Politique sud-coréenne

Mercredi 12 mars 2014 3 12 /03 /Mars /2014 09:38

nam-jae-joon_spy-chief_NIS_Korea.jpgAyant acquis une sinistre réputation sous le régime militaire, les services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) sont au coeur du scandale, après une lourde ingérence dans l'élection présidentielle de décembre 2012 et la tentative de suicide d'un de leurs informateurs, ayant mis en cause le NIS et impliqué dans une affaire de falsification de documents officiels chinois pour créer de toutes pièces un faux espion nord-coréen. Les scandales touchent la direction même du NIS.

Comme l'observe l'AFP, ce n'est plus seulement l'opposition qui demande la démission du nouveau directeur du NIS, Nam Jae-joon : l'écoeurement atteint aussi les rangs du Parti Saenuri (conservateur, au pouvoir), à la veille des élections locales du 4 juin prochain qui s'annoncent serrées. En effet, un député du Parti Saenuri, Shim Jae-chul, lors d'une réunion de la direction du parti, s'est déclaré "consterné" par la falsification de documents officiels chinois et les tentatives du NIS de se protéger en couvrant l'affaire. Pour Shim Jae-chul, il est évitable que Nam Jae-joon (photo à gauche, source) prenne la responsabilité de cette affaire.

Le directeur du NIS a été nommé par la Présidente Park Geun-hye il y a seulement un an. Son prédécesseur, Won Sei-hoon, a été condamné pour corruption le 22 janvier 2014 à une peine de 2 ans de prison et une amende de 160 millions de won, suite à la lourde implication de ses services dans l'élection présidentielle disputée ayant vu la victoire de la candidate conservatrice Mme Park Geun-hye. Les tentatives d'entrave au  bon fonctionnement de la justice dans cette très grave affaire ont jeté une lumière crue sur les dysfonctionnements des institutions sud-coréennes du fait des pouvoirs exorbitants du NIS qui, par son fonctionnement actuel, fait peser l'une des plus lourdes menaces sur la démocratie sud-coréenne, et soulève la question de la responsabilité politique des conservateurs au pouvoir à Séoul : dans son rapport de 2013 sur les droits de l'homme, le département d'Etat américain a mentionné, à propos de la Corée du Sud, les questions soulevées par le NIS - ce qui montre que les Etats-Unis ont choisi d'exercer publiquement des pressions sur le gouvernement sud-coréen à propos des atteintes aux droits de l'homme, sur une série de sujets incluant également la liberté d'expression et l'accès à Internet, sous le régime notamment de la loi de sécurité nationale, l'emprisonnement des objecteurs de conscience, les discriminations contre les minorités (ethniques, sexuelles) et/ou leur absence de protection, ainsi que les restrictions aux droits des travailleurs, notamment le droit de grève.

Source : AFP (repris par Yahoo).

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Samedi 8 mars 2014 6 08 /03 /Mars /2014 00:11

Un nouveau scandale lourd de sens pour la démocratie sud-coréenne éclabousse les services secrets (National Intelligence Service, NIS) de la République de Corée : un réfugié nord-coréen, Yoo Woo-sung (photo ci-dessous) a été impliqué dans une affaire d'espionnage au profit de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dont les éléments à charge ont été fabriqués de toutes pièces. En attaquant des innocents, la fabrique à espions qu'est devenu le NIS s'affirme non seulement comme l'un des principaux instruments de l'actuelle dérive autoritaire de la République de Corée (du Sud) : elle a également franchi un nouveau cap dans ses modes d'action. A cet égard, la tentative de suicide de l'un de ses informateurs, que le NIS a tenté de charger, montre jusqu'où sont prêts à aller les services de renseignement d'un pays qui a choisi de tourner le dos aux standards démocratiques.  

 

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Nord-Coréen d'ethnie chinoise s'étant établi en Corée du Sud il y a dix ans, Yoo Woo-sung était devenu un agent public de la ville de Séoul. Puis il a été accusé d'avoir espionné les réfugiés nord-coréens vivant au Sud, sur la base de pièces à conviction dont il devait apparaître qu'elles étaient des faux fabriqués par les services secrets sud-coréens (NIS) ou le ministère public. Après avoir été acquitté, Yoo Woo-sung a décidé, le 7 janvier 2014, de porter plainte :  "j'ai demandé à la police d'inculper un membre non identifié du ministère public ou du NIS pour avoir produit de fausses accusations et fabriqué des preuves relevant de la loi de sécurité nationale".

Les faux documents ont prêté à Yoo Woo-sung des dates supposées d'entrée et de sortie en Chine et en Corée du Nord (où il aurait résidé du 27 mai au 10 juin 2006, afin d'accréditer la thèse de la transmission d'informations aux autorités nord-coréennes), alors que Yoo prétend avoir séjourné en RPD de Corée du 23 au 27 mai 2006, lors des funérailles de sa mère. La falsification des documents officiels chinois a porté sur la transformation de la date d'entrée en date de départ, et l'apposition d'un tampon au nom d'une agence gouvernementale chinoise qui n'existe pas. Par ailleurs, le ministère public avait fait passer des photos prises en Chine en 2012 pour des photos qui auraient été prises en Corée du Nord.

Les autorités consulaires chinoises ayant confirmé l'authenticité des documents présentés par Yoo et que ceux présentés par le ministère public sud-coréen étaient des faux, une enquête a été lancée par le Gouvernement chinois contre les auteurs de la falsification de documents officiels - un délit qualifié de crime dans la législation chinoise. A cette fin, elles ont requis la coopération des autorités sud-coréennes pour identifier les coupables. L'enquête avait été conduite par le NIS, avant que ses résultats ne soient transmis au procureur. Les auditions parlementaires ont confirmé l'implication d'un agent du NIS agissant sous couverture diplomatique pour la fourniture de deux des pièces qui se sont avérées être des faux.

Le NIS a alors tenté de charger l'un de ses informateurs chinois (donc libre de voyager sans visa en Corée du Nord), rémunéré pour l'acquisition des faux, et que l'on appellera  Kim. Kim a tenté de se suicider (photo ci-dessous, à l'hôpital St-Mary dans le quartier Yeouido de Séoul). Avant de passer à l'acte, Kim avait écrit avec son sang le nom du NIS sur le mur de sa chambre d'hôtel. Il avait laissé quatre lettres : à la présidence sud-coréenne, aux procureurs chargés de l'affaire, aux dirigeants des partis d'opposition Kim Han-gil et Ahn Cheol-su et à son fils.

kim suicide NIS affaire-yoo-woo-sung
Alors qu'elle est loin d'être close, l'affaire Yoo Woo-sung est symptomatique de l'état de déliquescence de la démocratie sud-coréenne, dans le silence une nouvelle fois assourdissant de la Présidente Park Geun-hye. Les institutions sud-coréennes sont touchées par une collusion - sans équivalent dans des pays démocratiques en  période de paix - entre services de renseignement et ministère des affaires étrangères, une volonté d'étouffer un scandale  grandissant et les tentatives de diversion du pouvoir et de ses relais habituels. Après qu'un député du parti Saenuri (conservateur, au pouvoir) a déclaré que les faux documents pourraient correspondre à une manipulation des services secrets chinois au profit de la Corée du Nord (sic), des médias conservateurs ou à capitaux publics sud-coréens ont opportunément mis en avant le suicide d'une candidate dans une émission de télé-réalité - au moment du suicide de Kim. The show must go on...

Sources : Hankyoreh (articles du 8 janvier 2014, dont photo de Yoo Woo-sung ; du 15 février 2014 ; du 22 février 2014 ; du 7 mars 2014, dont photo de Kim).

Mise à jour du 10 mars 2014 : interpellés par "Kim", les dirigeants de l'opposition Kim Han-gil et Ahn Cheol-su ont demandé des explications à la Présidente Park Geun-hye, ce qui a entraîné une plus large publicité dans les médias sud-coréens et par l'agence Yonhap. Suite à une réunion avec ses conseillers le 10 mars 2014, la Présidente Park a évoqué publiquement cette affaire, en affichant ses "regrets" sur la "polémique" née de la "falsification supposée d'éléments de preuve". Si les termes utilisés évitent à ce stade de mettre en cause les institutions sud-coréennes, l'engagement du chef de l'Etat qu'une enquête approfondie soit conduite ouvre la possibilité de faire éclater la vérité, ce dont on ne peut que se féliciter (source : Yonhap). 

 
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Vendredi 28 février 2014 5 28 /02 /Fév /2014 23:56

En République de Corée (du Sud), les partis ont désormais leurs regards tournés vers les élections locales (régionales et municipales) qui auront lieu dans moins de 100 jours, le 4 juin 2014. Alors que l'ancien candidat indépendant à l'élection présidentielle, Ahn Cheol-soo, a créé sa propre formation politique - le Parti pour une nouvelle vision politique - l'opposition démocrate apparaît affaiblie face aux conservateurs qui ont su imposer leurs thèmes dans le débat politique.

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Selon Lee Taek-soo, directeur du principal institut de sondage indépendant des partis politiques (Real Meter), le Parti Saenuri (conservateur) de la Présidente Park Geun-hye aborde en relative position de force les élections locales du 4 juin prochain. S'agissant des 17 élections régionales, le Parti Saenuri est favori des sondages dans 9 provinces ou villes-provinces (nettement à Daegu, dans le Gyeongsang du Nord et du Sud, à Busan, Ulsan, Daejeon et Sejong, avec une avance plus étroite dans la province de Gyeonggi et l'île de Jeju) ; le Parti démocrate, principal parti d'opposition (centre-gauche), dispose d'une nette avance à Séoul et dans la province de Gangwon, et est légèrement en tête à Incheon et dans les  provinces du Nord et du Sud Chungcheong, à Gwangju, et dans le Jeolla du Sud. Le Parti pour une nouvelle vision politique (PNVP) d'Ahn Cheol-soo l'emporterait dans la province du Jeolla du Nord. A Séoul, les démocrates sont favoris pour conserver la mairie.

Alors que Ahn Cheol-soo s'était finalement retiré de la course à l'élection présidentielle de 2012, sa décision récente de lancer une nouvelle formation politique, le PNVP, si elle attire des déçus de l'ensemble des partis traditionnels, a toutefois tendance à affaiblir d'abord l'opposition démocrate qui ne semble pas en mesure, à ce jour, de rééditer son succès des élections locales de 2010. Le scrutin majoritaire à un tour, en vigueur en Corée du Sud, a des effets potentiellement dévastateurs sur l'opposition. La popularité du PNVP apparaît ainsi proche de celle du Parti démocrate, selon Real Meter.

Plusieurs facteurs sont de nature à expliquer la contre-performance attendue des démocrates. Face à une présidente qui continue de bénéficier d'un taux de popularité élevé (55 à 57 %), les démocrates conduits par Kim Han-gil ont choisi d'éviter la confrontation avec le pouvoir. Alors que des voix nombreuses s'étaient élevées contre les conditions d'élection de Mme Park Geun-hye, avec l'appui massif des services de renseignement sud-coréens, Kim Han-gil s'est contenté de demander des excuses de Mme Park. Quand le député d'opposition de gauche Lee Seok-ki a été condamné à 12 ans de prison à l'issue d'un procès très contesté, le Parti démocrate a affirmé qu'il respecterait le verdict, malgré les doutes qu'il a exprimés sur la procédure judiciaire. C'est pourquoi le PNVP apparaît, pour de nombreux Sud-Coréens, comme plus à même que l'opposition démocrate de renouveler le système politique.

Ne disposant que d'une majorité étroite au Parlement, Mme Park Geun-hye a aussi eu l'intelligence tactique de composer avec l'opposition démocrate, parvenant ainsi à imposer ses thèmes dans le débat politique. En particulier, le Parti démocrate a révisé son approche des relations Nord-Sud suivant une ligne plus critique du Nord, en rupture avec la politique du "rayon de soleil" conduite par les anciens présidents démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun. 

Alors que le chef de l'Etat sortant n'est pas autorisé à se représenter immédiatement en Corée du Sud, ne doit-on pas s'attendre à la réédition d'un scénario ancien des conservateurs, consistant à diviser - voire à rallier - une partie de l'opposition, pour rester au pouvoir ? C'est ce qui avait conduit la junte militaire à soutenir, en 1992, l'ancien opposant rallié Kim Young-sam, premier président civil élu depuis 1960, face à Kim Dae-jung. Mais rien ne garantit, à ce stade, que la base démocrate pourrait accepter un remake du film présidentiel de 1992. Le Parti démocrate pourrait aussi choisir de se doter de dirigeants plus combatifs, davantage convaincus qu'il est dans le rôle de l'opposition, comme dans tout système démocratique arrivé à maturité, de faire entendre une voix critique face à la majorité.

Sources : AAFC, Hankyoreh (dont photo).

Mise à jour du 2 mars 2013 : le 2 mars 2013, Kim Han-gil, qui dirige le Parti démocrate, et Ahn Cheol-soo, président du comité de gestion central du Parti pour une nouvelle vision politique, ont annoncé un accord en vue de créer une seule formation politique (source : Yonhap). Cette nouvelle modifie radicalement le paysage politique en vue des élections locales du 4 juin prochain et de l'élection présidentielle de 2017, en renforçant les chances de l'opposition de remporter ces scrutins et en éloignant la possibilité d'un scénario comparable à celui de 1992, ayant vue certains opposants rallier la majorité conservatrice. L'AAFC reviendra sur les évolutions de la politique sud-coréenne dans ses prochaines éditions.

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Mardi 18 février 2014 2 18 /02 /Fév /2014 00:09

Le tribunal régional de Suwon a condamné le député Lee Seok-ki (Parti progressiste unifié, PPU) à 12 ans de prison pour complot contre l'Etat et violation de la loi de sécurité nationale, le 17 février 2014, faisant de cette date un jour noir dans l'histoire politique de la Corée du Sud : il s'agit du premier procès politique pour complot contre l'Etat depuis 1980, et aussi une première depuis la mise en place d'un régime de démocratie parlementaire à Séoul. Ce 17 février 2014, la présidente sud-coréenne est apparue comme la digne fille du général Park Chung-hee, fossoyeur de la démocratie sud-coréenne en 1961 et artisan du régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la République de Corée.

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La farce juridique était écrite d'avance : à l'issue de 46 audiences conduites depuis novembre 2013, le député Lee seok-ki a été condamné à 12 ans de prison prime et à 10 années supplémentaires de privation de ses droits civiques. Six autres co-accusés du Parti progressiste unifié ont écopé de peines de prison d'une durée de 4 à 12 ans. Pour donner une illusion de clémence, l'accusation avait requis une peine encore plus lourde  de 20 ans de prison à l'encontre de Lee Seok-ki.

Si l'on en croit le tribunal de Suwon, Lee Seok-ki et ses co-accusés auraient préparé des attaques contre les lignes de communication et les chemins de fer sud-coréens en cas d'attaque du Nord, au sein d'une prétendue "Organisation révolutionnaire" (OR), rendant presque anodines les autres accusations d'infraction à la loi de sécurité nationale. Evidemment, les services de sécurité sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) ont eu le plus grand mal du monde à prouver l'existence même de l'OR, et les pseudo-attaques en cas d'une guerre imaginaire avec la Corée du Nord semblent tout droit sorties des délires maccarthystes de l'Amérique des années 1950.

Sauf que les Etats-Unis, même au plus fort du maccarthysme, ne prononçaient pas la déchéance de députés protégés par une immunité parlementaire qui existe dans toutes les démocraties dignes de ce nom. La loi de sécurité nationale, que Lee Seok-ki est accusé d'avoir violé, n'a non plus aucun équivalent dans quelque démocratie au monde que ce soit. En fait, il est avéré que le NIS, acculé par le scandale de sa très lourde implication dans la dernière élection présidentielle, a dû trouver en catastrophe un bouc émissaire pour détourner l'attention de l'opinion publique : Lee Seok-ki, qu'il surveillait de longue date, a alors soudainement été accusé des pires crimes.

Le précédent accusé d'un complot contre l'Etat en Corée du Sud était l'opposant Kim Dae-jung, que la junte militaire alors au pouvoir à Séoul avait dénoncé comme l'instigateur du soulèvement de Kwangju réprimé dans le sang (200 morts officiellement, plusieurs milliers selon des sources officieuses). Kim Dae-jung avait surtout le tort d'être le chef de file des démocrates sud-coréens, et - comme Lee Seok-ki - il fut condamné sur la base d'un procès fabriqué par les services secrets sud-coréens - avant de devenir le premier chef d'Etat sud-coréen élu à l'occasion d'une alternance politique et d'être lauréat du prix Nobel de la paix.

