 avril 2007, donnant lieu à une approbation par acclamation lors d'un comité de village où n'ont pris part que moins de 100 personnes, soit 10 % des habitants, dont la moitié de plongeuses âgées (les célèbres femmes de la mer, haenyo) d'ordinaire éloignées des affaires publiques - et dont on saura par la suite que leurs voix avaient été achetées (par des promesses, comme la construction d'un hôpital, ou le versement de fortes subventions). Une nouvelle réunion du comité de village, rassemblant davantage d'habitants, ne se tiendra jamais, malgré les engagements en ce sens du maire de Gangjeong. Un référendum sera ensuite organisé, refusant à une très large majorité (680 voix contre 36) le projet de base, mais seul le vote initial du comité de village sera considéré comme valide - notamment par une décision de la Cour suprême, saisie par le nouveau maire de Gangjeong, rendue en 2012.

Sont menacés non seulement l'environnement de l'île, mais aussi le mode de vie des haenyo directement affectées par la destruction d'un écosystème marin unique - et désormais profondément divisées -, alors que les travaux de construction de base ont commencé, malgré une large opposition locale, nationale et internationale.

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, a ensuite dressé un parallèle entre l'Europe et l'Asie sur le désengagement des alliances militaires comme manifestation d'indépendance et gage de paix.

Il y a 50 ans, en 1966, le général de Gaulle décidait du retrait de la France du commandement intégré de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), entraînant le départ du sol français des troupes américaines (27 000 soldats et 37 000 employés répartis sur une trentaine de bases), achevé le 14 mars 1967. Cette décision était prise peu après que la France se fut dotée d'une force de dissuasion nucléaire autonome (la France n'a ainsi jamais participé au groupe des plans nucléaires de l'OTAN, constitué en 1966 après le départ français du commandement intégré), et dans le cadre de l'affirmation d'une diplomatie indépendante, marquée notamment par la reconnaissance diplomatique de la République populaire de Chine le 27 janvier 1964 et une ouverture sur le Tiers Monde.

Agir pour la paix et la solidarité en Asie : une conférence-débat de l'AAFC et du collectif Solida

Si la République de Corée (Corée du Sud) pourrait utilement s'inspirer de la politique d'indépendance de la France gaullienne, sa situation n'est évidemment pas la même - la Corée du Sud étant membre du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et ayant connu pour sa part un régime d'administration militaire américain entre 1945 et 1948. Mais elle dispose d'autres moyens de garantir son indépendance : en 1994, elle n'a recouvré le commandement opérationnel de ses forces militaires qu'en temps de paix, le transfert à Séoul de ce même commandement en temps de guerre ayant été sans cesse repoussé - aujourd'hui jusqu'en 2020. Par ailleurs, les déclarations intercoréennes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, engageant chacune des deux parties au plus haut niveau, disposent explicitement que la réunification doit s'opérer par les Coréens eux-mêmes - sans ingérence extérieure.

De même que l'Europe constituait le centre d'intérêt principal des Etats-Unis pendant la guerre froide, la Corée est aujourd'hui au coeur du pivot asiatique de la puissance américaine, faisant apparaître le chapelet de bases américaines dans le Pacifique et le redéploiement dans cette région du monde de la puissance navale des Etats-Unis comme davantage destinée à contrôler l'approvisionnement de ses concurrents qu'à assurer la sécurité de ses propres approvisionnements. Au-delà de la RPD de Corée, l'objectif américain est bien d'endiguer la montée en puissance de la Chine pour préparer un conflit qui s'avère inéluctable. L'agence chinoise Xinhua a ainsi défini, dès octobre 2013, quatre leviers pour la désaméricanisation du monde : des achats massifs d'or (et donc une dé-dollarisation de l'économie), la promotion des échanges commerciaux bilatéraux en yuan, l'achat d'actifs réels et la liquidation des bons du Trésor détenus par la Chine. Par ailleurs, la Chine, au-delà des conflits territoriaux maritimes qui l'oppose à ses voisins, a étendu sa zone d'identification de défense aérienne.

La Corée du Sud, seul tête de pont terrestre des Etats-Unis en Asie de l'Est, comme le Japon, ne doivent pas être les victimes de la rivalité sino-américaine, alors que Washington cherche par ailleurs à promouvoir une OTAN asiatique en resserrant l'alliance tripartite avec Tokyo et Séoul (encourageant vivement l'accord de décembre 2015 sur les "femmes de réconfort", largement critiqué par les organisations sud-coréennes de défense des victimes de l'esclavage sexuel militaire japonais). Le commandement des forces des Nations Unies en Corée (du Sud) pourrait aussi être transformé en une version asiatique de l'OTAN. Un traité de paix en Asie du Nord-Est passerait a contrario par la dissolution de ce commandement, le programme nucléaire nord-coréen étant la conséquence (et non la cause) de l'état de tensions permanent avec les Etats-Unis, tout en offrant le prétexte rêvé pour les faucons américains désireux d'étendre leur emprise sur l'Asie de l'Est. La non-soumission des peuples d'Asie apparaît ainsi comme la meilleure garantie pour la paix du monde, devant s'appuyer sur la poursuite en toute indépendance de leurs seuls intérêts.

A l'issue de ces exposés un large débat s'est engagé avec la salle sur les similitudes entre le refus des bases militaires au Japon et en Corée - tout en faisant le constat du peu de convergences, à ce jour, entre les militants pacifistes sud-coréens et japonais. Par ailleurs, il a montré l'importance de sensibiliser les opinions publiques et les gouvernements, et pour ce qui concerne les organisateurs en Occident, témoignant ainsi de l'importance des combats engagés par l'AAFC et le collectif Solida qui poursuivront leurs luttes pour la paix, le désarmement et le départ des bases militaires étrangères.

