Relations Etats-Unis-Corée

Mardi 1 avril 2014 2 01 /04 /Avr /2014 00:35

Les deux Corée ont procédé à des échanges d'obus le 31 mars 2014. Cet épisode est le dernier en date d'une escalade, récurrente chaque année dans le cadre des exercices militaires conjoints américano - sud-coréens. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) déplore cette montée des tensions, lourde de risques d'affrontements, en plaidant pour un retour à une solution négociée aux questions de sécurité toujours en suspens dans l'une des régions les plus militarisées de la planète.

61c4b820ab4f23c1d030f81626391d064e389ca3-19jjlbi.jpg
Les exercices militaires conjoints américano - sud-coréens, et des rencontres entre responsables américains, japonais et sud-coréens en vue de créer une coalition tripartite contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui a dénoncé dans ces "exercices de guerre" les préparatifs d'une invasion de la péninsule. Par ailleurs, les autorités nord-coréennes ont décidé de répliquer en procédant à des tirs répétés de courte et moyenne portées. De manière inhabituelle, les Etats-Unis ont décidé de saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies à propos de ces exercices pourtant routiniers de l'armée nord-coréenne, même si leur occurrence au moment des manoeuvres conduites conjointement par Washington et Séoul n'est pas un hasard. La condamnation par les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies a eu une portée simplement verbale, aucune sanction supplémentaire n'ayant été adoptée.

L'escalade a franchi une nouvelle étape quand, le 31 mars 2014, l'armée sud-coréenne a déclaré avoir répliqué par le tir de 300 obus au tir par la Corée du Nord, selon elle, de 500 obus dans la zone maritime contestée par les deux Etats coréens. La RPD de Corée avait pourtant prévenu, comme elle ne le fait pas systématiquement, qu'elle conduirait des manoeuvres militaires dans cette zone contestée. L'armée sud-coréenne a réagi très vivement contre ce qu'elle a qualifié de "provocation" pouvant appeler des "représailles" : "Si le Nord réagit à nos tirs de riposte légitime et s'en sert comme d'un prétexte à une nouvelle provocation contre nos eaux maritimes et nos îles, nous engagerons de fermes représailles". Comme à chaque phase de tensions intercoréenne, les médias occidentaux ont pris parti en relayant largement les images fournies par l'armée sud-coréenne, en montrant notamment les habitants de l'île Baengnyeong réfugiés dans des abris.

L'accusation de "provocations" vis-à-vis de la partie adverse n'est pas nouvelle. La différence ces dernières semaines est que, à plusieurs reprises, la RPD de Corée a esquissé les voies d'une sortie de crise, mais ni Séoul, ni Washington n'ont répondu - du moins publiquement - à cette offre d'ouverture, alors même que Pyongyang et Tokyo ont repris un dialogue bilatéral au plus haut niveau depuis 2012.

La veille des échanges de tirs, dans un communiqué publié le 30 mars, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée avait jugé "illégale" la déclaration du Conseil de sécurité des Nations Unies condamnant les tirs "justifiés" auxquels avait procédé l'Armée populaire de Corée, en déplorant la grave mise en cause par les Etats-Unis et leurs alliés du "climat de détente créé dans la péninsule coréenne grâce à la politique active et aux efforts sincères pour la paix déployés cette année par la RPDC". Lancés le 27 mars, les exercices Ssangyong ont été dénoncés comme le plus important engagement de forces depuis 1993 dans le cadre des exercices annuels Key Resolve et Foal Eagle.

Sources : KCNA, Le Monde et AFP (photo).

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 22 mars 2014 6 22 /03 /Mars /2014 10:12

Nucléaire RPDC-USADans une déclaration en date du 14 mars 2014, le Comité de la défense nationale (CDN) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a exposé sa « position de principe quant à la politique hostile des Etats-Unis » à l'égard de la RPDC. Cette déclaration intervient dans un contexte d'attaques multiples, militaires et médiatiques, contre la RPDC, qu'il s'agisse des exercices militaires américano-sud-coréens menés de fin février à début avril ou de la publication, le 17 février, d'un rapport controversé sur les droits de l'homme en Corée du Nord.

Dans sa déclaration du 14 mars 2014, le Comité de la défense nationale de la RPD de Corée, plus haute instance du pays, rappelle sa « position de principe » en trois points.

Premièrement, dans un contexte tendu par les manoeuvres militaires conjointes annuelles américano-sud-coréennes, auxquelles ont répondu cette année plusieurs tirs de missiles à courte portée par l'Armée populaire de Corée, le CDN demande aux Etats-Unis d'abandonner leur « politique hostile » à l'égard de la RPDC et de lever toutes les mesures découlant de cette politique :

« [La politique hostile des Etats-Unis] à l'égard de la RPDC est la plus féroce qui soit, destinée à saper l'idéologie de la RPDC et à abattre son système social au moyen de la démocratie à l'américaine et de l'économie de marché, et à engloutir tous les Coréens et l'ensemble de la Corée par la force des armes et l'agression. [...]

Depuis l'origine, les Etats-Unis sont le chef du clan de la provocation et de l'agression. En même temps, ils se dépeignent en apôtre de la paix alors qu'ils sont un génie de la guerre et de la destruction de sinistre réputation, tout en lançant des accusations sans fondement contre les autres. [...]

Les Etats-Unis seraient bien avisés d'abandonner de leur propre gré toutes les mesures injustes dans tous les domaines avant d'avoir à faire face aux conséquences désastreuses de leur politique hostile anachronique à l'égard de la RPDC. […] »

Deuxièmement, pour le Comité de la défense nationale de la RPDC, la dénucléarisation de l'ensemble de la péninsule coréenne doit avoir comme corollaire des garanties de sécurité des Etats-Unis accusés de pratiquer un « chantage nucléaire » depuis les années 1950, ce qui a obligé la RPDC à se doter à son tour de moyens de dissuasion:

« Les Etats-Unis doivent avoir une idée et une attitude correctes vis-à-vis de la force de dissuasion nucléaire de la RPDC, arrêter de se conduire de manière stupide et renoncer aux remarques inconscientes selon lesquelles le 'démantèlement en premier de ses armes nucléaires' par la RPDC est l''axe majeur' de la politique hostile à son égard.

Comme la RPDC l'a clairement exposé en diverses occasions, la question nucléaire dans la péninsule coréenne trouve son origine dans l'introduction d'armes nucléaires par les Etats-Unis en Corée du Sud dans les années 1950. [...]

Depuis, Washington a expédié divers types de moyens de frappe nucléaire dans les environs de l'espace aérien, maritime et terrestre de la RPDC, accroissant la menace nucléaire et le chantage contre elle. Il a ainsi délibérément posé des obstacles sur la voie d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Cette situation a contraint la RPDC à se doter d'une force de dissuasion nucléaire d'auto-défense pour préserver la souveraineté du pays et de la nation. [...]

Insistant pour que soit mis fin à la menace et au chantage nucléaires des Etats-Unis, les soldats et le peuple de la RPDC consentiront aussi des efforts soutenus à l'avenir pour parvenir à la dénucléarisation de la péninsule. [...] 

L'attitude de la RPDC est d'attendre en faisant preuve de la plus haute patience le moment où la Maison Blanche aura a sa tête une personne avec des idées et une méthode de pensée normales.

Les Etats-Unis doivent garder à l'esprit que les effort de l'armée et du peuple de la RPDC pour développer sa force de dissuasion nucléaire d'auto-défense se poursuivront et que, les unes après les autres, des mesures supplémentaires seront prises pour en démontrer la puissance tant que la menace et le chantage nucléaires des Etats-Unis continueront comme aujourd'hui. […] »

Troisièmement, et il s'agit de l'élément le plus novateur de cette déclaration, le Comité de la défense nationale dénonce la « campagne sur les droits de l'homme »orchestrée par les Etats-Unis, dont la pièce maîtresse est un rapport publié le 17 février 2014 sous l'égide des Nations Unies, fruit du lobbying intense des néo-conservateurs américains. En ce sens, la déclaration de la CDN peut être considérée comme une réponse officielle des autorités nord-coréennes à ce rapport. En outre, il n'est pas nouveau que, dès que s'esquisse la possibilité d'un dialogue dans la péninsule coréenne, les faucons de l'administration américaine resortent opportunément la question des droits de l'homme pour prévenir la possibilité - qu'ils refusent - de discussions avec Pyongyang :

« Les Etats-Unis doivent cesser immédiatement leur campagne sur les 'droits de l'homme' contre la RPDC. [...]

Il est vrai que le peuple de la RPDC n'est pas encore aussi riche que d'autres.

Toutefois, son armée et son peuple ne sont pas envieux d'une société capitaliste corrompue et malade telle que celle des Etats-Unis où les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, où la loi de la jungle et les pratiques arbitraires et autoritaires se développent et où les droits de l'homme sont bafoués sans pitié. [...]

Les Etats-Unis seraient bien inspirés de se mêler de leurs propres affaires, en faisant attention à leur situation, avant de dire des choses insensées au sujet des autres. [...]

Plus les Etats-Unis persisteront à suivre leur scénario consistant à obliger la RPDC à démanteler sa force de dissuasion nucléaire au moyen de sophismes de bandit, plus ils intensifieront leur campagne visant à nuire au prestige d'une RPDC pleine de dignité et à diffamer son système social par une conspiration au sujet des 'droits de l'homme', plus ils amèneront délibérément la situation de la péninsule au bord de la guerre, en colportant des rumeurs à propos de 'provocations et menaces', plus ils entreront gravement en contradiction avec eux-mêmes et devront faire face à une triste et sombre perspective de déclin.

Les Etats-Unis feraient mieux de renoncer au plus vite à leur politique hostile usée envers la RPDC et de mener une nouvelle politique réaliste avant qu'il soit trop tard. Cela bénéficierait aux intérêts des Etats-Unis mais aussi à la sécurité de leur territoire.

Les Etats-Unis devraient juger la situation avec sang-froid et prendre une décision politique conforme au courant de l'époque.

L'armée et le peuple de la RPDC, allant de l'avant avec vigueur emplis de la confiance en la victoire finale, ne toléreront jamais la politique hostile des Etats-Unis et sont résolus à la mettre en échec. »

Par ailleurs, la déclaration du 14 mars du Comité de la défense national de la RPDC ne mentionne pas les autorités sud-coréennes, au moment où la Présidente Park Geun-hye met en place une nouvelle structure (qu'elle préside) pour, selon elle, améliorer les relations intercoréennes et préparer la réunification. Si le dialogue entre les Etats-Unis et la RPDC paraît actuellement bloqué, le champ des possibles semble donc plus ouvert s'agissant des relations inter-coréennes.


