Société

Lundi 21 avril 2014 1 21 /04 /Avr /2014 22:15

Alors que le bilan du dramatique naufrage du ferry Sewol (300 morts et disparus) s’alourdit au fur et à mesure que sont retrouvés les corps des victimes, les graves négligences commises par l’équipage ont conduit à l’arrestation non seulement du capitaine (qualifié de « meurtrier » par la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye) et de plusieurs autres membres d’équipage, mais aussi à la mise en cause de la compagnie maritime Chonghaejin propriétaire du navire. Les premiers actionnaires de Chonghaejin ne sont autres que les deux fils du photographe et homme d’affaires Ahae, qui a fait irruption au premier plan des expositions publiques parisiennes en mai 2012 à coups de millions, par ailleurs pasteur évangélique et membre d’un groupe religieux dont 33 membres sont morts dans des conditions non élucidées en 1987.


Lorsque les propriétaires de la compagnie Chonghaejin sont apparus dans les médias au lendemain du naufrage du Sewol, ils se sont excusés non seulement pour avoir commis une faute gravissime, mais aussi pour avoir « péché ». Le ton était donné : la compagnie maritime fait partie de l’empire économique du protestant évangéliste Yoo Byeong-eon, Sud-Coréen né au Japon en 1941 et qui est également le photographe Ahae – apparu soudainement sur la scène artistique parisienne en autofinançant la mise en scène de son talent – contesté – au sein d’institutions aussi prestigieuses que le musée du Louvre et le château de Versailles.


Le premier actionnaire (via différentes sociétés) de Chonghaejin (à hauteur de 39 % au total, répartis à parts égales) sont les frères Yoo (l’aîné Yoo Dae-kyun et le cadet Yoo Hyuk-ki), suivis du président de la compagnie Kim Han-sik (11,6 %, photo ci-dessous). Alors que l’enquête est en cours, ils sont interdits de sortie du territoire coréen. Des documents et des contenus informatiques ont été saisis au siège de la compagnie, qui avait affiché récemment des pertes sur la liaison Incheon-Jeju où a eu lieu le naufrage.


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Les frères Yoo sont les fils de Yoo Byeong-eon (dont la femme, Kim Hye-kyung, possède par ailleurs 6 % du capital de la société), décrit par le journal sud-coréen de langue anglaise The Korea Herald comme « le prêtre d’un culte religieux souterrain ayant des liens étroits avec l’ancien président Chun Doo-hwan [NdT : général ayant dirigé la junte au pouvoir à Séoul entre 1980 et 1988], et qui a dirigé une compagnie de ferrys sur le fleuve Han avant sa banqueroute » en 1987. Par ailleurs, « Yoo était l’un des principaux suspects interrogés dans le cadre d’un incident survenu en 1987, suite à la découverte des corps sans vie de plus de 30 personnes appartenant à un groupe religieux auquel appartenait Yoo » (plus exactement, 33 personnes, retrouvées dans une usine de Yongin, dans la province de Gyeonggi, à près de 80 km au sud de Séoul, et dont il n’a jamais été éclairci si elles s’étaient suicidées ou s’il s’agissait d’un meurtre). Dans le cadre de l’enquête qui avait suivi, Yoo Byeong-eon avait été condamné en 1992 à quatre ans de prison pour fraude, dans le cadre de prêts « liés principalement à des activités illégales relevant du crime organisé », selon The Korea Herald.

   
silhouette1-copie-1.jpgYoo Byeong-on est bien connu du public français, mais sous son nom d’artiste Ahae, comme l’a indiqué – après d’autres médias coréens – le site Louvre pour tous : l’homme, qui a été exposé aux Tuileries et à Versailles pour avoir photographié la nature depuis sa fenêtre (2,6 millions d’images en 4 ans !), ne donne aucun entretien et ne se laisse pas voir par quiconque, mais donne des éléments de biographie (inventeur, hommes d’affaires) qui ne laissent guère de doutes sur sa véritable identité. Les écrits religieux de Yoo Byeong-ho sont, eux, commercialisés par Evangelical Media Group, qui a son siège new yorkais dans le même bâtiment qu’Ahae Press. Yoo Byeong-on préside le conseil d’administration (CA) de Highland Springs Resort (dont dépend 123 Farm, dont le président du CA est Ahae) et qui possède une maison d’édition, un hôtel et un centre de conférences… Dans l’évangélisme baptiste dont se revendique le pasteur Yoo, business et religion font bon ménage. Et son œuvre photographique exposée en France ne permet-elle pas de « célébre[r] Dieu le créateur », comme l’a clamé son exposant Milan Knizak ? Si l’homme n’était pas un milliardaire, il y a de forts doutes que ses clichés jugés conventionnels n’auraient guère attiré l’intérêt des plus prestigieuses institutions publiques françaises, apparemment ignorantes ou sinon peu gênées de savoir qui est Ahae et d’où provient son argent – car Ahae a aussi fait gagner de l’argent à des communicants, des scénographes de renom (Guy Oliver, Charles Matz), des musiciens (Michael Nyman)…


Un mois avant la première exposition publique Ahae à Paris, la société Ahae Press Inc. avait acheté aux enchères – pour 520.000 euros – le hameau de Courbefy, en Haute-Vienne, qui était abandonné, en vue officiellement d’y mener un projet « environnemental, artistique et culturel » (photo ci-dessous). Ahae ne s’était jamais rendu sur place. Après l’exposition au jardin des Tuileries (qui dépend administrativement du Louvre), Ahae fit un don de 1,1 million d’euros à l’établissement public du Louvre. Puis ce fut la location d’espaces au château de Versailles, à un prix non rendu public…mais le mécénat par Ahae pour la recréation du Théâtre-d’Eau a un coût qui lui est connu, et qui s’élève à 1,4 million d’euros.


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La communication de ces opérations – et donnant lieu à une importante production de produits dérivés – a été largement assurée par son fils Yoo Hyuk-ki (nom anglais : Keith H. Yoo) qui, toujours selon l’article de Bernard Hasquenoph publié le 29 août 2013 sur le site « Louvre pour tous », se serait alors installé depuis peu à Paris… après avoir organisé la première exposition Ahae à New York, en 2011, sous couvert d’un organisme de recherche scientifique qu’il préside faisant la promotion du thé vert (une des autres affaires de l’empire Yoo Byeong-on, qui se revendique aussi philanthrope et écologiste, est la marque « Tea of teas »).


Faut-il le rappeler : Yoo Hyuk-ki est l’un des actionnaires de Chonghaejin, aujourd’hui interdit de sortie du territoire coréen suite au drame du Sewol. Dans la mesure où les largesses du groupe ont financé et continuent de financer de prestigieux établissements culturels français, il y a lieu de s’interroger sur le bien-fondé de tels financements et de leur poursuite, après le désastre survenu aux larges des côtes coréennes. Car imagine-t-on qu’une société responsable du drame de Furiani – comparable à celui du Sewol – soit l’un des mécènes du château de Versailles ?


Sources : AAFC, Korea JoongAng Daily (article de Kim Jung-yoon : « Offices of Sewol owner searched »), The Korea Herald (article de Park Hyong-ki : « Key suspects revealed in deadly Sewol sinking »), site Louvre pour tous (Bernard Hasquenoph, « Ahae à Versailles : le privilège de l’argent »).