Photos : AAFC.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 23:28

Une délégation du Comité Bretagne de l’Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) comprenant son président le Dr Ley-Ngardigal Djimadoum, élu lors de l'assemblée générale du Comité le 19 septembre 2015, et son secrétaire Yves Broustail, accompagnée par deux membres du bureau national de l’AAFC, Benoît Quennedey, vice-président chargé des actions de coopération, et Patrick Kuentzmann, secrétaire général, a eu le 16 janvier 2016 un cordial entretien avec Son Excellence M. Kim Yong-iI, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République Démocratique et Populaire de Corée (RDPC) à l’UNESCO et délégué Général de la RPDC en France, et M.Ri Ho-yong, conseiller.

 

S.E. M. Kim Yong-il (source : Alain Noguès / archives AAFC)

S.E. M. Kim Yong-il (source : Alain Noguès / archives AAFC)

Dans une brève allocution, le vice-président Benoît Quennedey a adressé à la délégation coréenne les meilleurs vœux de la nouvelle année de l’AAFC, puis a présenté les membres présents du Comité Bretagne, ses activités réalisées et les projets en cours, dont deux projets de voyage en RDPC.

S.E. M. l’Ambassadeur M. Kim Yong-il a remercié la délégation de l’AAFC et présenté à son tour les meilleurs vœux du peuple coréen à l’AAFC pour ses activités dans la contribution de l’amitié entre les peuples français et coréen.

Une brève présentation de la situation dans la péninsule coréenne, liée à la recherche de la paix, a été faite. Fut abordé le récent déferlement guerrier médiatique contre la RDPC et les éventuelles conséquences, après l’essai annoncé de la bombe H par Pyongyang.

Le Comité Bretagne a adressé une invitation à la délégation générale coréenne d’effectuer une visite dans cette région de l’Ouest de la France. Cette dernière fut acceptée.

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 19:26

A l’occasion des célébrations du 70e anniversaire du Parti du travail de Corée (PTC), une délégation de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), conduite par son secrétaire général Patrick Kuentzmann, s'est rendue en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 8 au 15 octobre 2015, à l’invitation du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers. Le 18 janvier 2016, l'AAFC a organisé une réunion de compte rendu de ce déplacement à Paris, en présence de l'ensemble des participants à ce voyage. 

L'AAFC a rendu compte du voyage de sa délégation en Corée en octobre 2015

Projetant des photos et vidéos prises lors de leur séjour, ou transmises par les Nord-Coréens s'agissant des cérémonies officielles lorsque la prise de photos ou de films n'était pas autorisée, les participants à la délégation de l'AAFC, dont plusieurs s'étaient déjà rendus en RPD de Corée, ont rendu compte des évolutions en cours et du message qu'avaient souhaité transmettre les autorités nord-coréennes à l'occasion des cérémonies ayant marqué officiellement le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée.

Alors qu'en 2010, pour le 65e anniversaire de la fondation du PTC, s'était tenue une seule parade militaire, l'imposant défilé civil et militaire du 10 octobre 2015 a témoigné de la volonté de développement concomitant de la puissance économique et militaire, conformément à la nouvelle ligne imprimée par les autorités nord-coréennes depuis 2011. Si l'effort appréciable de construction - tout particulièrement - dans la capitale témoigne d'un dynamisme économique certain, avec un accent mis sur l'industrie légère et les loisirs, d'autres obstacles structurels restent à surmonter - notamment la pénurie d'énergie et l'obsolescence des réseaux de transport. C'est pourquoi les coopérations économiques, scientifiques et culturelles figurent au premier plan des priorités de l'AAFC et des rencontres bilatérales conduites par la délégation, en marge des cérémonies officielles. Cette spécificité de l'AAFC a d'ailleurs été appréciée et soulignée par d'autres délégations d'associations d'amitié également présentes - une vingtaine de pays ayant été représentés à ce titre. Des visites spécifiques ont également été effectuées à la demande de la délégation - notamment dans l'usine de bière Taedonggang et la cathédrale de Jangchung - alors que quelques semaines plus tard une délégation de catholiques sud-coréens devait visiter à son tour la RPD de Corée, témoignant de l'importance des canaux religieux pour le dialogue intercoréen.

La présentation s'est poursuivie par des échanges avec la salle, portant notamment sur les conditions du séjour de la délégation, les échanges avec l'Association d'amitié Corée-France, puissance invitante, les projets de coopération en cours et l'évolution de la situation économique et sociale. L’AAFC tient à remercier Mme Jong Un-a secrétaire générale de l’Association d’amitié Corée-France, et son assistant M. Ham Sung-jin, pour l’accueil et leur aide tout au long de cette visite.

Nous reproduisons ci-après un entretien avec Patrick Kuentmann, qui conduisait la délégation de l'AAFC.

Un dimanche au bord de l'eau à Pyongyang

Un dimanche au bord de l'eau à Pyongyang

Tu étais déjà présent à Pyongyang aux cérémonies marquant le 65e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, en octobre 2010. Quelles différences te semblent les plus frappantes entre le voyage de 2010, et celui de 2015 ?