Source : KCNA, "NDC of DPRK Clarifies Principled Stand on US Hostile Policy toward It", 15 mars 2014 (traduction : AAFC)

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 6 mars 2014 4 06 /03 /Mars /2014 09:47

Alors que les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud) ont engagé des manoeuvres militaires conjointes, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à des tirs d'essai de missiles de courte portée le 27 février puis le 3 mars 2014. Si la réponse de Pyongyang est classique - les tirs n'ont pas donné lieu à une forte publicité par les médias nord-coréens, étant de bien moindre ampleur que les exercices militaires américano - sud-coréens -, elle a suscité des réactions contradictoires à Washington et à Séoul, indiquant que les Etats-Unis et la Corée du Sud sont toujours à la recherche d'une nouvelle politique nord-coréenne, entre dialogue (les autorités sud-coréennes ont proposé par ailleurs d'organiser sur une base régulière des rencontres de familles séparées), manoeuvres et nouvelles sanctions. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) espère que saura triompher la voix du dialogue et de la raison, par-delà les postures bellicistes qui ne peuvent que conduire à l'escalade.

Initialement, selon des déclarations du Pentagone une semaine avant les tirs de missiles, la RPDC avait le droit de procéder à des tirs de missiles de courte portée... avant que l'armée américaine ne se déjuge en les interprétant comme une violation des résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations Unies, au motif qu'ils utiliseraient une technologie balistique prohibée par lesdites résolutions. Une fois ces éléments de langage établis, ils ont été répétés par l'allié sud-coréen. Par aillerus, dans un partage des rôles répondant à un scénario bien huilé, Kim Min-seok, porte-parole du ministère de la défense sud-coréen, a renchéri en déclarant que les tirs pourraient donner lieu à la demande de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité des Nations Unies.

En fait, la possibilité que de telles sanctions soient adoptées - ce serait sans précédent contre des tirs de courte portée - est très faible, et reposerait sur une interprétation juridique pour le moins contestable qui n'emporterait probablement pas l'adhésion de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Au-delà du bruit médiatique que cherchent à entretenir les communicants des armées américaine et sud-coréenne (et qui leur permet d'occulter leurs propres manoeuvres, bien réelles et d'une toute autre ampleur, conduites au même moment), ces valses-hésitations sont extrêmement éclairantes sur l'absence de politique claire de Washington et de Séoul vis-à-vis de Pyongyang : le maniement conjoint de la carotte et du bâton montre une hésitation entre les voies du dialogue, des manoeuvres et des sanctions, dont l'expérience a montré qu'elles ne pouvaient pas être menées de front, avec des résultats tangibles et probants, dans le cas de la péninsule coréenne. Et avec cette différence, de surcroît, que seule la Corée du Sud propose aujourd'hui la "carotte" de nouvelles coopérations intercoréennes qui bénéficieraient à l'ensemble de la péninsule... Le maintien par Washington d'une ligne de fermeté est voué à l'échec, mais de toute évidence des négociations se poursuivent en coulisses, notamment avec la Chine, qui plaide pour le dialogue et la négociation.

Sources : AAFC, Hankyoreh, Le Monde.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 10 février 2014 1 10 /02 /Fév /2014 09:31

Alors que l'annonce de dates pour de nouvelles réunions de familles séparées semblait indiquer que les relations intercoréennes pourraient - enfin - être relancées, le maintien par les Etats-Unis de leur calendrier diplomatique et militaire met en danger les chances du dialogue en général, et des échanges Nord-Sud en particulier. Dans ce contexte, l'Association d'amtié franco-coréenne (AAFC) plaide pour que les exercices "Key Resolve" et "Foal Eagle", qui sont prévus du 24 février au 18 avril prochains, n'aient pas lieu : l'histoire des relations américano - coréennes montre en effet que la suspension au début des années 1990 des exercices conjoints américano - sud-coréens avait alors permis d'engranger de réels succès diplomatiques, afin de faire avancer la cause de la paix dans cette partie du monde.

Mais qu'apportent à Séoul les exercices annuels conjoints "Key Resolve" et "Foal Eagle", dénoncés par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme des exercices de guerre préparant une nouvelle invasion de la péninsule ? Comme l'an dernier, où ils avaient conduit à accroître dangereusement les risques de guerre, l'intransigeance de Washington et de Séoul pourrait bien tuer tout espoir d'un retour au dialogue et à la paix.

Le lendemain de l'annonce d'un accord Nord-Sud pour de nouvelles réunions de familles séparées par la guerre, Pyongyang faisait savoir que les exercices militaires n'étaient pas compatibles avec le dialogue qu'elle appelait de ses voeux, en dénonçant notamment l'engagement de bombardiers sur le théâtre des opérations : en 2013, ce sont en effet non seulement les exercices mais aussi leur ampleur et la nature des moyens militaires déployés (en particulier, les bombardiers américains) qui avaient entraîné une très grave montée des tensions. Las, non seulement Washington et son allié sud-coréen ont déclaré maintenir leur calendrier militaire, mais rien n'indique à ce stade qu'un geste de bonne volonté sera adressé par une diminution des moyens engagés.

En outre, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a confirmé qu'il allait effectuer une tournée diplomatique en Asie de l'Est. Cette décision, qui vise notamment à isoler Pyongyang, a entraîné l'annulation par la RPDC de l'invitation qu'elle avait faite à Robert King, envoyé spécial des Etats-Unis pour les droits de l'homme en Corée du Nord (photo ci-dessous). Ce déplacement aurait notamment permis d'envisager les conditions d'une libération de l'Américain Kenneth Bae (Pae Jun-ho), récemment transféré d'un hôpital à un camp de travail.

robert_king.jpg
Si les tensions sont clairement sur une phase ascendante, rien n'indique toutefois à ce stade que les réunions de familles séparées seront effectivement reportées une nouvelle fois, ni que Kenneth Bae ne sera pas libéré - comme avant lui les Américains condamnés en Corée du Nord pour des actes qualifiés de criminels par la législation du pays. La balle est maintenant dans le camp de Washington et Séoul, pour réaliser un geste qui permettra d'offrir du répondant aux initiatives de Pyongyang pour un retour à la coopération et au dialogue.

Source principale : Channel News Asia.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 22 janvier 2014 3 22 /01 /Jan /2014 00:23

exercices US sud coreensLe 16 janvier 2014, la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a émis des propositions présentées comme « cruciales » alors que les armées américaine et sud-coréenne doivent mener leurs exercices annuels Key Resolve et Foal Eagle de fin février à avril dans la péninsule coréenne. Au printemps 2013, ces exercices, d'une ampleur et une durée exceptionnelles, avec notamment l'engagement de bombardiers stratégiques capables d'emporter des bombes nucléaires, avaient provoqué une tension sans précédent dans la péninsule. Les propositions faites le 16 janvier par la RPDC aux autorités sud-coréennes sont destinées à empêcher qu'une crise comparable se reproduise cette année. La réponse du gouvernement de Séoul à ces propositions a été défavorable, obéissant ainsi à la stratégie des Etats-Unis prévoyant un renforcement de leur présence militaire dans la zone Asie-Pacifique.

Dans la continuité du discours de nouvel an du Premier président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée Kim Jong-un appelant à « la création d’un climat favorable à l’amélioration des rapports Nord-Sud », la Commission de la défense nationale, plus haute instance de la RPDC, a fait trois propositions au gouvernement sud-coréen le 16 janvier 2014. Pour la Commission de la défense nationale, ces propositions, « une fois mises en pratique, rendront possible le règlement de toutes les questions, grandes ou petites, survenant dans les relations Nord-Sud, y compris la réunion des familles séparées » :

Premièrement, la Commission de la défense nationale propose de prendre « des mesures pratiques […] afin de créer une atmosphère propice à l'amélioration des relations Nord-Sud ».

Pour ce faire, il est proposé que chaque partie « mette fin aux actes de provocation et aux calomnies à l'égard de l'autre à partir du 30 janvier [2014], veille du nouvel an lunaire ».

Deuxièmement, la Commission de la défense nationale propose que chaque partie prenne « des mesures pratiques pour stopper les actes militaires hostiles contre l'autre, en réponse à l'appel historique pour la défense de la sécurité et de la paix de la nation [coréenne] », en référence au discours de nouvel an du dirigeant de la RPDC.

Dans l'immédiat, il est demandé aux autorités sud-coréennes d'annuler les exercices militaires Key Resolve et Foal Eagle menés conjointement avec les forces américaines en Corée, prévus cette année de fin février à avril. La Commission de la défense nationale suggère même que, « si la 'coordination' et la 'coopération' avec les Etats-Unis sont si précieuses et représentent une telle valeur [pour la Corée du Sud], ces exercices devraient prendre place dans une zone reculée ou aux Etats-Unis, loin de l'espace terrestre, maritime et aérien de la péninsule coréenne ».

En particulier, la RPDC demande qu'aucun acte de provocation n'ait lieu aux alentours des cinq îles de la mer de l'Ouest (mer Jaune), zone très sensible où les forces militaires des deux camps se font face. La Commission de la défense nationale affirme que « la RPDC agira de manière pratique et en premier pour la réalisation de cette proposition ».

Troisièmement, la Commission de la défense nationale propose de prendre « des mesures pratiques mutuellement bénéfiques pour prévenir un holocauste nucléaire [en Corée] ».

La RPDC rappelle que sa possession de l'arme nucléaire constitue « un moyen de dissuader les Etats-Unis de faire peser une menace nucléaire »  et « ne servira jamais à exercer un chantage sur les compatriotes ni à leur causer du mal ».

La plus haute instance nord-coréenne demande donc « avec courtoisie » aux autorités sud-coréennes de « ne pas se livrer à des actions aussi imprudentes que laisser entrer les moyens de frappe nucléaire dangereux des Etats-Unis en Corée du Sud et dans les zones environnantes ».

Pour la RPDC, la Corée du Sud « devrait résolument en finir avec une attitude déloyale consistant à tolérer les armes nucléaires des étrangers susceptibles de porter atteinte à des compatriotes tout en refusant les armes nucléaires de ces compatriotes, lesquelles protègent la nation ».