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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 19:17

Après le dramatique naufrage du ferry Sewol, le 16 avril 2014, la République de Corée (Corée du Sud) a décrété un deuil national. Alors que le bilan provisoire fait état de 33 morts, les difficiles conditions dans lesquelles se poursuivent les opérations de sauvetage font craindre le pire pour les 269 passagers toujours portés disparus. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) présente ses condoléances aux familles des victimes, dans un contexte où la douleur le dispute à la colère après l'arrestation du capitaine du navire - qui avait fui le navire - et de deux autres membres de l'équipage. Par son ampleur, le drame du Sewol n'aurait-il pas dû - n'aurait-il pas pu - être évité ?

seeking sewol ferry korea

 

Depuis le naufrage du Sewol mercredi, la Corée du Sud observe un deuil à la hauteur du drame vécu par les victimes, majoritairement des lycéens du lycée d'Anwon à Ansan, et leurs familles : les manifestations festives ont été annulées, à la télévision des images de la tragédie ont remplacé les émissions de divertissement et la campagne des élections locales a été suspendue.Tout un pays retient son souffle, dans l'espoir de retrouver des survivants. Certains naufragés n'ont-ils pas adressé des SMS à leurs familles et à leurs proches, pour dire qu'ils se sont réfugiés dans les pièces étanches les plus larges du navire ?

Au choc de la douleur s'ajoute la colère : au moment du naufrage, le capitaine, Lee Joon-seok, n'était pas à la barre. L'ordre alors donné aux passagers de rester immobiles était manifestement une erreur, les témoignages des survivants indiquant que ce sont ceux qui ont désobéi qui ont pu quitter le ferry, quand les autres  passagers se sont retrouvés pris au piège avant que le bateau ne se retourne. Le capitaine et les membres d'équipage, eux, ont fui rapidement. Lee Joon-seok et autres deux membres d'équipage ont été arrêtés.

Le capitaine a déclaré que l'absence d'autres embarcations à proximité, les courants violents et l'eau froide faisaient alors craindre des risques accrus en cas d'évacuation en désordre, sans gilet de sauvetage... L'enquête s'annonce difficile, les causes même du naufrage n'étant pas claires : y a-t-il eu une erreur de navigation ? Le ferry de la compagnie Chonghaejin avait 20 ans.

Les conditions de sauvetage font également débat : comment la Corée du Sud, 4e pays au monde pour le nombre de brevets, membre de l'OCDE et du G20, n'est-elle apparemment pas en mesure de mettre en oeuvre un dispositif de secours optimal ? Les autres grands pays industrialisés disposent de plans de secours pour parer à de telles catastrophes. A la décharge des équipes de secours, les conditions météo très difficiles et une visibilité quasi-nulle ont empêché les équipes de plongeurs de pénétrer dans l'épave. Ses membres ont insufflé de l'air dans certaines parties du bateau.
   
Les survivants, rescapés dans les premières heures ayant suivi le drame, sont en état de choc. Parmi eux, Kang Min-kyu, proviseur adjoint du lycée d'Anwon a été retrouvé pendu vendredi. Selon les médias coréens, il aurait indiqué, dans une lettre retrouvé dans son portefeuille : "Survivre seul est trop difficile... J'endosse toute la responsabilité".


Dans un dévouement héroïque, plusieurs enseignants du lycée d'Anwon ont aidé les élèves qu'ils accompagnaient à s'extraire du navire, au péril de leur propre vie. Nam Yun-cheol, Ko Chang-seok, Lee Hae-bong... sont aujourd'hui portés disparus. Leur courage et leur sacrifice, qui se fondent sur la culture coréenne dans laquelle les plus forts et les plus âgés doivent secourir les plus faibles et les plus jeunes, force le respect. Ne les oublions jamais.

Sources :

- Hankyoreh, Kim Ki-seong et Hong Seok-jae, "Students saved by their taechers, who are now missing", 18 avril 2014 ;

- Le Monde, service international : "La Corée du Sud en état de choc après le naufrage du ferry Sewol ", article publié dans l'édition des dimanche 20 avril et lundi 21 avril 2014, p. 3 ;

- RFI, "Naufrage du Sewol : la Corée du Sud pleure ses morts et ses disparus", 19 avril 2014 : 
 ;

 - Shanghai Daily, 19 avril 2014.

 

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Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 09:04

Le mercredi 16 avril 2014 au matin, le ferry Sewol, qui était parti d'Incheon pour l'île de Jeju, a fait naufrage au Sud des côtes coréennes. Alors que les opérations de sauvetage, toujours en cours, avaient permis de secourir une partie seulement des 475 passagers et personnels d'équipage - pour la plupart lycéens - on déplorait 4 morts et 284 autres passagers restaient portés disparus, selon un bilan provisoire. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) exprime son entière solidarité avec les naufragés et leurs familles, au lendemain de l'une des pires catastrophes maritimes de l'histoire récente du pays.

Les images du navire de 6.825 tonnes sont spectaculaires : sur les unes, le ferry est penché à un angle de 45 degrés, le nez dans l'eau, surmonté par des hélicoptères ; sur d'autres, il a pratiquement entièrement sombré, seule la partie arrière restant visible. Le Sewol comptait à son bord 475 passagers, dont 325 lycéens du lycée Danwon, à Ansan, au sud de Séoul. Le Sewol avait envoyé un signal de détresse à 9 h heure locale (1 h heure française). Les autorités sud-coréennes ont mobilisé pour les secours au moins 8 hélicoptères et 34 navires, marchands ou militaires, ainsi que les équipes de gardes-côtes.

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Selon les premiers témoignages des rescapés, alors que les opérations de sauvetage restaient en cours à l'heure où nous publiions cet article, un grand choc (de collision avec les fonds sous-marins ?) a été entendu et des consignes ont été données aux passages de rester assis ou de s'agripper à quelque chose - alors que le navire commençait à tanguer.

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Le bilan provisoire de ce dramatique naufrage (4 morts) pourrait encore s'alourdir, puisqu'une partie des passagers auraient pu ne pas quitter la cafétéria et les salles de jeux, situées dans la partie basse du ferry. Une femmes de l'équipage, âgée de 27 ans, a été retrouvée morte dans l'eau. Une autre victime, de sexe masculin, est décédée à lors de son traitement à l'hôpital.

Les lycées d'Ansan à bord du Sewol devaient arriver dans la splendide île naturelle de Jeju le mercredi, pour y rester quatre jours. Le départ d'Incheon, le mardi soir, avait été retardé de deux heures à cause du brouillard. Le ferry transportait par ailleurs 150 voitures et camions.

Sources : AFP (sur le site du Figaro), et Choe Sang-hun (article du New York Times, dont photos).

Mise à jour le 17 avril à 00:05 : nous avons modifié les données initiales de cet article concernant le nombre de passagers, de victimes et de personnes portées disparues, ces premières informations - reprises dans la presse coréenne et internationale - s'étant avérées erronées. Nous présentons toutes nos excuses à nos lecteurs pour avoir ces erreurs qui dressaient un bilan provisoire hélas moins dramatique. Sur les dernières données, source : Yonhap.

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Mardi 18 mars 2014 2 18 /03 /Mars /2014 16:47

Le SIDA reste une maladie encore trop largement ignorée en République de Corée (Corée du Sud). Pourtant, en 2011, il était estimé que la maladie touchait 9.500 Sud-Coréens. Chaque année, 500 Sud-Coréens meurent du SIDA. Dans ce contexte, et alors que l'espérance de vie augmente pour les malades, le manque de structures hospitalières adaptées pose un problème préoccupant de santé publique, comme le souligne l'article du quotidien sud-coréen Hankyoreh, écrit par Kim Hyo-sil, que nous avons traduit ci-après de l'anglais. Intitulé "Les malades du SIDA n'ont nulle part où aller", l'article montre une situation préoccupante, après le retrait de l'habilitation administrative qui était accordée au seul établissement qui pouvait accueillir des malades en long séjour, suite à une enquête sur les mauvais traitements subis par les patients. Les discriminations sociales contre les malades du SIDA, et les carences de l'action gouvernementale, apparaissent aussi de manière criante.  

