La déclaration de guerre de la Corée du Nord à la Corée du Sud s’est révélée être une mystification médiatique ordinaire. Cependant cela n’a pas arrangé le problème de
l’escalade conflictuelle dans cette région. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a toutes les raisons de penser que, à la place d'une guerre froide, soit déclarée
une vraie guerre contre elle. Telle est l'opinion d'Evgueni Kim, expert du Centre de recherches sur la Corée à l’Institut d'Extrême-Orient de l’Académie des
sciences de la Fédération de Russie. Comme il l’a dit le 30 mars 2013 dans un entretien accordé au site Internet russe Nakanune.ru, pendant encore un mois entier auront lieu en Corée du Sud
des manœuvres militaires de grande ampleur, menées conjointement par les armées américaine et sud-coréenne, et engageant pas moins de 200 000 soldats, un porte-avions nucléaire, avec son
groupe d’appui, et des bombardiers stratégiques menant régulièrement des exercices de frappe nucléaire aux frontières de la RPDC. L'Association d'amitié franco-coréenne vous propose la traduction
en français de l'entretien donné par Evgueni Kim.
Question - Expliquez-nous, la guerre entre la RPDC et la Corée du Sud a-t-elle été déclarée ou non ?
Evgueni Kim - Il n’y a rien eu de semblable. Sur la base de cette information mensongère, maintenant tout le monde débat de cette soi-disant guerre. Il n’y a pas de telle déclaration. J’ai actuellement dans les mains la déclaration du Parti et du Gouvernement publiée aujourd’hui [30 mars 2013], il n’y a dedans aucun mot sur une déclaration de guerre. Il est écrit que si nous sommes attaqués nous riposterons. Ainsi, ceux du Nord préviennent ceux du Sud que les provocations dans la zone démilitarisée peuvent se terminer par des incidents. Remarquez que les premiers à déformer ce communiqué ont été les médias occidentaux et que les Russes l’ont repris.
Question - On est arrivé à ce que la RPDC menace de la guerre ? Dans quel but ?
Evgueni Kim - La RPDC a de sérieuses raisons de craindre que les armes soient utilisées contre elle. Rien qu’en mars [2013], dans cette région, des manœuvres conjointes américano-sud-coréennes ont eu lieu à quatre reprises, et depuis le début de l’année neuf fois. Le chiffre total des militaires participant à ces manœuvres est de 200 000. Deux cent mille ! Vous comprenez que la Russie, dans son histoire récente, n’a jamais mené de manœuvres d’une telle ampleur. Et notre armée compte un million de personnes. Par ailleurs, au cours de ces manœuvres sont mis en œuvre des exercices de débarquement d’infanterie de marine et aussi des mesures de maintien de l’ordre dans des centres d’habitation après leur invasion. De plus, en mars, les Américains ont déjà envoyé à trois reprises aux frontières de la RPDC le bombardier stratégique B-52 et, comme on le sait, cet appareil peut emporter des bombes atomiques. Cela leur semblait insuffisant. Avant-hier [28 mars 2013], ils ont envoyé deux bombardiers stratégiques B-2, beaucoup plus modernes, capables chacun d'emporter 16 missiles avec des charges nucléaires. Avant-hier, ces bombardiers ont réalisé au-dessus du territoire sud-coréen des exercices de bombardement atomique, au sujet desquels ils ont eux-mêmes communiqué. Comment doivent répondre à cela ceux du Nord ? Et si demain cela est mis en œuvre contre le Nord ? Que faire ? Egalement, en mars, un porte-avions s’est approché des côtes de Corée du Sud. Il était accompagné d’un groupe assez important de bâtiments au nombre desquels un sous-marin d’attaque nucléaire de la classe Los Angeles. Celui-ci a également effectué des exercices de tir. Comment le pays contre lequel cela est réalisé doit-il l’interpréter ? La réaction de la RPDC de menacer de frapper le territoire sud-coréen et les bases américaines dans un tel cas semble logique. Remarquez que la RPDC ne dit jamais qu'elle attaquera la première. Toutes les déclarations du Nord ont un caractère défensif. A ce sujet, il est clairement prescrit dans la doctrine militaire russe que, dans le cas où nous apprenons que se prépare une agression contre nous, nous pouvons déclencher une attaque préventive. Et la RPDC ne déclare jamais qu’elle frappera la première. Cela me semble la réaction naturelle quand un Etat met en garde. Je comprends que ces communiqués pourraient avoir un ton moins menaçant mais il faut admettre qu’il est difficile de se retenir de déclarations fortes quand, près de ton territoire, se déroulent des manœuvres dont le but est l’agression militaire contre ton pays.