Malgré le ton conciliant de la Commission de la défense nationale de la RPDC et l'ouverture que représentent ses propositions, le gouvernement sud-coréen, s'alignant sur la position des Etats-Unis, les a rejetées en bloc.

Le 17 janvier, le porte-parole du ministère de la Réunification a présenté les exercices militaires américano-sud-coréens à venir comme « défensifs et menés par un pays souverain », appelant la RPDC à renoncer à son programme nucléaire.

La réponse du ministère sud-coréen de la Réunification aux dernières propositions de la RPDC avait été précédée par la réaction de la Maison-Blanche, refusant de suspendre les exercices militaires Key Resolve et Foal Eagle.

bombardier-b2-northropAu cours des exercices militaires américano-sud-coréens « défensifs » de mars-avril 2013, l'armée américaine avait envoyé en Corée du Sud deux bombardiers stratégiques furtifs B-2 depuis leur base du Missouri, à plus de 10 000 km de là. Par cette démonstration de force, les Etats-Unis signifiaient à la Corée du Nord, entre autres, qu'ils ont la capacité de frapper qui ils veulent, quand ils veulent, même à grande distance.

Quant à la « souveraineté » revendiquée par le gouvernement sud-coréen, elle apparaît entamée par la présence de 30 000 soldats des Forces des Etats-Unis en Corée du Sud (USFK), l'armée américaine conservant au moins jusqu'en 2015 le contrôle opérationnel de l'armée sud-coréenne en cas de conflit.

Il est à noter que l'entier exercice de la souveraineté sur le sol national fut le principal argument avancé par le président de la République française Charles de Gaulle quand il décida, en 1966, de retirer les forces françaises des commandements intégrés de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et de fermer les bases militaires étrangères implantées en France.

En outre, la présence militaire américaine pèse sur l'économie de la Corée du Sud qui doit la financer en partie. Selon l'Accord sur les mesures spéciales signé le 12 janvier 2014 par les gouvernements américain et sud-coréen, la contribution financière de la Corée du Sud à la présence militaire américaine augmentera de 5,8 % en 2014 pour atteindre 920 milliards de wons (635 millions d'euros). Cet accord, le neuvième du genre depuis 1991, s'appliquera jusqu'en 2018, la contribution annuelle sud-coréenne devant dépasser les 1 000 milliards de wons (690 millions d'euros) en 2017, dans l'hypothèse d'une croissance des prix à la consommation de 2 à 3 %.

Mais la Corée du Sud semble revêtir une importance croissante dans le dispositif des Etats-Unis dans la zone Asie-Pacifique, suivant les nouvelles directives stratégiques pour la défense américaine rendues publiques en janvier 2012 :

« Les intérêts économiques et sécuritaires des Etats-Unis sont inextricablement liés aux développements dans l'arc s'étendant de l'ouest du Pacifique et de l'Asie de l'Est à la région de l'Océan Indien et à l'Asie du Sud, créant un mélange de défis et d'opportunités en évolution. En conséquence, alors que l'armée des Etats-Unis continuera à contribuer à la sécurité au niveau mondial, nous rééquilibrerons par nécessité [nos efforts] vers la zone Asie-Pacifique.» [dernière partie soulignée dans le document original]

Conformément à cette stratégie dite du pivot asiatique, d'abord destinée à contrer l'émergence de la puissance chinoiseun bataillon blindé américain est parti des Etats-Unis le 9 janvier 2014 pour être déployé dans la région sud-coréenne du Gyeonggi, près de la ligne frontalière avec le Nord. Ce bataillon, composé de 800 hommes, de chars Abrams M1A2 et de blindés Bradley M2A3, avait été déployé en Irak avant de retourner aux Etats-Unis.

Un tel « déploiement circulaire » de l'armée américaine en Corée du Sud n'est pas inédit : en avril 2013, pendant la crise provoquée par les exercices militaires américano-sud-coréens, le 23ème bataillon chimique de la 2ème division de l'USFK, unité spécialisée dans les attaques biochimiques, était revenu dans la ville d’Uijeongbu de la province du Gyeonggi, après avoir quitté une première fois la péninsule coréenne en 2004.

D'autre part, selon une information révélée en janvier 2014 par le Bulletin of the Atomic Scientists (publication fondée en 1945 par les physiciens du Projet Manhattan suite aux bombardements de Hiroshima et de Nagasaki), plus de 60 % des patrouilles des sous-marins nucléaires de la marine américaine, d'une durée moyenne de 70 jours, se concentrent désormais dans l'Océan Pacifique, dans la perspective d'éventuelles frappes contre la Chine, la Corée du Nord ou la Russie.

Dans de telles conditions, il n'est pas étonnant que, selon l'édition 2013 de l'enquête annuelle menée par la société Gallup auprès de 66 000 personnes dans 65 pays, les Etats-Unis sont considérés comme la « plus grande menace actuelle pour la paix mondiale » par 24 % des personnes interrogées.

 

Sources :

"NDC of DPRK Advances Crucial Proposals to S. Korean Authorities", KCNA, 16 janvier 2014

« Séoul rejette la proposition de Pyongyang d’arrêter les exercices militaires », Yonhap, 17 janvier 2014

Lettre du président de la République française Charles de Gaulle au président des Etats-Unis d'Amérique Lyndon B. Johnson, 7 mars 1966

Defense Strategic Guidance, département de la Défense des Etats-Unis, janvier 2012

« Déploiement prochain d’un bataillon blindé américain près de la frontière », Yonhap, 7 janvier 2014

« Partage des coûts de défense pour l’USFK, 920 Mds de wons en 2014 », Yonhap, 12 janvier 2014

Hans M. Kristensen, Robert S. Norris, "US nuclear forces, 2014", Bulletin of the Atomic Scientists, vol. 70, n°1, janvier-février 2014

End of the Year Survey, WIN/Gallup International, 30 décembre 2013

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 7 décembre 2013 6 07 /12 /Déc /2013 19:49

Dans la culture populaire, Gribouille est un personnage qui se jette dans l’eau par crainte de la pluie, subissant ainsi les ennuis mêmes qu'il voulait éviter. Gribouille inspire-t-il la politique des Etats-Unis à l'égard de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ? On pourrait le croire depuis que l'administration américaine demande à la RPDC de renoncer à sa force de dissuasion nucléaire comme préalable à l'engagement de négociations… sur l'abandon du programme nucléaire de la RPDC. Parallèlement à ces exigences, le Gribouille américain ne semble disposé à prendre aucune initiative pour mettre fin à l'état de guerre qui perdure en Corée depuis 1953, ce qui serait pourtant le meilleur gage d'une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » de la péninsule coréenne - de toute la péninsule. Cette politique suivie par l'administration Obama depuis son entrée en fonction, en janvier 2009, a un nom : « patience stratégique ». Une telle politique, du propre avis d'experts américains, est parfaitement contre-productive et incohérente à la lumière du récent accord conclu par les Etats-Unis avec la République islamique d'Iran au sujet du programme nucléaire iranien.

Biden_Seoul_06122013.jpgEn visite en Corée du Sud le 6 décembre 2013, le vice-président américain Joe Biden a déclaré dans un discours prononcé à l’université Yonsei de Séoul que les Etats-Unis ne tolèreraient pas que la Corée du Nord, qualifiée de « menace », se dote de l’arme nucléaire. « Il ne subsiste aucun doute que les Etats-Unis sont prêts à tout pour se défendre et assurer la sécurité de ses alliés contre la menace nord-coréenne », a affirmé Biden lors de son intervention. « Le gouvernement américain n’acceptera jamais que la Corée du Nord devienne un pays détenteur de l’arme nucléaire », a-t-il ajouté.

Réaffirmant la position américaine, Biden a appelé la Corée du Nord à amorcer sa dénucléarisation au plus vite, de manière complète, vérifiable et irréversible. C'est le discours récurrent des responsables de l'administration Obama à propos de la Corée du Nord.

Les 29 et 30 octobre 2013, le représentant spécial de la Chine pour les affaires coréennes Wu Dawei était à Washington pour des entretiens avec la sous-secrétaire d'Etat américaine aux affaires politiques Wendy Sherman. A cette occasion, le responsable chinois fit part de la volonté de la Corée du Nord de reprendre sans conditions préalables les négociations à six pays (Etats-Unis, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, et a pressé le gouvernement américain d'y répondre favorablement et au plus vite.

Par la voix de son envoyé spécial sur le dossier nucléaire, Glyn Davis, en visite en Chine le 21 novembre 2013, le gouvernement américain a répondu à cette offre en affirmant que la RPDC devait offrir des « preuves concrètes » de son engagement pour un désarmement nucléaire « irréversible » avant toute reprise des négociations, une position partagée par les gouvernements de la Corée du Sud et du Japon, principaux alliés des Etats-Unis dans la région.

La Corée du Nord devrait donc consentir à sa dénucléarisation, soit le résultat final recherché par les Etats-Unis, comme condition préalable à une simple entrée en négociation sur la levée des sanctions et la signature d'un traité de paix pour remplacer l'armistice qui a mis fin aux combats de la guerre de Corée en 1953. Or, précisément, l'absence d'un régime de paix permanent dans la péninsule coréenne est la justification avancée par la RPDC pour sa force de dissuasion nucléaire.

En visite en Corée du Sud le 22 novembre, Davis a déclaré à nouveau qu'il n'était pas dans l'intérêt des Etats-Unis de reprendre les pourparlers à six tant que la RPDC ne donne pas un signe concret de son intention de renoncer à l'arme nucléaire.

Les exigences actuelles de l'administration Obama quant à un « démantèlement complet, vérifiable et irréversible » du programme nucléaire de la République populaire démocratique de Corée sont dans le parfait prolongement des conditions posées de 2001 à 2005 par l'administration Bush avant toute négociation avec Pyongyang. Ce type d'exigence n'aboutit pas à une dénucléarisation de la péninsule coréenne, au contraire. Au moins, l'administration Bush accepta-t-elle de négocier avec la RPDC quand elle s'en aperçut. Mais Washington fit preuve de peu de sincérité dans les négociations et ne respecta pas les accords passés, ce qui ne fit qu'éloigner un peu plus la perspective d'une solution pacifique et durable en Corée.

Entrée en fonction en janvier 2001, l'administration Bush classa la Corée du Nord parmi les pays de l' « axe du mal » en 2002 et annula l'Accord cadre de 1994 qui gelait la production nord-coréenne de plutonium. Par la suite, l'administration Bush rejeta les ouvertures faites par la RPDC, laquelle redémarra sa production de plutonium et se lança dans la fabrication d'uranium à usage militaire.