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Son fils est alité depuis plus de deux ans. Le SIDA et des maladies mentales qui lui sont associées ont rendu cet homme de 44 ans incapable de se déplacer par lui-même. Elle, une femme de 73 ans que nous appellerons Kim, a obtenu en 2011 qu'il soit admis dans le sanatorium Sudong Yonsei à Namyangju, dans la province de Gyeonggi. Elle s'est inquiétée de certains des actes du personnel hospitalier - quand ils n'ont pas coupé régulièrement ses ongles de pied et de main, ou lorsque leur seule réponse à de fortes fièvres et à d'autres moments critiques a été la prière. Mais elle n'était pas en mesure de se plaindre. Les traitements sont moins coûteux dans cet hôpital qui reçoit environ 240 millions de won (224.000 dollars américains) chaque année du Gouvernement pour le soutien médical aux patients atteints du SIDA. Kim elle-même souffre de diabète et d'hypertension et elle doit s'occuper de sa mère de 91 ans, c'est pourquoi chaque sou compte pour elle.    

 

Le problème est apparu le mois dernier, quand le  sanatorium lui a demandé de prendre une décision : soit payer 500.000 won supplémentaires (467 dollars) en frais d'infirmerie, soit prendre son fils chez elle.

 

Elle nous a parlé en ces termes : "J'ai connu des moments difficiles, et j'ai dû joindre les deux bouts pour aider le commerce d'un membre de ma fratrie. Maintenant le commerce est sur le point de fermer. Je n'ai pas d'argent, mais je ne peux pas dire à mon fils que je ne paierai pas pour ses soins car je suis inquiète des conséquences que cela aura sur lui. Mais il n'y a nulle part ailleurs où je peux l'emmener".  

 

Kim n'est pas la seule dans son cas. Quelque 40 patients atteints du SIDA au sanatorium, avec leurs familles, sont dans l'angoisse quant à l'endroit où ils devront ensuite aller.

 

En 2009, l'hôpital était devenu le seul centre du pays pour l'accueil en long séjour des malades du SIDA. L'an dernier, les groupes de défense des droits de l'homme ont porté plainte pour abus sexuels et méconnaissance des droits des patients. En décembre, après une enquête, le Gouvernement a décidé de retirer l'habilitation de l'hôpital. Puis le Centre coréen pour la prévention et le contrôle des maladies (acronyme anglais : KCDC) a décidé, en conséquence, de retirer son soutien.

 

Le problème maintenant est que, au cours des deux derniers mois, le Gouvernement n'a pas défini de projet pour prendre le relais. Il a apporté un soutien pour les soins d'infirmerie en janvier et en février, mais cette aide est maintenant appelée à s'arrêter définitivement. Pendant ce temps, aucune nouvelle structure hospitalière n'a reçu l'habilitation d'accueillir en long séjour les patients souffrant du SIDA.

 

"Chaque fois que les patients se retrouvent, tout ce qu'ils se disent est "Où allons-nous aller maintenant ?", nous a dit Lee, qui était hospitalisé jusqu'à une date récente. "Aucun d'entre eux n'a de ressources, ils n'ont rien de stable dans leur vie. Ils ont peur de la mort".

 

A la fin du mois dernier, quand Lee a été hospitalisé au Centre médical national (CMN) après des blessures consécutives à une chute, le sanatorium l'a fait partir et a envoyé ses affaires au CMN. Lee survit aujourd'hui avec les remboursements de base de la sécurité sociale.

 

L'explication du Gouvernement est qu'il est difficile de désigner un nouveau centre de soins, en raison des préjugés sociaux sur le SIDA.

 

"Nous examinons de nouvelles conditions de prise en charge depuis la fin de l'année dernière", nous a déclaré une source au KCDC sous couvert d'anonymat. "Nous sommes actuellement en discussions, mais elles n'aboutissent pas en raison du refus des autres patients". 

 

Les experts sont d'avis que le Gouvernement devraient travailler sur un plan plus systématique de soins à long terme pour les patients, ne serait-ce que pour gérer la maladie.

 

"Les progrès depuis plus de 50 ans dans le traitement du SIDA ont permis d'améliorer l'espérance de vie des patients", nous a déclaré Shin Hyung-shik, qui dirige le centre des maladies infectieuses du CMN. "Avec de plus en plus de patients plus âgés, il y a un besoin accru de soins à long terme".

"Les patients atteints du SIDA pourraient être hospitalisés avec les autres patients sans presque aucun risque de contagion", a ajouté Shin. "Je pense qu'ils subissent un préjudice du seul fait de manque de personne médical formé pour leur traitement".

Source : Hankyoreh (dont photo). Traduction AAFC-SB.
 

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Mercredi 5 mars 2014 3 05 /03 /Mars /2014 01:56

pyongyang_restaurant_djakarta.JPGConnaissez-vous la chaîne de restaurants de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) "Pyongyang" ? En 2013, elle était constituée de quelque soixante établissements de par le monde, en dehors de la péninsule coréenne, et représentait assurément l'un des principaux investissements à l'étranger de la RPD de Corée, tout en étant d'abord une fenêtre ouverte sur la culture et la société nord-coréennes.
   
C'est aujourd'hui encore en Chine, où ils sont apparus en premier, que les restaurants nord-coréens sont les plus nombreux, avec 40 établissements situés notamment à Pékin, Shanghaï et Dandong. Puis des restaurants gérés par la RPDC ont ouvert leurs portes au Cambodge, à Siem Reap, près des temples d'Angkor, en 2002, puis à Phnom Penh en 2003. En 2013, on comptait ainsi 5 restaurants nord-coréens au Cambodge.

Toujours en Asie de l'Est, on retrouve des restaurants nord-coréens au Vietnam (5 établissements), et au Laos, en Birmanie, en Malaisie et en Indonésie (1 établissement dans la capitale de chacun de ces pays, photo en haut à gauche : restaurant "Pyongyang" à Djakarta, source). Dans le sous-continent indien, un restaurant nord-coréen a ouvert ses portes à Katmandou, au Népal. Enfin, Dubaï, dans les Emirats arabes unis, abrite également un établissement culinaire de la RPD de Corée. En Asie du Nord-Est, on retrouve des restaurants nord-coréens à Oulan-Bator, en Mongolie, et à Vladivostock, dans l'Extrême-orient russe.

 

Les établissements proposent non seulement des plats culinaires propres à toute la Corée, comme le bibimbap et le bulgogi, mais aussi des mets spécialisés du Nord, comme les nouilles froides.

Il n'y a pas encore d'établissement de la chaîne "Pyongyang" en Europe, mais des projets en ce sens, menés en commun avec des investisseurs occidentaux, recevraient certainement un accueil favorable des ambassades et délégations nord-coréennes présentes sur le "vieux continent".

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Jeudi 23 janvier 2014 4 23 /01 /Jan /2014 19:10

Mgr-Andre-Yeom-Soo-jung.jpgLe dimanche 12 janvier 2014, le pape François a annoncé la tenue d’un consistoire où seront créés 19 cardinaux, parmi lesquels 16 pourront voter au prochain conclave. C'est ainsi que l'on apprend la création de Mgr André Yeom Soo-jung. C'est la troisième fois, dans l’histoire, qu'un archevêque de Séoul est créé cardinal par le pape.

