Voyages

Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 17:12

16102010-25Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), accompagnait la délégation conjointe de l'AAFC et de l'association belge Korea-is-One qui s'est rendue du 7 au 19 octobre 2010 en République populaire démocratique de Corée (RPDC). Il s'agissait du cinquième voyage de l'AAFC en RPDC depuis 2005. Patrick Kuentzmann nous livre quelques impressions suite à ce séjour en Corée.

 

 AAFC - Tu as toi-même participé aux voyages d'août 2006 et septembre 2008 organisés par l'AAFC, après une première visite en RPD de Corée avec l'association belge Korea-is-One en août 2005. Pourquoi avoir choisi de visiter la RPDC au mois d'octobre cette année?

 

PK - En général, les voyages en RPD de Corée coïncident avec les dates de célébrations importantes dans ce pays. Ainsi, dans la période récente, l'AAFC a organisé des voyages en août 2005 et en août 2006, à l'occasion des 60ème et 61ème anniversaires de la Libération de la Corée (15 août 1945), et en septembre 2008 et en septembre 2009, à l'occasion des 60ème et 61ème anniversaires de la fondation de la RPD de Corée (9 septembre 1948). Cette année 2010 voyait deux anniversaires significatifs : le 65ème anniversaire de la Libération et le 65ème anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée (10 octobre 1945). Afin de faciliter l'organisation, et pour la troisième année consécutive, il était prévu que notre groupe réunisse des adhérents de l'Association d'amitié franco-coréenne et de l'association belge Korea-is-One (KIO). Chargé d'organiser ce voyage, je me suis mis en relation avec nos partenaires coréens que je tiens encore à les remercier pour leur coopération, en particulier la secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-France, Madame Kim Ho-jong. Parallèlement, au début de cette année, nous avons demandé aux adhérents de l'AAFC et de KIO intéressés par un voyage en RPDC quelle période leur conviendrait le mieux, autour du 15 août ou autour du 10 octobre. Finalement, nous avons pu constituer un groupe de huit personnes, six Français, un Belge et un Irlandais, et le séjour en Corée a été fixé du 7 au 19 octobre 2010. Mais quand nous avons fixé ces dates, nous ne savions pas que le voyage aurait lieu à un moment si particulier où le monde entier, ou presque, aurait les yeux braqués sur la RPD de Corée.


Diverses manifestations ont été organisées à l'occasion du 65ème anniversaire du Parti du travail de Corée (10 octobre), peu après une conférence qui a renouvelé ses instances dirigeantes en consacrant l'accession aux responsabilités d'une nouvelle génération. Comment as-tu pu apprécier la couverture de ces événements par la presse occidentale?

 

En voyant tous les médias internationaux présents en RPD de Corée, nous avons vraiment ressenti que c'était l'endroit où il fallait être ! Cette présence massive des médias donna même lieu à une situation pour le moins paradoxale : le 10 octobre, jour du 65ème anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, pour assister au défilé militaire sur la place Kim Il-sung, à Pyongyang, nous n'avons pas eu le droit d'amener nos appareils photos. Il en va ainsi lorsque le dirigeant Kim Jong-il est présent. Par exemple, le 9 septembre 2008, lors du défilé célébrant le 60ème anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, Kim Jong-il n'était pas présent et nous avions eu le droit de prendre des photos. Mais, cette année, à quelques mètres seulement de nous, les journalistes occidentaux étaient là avec tout leur matériel ! Nous n'avons pu réellement apprécier la couverture des événements par la presse occidentale qu'à notre retour à Pékin, le 19 octobre. Comme on pouvait s'y attendre, la presse a, dans son immense majorité, choisi de faire dans le sensationnalisme, en insistant sur les nouveaux missiles présentés lors du défilé ou sur la transition, réelle ou supposée, à la tête de la RPDC. En général, les médias occidentaux présents à Pyongyang n'ont pas vraiment voulu s'intéresser à l'évolution de la société nord-coréenne, alors que les choses bougent vite dans ce pays. Il faut donc d'autant plus féliciter les journalistes qui, comme Alina Cho de la chaîne américaine CNN, ont profité de leur passage à Pyongyang pour essayer de rendre compte de ces évolutions. Mais Alina Cho était déjà venue à Pyongyang en 2008, avec l'Orchestre philharmonique de New York, et elle est d'origine coréenne, d'où peut-être une plus grande sensibilité que d'aucuns taxent de naïveté. A l'instar du patinage artistique, il y a des figures imposées dans les médias occidentaux quand il s'agit d'évoquer la Corée du Nord, et il semble difficile pour certains de sortir de ces figures imposées.

 

Pékin a réaffirmé récemment son alliance traditionnelle avec Pyongyang, forgée dans les combats en commun de la Guerre de Corée. A-t-on pu l'observer lors des cérémonies marquant l'anniversaire de la fondation du Parti ?

 

Le nouvel accent mis sur l'amitié traditionnelle entre la République populaire démocratique de Corée et la République populaire de Chine est un élément frappant. Par exemple, un tableau entier du spectacle de gymnastique de masse Arirang (le plus grand spectacle vivant du monde selon le Livre Guinness des records), qui a lieu tous les ans d'août à octobre, est désormais consacré à l'amitié entre la Chine et la Corée. Le 10 octobre, une délégation du Parti communiste chinois était présente à la tribune d'honneur pour assister au défilé militaire célébrant le 65ème anniversaire du Parti du travail de Corée. Nous avons aussi croisé de nombreux groupes de touristes chinois, à l'hôtel Haebangsan où nous résidions et dans des endroits tels que Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant la Corée du Nord et la Corée du Sud. L'officier de l'Armée populaire de Corée qui nous accompagnait à Panmunjom a d'ailleurs bien insisté sur le rôle des Volontaires du peuple chinois au cours de la Guerre de Corée. Le contexte international n'est sans doute pas étranger à l'accent mis sur l'alliance traditionnelle entre la RPDC et la République populaire de Chine, notamment après le naufrage de la corvette sud-coréenne, le Cheonan. On sait que, au moyen de « preuves » sujettes à caution, les Etats-Unis et leurs alliés sud-coréens ont accusé la Corée du Nord de ce naufrage en espérant enfoncer un coin entre Pékin et Pyongyang. En attisant ainsi les tensions en Asie du Nord-Est, les stratèges de Washington et Séoul semblent avoir réussi à obtenir l'effet inverse

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  Nouveau tableau du spectable de gymnastique de masse Arirang, consacré à l'amitié sino-coréenne

(7 octobre 2010)

 

Quelles ont été tes impressions globales sur les changements économiques et sociaux en cours en RPD de Corée depuis 2005, alors qu'a été fixé l'objectif d'édifier un pays puissant et prospère en 2012, année du centième anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung, fondateur de la RPD de Corée ?

 

17102010-10C'était mon quatrième voyage en RPD de Corée depuis 2005 et, par rapport à ma dernière visite, en 2008, j'ai remarqué beaucoup de petits détails dont certains peuvent paraître anodins à ceux qui viennent dans le pays pour la première fois, mais témoignent d'une société en mouvement. Il est d'autant plus facile de se rendre compte de ces changements que nous logeons toujours dans le même hôtel, le Haebangsan. Ce n'est pas un hôtel de classe internationale comme le Koryo ou le Yanggakdo, mais il a le mérite d'être situé au centre de Pyongyang, au croisement de plusieurs grandes artères et à proximité de nombreuses entreprises et administrations. Nous pouvons ainsi observer les citoyens de Pyongyang en train de vaquer à leurs occupations, aller au travail, en revenir... On remarque l'utilisation croissante des téléphones portables par les Coréens (même si les nôtres doivent toujours être laissés à la consigne en entrant dans le pays), l'intensification de la circulation automobile, les feux tricolores qui fonctionnent désormais aux principaux carrefours où les fameuses « fliquettes » réglaient autrefois la circulation...  Que les fans des « fliquettes » de Pyongyang se rassurent, elles sont toujours là, mais leurs missions changent. Et puis, la capitale, Pyongyang, s'est embellie : il y a de nouvelles constructions, qu'il s'agisse d'immeubles d'habitation ou d'édifices à vocation culturelle ou commerciale.  D'autres immeubles ont été réhabilités, comme l'hôtel Ryugyong qui en 2008 n'était encore qu'une pyramide de béton de 300 mètres de haut, à l'abandon depuis l'arrêt des travaux en 1992. Les travaux y ont repris et le Ryugyong est maintenant une élégante flèche de verre bleuté se découpant dans le paysage de Pyongyang. Il est question d'ouvrir cet hôtel en 2012, et il est tout à fait envisageable que, après avoir été tant décrié (« l'immeuble le plus laid du monde », disaient certains), le Ryugyong devienne l'emblème de Pyongyang, comme la Tour Eiffel pour Paris ! En province, en nous rendant à Nampo, sur la côte ouest, dans les monts Myohyang, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale, ou dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée,  on a pu observer de nouveaux villages et de nombreuses personnes, dont beaucoup de militaires, participant aux travaux agricoles. Il y a aussi davantage de tracteurs qu'auparavant. Tout semble prioritaire en RPDC : comme les Coréens nous l'ont dit eux-mêmes, de nombreux défis restent à relever dans les domaines de l'alimentation, de l'énergie et des transports, sans parler de l'effort important que la RPDC doit toujours consentir pour sa propre défense alors que les Etats-Unis la menacent régulièrement d'attaques « préventives » tout en maintenant 30.000 soldats en Corée du Sud et un réseau de bases militaires en Asie du Nord-Est.