En effet, une délégation de l’AAFC était présente en RPD de Corée en octobre 2010 lors des manifestations marquant le 65e anniversaire du PTC. Il était donc intéressant d’observer les différences et les similitudes entre ces deux célébrations. Déjà, la RPD de Corée a, depuis décembre 2011, un nouveau dirigeant, Kim Jong-un, suite au décès du Dirigeant Kim Jong-il. Le 10 octobre 2010, pour le défilé militaire marquant le 65e anniversaire du Parti, Kim Jong-il était à la tribune, comme Kim Jong-un ce 10 octobre 2015 pour le défilé du 70e anniversaire. Première nouveauté, Kim Jong-un, premier secrétaire du PTC, a prononcé un discours juste avant le défilé, continuant d’adopter un style plus direct par rapport à son prédécesseur. Pendant que nous écoutions le discours (en coréen, bien sûr) du dirigeant suprême de la RPD de Corée à quelques mètres de la tribune officielle, notre interprète en a traduit les points clés. L’élément qui nous a tout de suite frappés est l’accent mis sur le niveau de vie du peuple et la jeunesse. La place prépondérante accordée au niveau de vie du peuple a été illustrée par l’imposant défilé « civil » qui a immédiatement suivi le défilé militaire : agriculture, éducation, loisirs... tous les secteurs de la vie coréenne étaient ainsi représentés. En octobre 2010, pour le 65e anniversaire du PTC, il n’y avait qu’un défilé militaire. Au soir de ce 10 octobre 2015, les organisations de jeunesse ont aussi donné un spectaculaire défilé aux flambeaux. Mais au-delà des discours et des manifestations de masse, nous avons pu constater que, dans les faits, les infrastructures, notamment agricoles et de loisirs, sont en plein développement, suivant une tendance déjà amorcée en 2010 et constamment poursuivie et amplifiée depuis, comme en ont été témoins les délégations de l’Association d’amitié franco-coréenne qui se sont rendues en RPDC en 2012, 2013, 2014 et cette année. Et puis, il y a l’aéroport international de Pyongyang rénové, inauguré en juillet 2015.

Spectacle "Le Grand parti et la brillante Corée" donné le 11 octobre 2015 à Pyongyang

Spectacle "Le Grand parti et la brillante Corée" donné le 11 octobre 2015 à Pyongyang

Quels ont été les points les plus marquants du programme ?

Le programme comportait des visites en province, à Panmunjom, dans la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corée, et à Kaesong, qui abrite le musée d’histoire du Koryo. Comme rappelée dans ce musée, des archéologues nord-coréens et français (de l’École française d’Extrême-Orient) travaillent en coopération sur le site de l’ancienne forteresse de Kaesong. En province, nous sommes aussi allés dans les monts Myohyang, à une centaine de kilomètres au nord de Pyongyang, et à Nampo pour visiter l’impressionnant barrage-écluse de la mer de l’Ouest inauguré il y a juste 30 ans pour empêcher l’eau de mer de remonter le fleuve Taedong, améliorant ainsi l’irrigation des exploitations agricoles. Au total, nous avons ainsi parcouru environ 700 km à travers la Corée pendant ce séjour d’une semaine. Cela donna lieu à quelques rencontres inattendues, comme ce pique-nique improvisé avec des randonneurs coréens croisés dans les monts Myohyang. Ils étaient aussi surpris que nous de cette rencontre et ce fut l’occasion de constater que la générosité et la convivialité des Coréens ne sont pas une réputation usurpée ! À Pyongyang, nous avons bien sûr assisté aux célébrations du 70e anniversaire du PTC, lesquelles, outre le défilé militaire et civil et la marche aux flambeaux du 10 octobre, comportaient aussi un spectacle de plus de 3 heures, réunissant 10 000 artistes, chanteurs et danseurs, donné plusieurs soirs de suite sur une scène flottante érigée sur le fleuve Taedong. Au programme, figuraient aussi les visites du musée de la Victoire de la Guerre de libération de la patrie (nom donné à la guerre de Corée en RPDC), rénové en 2013, et du musée des équipements de défense et d’armes. C’était un privilège puisque cette exposition présentant les équipements, véhicules et armes de tout calibre de l’Armée populaire de Corée n’est normalement pas ouverte au grand public. Il est à noter qu’une partie importante du musée est consacrée aux armées étrangères, avec des maquettes et explications très détaillées qui feraient la joie de nombreux stratèges. Nous avons aussi visité la brasserie Taedonggang, où est fabriquée la plus célèbre bière de Corée. Ce n’était pas la première fois qu’une délégation de l’AAFC visitait cette brasserie, mais, cette année, nous avions la chance d’avoir un spécialiste dans notre délégation et ce fut donc l’occasion d’un échange approfondi avec le directeur qui nous a fait faire la visite. Nous avons visité la nouvelle ferme coopérative Jangchon du quartier Sadong, à l’est de Pyongyang, où résident près de 400 familles. Cette ferme, présentée comme un modèle pour l’ensemble du pays, constitue une véritable petite ville avec ses propres équipements d’enseignement et de loisir et se consacre à la production de légumes. Un gros effort est fait pour les énergies renouvelables, comme en témoigne la multiplication des panneaux solaires sur les bâtiments. Le séjour à Pyongyang fut l’occasion d’autres rencontres fortuites comme lors de cet arrêt que nous avons demandé pour visiter la cathédrale Jangchung. Notre souhait a été immédiatement exaucé et nous avons pu ainsi avoir un échange avec deux représentants de l’Association des catholiques de Corée (il y a 3 000 catholiques en Corée du Nord). Ils ont accepté de retarder leur déjeuner pour cette visite impromptue, et nous leur en sommes reconnaissants. Cette rencontre était d'autant plus intéressante que des délégations de catholiques sud-coréens ont visité cette même cathédrale de Jangchung dans les semaines qui ont suivi. Nous y sommes allés un mercredi, mais la prochaine fois nous viendrons le dimanche pour assister à l’office.

Scène de rue à Pyongyang

Scène de rue à Pyongyang

Intérieur de la cathédrale Jangchung de Pyongyang

Intérieur de la cathédrale Jangchung de Pyongyang

Certains médias sud-coréens et américains, souvent conservateurs, avaient joué les Cassandre en prédisant, à l’occasion des cérémonies du 10 octobre 2015, un nouvel essai nucléaire ou un lancement de satellite qui auraient engendré un nouveau cycle de tensions internationales. Or, rien de tel ne s’est produit... Dans les discours que vous avez entendus, les lieux visités et les contacts avec vos interlocuteurs, comment apprécies-tu l’état d’esprit des Nord-Coréens : est-on dans une phase de détente, ou l’attentisme prévaut-il ?