Finalement, le 19 septembre 2005, l'administration Bush accepta un accord lors des pourparlers à six, prévoyant de « coordonner les mesures […] conformément au principe 'engagement pour engagement, action pour action' ». Mais, presque simultanément et contrairement aux engagements fixés dans la Déclaration conjointe du 19 septembre de respecter la souveraineté nord-coréenne et de promouvoir la coopération économique, les Etats-Unis bloquèrent 25 millions de dollars de fonds détenus par Pyongyang dans une banque de Macao pendant les vingt mois suivants, sur la base bancale d'accusations de blanchiment et de fabrication de fausse monnaie.

En conséquence, la RPDC suspendit sa participation aux pourparlers à six et, le 9 octobre 2006, testa sa première arme nucléaire. En attirant ainsi l'attention de l'administration américaine, les négociations purent reprendre. Après le déblocage des fonds nord-coréens gelés à Macao, les six pays parvinrent à un accord en octobre 2007 sur la deuxième phase de la mise en œuvre de la Déclaration conjointe du 19 septembre 2005. Cet accord comprenait l'obligation pour la Corée du Nord d'arrêter le réacteur nucléaire de Yongbyon et de transmettre les détails de son programme d'armement nucléaire.

Fin juin 2008, Pyongyang avait rempli ses obligations de la deuxième phase. Cependant, dans un discours prononcé le 18 juin, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice annonçait que les Etats-Unis demandaient d'avancer à la deuxième phase les questions prévues dans la troisième phase, telles que la vérification et l'accès au réacteur, avant même que les Etats-Unis remplissent leurs propres engagements dans le cadre de cette deuxième phase. Cela provoqua un nouvel arrêt brutal des négociations.

A l'époque, le candidat à l'élection présidentielle américaine Barack Obama affirmait vouloir négocier, en notant que communiquer avec un adversaire n'était pas récompenser ce dernier mais un moyen de protéger les intérêts nationaux de l'Amérique. Pourtant, en mars 2009, l'administration Obama décida qu'elle ne céderait pas à ce qu'elle décrivait comme un cycle de « provocations » suivies de récompenses et prôna la « patience stratégique » à l'égard de la RPD de Corée.

Les Etats-Unis refusant désormais de négocier, la RPD de Corée se retira formellement des pourparlers à six pays en avril 2009 et son deuxième essai nucléaire eut lieu quelques semaines après, le 25 mai. La secrétaire d'Etat Hillary Clinton réaffirma la politique américaine de « patience stratégique » le 21 octobre 2009 : « les sanctions actuelles ne seront pas levées avant que Pyongyang prenne des mesures vérifiables et irréversibles pour la dénucléarisation. » Le 13 février 2013, la Corée du Nord procéda à son troisième essai nucléaire.

Aux Etats-Unis, des experts ayant travaillé au sein même de l'administration ou de l'armée dénoncent l'inconséquence de la politique de « patience stratégique » en Corée, ou plutôt le décalage existant entre les conséquences de cette politique – une Corée du Nord dotée d'une force de dissuasion nucléaire – et les buts affichés de l'administration américaine – la dénucléarisation de la Corée du Nord.

General_Robert_Gard.jpgAinsi, le 21 novembre 2013, le général Robert Gard, président du Centre pour le contrôle des armements et la non-prolifération, a vivement regretté la « patience stratégique » américaine dans un article de The Diplomat, revue de référence pour les questions relatives à la zone Asie-Pacifique : « Le seul espoir de parvenir à l'objectif d'une péninsule coréenne sans armes nucléaires, ou même de réduire la menace posée par une Corée du Nord dotée de l'arme nucléaire, passe par les négociations. […] On comprend mal pourquoi l'administration américaine consent à négocier avec l'Iran au sujet de son programme nucléaire mais pas avec la Corée du Nord. »  Le général Gard n'est pas un doux rêveur : vétéran des guerres de Corée et du Vietnam, il a été, entre autres, assistant de deux secrétaires à la Défense, directeur du développement des ressources humaines de l'armée américaine et président de l'Université nationale de la défense des Etats-Unis. Le général Gard a pris sa retraite de l'armée américaine en 1981 après 31 ans de services.

De son côté, interrogé le 26 novembre par l'agence officielle KCNA, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a accusé les Etats-Unis de poser des « conditions absurdes » à la reprise des pourparlers à six : « Ce que le représentant spécial [américain Glyn Davies] a dit et fait pendant sa tournée dans les pays voisins de la RPDC prouve que les Etats-Unis n'ont depuis le début aucun intérêt à ce qu'aient lieu les pourparlers à six. […] Nous voulons un règlement négocié de la question, mais nous n'adhérerons jamais aux conditions préalables déraisonnables proposées par les Etats-Unis. […] La RPDC reste attachée à l'objectif de dénucléarisation totale de la péninsule coréenne, mais elle sera obligée de renforcer progressivement sa force de dissuasion nucléaire tant que les Etats-Unis poursuivront leurs actions hostiles et accroîtront leurs menaces nucléaires. »

A moins que Gribouille soit aux commandes, et si elle souhaite sincèrement que la question nucléaire en Corée trouve une solution « complète, vérifiable et irréversible », l'administration américaine doit donc réviser sa politique de « patience stratégique » et reprendre au plus vite les négociations sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, comme le demandent la Chine, la Russie et, bien sûr, la Corée du Nord. Cela implique que l'administration américaine ne fasse pas du résultat des dites négociations leur propre préalable... Dans la situation actuelle, si ce n'est pas Gribouille qui dicte la politique de Washington en Corée, on pourrait penser que les Etats-Unis se satisfont de la tension quasi-permanente régnant dans la péninsule coréenne, voire même l'encouragent. Ils tireraient alors prétexte de cette tension pour maintenir et renforcer leur présence dans une région hautement stratégique. On n'ose y croire.

Sources :

« Glyn Davies demande à ce que la Corée du Nord "cesse" toute activité nucléaire », Yonhap, 21 novembre 2013

Robert Gard, "'Strategic Patience' with North Korea", The Diplomat, 21 novembre 2013

"U.S. Slammed for Blocking Resumption of Six-Party Talks with Unreasonable Preconditions: Spokesman", KCNA, 26 novembre 2013

« Biden : 'Nous ne tolèrerons pas que la Corée du Nord devienne un pays nucléaire' », Yonhap, 6 décembre 2013

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 septembre 2013 6 28 /09 /Sep /2013 13:15

Sceau royal corée

Le 20 septembre 2013, le Musée d'art du comté de Los Angeles (acronyme anglais : LACMA) a annoncé qu'il restituerait à la République de Corée (Corée du Sud) un sceau royal, ayant appartenu à la reine Munjeong, volé par des soldats américains pendant la guerre de Corée en 1950 (photo à gauche : l'un des sceaux royaux de la dynastie Choseon, avec sa boîte, exposé en 2012 par le Musée national du Palais royal). Cette décision peu commune est le fruit notamment d'une mobilisation conduite par le député An Min-suk (Parti démocrate, centre-gauche), qui se trouvait alors à Los Angeles, et à qui les responsables du LACMA ont annoncé la restitution.

1950-1953 : les soldats américains dépêchés en Corée pendant la guerre, à l'appel du Gouvernement du Sud, n'ont souvent qu'une bien piètre opinion de la population coréenne. Dans ce contexte, on ne s'étonnera pas que, à l'instar de n'importe quelle armée d'occupation, certains aient choisi de s'enrichir par le vol d'un pays que, selon la version officielle de leur gouvernement, ils sont venus secourir. C'est ainsi que 47 sceaux royaux de la dernière dynastie royale coréenne, la dynastie Choseon (1392-1910), ont été dérobés.

Certaines de ces pièces de collection exceptionnelles sont ensuite réapparues sur le marché de l'art. En 2000, le Musée d'art du comté de Los Angeles (LACMA) a acquis, lors d'une vente aux enchères, le sceau de la reine Munjeong (1501-1565), troisième épouse du onzième roi de la dynastie Choseon.

Cette réapparition publique a ensuite permis le lancement d'une campagne, au Sud de la Corée, pour la restitution de ce trésor royal. Une campagne de pétition a été conduite, menée notamment par le député démocrate An Min-suk et le moine bouddhiste Hyemin. La pétition a été ainsi rédigée :

« Le sceau de la reine Munjeong, qui est en possession du LACMA, est clairement un objet volé qui ne peut pas faire l'objet de transactions privées. Le sceau a été bien préservé en Corée jusqu'à la guerre de Corée. Il a été volé par des soldats américains pendant la guerre, en 1950, et a été sorti illégalement du pays. Après le vol, le gouvernement coréen a notifié à son homologue américain que 47 sceaux royaux avaient été volés par les troupes américaines et il a rendu public cet incident dans les médias américains, notamment le Baltimore Sun. Récemment, nous avons lu attentivement les rapports du Département d'Etat américain pour découvrir que, selon l'enquête du Département d'Etat, les sceaux royaux ont été reconnus comme des objets volés. C'est pourquoi nous plaidons pour le retour du sceau en Corée dans le cadre de l'amitié américano-coréenne. Hye Moon, représentant de l'Association pour la restitution des biens culturels ».

Alors que les responsables du LACMA auraient pu faire état de leur bonne foi lors de l'acquisition du sceau, ils ont reconnu qu'ils s'agissaient d'un vol et se sont engagés à le restituer. Fred Goldstein, vice-président en charge de l’administration du musée, a confirmé le 20 septembre 2013, lors d’une rencontre à Los Angeles avec la délégation coréenne dont faisait partie le député An Min-suk, que « le sceau est illégalement sorti du territoire coréen et il est normal qu’il soit restitué ». Dans un communiqué, le LACMA a précisé qu'il avait pris cette décision après avoir conduit sa propre enquête et réuni des preuves objectives. S'agissant des modalités de la restitution, envisagée dans un délai de deux mois, Fred Goldstein a déclaré qu'il se rapprocherait des représentants du gouvernement sud-coréen. Une copie du sceau doit être présentée dans les collections publiques du musée américain.