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  L'hôtel Ryugyong en pleine rénovation (15 octobre 2010)

 

Les autorités nord-coréennes ont engagé un vaste programme de construction de logements. As-tu pu constater sur place l'état d'avancement de ce programme ? Les Nord-Coréens ont-ils exprimé des attentes particulières en matière de coopération ?

 

En effet, le gouvernement nord-coréen veut construire 100.000 nouveaux logements à Pyongyang d'ici à 2012. Le 8 octobre, nous avons pu visiter un chantier de sept bâtiments d'un total de 340 logements. Les travaux se sont étalés du 23 février au 27 septembre, mobilisant un millier d'ouvriers, et ces 340 appartements étaient donc sur le point d'être livrés. Ces bâtiments couvrent une surface totale de 18.000 m2 dans le centre de la capitale, près de la station de métro Ponghwa pour être précis. Un petit tour sur Google Earth (voir ci-dessous) permet de se rendre compte du tour de force accompli par les ouvriers coréens : au début de l'année 2010, il n'y avait qu'un terrain vague à cet endroit. Les responsables du chantier nous ont néanmoins expliqué avoir toujours besoin de casques, de combinaisons de travail et de divers outils tels que des appareils de mesure, des meuleuses, etc... Si des gens veulent aider à fournir ce matériel aux ouvriers coréens, ils peuvent contacter l'AAFC.

 

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Ces deux photos du centre de Pyongyang, près de la station de métro Ponghwa, prises le 20 décembre 2009

et le 7 octobre 2010 permettent de se rendre compte de la rapidité des changements dans la ville (source : Google Earth)


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Ensemble de logements nouvellement construits dans le centre de Pyongyang (8 octobre 2010)

 

On imagine qu'un effort particulier est fait en faveur de l'éducation...

 

13102010-10A chacune de nos visites en Corée, nous nous rendons dans des établissements d'enseignement de tout niveau, car l'éducation est vitale pour l'avenir d'un pays. Cette année, à Pyongyang, nous avons visité le jardin d'enfants du quartier Changgwang, l'école primaire numéro 4, l'école secondaire numéro 1 (avec laquelle est jumelée l'Association d'amitié franco-coréenne), le Lycée des langues étrangères, l'Université des langues étrangères et l'Université Kim Il-sung. Des investissements particulièrement importants ont été faits à l'Université Kim Il-sung qui accueille 18 000 étudiants. Nous avons pu ainsi visiter la nouvelle piscine de l'Université, ouverte en mars 2009, et la nouvelle bibliothèque électronique, ouverte en avril 2010. Cette « e-bibliothèque » permet de consulter des documents en ligne et de donner des cours à distance, réguliers ou à la demande, dans les 500 universités et établissements d'enseignements supérieurs de RPD de Corée connectés. L'effort en matière d'enseignement concerne donc tout le pays.

 

Pour sa part, l'AAFC a aussi un jumelage avec l'école secondaire n° 1 du quartier de Moranbong, à Pyongyang. Quelles actions ont été menées cette année, avec le soutien des adhérents et sympathisants de l'AAFC ?

 

16102010-20L'école secondaire numéro 1 de Moranbong accueille environ 1.000 élèves agés de 10 à 16 ans. Cette année, l'Association d'amitié franco-coréenne a recueilli auprès de ses adhérents et sympathisants 800 euros qui serviront à acheter des vidéoprojecteurs pour l'école. Depuis 2005, l'AAFC a collecté 4.000 euros qui ont servi à acheter du matériel informatique et pédagogique. La directrice de l'école est très sensible à tous les efforts accomplis par l'AAFC depuis plusieurs années et a le projet de rassembler tout ce qui a été offert par notre association dans une ou plusieurs salles de l'établissement. Notre seul regret est que l'école secondaire numéro 1  ne propose toujours pas de cours de français aux élèves.

 

Où en est l'apprentissage du français ? En 2006, l'AAFC avait offert un vidéo-projecteur au département de français de l'Université Kim Il-sung...

 

13102010-20Le projecteur est toujours là et en état de marche. Nous avons pu assister à deux cours de première année de français, à l'Université Kim Il-sung et à l'Université des langues étrangères. Le niveau des étudiants est excellent. Malheureusement l'enseignement du français est en déclin : tous niveaux confondus, il n'y a que 15 étudiants en langue française à l'Université Kim Il-sung, et 25 à l'Université des langues étrangères, alors qu'il y a, respectivement, 400 et 1.500 étudiants en langue anglaise. Quand on demande aux professeurs les raisons de ce déclin, c'est l'absence de relations diplomatiques entre la France et la RPD de Corée qui est mise en avant. En outre, il semble que le gouvernement français ne fasse pas beaucoup d'efforts pour promouvoir l'apprentissage de notre langue en RPD de Corée : le matériel pédagogique offert par la France est parfois incomplet (il manque des livres ou des CD), et les échanges d'étudiants et de professeurs sont réduits à la portion congrue. Pourtant, les Nord-Coréens souhaiteraient de tels échanges mais se heurtent au problème de leur financement. Dans ces conditions, la passion de la langue française que montrent les étudiants et les professeurs rencontrés a quelque chose d'assez émouvant et l'Association d'amitié franco-coréenne fera tout ce qu'elle peut pour leur venir en aide. Cette année, comme à l'occasion de chaque visite, nous avons remis des livres de français. L'an dernier, quand trois professeurs coréens de français étaient venus en France pour un stage d'un mois, nous avions répondu à leur demande en offrant de la littérature humaniste du 16ème siècle. Mais l'Association d'amitié franco-coréenne est une petite association et nous ne pouvons pas nous substituer totalement aux autorités françaises pour la défense de la francophonie en Corée !


Un accent est mis tout particulièrement sur les nouvelles technologies, et notamment l'informatique, malgré l'embargo occidental. Comment apprécier les opérations de modernisation de l'outil industriel ?

 

Il est vrai que l'embargo féroce appliqué depuis plusieurs décennies a incité la RPD de Corée à développer des solutions « nationales » en matière de nouvelles technologies. C'est le cas dans la nouvelle bibliothèque électronique de l'Université Kim Il-sung qui s'appuie sur un système développé en RPD de Corée sous LINUX. C'est aussi le cas dans les entreprises nord-coréennes qui ont de plus en plus recours au contrôle numérique automatisé (Computer Numerical Control, CNC) dans leur processus de production. Là aussi, la RPDC a développé ses propres machines à commande numérique capables, nous a-t-on dit, de rivaliser avec les machines occidentales dont l'exportation est interdite vers la Corée du Nord. Nous avons pu voir de telles machines à l'usine textile Sunkyo où 1.500 ouvriers (dont 85% de femmes) fabriquent des vêtements sous la propre marque de l'usine, Kalmaeki (« mouette » en coréen), ou en sous-traitance.

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  Usine textile Sunkyo de Pyongyang (18 octobre 2010)


En matière de coopération, l'AAFC et KIO ont conduit des actions spécifiques dans le domaine de l'agriculture. Comment KIO a-t-il réussi à acheter - et à livrer ! - un tracteur pour la ferme coopérative d'Ontchon, avec laquelle l'association de coopération belge est jumelée ?

 

15102010-20La ferme coopérative d'Ontchon est installée sur la côte ouest de la Corée. Ses 805 hectares sont en grande partie constitués de polders et on y cultive surtout le riz. C'est une véritable ville où vivent 3.500 personnes, avec son jardin d'enfants, son école, etc... En 1997, la ferme a été ravagée par un typhon et beaucoup de terres ont été inondées par l'eau salée, devenant impropres à l'agriculture. Les efforts des fermiers d'Ontchon ont permis de progressivement laver les terres souillées par le sel et aujourd'hui le rendement est de 5 tonnes par hectare. C'est en 1997 que l'association belge Korea-is-One est entrée en contact avec la ferme d'Ontchon et, depuis, les relations entre la ferme et KIO n'ont cessé de grandir. La ferme s'est même officiellement jumelée avec KIO le 12 août 2005. Depuis 2003, KIO récolte des fonds pour offrir un tracteur à la ferme d'Ontchon et le tracteur a pu enfin être acheté cette année en Chine. Le directeur de la ferme nous a raconté être allé chercher lui-même le tracteur dans la ville frontalière de Sinuiju pour le ramener, par la route, à la ferme, soit un périple de presque 300 kilomètres !

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Elèves et enseignantes de l'école de la ferme d'Ontchon (15 octobre 2010)


Pour sa part, l'AAFC a remis des semences de maïs et de colza. Comment a été conduite cette opération ?

 

L'action de l'AAFC dans le domaine de l'agriculture est plus modeste que ce qu'a réussi à faire KIO, mais nous nous efforçons de répondre aux demandes formulées par nos amis coréens. Ainsi, cette année, nous avons remis à l'Académie d'agriculture de la RPDC 1 kg de semence de colza et 1 kg de semences d'une douzaine de variétés de maïs. Ces semences ont été fournies par un agriculteur membre de l'ARDEAR (Association régionale pour le développement de l'emploi agricole et rural). Je tiens encore à remercier cet agriculteur et tous ses collègues de l'ARDEAR dont l'objectif est de réintroduire des variétés de céréales et d’espèces fourragères, adaptées aux conditions de terroir locales et à des pratiques agricoles ayant peu (ou pas du tout) recours aux intrants chimiques. Or, le manque d'engrais chimiques est un problème en RPD de Corée, le pays ne disposant pas encore des 600.000 tonnes d'engrais qui lui permettraient d'atteindre son objectif de production de 6.000.000 tonnes de céréales par an (les derniers chiffres de production indiquent 5.000.000 tonnes). Les semences offertes par l'ARDEAR, potentiellement adaptées aux conditions de la Corée et peu gourmandes en intrants chimiques, peuvent donc contribuer à la sécurité alimentaire du pays. Nous attendons avec impatience les résultats des expériences qui seront menées avec ces semences par l'Académie d'agriculture. Ce sera un bon exemple de coopération entre agriculteurs habitant dans des pays éloignés mais ayant des préoccupations communes.

 

Il y a aussi eu une visite au complexe d'arbres fruitiers de Taedonggang, près de Pyongyang...

 

16102010-10Le complexe d'arbres fuitiers de Taedonggang est situé au bord du fleuve Taedong, à une quinzaine de kilomètres à l'est du centre de Pyongyang. C'est un lieu très impressionnant quand on l'observe du haut d'une des collines qui l'entourent : les vergers s'étendent à perte de vue, sur 1.000 hectares. Il y a là 95% de pommiers et 5% d'autres arbres fruitiers (poiriers, cerisiers, pruniers). Les 500 personnes qui travaillent ici habitent dans des lotissements construits au coeur des vergers. L'objectif est de produire 50.000 tonnes de fruits en 2012. Ce complexe d'arbres fruitiers est décrit par les Coréens comme représentatif de la politique de Songun (« priorité aux affaires militaires ») suivie en RPD de Corée. En effet, 10.000 soldats de l'Armée populaire de Corée se sont relayés sur le chantier du complexe, rasant littéralement des collines pour aménager plusieurs centaines d’hectares de vergers, tracer des routes et des canaux, et planter des centaines de milliers d'arbres fruitiers. L'armée a aussi construit les différents bâtiments du complexe, habitations, école, hôpital, crèche, jardin d’enfants... La dernière tranche de travaux a duré seulement deux mois et demi, entre décembre 2009 et février 2010, et a permis de faire sortir de terre 265 nouveaux hectares de vergers. Il faut savoir que, en RPD de Corée, l'armée, en plus d'avoir en charge la sécurité du pays - dans le contexte géopolitique que l'on sait -, est un opérateur économique de premier plan. Les moyens alloués à l'armée bénéficient donc aussi aux civils.  Souvent, les médias occidentaux, dans une de ces fameuses figures imposées dont je parlais tout à l'heure, critiquent la Corée du Nord en affirmant de manière péremptoire que l'armée y est pléthorique et détourne des moyens au détriment du reste de la société. En Corée du Nord, une telle opposition entre militaires et civils n'a aucun sens. Ainsi, le 10 octobre, nous étions perdus au milieu de la foule des citoyens de Pyongyang acclamant les militaires qui venaient de défiler et regagnaient leurs casernes.  Ces acclamations n'étaient pas feintes. On sent que les Nord-Coréens aiment leur armée. En RPD de Corée, pour les hommes comme pour les femmes, c'est une fierté de servir plusieurs années au sein de l'Armée populaire. En plus de participer à la défense de leur pays, ils peuvent y travailler à des tâches civiles bénéficiant finalement à toute la société nord-coréenne.

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Dans les rues de Pyongyang, après le défilé militaire célébrant le 65ème anniversaire du PTC

(10 octobre 2010)

 

 Le programme comportait aussi des visites dans des espaces de loisirs. Quel regard avez-vous pu porter sur les loisirs des familles coréennes, et notamment des jeunes ?

 

16102010-30Dans les monts Myohyang, au nord de la capitale, nous avons pique-niqué dans un endroit prisé des Coréens qui adorent ce genre de sortie. A Pyongyang et en province, des terrains sont aménagés pour ceux qui pratiquent le tennis ou le basket-ball et, vu l'engouement pour ces sports, il ne serait pas étonnant de voir la RPDC faire une entrée fracassante dans ces disciplines dans les années qui viennent... Nous avons aussi eu l'occasion d'aller au bowling  de Pyongyang - ouvert en 1992 - et apparemment très apprécié de la jeunesse. Un samedi soir, nous sommes aussi allés au  nouveau parc d'attractions, installé au pied de la colline Moran, juste en face de l'Arc de triomphe. Nous avons pu essayer les manèges, devenant  nous-mêmes une attraction pour les nombreux Coréens qui étaient là... Le plus surprenant c'est qu'il n'y  a pas de surprise : un bowling ou un parc d'attractions en Corée du Nord ressemble à n'importe quel autre bowling ou parc d'attractions. Il y a peut être davantage de militaires qu'ailleurs attendant pour faire un tour de grand-huit ou d'autos-tamponneuses... En fait, les Coréens semblent d'autant plus aimer se détendre dans ce genre d'endroit qu'ils travaillent dur pour réaliser les objectifs ambitieux que s'est fixé leur pays.

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Parc d'attractions de Pyongyang, un samedi soir (16 octobre 2010)

 

Merci, Patrick Kuentzmann. 

 

 

Photos (sauf mention contraire) : AAFC

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Voyages
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 12:28

Comme annoncé précédemment, la délégation conjointe de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et de l'association belge Korea-is-One est revenue en Europe, après sa visite en République populaire de Chine et en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 1er au 10 septembre 2009, à l'occasion notamment des cérémonies commémoratives du 61eme anniversaire de la fondation de la RPDC. Depuis 2005, chacune des visites en Corée de membres de l’Association d’amitié franco-coréenne a été l’occasion de réaffirmer la solidarité avec les collégiens et lycéens de l’école secondaire n° 1 de Moranbong, à Pyongyang, avec laquelle est jumelée l’AAFC. Ce voyage de septembre 2009 n’a pas dérogé à la règle : du matériel pédagogique informatique et pour l’apprentissage des langues étrangères a été remis aux élèves. Voici un premier compte-rendu de cette visite en Corée, rédigé par un des membres de la délégation franco-belge.

 

Le 29 août 2009, la délégation franco-belge de l'AAFC et de Korea-is-One est partie pour la Chine avant de rejoindre la RPDC. 


Les quatre membres de la délégation, dont deux effectuaient leur premier voyage en RPDC, ont commencé par séjourner à Beijing les 30 et 31 août. Ce fut l'occasion de visites diverses dans la capitale chinoise dont la place Tian An Men, lieu de répétitions pour la célébration, le 1er octobre prochain, du 60ème anniversaire de la fondation de la République  populaire de Chine. A cause de ces préparatifs, la nuit du 31 août au 1er septembre a été courte pour la délégation franco-belge obligée de partir tôt le matin à l'aréoport de Beijing afin d'éviter les restrictions de circulation.

Le 1er septembre la délégation est arrivée à Pyongyang, accueillie à l'aéroport par Mmes Kim Ho-jong et Jong Un-a, respectivement secrétaire générale de l'Association d’amitié Corée-France et secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-Belgique. Après l'installation à l’hôtel Haebangsan de Pyongyang et la présentation du programme, ce fut le dîner d’accueil. Dans une ambiance sympathique  et détendue ont été évoquées les activités de l’AAFC  et de Korea-is-One, la situation en Corée et la venue prochaine d’une délégation coréenne à Paris et Bruxelles, à l’invitation de l’AAFC et de Korea-is-One.

Le 2 septembre, au matin, la délégation a visité Mangyondae, maison natale du président Kim Il-sung,  puis le Palais des Etudes du peuple, impressionnante bibliothèque et lieu d’enseignement permanent. La matinée s'est terminée par le très beau métro de Pyongyang. L’après-midi a été consacrée à une visite de l’Académie de la médecine coréenne et de la crèche d’enfants Kim Jong-suk avec un spectacle préparé par les enfants.


Le 3 septembre, la délégation s'est rendue au Palais mémorial de Kumsusan où repose le corps du président Kim Il-sung. Puis, sur la colline Taesong voisine, les membres de la délégétion ont déposé des gerbes sur les tombeaux des martyrs révolutionnaires de la lutte anti-japonaise. Après le déjeuner, l'après-midi a permis de découvrir la très moderne brasserie Daedonggang. Ensuite, au Palais des enfants de Mangyondae, les membres de la délégation ont assisté à un spectacle de grande qualité donné par les jeunes. Un avant-goût de la soirée et du spectacle de gymnastique de masse Arirang dont il est difficile de donner une description. Il n’y a qu’une solution : y assister !

 

 

 Le 4 septembre, la délégation est partie pour Kaesong. A Panmunjom, ont été visités les lieux liés aux négociations et à la signature de l’armistice en 1953. A quelques mètres, en plus des soldats sud-coréens, des soldats et des officiers étaient présents. Il a aussi été permis d'observer le « Mur de la division », muraille en béton de 240 km de long, érigée côté Sud sous l’impulsion des Etats-Unis. Avant de rejoindre Sariwon pour y passer la nuit, la délégation a encore visité la ferme piscicole de Bowan de la commune de Sohung.


Le 5 septembre, ont été visités successivement le musée de l’Histoire de la province du Hwanghae du Nord puis la rue folklorique de Sariwon. L’après-midi, la délégation a été accueillie à l’université agricole Kye Ung -sang avant de repartir pour Pyongyang en s'arrêtant au monument des Trois-Chartes de la Réunification.


Le 6 septembre a été consacré à un tour de ville de Pyongyang, capitale de la RPDC : Arc de triomphe, exposition Wolhyang, visite d’un temple boudhiste au mont Ryongak, tour des idées du Juche, zoo central.

Le 7 septembre, au centre de création artistique de Mansudae, des artistes de haut niveau ont présenté leurs œuvres. La délégation a ensuite été accueillie à l’usine de câbles 326. L’après-midi dans le cadre du
jumelage de l’AAFC avec l’école secondaire N° 1 de Moranbong, la délégation a remis le matériel informatique et  pédagogique qu'ont permis d'acheter les dons des adhérents de l'Association d'amitié franco-coréenne (590 euros) : ordinateur, imprimante, scanner, écran 19 pouces et ouvrages pour faciliter l’apprentissage des langues étrangères. A l’occasion de la remise des dons, un membre de l’AAFC a prononcé ces quelques mots :

«  Au nom de l’Association d’amitié france-coréenne, nous sommes heureux de vous remettre cet ordinateur et ces quelques livres en signe d’amitié entre nos deux peuples. Nous espérons que ce matériel vous aidera à réaliser de plus grands succès dans l’éducation et donc permettre aux élèves de développer  encore plus leurs capacités. En mon nom personnel je voudrais ajouter quelques mots. C’est la première fois que je visite votre beau pays. Cela ne fait que six jours que je visite différents sites historique, culturels et économiques. Mais, malgré cette courte durée je peux dire que je suis impressionné par la bonne organisation de votre pays et par la cohésion de son peuple. Ceci malgré toutes les difficultés causées par la division de la Corée et les sanctions injustes imposées par les USA. Je vous souhaite donc, dans le domaine de l’éducation aussi,  de parvenir en 2012 à l’édification d’une Corée socialiste et prospère. »

 


Après la visite de l’école, y compris celle de la classe où est utilisé l’ordinateur offert par l’AAFC en 2005, les élèves ont déployé tout leur talent au cours d'un spectacle de musique et de danse. Pour finir cette journée, à la demande d’un cheminot retraité membre de la délégation, cette dernière a visité le musée central des chemins de fer.

 

Le 8 septembre, après la visite de l’exposition des Trois Révolutions et de la ferme d’autruches de Pyongyang,  la délégation a pris la route vers la ferme à semences de Ryonban de la commune d’Ontchon  (côte ouest de la Corée), ferme jumelée depuis 2005 avec l'association belge Korea-is-One. Sur le chemin du retour vers Pyongyang, la délégation s'est arrêtée à la grande écluse maritime de la mer de l’Ouest.

Le 9 septembre, jour du 61eme anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, la délégation a visité le musée de la Victoire dans la guerre de Libération de la patrie (1950-1953) puis le navire-espion américain Pueblo capturé en 1968. L'après-midi : monument à la Fondation du Parti du travail de Corée, exposition d’artisanat, match de football féminin, discipline dans laquelle la RPDC est championne du monde. Cette journée s'est terminée par le spectacle officiel donné en l’honneur du 61ème anniversaire de la fondation de la RPDC et par un des bals populaires organisés. Puis ce fut aussi le dîner d’adieu avec les guides, le chauffeur et le président de l’Association d’amitié Corée-Europe, occasion de faire un point sur l’appréciation du voyage par les « habitués » et aussi par ceux qui ont découvert pour la première fois la Corée.

Le 10 septembre la délégation franco-belge s'est envolée avant de rejoindre Paris le lendemain, heureuse de ce magnifique voyage.

 

Photos : Alain Noguès

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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 01:07

Le 7 octobre 2008, l'Association d'amitié franco-coréenne et l'association d'amitié coréano-belge Korea-is-one ont rendu compte, au restaurant Goryo, de leur déplacement organisé en commun en République populaire démocratique de Corée (RPD de Corée), à l'occasion du soixantième anniversaire de la fondation de la République, du 4 au 16 septembre 2008. Le dîner-débat, chaleureux, s'est déroulé dans un contexte multinational et multiculturel.


France, Belgique, Luxembourg et bien sûr Corée... quatre nationalités réunies dans le restaurant coréen choseonjok Goryo, 24 rue Richer, à Paris : le 7 octobre 2008, la tonalité du compte rendu du déplacement de l'AAFC et Korea-is-one  en République populaire démocratique de Corée (RPD de Corée) avait été délibérément placée sous le signe de l'amitié entre les peuples et des échanges interculturels.


Une exposition-vente de livre et d'objets coréens, ainsi qu'une présentation des photos de leur déplacement par les participants au voyage, dont le photographe professionnel Alain Noguès, ont rendu compte d'un pays trop méconnu en Occident, mais où se rendent chaque année plusieurs milliers de visiteurs occidentaux, sans compter près de 2 millions de Sud-Coréens ayant visité le Nord de leur pays en l'espace de dix ans.


Les participants ont tout d'abord souhaité remercié pour leur implication constante à la réussite du voyage l'Association d'amitié Corée-France, leurs guides en Corée - Mme Kim Ho-jong, secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-France, M. Pak Choung-ryong, Mlle Ho Eun-byol et Mlle Jong Un A  - ainsi que la délégation générale de la République populaire démocratique de Corée en France, et tout particulièrement M. Kim Myong-sik, Premier secrétaire.


Quelques-uns des participants du voyage, avec nos amis coréens, devant le Monument aux trois chartes de la Réunification, à Pyongyang, le 14 septembre 2008


Guy Dupré, vice-président de l'AAFC, également secrétaire général du
CILRECO, a rappelé que la conférence-débat, suivie d'un excellent dîner de découverte de la cuisine coréenne, avait eu lieu au mois d'octobre, symbolique à plus d'un titre pour les Coréens : le 10 octobre 1945, date de la fondation du Parti du travail de Corée, est l'une des fêtes nationales de la RPD de Corée ; par ailleurs, la manifestation du 7 octobre a été l'occasion de commémorer le premier anniversaire de la déclaration commune Nord-Sud du 4 octobre 2007, signée à l'issue du second sommet tenu au plus haut niveau entre le Nord et le Sud d'une nation divisée depuis plus de 60 ans.


Destiné à mieux connaître la situation économique et sociale de la Corée, le voyage de septembre 2008 a aussi constitué un moment privilégié pour renforcer la coopération franco-coréenne dans tous les domaines, économique, social, sportif et culturel, conformément aux statuts de l'AAFC.

 

La délégation franco-belge, à l'école n° 1 de Moranbong, à Pyongyang, avec laquelle est jumelée l'AAFC : plus de 1.600 euros de dons collectés ont permis l'acquisition de matériel pédagogique, notamment des boîtiers pour la pratique des langues étrangères
 (voir aussi
l'album photo du voyage).


Dans cette perspective, les participants à la soirée du 7 octobre ont également contribué à la collecte financière par l'association coréano-belge Korea-is-one d'un tracteur pour la ferme d'Ontchon, avec laquelle sont jumelés nos homologues belges, et dont plusieurs représentants avaient fait spécialement le déplacement à Paris.

   

Cette sympathique soirée, rendue possible grâce à l'hospitalité de M. Li Gwan et de son épouse, propriétaires du restaurant Goryo et que l'AAFC tient une nouvelle fois à remercier, convie à poursuivre le débat et la discussion sur la Corée, mais aussi à préparer de futurs déplacements des associations d'amitié française et belge en Corée et des associations d'amitié coréenne en France et en Belgique. (photos : Alain Noguès, AAFC)

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Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /Oct /2008 14:45

La vie quotidienne en République populaire démocratique de Corée (RPD de Corée, Corée du Nord) suscite peu d'intérêt des grands médias occidentaux en elle-même : la société nord-coréenne est pourtant l'héritage de cinq mille ans d'histoire nationale coréenne, tout en ayant été façonnée par l'édification d'une société socialiste depuis 1945. Les réformes économiques ont ensuite modifié son organisation traditionnelle. Ce sont ces différents aspects auxquels s'est intéressée la délégation franco-belge de l'AAFC et de Korea-is-One lors de son voyage en Corée en septembre 2008.

L'individu et la collectivité

La société coréenne, empreinte de tradition confucéenne, est historiquement marquée par une importance particulière attachée à la collectivité, qui prime sur l'individu. Cet aspect culturel coréen, conforté par la création d'une société socialiste au nord de la péninsule depuis 1945, est notamment à l'origine d'une des manifestations les plus spectaculaires de la création artistique nord-coréenne, les mouvements d'ensemble (appelés aussi spectacles de gymnastique de masse). A cet égard, le spectacle grandiose organisé à l'occasion du soixantième anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, le 9 septembre 2008, a été indéniablement l'un des points forts du voyage de la délégation franco-belge de l'AAFC et de Korea-is-One dans ce pays.

 



L'insertion de l'individu coréen dans un ensemble de cercles d'appartenance (la nation, l'entreprise et l'école) se manifeste déjà par l'importance des liens familiaux, réaffirmée lors des fêtes traditionnelles. A cet égard, chuseok, la fête des moissons, a lieu le quinzième jour du huitième mois lunaire. La fête des moissons est célébrée le jour même, la veille et le lendemain. A cette occasion, les Coréens se rendent sur les tombeaux de leurs ancêtres, comme la délégation franco-belge a pu l'observer au cimetière des patriotes martyrs. Jusqu'à quatre générations honorent alors leurs ancêtres, depuis les enfants jusqu'aux personnes âgées qui sont très respectées en Corée : en effet, la langue coréenne elle-même - dans sa grammaire et son vocabulaire - prévoit plusieurs façons de s'adresser aux autres, suivant un système de respect des plus anciens. La vitalité de la célébration de chuseok en RPD de Corée montre l'attention du gouvernement nord-coréen à inscrire la construction d'une société socialiste dans le respect des liens familiaux traditionnels, tout en corrigeant certains aspects - par exemple, par la promulgation dès 1946 d'une loi sur l'égalité des hommes et des femmes.

 


Les loisirs : sport et culture de masse

Dans ce contexte, les loisirs sont d'abord collectifs, en tenant compte des talents individuels de chacun, repérés dès le plus jeune âge. La délégation franco-belge a ainsi pu visiter le Palais des enfants de Pyongyang, où sont formés les élèves les plus doués dans chaque discipline artistique ou sportive. D'autres Palais des enfants existent dans l'ensemble de la RPD de Corée.

 


La réussite des sportifs nord-coréens aux Jeux olympiques de Pékin (rapportées à la puissance économique de la RPD de Corée, les performances de ses athlètes lui valent la
médaille d'or de l'efficacité !) est la traduction logique de cet attachement à développer les capacités artistiques et sportives. A cet égard, la délégation franco-belge se réjouit d'avoir pu rencontrer les deux médaillées d'or nord-coréennes aux JO de Pékin.

 

 

La culture de RPD de Corée reste toutefois largement méconnue en Occident, alors même que des manifestations comme celles organisées à l'occasion du concert donné par l'Orchestre philharmonique de New York à Pyongyang, en février 2008, ont donné la pleine mesure du talent des artistes coréens. Le cinéma offre une illustration de cette ignorance de la culture coréenne. Tandis que la délégation franco-belge quittait la Corée au moment où s'ouvrait le festival international du film de Pyongyang, l'AAFC a rencontré des responsables de la société KORFILM, en charge notamment de la commercialisation des films nord-coréens, afin d'envisager concrètement les modalités d'une coopération bilatérale autour de l'échange d'oeuvres françaises et coréennes.

Une société organisée, où l'éducation et la santé sont gratuites

Plus que dans toute autres société socialiste, la vie des Coréens est organisée pour faire face aux différents aléas de l'existence, incluant une formation scolaire, obligatoire, universelle et gratuite, pendant une durée de onze années, et un système complet de protection sociale (assurance maladie et assurance vieillesse, le chômage étant inexistant). Les impôts individuels ont été abolis, mais les salaires eux-mêmes ne couvrent qu'une partie des besoins de base, puisque le système public de distribution fournit l'essentiel de l'alimentation, des vêtements et des biens de consommation.

La délégation franco-belge de l'AAFC a toutefois pu constater
l'impact des difficultés économiques auxquelles est confrontée la RPD de Corée depuis 1990 : si la santé est gratuite, le manque de médicaments est une difficulté réelle. De nombreux biens de consommation sont importés de l'étranger, en particulier de Chine, et les pénuries d'énergie justifient la volonté de développer les sources d'énergies alternatives, aussi bien éolienne que nucléaire.

Dans ce contexte, l'AAFC a choisi de
renforcer tout particulièrement le système éducatif. Si 99% de la population est alphabétisée en RPD de Corée, le besoin de matériaux pédagogiques a justifié un don d'une valeur totale de 1.600 euros, remis en septembre 2008 à l'école secondaire n° 1 de Moranbong, avec laquelle est jumelée l'AAFC, pour l'achat notamment de matériel audio destiné à faciliter l'apprentissage des langues étrangères, ainsi que de matériel informatique. Cette action a été possible grâce à une campagne de solidarité : l'AAFC remercie toutes celles et tous ceux qui y ont participé.

Conclusion : quelle société coréenne à l'ère de la politique de songun ?

Pendant la "dure marche" des années 1990, la RPD de Corée a développé, sous l'impulsion du dirigeant Kim Jong-il, la politique de songun qui donne la priorité aux affaires militaires, dans un contexte où la disparition du bloc socialiste et la politique agressive des Etats-Unis, illustrée aujourd'hui encore par la guerre d'Irak, a justifié l'attention primordiale consacrée au maintien de la souveraineté nationale par une armée forte. L'accès de la RPD de Corée au club des puissances nucléaires, en octobre 2006, s'inscrit dans le cadre de cette politique d'autodéfense et d'une dissuasion "du faible au fort", compte tenu de la
superpuissance militaire américaine avec laquelle ne peut pas rivaliser l'armée nord-coréenne.

Quelles ont été les conséquences sur la société coréenne ? Si l'armée joue indéniablement un rôle de premier plan, en étant - à l'instar d'autres pays, comme Cuba et la Chine - à l'origine de nombreux grands travaux exercés par des travailleurs civils dans les pays occidentaux, l'émergence de marchés privés indépendants a créé un pôle économique privé. Les Nord-Coréens ont appris à compter aussi sur eux-mêmes, dans un contexte de retrait de la puissance publique, ce qui n'est pas non plus sans poser la question du nécessaire rétablissement des liens de solidarité sociale et nationale.

 

Photos :  Alain Noguès, AAFC

Voir aussi l'album du  voyage de septembre 2008

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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /Sep /2008 00:01

Après le voyage en septembre 2008 en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'une double délégation (de l'AAFC et de l'association d'amitié belge Korea-is-One), le premier volet du compte rendu de ce déplacement est consacré à l'économie nord-coréenne. Un choix qui s'imposait au regard de la priorité accordée par les autorités de la RPDC à la construction d'un pays prospère à l'horizon 2012.

 

Pour un pays prospère : tel est le titre du nouveau spectacle de gymnastique de masse créé à l'occasion du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée. De fait, le développement de l'économie est l'objectif clairement affiché des autorités de la RPDC, Pour les membres de la délégation de l'AAFC présents en septembre 2008 en Corée à l'occasion des grandioses cérémonies de célébration du soixantième anniversaire, le changement était spectaculaire par rapport à 2005, date du soixantième anniversaire de la Libération : les thèmes militaires, s'ils restaient présents, ont été dominés par la priorité accordée à l'économie.

 

Les changements sont visibles. Les grandes rues de la capitale ont été refaites à neuf, et des usines - comme l'usine de textile de Pyongyang, ou l'usine de confection de Sariwon - entièrement modernisées. Le boom de la construction se traduit par la reprise des travaux de grandes infrastructures un temps délaissées, comme l'hôtel Ryugyong. Les membres de la délégation franco-belge ont aussi pu constater que les employés chinois de la société Orascom utilisaient le téléphone portable pour communiquer entre eux à Pyongyang, confirmant ainsi la prochaine couverture de Pyongyang et des principales villes nord-coréennes par un réseau de téléphonie mobile 3G. Dans ce contexte, l'intérêt du groupe Lafarge pour la RPDC se justifie pleinement par le fort potentiel de développement économique de la Corée du Nord.

   

Une ouvrière de l'usine de textile de Pyongyang travaille sur une nouvelle machine, livrée en 2007,
 le 8 septembre 2008 (photo : AAFC)

 

Toutefois, sur le court terme, les graves pluies de l'été 2006, et surtout les inondations d'août-septembre 2007 (les pires en Corée du Nord depuis quarante ans), ont eu un impact humain et économique dramatique : selon la Banque centrale de Corée (du Sud), l'économie nord-coréenne a reculé de 1,1 % en 2006 et de 2,2 % en 2007. A cet égard, l'AAFC a pu constater - par rapport à 2006 - des problèmes plus aigus d'approvisionnement énergétique, tandis que la question des transports est clairement identifiée comme l'un des principaux freins au développement économique. Si une reprise semble s'amorcer en 2008, la structure économique reste extrêmement précaire.


Où en est donc, aujourd'hui, l'économie nord-coréenne ?


Socialisme et ouverture économique, le double visage de l'économie nord-coréenne actuelle

S'agissant des structures économiques, la RPDC présente un double visage.


D'une part, le degré de socialisation reste très élevé : les grands moyens de production sont intégralement publics ; le système public de distribution joue un rôle déterminant dans l'approvisionnement des Coréens en biens courants, tandis que l'éducation et la santé, entièrement publics, sont gratuits ; le montant des loyers, limité aux charges (eau, électricité, charges communes), reste largement en-deça du prix du marché.

 

D'autre part, les réformes économiques ont changé l'économie nord-coréenne : les prix et les salaires ont été libéralisés depuis 2002, parallèlement à la reconnaissance des marchés indépendants nés pendant la dure marche des années 1990 ; de fait, l'effondrement de l'économie entre 1990 et 1998, suite à la disparition des liens économiques - largement fondés sur le troc - avec l'URSS et des pays socialistes, conjuguée à des catastrophes naturelles sans précédent qui ont généré une grave prénurie alimentaire, a entraîné une désorganisation de l'Etat et l'essor de facto de l'économie privée. Celle-ci s'est révélée un adjuvant au maintien des circuits économiques et sociaux. Les réformes ont également des conséquences sociales néfastes, en accroissant les inégalités  : l'intensification de la circulation automobile à Pyongyang, dont l'AAFC a pu constater qu'elle avait plus que doublé par rapport à 2006, est à la fois un signe de vitalité économique, et l'indice de l'enrichissement d'une minorité d'entrepreneurs et de businessmen

 

Dans ce contexte, les autorités nord-coréennes ont fait appel aux investisseurs privés, en vue notamment d'assurer la modernisation de l'outil productif. En particulier, la délégation franco-belge a pu visiter la zone industrielle de Kaesong, au nord de la zone démilitarisée (DMZ), où des entreprises sud-coréennes emploient des ouvriers nord-coréens. Cette zone économique spéciale, symbole de la coopération intercoréenne, continue de se développer, en dépit du changement de politique à l'égard du Nord du président sud-coréen Lee Myung-bak, élu en décembre 2007.

 

Après avoir été reçue par un responsable de Hyundai Asan gestionnaire de la zone de Kaesong (cf. photo ci-dessous), la délégation franco-belge a visité quelques usines de Kaesong représentatives de la montée en puissance de la zone franche :

 

Benoît Quennedey, secrétaire général de l'AAFC, s'entretient avec un responsable de Hyundai Asan, sud-coréen, et sa collaboratrice, nord-coréenne, devant une maquette du complexe industriel de Kaesong, le 12 septembre 2008 (photo : AAFC)

 

- l'usine de confection de la marque ShinWon, dont la production est vendue au sud de la péninsule, emploie actuellement 890 ouvriers nord-coréens et dix cadres sud-coréens ; à terme, il est envisagé de quadrupler la capacité de production, les principales difficultés à résoudre étant d'ordre logistique ;


- inaugurée en juin 2008, l'entreprise Kaesong Uni (effectif : 572 employés, dont 560 Nord-Coréens et 12 Sud-Coréens) produit du polyuréthane et des accessoires pour automobiles, y compris des lampes et des prises de contact, vendus en Corée du sud (à 90 %, le solde étant exporté en Autriche) ; comme ShinWon, Kaesong Uni a insisté sur la qualité de la main-d'oeuvre nord-coréenne et sa capacité d'adaptation. Kaesong Uni prévoit aussi d'implanter une deuxième unité dans la zone industrielle d'ici la fin de l'année 2008

 

Usine de confection ShinWon, implantée dans la zone de Kaesong, le 12 septembre 2008 (photo : AAFC)

 

La sécurité alimentaire, une préoccupation majeure


La sécurité alimentaire reste une préoccupation majeure en Corée du Nord. La délégation franco-belge s'est rendue dans la ferme coopérative "du 3 mars" à Ontchon, située dans la province du Pyongan du Sud (côte ouest de la Corée), et avec laquelle est jumelée l' association belge Korea-is-One, ainsi que dans une ferme d'élevage d'autruches et dans une fromagerie des environs de Pyongyang. Les tentatives de diversification des productions agricoles, menées avec un certain succès s'agissant de la viande d'autruche (exportée) ou du fromage de chèvre (consommé localement), ne doivent pas occulter le fait que les terres arables ne représentent, en RPDC, que 15 % de la surface agricole totale et que le combat pour l'autosuffisance alimentaire a toujours existé. 

 

Fromagerie de Kubin, le 13 septembre 2008 (photo : Alain Noguès)

 

Les quelques données sur la production 2008, recueillies par l'AAFC, sont contradictoires. La reprise attendue en 2008, après les très mauvais chiffres de l'année 2007, n'est pas uniforme. A la fromagerie de Kubin (élevage caprin et fromage de chèvre), l'apport en engrais naturels permet une hausse continue de la production céréalière, selon les données qui nous ont été communiquées : 950 tonnes en 2005, 970 tonnes en 2006, 981,9 tonnes en 2007 et une prévision 2008 de 1100 tonnes, soit une hausse annuelle de 12%.  A la ferme d'Ontchon, la prévision de la récolte de céréales pour l'année 2008 est du même ordre de grandeur (3000 tonnes) qu'en 2007 (3020 tonnes), mais il convient de souligner que les paysans d'Ontchon étaient parvenus - en 2007 - à limiter la baisse de la production céréalière de 5 %, alors que la proportion des terres détruites par les inondations était estimée à au moins 11% dans l'ensemble de la Corée. La contre-performance de 2008 doit aussi s'analyser comme le contre-coup de la capacité, en 2007, à avoir maintenu un certain niveau de production, qui avait d'ailleurs bénéficié à tout le pays puisque la production et les besoins sont mutualisés.

 

Rizières de la ferme du Trois-Mars, à Ontchon, le 7 septembre 2008 (photo : AAFC)


En tout état de cause, la production totale de céréales en 2008, à l'échelle nationale, restera inférieure aux besoins. La production se serait élevée à 4,5 millions de tonnes en 2005, avant de tomber à 4 millions de tonnes en 2006 et environ 3 millions de tonnes en 2007, les besoins étant évalués entre 5,5 et 6 millions de tonnes. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), agence spécialisée des Nations-Unies, le déficit de production céréalière en 2008 s'élèverait à 1,5 million de tonnes : la récolte 2008 sera manifestement inférieure à celle de 2005, voire de 2006.


Une industrie en voie de modernisation, mais soumise à des goulots d'étranglement 

 

La structure économique de la RPDC est toutefois dominée par l'industrie (35 % du PIB) et les mines (10 %), alors que l'agriculture et les services représenteraient, respectivement, 30% et 25% du PIB. 

 

La modernisation de l'outil industriel avait déjà pu être constatée par l'AAFC, lors de son voyage de 2006, avec la visite de différentes usines :

 

- l'usine de bicyclettes de Pyongyang, construite en joint venture avec la Chine, et dont les coûts de production imbattables, inférieurs même à ceux de la Chine, offrent sans doute un des meilleurs rapports qualité-prix au monde ;  

 

- l'usine de verre ultra-moderne de Dae-an, construite également en partenariat avec la Chine ; 

 

- le Centre informatique de Pyongyang (Pyongyang Informatic Center, PIC), qui produit des jeux pour téléphones portables tout en maîtrisant les outils de conception et de dessin assistés par ordinateur, par exemple dans le secteur de l'architecture ; de fait, la priorité donnée à l'informatique s'est traduite par la formation actuelle d'étudiants nord-coréens en Inde et, demain, à Singapour ; 

 

- les studios de production de dessins animés SEK, largement tournés vers l'exportation, notamment vers la France : un représentant des studios SEK est d'ailleurs basé en permanence à Paris pour négocier de nouveaux contrats.

 

Le haut niveau de formation des travailleurs nord-coréens, dans un pays où 99% de la population est alphabétisée, les incitations fiscales à l'implantation d'entreprises étrangères et le riche potentiel minier de la RPDC (la valeur minière du sous-sol ayant été évaluée à 2000 milliards de dollars) constituent autant d'atouts industriels et miniers pour la RPD de Corée.

 

Lors du voyage de 2008, l'intérêt de l'AAFC s'est porté sur les secteurs traditionnels, comme le textile et la sidérurgie. Si la production métallurgique commence à redémarrer dans le berceau de l'industrie coréenne à Hamhung, malgré la pénurie d'énergie, la délégation franco-belge a pu constater de visu l'accent mis sur la modernisation du secteur textile. Créée en 1948 et modernisée en 2007, l'usine de textile de Pyongyang, équipée partiellement de nouvelles machines coréennes, a une capacité de production de 100 millions de mètres de tissu par an. Pour sa part, l'usine de confection Kyongam de Sariwon, située dans la province du Hwanghae du Nord, au sud de Pyongyang, a été inaugurée le 20 avril 1963 et était initialement spécialisée dans les serviettes de toilette. L'usine de Sariwon a réorienté sa production, parallèlement à un effort de modernisation des équipements conduit en 2002. Employant 600 personnes, l'usine produit 300.000 pièces de vêtement par an - notamment des gilets pour enfants et des vêtements d'hiver - destinés à l'exportation en Allemagne et pour le marché sud-coréen.

 

Usine de confection Kyongam, à Sariwon, le 11 septembre 2008 (photo : AAFC)

 

Toutefois, selon les indications fournies par les responsables des usines, les niveaux de production en 2007 de l'usine textile de Pyongyang et de l'usine de confection de Sariwon sont  restés globalement identiques à ceux de 2006. En effet, sans augmentation de la demande intérieure (dans le cas de l'usine Pyongyang) ou extérieure (pour Sariwon), la production n'a pas vocation à s'élever. De fait, nonobstant l'effort très significatif conduit pour moderniser l'outil productif, des goulots d'étranglement limitent l'essor industriel : l'approvisionnement en matières premières, la vétusté du réseau de transport, le manque d'énergie mais aussi les mesures de limitation des exportations. Si l'embargo américain ne concerne évidemment pas la Chine et d'autres pays, il a pour conséquence d'empêcher la fourniture de très nombreux produits considérés comme pouvant avoir un usage dual (civil ou limitaire) : la RPDC est ainsi obligée de s'approvisionner par des voies détournées, et à prix d'or, en tuyaux de différentes dimensions, pour contourner un embargo américain interprété de manière très extensive !

 

Conclusion : et la France?

 

Comme l'a souligné à de nombreuses reprises l'Association d'amitié franco-coréenne, notamment dans ses courriers à M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, l'absence de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée entrave les échanges économiques franco - nord-coréens. Pour preuve, au début des années 2000, le marché des radars nord-coréens de l'aéroport de Pyongyang avait été attribué dans un premier temps à une entreprise française... avant d'échoir finalement à un concurrent italien, pour répondre à une demande des autorités italiennes qui souhaitaient une contrepartie à l'établissement de relations diplomatiques entre l'Italie et la RPDC. Aujourd'hui, la France est - avec l'Estonie - le dernier pays de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPDC, et rien ne semble indiquer une fin de cette "exception française" préjudiciable aux intérêts économiques de notre pays.

 

Vis-à-vis de la Corée du Nord, la diplomatie française a fait le choix du déclin, contrairement à d'autres Etats - au premier rang desquels l'Allemagne et le Royaume-Uni - dont les investisseurs ont depuis longtemps compris les opportunités à se positionner sur l'un des futurs marchés émergents de l'Asie.

 

Pour sa part, malgré les difficultés, l'AAFC, conformément à ses statuts, continue d'encourager la coopération franco-coréenne dans tous les domaines, y compris économique, en se tenant à la disposition des entreprises françaises interessées pour leur fournir des informations sur l'économie nord-coréenne, prendre des contacts avec les groupes nord-coréens ou entrer en contact avec la délégation commerciale de la RPD de Corée en France.

 

L'AAFC entend également les critiques de tous ceux qui craignent que cet encouragement à l'investissement étranger ne modifie profondément les rapports de production et les rapports de classe en RPDC. A cet égard, l'AAFC souhaite rappeler les exemples de la Nouvelle économie politique (NEP) mise en oeuvre à partir de 1921 en Union soviétique, ou encore des réformes économiques conduites à Cuba après 1990 : l'ouverture temporaire au capital étranger peut être une réponse appropriée à une situation donnée, alors que la RPDC souffre cruellement d'un manque de devises et doit moderniser son économie. L'AAFC est par ailleurs prête à encourager des formes innovantes de coopération, par exemple sur une base coopérative, tout en accordant une attention privilégiée aux conditions de travail et de lutte des travailleurs coréens.

 

Tel est notamment, selon nous, une des motivations de l'offensive diplomatique récente de la RPDC vis-à-vis d'autres Etats en développement : la mise en place d'accords de coopération ciblés, sur des bases équitables (par exemple, la coopération agricole avec l'Ethiopie, dans le secteur de la construction avec l'Iran et la Namibie, ou la formation d'informaticiens à Singapour), témoigne de la volonté de relations équilibrées entre pays du Sud, indépendamment des capitaux des pays riches. Recherchant sa propre voie vers le développement, la République populaire démocratique de Corée entend rester fidèle aux principes d'autonomie, d'indépendance et de souveraineté à la base des idées du juche, le socialisme coréen.

 

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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 19:47

Le 19 septembre 2008, la délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne est revenue de Pékin où elle a séjourné quelques jours après sa visite en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 4 au 16 septembre, à l'occasion notamment des manifestations marquant le soixantième anniversaire de la fondation de la RPDC. En Corée, les neuf membres de la délégation de l'AAFC étaient accompagnés par quatre membres de l'association belge Korea-is-One, soit une délégation "européenne" de treize membres, un nombre qui semble avoir porté chance au regard du programme très riche de cette visite.

 

Jeudi 4 septembre après-midi : arrivée à Pyongyang par le vol Air Koryo JS 252



Vendredi 5 septembre

  • matin : studios de cinéma de Pyongyang

  • après midi : Palais des Etudes du peuple ; brasserie Taedonggang

  • soir : spectacle de gymnastique de masse Arirang au stade du Premier-Mai



Samedi 6 septembre

  • matin : pavillons consacrés à l'industrie et à l'espace de l'Exposition des Trois révolutions ; élevage d'autruches

  • après-midi : maison natale du président Kim Il-sung, dans l'arrondissement de Mangyondae ; navire-espion USS Pueblo arraisonné en 1968 ; métro de Pyongyang (stations Puhung, Yonggwang, Ponghwa et Sungni)



Dimanche 7 septembre

  • matin : Palais-mémorial de Kumsusan

  • après-midi : départ pour la ferme "du 3 mars" à Ontchon, Pyongan du Sud, jumelée avec l'association belge Korea-is-One ; barrage de la mer de l'Ouest ; retour à Pyongyang

 


Lundi 8 septembre

  • matin : Académie médicale et scientifique Koryo ; usine textile de Pyongyang

  • après-midi : spectacle de gymnastique de masse Prosper the Motherland ! au stade du Premier-Mai

 


Mardi 9 septembre

  • matin : Tour aux idées du Juche ; exposition florale ; Grand monument de Mansudae

  • après-midi et soirée : célébrations du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (défilé, retraite aux flambeaux sur la place Kim Il-sung)



Mercredi 10 septembre

  • matin : participation à un rassemblement de solidarité avec la lutte du peuple coréen en faveur de l'application de la Déclaration commune du 15 juin 2000 et de la Déclaration du 4 octobre 2007

  • après-midi : spectacle au Palais des Enfants et des Elèves de Pyongyang ; Arc de triomphe

 


Jeudi 11 septembre

  • matin : départ pour Sariwon, Hwanghae du Nord ; arrêt à Sinchon, Hwanghae du Sud, lieu de massacres commis par les troupes américaines entre octobre et décembre 1950

  • après-midi : hôpital provincial de Sariwon ; usine textile ; parc d'agrément du mont Kyongam



Vendredi 12 septembre

  • matin : départ pour Kaesong ; visite de Panmunjon, dans la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux Corée

  • après-midi : zone industrielle de Kaesong, symbole de la coopération économique intercoréenne ; retour à Pyongyang



Samedi 13 septembre

  • matin : parc du mont Ryongak ; rencontre avec Pak Hyon-suk et Hong Un-jong, médaillées d'or aux Jeux olympiques de Pékin

  • après-midi : ferme coopérative Kubin, arrondissement de Kangdong ; remise du matériel audio offert par l'AAFC à l'école secondaire N°1 de Moranbong



Dimanche 14 septembre

  • matin : cimetière des martyrs de la lutte anti-japonaise ; Monument à la fondation du Parti du travail de Corée ; exposition philatélique

  • après-midi : tombeau du roi Tongmyong ; Monument aux Trois chartes pour la réunification de la patrie ; rencontre avec un responsable la Korea Stamp Corporation ; rencontre avec un responsable de KORFILM (société d'exportation et d'importation cinématographique de Corée)



Lundi 15 septembre

  • matin : rencontre avec les professeurs et étudiants du département de français de l'Université des Langues étrangères ; Palais du Taekwon-do

  • après-midi : rencontre avec les professeurs du département de français de l'Université Kim Il-sung ; Université de technologie Kim Chaek


Mardi 16 septembre matin : départ pour Pékin par le vol Air Koryo JS 151

 

L'Association d'amitié franco-coréenne tient encore à remercier son association homologue de la RPD de Corée, l'Association d'amitié Corée-France, pour ses efforts et la richesse et la variété du programme qu'elle a préparée. Toutes les visites et rencontres, les choses vues et entendues en Corée pendant ces douze jours  serviront à  nourrir les analyses et à guider les actions de l'AAFC au cours des mois à venir. 

 

Déjà, une réunion de  compte rendu est prévue le mardi 7 octobre au restaurant Go Ryo, 24, rue Richer, 75009  Paris, de 18h30 à 20h00 (entrée libre). Cette réunion sera suivie à 20h00 d'un repas coréen (prix : 22 €, dont 5 € reversés à la ferme d'Ontchon). Compte tenu du nombre limité de places, il convient impérativement de nous indiquer (amitiefrancecoree@gmail.com) si vous souhaitez assister à la réunion et/ou au repas qui suivra, en envoyant votre chèque à l'ordre de l'AAFC à : Association d'amitié franco-coréenne - C/O CILRECO - 119, rue Jean Jaurès - 92320 Châtillon France.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Voyages
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 08:00

Le 2 septembre, une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne s'est envolée pour la Chine. La délégation de l'AAFC visitera ensuite la République populaire démocratique de Corée pendant douze jours. Elle assistera aux manifestations du soixantième anniversaire de la fondation du pays et témoignera de sa solidarité avec le peuple coréen.


Après les voyages en Corée de l'AAFC en 2005 et 2006, le déplacement de cette année a deux objectifs principaux : assister aux manifestations célébrant le soixantièrme anniversaire de la fondation de la RPD de Corée  et, à cette occasion, témoigner de notre solidarité avec le peuple coréen par des actes concrets, par exemple en offrant du matériel pédagoqique à l'Ecole secondaire numéro 1 de Moranbong, à Pyongyang, établissement scolaire avec lequel l'AAFC est jumelée Ce matériel, informatique notamment, pourra être offert  grâce aux dons recueillis au cours des diverses manifestations de solidarité organisées ces derniers mois par l'AAFC.


Cette année, la délégation de l'AAFC rassemble neuf personnes de toutes les générations (de 21 à 78 ans), anciens et nouveaux adhérents, venus de divers horizons socio-professionnels. Certains visitent la République populaire démocratique de Corée pour la première fois et ont  décidé d'aller voir par eux-mêmes ce fameux "pays ermite" trop souvent vilipendé dans les reportages à sensation. Car, selon le vieil adage coréen, "il vaut mieux voir une fois qu'entendre cent fois..."


Arrivée à Pékin le 3 septembre, la délégation de l'AAFC reprend dès le lendemain l'avion pour Pyongyang, capitale de la RPD de Corée.

En plus d'assister aux manifestations du soixantième anniversaire qui culmineront le 9 septembre, nous visiterons les principaux hauts lieux de la capitale coréenne (Grand monument de Mansudae, Tour aux  idées du Juche, Arc de Triomphe, Monument aux 3 Chartes de la Réunification...).


Nous aurons aussi l'occasion d'approcher au plus près la vie sociale et économique du pays en visitant des centres de production, des hôpitaux et des écoles. La visite d'établissements tels que l'Université Kim Il-sung et l'Université des langues étrangères nous permettra de rencontrer des professeurs et étudiants en français et de les remercier pour leurs efforts. En effet, l'apprentissage de notre langue décline en Corée depuis plusieurs années, et l'AAFC a déjà alerté le Président de la République sur cette évolution inquiétante pour la francophonie dans cette partie du monde.

 

Des déplacements en province sont également prévus : barrage de la mer de l'Ouest, visite de la ferme  "du 3 mars" à Ontchon (ouest), avec laquelle est jumelée l'association homologue belge Korea is One, également présente en Corée cette année, Panmunjon et la zone démilitarisée, symbole de la division de la Corée et de son peuple...


A ce programme, non exhaustif, il faut bien sûr ajouter le spectacle Arirang, le plus grand spectacle vivant du monde (homologué par le Livre Guinness des records en août 2007), réunissant des dizaines de milliers de participants dans le stade du Premier-Mai.


La délégation de l'AAFC regagnera Pékin le 16 septembre, puis Paris le 19. Le blog de l'Association d'amitié franco-coréenne rendra compte du voyage et d'autres rencontres-débats sont prévues. Pour en savoir plus, rendez-vous à partir du 19 septembre !

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Voyages
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