Comme je l’ai déjà dit, l’accent a surtout été mis sur l’amélioration du niveau de vie du peuple et la jeunesse. Toutefois, compte tenu des tensions autour de la péninsule coréenne, de l’état de guerre en Corée (rappelons-le, c’est un simple cessez-le-feu qui a été signé en 1953), et de la pression militaire exercée par les États-Unis et leur allié sud-coréen, notamment pendant leurs importants exercices militaires annuels, la RPDC a dû consentir de gros efforts pour sa défense, y compris en développant une force de dissuasion nucléaire malgré les sanctions internationales. Telle est l’équation que doit résoudre la RPDC : assurer sa défense face à l’hostilité de la première puissance mondiale et de ses alliés tout en développant le niveau de vie de sa population affectée par les sanctions internationales, la RPDC étant, de l’aveu même de l’ancien président américain George W. Bush en 2008 « le pays le plus sanctionné du monde ». Il y a bien sûr une solution à cette équation : un traité de paix entre la RPDC et les États-Unis pour mettre un terme définitif à la guerre, ce que les États-Unis refusent, alors que le programme nucléaire militaire de la RPDC, pour ne parler que de ça, est la conséquence, et non la cause, de l’absence de paix entre les deux pays. Le défilé militaire du 10 octobre fut une démonstration de force spectaculaire, avec un message clair : la RPDC est prête à toute éventualité. Cet état « technique » de guerre qui prévaut toujours en Corée, nous avons pu, une nouvelle fois, le constater en allant dans la DMZ à Panmunjom. Il était important d’aller à cet endroit exactement 70 ans après la division de la Corée imposée par les grandes puissances, pour exprimer notre refus de cette injustice historique. L’officier de l’Armée populaire de Corée qui a accompagné notre délégation dans la DMZ, et avec lequel nous avons longuement discuté, était bien représentatif, je crois, de l’état d’esprit des Coréens : un époux et un père, soucieux du bien-être des siens, mais aussi prêt au sacrifice ultime pour sauvegarder la paix de son pays. Avant d’être interdit de séjour en Corée du Sud pour des raisons plus qu’obscures, j’avais pu visiter ce même endroit, Panmunjom, côté Sud à deux reprises (en 2008 et 2009). La différence est saisissante. Au Sud, c’est un militaire américain qui fait visiter et les Coréens (du Sud) ne sont là que pour le décor, figés dans une pose martiale. L’armée américaine va même jusqu’à faire signer aux visiteurs un document la déchargeant de toute responsabilité si l’armée nord-coréenne venait à leur tirer dessus ! C’est totalement absurde, et visiter Panmunjom côté Nord, où aucune signature de décharge n’est demandée, en discutant avec les officiers de l’Armée populaire de Corée, permet de comprendre à quel point la guerre en cours en Corée est aussi (surtout ?) une guerre de propagande, l’armée américaine n’étant pas la dernière en matière.

Campagne coréenne sur la route entre Pyongyang et les monts Myohyang

Campagne coréenne sur la route entre Pyongyang et les monts Myohyang

Rencontre avec des randonneurs coréens dans les monts Myohyang

Rencontre avec des randonneurs coréens dans les monts Myohyang

Les événements commémoratifs ont été couverts largement par les médias internationaux. Quels médias français étaient présents, et avez-vous eu des contacts avec eux ?

À l’aller, nous étions dans le même avion que de nombreux journalistes venus du monde entier. Au cours de notre séjour d’une semaine, nous avons eu l’occasion de croiser, brièvement, les envoyés spéciaux du Figaro et du Monde. Nos contacts avec la presse se sont limités à ça. Les comptes rendus des manifestations du 70e anniversaire du PTC que nous avons ensuite pu lire dans la presse française étaient, pour la plupart d’entre eux, très convenus. On a vraiment l’impression que, à part de rares exceptions comme Pierre-Olivier François et son magistral documentaire « Corée : l’impossible réunification ? », les journalistes français viennent en Corée du Nord, non pas pour apporter  à leurs lecteurs ou auditeurs une information plus précise sur ce pays, son histoire et son contexte géopolitique, mais pour y chercher ce qui pourra illustrer certains préjugés en disant « j’y étais ». La Corée est loin et il faut consentir quelques efforts et passer du temps pour y aller. Il est donc dommage que des journalistes consentent autant d’efforts et passent autant de temps pour un travail « d’information » aussi médiocre. Au fond, le plus choquant dans cette histoire n’est pas le dénigrement systématique de la RPDC par une certaine presse qui se complait dans sa propre ignorance et enchaîne les clichés sur ce pays, mais le gâchis que cela représente.

 

A un carrefour de Pyongyang

A un carrefour de Pyongyang

En ce qui concerne les associations d’amitié, comment était perçue et a été accueillie la délégation de l’AAFC ?

La délégation de l’AAFC a été très bien reçue en Corée. Comme d’habitude, a-t-on envie de dire. Nos homologues et amis de l’Association d’amitié Corée-France, qui dépend du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, ont, une fois de plus, très bien fait les choses. Au total, pendant les manifestations du 70e anniversaire, hormis notre délégation, il y avait 20 délégations d’associations d’amitié avec la Corée venues des pays suivants : Allemagne, Australie, Bangladesh, Belgique, Brésil, Congo, Danemark, Espagne, Indonésie, Irlande, Italie, Japon, Népal, Pakistan, Philippines, Pologne, Royaume-Uni, Russie, Slovaquie, Slovénie. Lors d’une réunion de toutes les associations présentes, M. André Lohekele, de la délégation congolaise, a rappelé qu’une mission importante des associations d’amitié est de sensibiliser les opinions publiques de leurs pays respectifs à propos de la situation en Corée. À titre d’exemple, M. Lohekele a cité le travail accompli par l’AAFC. Cet hommage montre que la voix de l’AAFC, aussi modeste soit-elle, porte au-delà de la France, dans le monde francophone. Cela nous encourage à continuer et à multiplier les contacts avec les autres associations d’amitié, sans attendre de nous rencontrer en Corée. Il y a tant de choses que nous pouvons faire ensemble.

Malgré un programme chargé, la délégation de l’AAFC a-t-elle pu avoir des rencontres bilatérales pour discuter ou favoriser des projets de coopération ?

L’AAFC a toujours des projets de coopération et un séjour en Corée est une bonne occasion de discuter avec nos partenaires pour les faire avancer. Sans entrer dans les détails, nous avons, cette fois, eu des rencontres avec des représentants de la Commission de l’Éducation et du ministère de la Construction de la RPD de Corée.

 Merci.

 

Photos : AAFC

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 18:02

Réuni le 21 janvier 2016, le bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne a adopté la déclaration suivante face à la nouvelle escalade des tensions que connaît la péninsule coréenne.

Le début d’année 2016 a été marqué par une nouvelle escalade des tensions dans la péninsule coréenne : après que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a revendiqué le test réussi d’une bombe à hydrogène le 7 janvier 2016, les États-Unis ont envoyé un avion bombardier dans le ciel de la Corée et font pression pour un nouveau renforcement des sanctions contre la RPDC, laquelle est pourtant déjà le pays le plus sanctionné au monde, au moment où les sanctions sont levées contre d’autres pays réputés ennemis des États-Unis.

Par ailleurs, les États-Unis n’ont toujours pas donné suite à la proposition, exprimée de longue date par la RPDC, d’un traité de paix dans la péninsule coréenne, alors que la guerre de Corée (1950-1953) s’est achevée par un simple accord d’armistice, sans mécanisme de sécurité qui permettrait de favoriser le dialogue et empêcher les accrochages meurtriers qui font toujours des victimes de chaque côté de la frontière inter-coréenne.

Fondée en 1969 par des personnalités de divers horizons politiques pour favoriser la paix et la réunification de la Corée, et œuvrer au développement des échanges entre la France et la Corée – toute la Corée – dans tous les domaines, l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) réaffirme sa conviction qu’il n’y a pas de fatalité au cycle réitéré des escalades et des sanctions, sanctions dont la mise en œuvre touche d’abord, sinon exclusivement, la population nord-coréenne.

Tel est le sens du combat que l'AAFC mène pour un traité de paix en Corée, lequel exige :

- de rouvrir des pourparlers multilatéraux sur la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, conformément à l'accord sur la réconciliation, la non-agression, les échanges et la coopération, signé en 1991 par les Corée du Nord et du Sud ; ces discussions doivent reprendre sans conditions préalables ni exclusives, avec comme objectif la levée des sanctions contre la RPDC, des garanties de sécurité et un désarmement réciproque, alors que l’article 6 du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires prévoit que les États déjà dotés de telles armes lors de la signature du traité s’engagent sur la voie du désarmement ;

de mettre en place un dialogue entre Washington et Pyongyang abordant ouvertement la question d’un traité de paix et créant un climat de confiance, grâce notamment à ce canal de communication direct entre les deux pays ;

de voir la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, s’engager, éventuellement aux côtés de ses partenaires européens, comme partie aux pourparlers multilatéraux pour la paix et la dénucléarisation en Corée, en franchissant, pour ce qui la concerne, le pas de l’établissement de relations diplomatiques complètes avec la RPDC dans l’intérêt mutuel des deux pays.

L’Association d'amitié franco-coréenne continuera d’agir, comme elle le fait depuis 46 ans, pour la paix en Corée, en Asie et dans le monde.

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 12:29

Le 28 décembre 2015 l'accord conclu entre les ministres des Affaires étrangères japonais et sud-coréen a profondément divisé l'opinion publique non seulement coréenne, mais également asiatique : dans tous les pays victimes de l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort" organisé par l'armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale, ce n'est pas une aumône que demandent les survivantes, mais bien des excuses des autorités japonaises au plus haut niveau où elles reconnaîtraient juridiquement leur implication dans ce crime de masse. Plus encore, des mesures doivent être prises pour que plus que jamais les femmes ne soient les victimes des guerres comme objet sexuel : sur tous ces points, l'accord conclu entre Tokyo et Séoul, en prétendant régler définitivement la question, ne résout rien et laisse béantes les plaies du passé. Des manifestations rassemblant les survivantes, à l'initiative notamment du Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire du Japon, ont ainsi eu lieu en République de Corée (Corée du Sud). En France, un rassemblement s'est tenu à Paris, place du Trocadéro, à l'initiative d'étudiants coréens organisant un voyage pour la paix en Europe (France, Allemagne, Suisse, Autriche, République tchèque), du 28 décembre 2015 au 16 janvier 2016. Des rassemblements similaires auront lieu aux autres étapes de leur voyage pour affirmer haut et fort que, non, la question des femmes de réconfort n'est pas réglée par l'accord du 28 décembre 2015.

"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016

Le voyage pour la paix organisé en Europe par l'association "Papillons de l'espoir", réunissant cinquante étudiants sud-coréens, a pour but de sensibiliser aux questions liées à la paix, alors que la péninsule coréenne vit toujours à l'heure de la guerre froide qui a entraîné sa division et sa militarisation. L'exigence d'un monde de paix et de justice implique aussi que ne se reproduisent jamais les crimes du passé, et en particulier que soit réglée la question des "femmes de réconfort", euphémisme désignant les centaines de milliers d'esclaves sexuelles exploitées dans les bordels militaires japonais, il y a plus de soixante-dix ans, et dont les dernières survivantes exigent que justice soit rendue.