A l'époque, une large campagne de mobilisation internationale relayée par l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) avait permis la libération de Kim Dae-jung. Aujourd'hui comme hier, l'AAFC appelle tous les démocrates et les défenseurs de la liberté à exiger des autorités sud-coréennes la libération de Lee Seok-ki et de ses camarades et à stopper la dérive autoritaire en cours à Séoul depuis l'accession à la Maison Bleue de Mme Park Geun-hye.

Sources : AFP (citée par le Shanghai Daily) et Yonhap.

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Dimanche 2 février 2014 7 02 /02 /Fév /2014 16:30

UPPkorealogo.pngAlors que le lancement par le gouvernement sud-coréen d'une procédure d'interdiction à l'encontre du Parti progressiste unifié (PPU, logo à gauche) apparaît comme l'un des symptômes du tournant autoritaire à Séoul, la forte mobilisation antigouvernementale est largement impulsée par les militants de gauche, rejoints par de nombreux sympathisants du principal parti d'opposition, le Parti démocrate (centre-gauche) et, dans une moindre mesure, du Parti pour une nouvelle politique fondé par le député indépendant Ahn Cheol-soo - qui avait été, un temps, l'un des favoris de la dernière élection présidentielle, avant de se retirer. Dans ce contexte, l'Association d'amitié franco-coréenne a jugé utile d'actualiser son panorama de la gauche sud-coréenne en expliquant la genèse de ses différentes formations, tout en faisant également le point sur le poids de ses différentes composantes.

Quatre partis principaux

Traditionnellement, les militants de la gauche sud-coréenne se répartissent entre une sensibilité dite "Libération nationale" (acronyme anglais : NL) qui met notamment l'accent sur la réunification, et une sensibilité dite "Démocratie populaire" (acronyme anglais : PD), plus centrée sur les droits des travailleurs ainsi que les questions de société (droits des minorités, défense de l'environnement, pacifisme...). A l'exception d'une petite minorité du courant PD, réunie dans le Parti socialiste et très critique vis-à-vis de la Corée du Nord, le Parti démocratique du travail (PDT) avait réussi à réunir la plupart des militants de gauche. La contre-performance de l'élection présidentielle de 2007, lors de laquelle le candidat du PDT, Kwon Young-ghil, ne réunit que 3 % des suffrages (contre 0,08 % pour Geum Min, candidat du Parti socialiste coréen), entraîna le départ de nombreux militants de tendance PD, qui fondèrent le Nouveau parti progressiste (NPP).

Aux élections législatives de 2008, le PDT obtint 5,68 % pour le scrutin de liste proportionnel (et 3,39 % pour les candidats dans les circonscriptions, sans que le PDT ne soit candidat partout, compte tenu du mode de scrutin uninominal à un tour qui tend à encourager les accords de premier tour avec les démocrates dans une union des progressistes). Pour sa part, le NPP obtint 2,94 % au scrutin de liste, échouant de peu à franchir la barre des 3 % pour obtenir des élus à la proportionnelle, et 1,33 % dans les circonscriptions. Au total, seul le PDT réussit à faire élire des députés (6, dont 4 au scrutin de liste et 2 dans les circonscriptions). Par la suite, le NPP fit son retour au Parlement national lors d'une législative partielle à Ulsan en avril 2009.

Le PDT fusionna ensuite avec des militants de l'aile gauche du Parti démocrate, pour former le Parti progressiste unifié (PPU).

Aux élections législatives du 11 avril 2012, le PPU réalisa un score de 10,3 % au scrutin de liste et 4,7 % dans les circonscriptions, obtenant 13 sièges (dont 6 à la proportionnelle et 7 au scrutin majoritaire). Pour sa part, le NPP n'obtint que 1,1 % des voix à la proportionnelle et 0,5 % dans les circonscriptions, ne décrochant aucun siège. Centré sur les questions écologiste, le Parti vert réalisa 0,48 % des voix au scrutin proportionnel.

Conformément à une disposition spécifique à la législation sud-coréenne sur les partis, le NPP et le Parti vert, en raison de leurs échecs électoraux, furent dissous administrativement. Les anciens militants du NPP décidèrent alors de fusionner avec les anciens membres du Parti socialiste coréen pour fonder le Parti du travail (PT). Quant aux écologistes, ils se reconstituèrent en octobre 2012 sous le nom de Parti vert plus. Pour sa part, le PPU éclata suite à un scandale sur le mode de désignation interne de ses candidats aux élections législatives : sept des treize députés quittèrent le PPU et fondèrent un nouveau parti, le Parti progressiste pour la justice (qui s'est rebaptisé depuis Parti de la justice).

Kim_soon_ja.PNGA l'élection présidentielle du 19 décembre 2012, qui vit la victoire de la candidate conservatrice Park Geun-hye, le PPU investit l'ancienne députée Lee Jung-hee, qui décida finalement de se retirer avant le premier tour, en appelant à voter pour le candidat démocrate Moon Jae-in afin de barrer la route à Mme Park, prenant ainsi en compte le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour qui conduit à la défaite du camp le plus divisé. Mme Sim Sang-jeong, candidate du Parti progressiste pour la justice, choisit elle aussi de se retirer avant le premier tour. Sur la partie la plus à gauche de l'échiquier politique, seules deux candidates restèrent donc en lice : Kim Soon-ja (0,15 %), femme de ménage, syndicaliste, ancienne candidate du NPP aux législatives de 2012 mais qui se présentait en indépendante, et la syndicaliste ouvrière Kim So-yeon (0,05 %).

Le gauche sud-coréenne est ainsi constituée aujourd'hui de quatre principales formations politiques : le PPU, le Parti de la justice, le Parti du travail et le Parti vert plus.

Militants et élus : avantage au PPU

Si la procédure d'interdiction lancée à l'encontre du PPU est de nature à avoir affecté son potentiel militant, celui-ci reste la formation la formation de gauche la plus nombreuse selon les données 2012 de la Commission électorale nationale (CEN) : 104 692 membres pour le PPU contre 6 750 pour le Parti de la justice. Faute de données disponibles auprès de la CEN, il était estimé que le Parti du travail comptait alors 15 000 membres et le Parti vert plus 6 652 membres. Par comparaison, toujours selon la CEN, en 2012 le Parti Saenuri (conservateur) comptait 2,47 millions de membres et le Parti démocrate 2,13 millions de membres.

En nombre de députés, le PPU dispose aujourd'hui de 6 sièges sur 300 à l'Assemblée nationale et le PJ de 5 sièges. Le PT et le Parti vert plus ne sont pas représentés au Parlement. Selon les dernières données disponibles (en 2013) pour les représentations des partis au niveau local, parmi les 762 députés élus dans les assemblées régionales, le PPU dispose de 21 sièges, le PJ de 6 sièges et le PT de 3 sièges (0 siège pour le Parti vert). Parmi les 2 888 conseillers municipaux, le PPU dispose de 97 sièges, le PJ de 35 sièges, le PT de 9 sièges et le Parti vert de 2 sièges. A gauche, seul le PPU dirige des exécutifs locaux (2 sur 228). Lors des élections locales, le PPU a été plus souvent en alliance avec les démocrates que le NPP (qui a fusionné depuis au sein du PT), ce qui a favorisé sa meilleure représentation dans les conseils municipaux et régionaux.

L'institut de sondage sud-coréen Realmeter mesure régulièrement la popularité des principales formations politiques. Dans son enquête conduite du 20 au 24 janvier 2014, le soutien du PPU s'élevait à 3 % et celui du PJ à 2,3 %, le PT et le Parti vert n'étant pas testés par Realmeter, selon une configuration qui ne soumettait pas le Parti pour une nouvelle politique (PNP) d'Ahn Cheol-soo au choix des personnes sondées (si l'on inclut le PNP, le soutien du PPU tombe à 1,1 % et celui du PJ à 1,6 %).

Alors que de nouvelles élections locales sont prévues ce printemps en Corée du Sud, la gauche sud-coréenne aborde ce scrutin particulièrement divisée et, s'agissant de sa principale formation (le PPU), sous le coup d'une procédure d'interdiction qui, même si elle n'aboutissait pas à l'issue du jugement que rendra la Cour constitutionnelle, n'en tend pas moins à freiner son activité politique et militante.

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Dimanche 5 janvier 2014 7 05 /01 /Jan /2014 22:03

Face à l'évolution autoritaire de la République de Corée (du Sud), un étudiant en économie - Joo Hyun-woo - a placardé une affiche faite à la main sur les murs de son université, suivant la méthode des étudiants qui s'opposaient au régime militaire dans les années 1980. Sur l'affiche, un message : "Comment allez-vous ces jours-ci ?" - dans un appel à la société sud-coréenne pour sortir de son apathie et réagir contre les évolutions en cours qui menacent de modifier radicalement la nature du régime politique sud-coréen. Dans ce contexte, la mort d'un homme qui s'est immolé par le feu pour protester contre la dérive autoritaire de la Présidente Park Geun-hye est symptomatique du profond malaise politique qui secoue les citoyens conscients de ce pays. Sur son journal intime, il avait posé cette ultime question : "Comment allez-vous ces jours-ci ?", que l'on retrouve également dans les manifestations organisées par les Coréens, comme en France le 20 décembre dernier. Formons le serment que son sacrifice ne sera pas vain et que les gouvernements occidentaux cesseront d'être complices, par leur silence, des atteintes aux libertés de plus en plus nombreuses qui sont commises dans le Sud de la péninsule coréenne.

7h55, hôpital Hangang du Sacré Coeur à Séoul. Un homme de 40 ans, qu'on appellera Lee, meurt des suites de ses blessures. La veille, il s'était immolé par le feu sur la route élevée située près de la gare de Séoul.

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Quoi que puissent tenter de faire croire la police et les médias conservateurs sud-coréens aux ordres du gouvernement de Séoul, le geste de Lee était fondamentalement politique. Il portait deux pancartes, l'une demandant la démission de la Présidente Park Geun-hye, et l'autre la désignation d'un procureur indépendant dans le scandale lié à la lourde ingérence des services de renseignement (NIS) dans l'élection présidentielle.

Là où il s'est immolé, Lee avait laissé un journal intime, au dos duquel était écrit "Comment allez-vous ces temps-ci ?"  Ses derniers mots ont été les suivants : "Bien que le gouvernement de Mme Park soit intervenu clairement dans l'élection présidentielle, la vérité est cachée en ne laissant apparaître que des fautes personnelles [de certains agents du NIS]. Il s'agit sans ambiguïté d'une atteinte à la démocratie. Je porterai toutes les peurs de l'opinion publique. Chacun, s'il vous plaît, levez-vous pour la démocratie".

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La famille de Lee a décidé de se joindre à un collectif de 286 groupes civiques pour lui rendre publiquement un dernier hommage, le 4 janvier à 9h30, à la place de la gare de Séoul.

Comme ses glorieux aînés qui ont lutté pour la démocratie, Lee a donné sa vie pour conserver les valeurs de liberté et de justice au nom desquelles des milliers de militants ont sacrifié leur vie. Tous ensemble, en Corée et à l'étranger, agissons pour sauver la démocratie sud-coréenne en sensibilisant nos proches et l'opinion publique de nos pays.

Sources : AAFC, Hankyoreh (dont photos), Le Monde.

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Samedi 21 décembre 2013 6 21 /12 /Déc /2013 21:37

manifestations_coreens_trocadero_1.pngUn an après l'élection présidentielle sud-coréenne du 19 décembre 2012 ayant vu la victoire de la candidate conservatrice Park Geun-hye, le collectif des Coréens de France pour la démocratie en Corée du Sud a organisé une manifestation place du Trocadéro, à Paris, le vendredi 20 décembre 2013, pour dénoncer les conditions de l'élection de Mme Park Geun-hye et exiger sa démission. Des manifestations similaires ont eu lieu dans la péninsule coréenne et dans les grandes villes du monde, témoignant d'une mobilisation croissante des progressistes sud-coréens, à un moment où le tournant autoritaire de la République de Corée s'accompagne d'une répression nouvelle des travailleurs.

Ils étaient encore plus nombreux que le mois dernier, Coréens mais aussi Français, à dénoncer le "coup d'Etat électoral en Corée du Sud" et la dérive libérale-autoritaire du pays sous la férule de Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee, lui-même arrivé au pouvoir par un coup d'Etat militaire et ayant instauré le régime le plus répressif de l'histoire de la Corée du Sud.

Le 20 décembre place du Trocadéro, le collectif des Coréens de France pour la démocratie en Corée du Sud avait été rejoint par des représentants de plusieurs religions - protestants, bouddhistes - qui, comme en Corée, sont en pointe dans la mobilisation pour la défense des valeurs démocratiques et des acquis sociaux. Un autre témoignage émouvant était celui de cette étudiante coréenne, dont le père fait partie des 8 000 cheminots mis à pied pour avoir conduit une grève de protestation contre la décision de privatiser les chemins de fer.

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Alors que les révélations se succèdent, accablantes pour le pouvoir, sur l'ingérence massive des services de renseignement sud-coréens (NIS) dans le processus électoral - n'ayant pas garanti les conditions d'une élection juste et transparente, conforme aux standards démocratiques - le mot d'ordre "Park Geun-hye doit démissionner" gagne en puissance, en Corée et dans le monde.

La mobilisation s'appuie également sur les coups de boutoir à la démocratie portés par Mme Park Geun-hye et son gouvernement : engagement d'une procédure de dissolution du Parti progressiste unifié, interdiction du syndicat enseignant créé il y a 20 ans, tentative de destitution de la députée démocrate Mme Chang Hana pour avoir relayé le mot d'ordre de démission de la chef d'Etat - en méconnaissance du principe d'inviolabilité du mandat parlementaire, fondement de la démocratie parlementaire.

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En outre, le visage ouvertement réactionnaire de Mme Park Geun-hye apparaît à travers le reniement successif de ses promesses de campagne, qu'il s'agisse de la gratuité des frais de scolarité au lycée et de la réduction de moitié de leur montant à l'université, du versement d'une pension de 150 euros pour les personnes âgées de plus de 65 ans ou encore du doublement de l'allocation aux handicapés. La privatisation des chemins de fer - là encore, contre les propres engagements de campagne de Mme Pärk - et de la santé publique s'inscrivent également dans une dérive néolibérale.

Fragilisée, Mme Park Geun-hye utilise l'arsenal répressif de tout gouvernement conservateur sud-coréen aux abois : ses opposants sont vilipendés comme "pro-Corée du Nord" afin de justifier les arrestations arbitraires. Le même traitement a naturellement été réservé aux démocrates coréens en France qui, en novembre, protestaient déjà contre la visite officielle de Mme Park Geun-hye.

Des milliers de Coréens ont payé de leur vie l'avènement de la démocratie en Corée du Sud. Aucun démocrate, aucun républicain en France ne peut aujourd'hui rester insensible face au drame qui se joue dans le Sud de la péninsule coréenne. Cette situation, marquant une régression politique de 30 ans en République de Corée, exige une solidarité de tous, au-delà des appartenances politiques et religieuses, pour faire triompher les valeurs universelles de paix, de justice et de liberté.

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Photos Alain Noguès   

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Politique sud-coréenne
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Samedi 14 décembre 2013 6 14 /12 /Déc /2013 01:53

En Corée du Sud, il est maintenant avéré que la manipulation de l'opinion publique par des agences gouvernementales, au premier rang desquelles le Service national de renseignement, a été massive avant l'élection présidentielle du 19 décembre 2012 qui a porté au pouvoir Park Geun-hye, du parti conservateur Saenuri. Depuis les révélations sur l'ampleur de la fraude, les manifestations et appels à la démission de la Présidente Park se multiplient en Corée du Sud, l'ingérence des services secrets dans la vie politique venant rappeler que la démocratie sud-coréenne n'est pas à l'abri d'un brutal retour aux pratiques des régimes dictatoriaux de Park Chung-hee (1961-1979) et de Chun Doo-hwan (1980-1988). La situation semble d'autant plus grave que les autorités sud-coréennes font maintenant diversion pour masquer leurs propres turpitudes. Parmi les victimes de ces manœuvres dilatoires figurent le député Lee Seok-ki et la formation politique à laquelle il appartient, le Parti progressiste unifié, accusés d'être aux ordres de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). L'opinion mondiale reste trop peu consciente de la gravité de la situation en Corée du Sud, sans doute masquée par les tensions géopolitiques entourant la péninsule coréenne. C'est pourquoi plusieurs chercheurs s'efforcent de relayer l'appel des citoyens sud-coréens pour que soit enfin menée une enquête exhaustive et indépendante sur l'action des services secrets. Parmi ces chercheurs, Jamie Doucette et Se-woong Koo, des universités de Manchester et de Yale, s'inquiètent d'une « déformation de la démocratie » en Corée du Sud dans un article paru le 2 décembre 2013 dans The Asia-Pacific Journal. Pour les deux universitaires, si Lee Seok-ki et son parti ont des idées radicales et minoritaires au sein même de la gauche sud-coréenne, le camp conservateur instrumentalise ces idées, voire les falsifie, afin de les présenter comme une menace pour la sécurité nationale, tout en les assimilant à l'ensemble de l'opposition afin de faire taire toute voix discordante. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) vous propose la traduction française de l'article des professeurs Doucette et Koo (les liens ont été ajoutés par l'AAFC).