La première fois, ce fut par Paul VI, en 1969, qui créa cardinal Mgr Stéphane Kim Sou-hwan, archevêque de Séoul depuis 1968 et dont l’épiscopat dura trente ans. La deuxième fois, Mgr Nicolas Cheong Jin-suk, qui succéda au cardinal Stéphane Kim Sou-hwan sur le siège de Séoul en 1998, fut créé cardinal par le pape Benoit XVI en 2006. Le 10 mai 2012, il fut remplacé par l’actuel archevêque de Séoul, Mgr André Yeom Soo-jung, également nommé par Benoît XVI.

On peut dire que tous les archevêques de Séoul sont créés cardinaux ; l’attribution de la pourpre cardinalice est systématique depuis 1969. Séoul est donc un siège dont le titulaire est traditionnellement créé cardinal au même titre que celui de Londres, de Milan, de Paris ou de Prague. Mais au-delà, il s’agit aussi pour le Saint-Siège de tenir compte de la vitalité de l’Église sud-coréenne, dont le dynamisme est significatif depuis plusieurs décennies. Elle constitue l’un des piliers de la société sud-coréenne.

L’Église sud-coréenne joue un grand rôle sur la scène publique. Jusque dans les années 1960, les catholiques, encore peu nombreux, étaient assez discrets. Mais la proximité des communautés protestantes avec le pouvoir et son embarrassant allié américain ont conduit les catholiques à jouer un rôle de conscience critique face à un système politique verrouillant la souveraineté de la Corée du Sud. L’Église n’a pas hésité à s’opposer aux autorités. À titre d’exemple, dans les années 1970 et 1980, la cathédrale Myeong-dong, cathédrale de l’archidiocèse de Séoul, est ainsi devenue un lieu de convergence pour le mouvement démocratique et la défense des libertés publiques en Corée du Sud. La relative libéralisation du régime de Séoul à la fin des années 1980 est à attribuer en partie à l’Église catholique.

Par ailleurs, l’Église catholique est favorable au dialogue avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). À cet égard, Mgr André Yeom Soo-jung a toujours été un fervent partisan du dialogue de paix entre Séoul et Pyongyang. Son prédécesseur, le cardinal Nicolas Cheong Jin-suk avait clairement affirmé, en 2006, que l’une de ses priorités était de « travailler par tous les moyens à la réconciliation des deux Corée » (entretien à 30 jours, mars 2006). Pour les catholiques de Corée du Sud, les citoyens de la RPDC sont avant tout des frères.

Enfin, dernier détail qui rappelle la sollicitude de l’Église sud-coréenne pour les frères du Nord : l’archevêque de Séoul est aussi administrateur apostolique de Pyongyang, même si ce diocèse n’a été déclaré vacant que le 1er juillet 2013 (Pyongyang a été érigé en diocèse le 10 mars 1962). Ainsi, l’archevêque de Séoul et ses auxiliaires pourvoient aux besoins de la communauté catholique de Pyongyang.

Alors que l’actuel pouvoir sud-coréen joue la carte de la fermeture et de la force dans les discussions avec les frères de la RPDC, on pourra compter sur le poids de l’archevêque de Séoul pour défendre une ligne éclairée et certainement moins crispée.

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Samedi 11 janvier 2014 6 11 /01 /Jan /2014 00:33
Le discours de nouvel an du dirigeant Kim Jong-un de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a mis en exergue l'inauguration de la station de ski ultra-moderne de Masikryong, qu'il avait visitée à plusieurs reprises au cours des travaux achevés en un temps record (au point d'être devenus une référence, dont rend compte l'expression "à la vitesse de Masikryong"), et malgré l'embargo sur de nombreux produits à destination de la RPDC. Si l'image de bâtisseur est fréquemment associée au pouvoir suprême, quel que soit le pays (en France également, les dirigeants ont voulu laisser leur empreinte, depuis le château de Versailles du roi-soleil Louis XIV à la Bibliothèque François Mitterrand et à la construction du Grand Louvre par l'ancien président socialiste), c'est la dimension de loisirs et de recherche de l'excellence sportive qui retient ici l'attention.

Pendant la "dure marche", la production architecturale en RPD de Corée avait nettement ralenti sous l'effet d'une conjoncture économique très défavorable. A la veille de la célébration du centenaire de la naissance du fondateur de la RPDC, le Président Kim Il-sung, en avril 2012, la construction de logements - notamment dans la capitale Pyongyang - a été un des signes les plus tangibles de la reprise économique et de la priorité accordée à l'élévation du niveau de vie de la population. Mais ces changements transparaissent également dans la construction d'un ensemble de complexes sportifs, de loisirs et culturels, figurant en bonne place dans les programmes de visite proposés aux délégations étrangères, et qui témoignent d'une dimension nouvelle des évolutions économiques et sociales en cours tendant à l'avènement d'une société de loisirs.

C'est dans ce contexte que s'inscrit la construction de la station de ski du Mont Masik (ou Masikryong), à 1.528 mètres d'altitude (vidéo ci-dessous), près de la côte orientale de la province de Kangwon, au Sud du pays, et construite en un temps record par l'Armée populaire de Corée - une nouvelle fois mise à l'honneur (dans la poursuite de la politique de Songun), et qui se pose à nouveau comme un acteur économique majeur dans l'effort de modernisation du pays. La volonté de la Corée du Nord de se placer au meilleur niveau mondial en termes d'équipements n'est pas propre au nouveau complexe sportif, puisqu'on la retrouve également dans les équipements d'éducation et de santé, comme en ont témoigné naguère l'inauguration du Palais des études du peuple ou de la Maternité de Pyongyang.


Le choix de construire une station de ski dernier cri a une signification en termes non seulement de loisirs, mais également de priorité accordée aux sports - et en l'occurrence aux sports d'hiver - dans un pays où les palais des enfants, répartis sur l'ensemble du territoire, permettent de sélectionner à un très jeune âge les futurs talents sportifs et culturels. Il y a ainsi fort à parier que le nouveau complexe participera à la formation d'une nouvelle génération d'athlètes nord-coréens qui concourront dans les compétitions internationales. En particulier, l'accent a été porté sur le patinage artistisque (avec la participation aux Jeux de Vancouver en 2010 du champion national Ri Song-chol ou la désignation de Yun Jin-il parmi les sportifs de l'année 2011) et le hockey sur glace avec l'étonnant résultat de l'équipe féminine aux championnats du monde qui se sont déroulés à Strasbourg en avril 2013.

Aux derniers Jeux d'Asie d'hiver, du 30 janvier au 6 février 2011 au Kazakhstan, les sportifs nord-coréens ont obtenu une médaille de bronze grâce à Thae Won-hyok et Ri Jy-hyang en patinage artistique, tandis que Hong Ye-gyong et Choe Min terminaient cinquièmes en danse sur glace (et Ri Song-chol huitième en patinage artistique pour les hommes). En 2003, les athlètes nord-coréens avaient décroché une médaille d'argent et une médaille de bronze, se classant sixièmes au tableau des médailles, dans un palmarès traditionnellement dominé par le Kazakhstan et les autres pays d'Asie du Nord-Est (Corée du Sud, Japon, Chine et, dans une moindre mesure, Mongolie). Comme pour le football, les sports d'hiver correspondent assez nettement, en Asie, à une spécialité du Nord-Est du continent. L'inauguration de la station du Mont Masik répond à un intérêt ancien pour les sports d'hiver, notamment pour des disciplines comme le patinage artistique et les sports sur glace, mais qui se heurtait jusqu'à présent au manque d'équipements dans le domaine du ski.
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Mercredi 4 décembre 2013 3 04 /12 /Déc /2013 20:20

En Corée du Sud, les autorités accroissent leur pression face au mécontentement des citoyens suite aux révélations sur l'ampleur de la manipulation de l'opinion publique par les services secrets pendant la dernière élection présidentielle, et à l'absence de réponse appropriée du gouvernement. Entre deux manœuvres de diversion grossières, menées avec l'aide des médias conservateurs, la loi de sécurité nationale est brandie pour faire taire les voix discordantes, y compris celles de groupes religieux demandant la démission de la Présidente Park Geun-hye. Une des victimes de cette nouvelle chasse aux sorcières « pro-Corée du Nord », qui semble ne devoir épargner personne, est un vieux prêtre catholique, Park Chang-sin, vétéran du combat pour la démocratie en Corée du Sud dans les années 1970 et 1980. Pour quelques mots, le père Park risque jusqu'à sept ans d'emprisonnement.