Dans ce contexte, le rassemblement qui s'est tenu place du Trocadéro à Paris le 1er janvier 2016, prévu de longue date avec le soutien du Conseil coréen des femmes de réconfort, a pris une importance particulière - alors que le jour même de leur arrivée en France les étudiants apprenaient la conclusion d'un accord entre les gouvernements sud-coréen et japonais. Cet accord témoigne de la volonté de la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye, avec le soutien des Etats-Unis, de solder au moindre coût les crimes japonais du passé pour préparer les guerres de demain, en levant les obstacles au renforcement de l'alliance militaire entre Washington, Tokyo et Séoul.

Après un rappel du contexte politique et du contenu de cet accord par les Coréens en visite en France, des témoignages ont été donnés par des Japonais et Coréens vivant en France, des organisations pacifistes japonaises s'étant engagées de longue date, dans notre pays, pour la reconnaissance par Tokyo du crime de masse commis à l'encontre des esclaves sexuelles (lire sur le blog de l'AAFC le compte rendu de la projection du film documentaire Murmures, à l'initiative des associations Espace-Japon et Echo-Echanges, le 7 mars 2009, à l'occasion de la Journée internationale de la femme http://www.amitiefrancecoree.org/article-28590933.html).

Pour les Français, Benoît Quennedey, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération, a pris la parole. Il a rappelé l'engagement constant de l'AAFC pour faire connaître en France - y compris dans les milieux parlementaires - la question des femmes de réconfort en vue de sa résolution par une mobilisation internationale. Cette campagne date notamment de la visite en France en septembre 2013 d'une survivante, Mme Kim Bok-dong, dont l'AAFC avait aidé à l'organisation matérielle de la visite. Lors du récent accord du 28 décembre 2015, alors que les gouvernements occidentaux se félicitaient de ce qui constitue à leurs yeux une avancée, l'AAFC a publié immédiatement un article où elle a adopté le point de vue des victimes et de toutes celles et de tous ceux qui militent pour mettre fin à l'esclavage militaire, hier comme aujourd'hui : par ses zones d'ombre, ses omissions et l'obligation en filigrane qu'il impose aux autorités sud-coréennes de ne plus évoquer ce sujet dans les relations internationales, cette déclaration conjointe constitue un recul sans précédent du gouvernement sud-coréen, ayant soulevé une émotion légitime dans l'opinion publique sud-coréenne et asiatique - alors même que la question des femmes de réconfort originaires d'autres pays que la Corée était ainsi passée sous silence.

"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016

Une résolution du Conseil coréen des femmes de réconfort a été lue par les participants. Elle a souligné que si le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait exprimé des excuses en disant éprouver des responsabilités, il avait passé sous silence que le crime systématique commis à l'égard des femmes de réconfort avait été initié par les autorités japonaises elles-mêmes. Par ailleurs, Shinzo Abe a fait le choix de ne pas exprimer lui-même ces excuses, mais d'en laisser le soin à un représentant du gouvernement - ce qui soulève des doutes sur la sincérité de son geste.

L'accord prévoit par ailleurs la mise en place d'une fondation, pour aider les victimes coréennes - pour un montant de 1 milliard de yen, soit 7,6 millions d'euros ou encore une minute du produit intérieur brut japonais. Mais le Japon se contentera de verser l'argent, n'étant pas impliqué dans la gestion de la fondation qui relèvera des autorités sud-coréennes. En outre, l'accord ne prévoit pas de mesures sur la recherche de la vérité historique ni sur les programmes éducatifs en histoire des deux pays - mais, ajoutons-nous à l'AAFC, doit-on s'en étonner dès lors que tant Tokyo que Séoul sont engagées dans des processus de révisionnisme historique impliquant un contrôle des manuels scolaires, pour disculper dans un cas les crimes de guerre japonais, et dans l'autre cas réhabiliter le régime militaire ultra-autoritaire de Park Chung-hee, le père de l'actuelle présidente sud-coréenne Park Geun-hye ?

La résolution du Conseil coréen des femmes de réconfort dénonce surtout vivement l'attitude des autorités sud-coréennes, l'accord prétendant régler de façon "définitive et irréversible" la question des femmes de réconfort en évitant de critiquer le Japon sur cette question dans les enceintes diplomatiques internationales - tout en s'engageant à résoudre la question de la statue érigée devant l'ambassade du Japon à Séoul par les associations sud-coréennes de défense des victimes (en d'autres termes, à la déplacer). Exigeant du Japon une reconnaissance de sa responsabilité légale, dans la continuité des demandes qu'il a exprimées notamment en 2012 lors de la douzième conférence de solidarité asiatique pour la résolution de la question de l'esclavage militaire sexuel japonais, le Conseil coréen des femmes de réconfort a conclu que "l'accord est le fruit d'une collusion d'intérêts diplomatiques qui trahit toutes nos demandes".

"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016
"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016

Au total, ce sont 300 personnes qui ont assisté, à un moment ou à un autre, au rassemblement organisé pendant une heure et demie par les étudiants coréens ce 1er janvier 2016 place du Trocadéro - leurs expressions artistiques et festives (danses, chants, mosaïque animée formant des motifs à l'aide de fragments d'images dessinées sur des cahiers), particulièrement réussies, attirant un public nombreux - malgré un vent glacial en ce jour de fête. La distribution de tracts, les jours précédents, avait aussi permis de faire venir de nombreux Coréens vivant en France.

"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016
"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016
"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016
"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016

Les participants ont été appelés à signer la pétition visant à recueillir 100 millions de signatures pour la résolution de la question de l'esclavage sexuel infligé par l'armée japonaise.