La déformation de la démocratie : la politique de sécurité publique dans la Corée du Sud contemporaine1

Jamie Doucette et Se-woong Koo

2 décembre 2013

 

Introduction

Même si moins d'un an s'est écoulé depuis l'élection de Park Geun-hye à la présidence de la Corée du Sud, apparaissent déjà des signes troublants indiquant que son mandat de président va être une période difficile pour la santé de la démocratie coréenne comme pour les forces libérales et progressistes. Dans les mois qui ont suivi son élection, ont été révélées des preuves significatives de l'ingérence du Service national de renseignement (NIS) et d'autres agences gouvernementales dans la politique et les élections, menant à une série croissante de scandales politiques dont le plus notable est la mise en examen de l'ancien directeur du NIS Won Sei-hoon.

Un député en exercice, Lee Seok-ki, a été arrêté sur des soupçons de sédition et de complot de rébellion, et sur des accusations de violation de la Loi coréenne de sécurité nationale (LSN). Faisant référence à cette arrestation, le ministre de la Justice a récemment pris l'initiative de dissoudre le Parti progressiste unifié (PPU), dont Lee est membre, arguant que la plateforme pour une « démocratie participative » de ce parti est basée sur la « prétendue idéologie fondatrice de la Corée du Nord ».

LeeSeokki

Cette série d'événements a été accompagnée d'un changement plus général du discours politique. Dans le but de discréditer ses opposants, la droite sud-coréenne a largement renoué avec l'usage inconsidéré de l'étiquette chimérique « chongbuk chwap'a », un terme communément traduit par « gauchiste pro-Nord », à l'égard des supposés proches de la Corée du Nord et de tout ceux vus comme pliés aux souhaits du Nord. Le terme « chong » signifie « obéir » ou « suivre », avec une connotation d'esclavage, tandis que « buk » signifie « Nord ». Le terme « chwap'a » signifie « faction de gauche » ou « gauchiste ». La façon avec laquelle « chongbuk » est associé à « chwap'a » pour former un terme composé dans le discours conservateur contemporain tend à effacer la distinction entre deux concepts à l'origine très différents, de sorte que, dans le climat politique actuel, la gauche devient synonyme de « chongbuk » et vice versa. Cette terminologie est utilisée pour discréditer les groupes de toute l'opposition libérale et de gauche, non seulement le PPU, mais aussi les responsables politiques du Parti démocratique associés aux administrations libérales de Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun. Ces hommes politiques affrontent les calomnies lancées par la droite d'être « chongbuk » en raison de leur attitude conciliatrice à l'égard de la Corée du Nord et de leur volonté de réformer l'appareil d'Etat créé par les anciens gouvernements militaires pour contenir la dissidence.

Dans cet article, nous soutenons que ce changement rhétorique a été accompagné de l'extension de ce que les intellectuels sud-coréens appellent la « politique de sécurité publique », une expression utilisée pour décrire l'utilisation de la sécurité publique comme terrain pour étouffer la dissidence et la critique. Ce qui rend unique le moment présent n'est pas l'évocation d'une menace pour la sécurité nationale mais l'étendue de l'implication active d'agences gouvernementales dans ce processus, que ce soit sous la forme d'une ingérence directe dans les élections, de fuites de documents officiels confidentiels, ou de l'initiation d'enquêtes sur d'importantes personnes critiques pour le gouvernement au sein de l'opposition libérale et progressiste. Dans ce qui suit, nous examinons la séquence des derniers événements, de l'ingérence électorale du NIS à la récente tentative de dissolution du Parti progressiste unifié, afin de mieux comprendre les effets déformants sur la démocratie coréenne de ce nouveau changement rhétorique et de sa relation complexe avec la « politique de sécurité publique ».

Les insinuations sur les opinions politiques pro-Nord

Le changement de ton de la politique n'a pas été prévu par tous avant l'élection. Bien que plusieurs intellectuels, dont ceux réunis au sein de l'Association nationale des professeurs pour la démocratie (en 2012), ont averti que l'élection de Park pourrait mener à une restauration des forces politiques associées aux dictatures passées et à un recul complet des droits dans la société sud-coréenne, la campagne présidentielle de Park a commencé sur une note aimable. Elle débuta sa saison électorale en visitant les lieux les plus importants pour les mouvements démocratiques antérieurs et même en rencontrant les familles des militants qui avaient manifesté contre le régime de son père, Park Chung-hee, sa visite la plus controversée ayant été sa tentative ratée de déposer des fleurs devant une statue commémorant le martyr de l'ouvrier Jeon Tae-il. Mais surtout, Park prit comme enjeu de sa campagne pour la présidence l'idée d'une « démocratisation économique » (kyongje minjuhwa) et nomma le généralement affable réformateur économique Kim Jong-in comme président de son « Comité pour le bonheur national ». Kim fut l'architecte de l'article 119, alinéa 2 - la fameuse « clause sur la démocratie économique » - de la Constitution de la République de Corée, lequel accorde à l'Etat un rôle puissant en vue d'assurer une distribution équitable de la richesse et de prévenir les abus de pouvoir économiques par les acteurs dominants : l'inclusion de cette clause par Kim dans la constitution ayant suivi la Déclaration du 29 juin 1987 (laquelle garantissait des concessions significatives au Mouvement pour la démocratie) lui avait valu la colère de la Fédération des industries coréennes (FKI). Alors que Kim n'était pas convaincu de la loyauté du parti conservateur envers la cause de la démocratie économique, sa participation à la campagne signifiait que, contrastant avec la dernière élection présidentielle de 2007, les différences entre les camps libéral et conservateur quant aux questions économiques étaient étonnamment minces, les deux côtés promettant de réguler la cupidité des grands conglomérats coréens, les chaebol, et d'investir dans l'aide sociale. En résumé, Park se présentait sur un programme plus progressiste que celui des anciens candidats conservateurs, promettant même de créer une pension universelle pour les personnes âgées et d'étendre de manière importante le système de garderie. Mais les choses ont rapidement changé après son accession à la présidence.

 Malgré le ton courtois du débat sur la démocratisation économique, peut-être en raison d'un besoin d'une plus forte distinction entre le parti conservateur et l'opposition libérale, la rhétorique de Guerre froide finit par se faufiler dans le discours de campagne des conservateurs. La première cible fut la candidate du PPU Lee Jung-hee qui, directement confrontée à Park lors de débats télévisés, déclara que « le parti Saenuri et Park Geun-hye sont aux racines de la collaboration [pro-japonaise]et de la dictature et n'ont pas le droit de chanter l'hymne national  » (cf. Hankyoreh, 5 décembre 2012). En retour, Lee fut dépeinte comme une sympathisante de la Corée du Nord au regard de son passé militant et de ses attaques verbales contre la droite, en plus de ce qui était considéré comme sa réticence à critiquer directement la Corée du Nord. Les insinuations quant à des opinions politiques pro-Nord ne furent pas des attaques isolées contre Lee Jung-hee. Dès deux mois avant le jour de l'élection, la campagne de Park attaqua le candidat du Parti démocratique (PD) et principal concurrent, Moon Jae-in, avec une rhétorique similaire. Chung Moon-hun, un député du parti Saenuri entretenant des liens étroits avec le président de l'époque Lee Myung-bak, commença à se répandre en déclarations selon lesquelles l'ancien président Roh Moo-hyun, dont Moon avait été le chef de cabinet, avait convenu d'abandonner la frontière maritime occidentale de facto entre les deux Corée, désignée comme la Ligne de limite nord (NLL), pendant sa rencontre au sommet de 2007 avec le dirigeant du Nord. Kim Moo-sung, autre député du Saenuri et directeur de la campagne du parti au pouvoir, cita un extrait essentiel de la transcription du sommet presque mot pour mot pendant la campagne pour redonner de la vigueur aux accusations de Chung, révélant que lui et Chung avaient d'une manière ou d'une autre eu illégalement accès à la transcription du sommet, laquelle, en vertu de la loi, était considérée comme un document officiel classifié et mis sous scellé.2

De telles attaques contre la gauche libérale étaient déjà graves, mais l'aspect le plus alarmant de la campagne présidentielle de l'an dernier fut l'utilisation extensive de forums et de sites de réseaux sociaux populaires sur Internet par des organismes gouvernementaux, en premier lieu le NIS, pour rédiger et faire circuler des messages destinés à discréditer les principales figures de l'opposition décrites comme des gauchistes pro-Nord. A l'heure où cet article est écrit, les procureurs ont découvert que plus de 1,2 million de messages sur Twitter et près de 1 900 commentaires en ligne relatifs à la politique ou à l'élection ont été produits et mis en circulation par des agents de l'équipe de guerre psychologique du NIS ; l'enquête a aussi révélé des commentaires postés par des soutiens venus du secteur privé recrutés par le NIS mais ceux-ci n'ont pas encore, à ce jour, été inclus dans l'acte d'accusation.3 Ce fut cette ingérence directe qui fut la plus alarmante de l'avis de plusieurs observateurs, puisqu'elle a représenté une violation claire de la Loi sur l'élection des responsables public (articles 9 et 85). De la façon la plus puérile qui soit, le NIS apparaît avoir concocté des sobriquets plutôt poétiques pour les trois principaux candidats à la présidence : « Park Geun-hye a un sourire amical, Moon Jae-in a des yeux de lapin surpris, et Ahn Cheol-soo a un visage de serpent visqueux. » (cf. Hankyoreh, 21 octobre 2013, n.p.). La plupart des autres messages étaient plus substantiels et avaient un contenu plus idéologique, qualifiant Moon de « traître prêt à abandonner la NLL à la Corée du Nord » et l'accusant de conspirer pour l'« instauration d'une fédération intercoréenne et l'achèvement d'une réunification rouge » (Ibid., n.p.).

La guerre psychologique menée par le NIS pouvait porter gravement atteinte au camp Park. Une semaine avant l'élection, le Parti démocratique rendit publique sa découverte que le NIS était en train de manipuler l'opinion, mais le parti était capable d'impliquer un seul agent, Kim Ah-young, qui fut prise alors qu'elle remplissait sa mission à partir d'un studio loué à Séoul. L'équipe du PD et les journalistes encerclèrent l'appartement jusqu'à l'arrivée de la police et des membres de la Commission électorale nationale ; toutefois, après une enquête rapide et controversée, la police de la métropole de Séoul annonça qu'elle n'avait pu découvrir aucun méfait, ce qui exonérait en réalité le NIS de toute ingérence dans l'élection et entamait la crédibilité de Moon Jae-in qui, seulement quelques heures auparavant, avait accusé l'agent du NIS de telles pratiques au cours d'un débat télévisé pour l'élection présidentielle. En outre, Moon et ses soutiens furent blâmés pour avoir enfermé de force une femme innocente qui se trouvait être une employée du NIS. Ce fut seulement plus tard, après l'investiture de Park, que fut révélé le soutien effectivement apporté à Park par Kim sur Tweeter et les blogs, sur ordre direct de ses supérieurs du NIS.

WoonSeihoonCette révélation d'une implication du NIS et l'inculpation de l'ancien chef du NIS Won Sei-hoo qui s'ensuivit en juin pour violation de la loi électorale du pays, laquelle fut suivie d'une autre inculpation pour corruption en juillet, provoquèrent une série de manifestations et de rassemblements aux chandelles demandant une enquête minutieuse, tout au long de l'été et de l'automne. L'appel populaire pour une nouvelle enquête indépendante sur les activités de l'agence de renseignement pendant la campagne électorale se fit plus fort après les articles publiés par deux organes de presse - le Hankyoreh et le Centre coréen du journalisme d'investigation - rapportant que des soldats et employés du centre de commandement de la guerre cybernétique du ministère de la Défense nationale avaient travaillé de la même façon pour aider la campagne de Park. Un audit mené par l'Assemblée nationale révéla aussi que le ministère des Patriotes et des Anciens combattants s'était engagé dans des activités de promotion de Park en des termes positifs et de dénonciation de l'opposition comme « chongbuk » ou composée de gauchistes pro-Nord. Le ministère avait en plus organisé une session de formation des leaders d'opinion dans les mois précédant l'élection, en s'appuyant sur un programme soutenant que « le développement économique sous les gouvernements militaires autoritaires de Park Chung-hee[père de l'actuelle présidente] et de Chun Doo-hwan était la condition structurelle nécessaire pour une démocratie durable  » (cf. Hankyoreh, 14 octobre 2013, n.p.) ; en outre, le Hankyoreh rapporta qu'une telle session tenue à Pusan, deuxième plus grande ville du pays, incluait une vidéo intitulée « La Vérité sur la faction chongbuk » affirmant que le mouvement pour la démocratisation et contre la dictature pendant le régime Yusin de Park Chung-hee avait été entrepris sur ordre de la Corée du Nord. (Ibid., n.p.)

La politique de sécurité publique

Les insinuations quant à des opinions politiques pro-Nord ont pour objectif de délégitimer le mouvement démocratique en clamant qu'il a reçu ses ordres de la Corée du Nord et en niant les efforts de ce mouvement en vue d'accroître l'égalité et la liberté en Corée du Sud et son travail pour un engagement avec la Corée du Nord. L'utilisation de la rhétorique anti-communiste n'est pas nouvelle dans la politique sud-coréenne ; les conservateurs sud-coréens ont longtemps utilisé leur propre « style paranoïaque » (cf. Hofstadter, 1964) pour tirer des avantages politiques face à leurs opposants. Le plus désolant pour les politiciens libéraux et progressistes et pour les mouvements sociaux n'est pas l'utilisation de cette rhétorique en soi, mais le degré avec lequel les institutions gouvernementales concourent à de telles opinions politiques en intervenant directement dans les élections sud-coréennes et en défendant leurs actions comme des actes légitimes d'une guerre psychologique menée contre, selon les mots de Won Sei-hoon, « les disciples gauchistes de la Corée du Nord [qui] essaient de reprendre le pouvoir en étant en contact avec la Corée du Nord ». (cf. Associated Press, 14 juin 2013; cf. New York Times, 14 juin 2013)

Les actions du NIS et d'autres agences gouvernementales évoquent le souvenir pénible des anciens gouvernements autoritaires que le mouvement coréen pour la démocratie chercha à renverser et confirment à plusieurs égards les craintes entourant l'élection de Park, exprimées avant l'élection dans la déclaration de l'Association nationale des professeurs pour la démocratie (ANPD).

Il existe en Asie une mémoire historique vive des régimes militaires du passé cherchant des moyens de justifier leur pouvoir oppressif en exagérant les menaces sur la sécurité, en renforçant l'armée et le militarisme, en assimilant à une menace nationale les opinions dissidentes à l'intérieur, en employant des méthodes illégales pour exercer leur violence contre les citoyens, dans le seul but de monopoliser le pouvoir, la richesse et les médias dans quelques mains. Le résultat en fut la dévastation de la sécurité et des moyens basiques de subsistance des gens ordinaires. Cette histoire nous amène à considérer le retour de forces oligarchiques en Corée du Sud, mues par la nostalgie de l'ancien dictateur sud-coréen, comme de mauvais augure pour l'avenir de la démocratie en Corée du Sud aussi bien qu'ailleurs. (cf. ANPD, 2012)

Les affaires d'ingérence électorale impliquant le NIS et d'autres agences gouvernementales n'ont, cependant, pas été les seuls signes d'un retour à ce que plusieurs intellectuels coréens appellent la « politique de sécurité publique ».