PakChangshin_22nov2013.JPG

Le 22 novembre 2013, dans la cathédrale Susongdong de Gunsan, dans la province du Nord-Jeolla (sud-ouest de la Corée), l'Association des prêtres catholiques pour la justice (APCJ) organisait une messe spéciale, rassemblant près de 400 fidèles, pour demander la démission de la Présidente Park Geun-hye dont l'élection, le 19 décembre 2012, a été marquée par une vaste opération de manipulation de l'opinion publique par le Service national du renseignement (NIS).

Selon la presse sud-coréenne, à la fin de la messe du 22 novembre, le père Park Chang-sin, âgé de 72 ans, a évoqué les relations intercoréennes, expliquant que les exercices militaires menés par la Corée du Sud et les Etats-Unis près de la Ligne de limite Nord (NLL) séparant les deux Corée en mer de l'Ouest (mer Jaune) ne pouvaient qu'inciter la Corée du Nord à être obligée d'ouvrir le feu. Le père Park a rappelé que cela était déjà arrivé le 23 novembre 2010 avec le bombardement de l'île de Yeonpyeong par la Corée du Nord suite à des tirs venus du Sud, un bombardement qui coûta la vie à quatre Sud-Coréens dont deux civils.

Dans le même sermon, le père Park a affirmé qu'il est difficile de croire la thèse officielle selon laquelle la corvette Cheonan, qui a coulé en mars 2010, a été torpillée par les Nord-Coréens, partageant ainsi l'avis des experts de la marine russe, de scientifiques indépendants et même d'un ancien membre de l'équipe d'enquête officielle, entre autres.

Ordonné prêtre en 1973 et en retraite depuis 2012, Park Chang-sin a été un des meneurs du mouvement pour la démocratie en Corée du Sud dans les années 1970 et 1980, aux côtés des ouvriers et des paysans de la province du Nord-Jeolla. En juin 1980, le père Park évoqua dans un sermon la terrible répression du soulèvement de la ville de Kwangju, survenu un mois plus tôt. Cette prise de position lui valut d'être battu et poignardé par cinq assaillants en pleine nuit à son domicile. Cette agression a laissé le père Park infirme, l'obligeant depuis à marcher à l'aide d'une canne.

Les propos tenus le 22 novembre par le père Park Chang-sin ont provoqué un flot de critiques de la part de responsables du gouvernement sud-coréen et du parti Saenuri au pouvoir, dont la Présidente Park Geun-hye elle-même et le Premier ministre Chung Hong-won.

Le 25 novembre, la Présidente Park a fait allusion au sermon de Gunsan en des termes très durs : « Il y a eu beaucoup d'activités qui ont causé la confusion et la division. Il ne faut pas tolérer les comportements qui touchent la confiance du public et divisent les gens. […] Non seulement la Corée du Nord ne s'est pas excusée pour le bombardement de l'île de Yeonpyeong, mais elle continue à menacer de noyer la Maison Bleue [siège de la présidence sud-coréenne] dans une mer de feu. La sécurité nationale ne peut pas être assurée que par des armes de pointe. Bien plus importants sont le patriotisme et l'unité du peuple. »

Le Premier ministre Chung a été encore plus sévère pour le père Park : « Park Chang-sin est peut-être un prêtre, mais il est d'abord et avant tout un citoyen de ce pays. Il ne fait pas que répéter les arguments de la Corée du Nord en faisant des déclarations violant les devoirs élémentaires d'un citoyen, il oublie aussi les actions provocatrices de la Corée du Nord. Nous ne pouvons pas fermer les yeux là-dessus. Il doit être tenu pour responsable de ses actions. »

Le chef du parti Saenuri Hwang Woo-yea est, lui, allé jusqu'à décrire les demandes de démission adressées à la présidente Park Geun-hye comme une campagne orchestrée par la Corée du Nord : « Nous devons être prudents et prêter une grande attention aux allégations selon lesquelles les efforts visant à rejeter les résultats de l'élection présidentielle ont vraiment augmenté après que la Corée du Nord a récemment donné l'ordre de mener une campagne anti-gouvernementale au Sud. »

Face à ces attaques, l'Association des prêtres catholiques pour la justice a choisi de rester silencieuse, s'inquiétant que toute réaction de sa part puisse la rendre vulnérable aux accusations d'être « pro-Corée du Nord », et que l'objectif initial de la messe du 22 novembre 2013 - exiger la démission de la Présidente Park Geun-hye - finisse par être oublié.

Le 24 novembre, s'exprimant dans les colonnes du grand quotidien sud-coréen de centre-gauche Hankyoreh, le père Song Nyeon-hong, responsable de l'APCJ pour le diocèse de Jeonju, a maintenu ne pas vouloir répondre aux protestations des autorités : « Les choses finissent toujours par aller dans le mauvais sens quand vous répondez aux journalistes des médias. Nous n'avons rien à dire, sinon que la Présidente devrait démissionner. Si nous répondons, ils continueront juste à nous dépeindre comme 'pro-Corée du Nord', et notre message initial, selon lequel la Présidente devrait démissionner, finira par être enterré. »

De fait, au cours de la messe organisée le 22 novembre dans la cathédrale de Gunsan, le père Park Chang-sin a parlé pendant environ 26 minutes, mais les propos qui ont suscité la colère des autorités sud-coréennes ont été tenus en fin de sermon et ont duré moins de trois minutes. Le père Park les a néanmoins confirmés dans un entretien donné par téléphone au Hankyoreh le 24 novembre. « Ils ignorent le reste du discours et essaient de me décrire comme 'pro-Nord', a dit le père Park. J'ai servi dans l'armée. Je suis un citoyen de ce pays. Je veux que la République de Corée soit un bon pays, un pays dans lequel nous travaillons ensemble et prospérons. Les progressistes et les conservateurs doivent cohabiter. Nous avons besoin d'un monde de partage, dans lequel les conservateurs ont le pouvoir quand l'économie souffre et dans lequel les progressistes ont le pouvoir quand les pauvres souffrent. »

Revenant sur le sujet de la NLL, le père Park a déclaré : « Cela provoque la Corée du Nord quand nous menons des exercices dans un tel endroit. Les îles Dok appartiennent à la Corée, et si le Japon venait à y effectuer des manœuvres militaires, nous devrions ouvrir le feu sur eux. »

Le père Park a précisé qu'il avait tenu ses propos controversés « parce que l'administration, à [son] avis, tente de faire de la Corée du Nord l'ennemie », ajoutant : « Sous les administrations Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, le Nord et le Sud essayaient d'interagir. Ce genre d'échange et de coopération intercoréens aurait dû être poursuivi par les présidents suivants [Lee Myung-bak et Park Geun-hye], mais, à la place, ils ont complètement fait de la Corée du Nord une ennemie. Je parlais du processus de création d'un ennemi. Ils [les personnes au pouvoir] décrivent les gens des mouvements d'ouvriers et de paysans comme des ennemis, en les accusant d'avoir des revendications similaires à celles de la Corée du Nord. Et ce n'est pas juste. »

Selon Jeon Jun-hyung, secrétaire général l'APCJ pour le diocèse de Jeonju, le sermon prononcé pendant la messe du 22 novembre était « l'affirmation personnelle de la conscience du père Park ». « Les remarques qui ont causé la controverse ont été faites pendant qu'il citait l'exemple de l'administration utilisant des accusations d'allégeance envers la Corée du Nord pour sauver les élections, a ajouté Jeon. Vous devez regarder l'objet de l'ensemble du discours. »

Pour leur part, le 24 novembre, les plus hautes instances de l'Eglise catholique romaine en Corée du Sud ont critiqué l'activité politique de certains prêtres catholiques, à l'instar du père Park Chang-sin, par la voix de l'archevêque de Séoul Andrew Yeom Soo-jung : « C'est presque une obligation pour les chrétiens ordinaires de participer à la politique, mais c'est une erreur pour les prêtres d'y participer directement. »

Cette déclaration de l'archevêque de Séoul fait écho à la visite effectuée en Corée du Sud le 2 octobre dernier par le cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples au Vatican, à l'occasion du cinquantième anniversaire des relations diplomatiques de la République de Corée avec le Saint-Siège. Au cours de sa rencontre avec le cardinal Filoni, la Présidente Park Geun-hye a dit espérer que le pape « aidera à guérir la discorde sociale en Corée du Sud », signe supplémentaire de l'agacement des autorités sud-coréennes face à l'engagement des groupes religieux dans diverses luttes, contre les manipulations des services secrets ou contre la construction d'une base navale sur l'île de Jeju.

Parmi les religieux, les catholiques sud-coréens ne sont pas les seuls à appeler à une démission de la Présidente Park Geun-hye. Des organisations bouddhistes et protestantes se joignent à ces appels, mettant en évidence le peu d'espoir que placent les groupes religieux de Corée du Sud en une enquête « régulière » sur l'ingérence d'organes d'Etat dans la dernière élection présidentielle, alors que toute investigation et punition des responsables est systématiquement bloquée par les autorités.

Pour le spécialiste des questions religieuses du Hankyoreh, cette intensification de la lutte des organisations religieuses contre le gouvernement reflète le sentiment de plus en plus répandu en Corée du Sud que la démocratie est maintenant entravée par le pouvoir, et que les propos critiques à l'égard du gouvernement ou du parti Saenuri sont utilisés par ceux-ci pour dépeindre des associations telles que l'Association des prêtres catholiques pour la justice comme « pro-Corée du Nord ».

Vingt-neuf organisations protestantes sud-coréenne ont ainsi créé un comité conjoint pour exiger des mesures suite à l'ingérence du NIS dans l'élection. Le 27 novembre, ce comité a tenu une conférence de presse à Séoul pour dénoncer l'ingérence d'organes d'Etat dans l'élection présidentielle du 19 décembre 2012 et appeler à une démission de la Présidente Park Geun-hye, déclarant notamment : « Au lieu de révéler la vérité au sujet de l'ingérence d'institutions d'Etat dans l'élection présidentielle et de poursuivre ceux qui sont responsables, l'administration actuelle a essayé de la dissimuler en faisant partir le procureur général et les procureurs impliqués dans l'enquête et réprime les critiques en les accusant d'être pro-Corée du Nord. »

Ce comité conjoint a dénoncé les attaques lancées par le parti Saenuri contre le père Park Chang-sin, dans lesquelles il voit une « réminiscence de la répression gouvernementale d'il y a trente ans sous la dictature Yusin [le régime mis en place en 1972 en Corée du Sud par le général Park Chung-hee, père de l'actuelle présidente] ».

Toutefois, certaines organisations religieuses, y compris celles membres du comité conjoint, tout en exigeant une enquête sur les activités du NIS et des excuses de la part de la Présidente Park Geun-hye, ne demandent pas la démission de cette dernière, attendant de disposer de tous les éléments pour se prononcer.

D'autres organisations religieuses, conservatrices, dont l'Eglise presbytérienne de Corée, ont, elles, manifesté contre la conférence de presse du 27 novembre, déclarant que « les messes spéciales pendant lesquelles officient certains prêtres et les remarques de Pak Chang-sin constituent des actions irresponsables opposées au gouvernement et en soutien à la Corée du Nord ».

Plusieurs organisations conservatrices ont déposé plainte contre le père Park Chan-sin pour violation de la loi sud-coréenne de sécurité nationale de 1948, laquelle dispose que « toute personne qui glorifie, incite ou propage les activités d'une organisation antigouvernementale, d'un de ses membres ou d'une personne qui en reçoit des instructions, ou qui agit de concert avec elle, ou propage ou est à l'origine d'une rébellion contre l'Etat, en sachant que ces faits peuvent mettre en danger l'existence et la sécurité de l'Etat ou des fondements de l'ordre démocratique, sera punie d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à sept ans » (article 7).

De nombreux juristes pensent que les propos tenus le 22 novembre par le père Park ne constituent pas un motif suffisant d'application de la Loi de sécurité nationale. Néanmoins, le Bureau du procureur général de Corée du Sud réfléchit déjà à la juridiction compétente, des plaintes ayant été déposées au Bureau du procureur du district central de Séoul et à la branche de Gunsan du bureau procureur de Jeonju. L'affaire est normalement de la compétence des autorités judiciaires de Gunsan où s'est tenue la messe du 22 novembre, mais les procureurs locaux manqueraient d'expérience quant au traitement des questions de « sécurité nationale ». D'un autre côté, si l'affaire devait être traitée directement par le Bureau du procureur du district central de Séoul, il serait difficile d'éviter les critiques de ceux qui voient derrière les attaques contre le père Park des motivations politiques, visant à faire taire ceux qui demandent la démission de la Présidente Park Geun-hye, notamment les religieux, en les réduisant à des éléments « pro-Nord », une manipulation supplémentaire de l'opinion publique sud-coréenne de la part d'un gouvernement en pleine tourmente.

Sources :

« Park espère une visite du Pape en Corée du Sud », Yonhap, 2 octobre 2013

« Les autorités militaires critiquent les propos sur Yeonpyeong d'un prêtre catholique », Yonhap, 24 novembre 2013

Park Im-geun, "Priest being painted as 'pro-North' after criticizing the government", Hankyoreh, 25 novembre 2013 (dont photo)

Seok Jin-hwan, Kim Su-heon, Cho Hye-jeong, "Park administration’s prickly reaction to priest’s comments",Hankyoreh, 26 novembre 2013

Kim Won-chul, Park Im-geun, "Priest could face National Security Law over comments", Hankyoreh, 27 novembre 2013

Cho Yeon-hyun, "Religious organizations turn up pressure seeking Pres. Park’s resignation", Hankyoreh, 28 novembre 2013

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Mercredi 6 novembre 2013 3 06 /11 /Nov /2013 01:06

2013-11-02-01-01.jpgLe 13 octobre 2013, des marins de l'Armée populaire de Corée sont morts en exercice. Le Maréchal Kim Jong-un, commandant suprême de l'Armée populaire de Corée, leur a rendu hommage lors d'une cérémonie, le  2 novembre 2013, dans un cimetière dédié à aux martyrs.

Les images sont poignantes, à la hauteur du drame vécu par les marins de l'Unité navale 790, trop tôt arrachés à l'affection des leurs, alors qu'ils effectuaient des exercices militaires. Si les médias de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) n'ont pas donné de détails sur les circonstances du drame, survenu le 13 octobre dernier, la disparition brutale et soudaine d'hommes d'une même unité, dont le Maréchal Kim Jong-un a demandé de retrouver les corps, rend vraisemblable l'hypothèse d'un naufrage.

Chef des armées, le dirigeant suprême de la RPD de Corée a donné des instructions pour la construction des tombes et l'organisation de la cérémonie d'hommage qui s'est tenue le 2 novembre dernier. Des images des combattants sont gravées sur les tombes, dans un lieu calme et ensoleillé propice au recueillement, situé à proximité de leur base, et qui leur est exclusivement dédié.

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Le Maréchal Kim Jong-un a salué en des termes vibrants le courage héroïque des martyrs, en appelant à ce que leur sacrifice soit une source d'inspiration pour l'Armée populaire de Corée. Il a déclaré qu'il lui avait été difficile de trouver le sommeil, en pensant à ces jeunes gens morts prématurément, qui avaient donné leur vie pour la défense de la patrie. Il a dit avoir eu le coeur brisé en pensant à leurs familles, à leurs parents et à leurs veuves, qui attendaient leur retour de mission.

Les médias étrangers ont souligné la transparence du Gouvernement nord-coréen dans la communication autour de ces événements tragiques. Par le passé, d'autres catastrophes - comme celle de la gare de Ryongchon, en 2004 - avaient déjà donné lieu à une médiatisation par la RPDC, mais il est plus rare que des tragédies touchant l'armée donnent lieu à une telle publicité, qui a été à la hauteur de l'émotion causée par ce drame.

2013-11-02-01-03.jpg
Source : Rodong Sinmun (dont photos).

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Jeudi 24 octobre 2013 4 24 /10 /Oct /2013 23:33

kimchi_patrimoine-mondial_UNESCO_kimjang.jpgTous les amateurs de cuisine coréenne connaissent le kimchi, qui est le plat traditionnel le plus représentatif de la Corée, du Nord au Sud de la péninsule, à base de chou fermenté dans une sauce de saumure. Il est moins connu que le kimjang, la préparation et le partage du kimchi, est aussi un élément fondamental de la culture coréenne, où il est d'usage de partager les plats entre tous les convives - à la différence de la tradition occidentale, où chacun au restaurant commande son propre menu, ce qui semble de prime abord être une attitude particulièrement égoïste pour les Coréens. Le kimjang devrait bientôt être inscrit au patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.

Après la cuisine française, c'est tout un pan de la cuisine - et de la culture - coréenne qui devrait bientôt être honoré d'une inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, établie par l'UNESCO.

En effet, la coutume coréenne du kimjang devrait être ajoutée au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en décembre. Le procédé du kimjang a reçu un statut d'inscription sur la liste, qui est l'étape préliminaire à une inscription pleine et entière. La décision finale doit être prise lors d'une réunion de comité de l'UNESCO, à Bakou, du 2 au 7 décembre 2013.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui a promu la connaissance de la cuisine coréenne notamment lors de la semaine de la culture coréenne en octobre 2012, puis à l'occasion d'un stage de cuisine coréenne à Tousson, se félicite de ce processus d'inscription du kimjang au patrimoine immatériel de l'UNESCO.

Source : Hankyoreh (dont photo).

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Mercredi 11 septembre 2013 3 11 /09 /Sep /2013 00:01

kim-jong-un-dennis-rodman referenceL'ancienne star du basketball américain Dennis Rodman est retourné en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), où il a retrouvé le Maréchal Kim Jong-un, qui dirige la RPD de Corée, et qu'il avait rencontré plus tôt en début d'année (photo à gauche). Si les médias occidentaux qui l'ont interrogé à son retour ont d'abord mis en avant que le dirigeant Kim Jong-un et sa femme Ri Sol-ju avaient une fille, la nouvelle la plus significative concernant la RPD de Corée est que Dennis Rodman entend revenir en RPD de Corée en décembre, pour sélectionner des joueurs qui pourraient ainsi disputer un match amical en début d'année prochaine avec d'autres noms du basket américain (Dennis Rodman a cité ceux de Scottie Pippen et Karl Malone). Il s'agirait non seulement d'une nouvelle illustration de la diplomatie du sport - qui peut rapprocher des nations s'opposant politiquement - mais aussi d'une façon pour la RPD de Corée de préparer les prochaines échéances sportives, comme les Jeux olympiques de 2016. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) apporte quelques clés de compréhension, au regard de la culture coréenne, sur cette amitié peu banale entre un Américain et un Nord-Coréen.

Quand Dennis Rodman a décrit Kim Jong-un comme "un ami pour la vie" à l'issue de sa première visite en RPD de Corée, les médias occidentaux ont souvent adopté un ton ironique, en soulignant notamment le contraste physique entre les deux hommes. Mais ce n'est pas la première fois que des Occidentaux qui ont visité la Corée du Nord nouent des relations d'amitié avec les Coréens qu'ils ont côtoyé au quotidien - le plus souvent, leurs guides - pendant leurs séjours, même brefs, en RPDC : pour peu qu'une relation de confiance se forme, il y a déjà la surprise de découvrir une image des Nord-Coréens très différente de celle véhiculée par les médias dominants : ils apparaissent ouverts d'esprit, prompts à livrer des éléments très personnels et aussi à montrer leurs sentiments et à prodiguer des gestes d'affection qui, dans le langage du corps européen, sont bannis entre des amis de même sexe (d'où les images où l'on voit Dennis Rodman enlacer le Président Kim Jong-un). Les "Latins de l'Asie" - comme sont souvent appelés les Coréens, du Nord comme du Sud de la péninsule - ont un tempérament qui nous rappelle, en Europe, la chaleur des Méditerranéens. Il n'est pas rare que les adieux avec les guides nord-coréens soient très émouvants.

Dès lors, si un Coréen vous considère comme son ami, ce n'est pas une convenance ou une formule de politesse comme peuvent l'être les "bien à vous" et "bien cordialement" des fins de lettre en Occident, qui semblent souvent si dépourvus de sens aux Coréens.  Un Coréen peut ainsi vous proposer de devenir son ami, et il vous dira souvent que vous lui avez manqué après une absence plus ou moins longue... alors que les Européens tendent à éviter l'expression des sentiments d'amitié. On peut imaginer que tel a été le cas entre Kim Jong-un et Dennis Rodman, qui souligne que le dirigeant nord-coréen est une personnalité peu banale...
un peu comme lui, au fond.

 

Dans la tradition confucéenne, qui continue d'imprégner la société coréenne, la sincérité est une obligation entre amis : on reste fidèle à un ami, même si on le perd de vue et qu'on ne le rencontre plus. Le plus jeune des deux amis pourra dire de l'autre qu'il est comme son (grand) frère ou sa (grande soeur), ce qui signifie une loyauté évoquant des liens  tels que ceux qui s'établissent entre les membres d'une même famille, ainsi que des obligations de soutien mutuel (si un ami proche est en difficulté, c'est votre devoir de le soutenir ; le plus âgé ou le plus puissant ne peut pas non plus refuser son aide). La formule de Dennis Rodman sur son amitié pour le leader de la RPDC présente des accents de sincérité profondément coréens. Ceux-ci sont nés d'une passion commune, le basketball, et ont conduit tout naturellement à confier des éléments plus personnels touchant à la vie privée. Etre invité chez un Coréen est un honneur insigne : c'est celui qu'a reçu Dennis Rodman lors de sa seconde visite, dans un lieu de villégiature au bord de la mer.

Aussi la façon dont les Nord-Coréens peuvent être perçus encourage souvent les Occidentaux qui ont des amis en RPDC à vouloir casser les stéréotypes. C'est, au fond, ce que fait Dennis Rodman quand il loue la personnalité chaleureuse du Maréchal Kim Jong-un, ou encore lorsqu'il veut développer une diplomatie du basketball entre les Etats-Unis et la RPD de Corée.

 

Sources : AAFC, Mercury News.

 

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Mercredi 21 août 2013 3 21 /08 /Août /2013 21:06

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) reste méconnue en ce qui concerne les questions religieuses. Pourtant, celles-ci sont loin d’être négligeables. D’abord, il convient de rappeler qu’il y a peu de chrétiens, l’évangélisation s’étant surtout faite au Sud. Il y avait donc peu de chrétiens à la fin des années 1940 dans le Nord. La Guerre de Corée accentua certainement la dialectique entre un Nord athée et un Sud religieux, ce qui suscita une méfiance à l’égard du christianisme. On sait que les adversaires de la RPDC ne sont pas privés d’invoquer les valeurs du christianisme, entraînant peut-être certaines suspicions. Pourtant, il est nécessaire de rectifier les choses en raison de leur complexité. La RPDC n’a pas évacué cette composante de la société coréenne. La présence et le témoignage chrétiens ne sont, en effet, nullement absents de la RPDC.

 

Ainsi, le dimanche 4 août 2013, la délégation de l’AAFC alors présente en RPDC a assisté à un office protestant dans une église de Pyongyang. Ses membres ont ainsi rencontré une communauté fervente. Sous la houlette de son pasteur, les fidèles chantent et prient (il y a une alternance de chants et de lectures). Une remarquable chorale participe à l’animation de l’office. On reconnaît quelques étrangers, même si l’essentiel de l’assistance est bien d’origine coréenne, preuve qu’il est possible de prier à Pyongyang. Sur chaque banc, on peut trouver des livres de prière ainsi que plusieurs bibles, venant de Corée du Sud ou non. C’est un signe d’échanges religieux entre les deux Corée. Les fidèles ont donc accès à la Bible dans son intégralité.

 Eglise-Pongsu_pyongyang_coree-du-nord_2.JPG

 

La cérémonie célébrée ce dimanche présente un caractère pleinement religieux sans aucune confusion avec un quelconque message politique ; on sait d’ailleurs que les chrétiens de Corée sont aussi d’ardents patriotes. À cet égard, le récent constat de vacance du diocèse de Pyongyang s’inscrit probablement dans les démarches de l’épiscopat de Corée du Sud qui souhaite ainsi béatifier son titulaire que l’on peut considérer comme étant décédé (il aurait 106 ans ! Or, d’après les statistiques, aucun centenaire homme de RPDC n'aurait cet âge…). En effet, le 1er juillet dernier, la Secrétairerie d’État du Vatican a cessé de mentionner à l’Annuaire pontifical Mgr François Borgia Hong Yong-ho. Désormais, le diocèse de Pyongyang n’a plus de titulaire (en revanche, canoniquement, une administration apostolique, dont l’archevêque de Seoul est l’administrateur, continue à gérer les catholiques de ce territoire). Au-delà de la béatification, c’est aussi l’unité du pays que les évêques coréens cherchent à défendre, unité qui est aussi clairement défendue par les autorités de Pyongyang. Pour le Cardinal Nicholas Cheong Jinsuk, « travailler par tous les moyens à la réconciliation des deux Corées » (entretien à 30 jours, mars 2006) constitue l’une des priorités de l’Église coréenne. On ne peut que souhaiter que cet objectif soit poursuivi.

 

L’aspect chrétien est loin d’être escamoté dans les différents sites visités en RPDC, même s’il peut s’agir de pages encore douloureuses dans la mémoire du peuple coréen. Ainsi, à Sinchon, dans un musée consacré aux exactions commises par les Américains, la délégation a constaté l’exposition de quelques objets religieux. Ils rappellent la trop forte connivence du prosélytisme avec la présence américaine. On notera que ces aspects du christianisme sont clairement présentés au public, ce qui peut familiariser les Coréens avec les éléments qui concourent à la dévotion du chrétien.

 

Sinchon_guerre-de-coree_objets-religieux_coree-du-nord_2.JPG

 

Photos HJ - AAFC

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Dimanche 31 mars 2013 7 31 /03 /Mars /2013 17:58

Pour sa première bénédiction urbi et orbi à l'occasion de la fête de Pâques, le pape François a mis l'accent sur la paix dans le monde, en évoquant plus particulièrement la nécessaire "réconciliation" dans la péninsule coréenne. Ce message a d'autant plus de portée que, dans le Sud de la Corée, les catholiques forment 10,3% de la population et ont été historiquement impliqués dans les combats politiques, hier pour la démocratisation de la Corée du Sud et aujourd'hui pour la réunification de leur pays divisé.

Vavicant_Place_St-Pierre.jpgAlors que les tensions augmentent dans la péninsule coréenne, le pape François a mentionné la situation du pays, divisé depuis plus de soixante ans, dans sa première bénédiction urbi et orbi prononcée sur la place Saint-Pierre à l'occasion de la fête de Pâques, le 31 mars 2013, devant plus de 200.000 fidèles : "Paix en Asie, surtout dans la péninsule coréenne, pour que soient surmontées les divergences et que mûrisse un esprit renouvelé de réconciliation."

Par le passé, les Eglises coréennes - notamment bouddhistes et chrétiennes - ont exaucé le même voeu de réconciliation. En juillet 2008, le Conseil oecuménique des Eglises avait lancé un appel aux autorités sud-coréennes pour une reprise du dialogue intercoréen sans conditions préalables. Les bouddhistes de l'ordre Jogye se sont fortement engagés ; en mars 2010, ils avaient dû batailler avec le gouvernement sud-coréen de Lee Myung-bak pour avoir la possibilité de se rendre au Nord afin de promouvoir le dialogue religieux intercoréen.

Après l'élection du pape François, des messages de félicitations lui avaient été adressés, non seulement du Sud de la péninsule (où les catholiques comptaient fin 2011 5,3 millions de fidèles, soit 10,3% de la population, répartis dans 15 diocèses, dont les archevêchés de Séoul, Taegu et Gwangju), mais aussi de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

En Corée du Sud, si les protestants - proches des Eglises américaines - sont en général proches des conservateurs, les catholiques se sont impliqués et continuent de s'investir dans la vie publique pour la démocratie et la réunification de la péninsule. Aujourd'hui très actifs dans le refus d'installation d'une base navale à Jeju, ils ont payé un lourd tribut dans la lutte contre le régime militaire en Corée du Sud, avec le soutien de Stephen Kim Sou-hwan (1922-2009), archevêque de Séoul de 1968 à 1998, qui avait été élevé au rang de cardinal par le pape Paul VI en 1969. La cathédrale Myeongdong, à Séoul, avait alors hébergé les militants pour la démocratisation en Corée du Sud, pour échapper à la répression de l'armée responsable de la mort de milliers d'opposants durant les mandats des généraux Park Chung-hee (1961-1979) et Chun Doo-hwan (1979-1988).


Sources : AAFC, TF1

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