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Assemblée générale de l'AAFC du samedi 5 avril 2014

Rapport d'orientation

présenté par Benoît Quennedey

vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne

en charge des actions de coopération

 

Il y a 45 ans, en 1969, naissait l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC). Peu d’associations peuvent s’enorgueillir d’une telle continuité dans leur action, au service d’une cause qui rassemblait des hommes et des femmes animés par un même idéal : permettre de faire vivre la paix et la prospérité dans une région éprouvée par le premier conflit de la guerre froide, qui avait causé des millions de morts et entraîné la division d’un pays à la culture plurimillénaire, ainsi que la séparation de familles qui, aujourd’hui encore, n’ont aucun moyen de communiquer avec leurs proches restés de l’autre côté de la DMZ. Evoquer la Corée symbolise aussi l’effort titanesque accompli par tout un peuple pour reconstruire une nation ravagée par la guerre, comme l’a notamment souligné le réalisateur Chris Marker, à l’occasion d’un séjour au Nord de la péninsule, dans la République populaire démocratique de Corée (RPDC), à la fin des années 1950, à l’époque de la construction du socialisme sous la direction du Président Kim Il-sung, et de taux de croissance économique à deux chiffres qui étaient alors parmi les plus élevés au monde. Evoquer la Corée c’est aussi saluer le combat courageux et opiniâtre des militants pour la démocratie qui, au Sud de la péninsule, ont réussi à abattre l’un des régimes militaires les plus autoritaires de la planète, au prix de la vie de milliers d’entre eux, en permettant la mise en place d’une régime de démocratie parlementaire qui, en 1997, réalisait enfin l’alternance politique en portant à la présidence de la République le champion de la démocratie et des libertés qu’était Kim Dae-jung.

   

La Corée évoque encore trop souvent les clichés éculés, au Nord de ce qui serait le dernier « régime stalinien » de la planète et au Sud d’un idéal type – dirait Weber – de libéralisme et d’américanisation. Mais qui connaît un peu l’histoire et les spécificités du peuple coréen et de sa culture vous dira le caractère étonnamment latin de ceux qui ont été surnommés les « Italiens de l’Asie », tant au Sud qu’au Nord de la péninsule, et qui avaient fait de la Corée du Nord un dragon asiatique dans les années 1960, avant que ce ne soit la Corée du Sud qui symbolise une réussite économique sans précédent : en 1970, son niveau de vie était celui du Sénégal, et dès 1995 du Portugal. Aujourd’hui, c’est aussi au Nord qu’apparaissent, n’en déplaisent aux néoconservateurs et à leurs affidés, les signes d’une mutation sans précédent, marquée par la transformation progressive de la structure économique et l’élan vers une modernité qui a commencé à façonner Pyongyang sur le modèle des capitales high tech de l’Asie de l’Est, après les très difficiles années de la dure marche qui avaient entraîné l’arrêt de la machine économique et une sévère pénurie alimentaire. Si la situation s'est heureusement améliorée, permettre aux populations nord-coréens de retrouver l'autosuffisance alimentaire doit constituer une de nos priorités : un appel a été lancé pour l'achat d'engrais, et nous appelons toutes et tous à se mobiliser pour réussir cette action.
 



Notre rôle est, encore et toujours, de communiquer sur une réalité coréenne infiniment plus complexe, et notamment d’en déceler les aspects propres à la société et à l’histoire de la péninsule, au-delà des différences de systèmes politiques et économiques. C’est le sens des quatre blogs de l’Association d’amitié franco-coréenne qui, par leurs milliers d’articles, offrent un aperçu aussi exhaustif que possible sur la Corée – les deux Corée, et largement repris par les bulletins papiers de l’AAFC. Pour continuer à être une référence sur l’actualité coréenne, l’AAFC a besoin des contributions de toutes et de tous : plusieurs adhérents ou sympathisants nous ont fait parvenir des contributions thématiques, sur le football, le Taekwon-Do ou encore les religions, ou par des traductions d’articles depuis l’anglais, le russe et le coréen non disponibles en français. Je tiens à les saluer, et à appeler chacune et chacun d’entre vous à venir rejoindre l’équipe éditoriale de l’AAFC, car vous disposez de connaissances spécifiques ou de compétences linguistiques uniques que ne peuvent pas maîtriser les rédacteurs réguliers des articles de nos sites Internet.


Informer mais aussi animer et faire vivre un réseau de partenaires – journalistes, parlementaires, universitaires spécialistes de la Corée – exige également une présence sur le terrain de la coopération et faciliter la réalisation de travaux spécialisés. L’AAFC a accompagné des étudiants effectuant des recherches sur la Corée ; elle a répondu aux questions de journalistes et participé à des conférences devant un public universitaire d’étudiants et de professeurs. Il est indispensable d’être plus encore présent sur ce terrain, pour faire partager notre connaissance unique de la Corée, grâce à des contacts réguliers nourris de déplacements dans la péninsule. A cet égard, rappelons ici les perspectives de conclusion d’un partenariat entre le Centre d’études sur la Corée de l’EHESS et l’Université d’architecture de Pyongyang ont été rendues possibles grâce au travail mené en amont, pendant plusieurs années, par l’AAFC. Les adhérents de l’AAFC se sont vus proposer de participer à un voyage en RPD de Corée en août 2014 : il s’agit, ici encore, d’identifier des champs de coopération possibles, en fonction de vos compétences et centres d’intérêt, afin de prendre sur place les contacts nécessaires et permettre des échanges à caractère culturel, sportif ou économique. Nous nous efforcerons également de permettre la venue en Corée de professionnels qui, dans leurs domaines respectifs, participeront à des événements organisés sur une base régulière – qu’il s’agisse des foires du commerce international de Pyongyang et de Rason, des festivals de cuisine ou de cinéma – ou à des visites ad hoc comportant des rencontres et des échanges avec les interlocuteurs coréens que nous aurons pu identifier grâce à nos contacts réguliers, plusieurs fois par mois, tant avec la délégation générale de la RPD de Corée à Paris qu’avec nos homologues de l’Association d’amitié Corée-France – que je tiens à remercier pour leur parfaite disponibilité.


Les actions d’information peuvent être menées partout en France, en réunissant celles et ceux qui veulent simplement s’informer et débattre sur la Corée. Nous avons évoqué comment le foyer rural de Tousson a permis de mieux faire comprendre des aspects méconnus de la culture coréenne – sa cuisine ou son cinéma. Le renforcement continu de nos comités régionaux et locaux passe par des actions concrètes, comme des déplacements des diplomates nord-coréens en France et l’organisation de rencontres et de débats pour lesquelles la direction de l’AAFC sera toujours à votre disposition pour se déplacer. Je salue d’ores et déjà l’initiative prise par notre ami Hamidou Konaté, à Stains, d’organiser une journée sur les relations entre l’Afrique et l’Asie – y compris les deux Corée ! – à Stains, le 17 mai prochain. Il ne s’agit pas d’une initiative de l’AAFC, mais j’y suis pour ma part associé en tant que conférencier, et un tel exemple montre que vous seuls, adhérents de l’AAFC, êtes en mesure de mobiliser votre réseau de connaissances pour savoir quelles actions peuvent être entreprises, dans les associations dont vous êtes déjà membre ou au regard des professionnels que vous connaissez et qui pourraient, demain, s’intéresser à la Corée dans son ensemble : la mise en relation est la première étape d’une coopération. Car ce sont ces actions de coopération et d’échanges qui identifient l’AAFC comme une association ne se contentant pas de déclarations verbales, mais qui se positionne aux premières loges des échanges entre la France et la Corée.


Et la République de Corée, nous disent certains ? L’AAFC n’a jamais ignoré ce qui se passait au Sud du 38e parallèle, bien au contraire : avec Robert Charvin, Guy Dupré et André Aubry, elle a été à l’avant-garde du combat pour la libération de Kim Dae-jung et dans le soutien aux démocrates coréens. Mais force est de constater que la Corée du Sud, qui dispose de relais bien plus nombreux que la Corée du Nord en France, n’a pas autant besoin d’être soutenue dans ces actions. L’AAFC a vocation à agir là où rien n’existe et où personne n’intervient : c’est pourquoi nous avons participé activement à la campagne pour la reconnaissance par le Japon du crime qu’il a commis envers les femmes de réconfort, ou que nous avons permis que s’exprime – à Paris – ceux qui refusent la construction de la base navale de Jeju, lourde de menaces pour la paix et compromettant irrémédiablement l’environnement naturel de l’île. L’AAFC doit être partout présente aux côtés des militants sud-coréens, qui luttent pour la paix, la démocratie, les droits des travailleurs ou encore la défense de l’environnement. C’est le sens de notre contribution à l’avènement d’une ère de paix et de prospérité dans la péninsule coréenne – toute la péninsule coréenne. Ici encore, nous faisons appel à vous tous, militantes et militants de l’AAFC, pour souligner que la démocratie et les droits de l’homme ne sont jamais un processus irréversible, et sonner l’alerte quand des combats justes doivent être relayés et portés, en France, par la seule association qui agit pour l’ensemble de la Corée.


 Car au Sud de la Corée, les signes d’une dérive autoritaire nous inquiètent au premier chef : comment accepter que les services de renseignement interviennent massivement dans la vie politique, au point de fausser la sincérité du scrutin ? Comment accepter la condamnation à douze ans de prison d’un député de gauche, Lee Seok-ki, sur la base d’un procès biaisé ? Comment accepter les restrictions à l’accès à l’information, en forçant les journalistes à adhérer à des clubs et à ainsi s’autocensurer, tout en interdisant des débats contradictoires au nom de l’antidémocratique loi de sécurité nationale – par exemple sur le terrible naufrage de la corvette Cheonan, attribué sans preuves convaincantes à la Corée du Nord ? Comment accepter la dissolution du premier syndicat des enseignants ? Comment accepter la montée inexorable du travail précaire et le suicide, dans l’indifférence en Occident, de militants des droits syndicaux pourchassés et frappés d’amendes qui visent à les briser, financièrement, psychologiquement, humainement ?


C’est notre rôle, à nous, défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme en Corée, de soutenir les initiatives prises, souvent au prix de leur vie et de leur liberté, par les militants sud-coréens. 


Je vous remercie pour votre attention.

 

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Lors des débats qui ont suivi, l'assemblée générale de l'AAFC a décidé d'interroger M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, sur les initiatives qu'entend prendre la France pour favoriser la reprise du dialogue et des pourparlers multilatéraux dans la péninsule coréenne, suite aux propositions faites en ce sens par les autorités nord-coréennes, et sur les perspectives d'établissement de relations diplomatiques complètes.

 

 

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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)