Le nombre croissant de scandales a en gros coïncidé avec le renoncement à la principale promesse électorale de Park d'instituer une prétendue « démocratisation économique » par la restriction du pouvoir des conglomérats dominants et l'extension de l'aide sociale. Après avoir introduit quelques timides réformes de la gouvernance des entreprises et être revenue sur ses promesses essentielles de la campagne concernant l'instauration d'un système de pension universelle pour les personnes âgées, Park a déclaré que son action en faveur de la démocratisation économique était terminée. Quelques temps après cette annonce, même si cela n'avait peut-être aucun rapport, survint une rafale de gestes spectaculaires visant à insinuer que les forces politiques libérales de gauche avaient des opinions pro-Nord dans le cadre d'un discours plus large sur la sécurité publique. Dans un geste considéré comme une tentative de détourner l'attention de ses propres méfaits et de mettre en évidence ce qui était vu comme les tendances « chongbuk » des politiciens libéraux et progressistes, le 25 juin, le NIS organisa la fuite d'un extrait du sommet intercoréen de 2007 - le même extrait que celui cité l'an dernier par le directeur de campagne du parti au pouvoir - répétant l'accusation lancée par le Saenuri avant l'élection, selon laquelle l'ancien Président Roh Moo-hyun s'était préparé à renégocier la NLL entre la Corée du Sud et la Corée du Nord et à céder un territoire sud-coréen au Nord. Cette fuite laissait fortement entendre que le NIS et le parti au pouvoir avaient pu collaborer pendant la campagne électorale de la Présidente Park en partageant des secrets d'Etat en toute illégalité, suscitant davantage de protestations.

C'est alors que, le 28 août, le NIS révéla être en train d'enquêter sur le député du PPU Lee Seok-ki et ses adjoints soupçonnés de sédition et de complot en vue d'une rébellion armée contre le gouvernement sud-coréen en cas de guerre dans la péninsule coréenne divisée, et soupçonnés d'avoir enfreint la LSN. Le 4 septembre, une large majorité des députés de l'Assemblée nationale vota la levée de l'immunité parlementaire de Lee, bien que plusieurs députés libéraux et progressistes eurent exprimé leur inquiétude au sujet du comportement du NIS, y compris la fuite de rapports de surveillance des réunions du groupe présumé « chongbuk » de Lee au sein du PPU. Parlant devant cette prétendue « Organisation révolutionnaire » (OR), Lee est supposé avoir fait des commentaires sur la nécessité de se préparer à lutter contre l'impérialisme américain et, par extension, contre le gouvernement sud-coréen, si une guerre venait à éclater entre les deux Corée.4 Selon la transcription complète publiée en exclusivité par le Hankook ilbo, d'autres participants ont insisté sur les stratégies d'attaque des infrastructures de transport, énergétiques, de communication et d'autres infrastructures essentielles pour l'Etat. (cf. Hankook ilbo, 2 septembre 2013, A10-11 ; 3 septembre 2013, A10-11)5 Cette publication a beaucoup contribué à calmer la rage du public contre le gouvernement et le NIS ; immédiatement après l'arrestation de Lee, la cote de confiance de la Présidente Park a atteint le niveau historique de 64 % selon Gallup Korea, soit à peu près le pourcentage des personnes interrogées croyant en la culpabilité de Lee (61 %).6

D'autres actions ont visé à faire dérailler l'enquête sur l'ingérence électorale du NIS. Chae Dong-wook, le procureur général ayant inculpé Won Sei-hoon, fut mis en cause à la une du quotidien conservateur Chosun ilbopour avoir eu un fils illégitime (cf. Chosun ilbo, 6 septembre 2013, A1), et apparurent des allégations selon lesquelles la Maison bleue (le siège de la présidence coréenne) et le NIS avaient conduit un audit secret et sans précédent sur un procureur général en exercice afin de réunir des renseignements contre lui. En conséquence, Chae démissionna de son poste. Le suivant à partir fut Yun Sok-yeol, l'enquêteur en chef chargé de l'affaire du NIS, soi-disant pour avoir arrêté des agents du NIS sans en informer ses supérieurs. En dépit de ces intrigues et de l'étendue croissante du scandale, ou peut-être à cause d'elles, la Présidente Park s'abstint de presque tout commentaire à propos de l'affaire du NIS pendant l'été et le début de l'automne, laissant à ses conseillers le soin de défendre le NIS. Ce fut seulement le 31 octobre que Park s'exprima de manière catégorique, apportant son soutien à l'enquête en cours sur l'affaire. Toutefois, malgré ce soutien, la presse rapporta largement que le ministre de la Justice Hwang Kyo-ahn et le nouveau directeur du NIS Nam Jae-joon avaient cherché à faire obstruction à l'enquête sur le NIS. Il était dit que le ministre Hwang avait fait pression sur le procureur général Chae pour qu'il arrête les poursuites quant aux charges de fraude électorale, et que le directeur Nam s'était opposé à ce que l'enquêteur en chef Yun arrête et interroge des agents du NIS, lesquels furent rapidement libérés après le départ de Yun de l'équipe d'enquête.

Le bouc émissaire parfait?

Aux yeux de beaucoup en Corée du Sud et à l'étranger, il apparaît que le NIS emploie différentes stratégies pour éviter un examen approfondi de ses propres activités suspectées d'être illégales, mais, avant tout, tire avantage des excès de Lee et de ses associés, lequel constitue peut-être le bouc émissaire parfait pour la politique de sécurité publique renaissante. Lee soutient un courant nationaliste de gauche populaire dans les années 1980 mais en déclin depuis. Après le massacre de Kwangju de 1980, beaucoup de militants sud-coréens en vinrent à exprimer la conviction que les Etats-Unis accordaient davantage de valeur à l'anti-communisme qu'à la démocratie et aux droits humains en Corée du Sud. (cf. Park, 2007, 182-183) Certains intellectuels ont insisté sur le fait que la Corée était une société coloniale et qu'une révolution contre l'impérialisme américain était nécessaire. Poursuivant l'objectif d'une « libération nationale » (LN), les gens de cette tendance ont embrassé l'idéologie Juche (autosuffisance) de Kim Il-sung. Le plus éminent de ces penseurs fut Kim Young-hwan qui visita la Corée du Nord et rencontra Kim Il-sung en 1991. Après que les dénommés activistes LN eurent participé au mouvement pour l'unification de la fin des années 1980 et des années 1990, leurs positions idéologiques connurent un certain nombre de transformations suite à la transition démocratique de 1987. L'effondrement de l'Union soviétique, l'Accord cadre signé par Clinton avec la Corée du Nord, ainsi qu'un plus grand accès à l'information sur la Corée du Nord, menèrent à la dissolution graduelle des tendances pro-Nord. A l'image de nombreux anciens militants de gauche du Front populaire des Etats-Unis, devenus anticommunistes pendant la Guerre froide, certains anciens partisans du Juche tels que Kim Young-hwan ont modifié leurs convictions pour devenir d'importants intellectuels conservateurs associés au mouvement de la nouvelle droite coréenne. (cf. Park, 2007, 186-190)

Même si certains groupes nationalistes de gauche et pro-unification ont continué à adhérer à une critique de la politique étrangère américaine à l'égard de la Corée du Sud, il est rare de trouver aujourd'hui des militants épousant l'idéologie Juche ou une ligne pro-Nord, malgré les tentatives répétées des conservateurs de coller l'étiquette « chongbuk » aux forces favorables à la démocratie et à la réunification. (cf. Doucette 2013) Dans l'affaire Lee Seok-ki, beaucoup de gens de gauche ont été décontenancés par les idées et le langage démodés des transcriptions. Par exemple, le théoricien social Yi Jin-kyong, critique de longue date de la faction LN, a affirmé que le langage figurant dans les transcriptions des prétendues réunions de l'OR de Lee paraissait figé dans la relation antagoniste des Etats-Unis et de la Corée du Nord des années 1950. (Ku, Lee et Lee 2013, n.p., cf. Bae 2009) Si Lee et ses associés ont vraiment tenu les propos contenus dans les transcriptions fournies par le NIS, ils semblent appartenir à une très petite minorité de la gauche sud-coréenne. Yi Jin-kyong a remarqué que, même avant la récente crise, la plupart des participants du mouvement progressiste considéraient que la position de Lee était anachronique et avaient depuis longtemps pris leurs distances avec la faction de Lee. (cf. Ku, Lee et Lee, 2013, n.p.) Les vues politiques de Lee, son ascension au sein du PPU, sa nomination controversée à l'Assemblée nationale grâce à la représentation proportionnelle après une procédure contestée interne au parti furent les multiples raisons à l'origine du départ de personnalités libérales et progressistes des rangs du PPU.7

Tout en partageant l'opinion de Yi, selon laquelle les vues de Lee Seok-ki sont démodées et éloignées de la position de la gauche libérale, d'autres penseurs progressistes soutiennent que l'affaire pourrait causer des dommages considérables aux organisations politiques progressistes. En dépit du fait que la faction de Lee Seok-ki est au mieux marginale, prétendent-ils, son cas est utilisé pour ébranler la gauche libérale et détourner l'attention du public des questions plus larges posées par le scandale du NIS et par le besoin de poursuivre les réformes démocratiques dans la société sud-coréenne. (cf. Hankyoreh, 2 septembre 2013) En accusant Lee et d'autres membres du PPU d'avoir commis des délits aussi sensationnels, le NIS a réussi à retourner l'opinion publique en sa faveur, les rêves supposés de Lee quant à ce qu'il faudrait faire en cas de guerre entre les Corée en faisant l'instrument idéal pour contrer la demande de la gauche libérale concernant une enquête indépendante sur l'ingérence électorale et une réforme substantielle du NIS lui-même. L'affaire Lee Seok-ki pourrait également saper les tentatives d'une réforme démocratique plus large de la société sud-coréenne, dans la mesure où elle justifie la politique de sécurité publique. Les conservateurs ont mis en exergue les succès politiques de Lee comme preuve que le gauchisme pro-Nord est bel et bien vivant en Corée du Sud, contaminant l'ensemble du PPU et de la gauche libérale sud-coréenne. Par ce procédé, ils ont voulu ignorer le fait que les fortes convictions nationalistes de gauche de Lee, vestiges de l'ancienne idéologie de libération nationale, ne sont pas représentatives de l'ensemble de la gauche libérale sud-coréenne.

La contestation de la démocratisation

Ce qui a lieu actuellement en Corée du Sud fait partie d'une tentative plus vaste entreprise dès 2008 d'effacer les acquis des administrations libérales et du mouvement en faveur de la démocratie dans le pays. Bien que les gouvernements de Kim Dae-jung et de Roh Moo-hyun ne furent en aucun cas progressistes au regard de leurs principales mesures en matière d'économie et de politique étrangère (lesquelles inclurent une dérégulation complète du marché du travail, de multiples accords de libre échange et la participation à la guerre en Irak), Kim et Roh cherchèrent tous les deux l'engagement et la détente avec la Corée du Nord à travers la « politique du rayon de soleil ». (cf. Choi, 2005) Ils ont aussi cherché à réformer l'appareil coercitif de l'Etat coréen : création de la Commission nationale des droits de l'homme et de la Commission vérité et réconciliation, promotion des droits des femmes grâce au ministère de l'Egalité entre les sexes et de la Famille, et tentative de réforme du NIS et d'autres institutions disciplinaires.8 D'importants activistes, intellectuels et personnages publics des mouvements pour la démocratie des années 1960, 1970 et 1980 ont joué un rôle dans ce processus et beaucoup d'entre eux ont occupé des postes clés dans les administrations des Présidents Kim et Roh.

Sous le Président Lee Myung-bak, ces nouvelles institutions ont été restructurées, dissoutes ou largement subordonnées à l'administration. D'une manière générale, le mandat de Lee a aussi été marqué par la poursuite de la rhétorique anticommuniste et du discrédit jeté sur la démocratisation de la Corée. Le rôle des intellectuels de la nouvelle droite dans la révision des manuels d'histoire, l'arrêt des subventions aux associations civiques qui ont participé aux « manifestations aux chandelles » contre la politique de Lee dans les premiers mois de son gouvernement, de même que les actions d'associations civiques conservatrices telles que la Fédération coréenne des parents, l'Association coréenne des vétérans victimes de l'agent orange et l'Alliance pour le patriotisme contre les groupes de l'opposition libérale de gauche sont des exemples notables de la politique de cette période.

Un point intéressant dans le contexte actuel, cependant, est l'étendue de l'intervention des institutions disciplinaires dans la vie politique nationale. Cela inclut les initiatives indépendantes de divers ministères comme les efforts coordonnés à un niveau plus central visant à renforcer le pouvoir des conservateurs et à faire obstacle au travail des libéraux et des progressistes. Il convient aussi de noter que ces institutions se mettent à utiliser les médias sociaux afin de générer du soutien aux candidats conservateurs et de diffamer l'opposition. Alors que les gouvernements surveillent souvent les médias sociaux pour contrôler les activités de l’opposition, il se peut que l’affaire de l’ingérence du NIS dans l’élection soit un des premiers exemples d’utilisation à grande échelle des médias sociaux par des agences gouvernementales en vue d’influencer un résultat électoral.

De plus, les charges contre Lee Seok-ki et ses associés – violation de la Loi de sécurité nationale, sédition, complot de rébellion armée – évoquent le pénible souvenir de l’exagération des menaces sur la sécurité nationale pendant la Guerre froide. Même si des militants politiques issus de mouvements d’étudiants, de travailleurs et de citoyens de base ont été souvent pris pour cible en application de la LSN, y compris sous les administrations libérales de Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, des accusations d’une telle sévérité sont inédites depuis la fin de la dictature militaire en 1987. La seule exception est survenue en 1995 quand les anciens dictateurs Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo ont été tardivement poursuivis et reconnus coupables de mutinerie et de trahison. Le retour d'accusations synonymes d'une époque révolue rappelle les parodies de justice antérieures telles que le procès du dissident politique, futur président et lauréat du prix Nobel de la paix, Kim Dae-jung en 1980, et l'affaire montée de toutes pièces du Parti révolutionnaire du peuple au milieu des années 1970, laquelle aboutit à l'arrestation arbitraire de plus d'un millier de dissidents et à l'exécution expéditive de huit personnes innocentes réhabilitées à titre posthume à la fin des années 2000. Dans ces deux affaires, le NIS, alors appelé Agence coréenne centrale du renseignement (KCIA), a joué un rôle majeur, comme il le fait aujourd'hui dans l'enquête et les poursuites à l'encontre de Lee Seok-ki.

Se fondant sur l'arrestation et l'inculpation de Lee, le parti Saenuri au pouvoir a soutenu une proposition de révision de la Loi sur le dédommagement et la restauration de l'honneur des militants du mouvement pour la démocratisation, une loi visant à réhabiliter et à dédommager les anciens militants pour la démocratie qui furent emprisonnés, torturés et poursuivis sous les gouvernements autoritaires des années 1960 aux années 1980. L'amendement proposé autoriserait le Premier ministre à demander un réexamen des décisions de dédommagement et à récupérer les sommes accordées, si le bénéficiaire en était déclaré indigne. Cette tentative de briser la loi en vigueur cite la place occupée par Lee Seok-ki dans la liste des candidats à la réhabilitation et aux dédommagements, ainsi que les privilèges déjà octroyés par la loi à ses supposés complices de l'Organisation révolutionnaire (OR), comme preuve que tout le mouvement sud-coréen pour la démocratie et les partis politiques qui y sont associés doivent être revus. Par exemple, le grand quotidien conservateur Donga ilbo, le premier à révéler l'histoire reliant Lee à la loi aujourd'hui contestée, a insisté sur le fait que l'ancien candidat de l'opposition à l'élection présidentielle Moon Jae-in a été, lui aussi, impliqué dans le comité chargé d'examiner la situation des militants pour la démocratie, s'efforçant ainsi de jeter le doute non seulement sur le PPU lui-même mais aussi sur le principal parti d'opposition, le Parti démocratique, et sur l'histoire de la démocratisation en Corée du Sud. (Donga ilbo, 7 septembre 2013, n.p.)

Enfin, le plan du gouvernement de dissoudre le PPU avant que la justice rende sa décision finale dans l'affaire Lee Seok-ki est vu par la plupart des responsables politiques de la gauche libérale comme une grave brèche dans un procès en bonne et due forme. Ils affirment que le gouvernement cherche à amalgamer la prétendue Organisation révolutionnaire de Lee, le PPU et la gauche libérale, et, par association, à dépeindre le principal parti d'opposition comme une organisation « chongbuk » embrassant en secret la rhétorique de Lee. Le Hankyoreh rapporte que le ministère de la Justice a identifié des points du programme « démocratie progressiste » du PPU comme inconstitutionnels et « identiques aux arguments venant de Pyongyang », tels que « vaincre la domination étrangère et faire disparaître la dépendance de la Corée du Sud à l'égard de l'alliance avec les Etats-Unis ». (cf. Hankyoreh, 6 novembre 2013 ; ministère de la Justice, 2013) Cette affirmation du gouvernement, ainsi que l'apparente suppression par les procureurs de plusieurs enregistrements originaux sur lesquels sont basées les transcriptions décisives, ont suscité l'inquiétude que le ministère de la Justice exagère la menace afin d'étouffer les critiques contre le NIS. En outre, tandis que le ministère a dit s'inquiéter des irrégularités dans les primaires du PPU, ces irrégularités sont en cours de traitement par la justice. En résumé, il n'existe pas de base légale à la dissolution d'un parti politique, surtout avant une décision de justice, et un tel événement n'est pas arrivé depuis la période des gouvernements autoritaires.9

Conclusion

Il s'agit d'un moment dangereux pour la démocratisation de la Corée du Sud. La politique de sécurité publique, produit résiduel des premiers gouvernements fondés sur l'anticommunisme et la sécurité nationale, connaît une étrange résurrection. Il y a d'autres exemples de politique de sécurité publique qui ne peuvent pas être approfondis ici mais méritent qu'on les mentionne aussi : la surveillance illégale de civils par le Commandement de la sécurité militaire (une branche de l'armée coréenne) et par le bureau du Premier ministre pendant l'administration Lee Myung-bak ; et la récente nomination par la Présidente Park de Kim Ki-choon, personnalité étroitement liée à la dictature de son père, le général Park Chung-hee, comme nouveau chef de son cabinet. L'administration Park cherche agressivement à radier un des plus grands syndicats du pays, l'Union des enseignants et travailleurs de l'éducation coréens (KTU), 60 000 membres, en avançant qu'il compte quelques travailleurs renvoyés ou exclus dans ses rangs. La KTU a été en première ligne de la lutte contre la récente révision des manuels scolaires coréens visant à décrire la dictature de Park Chung-hee sous un jour favorable et est un syndicat traditionnellement actif et parfois militant, ce qui en fait une importante bête noire des forces conservatrices. La cible la plus récente du gouvernement est le Syndicat des employés du gouvernement de Corée (KGEU), dont le serveur informatique a été saisi par la justice pendant 22 heures parce que figurait sur son forum Internet un message posté par une autre organisation, favorable à l'opposition pendant la campagne présidentielle. Le syndicat déclare que les procureurs ont confisqué du matériel dépassant de loin le cadre de l'affaire, dont des comptes-rendus de réunions et la liste des utilisateurs du site depuis plus de deux ans.

Ces récents événements font pâle figure face à l'ampleur des scandales susmentionnés, mais ils sont aussi révélateurs de la trajectoire négative de forces politiques définitivement désireuses de reposer sur les vestiges de la Guerre froide et des dictatures du passé. Pourtant, les manœuvres téméraires du NIS et de ses soutiens du parti au pouvoir pour diffamer l'ensemble des forces libérales et progressistes à travers des insinuations sur leurs opinions politiques pro-Nord soulignent à quel point les idéologues conservateurs et les institutions gouvernementales obsolètes se sentent menacés par l'héritage de la démocratisation. Côté avantages, le NIS a donné des raisons suffisantes au public pour que ce dernier lutte contre son intrusion dans la sphère politique, donnant vie à une nouvelle séquence de l'activisme populaire en faveur de la démocratie. Les organisations civiques progressistes et l'opposition demandent à la Présidente Park de tracer une ligne claire entre son administration et celle de son père, par la nomination d'un procureur spécial indépendant pour enquêter sur le NIS et par la restructuration de cette agence gouvernementale créée dans le but de maintenir la sécurité au détriment des libertés civiles et des droits démocratiques.10

Mais la réforme du NIS n'est qu'une pièce dans un grand puzzle. En fin de compte, des progrès substantiels pour la démocratisation devront inclure tous les éléments suivants : une réforme tendant à l'égalité dans la poursuite de la démocratisation économique comme stipulé dans la constitution de la République de Corée ; la réforme de ce qui subsiste de l'appareil coercitif de la Guerre froide, qu'il s'agisse de ses vestiges institutionnels comme le Service national de renseignement ou de sa traduction légale qu'est la Loi de sécurité nationale, utilisés pour réprimer les désaccords exprimés par des personnes aux fortes convictions ; et, peut-être le plus important, abandonner la culture politique de la Guerre froide, qui essaie de décrire toute perspective politique située à gauche d'un gouvernement sécuritaire conservateur comme un modèle de politique « chongbuk ».

 

Jamie Doucette est maître de conférences à l'Université de Manchester. Se-Woong Koo est chercheur invité à la Fondation Rice Family et maître de conférence au Centre MacMillan pour les études internationales et régionales, à l'Université de Yale. Avec d'autres chercheurs, ils sont à l'initiative de la Déclaration des chercheurs concernés sur l'ingérence du Service national de renseignement dans la démocratie en Corée du Sud et d'une campagne de signatures au début du mois de septembre 2013. La déclaration a été signée par plus de 200 chercheurs du monde entier et présentée lors d'une conférence de presse tenue à la Fondation coréenne pour la démocratie le 22 octobre à Séoul.


Article original :

Jamie Doucette et Se-Woong Koo, "Distorting Democracy: Politics by Public Security in Contemporary South Korea"The Asia-Pacific Journal, Vol. 11, Issue 48, No. 4, 2 décembre 2013 (traduction française : Association d'amitié franco-coréenne)

 

Références :

Associated Press, “South Korea’s ex-Spy indicted in election scandal”, 14 juin 2013

Bae Joon-bum, “The South Korean left’s ‘northern question’”, in Rüdiger Frank, Jim Hoare, Patrick Köllner et Susan Pares (eds), Korea yearbook 2009: politics, economy and society, Brill, Leiden, 2009, pp.87–116.

Choi Jang-jip, Democracy after Democratization: The Korean Experience, Humanitas, Seoul, 2005

Chosun ilbo, « Le procureur général Chae a dissimulé son fils illégitime », 6 September 2013, A1 (en coréen)

Donga ilbo« Exclusif : De nombreux honorés pour activisme démocratique parmi les membres de l'OR », 7 septembre 2013 (en coréen)

Jamie Doucette, "The Korean Thermidor: On political space and conservative reactions", Transactions of the Institute of British Geographers, Volume 38, Issue 2, pp.299–310.

Gallup Korea, "Daily Opinion 083", 6 septembre 2013 (en coréen)

Hankook ilbo, “Transcription intégrale de la réunion du PPU et de l'OR, première partie”, 2 septembre 2013, A10-11 (en coréen)

Hankook ilbo, “Transcription intégrale de la réunion du PPU et de l'OR, seconde partie”, 3 septembre 2013, A10-11 (en coréen)

Hankyoreh, "Park administration’s prickly reaction to priest’s comments", 26 novembre 2013

Hankyoreh, "UPP's Progressive platform blown up into ‘chongbuk'", 6 novembre 2013

Hankyoreh, "NIS sent out more than 50,000 politically motivated Twitter messages", 21 octobre 2013

Hankyoreh, "Documents show ministry indoctrinated "opinion leaders" with conservative bias", 14 octobre 2013

Hankyoreh, "Progressive experts on how to respond to insurrection scandal", 2 septembre 2013

Hankyoreh, "Progressive candidate steals debate show by blasting Park Geun-hye", 5 décembre 2012

Richard Hofstadter, “The Paranoid Style in American Politics”, Harper’s Magazine, novembre 1964, pp.77-86.

Association des journalistes coréens, « Rejet de l'injonction de suppression de la 'transcription Lee Seok-ki' dans le Hankook ilbo », 10 octobre 2013 (en coréen)

Kim Dong-choon, "The Truth and Reconciliation Commission of Korea:  Uncovering the Hidden Korean War", The Asia-Pacific Journal, 9-5-10, 1ermars 2010

Ku Yeong-sik, Lee Hee-hoon et Lee Ju-yeong, « Entretien : la situation de Lee Seok-ki et le mouvement progressiste », OhMyNews, octobre 2013 (en coréen)

Ministère de la Justice de Corée du Sud, « Le Parti progressiste unifié : jugement sur la dissolution du parti politique », 5 novembre 2013 (en coréen)

Association nationale des professeurs pour la démocratie, Déclaration d'intellectuels en mémoire de la dictature Yusin, 2012

New York Times, "South Korea Intelligence Agents Accused of Tarring Opposition Online Before Election", 14 juin 2013

Park Kun-young, "The Evolution of Anti-Americanism in South Korea: Policy Implications for the United States", Korea Journal, hiver 2007, pp.177-195.

TV Chosun, "TV Chosun Exclusive: NIS Exposes ‘Lee Seok-ki’s Underground Organization RO'", 28 août 2013

 

Notes :

1  Les auteurs tiennent à remercier Mark Selden et Jae-jung Suh pour leurs commentaires et suggestions lors de l'écriture de cet article. Comme d'habitude, les erreurs sont du seul fait des auteurs.

2  Après l'élection, une enquête échouera à retrouver la transcription originale aux Archives nationales, et le ministère de la Défense nationale confirmera que l'ancien président Roh n'a donné aucune indication quant à un abandon de la NLL pendant les pourparlers avec le Nord.

3  A l'heure où cet article est écrit, les procureurs envisagent des charges criminelles supplémentaires contre 22 membres de l'équipe de guerre psychologique du NIS. Il paraît certain que l'affaire du NIS va continuer à avoir des répercussions.

4  L'acronyme « OR » (« RO » en anglais) est l'abréviation du nom coréen supposé de ce groupe, Mujang inmin hyongmyong kigu (Organisation révolutionnaire armée du peuple), et serait apparu dans le mandat produit par le NIS pour arrêter Lee et d'autres membres du PPU. Il a été mentionné pour la première fois dans la presse par TV Chosun le 28 août et repris par la suite dans d'autres médias. Il reste toutefois difficile de dire si Lee et ceux accusés de faire partie du groupe utilisaient eux-mêmes ce nom. (cf. TV Chosun, 28 août 2013)

5  Alors qu'il existe des inquiétudes au sujet de l'exactitude des transcriptions en circulation, la Cour du district de Séoul a refusé d'émettre une injonction à la demande du PPU contre le journal, affirmant qu'« il est difficile d'estimer que le contenu des transcriptions est différent des déclarations réelles des participants, en considérant les rapports d'enquête intermédiaires des procureurs et les propres conférences de presse du PPU ». (Association des journalistes coréens, 10 octobre 2013, n.p.)

6  Parmi ceux qui évaluaient favorablement l'action de Park, le plus fort motif (22 %) de soutien était sa « politique à l'égard de la Corée du Nord ». (cf. Gallup Korea, 2013)

7  La récente crise n'a fait qu'amplifier ce processus ; par exemple, le Parti progressiste pour la justice, composé de plusieurs anciens et importants hommes et femmes politiques du PPU ayant quitté le parti après la controverse sur des irrégularités dans la sélection des candidats à la représentation proportionnelle, dont Lee, a eu un rôle déterminant dans le vote de la levée de son immunité à l'Assemblée nationale, par mépris pour lui mais aussi pour se distinguer de l'idéologie de Lee et d'un PPU de plus en plus acculé. Le principal parti d'opposition, le Parti démocratique, a émis un vote similaire sur l'arrestation de Lee en reconnaissant que sa notoriété publique croissante devenait un handicap qu'on pouvait difficilement se permettre.

8  Pour plus de détails, voir le numéro spécial de Critical Asian Studies (vol.42, n°4, 2010) consacré à la Commission vérité et réconciliation en Corée. (cf. Kim DC, 2010)

9  Au cours du premier procès tenu en octobre 2013, 45 membres du PPU ont été déclarés innocents de l'accusation d'« obstruction à une affaire officielle » suite aux allégations selon lesquelles ils auraient aidé à manipuler le processus de vote par procuration. Le ministère public a fait appel de ce jugement et la date du second procès n'était pas encore connue au moment où cet article a été rédigé.

10  Jusqu'à présent, cette initiative est qualifiée par la droite d'autre cas de politique « chongbuk ». Par exemple, au cours d'une réunion récente du conseil suprême du parti Saenuri au pouvoir, le chef du parti Hwang Woo-yea (qui a servi comme juge sous la dictature de Chun Doo-hwan) a répondu aux appels à une démission de Park lancés par le diocèse de Jeonju de l'Association des prêtres catholiques pour la justice : « Nous devons être prudents et prêter une grande attention aux allégations selon lesquelles les efforts visant à rejeter les résultats de l'élection présidentielle ont vraiment augmenté après que la Corée du Nord a récemment donné l'ordre de mener une campagne anti-gouvernementale au Sud. » (Hankyoreh, 26 novembre 2013)

 


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Jeudi 28 novembre 2013 4 28 /11 /Nov /2013 23:52

138491609135_20131121.jpgIl y a un an et demi, les interventions massives  sur Internet - sous de fausses identités, naturellement - des agents des services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) ont commencé pour manipuler l'opinion publique. Il s'agissait du premier acte dans la dérive autoritaire de la démocratie sud-coréenne. Alors que des enquêtes - bloquées par le gouvernement de Mme Park Geun-hye - sont en cours, le quotidien sud-coréen Hankyoreh a révélé quel était le quotidien d'un agent du NIS dans une guerre psychologique qui n'a pas pris fin, ayant comme but premier de barrer le retour au pouvoir des démocrates puis de discréditer l'opposition. L'article qui suit, intitulé "Inside the NIS's psychological warfare" ("A l'intérieur de la guerre psychologique du NIS"), écrit par Jung Hwan-bong, a été traduit de l'anglais par nos soins.


Lors du passage du dernier typhon, la Maison Bleue [NdT : siège de la présidence sud-coréenne] a envoyé un gros titre aux quotidiens. Que les dommages du typhon aient en réalité été importants ou non n'avait pas d'importance. Les journaux étaient seulement censés y accorder assez d'espace. Le gros titre était "Grâce au projet des quatre fleuves, le typhon du siècle a causé moins de dégâts".

C'était le premier poste mis en ligne, le 27 août 2012, par une agent du Service de renseignement (NIS) que nous appellerons Kim, après qu'elle eut ouvert un compte sur Today’s Humor [L'humeur du jour], un  site Internet populaire parmi les jeunes. 

Dix minutes après s'être inscrite sur le site, Kim a voté contre un message qui critiquait le projet des quatre fleuves du président d'alors Lee Myung-bak. Le lendemain, le 28 août, Kim a créé quatre nouveaux comptes sur le site Internet. Sur Today's Humor, il est possible de créer un compte en fournissant simplement une adresse email. Le véritable nom de l'utilisateur, son identifiant et son numéro de téléphone ne sont pas demandés.

En utilisant ces comptes, Kim a cliqué sur "recommander" un post qui disait "Dehors les zombies gauchistes !", suivant le terme utilisé pour dénoncer les progressistes en Corée. Puis Kim a posté un commentaire qui disait "Même si nous arrosons d'argent la Corée du Nord, nous n'aurons que des bombes en retour". 

Ce fut ce jour-là que la guerre psychologique de Kim a commencé véritablement sur Today's Humor, alors qu'elle s'est mise à poster des commentaires sur l'élection présidentielle de décembre dernier et d'autres questions politiques.

Elle avait été une simple étudiante

Kim était une étudiante ordinaire qui s'était inscrite dans un département de sciences de l'informatique d'une université privée de Séoul en 2003. Elle étudiait aussi les sciences sociales dans un groupe de travail et participait à un club d'informatique de l'université. Sur son site personnel, elle avait même montré un certain degré de conscience sociale, en postant des citations socialement critiques de Kim Je-dong, une personnalité de la télévision et un défenseur de Roh Moo-hyun connu pour son bagout.

Après avoir été diplômée en 2007, trouver un travail était une préoccupation, et c'est pourquoi Kim a sauté de joie quand elle a été acceptée au NIS l'année suivante. Elle était alors représentative des jeunes d'une vingtaine d'années que nous voyons tous les jours. Mais survint alors un événement qui a conduit Kim à vivre une vie différente de celle des autres jeunes de son âge.

Ce fut son affectation à la division de guerre psychologique du NIS. Après avoir rejoint le NIS en 2008, Kim a passé sept mois d'entraînement physique, sur mer et dans les airs. Elle a même gravi les monts Jiri pendant trois jours pleins.

En octobre 2010 elle a été affectée à la division de guerre psychologique, qui se subdivise en quatre équipes. Son activité cybernétique a commencé en août 2012, juste avant l'élection présidentielle. La première équipe de cette unité était en charge de la planification des actions, et deux autres des grands portails Internet. Une dernière équipe était responsable des médias sociaux.

C'est dans l'équipe numéro trois que Kim a fini par travailler. Cette équipe avait pour tâche de travailler avec des sites de communautés Internet de taille moyenne, comme Today’s Humor, Ilgan Best Jeojangso ("La meilleure mine d'informations quotidiennes", site mieux connu sous le nom “Ilbe”), et Bobae Dream (Rêve de trésors), un site de vente de véhicules usagés.

Le terrain des opérations de la division de guerre psychologique du NIS était formé par les grands sites Internet qui rassemblent des gens ordinaires, et le travail des agents de la division consistait à imposer leurs vues sur l'opinion dominante prévalant sur ces sites.

Le travail de base de Kim consistait à écrire des postes sur Today’s Humor, mais elle devait garder un profil bas. Conformément au manuel opérationnel de la division de guerre psychologique, les agents ne devaient pas travailler près des locaux du NIS, qui se trouve dans le quartier Naegok du district Seocho de Séoul.

Le même manuel précise que les agents doivent accomplir leur travail loin des entrées des cafés afin de ne pas être reconnus par les caméras de sécurité. Kim devait aussi éviter d'utiliser une carte de crédit à son nom, car on aurait pu la tracer, et il lui était interdit d'aller dans le même café plus que quelques fois. De plus, toutes les semaines ou toutes les deux semaines elle devait effacer les messages qu'elle avait écrits.

Kim fréquentait les cafés du quartier Gangnam à Séoul, où elle vit, ainsi que les cafés de Myeongdong, de Sinsa et d'autres endroits de la ville. Dans les cafés, elle se connectait à Internet et publiait des messages sur Today’s Humor.

Il semble que le plus important, pour les agents du NIS devant s'engager dans des activités politiques pendant leurs heures de travail, est de cacher leur identité.

En suivant les ordres venus d'en haut

L'objectif des commentaires en ligne était tout à fait clair. Kim votait contre les messages qui critiquaient le Gouvernement ou soutenaient le candidat de l'opposition Moon Jae-in et l'indépendant Ahn Cheol-soo, et elle votait pour les posts soutenant l'administration Lee (ou écrits par d'autres agents du NIS).

Parfois Kim recevait également des ordres urgents du chef d'équipe. Kim a appliqué les ordres quand elle a posté une vidéo de “Style MB” sur Today’s Humor le 28 août 2012. Le “style MB” est une parodie du “Gangnam Style” de Psy. La vidéo a été réalisée pour soutenir l'ancien Président Lee Myung-bak, souvent désigné sous les initiales “MB.”

Le programme quotidien de Kim daily était assez simple. Elle trouvait un café qui convenait, gardait un oeil sur Today’s Humor et écrivait des messages. Autour de l'heure du déjeuner, elle se rendait à son bureau au siège du NIS dans le quartier de Naegok et rendait compte de son activité en ligne.

Après avoir rendu son rapport et reçu les instructions quotidiennes pour la guerre psychologique, Kim  quittait le siège du NIS. Elle se rendait alors dans différents cafés, s'installait devant son ordinateur et menait la guerre psychologique avec les citoyens du Net jusqu'à la fin de sa journée, à 18h.

Certains des sites Internet de taille moyenne dont Kim était responsable exigeaient que leurs utilisateurs donnent leur vrai nom. Si elle menait la guerre psychologique en utilisant une seule adresse ID, il y avait de bonnes chances que des citoyens du Net perspicaces découvrent qu'il y avait quelque chose de louche.

En fait, début septembre - peu après que Kim eut commencé à faire ce type de travail - des messages commencèrent à être postés sur Today’s Humor sous-entendant qu'elle était payée pour laisser des messages. Kim rechercha ces messages et essaya de voter contre eux, mais ce ne fut pas suffisant.

Quand Kim parla de ces problèmes à son chef d'équipe, on lui fournit immédiatement le numéro d'identification d'un civil du nom de Kim, âgé de 42 ans. Kim créa encore plus de comptes et se consacra avec encore plus d'ardeur à ses activités de guerre psychologique.

Les instructions que Kim reçut de la division de guerre psychologique incluaient la critique de Kwak No-hyun, ancien superintendant des écoles de Séoul, le soutien aux voyages à l'étranger de Lee Myung-bak, la mise en cause du soutien à la reprise sans conditions préalables du tourisme dans les monts Kumgang par le candidat démocrate à l'élection présidentielle Moon Jae-in, ainsi que les louanges au succès du lancement du satellite Naro-ho satellite.

La plupart des instructions reçues n'avaient pas de lien avec la Corée du Nord, même si les monts Kumgang sont en Corée du Nord. Néanmoins, Kim semble avoir cru que le meilleur processus de décisions consiste à laisser les chefs décider. Elle a simplement accompli les instructions qu'on lui donnait.

Elle a même dû poster une critique de Kim Je-dong, le comédien qu'elle avait naguère apprécié. Kim a écrit le message suivant sur le mur de Bobae Dream le 3 octobre 2013: “J'apprécie vraiment Kim Je-dong sur un plan personnel, mais je n'accroche pas sa position sur la base navale... Cela m'inquiète vraiment que toutes ces personnes qui se rassemblent contre la base navale rendent seulement les choses plus difficiles pour les habitants de Gangjeong [sur l'île de Jeju].”

La guerre psychologique de Kim prit fin le 11 décembre 2012. Elle avait passé une journée ordinaire. Vers 15h50, elle s'était connectée sur Today’s Humor et avait voté contre un article intitulé "Le vote à l'étranger m'inquiète".

Le message s'inquiétait que le vote des Coréens de l'étranger puisse tourner à l'avantage de Park Geun-hye, qui était la candidate à l'élection présidentielle du parti conservateur Saenuri. Alors que Kim passait de l'un de ses multiples comptes aux autres, elle vota contre ce message et douze autres posts analogues.

Après avoir effacé sept messages qu'elle avait elle-même écrits, elle rédigea un post intitulé "Vous n'êtes pas jaloux de la technologie nord-coréenne, n'est-ce pas ?" qui critiquait le lancement de satellite de la Corée du Nord, et finit alors son travail surToday’s Humor.

Deux heures plus tard, des officiers de police et des fonctionnaires de la Commission électorale nationale se présentèrent au domicile de Kim à Gangnam après avoir reçu un tuyau du Parti démocrate. Kim nia travailler pour le NIS quand lui on posa la question. Après être rentrée chez elle, Kim ferma la porte et resta invisible pendant trois jours. Elle essaya même d'effacer les traces de son activités en ligne, y compris en supprimant définitivement 187 messages sur son ordinateur personnel autour du 12 décembre.

Cinq jours après que l'identité de Kim eut été rendue publique, la police fit une communication d'étape sur les résultats de l'enquête, en déclarant qu'ils n'avaient pu établir aucun fait délictueux.

L'annonce de la police, qui eut lieu à 23h juste après le débat entre les candidats à la présidentielle, éveilla des soupçons selon lesquels la police cherchait à couvrir cet incident.

Après l'élection de Park le 19 décembre, la campagne de guerre psychologique du NIS contre l'opinion publique coréenne apparut couronnée de succès. Le lendemain à 14h, Min Byeong-ju, chef de la division de guerre psychologique, envoya un message à Kim.

L'élection est maintenant terminée, et tout ce que nous avons à faire à présent est d'effacer nos traces”, déclara Min. “Vous n'avez pas idée combien j'étais soulagé lorsque j'ai regardé les résultats à la télévision, et tout cela, c'est grâce à vous.

Mais quelqu'aient été les efforts menés, les messages postés laissèrent des traces sur Internet, et la vérité éclata. Kim fut transférée de la division de guerre psychologique à une autre division au sein du NIS, où elle travaille encore aujourd'hui.



Source : Jung Hwan-bong, "Inside the NIS's psychological warfare", Hankyoreh, 20 novembre 2011, traduction AAFC-JRP, liens ajoutés par l'AAFC

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Jeudi 14 novembre 2013 4 14 /11 /Nov /2013 00:00

Le 5 novembre 2013, le gouvernement sud-coréen a lancé une procédure d'interdiction à l'encontre du principal parti de gauche, le Parti progressiste unifié (PPU), qui compte 6 sièges au Parlement et avait remporté 10,3 % des voix aux dernières élections législatives, en avril 2012. La requête transmise par le ministère de la Justice à la Cour constitutionnelle est sans précédent dans l'histoire démocratique de la Corée : c'est bien un tournant autoritaire que prend la République de Corée, et qui exige la mobilisation de toutes celles et de tous ceux qui, en France et dans le monde, sont attachés aux valeurs de démocratie et de liberté. 

Jusqu'où iront-ils ? C'est la question que l'on peut légitimement se poser, après la multiplication des atteintes à l'ordre démocratique en Corée du Sud depuis l'arrivée au pouvoir de Mme Park Geun-hye, à l'issue d'une élection entachée de fraudes impliquant les services de renseignement (NIS) au plus haut niveau, et que Mme Park se refuse toujours de réformer, et plus encore de condamner.

Après l'interdiction du syndicat enseignant KTU et les manoeuvres en cours pour réviser les manuels scolaires dans un sens conservateur, la fille du général Park Chung-hee (arrivé au pouvoir par un coup d'Etat militaire en 1961, puis assassiné par son chef des services de renseignement après avoir établi le régime politique le plus autoritaire qu'ait connu la Corée du Sud) peut désormais rivaliser avec son père en lançant une procédure inédite depuis l'avènement de la démocratie au Sud de la péninsule : interdire un parti légalement constitué, représenté au Parlement, en faisant valoir auprès de la Cour constitutionnelle que ses activités ou ses objectifs violeraient les règles démocratiques. Tel est le sens d'une demande adressée le 5 novembre dernier par le ministère de la justice à l'encontre du Parti progressiste unifié (PPU), sur la base d'affabulations, orchestrées par le NIS, selon lesquelles un de ses députés - Lee Seok-ki - aurait tenté de fomenter une insurrection avec l'appui de la Corée du Nord.

Après la diffamation, le gouvernement sud-coréen pratique l'amalgame en assimilant les activités prétendument insurrectionnelles du député Lee seok-ki à celles de l'ensemble de son parti, dès lors accusé de suivre les idées du Juché de la République populaire démocratique de Corée et d'ainsi porter atteinte à l'ordre constitutionnel sud-coréen. Le raisonnement juridique est fondamentalement vicié, mais il sert à donner un vernis de légalité à une procédure étrangère aux principes démocratiques. La Cour constitutionnelle doit se prononcer dans un délai de six mois, et il n'est pas exclu qu'elle rende un jugement politique conforme aux vues de Mme Park Geun-hye et de son Gouvernement, en assimilant les appels au retrait des troupes américaines de Corée ou les critiques contre le capitalisme aux idées révolutionnaires de la RPD de Corée.

138372859322 20131107 Dans une conférence de presse organisée le même jour à Séoul (photo à gauche), la présidente du PPU, Mme Lee Jung-hee a dénoncé une politique d'oppression sans précédent contre un parti représenté au Parlement et "une version 2013 de la dictature Yusin", du nom du régime ultra-autoritaire mis en place par le général Park Chung-hee, père de l'actuel chef de l'Etat, entre 1972 et 1979.

Professeur émérite d'histoire coréenne à l'Université Sungkyunkwan, Seo Jung-seok a déclaré au quotidien sud-coréen Hankyoreh : "Bien que la situation du PPU ait en elle-même une valeur symbolique, elle doit être considérée comme s'inscrivant dans un mouvement plus vaste [qui] inclut une explosion de maccarthysme et d'anticommunisme et une manipulation politique pour créer un état d'urgence. Elle doit être considérée comme faisant partie d'une série récente d'actions régressives, comme les fuites de renseignements sur la Ligne de délimitation Nord (NLL), l'interdiction du syndicat coréen des professeurs et travailleurs de l'éducation (KTU), l'infléchissement conservateur des manuels scolaires et la tentative du service national de renseignement d'influencer l'élection [présidentielle] et d'interférer dans la procédure judiciaire".

A la fin du régime Syngman Rhee, l'interdiction - déjà - du principal parti d'opposition, le Parti progressiste, puis l'exécution de son dirigeant Cho Bong-am s'était fondée sur un amalgame avec des orientations soi-disant pro-Corée du Nord. Ces procédures iniques avaient accéléré le déclenchement de la révolution de 1960. Les réactionnaires au pouvoir à Séoul devraient prendre garde à ce que l'histoire ne se répète pas, alors que la société sud-coréenne n'est pas prête à se voir confisquer les acquis démocratiques pour lesquels elle a lutté : les manifestations contre le scandale des services de renseignement prennent une ampleur grandissante, tandis que le syndicat interdit des enseignants a vu ses effectifs exploser. Le gouvernement sud-coréen peut interdire des organisations, il n'empêchera pas l'opposition démocratique de s'exprimer. Il importe, à chacune et à chacun dans le monde, d'apporter son soutien aux démocrates sud-coréens. Tel a toujours été l'un des objectifs principaux de l'AAFC, depuis sa fondation en 1969, et elle continuera de lutter en ce sens.

Mais pour être entendue, la voix des démocrates sud-coréens doit être relayée au plus haut niveau. Au moment même où Mme Park Geun-hye donnait son approbation à la saisine de la Cour constitutionnelle pour engager une procédure d'interdiction du PPU, elle quittait la France où elle avait été reçue avec tous les honneurs dus au rang économique de la Corée du Sud par le Président François Hollande. Espérons que ce dernier n'aura pas été sourd aux sacrifices des milliers de Sud-Coréens morts hier pour la démocratie, ni aux voix étouffées de celles et de ceux qui ont le courage de porter à nouveau, aujourd'hui, le flambeau des valeurs de justice et de liberté.

Principale source (dont photo) :  Hankyoreh.

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Dimanche 3 novembre 2013 7 03 /11 /Nov /2013 23:17

manifestation Paris Park-geun-hyeA l'occasion de la visite de la Présidente Park Geun-hye en France, les Sud-Coréens ont manifesté à deux reprises, samedi 2 novembre 2013 place du Trocadéro (photos) et le lendemain devant le Palais Royal.  Ayant réuni au total près de 200 personnes, Coréens mais aussi Français, les manifestants ont dénoncé les conditions frauduleuses de l'élection de Mme Park Geun-hye en décembre 2012, en demandant l'invalidation du scrutin et une enquête indépendante sur l'ingérence des services de renseignement (NIS) dans le processus électoral.

C'est un collectif de citoyens sud-coréens vivant en France, profondément préoccupés par les atteintes à l'état de droit qui font peser de graves menaces sur la démocratie, qui a appelé pendant deux jours à manifester contre la visite de Mme Park Geun-hye en France.

Depuis des mois, les révélations se succèdent sur l'ingérence de l'appareil de sécurité dans l'élection présidentielle de décembre 2012 qui a vu l'élection de la candidate conservatrice (Parti Saenuri) Mme Park Geun-hye. Dans le pays le plus connecté à Internet au monde, plus de 70 agents des services de renseignement sont accusés d'avoir fait campagne pour la chef d'Etat élue en postant des messages sur Internet hostiles à ses adversaires démocrates. Ces pratiques ont été révélées par l'ouverture d'une enquête judiciaire en avril 2013. Pour discréditer le procureur Chae Dong-wook, les services de renseignement sud-coréens (NIS) ont utilisé leur relais de presse habituel - le très conservateur Chosun Ilbo, déjà impliqué dans d'autres campagnes de désinformation - pour lancer à son encontre une campagne de calomnie sur sa vie privée, qui a conduit à l'engagement d'une enquête administrative et à la démission d'un procureur réputé pour son indépendance et son intégrité.

Une enquête parlementaire sur le NIS - que ce dernier cherche à entraver - a révélé, en octobre dernier, qu'un autre procureur, Yoon Suk-yol, avait été relevé de ses fonctions après avoir cherché à interroger des agents du NIS, révélant une implication au plus haut niveau de l'Etat pour faire obstacle à la manifestation de la vérité.

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Depuis, les Coréens manifestent par dizaines de milliers, jusqu'en France, où les manifestations aux chandelles de ce week-end se sont inscrites dans une tradition instaurée en 2002 sur le sol de la péninsule coréenne. Outre le collectif d'organisateurs regroupés autour du blog Paris Copain, Mme Kim Jinhee, représentante du Parti progressiste unifié à Paris, et des personnalités coréennes en France ont pris la parole. Les demandes sont multiples : invalidation du scrutin, fin de l'ingérence du pouvoir dans les enquêtes en cours sur le NIS, réforme d'une administration du renseignement tentaculaire au coeur des coups portés à la démocratie sud-coréenne ces cinq dernières années, marqués par les arrestations arbitraires d'opposants et de syndicalistes et les mises au pas de médias indépendants. En outre, Mme Park Geun-hye a remis en place les hommes de son père, le général Park Chung-hee, parvenu au pouvoir par un coup d'Etat militaire en 1961 et ayant instauré le régime le plus autoritaire qu'ait connu la Corée du Sud, de 1972 à son assassinat en 1979.

Manif Paris Trocadéro 02112013
Quand la Corée du Sud était dirigée par une junte militaire, le Gouvernement français faisait bien trop souvent preuve d'un silence coupable - seule l'alternance politique, en 1981, avait conduit un temps à une certaine remise en cause, bien vite oubliée sous les promesses de contrats sonnants et trébuchants. Fidèle soutien aux démocrates sud-coréens dans les heures les plus difficiles du combat pour un Etat de droit en Corée du Sud, l'Association d'amitié franco-coréenne exhorte le Gouvernement français à ne pas jeter un voile pudique sur les régressions démocratiques en cours au Sud de la péninsule. Les Sud-Coréens qui ont aujourd'hui le courage de défendre la démocratie ne doivent être les laissés pour compte des accords économique avec la prospère Corée du Sud.

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Plus d'informations sur le blog Paris Copain

Photos Alain Noguès   

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Dimanche 8 septembre 2013 7 08 /09 /Sep /2013 15:51

Services_secrets.JPG En Corée du Sud, le Service national de renseignement (National Intelligence Service, NIS) a cherché à influencer l'élection présidentielle du 19 décembre 2012, suscitant la colère des citoyens sud-coréens de plus en plus nombreux à manifester pour une réforme des services de renseignement et des excuses de la part de la présidente élue Park Geun-hye. En réaction, le NIS se contente de diversions grossières. Officiellement, le NIS a huit missions : les enquêtes de sécurité (ce qui inclut les enquêtes sur les personnes et organisations désignées comme pro-Corée du Nord), le renseignement sur la Corée du Nord, le contre-espionnage, la sécurité industrielle, le contre-terrorisme, la cyber-sécurité, la lutte contre le crime international, le renseignement à l'étranger. Il convient donc d'en ajouter une neuvième : l'ingérence dans la vie politique sud-coréenne, une vieille habitude des services secrets sud-coréens depuis les années 1960.

Park Coup 1961Créée le 19 juin 1961 à partir du Corps de contre-espionnage de l'armée, l'Agence centrale de renseignement de Corée (du Sud), alors plus connue sous le nom de KCIA (Korea Central Intelligence Agency), fut placée directement sous le contrôle du Conseil suprême pour la reconstruction nationale, dans le sillage du coup d'Etat militaire du 16 mai 1961 qui porta au pouvoir le général Park Chung-hee (père de l'actuelle Présidente Park Geun-hye). A l'origine, les missions de la KCIA étaient de « superviser et coordonner les activités de renseignement et d'enquête sur les crimes au niveau national et international de toutes les agences gouvernementales de renseignement, y compris militaires ». Par ses missions très étendues, la KCIA pouvait donc être vue comme un équivalent sud-coréen des CIA et FBI des Etats-Unis. La KCIA établit un réseau complexe de liens institutionnels avec presque tous les organes de décision sud-coréens, s'assurant le quasi-monopole des informations concernant la sécurité nationale et, plus important, usant de ses fonctions de supervision et de coordination pour exercer un droit de veto sur les autres agences.

Une anecdote témoigne de la toute-puissance de la KCIA : après l'élection présidentielle sud-coréenne de 1971, le candidat battu Kim Dae-jung (qui sera élu président 26 ans après) rencontra Lee Hu-rak, directeur de la KCIA, et lui dit : « Je n'ai pas perdu contre Park Chung-hee, j'ai perdu contre vous. » A l'époque, les fonctions de Lee Hu-rak en faisaient le responsable de la campagne électorale du général Park. La KCIA était même impliquée dans le comptage des bulletins de vote... Par la suite, les services de renseignement sud-coréens se mêleront de toutes les élections présidentielles, à de rares exceptions près, pour favoriser le candidat du camp conservateur. Une telle ingérence fut d'ailleurs reconnue en novembre 2006 par le directeur des services secrets lui-même, Kim Man-bok, devant l'Assemblée nationale sud-coréenne.

En Corée du Sud, la KCIA disposait d'un pouvoir presque illimité, supérieur à celui de la police, pour enquêter sur et détenir toute personne soupçonnée de « comportement anti-Etat », restreignant sévèrement le droit de critiquer le pouvoir en place. Les interrogatoires, détentions et poursuites de dissidents, de figures de l'opposition et de journalistes étaient fréquents, créant une atmosphère de répression politique, le régime du général Park justifiant les atteintes aux libertés civiques par la prétendue menace de la Corée du Nord.  

Entre 1961 et 1979, le gouvernement de Park Chung-hee fit à plusieurs reprises appel à l'armée ou à la loi martiale en réponse à l'agitation politique en Corée du Sud. Par exemple, le 15 octobre 1971, le gouvernement envoya la garnison pour réprimer des manifestations d'étudiants, menant à l'arrestation de près 2 000 d'entre eux. Un an plus tard, le 17 octobre 1972, Park proclama la loi martiale, dissout l'Assemblée nationale et fit arrêter de nombreux dirigeants de l'opposition. En novembre, la constitution dite Yusin (revitalisation), qui augmentait considérablement les pouvoirs du président, fut adoptée par référendum sous la loi martiale.

Avec la constitution Yusin, le régime de Park Chung-hee devint de plus en plus autoritaire, gouvernant par décrets présidentiels d'urgence, pas moins de neuf décrets d'urgence étant signés entre janvier 1974 et mai 1975. La déjà draconienne Loi de sécurité nationale, interdisant depuis 1948 les activités jugées subversives, pro-communistes ou en faveur de la Corée du Nord qualifiée d'« organisation anti-Etat », fut aggravée par une loi anti-communiste encore plus sévère. En vertu de ces deux lois et de la mesure d'urgence n° 9, tout type d'activité anti-gouvernementale, y compris les discours et écrits critiques, pouvait être interprété comme un acte criminel de « sympathie avec le communisme ou les communistes » ou d'« assistance à des organisations anti-gouvernementales ». L'intimidation politique, les arrestations arbitraires, la détention préventive, et le traitement brutal des prisonniers étaient alors monnaie courante, quand certains opposants n'étaient pas purement et simplement assassinés, comme Chang Chun-a. 

Les difficultés économiques rencontrées par la Corée du Sud à partir de 1979 ne firent qu'accroître la répression des opposants. Divers conflits du travail durement réprimés par le gouvernement suscitèrent un large mécontentement populaire dont les manifestations les plus spectaculaires furent la démission collective des députés de l'opposition et des émeutes dans les villes de Busan, Masan et Changwon où le gouvernement décréta la loi martiale.

Dans cette atmosphère tendue et vraisemblablement peu satisfait de la gestion de la situation, le directeur de la KCIA Kim Jae-kyu assassina Park Chung-hee et le chef de la sécurité de la présidence Cha Ji-chol le 26 octobre 1979. La loi martiale fut immédiatement décrétée, donnant au lieutenant-général Chun Doo-hwan, commandant du Service du renseignement et de la sécurité militaires, une position politique et militaire considérable.

Suite à l'assassinat du Président Park par le chef de la KCIA, cette dernière fut purgée et perdit provisoirement une large partie de ses pouvoirs. Entre avril et juillet 1980, Chun Doo-hwan, devenu chef de la KCIA, profita de sa position pour étendre son pouvoir au-delà de l'armée.

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Mais l'absence de réforme provoquait des troubles croissants en Corée du Sud. Début mai 1980, les étudiants manifestèrent pour diverses revendications sociales et politiques, y compris pour la levée de la loi martiale en vigueur depuis octobre 1979. Les manifestations étudiantes furent les plus massives entre le 13 et le 16 mai, quand les dirigeants du mouvement obtinrent du gouvernement du nouveau Président Choi Kyu-ha la promesse d'une accélération des réformes. Cumulant les fonctions de chef d'état-major des armées et de directeur de la KCIA, Chun Doo-hwan intervint alors pour forcer le Président Choi à démissionner (le 16 août), Chun accédant lui-même à la présidence en septembre. Les rassemblements politiques furent interdits et plusieurs responsables politiques arrêtés. Le symbole de la répression qui s'abattit en 1980 sur la Corée du Sud est la ville de Kwangju (sud-ouest) dans laquelle les manifestations contre la prolongation de la loi martiale et l'arrestation de l'opposant Kim Dae-jung tournèrent au soulèvement contre les forces spéciales envoyées pour mater la révolte. L'armée ne reprit le contrôle de la ville qu'après neuf jours, le 27 mai 1980, et près un massacre ayant causé officiellement 200 morts, mais jusqu'à plusieurs milliers selon d'autres sources.

Etait-ce pour effacer cette tâche sanglante sur son histoire ? En 1981, l'Agence centrale de renseignement de Corée fut rebaptisée Agence pour la planification de la sécurité nationale (Agency for National Security Planning, ANSP) et ses pouvoirs redéfinis. L'ANSP devenait la principale agence de collecte et de traitement du renseignement, en coordination avec d'autres organismes chargés d'obtenir l'information et de l'analyser. Comme la KCIA, l'ANSP n'avait de comptes à rendre qu'au Président.

Fin 1981, la loi précisa les attributions de l'ANSP pour y inclure « la collecte, la compilation et la diffusion de l'information à l'intérieur et à l'étranger concernant la sécurité du public contre les communistes et les complots visant à renverser le gouvernement ». L'ANSP était aussi en charge des enquêtes sur les crimes punis par la Loi sur la protection des secrets militaires et la Loi de sécurité nationale : insurrection, agression extérieure, rébellion, aide et d'encouragement de l'ennemi, divulgation de secrets militaires.

Outre l'ANSP, les principaux services de sécurité du régime de Chun Doo-hwan étaient le Commandement de la sécurité militaire (DSC) et les forces de combat de la Police nationale, l'ANSP et la DSC étant plus particulièrement en charge du « renseignement politique ». Ce dispositif répressif permit au régime de contenir la colère populaire jusqu'en 1987. Les services de sécurité étaient fortement présents dans les centres urbains, près des campus universitaires, dans les bureaux du gouvernement et des partis politiques, dans les médias. Les étudiants et les jeunes étaient particulièrement sujets aux arrestations arbitraires. Aujourd'hui encore, le renseignement sud-coréen recrute des informateurs parmi les étudiants coréens, y compris à l'étranger. 

Contre les manifestations, le gouvernement sud-coréen envoyait habituellement les forces de combat de la police. S'ensuivaient des arrestations massives de manifestants et des poursuites à l'encontre des organisateurs. La loi prévoyait bien un mandat d'arrêt, mais celui-ci n'était pas toujours produit en cas d'arrestation pour des motifs politiques. La Loi relative aux rassemblements et aux manifestations fut l'outil privilégié pour contrôler la vie politique en Corée du Sud et limiter l'expression de l'opposition, sous le prétexte de « troubles » à l'ordre public. La violation de la loi pouvait alors entraîner une peine de sept ans d'emprisonnement. De 1980 à 1988, le régime de Chun Doo-hwan fut ainsi à l'origine de 84 % des 6 701 enquêtes diligentées dans le cadre de la législation sur les rassemblements et manifestations.

A partir de 1985, la Loi de sécurité nationale, instaurée en 1948, fut de plus en plus utilisée pour faire taire toute opposition en Corée du Sud. Mais la définition très large des délits punis par cette loi permit au régime de Chun d'y recourir plus qu'à toute autre loi d'ordre politique. Avec des lois telles que la Loi sur la sécurité de la société et la Loi relative aux crimes contre l'Etat, la Loi de sécurité nationale restreignait, voire supprimait la protection des prévenus dans des procédures concernant des affaires non politiques.

Au cours des interrogatoires, les services de sécurité usaient non seulement de la violence psychologique ou physique mais aussi de la torture. En janvier 1987, les tortures mortelles infligées à Park Jeong-cheol, un étudiant de l'Université nationale de Séoul interrogé sur une de ses camarades de classe, jouèrent un rôle décisif dans la mobilisation de l'opinion publique sud-coréenne contre les pratiques répressives du gouvernement, aboutissant au soulèvement de juin en faveur de la démocratie

Outre la violence des services de sécurité, la campagne pour l'élection présidentielle de décembre 1987 fut marquée par des manipulations de la part de l'ANSP, comme l'« affaire Suji Kim ». En janvier 1987, un homme nommé Yun Tae-sik avoua à l'ANSP avoir étranglé son épouse Suji Kim pendant une dispute dans leur appartement de Hong Kong. L'agence de renseignement organisa alors une conférence de presse au cours de laquelle Yun déclara que la Corée du Nord avait essayé de l'enlever avec la complicité de Suji Kim, espionne affiliée à l'Association générale des Coréens résidant au Japon. Avec cette affaire d'espionnage montée de toutes pièces, l'ANSP essayait de peser sur le résultat de l'élection présidentielle et de faire oublier les violences commises à l'encontre des étudiants en lutte pour la démocratie. La vérité sur l'« affaire Suji Kim » ne fut connue que 14 ans plus tard, en 2001, à l'issue d'une enquête criminelle. Le tribunal condamna Yun Tae-sik à 15 ans et demi de prison et ordonna au gouvernement de verser une indemnité de 4,2 milliards de wons (3,5 millions d'euros) à la famille de Suji Kim.

La mobilisation des citoyens contre la violence du gouvernement commença à payer en 1989 quand la loi limita l'utilisation des gaz dans la répression des manifestations (pour la seule année 1987, on estime que 260 000 projectiles lacrymogènes furent utilisés par la police sud-coréenne). Même si le gouvernement continuait d'interdire les manifestations organisées par des opposants accusés de chercher à « troubler l'ordre social », la mobilisation allait croissante : selon les statistiques officielles sud-coréennes, 1,7 million de personnes participèrent à 6 552 manifestations en 1988, et 2,2 millions de personnes participèrent à 6 791 manifestations en 1989.

Jusqu'en 1988, l'ANSP disposait d'agents dans les instances des pouvoirs judiciaire et législatif, jusqu'à la Cour criminelle de Séoul, la Cour suprême de Corée du Sud, et l'Assemblée nationale. Le budget de l'ANSP ne restait ni public ni vérifiable par les députés. Mais, en juillet 1989, sous la pression de l'opposition et de l'opinion, l'ANSP fut soumise à un audit de l'Assemblée. En contrepartie, la structure organisationnelle de l'ANSP, alors connue du public, fut classifiée en 1990.

En dépit des changements politiques et sociaux survenus en 1987 en Corée du Sud, l'ANSP semblait toujours considérer que le soutien au camp conservateur au pouvoir faisait partie de ses missions prioritaires. Par exemple, en avril 1990, Kim Young-sam, responsable du Parti libéral démocrate (PLD), se plaignit d'être l'objet, avec plusieurs autres membres du PLD, de « manœuvres politiques des services de renseignement », comprenant écoutes, surveillance et enquêtes financières.

L'ANSP restait donc très impliquée dans la politique intérieure sud-coréenne, empêchant toujours l'expression d'idées considérées comme « extrémistes », même si elles n'avaient aucun lien avec la Corée du Nord. Malgré l'accord conclu en septembre 1989 par les principaux responsables des partis au pouvoir et de l'opposition pour retirer à l'ANSP le pouvoir d'enquêter sur les activités pro-Corée du Nord (un crime selon la Loi de sécurité nationale), l'agence de renseignement continua de le faire plutôt que de se limiter à la lutte contre les tentatives intérieures et extérieures visant à renverser le gouvernement.

En 1992, à la veille de l'élection présidentielle opposant Kim Dae-jung à Kim Young-sam, l'ANSP annonça avoir découvert une tentative de la Corée du Nord visant à créer une branche sud-coréenne du Parti du travail. Soixante-deux personnes furent arrêtées pour avoir enfreint la Loi de sécurité nationale. Bénéficiant du soutien du Président sortant Roh Tae-woo, Kim Youg-sam prétendit que des hommes politiques étaient impliqués, mettant aussi en cause l'idéologie de son rival Kim Dae-jung. Quand Kim Young-sam fut élu, l'affaire se dégonfla. En 2006, le Service national de renseignement, successeur de l'ANSP, dut reconnaître que cette dernière « avait exagéré l'incident et essayé de l'exploiter pour favoriser le parti au pouvoir ». L'ANSP avait inventé un « Parti du travail de Corée du Sud » en amalgamant trois organisations clandestines qui n'avaient pas de relations entre elles…

En 1994, la loi réglementant l'ANSP fut révisée suivant un accord entre le parti au pouvoir et l'opposition, instaurant une « commission d'information » au sein de l'Assemblée nationale sud-coréenne pour garantir la neutralité politique de l'agence. Une autre mesure visant à empêcher les services secrets sud-coréens de faire du « renseignement politique » fut la dissolution du Comité de coordination de l'information de l'ANSP en raison de l'influence indûment exercée par cet organisme sur des institutions telles que le Bureau du Procureur général. En outre, en réponse aux nombreuses critiques et allégations de violations des droits de l'homme, l'ANSP mit en place un « bureau de vigilance » afin de surveiller les enquêtes menées à l'intérieur du pays et d'empêcher les agents d'abuser de leurs pouvoirs pendant les interrogatoires.