Une telle décision doit d'autant plus être saluée qu'elle est peu banale, les conservateurs de musées occidentaux faisant valoir que rendre les trophées de guerre aux pays qui ont été victimes de conflits ou de la colonisation viderait les collections publiques et privées. Pays ayant rattrapé économiquement et en matière d'innovation les Etats les plus puissants au monde, la Corée est particulièrement attachée à la restitution des biens culturels qui lui ont été volés pendant la période d'ingérence des puissances étrangères à partir de la fin du XIXème siècle, puis pendant la colonisation japonaise et la guerre de Corée. La restitution d'archives royales pillées par la France, lors de l'expédition coloniale en Corée de 1866, a d'ailleurs été décidée par le Président Nicolas Sarkozy en novembre 2010, et a permis de lever l'un des obstacles à l'approfondissement des relations franco - sud-coréennes, même si la forme choisie (le prêt à long terme) n'est pas entièrement satisfaisante pour la partie coréenne.

Une requête avait été adressée par le parquet sud-coréen aux autorités américaines, dont il est attendu qu'elles concluent également dans le sens de la sortie illégale de la péninsule d'une pièce du patrimoine coréen.

La reine Munjeong était la troisième femme du roi Jungjong, onzième souverain de la dynastie Choseon, qui a régné de 1506 à 1544. La reine Munjeong a exercé la régence pendant la minorité de son fils Myeongjong (né en 1534 et décédé en 1567), après le court règne (1544-1545) du roi Injong. injong avait succédé à Jungjong, et son demi-frère Myeongjong était monté sur le trône après sa disparition. Munjeong a gardé le pouvoir jusqu'à son décès en 1565. Elle a favorisé le bouddhisme en Corée et est également connue pour avoir ordonné la restitution de familles de roturiers de terres confisqués par la noblesse.

Coulé en bronze et doré, le sceau est orné de l'emblème d'une tortue. Côté face figure selon une formulation respectueuse le nom de la reine : « Sungryeol Daewang Daebi Jibo (Trésor de la reine du grand roi sacré) ». Les dimensions sont de 6,98 x 15,24 x 15,24 cm. Comme le précise le site du LACMA (photo ci-dessous), le sceau avait une valeur de reconnaissance sociale et d'identification en Asie de l'Est et pouvait comporter une formule poétique. La tortue est symbole de longévité dans la culture coréenne.

sceau_reine-Munjeong_seal-queen-Munjeong.jpg

 

Sur les 366 sceaux royaux de la dynastie Choseon, 47 auraient été volés pendant la guerre de Corée et le sceau de la reine Munjeong est le cinquième à avoir été localisé, les quatre autres sceaux retrouvés ayant d'ores et déjà été restitués. Il reste donc 42 autres sceaux à retrouver, dont un certain nombre sont certainement détenues par des personnes privées, qu'il s'agisse ou non de collectionneurs. L'affaire des sceaux de la dynastie Choseon est donc encore loin d'être close...

Sources : AAFC, archives du LACMA (page consultée le 28 septembre 2013, dont photo en bas d'article), pétition pour la restitution du sceau de la reine Munjeong, Yonhap (dont photo en haut d'article).

 

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 23 août 2013 5 23 /08 /Août /2013 11:49

    UFG2011 1Alors que les représentants des deux gouvernements coréens tiennent une réunion de travail le 23 août 2013 à Panmunjom suite à l'accord sur la reprise des activités de la zone intercoréenne de Kaesong, et que la réouverture du tourisme intercoréen des Monts Kumgang (suspendu depuis 2008) est en débat, des manoeuvres militaires conjointes américano - sud-coréennes Ulji Freedo Guardian (UFG) de grande ampleur intervennent au même moment, menaçant les chances de reprise des discussions multilatérales dans la péninsule. L'AAFC plaide pour que cessent les exercices UFG, afin de permettre l'avènement d'une ère de paix et de prospérité dans la péninsule coréenne en prévenant tout risque d'escalade, soixante ans après la fin des combats de la guerre de Corée ayant causé trois millions de morts.       



Conduits chaque année depuis 1976, les exercices conjoints américano - sud-coréens Ulji Freedom Guardian (UFG, qui portent ce nom depuis 2008) sont devenus les plus grandes manoeuvres militaires au monde utilisant les dernières innovations en matière d'informatique militaire.

Conduits en 2013 du 19 au 31 août, les exercices UFG sont dénoncés par le gouvernement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme les préparatifs d'une "guerre nucléaire". Selon l'agence nord-coréenne KCNA, "[c]es tentatives d'intimidation constituent un mouvement irresponsable qui révèle ouvertement le plan des Etats-Unis et de la Corée du Sud de capturer la RPDC par la force des armes, et une tentative extrêmement dangereuse de déclencher une nouvelle guerre dans la péninsule coréenne à n'importe quel prix".

Les progressistes sud-coréens dénoncent également ces exercices comme entravant les chances d'une reprise des discussions multilatérales pour parvenir à un accord de paix dans la péninsule. Le Parti progressiste unifié (PPU, gauche) sud-coréen a ainsi appelé à faire cesser immédiatement les exercices, et exhorté le gouvernement sud-coréen à se concentrer sur la reprise des échanges et du dialogue Nord-Sud.

Alors que 28.500 soldats américains stationnent toujours au Sud de la péninsule, en méconnaissance des termes de l'accord d'armistice de 1953 qui prévoyait le retrait de toutes les troupes d'occupation étrangères, l'édition 2013 des exercices UFG mobilise 56.000 soldats sud-coréens et 30.000 GIs américains, dont 3.000 sont ordinairement stationnés sur le territoire américain et dans d'autres bases militaires de la région Pacifique. En outre, 400.000 civils appartenant à 3.600 institutions gouvernementales sont également impliqués dans les manoeuvres UFG.

Par ailleurs, sept autres pays du commandement des Nations Unies en Corée participent aux exercices officiellement comme observateurs : l'Australie, le Canada, le Danemark, la France, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.

Les exercices UFG sont d'autant plus un mauvais signal pour la reprise du dialogue multilatéral dans la péninsule coréenne qu'ils ne sont pas isolés : au même moment ont été conduits, jusqu'au 23 août, des manoeuvres aériennes au-dessus de l'Alaska impliquant 60 appareils et 2.600 hommes de trois pays (Etats-Unis, Corée du Sud, Japon) - signalant l'accord implicite des Etats-Unis pour une remilitarisation du Japon, en contradiction avec sa Constitution pacifiste japonaise qui exclut la participation de troupes sur des théâtres d'opérations extérieurs. Il s'agissait de la première participation sud-coréenne à ces exercices, suivant une démarche américaine qui préfigure la constitution d'une alliance militaire de type OTAN dans le Pacifique. Par ailleurs, l'inclusion du Japon dans cette configuration méconnaissait la visite, la semaine précédente, de deux ministres japonais au sanctuaire Yasukuni, qui présente une version révisionniste de l'histoire militaire nippone, soulevant une tempête de protestations en Corée, en Chine et dans les pays victimes du militarisme japonais pendant la Seconde guerre mondiale.

 

Enfin, la poursuite de la construction de la base navale dans l'île de Jeju, au Sud de la péninsule intervient contre l'avis de ses habitants et de nombreux citoyens sud-coréens, dont les manifestations pacifiques ont été réprimées avec violence. La future doit permettre l'accueil de troupes et d'équipements militaires supplémentaires américains.

 

Les manoeuvres américaines confortent la RPDC dans la poursuite de ses programmes d'autodéfense pour, suivant les circonstances, parer à une attaque américaine ou négocier dans les meilleures conditions possibles avec la superpuissance américaine. Pour mémoire, le budget militaire des Etats-Unis atteint cent fois celui de la RPDC et les Etats-Unis ont conduit quatre cent fois plus d'essais nucléaires que la RPD de Corée.  


Sources : AAFC, Japan Today, KCNA (dont dépêche du 20 août 2013),  The Korea Times.

 

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 16 juin 2013 7 16 /06 /Juin /2013 15:23

Le 16 juin 2013, la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a proposé au gouvernement américain d'engager des discussions sur un champ très large, incluant la signature d'un traité de paix dans la péninsule coréenne et la question nucléaire. Cette offre de dialogue intervient après des échanges entre la RPDC et le Japon d'une part, la RPDC et la Chine d'autre part, alors que les contacts préparatoires à une rencontre intercoréenne, également proposée par Pyongyangviennent d'échouer. La question coréenne a aussi été à l'agenda des rencontres entre Barack Obama et Park Geun-hye, puis entre les présidents chinois et américain, alors que le président Xi Jinping doit recevoir à Séoul son homologue sud-coréenne le 20 juin prochain. L'initiative des autorités nord-coréennes est saluée par l'AAFC, qui milite en faveur d'un traité de paix dans la péninsule coréenne et de garanties de sécurité, en lieu et place de l'accord d'armistice ayant mis un terme aux combats de la guerre de Corée, en 1953 : deux générations plus tard, il est temps d'assurer la paix et la prospérité dans cette région du monde.

 

Kim-Jong-Un_North-Korea.jpg

 

Dans sa récente offensive tous azimuts en faveur du dialogue et de la paix en Asie du Nord-Est, impliquant des contacts bilatéraux ou des offres de discussion avec toutes les parties impliquées dans les pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) vient de s'adresser aux Etats-Unis, qui détiennent les clés d'un accord de paix dans cette partie du monde. En effet, c'est sous commandement américain que les forces des Nations Unies ont combattu en Corée entre 1950 et 1953, et c'est à ce titre que les généraux américains ont été, avec la Corée du Nord et la Chine, l'une des trois parties signataires de l'accord d'armistice du 27 juillet 1953 ; par ailleurs, plus de 28.000 soldats stationnent aujourd'hui encore dans le Sud de la péninsule coréenne, et en cas de conflit les troupes sud-coréennes seraient placées sous l'autorité du commandement américain.

 

Les réactions hostiles des observateurs sud-coréens à cette offre de dialogue de Pyongyang, où ils disent craindre l'isolement de Séoul, ignorent que ce sont les mêmes qui ont refusé le transfert du commandement des troupes sud-coréennes des Etats-Unis à la Corée du Sud en temps de guerre. De même, la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007 ouvrait la voie à la présence de la Corée du Sud comme signataire d'un traité de paix, alors qu'elle n'était pas assise en tant que telle à la table des négociations en 1953. En empêchant la mise en oeuvre de la déclaration du 4 octobre 2007, la droite sud-coréenne a créé elle-même les conditions de sa marginalisation sur les dossiers de sécurité alors que, en 2007, la Corée du Nord était prête à faire entrer la Corée du Sud dans le champ de ces discussions, qui auraient donc rompu le face-à-face traditionnel entre Washington et Pyongyang.