 

"La question des femmes de réconfort n'est pas réglée" : rassemblement à Paris le 1er janvier 2016

Alors que le nombre de personnes présentes a atteint un niveau sans précédent en France sur la question des femmes de réconfort, ce rassemblement n'avait, à l'heure où nous publiions cet article, pas été couvert par les médias sud-coréens en France, dans leur écrasante majoritaire conservateurs ou à capitaux publics, donc pro-gouvernementaux - contrairement aux précédentes manifestations organisées dans notre pays à l'initiative ou avec le soutien du Conseil coréen des femmes de réconfort. Visiblement, dans la Corée du Sud de Mme Park Geun-hye, toute voix discordante tendant à relayer un point de vue qui ne sert pas sa politique n'est pas bonne à faire entendre. Pour les faucons au pouvoir à Séoul, les actions du Conseil coréen des femmes de réconfort méritaient d'être médiatisées lorsqu'elles pouvaient servir leurs objectifs politiques visant à se refaire une virginité dans une opinion publique échaudée par les atteintes de plus en plus flagrantes aux droits politiques et sociaux, l'abandon des promesses électorales (notamment vis-à-vis des femmes) et la gestion scandaleuse de crises - comme le naufrage du ferry Sewol, où ont péri plus de 300 personnes, majoritairement des lycées en voyage scolaire. Le rassemblement le 19 avril 2015 à Paris, en faveur des victimes et de leurs familles, avait d'ailleurs fait l'objet d'un boycott semblable par les médias sud-coréens en France (lire sur le blog de l'AAFC http://www.amitiefrancecoree.org/2015/04/300-manifestants-a-paris-pour-exiger-la-verite-sur-le-naufrage-du-sewol.html).

Ce sera à présent aux électeurs sud-coréens de trancher quant à l'avenir de leur pays, notamment lors des élections législatives prévues le 13 avril 2016, auxquelles les Sud-Coréens vivant à l'étranger pourront participer.

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 22:28

Plusieurs adhérents de longue date de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) nous ont quittés en 2015 : Lucien Bartout, André Belaval et Etiennette Royer ont marqué, chacun à leur manière, la vie de notre Association. Par leur implication, ils ont rappelé que la vie d'une association repose sur l'engagement de chacun. Nous souhaitons honorer leur mémoire, en présentant nos condoléances à leurs familles, à leurs proches, à leurs camarades.

Militant engagé auprès du parti de la classe ouvrière, Lucien Bartout, avec son épouse Paulette, tous deux établis à Massy, ont été des piliers de l'AAFC en région parisienne. Sa disparition en début d'année 2015, après un long combat contre la maladie, nous a laissés orphelin d'un homme toujours prêt à aider, qui était resté fidèle aux principes socialistes dont la République populaire démocratique de Corée s'affirme comme l'un des héritiers. Nous adressons nos amicales salutations à son épouse, Paulette.

Ayant fait partie du bataillon français lors de la guerre de Corée, André Belaval avait gardé un profond attachement pour les Coréens et toujours réaffirmé sa position de principe en faveur de la réunification de la péninsule. Quand nous rencontrions à nos réunions celui qui était aussi le président d'honneur de l'amicale des légionnaires d'origine coréenne, nous savions que rien de ce que nous faisions ou disions n'échappait à l'attaché de défense sud-coréen. A sa manière, il a fait partie del'histoire de notre Association.

Fille de l'architecte Georges Heller, conseiller municipal d'Antony mort en déportation, Etiennette Royer, qui a aussi vécu à Antony, avait hérité de son père le refus des injustices en s'engageant au Parti communiste français. Extrêmement cultivée, toujours attentionnée, Etiennette Royer portait une joie de vivre et une énergie stimulantes pour nous tous. Nous associons à son souvenir son époux, Gilbert Royer, qui avait fait partie de la délégation de l'AAFC en visite en RPD de Corée en août 2005, disparu en 2008.

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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 21:50

Le 5 octobre 2015, Bernard Ferrand, professeur honoraire de l'Université d'Evry, et par ailleurs vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des relations avec les organisations politiques françaises, a écrit en son nom propre à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, sur l'absence de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en observant que cette position n'était pas conforme à la tradition diplomatique française de reconnaissance des Etats et non des régimes, et préjudiciable à nos intérêts dans cette partie du monde. Il a ajouté que l'année croisée France-Corée (du Sud) offrait un cadre favorable au franchissement d'une nouvelle étape dans les relations diplomatiques entre Paris et Pyongyang. Chargé par Laurent Fabius de lui répondre, Emmanuel Lenain, directeur d'Asie et d'Océanie du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (MAE), a très classiquement rappelé les conditions mises par la diplomatie française à l'établissement de relations diplomatiques complètes (les relations intercoréennes, la question nucléaire et les droits de l'homme), dans un courrier en date du 10 novembre 2015, tout en prenant par ailleurs acte que la RPDC n'avait pas procédé à un "essai balistique" en octobre (NDLR : contrairement aux prédictions, une nouvelle fois démenties, des conservateurs sud-coréens). Il mentionne seulement brièvement les relations Nord-Sud et insiste sur les questions internationales, notamment les programmes nucléaire et balistique qui apparaissent ainsi comme la préoccupation majeure des autorités françaises. Par ailleurs, il est regrettable que son courrier n'ait pas apporté de réponses quant aux nouvelles actions bilatérales de coopération suggérées par Bernard Ferrand. Nous reproduisons ci-après les courriers de Bernard Ferrand à Laurent Fabius, et la réponse d'Emmanuel Lenain à Bernard Ferrand.

Courrier de Bernard Ferrand, vice-président de l'AAFC, ancien conseiller régional, ancien membre du Conseil économique et social, 
à Laurent Fabius, envoyé de Rodez le 5 octobre 2015

Monsieur le Ministre, Cher Laurent,

Permets-moi de t'écrire à propos d'un sujet sur lequel j'ai quelque expérience personnelle (vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne), et avec le désintéressement du citoyen qui n'a plus de prétention politique ou universitaire : l'absence de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord).

Je ne te ferai pas le sempiternel exposé des conditions mises par la France à l'établissement de telles relations - la question des droits de l'homme, le nucléaire nord-coréen et les relations Nord-Sud - car tes collaborateurs le feront avec plus de brio que je ne saurais jamais le faire.

En revanche, ce que m'ont appris mes échanges avec des Coréens, du Nord et du Sud, c'est que cette exception française (dans l'Union européenne, seule l'Estonie n'a pas de relations diplomatiques complètes avec Pyongyang) ne favorise pas nos intérêts nationaux, qu'il s'agisse d'échanges commerciaux ou culturels, ou de la capacité de la France à peser sur la résolution de la question coréenne dans les enceintes internationales.

Alors que notre pays, par ton expérience, a joué tout son rôle pour parvenir à un accord exigeant avec l'Iran sur la question nucléaire, je pense que l'établissement aujourd'hui de relations diplomatiques complètes entre Paris et Pyongyang nous permettrait de revenir dans le jeu diplomatique dans cette partie du monde.

Le moment est opportun : l'année croisée France-Corée permettrait à une initiative française en ce sens de ne pas compromettre nos relations avec Séoul, tandis que le retour au dialogue dans la péninsule coréenne (des réunions de familles coréennes séparées auront lieu à la fin du mois d'octobre) ouvre une phase de détente, certes toujours fragile, dans laquelle une telle décision de la France apparaîtrait comme un soutien au dialogue et à l'ouverture. Pour bien montrer qu'il s'agit d'une question qui doit dépasser les clivages partisans en Corée du Sud, au-delà du chantage des conservateurs sud-coréens qui ont gardé une mentalité de guerre froide, je pense d'ailleurs que profiter d'une des multiples manifestations de l'année croisée France-Corée permettrait de rebondir sur les propositions constantes de l'opposition démocrate sud-coréenne en faveur de la reprise du dialogue avec Pyongyang. A sa façon l'Allemagne qui sait ce que sont les processus de réunification - les festivités du 25ème anniversaire de la réunification en présence notamment du ministre sud-coréen de la réunification en témoignent - devrait inspirer notre propre attitude.

Il serait donc possible d'annoncer dans le cadre des manifestations de l'année croisée France-Corée qu'il a été décidé de mettre fin à l'exception française du non-établissement de relations diplomatiques complètes entre Paris et Pyongyang, conformément à la tradition diplomatique française de reconnaissance des Etats et non des régimes, pour favoriser le dialogue, la paix et les droits de l'homme en Corée du Nord.

Depuis l'ouverture d'un bureau français de coopération à Pyongyang (en septembre 2011), suite à l'action de Jack Lang, les possibles contreparties nord-coréennes ne manquent pas : soutien à l'apprentissage du français en Corée du Nord, soutien nord-coréen à notre position en faveur de la lutte contre le changement climatique, ratification de la convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées (une délégation d'handicapés nord-coréens a visité la France en février 2015), engagement plus largement d'un dialogue sur les droits de l'homme comme l'ont proposé les diplomates nord-coréens en France à tes services, possibilité de retenir une offre française dans un grand projet de construction en Corée du Nord - notre pays formant des grands architectes nord-coréens depuis 2002 - ou de remise en état des réseaux du pays (eau, gaz, électricité, ou réseau ferroviaire)...

Cette démarche, bien que connue de mon association, est toute personnelle.

J'espère qu'elle pourra être prise en considération, ce qui aidera notre pays dans son ambition à faire évoluer les droits de l'Homme en Corée du Nord, Etat qui, à cet égard, comme en matière économique, a un grand besoin d'assistance.

Je te prie de croire, Monsieur le Ministre, Cher Laurent, en ma très haute considération et mon indéfectible amitié.

Réponse d'Emmanuel Lenain, directeur d'Asie et d'Océanie,
en date du 10 novembre 2015

Monsieur le Vice-Président,

Le Ministre vous remercie de votre courrier en date du 5 octobre et m'a chargé de vous répondre.

Ainsi que vous le rappelez, la France n'entretient pas de relations diplomatiques avec la Corée du Nord. Toute évolution de nos relations est soumise à des progrès de la part de la Corée du Nord sur les dossiers nucléaire et balistique, la situation des droits de l'homme et l'état des relations intercoréennes.

Nous avons pris note du fait que la Corée du Nord n'avait pas procédé à un essai balistique lors des cérémonies du 70e anniversaire du parti des travailleurs de Corée. La Corée du Nord a toutefois procédé dans le passé récent à trois essais nucléaires et à de nombreux tirs balistiques, en violation de ses obligations internationales. Elle a été condamnée à ce titre par la communauté internationale (résolutions 1718, 1874, 2087 et 2094 du Conseil de sécurité des Nations Unies) et est à cet égard soumise aux sanctions afférentes des Nations Unies ainsi qu'à celles prises de manière unilatérale (Etats-Unis, Union Européenne et Japon notamment).

Une reprise du dialogue avec la communauté internationale ou dans le cadre des Pourparlers à six impliquerait un geste concret et sincère de la part de la Corée du Nord en vue de son désarmement nucléaire complet, vérifiable et irréversible ainsi que l'abandon de son programme balistique.

En outre, les derniers rapports des Nations Unies sur la situation des droits de l'Homme, sujet qui comme vous le soulignez nous est cher, ne font état d'aucune amélioration tangible dans ce pays.

La France entend toutefois poursuivre son dialogue avec les autorités et ses actions de coopération en faveur du peuple nord-coréen. Elle a ainsi, comme vous le mentionnez, ouvert un Bureau de coopération à Pyongyang en octobre 2011 afin d'améliorer, par un soutien humanitaire, les conditions de vie de la population nord-coréenne, mais aussi pour mener avec elle des projets de coopération linguistique, culturelle et universitaire.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Vice-Président, mes salutations distinguées.

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