L'élection présidentielle de 1997 fut néanmoins l'occasion de nouvelles manipulations de l'ANSP en vue d'influencer le scrutin. La victoire écrasante du Grand Parti national (GPN, conservateur) au pouvoir aux élections générales de 1996 avait été attribuée à des incidents survenus à la frontière inter-coréenne, et l'ANSP voulut donc faire souffler le « vent du Nord » sur l'élection présidentielle. Ainsi, en août 1997, l'agence annonça avoir intercepté des conversations entre Oh Ik-jae, ancien dirigeant du Cheondogyo (« religion de la voie céleste »), et Kim Dae-jung, candidat à l'élection présidentielle, avant que Oh se rende secrètement en Corée du Nord. En décembre, quelques jours seulement avant l'élection, l'ANSP demanda à la police d'émettre un mandat d'arrêt contre Kim Dae-jung, alléguant que Oh lui avait envoyé une lettre montrant que la Corée du Nord le soutenait. Puis un Américain d'origine coréenne nommé Yun Hong-jun déclara lors d'une conférence de presse que « Kim Dae-jung avait des relations avec des officiels nord-coréens de haut rang ».

Mais l'ANSP ne réussit pas à instiller la peur et l'opposant de longue date Kim Dae-jung fut élu, ouvrant la voie à dix ans de politique « du rayon de soleil », favorisant le rapprochement entre les deux Corée. Après l'élection, la justice arrêta six responsables de l'ANSP, dont le directeur de l'agence Gwon Yeong-hae. Pour le procureur, « la position de Gwon était que Kim Dae-jung ne devait pas être Président et il rendit publique la lettre de Oh pour effectivement faire souffler le 'vent du Nord' ». Le procureur révéla également que l'ANSP avait versé de l'argent à Yun pour sa conférence de presse.

En 1999, les services de renseignement furent à nouveau débaptisés pour devenir le Service national de renseignement (National Intelligence Service, NIS).

N'étant plus au pouvoir, le camp conservateur se dit à son tour victime des agissements des services secrets. En novembre 2002, un mois avant l'élection présidentielle, Kim Yeong-il, alors secrétaire général du Grand Parti national, tint une conférence de presse au cours de laquelle il déclara avoir obtenu un document concernant des écoutes téléphoniques ordonnées par des hauts responsables du NIS, et rendit public les noms de 39 éminentes personnalités dont 24 parlementaires, deux présidents de médias, huit journalistes ainsi que le contenu de leurs conversations. Le NIS nia ces allégations, affirmant que le document venait de milieux financiers cherchant à manipuler le cours des actions, et que les téléphones cellulaires ne pouvaient pas être mis sur écoute.

En septembre et octobre 2002, soit avant l'incident, le député du GPN Jeong Hyeong-geun avait présenté d'autres documents censés être des rapports d'écoutes du NIS, dont la transcription d'une conversation entre Yosida Dakesi, homme d'affaires japonais jouant un rôle d'intermédiaire avec la Corée du Nord, et Park Ji-won, alors chef de cabinet du Président Kim Dae-jung. Le NIS qualifia ces éléments de « totalement fabriqués ».

En 2005, la justice sud-coréenne confirma que les documents présentés par Jeong venaient bien du NIS : au début des années 1990, sous la présidence de Kim Young-sam, l'ANSP constitua une équipe clandestine baptisée « Mirim » pour écouter les conversations de personnalités sud-coréennes influentes de la politique et des affaires. Quand le NIS démantela l'équipe « Mirim » en 1998, après l'arrivée au pouvoir du Président Kim Dae-jung, l'ancien chef de « Mirim » conserva 274 enregistrements qu'il ne remit au NIS qu'en 1999, sans être sanctionné. Une telle indulgence entraîna des soupçons quant à une possible utilisation desdits enregistrements par le NIS à des fins de chantage.

Mais la petite manipulation de 2002 attribuée au NIS, susceptible de nuire à la majorité comme à l'opposition, était sans commune mesure avec celle de 2012.

L'ingérence du NIS dans l'élection présidentielle de décembre 2012 a été la conséquence directe des cinq ans de la chasse aux éléments classés « pro-Corée du Nord » menée sous l'administration du Président Lee Myung-bak (2007-2012). Car la manipulation du scrutin de 2012 n'a pas seulement consisté en des messages postés sur Internet, diffamatoires pour le candidat de l'opposition Moon Jae-in : avant l'élection, le NIS a délibérément falsifié la transcription du sommet d'octobre 2007 entre le président sud-coréen Roh Moo-hyun et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, puis a provoqué une fuite de ladite transcription afin de faire passer le candidat de l'opposition, ancien chef de cabinet du Président Roh, pour un sympathisant pro-Nord, toujours un crime en Corée du Sud en vertu de la Loi de sécurité nationale. Dans le document falsifié, le Président Roh offrait de redéfinir le tracé de la ligne de limite nord (Northern Limit Line, NLL) qui, depuis 1953, sert de frontière de facto entre les deux Corée en mer de l'Ouest (mer Jaune). 

Les efforts du NIS n'ont pas été vains puisque la campagne pour l'élection présidentielle de 2012 se transforma en débat pour savoir si la NLL avait été abandonnée ou non, et sur qui était un sympathisant de la Corée du Nord et qui ne l'était pas. Un tel débat avantageait naturellement le Parti Saenuri (successeur du Grand Parti national) au pouvoir. La manipulation n'aurait pas si bien fonctionné sans l'aide des médias conservateurs, à la loyauté inconditionnelle envers la droite, et sans l'absence de vision du Parti démocrate d'opposition qui entra dans le débat sur les allégations d'abandon de la NLL par le Président Roh, en oubliant les problèmes posés par l'ingérence du NIS dans l'élection présidentielle et la divulgation d'archives présidentielles. Mobilisés dès le début de l'affaire, les membres de la société civile, en particulier les professeurs et les étudiants, finirent par convaincre le Parti démocrate d'ôter ses œillères et de faire son travail d'opposant. Trop tard. 

Des messages diffamatoires postés sur Internet constituent une ingérence relativement mineure des services secrets dans la vie politique, moins grave que la publication d'une transcription falsifiée d'une rencontre officielle. Il s'avère pourtant que la fuite provoquée de la transcription du sommet d'octobre 2007 était un plan monté par l'équipe de la candidate du parti au pouvoir Park Geun-hye afin de détourner l'attention du public du scandale des messages hostiles à Moon Jae-in. Ainsi, deux jours avant l'élection du 19 décembre 2012, dans la ville de Busan, un député du Parti Saenuri, Kim Moo-seong, tenait une réunion en faveur de la candidate Park Geun-hye, au cours de laquelle il lut une partie de la transcription du sommet de 2007. La nouvelle se propagea vite et Moon Jae-in devint pour une partie de l'opinion l'« ancien chef de cabinet du Président qui voulait abandonner la NLL ».

WonSeihoon KimYongpan 16082013Ce n'est qu'une fois Park Geun-hye élue que la justice sud-coréenne s'empara de l'affaire. Une destruction des preuves par les services secrets et la police fut mise en évidence, ce qui entraîna la mise en examen du directeur du NIS Won Sei-hoon et du chef de la police régionale de Séoul Kim Yong-pan. Les révélations sur la manipulation de l'élection présidentielle et les tentatives de couvrir ces pratiques ont en outre porté un coup sérieux à la légitimité de la Présidente Park Geun-hye, même si cette dernière essaie de faire bonne figure en affirmant que le résultat de l'élection aurait été le même dans tous les cas et en demandant au NIS de « se réformer lui-même ».  

1961-2013… De la KCIA au NIS, en passant par l'ANSP, les services sud-coréens n'ont jamais ménagé leurs efforts pour soutenir le camp le plus conservateur, passant de la répression la plus brutale à cette autre forme de violence, insidieuse, qu'est la manipulation. Ce qui choque le plus les citoyens sud-coréens, de plus en plus mobilisés contre ces pratiques, est l'impunité dont semblent bénéficier les principaux responsables. Comme l'écrit un éditorialiste du quotidien sud-coréen Hankyoreh au sujet du scandale de l'élection de 2012 :

« Le père a pris le pouvoir par un coup d'Etat réussi. La fille a pris le pouvoir 52 ans plus tard à l'issue d'une élection. Elle a été aidée par une tentative réussie de manipulation de l'élection.

Il y a neuf ans, le Grand Parti national (prédécesseur du Parti Saenuri aujourd'hui) a mené la destitution du Président Roh Moo-hyun, car, selon eux, il avait échoué à maintenir sa neutralité politique dans une élection.

Que faire maintenant ? Vont-ils dire qu'une manipulation couronnée de succès dans une élection présidentielle ne peut pas être plus poursuivie qu'un coup d'Etat réussi? »

 

Sources :

Federation of American Scientists

Kwak Byong-chan, "The NIS’s long history of political interference", Hankyoreh, 12 juillet 2012

"Manipulation or Illegal Wiretap", Dong-A Ilbo, 14 juillet 2007

Kim Rahn , " Former NIS directors face probe" et Seo Dong-shin, "Former bugging bureau was core of spy agency", The Korea Times, 7 août 2005, sur le site de l'UCLA International Institute

 

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Politique sud-coréenne
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Dimanche 18 août 2013 7 18 /08 /Août /2013 17:50

En France, quelles seraient les réactions si un ancien haut fonctionnaire entendu par une commission d'enquête parlementaire refusait de jurer de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? C'est pourtant ce qui est arrivé le 16 août 2013 en Corée du Sud, quand l'ancien chef des services de renseignement et l'ancien chef de la police de Séoul ont refusé de prêter serment devant les députés sud-coréens enquêtant sur le scandale de l'ingérence des services secrets dans l'élection présidentielle de décembre 2012. Ils ont ensuite fourni aux députés des explications alambiquées. Quand ils ne choisissaient pas de garder le silence. Le mépris affiché par les deux anciens hauts fonctionnaires, avec le soutien à peine dissimulé des députés du parti au pouvoir, n'est pas de nature à apaiser la colère des citoyens sud-coréens de plus en plus nombreux à protester contre les tentatives de manipulation de l'opinion et l'inertie des autorités.

 WonSeihoon KimYongpan 16082013Le 16 août 2013, l’ancien chef du Service national du renseignement (NIS) Won Sei-hoon et l’ancien chef de la police régionale de Séoul Kim Yong-pan étaient convoqués par la commission de l'Assemblée nationale sud-coréenne chargée d'enquêter sur l’ingérence des services secrets dans l’élection présidentielle du 19 décembre 2012. Won Sei-hoon aurait ordonné une campagne de diffamation en ligne contre le candidat de l’opposition Moon Jae-in à l’approche de l’élection présidentielle dans le but d’influencer l’opinion publique en faveur de la candidate du Parti Saenuri (conservateur) Park Geun-hye, finalement élue. Kim Yong-pan est quant à lui accusé d'avoir cherché à entraver l’enquête de la police sur ce scandale.

L'audition de Won Sein-hoon et Kim Yong-pan a mal commencé puisque, convoqués le 14 août, ces deux témoins clés ont d'abord refusé de venir devant la commission. Les députés ont donc émis un ordre de comparution pour le 16 août.

Devant la commission d'enquête parlementaire, Won Sei-hoon a refusé de prêter serment. L'ancien chef des services secrets sud-coréens a ensuite réfuté les accusations d'ingérence dans l'élection présidentielle de décembre 2012, en avançant des arguments plutôt étranges : pour Won, les messages postés sur Internet par les agents du NIS ne visaient pas le candidat de l'opposition... mais la Corée du Nord.

« Les activités du NIS qui consistaient à poster des messages en ligne entraient dans le cadre de la guerre psychologique contre la Corée du Nord et n'étaient donc pas une intervention dans l'élection présidentielle », a déclaré Won aux députés. « La Corée du Nord a considérablement renforcé la partie dédiée au cyberespace lors de la réorganisation du département en charge des manœuvres anti-sud-coréennes en 2009 et, pour y faire face, le NIS a créé une équipe d'action psychologique », a-t-il encore affirmé.

Pour sa part, Kim Yong-pan a refusé de prêter serment et de témoigner.

Dans l'histoire de la République de Corée (du Sud), c'est la première fois que des témoins entendus par une commission d'enquête parlementaire refusent de prêter serment.

Outre ce stratagème visant à éviter le parjure, le correspondant du quotidien sud-coréen Hankyoreh rapporte que seules les questions, plutôt bienveillantes, posées par les députés du Parti Saenuri (Nouvelle frontière) au pouvoir ont reçu des réponses lors de l'audition du 16 août. Les députés de l'opposition ont dû se contenter de réponses du type « Je ne peux pas répondre ». Les députés du Parti Saenuri membres de la commission d'enquête semblaient même couvrir les témoins, parlant à plusieurs reprises de « machinations politiques d'un Parti démocrate obsédé par le résultat de l'élection présidentielle ».

Un analyste politique, Yu Chang-seon, cité par le Hankyoreh, a qualifié l'audition du 16 août de « pire que prévue ». « Ces anciens hauts fonctionnaires ont tous les deux refusé de prêter serment et ont choisi de nier toutes les charges du procureur », a dit Yu. « Les législateurs du Parti Saenuri se montraient tellement protecteurs pour eux qu'on aurait cru qu'ils étaient leur avocat. »

Toujours selon Yu Chang-seon, beaucoup de gens étaient « furieux » après avoir vu l'audition de Won Sei-hoon et Kim Yong-pan à la télévision.

La commission d'enquête sur l'ingérence du NIS dans l'élection présidentielle a été constituée après un vote de l'Assemblée nationale le 2 juillet 2013. Depuis cette date, l'enquête a peu progressé en raison de l'obstruction du Parti Saenuri au pouvoir et d'un manque de stratégie de la part de l'opposition, les deux parties se disputant sur la composition de la commission ou encore sur le choix des témoins. La séance du 16 août 2013 n'a pas fait avancer l'enquête et la frustration ressentie par les citoyens sud-coréens devrait se traduire par des manifestations de plus en plus massives, à moins que les travaux à venir de la commission parlementaire permettent enfin de faire la lumière sur cette affaire et d'en tirer toutes les leçons.

Il s'agira notamment de savoir dans quelles conditions de simples citoyens ont été recrutés par le Service national de renseignement afin de poster sur Internet des messages destinés à influencer l'opinion publique. Le Hankyoreh a ainsi obtenu le 11 août la copie d'un rapport de police exposant le cas d'un individu, identifié sous le nom de « Lee » et originaire de la ville de Busan, ayant reçu 92 millions de won (60 000 euro), déposés sur deux comptes bancaires entre novembre 2011 et janvier 2013, date à laquelle la police a pu vraiment enquêter. D'après le rapport de police, les dépôts coïncident avec le séjour de cet individu dans un studio d'un immeuble du quartier Gangnam de Séoul, à partir duquel il a posté des messages à caractère politique sur Internet. La justice a établi que les fonds provenaient du NIS, directement ou par l'intermédiaire de complices. Les sommes en jeu pourraient même être plus élevées. « Les frais de subsistance et les habitudes de dépenses de Lee étaient trop somptuaires pour croire son explication, selon laquelle il ne travaillait pas et vivait de l'aide de ses amis et connaissances », a déclaré le procureur. « Nous ne pouvons pas écarter la possibilité qu'il ait reçu un paiement élevé pour son travail de renseignement de la part du NIS, et l'ait redistribué à un deuxième et troisième complices. »

Au-delà du scandale que constitue l'ingérence des services secrets dans une élection, l'affaire qui secoue actuellement la Corée du Sud doit inciter à la plus extrême vigilance. En effet, si les services de renseignement sud-coréens peuvent, directement ou indirectement, diffamer un candidat à une élection et ainsi manipuler l'opinion publique, rien ne les empêche de le faire contre de simples citoyens désignés comme des ennemis, en Corée ou à l'étranger. Le scandale du NIS a au moins le mérite de montrer que le très relatif anonymat offert par Internet pousse « naturellement » à de telles pratiques.

Source :

« Scandale du NIS : comparution de deux témoins clés à l’audition parlementaire », Yonhap, 16 août 2013

« Scandale du NIS : Won se défend d'être intervenu dans la présidentielle 2012 », Yonhap, 16 août 2013

Jung Hwan-bong, Kim Jeong-pil , "Civilian working for NIS was paid ten of thousands in illicit funds", Hankyoreh, 12 août 2013

Kim Nam-il, "Parliamentary investigation into NIS election interference goes nowhere", Hankyoreh, 17 août 2013

 



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