 

Dans un communiqué publié le 16 juin 2013, la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée invite les autorités américaines à fixer les modalités, notamment l'heure et le lieu, de "discussions sur une grande série de sujets, y compris le but des Etats-Unis de parvenir à un monde libéré de son arsenal nucléaire", tout en précisant que la RPD de Corée conserverait ses armes nucléaires tant qu'elle serait l'objet de menaces par des puissances extérieures. Le champ potentiel de discussions s'avère donc très large - de la signature d'un traité de paix à la dénucléarisation, en passant par des nécanismes garantissant une sécurité collective.

 

La perspective d'un monde sans armes nucléaires répond à un des objectifs affichés de la diplomatie américaine, qui a toutefois une lecture partisane du Traité de non-prolifération (TNP) : si le TNP prévoit qu'aucun nouvel Etat ne se dote de l'arme nucléaire, c'est en contrepartie que les Etats qui en sont déjà dotés s'engagent, eux aussi, sur la voie de la dénucléarisation. Les Etats-Unis retiennent seulement la première proposition, et pour les seuls pays qui ne sont pas leurs alliés (comme la RPDC et l'Iran), mais pas la deuxième proposition qui impliquerait qu'ils renoncent, avec la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni, à leur monopole de l'arme nucléaire.

 

Pendant la guerre froide, les Etats-Unis ont toutefois accepté de réduire, de manière négociée avec l'Union soviétique, leur arsenal nucléaire. Ne pourrait-on pas envisager une négociation globale autour des questions de paix et de sécurité en Asie du Nord-Est ? Une promesse des Etats-Unis de ne pas déployer d'armes nucléaires au Sud de la Corée, ou encore leur engagement sur la voie de négociations pour un traité de paix seraient des signaux positifs qu'ils acceptent de bonne foi des discussions avec la RPDC, en renonçant à la politique du coup de force - dont les manoeuvres américano - sud-coréennes ont, malheureusement, encore fourni récemment une illustration.

 

Par le passé, Washington a accepté des discussions avec Pyongyang, quitte à les inscrire dans un cadre multilatéral (à quatre avec la Corée du Sud et la Chine, puis à six avec la Russie et le Japon). Pour la paix, la sécurité et la prospérité de l'Asie du Nord-Est, l'AAFC espère que les Etats-Unis prendront le soin d'examiner une offre de dialogue qui pourrait permettre de sortir, enfin, de l'actuelle impasse diplomatique et militaire dans cette région du monde. 

 

Sources : AAFC, KCNA (dont photo), Le Monde, Bloomberg.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 00:47

0609-edward-snowden_jpg_full_600.jpgLe scandale Prism - du nom du système d'interceptions électroniques mis en place par l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) - n'en finit pas de faire des vagues, depuis les révélations d'Edward Snowden (photo à gauche), un ancien consultant de la NSA réfugié à Hong Kong ayant mis à jour le plus vaste système de surveillance de la vie privée jamais mis en place dans l'histoire de l'humanité. La liste des entreprises américaines compromises - Microsoft, Yahoo!, Google, Facebook, PalTalk, AOL, Skype, YouTube, Apple... - n'en finit pas de s'allonger. Si tous les services de renseignement tentent d'infiltrer les réseaux, les Etats-Unis disposent en ce domaine d'une puissance de frappe incomparable, ayant directement accès aux serveurs d'entreprises américaines en position dominante. Face  l'ampleur du scandale, le renseignement américain a riposté sur le double front de la minimisation et du déni d'une part, du prétexte de la lutte contre le terrorisme d'autre part. Un quart de siècle après la fin de la guerre froide, on sait désormais que Big Brother est américain. Dans ce contexte, il est intéressant de rappeler les positions de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui, en refusant d'intégrer le réseau Internet mondial, a sans doute mis en place la protection la plus efficace qui soit contre les intrusions et les opérations de déstabilisation du renseignement américain.

 

Il est de bon ton, en Occident, de railler la Corée du Nord parce ses citoyens ne sont pas reliés au réseau Internet mondial, mais relèvent d'un réseau Intranet. Toutefois, en pratique, les étudiants et les chercheurs de la RPD de Corée ont des possibilités d'accès à Internet, sur demande, et les étrangers résidant en Corée du Nord peuvent également se connecter à Internet, tout comme les visiteurs de passage (dans les cafés Internet ou certains hôtels) - bien que, pour ces derniers, à des prix dissuasifs car élevés.

 

Une explication basique réside sans doute non seulement dans le refus des autorités nord-coréennes de laisser la porte ouverte à une propagande étrangère qui vilipende la RPD de Corée comme aucun autre pays au monde, mais aussi dans une conscience aiguë des moyen d'accès des services américains aux réseaux informatiques. Internet n'est-il pas, à l'origine, une invention de l'armée américaine ? Les révélations actuelles autour du scandale Prism donnent une coloration toute particulière à ces craintes, en montrant qu'elles sont loin d'être infondées de la part d'un pays naguère classé par George W. Bush comme relevant de l' "axe du mal" et pouvant faire l'objet de toutes les déstabilisations. Et le premier outil américain des politiques de changement de régime se fonde, d'abord, sur une pénétration à l'intérieur des lignes ennemies. De ce point de vue, le "trou noir" que constitue la Corée du Nord signe de graves échecs répétés du renseignement américain et sud-coréen, ces deux services ayant été incapables d'avoir appris le décès du dirigeant Kim Jong-il avant l'annonce officielle par la RPDC, de déterminer la nature du troisième essai nucléaire nord-coréen (à base de plutonium ou d'uranium enrichi ?) ou encore s'étant trompés sur l'identité de Ri Sol-ju, épouse du dirigeant Kim Jong-un, avant que les médias nord-coréens ne révèlent qui est la jeune femme. Le pare-feu qu'oppose la Corée du Nord aux tentatives d'intrusion du renseignement étranger apparaît comme l'un des plus efficaces au monde.

 

Dans le domaine informatique, la RPD de Corée a préféré développer son propre système d'information, basé sur Linux. Et si le nombre de souscripteurs de téléphones portables a atteint la barre des 2 millions d'utilisateurs dans un pays comptant près de 25 millions d'habitants, on ne voit pas d'images de Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée, un portable à la main. Enfin, la mésaventure d'un des petits-fils de Kim Jong-il, étudiant en Europe et dont la page Facebook avait été décortiquée pour étaler sa vie privée sur la place publique, suffit sans doute à expliquer pourquoi les autorités nord-coréennes redoublent de conseils de prudence vis-à-vis de leurs ressortissants à l'étranger lorsqu'ils veulent se positionner sur les réseaux sociaux.

 

Dans le contexte actuel où la Corée du Nord cherche à développer les nouvelles technologies de l'information et de la communication, celles-ci prennent place dans la vie quotidienne de ses habitants, mais à un rythme et selon des modalités contrôlés par le gouvernement.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 11 mai 2013 6 11 /05 /Mai /2013 00:27

barack-obama_park-geun-hye_7-mai_2013.jpgComme son prédécesseur conservateur Lee Myung-bak en 2008, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a choisi de se rendre aux Etats-Unis, du 6 au 10 mai 2013, pour le premier voyage à l'étranger de son mandat. En affichant une même fermeté vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) lors de leur rencontre au sommet le 7 mai, les deux dirigeants ont éloigné toute perspective à court terme de reprise du dialogue dans la péninsule coréenne, tout en entraînant une vive réaction de la RPDC qui a dénoncé la visite de Mme Park aux Etats-Unis comme un "prélude à la guerre".

 

Le ton se veut martial et intransigeant : lors de sa rencontre au sommet avec son homologue sud-coréenne Park Geun-hye le 7 mai 2013, le président américain Barack Obama a affirmé que "l'époque où la Corée du Nord pouvait créer une crise et arracher des concessions est révolue", tout en ajoutant que "l'engagement des Etats-Unis envers la sécurité de la Corée du Sud ne faiblira jamais".

 

Cette lecture très américaine des choses occulte bien sûr le rôle joué par Washington dans la montée des tensions, à commencer par la poursuite des exercices conjoints américano - sud-coréens au moment même de la visite aux Etats-Unis de la présidente Park Geun-hye, et dont Pyongyang a averti qu'ils conduiraient à des représailles immédiates si "un seul obus" tombait dans ses eaux territoriales. Mais ne doit-on pas aussi considérer les déclarations du numéro un américain comme relevant d'une escalade exclusivement verbale, à défaut de vouloir - ou pouvoir - entreprendre quelque action militaire concrète vis-à-vis de la RPD de Corée ?

 

En tout état de cause, les observateurs qui escomptaient un geste d'ouverture à l'occasion de la visite aux Etats-Unis de Mme Park Geun-hye en ont été pour leurs frais. Le 10 mai, le Comité (nord-coréen) pour la réunification de la patrie a déclaré, en réponse à une question de l'agence KCNA de la RPD de Corée, que cette visite marque "un prélude à la guerre", en accroissant les tensions et risques de conflit dans la région. Le porte-parole du comité a réitéré la position selon laquelle la RPD de Corée n'abandonnerait pas ses armes nucléaires, tout en précisant que Pyongyang continuait d'observer Mme Park Geun-hye, entrée en fonctions il y a deux mois et demi. Par comparaison, en 2008 son prédécesseur Lee Myung-bak avait été vivement mis en cause par la RPD de Corée à peine plus d'un mois seulement après son investiture.

 

Le temps ne semble toutefois pas jouer en faveur d'une reprise du dialogue. Les conditions mises par la RPD de Corée - à savoir une levée des sanctions - sont perçues comme inacceptables par Washington et son allié sud-coréen, car elles impliqueraient que le Conseil de sécurité se déjuge. Mais il n'est pas davantage crédible que la RPD de Corée se soumette aux injonctions américano - sud-coréennes de faire un premier geste : Pyongyang n'a jamais agi sous une pression extérieure sans obtenir de contreparties réelles. Plus que jamais, tout progrès sur la voie du dialogue ne peut qu'être subordonné à des concessions de chacune des parties. L'objectif immédiat, au moins pour les Sud et les Nord-Coréens, devrait être une reprise des échanges intercoréens dans la zone de Kaesong.