Question - Mais pourquoi les Etats-Unis se lancent-ils dans cette escalade conflictuelle ?
Evgueni Kim - En Amérique, on réduit aujourd’hui les dépenses et parmi celles-ci les dépenses militaires. On comprend qu’il soit avantageux pour les généraux de créer une situation tendue en Corée afin d’obtenir une augmentation des dépenses.
Question - De quelles provocations parlent les communiqués de la RPDC ? Alors que les médias communiquent sur le Nord qui fait cliqueter les armes mais ne parlent ni de provocations, ni de manœuvres, ni de sous-marin nucléaire, ni de porte-avions.
Evgueni Kim - La nuit d’avant-hier [28 mars 2013] à deux heures et demie, heure locale, au bord de la zone démilitarisée, s’est produit un incident intéressant. Il a semblé à un garde-frontière à son poste qu’il y avait du mouvement en provenance du Nord et il a ouvert le feu, sans doute au lance-grenades, quoique dans le communiqué il est simplement dit qu'« il a lancé une grenade ». On a commencé à étudier ce qui s’était passé et il s’est avéré que personne ne passait. Mais s'il lui avait semblé que c’était plus sérieux, en cas de déplacement d'un troupeau d’animaux, il aurait pu tirer plus loin. La portée du lance-grenades peut atteindre deux kilomètres. La dimension de la zone démilitarisée est de deux kilomètres au Nord et de deux kilomètres au Sud. Comment ceux du Nord auraient-ils réagi ? Il me semble que cette augmentation de la pression est faite pour que les nerfs de quelqu’un lâchent et que l’on ouvre le feu. Et alors cela sera exploité.
Question - Pouvez-vous alors nous expliquer quel était le sens de la déclaration qu’a faite la RPDC vendredi, de préparation d'une frappe nucléaire contre les Etats-Unis ?
Evgueni Kim - Ceux du Nord ont déclaré le 27 mars qu’ils mettaient les forces armées en état de préparation numéro un. Beaucoup ont alors interprété cette déclaration comme une déclaration de guerre. Permettez-moi de citer également cet ordre. En état de préparation numéro un (par ailleurs, personne ne sait de quoi il s’agit, donc, par commodité, disons qu’il s’agit du dernier niveau de mise en alerte), sont prêts seulement les détachements de lanceurs de missiles et l’artillerie de campagne à longue portée. Mais cet ordre ne s’étend pas aux garde-frontières ni aux troupes d’infanterie. On comprend qu’il ne s’agit pas de mobilisation générale pour des actions militaires. Avec cette mise en alerte sont mises en œuvre les forces avec lesquelles la RPDC entend riposter si elle est attaquée.
Question - Peut-on dire que l’Occident pousse le Nord au conflit ? Dans quelle mesure le scénario de passage du conflit à une phase active est-il vraisemblable ?
Evgueni Kim - Si un conflit a lieu, rien de bon n’en sortira. Je suis persuadé que la diplomatie de la Russie et de la Chine et, je pense aussi, celle du Sud cherchent à éviter le conflit. Je pense que tous partagent l’opinion exprimée dans la déclaration faite hier [29 mars] par [le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï] Lavrov selon laquelle la situation peut dégénérer de façon imprévisible. C’est pourquoi il me semble que tous les leviers seront activés et le scénario de guerre évité. Les Américains ont de bons contacts avec la RPDC, à l’ONU, par les canaux diplomatiques et même culturels. Il ne faut pas céder aux provocation de la presse qui a déjà commencé la guerre psychologique contre la RPDC. De plus, les Américains ont tort de penser que la Chine restera les bras croisés à observer comment ils anéantissent la Corée du Nord. Si quelque chose avait lieu, les Chinois défendraient le Nord. La Russie joindra toutes ses forces, je ne dis pas que nous prendrions part au conflit mais nous mettrions en œuvre tous les autres moyens.
Question - De quoi peut menacer la Corée du Nord ? Vendredi [29 mars 2013], après que la RPDC a annoncé sa mise en alerte, beaucoup, comme s’il s’agissait d’un fait ayant eu lieu, ont dit qu’ils étaient prêts à tenter de porter une frappe nucléaire contre les Etats-Unis et la Corée du Sud. Le fait que la RPDC possède des armes nucléaires et des missiles intercontinentaux est-il un fait connu de tous ? Dans l’état de nos connaissances, ils ont un bon lanceur capable de mettre en orbite un satellite mais personne n’a parlé de missiles balistiques.
Evgueni Kim - Oui, leur lanceur n’est pas mauvais. Sur quatre tentatives de tir, la fusée a réussi une fois. Je rappelle que, dans les année 1950, lorsque nous construisions une telle fusée, nous n’avons réussi à l’envoyer dans l’espace qu’au bout de 19 tentatives. Mais j’espère que tous comprennent la différence entre une fusée qui met un satellite en orbite et un missile balistique intercontinental. Ce dernier doit entrer dans l’espace cosmique et ensuite ressortir dans l’atmosphère. Aujourd’hui, nous ne pouvons affirmer que le Nord possède la technologie de protection thermique des ogives nucléaires et la capacité correspondante de diriger le missile après sa pénétration dans les couches denses de l’atmosphère. Deuxièmement, les Etats-Unis ont un système de défense anti-missile. Une fusée unique serait interceptée. De plus, dans la mesure où je peux en juger, le Nord a un système simple de montage des fusées. Ils assemblent la première partie de la fusée, ensuite la deuxième et enfin, avec une grue, mettent la fusée en position verticale. Pour tout cela, il faut deux jours. Si les Etats-Unis ou la Corée du Sud soupçonnaient la RPDC de se préparer à lancer une frappe, en deux jours ils découvriraient facilement la fusée du Nord et la bombarderaient. D’autant plus que les Américains ont toutes les données sur les sites militaires nord-coréens.
Question - Et la bombe atomique ?
Evgueni Kim - Que puis-je vous dire ? Ils ont fait des essais, dit qu’ils ont fait des essais, déclaré qu’ils ont des charges miniaturisées. Selon ce qu’ils ont fait, je pense qu’ils n’ont pas de tête nucléaire. D’ailleurs, les données des services de renseignement américains confirment qu’il leur faudra encore de six à sept ans pour disposer de la puissance nucléaire requise.
Question - Pourquoi est-il convenu d’estimer que les communiqués belliqueux du Nord sont faits pour détourner l’attention de la populations du problème de la faim et la mobiliser autour de la direction ? Y a-t-il la famine en RPDC ?
Evgueni Kim - Oui, de façon déterminée, Kim Jong-un a réussi à rassembler le peuple autour de lui et du Parti. Il faut le reconnaître. En ce qui concerne l’approvisionnement alimentaire, ces trois dernières années la récolte de céréales en RPDC a augmenté de 10%. Selon les données de la FAO [Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture] et des services de renseignement sud-coréens et américains, la récolte a été de 4,9 millions de tonnes l’année dernière. Ils ont arrêté d’importer de Chine. Ainsi, ils ont assez de grains jusqu’à la prochaine récolte. Si surgissent des problèmes, ils peuvent en acheter 200 000 tonnes en Chine. Par ailleurs, ils sont habitués à vivre en consommant beaucoup de légumes et peu de viande.
Source : www.nakarune.ru (traduction : AAFC–YB)
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Dans son message au président russe Dmitri Medvedev, Kim Jong-il, président de la Commission de la défense
nationale de la RPD de Corée, a déclaré : "A l'occasion du 66ème anniversaire de la Libération de la Corée, je vous renouvelle mes félicitations à vous, et à travers vous, au peuple russe. Je
vous souhaite plein succès dans vos travaux, convaincu que les relations entre la RPDC et la Fédération de Russie se développeront conformément aux intérêts communs et aux désirs des peuples
de nos deux pays".

Le 12 avril 2011, lors d'une réception à l'ambassade de la RPDC à Moscou pour le 99ème anniversaire de la naissance du pésident Kim Il-sung, Alexei
Borodavkin, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a annoncé une aide à la RPDC d'un montant total de 5 millions de dollars, dans le cadre du Programme alimentaire mondial et de
projets bilatéraux. Cette annonce, couplée à un appel à la reprise des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, faisait suite à une visite en RPDC d'Alexei Borodavkin
en mars dernier. De fait, la Russie manifeste un intérêt renouvelé pour la Corée, et spécialement la Corée du Nord, rééquilibrant ses relations entre les deux parties de la péninsule.
S'agissant de la Corée du Sud, la rencontre au sommet entreMikhaïl Gorbatchev et le président sud-coréen Roh Tae-woo à San
Francisco, le 5 juin 1990, a rapidement ouvert la voie à l'établissement de relations diplomatiques complètes, le 30 septembre 1990. En quelques années, la nouvelle direction soviétique avait
accepté la présence militaire américaine en Corée (comme elle l'avait accepté en Europe), tout en montrant un intérêt accru pour le dynamisme économique de la Corée du Sud, engagée depuis 1987
sur un processus de étaitdémocratisation. Pour sa part, Roh Tae-woo avait annoncé, dès son discours d'investiture en 1988, sa volonté de poursuivre la politique de normalisation des
relations diplomatiques avec les démocraties populaires, tout en proposant une conférence pour la paix réunissant, outre les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, l'URSS et le Japon. En avril
1991, Mikhaïl Gorbatchev rencontre Roh Moo-hyun en Corée du Sud, et en novembre 1992 Boris Elstine se rend à son tour à Séoul.
L'accession au pouvoir de Vladimir
Poutine a permis une amélioration des relations russo - nord-coréennes, permettant la signature, en février 2000, d'un traité d'amitié, de relations de bon voisinage et de coopération. En juillet
2000, la rencontre à Pyongyang entre le nouveau président russe et Kim Jong-il conduit à la signature d'une déclaration conjointe. En août 2001, le dirigeant Kim Jong-il était à
son tour reçu à Moscou. Parallèlement à l'amélioration des relations diplomatiques, les échanges économiques bilatéraux ont connu un regain, ayant dépassé 200 millions de dollars par an entre
2004 et 2006. Outre le dossier de la dette publique nord-coréenne à l'égard de la Russie (estimée à 8 milliards de dollars, dont l'annulation partielle est
régulièrement évoquée), un enjeu économique majeur serait le rétablissement des liaisons ferroviaires (en avril 2008, un
L'envoi de ces experts a été décidé le 26 mai par le président russe Dmitri Medvedev. Un porte-parole du ministère russe des Affaires
étrangères avait auparavant confirmé que la Russie ne souhaitait pas discuter de l'affaire devant le Conseil de sécurité des Nations Unies avant de posséder « des preuves garanties à 100 %
que la République populaire démocratique de Corée est impliquée de quelque manière que ce soit dans le naufrage de ce navire. »
Un an plus tard, l'implication de la Corée du Nord dans la destruction du Cheonan suscite des doutes parmi les responsables russes.
Ainsi, Konstantin Poulikovski, conseiller du président du Conseil de la Fédération (sénat russe) ne croit pas que la Corée du Nord a torpillé le Cheonan.
« Pourquoi l'aurait-elle fait? A quelle fin? Cette démarche manque totalement de logique », a-t-il déclaré à l'agence de presse RIA Novosti.
Les six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon)
participant aux négociations sur le programme nucléaire nord-coréen se sont à nouveau réunis à Pékin. Cette septième session de pourparlers à six s'est achevée sur un désaccord au sujet
de la méthode de vérification et du calendrier du démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes. Au delà de cet échec prévisible - en raison des positions opposées des Etats-Unis et
de la Corée du Nord et de l'attente de l'entrée en fonctions de l'administration Obama - cette nouvelle session de pourparlers a aussi permis de révéler l'importance d'un pays jusqu'ici
plutôt en retrait, la Russie. Cette dernière pourrait bientôt jouer un rôle crucial pour la réussite des pourparlers et, plus généralement, pour la paix en Asie du
Nord-Est.
Kim Sook et C
Le vice-ministre des Affaires étrangères, chef de la délégation russe aux pourparlers, Alexei Borodavkine, a fait part de sa
surprise suite à une déclaration américaine selon laquelle le Japon, la Russie, les Etats-Unis et la Corée du Sud avaient convenu d'un arrêt des livraisons d'énergie à la Corée du Nord jusqu'à ce
que des progrès soient accomplis sur la vérification des activités nucléaires de Pyongyang. "Il n'y aura plus de livraison de fioul en l'absence d'un régime de vérification," a ainsi
déclaré le porte-parole du département d'Etat américain, Sean McCormack.