 

Dans ce contexte, une initiative pourrait-elle venir d'une tierce partie ? Le 7 mai, la Banque de Chine a annoncé suspendre ses échanges et fermer ses comptes avec la Banque du commerce extérieur de la RPD de Corée, isolant un peu plus la Corée du Nord des circuits financiers internationaux. Si la Banque de Chine est publique, les autorités chinoises ne se sont pas opposées à cette décision, intervenue par ailleurs après d'intenses négociations  diplomatiques entre la Chine, les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud). S'il n'est pas nouveau que la Chine s'oppose à la détention d'armes nucléaires par la RPD de Corée et que, comme après les deux premiers essais nucléaires nord-coréens, elle interrompe ses livraisons de pétrole et de nourriture à son voisin du Nord-Est, il est inhabituel que Pékin semble suivre la ligne d'isolement de la Corée du Nord préconisée par Washington. L'expérience montre pourtant que les politiques d'embargo et poliorcétiques, imposées par les Etats les plus puissants aux Etats moins puissants, n'ont jamais fait plier les seconds aux desiderata des premiers. Enfin, la Chine encourrait le risque d'entamer son crédit vis-à-vis de ses alliés dans le monde si elle apparaissait satisfaire les intérêts américains. Plus probable qu'un revirement diplomatique, un infléchissement des positions de Pékin ne pourra s'apprécier que sur le moyen terme, au regard des décisions que prendront à présent les autorités chinoises.

 

Sources : Hankyoreh, KCNA, Le Monde (dont photo), Yonhap.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 7 mai 2013 2 07 /05 /Mai /2013 00:13

kenneth-bae_pae-jun-ho_bae-jun-ho_photo.jpgDans notre édition du 22 décembre 2012, nous rendions compte de l'arrestation à Rason, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), d'un Américain d'origine coréenne, Pae Jun-ho (nom américain : Kenneth Bae), pour des faits qualifiés de crime dans la législation nord-coréenne, en soulignant la rareté de telles situations. La récente condamnation de Pae Jun-ho à 15 ans de prison a conduit à une mise au point du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, en réponse à l'agence nord-coréenne KCNA, le 5 mai 2013.

 

Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, Pae Jun-ho a été condamné à 15 ans de prison pour complot contre les institutions de la République populaire démocratique de Corée, en liaison avec des puissances étrangères, après être entré en RPD de Corée sous une fausse identité et avoir reconnu les faits qui lui sont reprochés. Des effets personnels, pris sur lui, ont été considérés comme ayant apporté des preuves supplémentaires. 

 

A l'annonce de l'arrestation de Pae Jun-ho, un expert sud-coréen lié au milieu du renseignement, Cheong Seong-chang, avait évoqué la possibilité d'une arrestation comme d'un "prétexte" qu'utiliserait Pyongyang pour engager des négociations avec Washington. Nous avions alors souligné que cette hypothèse était d'autant moins crédible que l'arrestation avait été bien antérieure à la montée des tensions en Asie du Nord-Est, à partir de décembre 2012. En réponse à l'agence KCNA le 5 mai 2013, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a rejeté comme "ridicule et fausse" l'hypothèse, avancée par certains médias occidentaux, notamment américains, selon laquelle cette arrestation serait une "monnaie d'échange". En faisant également référence à des visites d' "officiels de haut niveau" (en fait, celles des anciens présidents américains Bill Clinton en 2009, pour deux journalistes américaines, et Jimmy Carter en 2010, pour un activiste religieux, Aijalon Mahli Gomes) afin d'obtenir la libération d'autres citoyens américains ayant, par le passé, violé la législation nord-coréenne, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a souligné qu'il n'y aurait plus de  telles mesures de clémence, dans la mesure où n'avaient pas été tenues les promesses américaines de ne pas réitérer les actes à l'origine des arrestations de plusieurs de leurs concitoyens en RPDC. De fait, le secrétariat particulier de Jimmy Carter a jugé utile de démentir une possible visite de ce dernier en Corée du Nord ,en vue de la libération de Pae Jun-ho. Dans le cas des Américains graciés en 2009 et 2010, les sentences prononcées avaient été moins lourdes (respectivement, douze ans et huit ans de prison), mais il ne s'agissait pas d'agents de renseignement étrangers condamnés en tant que tels.

 

L'extrême discrétion avec laquelle les médias américains ont rendu compte de l'arrestation de Pae Jun-ho, qui a d'abord été médiatisée par les Nord-Coréens, est de nature à accréditer la thèse d'une opération d'espionnage en Corée du Nord ayant mal tourné, en utilisant comme agent une personnalité - Pae Jun-ho - visitant régulièrement la RPDC, et ayant donc une certaine confiance de ses interlocuteurs nord-coréens. Si cette hypothèse est exacte, Pae Jun-ho aurait agi sous la double couverture d'agent de voyage et de militant humanitaire. Les éléments révélés, certes a minima sur ce dossier sensible, par le ministère des Affaires étrangères nord-coréen - fausse identité, documents compromettants - corroborent cette thèse, avancée à mi-mots par les Nord-Coréens (ils n'emploient pas le terme d'espionnage, mais évoquent des actes hostiles à l'encontre de la RPDC) et que se gardent de réfuter les autorités américaines. Des indices convergents sont le lieu de l'arrestation (la ville de Rason, près de la frontière sino-coréenne, lieu de passage de nombreux trafics), et le profil de Pae Jun-ho, protestant chrétien lié aux réseaux évangéliques. Ces derniers sont en effet très actifs dans les actions tendant, d'une part, aux départs illégaux de Nord-Coréens à l'étranger, et d'autre part à un changement de régime en RPD de Corée.

 

 A l'époque de la guerre froide, les arrestations réciproques d'espions à l'Est et à l'Ouest ne donnaient pas lieu à des mesures de clémence, mais à des échanges de personnes. S'il n'y a pas aujourd'hui d'espions nord-coréens - ou considérés comme tels - qui soient aujourd'hui détenus aux Etats-Unis à notre connaissance, en revanche de nombreux prisonniers politiques, accusés de sympathies communistes, restent emprisonnés en Corée du Sud. Toutefois, il participe de la crédibilité, par des mesures de soutien au moral de ses agents, de tout service de renseignement d'obtenir la libération d'un des siens arrêté en opération, y compris en versant des fonds secrets. Les Etats-Unis ne voulant pas aujourd'hui parler d'espionnage (les médias américains parlent seulement de photos d'orphelins, donnant ainsi à la couverture humanitaire de Kenneth Bae sa seule motivation), et encore moins donner de la publicité à une affaire embarrassante, il n'est pas certain qu'ils souhaitent la médiatisation qu'entraînerait la visite d'une personnalité de haut rang, dans le seul but d'obtenir la libération d'un de leurs concitoyens emprisonnés. Mais au regard du précédent du navire espion américain Pueblo, capturé par les Nord-Coréens le 23 janvier 1968, il serait cependant possible que ces derniers poussent leur avantage : si les Américains arrêtés avaient finalement été libérés à l'issue d'un long feuilleton politico-diplomatique en contrepartie d'une humiliante lettre d'excuses, le Pueblo n'en reste pas moins le seul bâtiment de guerre américain aujourd'hui capturé à l'étranger.

 

Sources : AAFC, KCNA (dépêche du 5 mai 2013) et Voice of America (dont photo).

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 7 avril 2013 7 07 /04 /Avr /2013 19:48

Depuis quelques jours, les Etats-Unis prétendent jouer la carte de l'apaisement en Corée : report d'un tir de missile balistique qui aurait officiellement été programmé, ainsi que d'une réunion militaire conjointe avec la Corée du Sud au plus haut niveau, dont il est avancé qu'elle aurait dû se tenir le 16 avril 2013 ; plus significatif (car ne s'appuyant que sur des faits qui auraient pu avoir lieu... selon le renseignement américain parlant du Pentagone !), le "ballet diplomatique" a repris avec des contacts officiels et de haut niveau entre les Etats-Unis et les autres parties aux pourparlers à six, à l'exception notable - et regrettable - de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), comme l'ont déploré de nombreuses voix en Corée du Sud et aux Etats-Unis, à commencer par le président du Parti démocrate (centre-gauche), principal parti d'opposition à Séoul. Pourquoi ce revirement ? Car la tactique américaine de l'épreuve de force a échoué : comme l'a révélé le Wall Street Journal dans son édition en ligne du 3 avril 2013, l'escalade des tensions a en effet été sciemment orchestrée par les Etats-Unis dans le cadre du plan "Playbook"... mais la réaction de la RPDC a dépassé ce que prévoyaient les stratèges du Pentagone, désormais affolés à l'idée d'une riposte nord-coréenne. Si bien qu'après avoir eux-mêmes allumé le feu dans la région Asie-Pacifique, les Américains veulent jouer le rôle des pompiers, mais arriveront-ils à éteindre l'incendie qu'ils ont provoqué, et dont la première onde de choc est la suspension des activités de la zone intercoréenne de Kaesong, qui avait jusqu'à présent surmonté toutes les précédentes crises ? Mis en oeuvre par l'administration Obama sur une idée des hauts gradés du Pentagone avec l'aval du secrétaire d'Etat à la défense Chuck Hagel, le plan "Playbook" apparaît comme un fiasco. Espérons à présent que le secrétaire d'Etat John Kerry, plus réaliste que les faucons de l'armée US, saura recoller les morceaux. Révélant de manière inédite en France les dessous du plan "Playbook", et tout en ne partageant pas tous les points de vue exprimés par les auteurs, l'AAFC reproduit ci-après et à titre de document et d'analyse, traduit de l'anglais par nos soins, un article publié le 3 avril 2013 par le Wall Street Journal de Adam Entous et Julian Barnes, intitulé "Les Etats-Unis font marche arrière sur leur démonstration de force en Corée". Cet article éclaire les erreurs d'analyse - une fois encore - et les tendances jusqu'au-boutistes du renseignement américain sur la Corée du Nord, dont on sait qu'il est excessivement influencé par les services sud-coréens, ainsi que la volonté du Pentagone de complaire aux nouvelles autorités conservatrices de Séoul - tout en gardant, et eux seuls, la maîtrise d'un agenda militaire qui n'est partagé qu'en apparence avec l'armée sud-coréenne.

 

Playback_plan_coree-du-nord_1.jpgAprès un déploiement de force militaire des plus visibles destiné à dissuader des provocations nord-coréennes, selon des officiels américains la Maison Blanche revient sur sa posture agressive de peur qu'elle puisse déclencher par inadvertance une crise encore plus grave.

Les Etats-Unis marquent une pause dans ce que plusieurs officiels ont décrit comme un plan graduel approuvé par l'administration Obama en début d'année, baptisé "Playbook", qui a conçu les séquences et le plan de communication pour les démonstrations de force américaines au cours des exercices de guerre annuels avec la Corée du Sud. "Playbook" comporte des vols, hautement médiatisés ces dernières semaines, à proximité de la Corée du Nord des bombardiers nucléaires B-52 et furtifs B-2, ainsi que des avions militaires sophistiqués F-22.

Cette semaine, les Etats-Unis ont reculé par rapport à leurs plans initiaux, alors que des officiels américains ont commencé à s'inquiéter que la Corée du Nord, qui dispose d'un petit arsenal nucléaire et d'un nouveau dirigeant imprévisible, pourrait être encore davantage provoquée que ne le souhaitaient les Américains, selon ces officiels. 

Selon un officiel de haut rang, "Notre inquiétude est que nous renforcions les possibilités de mésinterprétation de la part des Nord-Coréens, ce qui pourrait conduire à des erreurs de calcul".

Ces officiels ont affirmé que les Etats-Unis ne croyaient pas que la Corée du Nord ait des plans pour engager des actions militaires en réponse aux exercices. Le changement de position reflète plutôt les inquiétudes au sein de l'administration que la Corée du Nord, prise au dépourvu, ait une action irréfléchie, contrairement aux affirmations des services de renseignement selon lesquelles une réponse militaire à la démonstration de force américaine est improbable. 

Ce changement est aussi intervenu après que la Navy a confirmé lundi que les Etats-Unis avaient envoyé deux destroyers lanceurs de missiles dans les eaux sud-coréennes - un déploiement que, selon les officiels, la Maison Blanche et le Pentagone n'avaient pas l'intention de rendre public et qui ne faisait pas partie de "Playbook".

Les officiels disaient que rendre publique la présence des destroyers risquaient d'augmenter les tensions avec la Corée du Nord au-delà de ce que souhaitait la Maison Blanche. De même, selon eux, les officiels de la Maison Blanche ont été déçus que cette révélation ne corresponde pas au déroulé bien orchestré d'une information qu'ils entendaient contrôler. 

La Maison Blanche a suspendu les étapes suivantes de "Playbook" quand elle a évalué la réaction du Nord, selon ces officiels, bien que l'administration n'ait pas exclu de futures démonstrations de force. Mardi, l'attaché de presse du Pentagone George Little a déclaré que les Etats-Unis voulaient faire baisser la "température" sur la péninsule.

Mercredi [3 avril 2013], le secrétaire à la Défense Chuck Hagel - un des principaux soutiens de "Playbook" - a déclaré publiquement que les Etats-Unis et les autres puissances de la région ne voulaient pas aggraver encore une "situation compliquée, explosive". Il a appelé la Corée du Nord à adoucir son langage, dressant la perspective d'un "chemin vers la paix".

Les officiels du Pentagone ont déclaré que la décision de mercredi de positionner un système sophistiqué de batteries anti-missiles sur l'île de Guam, dans le Pacifique, était défensive et non offensive, tout comme les vols de B-2, et correspondait aux précédents mouvements des Etats-Unis pour prévenir une attaque nord-coréenne contre les Etats-Unis et leurs alliés avec des missiles à moyenne et longue portée.

Le commandement américain du Pacifique a commencé à imaginer le plan "Playbook" après une série de provocations du Nord, dont le lancement d'une fusée de longue portée en décembre [NdT : il s'agissait en réalité d'un satellite artificiel], alors qu'il préparait les exercices militaires annuels avec le Sud.

La politique de relations publiques avait comme objectif non seulement d'adresser un message à la Corée du Nord, mais aussi d'assurer au nouveau gouvernement faucon de Corée du Sud qu'il avait le plein soutien des Etats-Unis et qu'il ne lui était pas nécessaire de répondre militairement aux provocations du Nord.

Etats-nucleaire_carte.jpg

Les agences de renseignement américaines avaient évalué les risques associés à "Playbook" et conclu que la probabilité d'une réponse militaire nord-coréenne était faible, car la priorité du régime était sa propre préservation. Les officiels américains estiment que le Corée du Nord comprend qu'entreprendre une action militaire entraînerait une contre-attaque foudroyante des Etats-Unis et de la Corée du Sud qui déstabiliserait le régime.

"Tout le monde est inquiet d'une possible erreur de raisonnement et du déclenchement d'une guerre. Mais l'idée au sein du gouvernement américain est que les Nord-Coréens n'iront pas à une guerre totale", selon un haut fonctionnaire de l'administration Obama. "Ils sont d'abord et avant tout intéressés par la survie du régime."

Au cours des discussions, les soutiens [au plan "Playbook"] ont déclaré qu'il était préférable que les Etats-Unis contrôlent les étapes de l'escalade, pour s'assurer qu'ils ne perdent pas le contrôle de la situation. Toujours selon ces officiels, le plan était aussi et pour une part destiné à ce que le nouveau gouvernement sud-coréen ne se sente pas obligé de répondre aux menaces nord-coréennes, qui apparaissent souvent au moment des exercices, alors que la Corée du Nord tient sa session parlementaire annuelle.  

Mais au sein de l'administration, certains se sont inquiétés des conséquences imprévisibles en provoquant la Corée du Nord. Plusieurs se sont posés la question de la crédibilité qu'accorde la Maison Blanche et le Pentagone aux agences de renseignement, qui ont un bilan mitigé s'agissant des prévisions sur le comportement nord-coréen.

Les brèches du renseignement sont particulièrement béantes s'agissant d'apprécier le nouveau dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qui reste une personnalité méconnue et quelqu'un que les agences de renseignement elles-mêmes décrivent comme plus imprévisible que son père. 

Toutefois, peu d'objections ont été soulevées au plus haut niveau au cours des rencontres, selon les participants - à la différence d'autres décisions de l'administration Obama sur le recours à la force militaire à l'étranger, y compris en Libye, en Afrique du Nord-Ouest et en Syrie, où les débats s'étaient prolongés. Le Président Barack Obama a donné le feu vert pour engager "Playbook", selon ces personnes.

La première démonstration de force a eu lieu le 8 mars, pendant l'exercice américano-sud-coréen connu sous le nom de Foal Eagle, quand des bombardiers à longue distance B-52 ont conduit des manoeuvres à basse altitude. Quelques semaines plus tard, en plein jour deux bombardiers furtifs B-2 partis d'une base aérienne du Missouri ont largué des bombes factices sur un champ de tir sud-coréen.

Comme prévu, les agences de renseignement américaines ont analysé les réponses de la Corée du Nord. Après ces vols, la Corée du Nord a répondu comme le Pentagone et les agences de renseignement l'avaient prévu, dans un discours de colère et de menaces d'attaque contre le Sud et les Etats-Unis.

Le dimanche, les Etats-Unis ont envoyé deux avions sophistiqués F-22 vers la Corée du Sud, ce qui a entraîné une autre réaction de mécontentement du Nord.

Au cours du week-end, alors que le Nord renforçait ses menaces d'attaque du Sud et des Etats-Unis, deux destroyers lanceurs de missiles - l'USS John S. McCain et l'USS Decatur - furent envoyés par le Pentagone vers des destinations dans le Pacifique Sud, ce que certains militaires décrivirent comme un renforcement "prudent" afin de garder un oeil sur la Corée du Nord dans l'hypothèse du lancement d'une fusée.

Le Pentagone n'avait pas annoncé les déploiements du McCain et du Decatur au cours du week-end et ils ne faisaient pas partie des mouvements de "Playbook", selon des fonctionnaires. Certains officiels craignaient que l'introduction de ces vaisseaux soit vue par la Corée du Nord comme une escalade et voulaient la taire.

Mais quand des médias annoncèrent que les navires se dirigeaient vers la Corée du Sud, des officiels de la Navy confirmèrent ces missions.

Bien que défensif par nature (sic), ce mouvement accrut la perception d'une menace qui conduisit, d'après un officiel, à tirer la sonnette d'alarme à la Maison Blanche.

D'après cet officiel, "la composante navale a fait basculer l'équilibre des inquiétudes".

Les officiels affirment que les agences de renseignement ont déclaré aux décideurs politiques qu'ils pourraient probablement pousser la Corée du Nord plus loin qu'ils ne le prévoyaient sans entraîner de réponse militaire sérieuse. Tel est l'avis d'officiels recevant les rapports du renseignement.

Au sein de la communauté du renseignement, les responsables doutent toujours d'une action militaire de la Corée du Nord. Cette semaine, des officiels du renseignement ont défendu leurs analyses : selon l'un d'eux, "à ce stade, tout ce qu'on continue de voir de la Corée du Nord, ce sont des mots". "Rien n'indique quelque action de la part de Corée du Nord, ce qui semble conforter les analyses du renseignement."

Mais la prudence va grandissante dans certains cercles de l'administration.

Selon un officiel de haut rang, "En quelque sorte, nous avons tellement réussi, nous avons eu un tel succès [dans l'envoi d'un message à la Corée du Nord] qu'on réfléchit d'une certaine manière à revenir en arrière tout en continuant à apporter des garanties à la Corée du Sud".

 

Source : Wall Street Journal (y compris photos ; en haut : missile THAAD lancé de la base Kauai dans le Pacifique en 2008 ; les Américains ont annoncé le déploiement de missiles THAAD sur l'île de Guam). Traduction AAFC.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Relations Etats-Unis-Corée
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Traduction automatique

French to Albanian  French to Arabic  French to Bulgarian  French to Chinese (Simplified)  French to Croatian  French to Czech  French to Danish

French to Dutch  French to English  French to Estonian  French to Finnish  French to German  French to Greek  French to Hebrew

French to Hindi  French to Hungarian  French to Indonesian  French to Italian  French to Japanese   French to Latvian  French to Lithuanian

French to Norwegian  French to Polish  French to Portuguese  French to Romanian  French to Russian  French to Serbian  French to Slovak

French to Slovene  French to Spanish  French to Swedish  French to Thai  French to Turkish  French to Ukrainian  French to Vietnamese

Attention !
Une traduction automatique
peut contenir des erreurs...

Présentation

Recherche

Recommander

D'où venez-vous?

Aujourd'hui

Depuis le début de ce mois
Locations of visitors to this page

 

Ebuzzing - Top des blogs - International

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés