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Culture

Jeudi 9 mai 2013 4 09 /05 /Mai /2013 22:52

Il est commun en Europe de penser que Gutenberg fut l’inventeur de l’imprimerie, déclenchant ainsi par ses prouesses technologiques une vague intellectuelle qui touchera plus ou moins tout l’Occident : l’humanisme. Si une telle assertion ne fait aucun doute dans le contexte européen, force est de constater qu’en Asie, et en Corée en particulier, l’imprimerie est une invention plus ancienne, témoignant très tôt d’une vie intellectuelle particulièrement vive. Retour sur un aspect méconnu de la culture asiatique.

 

dunhuang-mogao-caves-grottes.jpgJohann Gutenberg, le célèbre imprimeur allemand, édite au cours des années 1450 plusieurs exemplaires de la Vulgate, la fameuse bible traduite en latin par Saint-Jérôme. Malheureusement pour lui, sa première presse dotée de caractères métalliques mobiles n’a pas le succès escompté auprès de la population et il finira ruiné. Cette version, répétée à l'envi dans les écoles primaires européennes, ne constitue que la partie occidentalo-centrée de l’histoire. En effet, pour qui décentre son regard vers l’Asie, on s’aperçoit que les Chinois ont maîtrisé l’imprimerie à caractères fixes (impression page par page, à la différence de la presse de Gutenberg qui permettait de recomposer des textes avec les mêmes caractères) beaucoup plus tôt puisque les premiers textes imprimés datent de la très raffinée dynastie Tang, soit entre 618 et 907 de notre ère. Le Sutra du Diamant, texte bouddhique considéré comme le premier texte imprimé connu, aurait été édité en 868. Ce texte sacré, destiné à être diffusé gratuitement (à une certaine strate sociale de lettrés, cela s’entend) a été retrouvé dans la splendide grotte de Dunhuang (actuelle province chinoise du Gansu, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, photo ci-dessus, source TravelChinaGuide) et a connu une histoire rocambolesque, à l’image de l’empire Chinois. D’abord possession chinoise (Dunhuang est devenue une circonscription impériale sous la dynastie des Han antérieurs, en 117 avant JC), puis sous contrôle d’un roitelet tibétain (le Tibet n’a été unifié que lorsqu’il est devenu un vassal chinois, en 1244) et enfin possession mongole (dynastie Yuan), le Sutra du Diamant ne doit sa longévité qu’au fait que chacun de ses possesseurs successifs se réclame du bouddhisme. Malheureusement, comme beaucoup de trésors nationaux chinois, le Sutra du Diamant a été pillé par des Occidentaux lors de la « découverte » occidentale des grottes de Dunhuang. En 1907, le célèbre linguiste français Paul Pelliot parvient à racheter de nombreux imprimés – dont le Sutra de Dunhuang, et ces manuscrits sont toujours actuellement visibles à la Bibliothèque Nationale de France (BNF).

 

Livre coréen-Jikji-Selected Teachings of Buddhist Sages anDu côté coréen, l’histoire semble se répéter : si les Chinois peuvent se targuer d’avoir été les premiers à utiliser des presses à caractères fixes, les Coréens de la dynastie Koryo auraient été les premiers à utiliser les caractères mobiles et ce presque un siècle avant Gutenberg… Le plus vieux texte imprimé coréen, le Jikji (abréviation de baegun hwasang chorok buljo jikji simche yojeol, « Anthologie des enseignements zen des grands prêtres bouddhistes », photo à droite, source wikimedia) aurait été édité en 1377, soit 78 ans avant la Bible en 42 lignes de Gutenberg. Tout comme le Sutra du Diamant, un tel trésor historique ne pouvait qu’attirer les convoitises et ce sont les colonisateurs français qui, une fois de plus, ont pillé cette relique nationale. Ce texte est d’ailleurs lui aussi visible à la BNF ; alors que la situation des archives royales pillées par la France lors de la campagne coloniale de 1866 connaît des avancées, la question du Jikji, plus vieux texte imprimé (au sens moderne du terme) du monde semble patiner. Pour l’AAFC, il apparaît fondamental de régler les contentieux historiques (qui n’en finissent pas d’empoisonner les relations interasiatiques et Orient-Occident) avant de chercher à établir des relations politiques saines et stables.

 

Pour les lecteurs les plus attentifs de notre blog, un détail n’aura pas manqué de piquer leur curiosité : dans le reportage de David Pluth sur son voyage en République populaire et démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), traduit par l’AAFC, il est fait mention du plus vieux texte imprimé au monde conservé à la Bibliothèque du Peuple de Pyongyang, datant de… 1377, soit exactement la date d’édition du Jikji.  Nul doute que la question des reliques nationales coréennes risque encore de faire parler d’elle.

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Vendredi 1 mars 2013 5 01 /03 /Mars /2013 09:56

foyer-rural-tousson_stage-cuisine-coreenne.jpgLe 23 février 2013, par l'intermédiaire de l'Association d'amitié franco-coréenne le foyer rural de Tousson en Seine-et-Marne a organisé un stage de cuisine coréenne, donné par des épouses des diplomates de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en poste en France. Une expérience originale, qui a permis de découvrir un autre aspect de la culture commune à l'ensemble de la péninsule coréenne.

 

Il y a un peu plus d'un an, le 18 décembre 2011, le foyer rural de Tousson organisait un stage de cinéma pour faire découvrir les longs métrages de la RPD de Corée. C'est un autre aspect de la culture coréenne qu'ont pu découvrir une trentaine de Français membres du foyer rural lors du stage de cuisine organisé, toujours à Tousson, le 23 février 2013. Une participation importante pour le village de Seine-et-Marne - même si les membres du Foyer rural dépassent la seule commune de Tousson - et qui témoigne de l'engouement pour les plats coréens, qui peuvent aujourd'hui être dégustés dans quelque 70 restaurants coréens de la capitale et une demi-douzaine d'épiceries exclusivement coréennes - même si d'autres épiceries asiatiques, comme Tang Frères, proposent également des ingrédients coréens.

 

Les épouses de diplomates nord-coréens en poste à Paris ont successivement expliqué, démonstration à l'appui, la préparation du kimchi (ce plat traditionnel coréen, à base de chou fermenté dans une sauce de saumure, est devenu un des symboles de la cuisine du Pays du matin calme), puis des crêpes coréennes et enfin des raviolis. Les généreuses quantités préparées, sur place ou préalablement (dans le cas du kimchi, qu'il faut laisser reposer deux jours) permettaient d'allier le plaisir de la préparation et celui de la dégustation.

 

Les participants ont pu découvrir qu'il existait autant de recettes de kimchi que de foyers en Corée - chaque ménage ayant la sienne propre - mais aussi, non sans une pointe de déception chez certains - que les ingrédients indispensables - comme le chou chinois - ne peuvent pas être remplacés par n'importe quel produit des épiceries européennes.Si la cuisine coréenne est réputée épicée, cela n'a manifestement pas gêné les convives... même s'il est vrai que l'ajout de sucre dans le kimchi donne un mélange sucré-salé détonnant et moins étranger aux papilles européennes.

 

La manifestation s'est terminée dans une ambiance chaleureuse et conviviale, avant que la musique coréenne diffusée pendant l'ensemble du stage ne laisse la place à des extraits du concert du Nouvel an 2012. Alors que la précédente démonstration de cuisine coréenne organisée par l'AAFC, dans le Limousin, remonte à dix ans, l'Association d'amitié franco-coréenne félicite le foyer rural de Tousson pour son initiative (plusieurs de ses adhérents étaient d'ailleurs conviés et présents le 23 février), et remercie encore la délégation générale de la RPD de Corée pour avoir donné de son temps afin de mieux faire connaître l'un des aspects les plus sympathiques de la culture coréenne.

 

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Photos Foyer rural de Tousson (sur Facebook)

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Vendredi 15 février 2013 5 15 /02 /Fév /2013 00:12

Le 16 février marque, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), l'anniversaire de la naissance du Dirigeant Kim Jong-il, célébré comme la Fête de l'Etoile brillante. Dans la conception nord-coréenne du pouvoir, l'unité monolithique entre le peuple, le Parti et le dirigeant implique que ce dernier donne les orientations à suivre dans tous les domaines de la vie sociale. Parmi les écrits du Dirigeant Kim Jong-il, les traités dans le domaine artistique occupent une place importante. Alors que l'architecture et l'urbanisme jouent un rôle éminent en tant que disciplines sollicitées pour "l'édification d'un pays puissant et prospère", selon le mot d'ordre lancé par le Président Kim Jong-il, nous reproduisons ci-après des extraits De l'art architectural par Kim Jong-il, écrits datés du 21 mai 1991 et revenant notamment sur les éléments structurants de l'urbanisme de Pyongyang, capitale de la RPDC, à partir de quelques éléments clés : la place éminente des monuments ; le caractère national de l'architecture coréenne ; la composition artistique et la valeur symbolique de l'urbanisme.

 

"Qui dit architecture socialiste et communiste dit architecture révolutionnaire de la classe ouvrière, laquelle a pour mission fondamentale de réaliser les aspirations et les besoins des masses populaires, maîtres de la nature et de la société (...).

 

Un grand monument inspirera respect et solennité en fonction de l'aménagement de l'espace environnant (...). Citons en exemple l'aménagement des abords du Monument aux Idées du Juche, où l'on a veillé soigneusement à appliquer la symétrie : construction de deux tours d'habitation derrière le monument, de deux pavillons sur les côtés et installation de deux jets d'eau au beau milieu du fleuve Taedong, en face. Cela ajoute au grandiose et à la solennité du monument (...).

 

Le centre de Pyongyang fournit un modèle d'emplacement idéal pour une statue du leader (...). On a érigé la statue du leader sur la colline Mansu [NB : depuis avril 2012, deux statues sont érigées sur la colline Mansu, à l'effigie du Président Kim Il-sung et du Dirigeant Kim Jong-il, photo ci-dessous], la plus élevée du centre de la ville, et construit aux alentours un grand monument évoquant le trajet glorieux de la révolution coréenne, ainsi que le Musée de la révolution coréenne (...).

 

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Pour encadrer la statue de notre Leader et la rendre visible partout du centre de la ville, on a démoli toutes les maisons de l'ancienne rue Somun, située entre les collines Mansu et Namsan, où l'on a aménagé en échange un grand parc à jets d'eau et des plates-bandes, et l'on a construit le Théâtre d'art Mansudae, établissement moderne, en harmonie avec le tableau. En face de la colline Mansu, sur l'autre rive du Taedong, on a tracé dans le secteur de Munsu, sur le prolongement de l'axe principal du Monument Mansudae, une large avenue bordée du Grand Théâtre de Pyongyang-Est, du Palais central de la Jeunesse et d'immeubles d'habitation (...).

 

Le recours aux formes nationales s'impose tout particulièrement dans les pays confrontés à des tâches de reconstruction comme c'était le cas pour nous (...) à Pyongyang notamment, on a vu s'ériger sur les emplacements majeurs de l'ensemble urbanistique le Palais de la culture du peuple (photo ci-dessous), le Grand Théâtre de Pyongyang et le restaurant Okryu, tous de style coréen, qui exhalent un véritable parfum national le long du fleuve Taedong et de la rivière Pothong ; de même, il a été construit le Palais des études du peuple, grandiose édifice de style coréen, sur la colline de Namsan, centre géométrique du triangle dont cet édifice forme le sommet, emplacement central du plan de la ville, où la couleur nationale s'est renforcée (...).

 

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L'architecture fournit des images musicales aussi bien que des images picturales, sculpturales et poétiques.

 

Les immeubles modernes se serrant dans le vaste espace de la ville de Pyongyang, axé sur la statue du Président Kim Il-sung érigée sur la colline Mansu, donnent l'impression d'un tableau émouvant où l'on voit tout le peuple coréen acclamer son Leader (...). La façade du Palais des études du peuple situé sur l'axe central de Pyongyang évoque un tableau représentant une poule heureuse ayant pris ses petits sous ses ailes, par une douce journée de printemps, sur une pelouse ; la partie de ce même palais située du côté du Parc aux jets d'eau Mansudae fait penser à une composition sculpturale illustrant l'esprit révolutionnaire de notre peuple lancé à toute vitesse vers le communisme, portant bien haut la bannière du Juche, bannière du socialisme, inébranlable devant les défis".

 

Source : Kim Jong-il, OEuvres choisies, volume 11 (janvier-juillet 1991)., éditions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 2003. "De l'art architectural", p. 106-237 (extraits).

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Jeudi 7 février 2013 4 07 /02 /Fév /2013 23:30

Trois jours de cinéma coréen à Barjac, dans le Gard, à l'occasion des 11èmes rencontres hivernales les 25, 26 et 27 janvier 2013 : un évènement rare à souligner, dont le mérite revient à la commission culturelle de la municipalité dirigée par Edouard Chaulet. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) revient sur cette manifestation, qu'elle avait annoncée dans son édition du 18 janvier 2013, et à laquelle a participé son vice-président Robert Charvin, dans le compte rendu ci-dessous qu'il nous a fait parvenir.

  

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Sept films dont un de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), avec un débat animé par Jean-Michel Bovy, conseiller municipal, Tiyan Wong et Robert Charvin, au nom de l'Association d’amitié franco-coréenne. Ont été projetés La servante de Kim Ki-young, Bonbon à la menthe de Lee Chang-dong, puis un bijou, finement ciselé, Jiburo de Lee Jung-hyang, qui mériterait une large audience, particulièrement dans la jeunesse : un petit citadin passe ses vacances chez sa grand-mère, paysanne pauvre, qui réussit à « re-civiliser » ce garçon de Séoul, intoxiqué de coca et de jeux vidéos. Au fil des images, avec une économie de moyen absolue, l’enfant standardisé redevient coréen.

 

 Les organisateurs ont aussi choisi La jeune bouquetière de Pak Hak et Choe Ik-kyu, film venu de Pyongyang et réalisé en 1972. Depuis, le temps s’est écoulé et le cinéma nord coréen a évolué durant les années 2000. On assiste à quelques scènes de l’oppression japonaise sur la Corée qui a duré un demi-siècle et que l’Occident ignore. On y pleure beaucoup : mais, peut être, les peuples qui savent encore pleurer ont de l’avenir !

 

L’ivresse de l’argent de Im Sang-soo, dénonce avec efficacité la corruption régnant en Corée du Sud et la difficulté qu’a tout subordonné à échapper à l’emprise de ces nouveaux riches qui bénéficient de la complicité des pouvoirs publics, des Américains et mettent la  Corée du Sud en coupe réglée.

 

Les deux chefs-d’œuvre où s’affirme la culture coréenne riche et délicate, sont Printemps, été, automne, hiver.. et printemps de Kim Ki-duk et Ivre de femmes et de peinture de Im Kwon-taek. Ces deux films offrent une photographie exceptionnelle, de multiples scènes où s’expriment les valeurs du confucianisme, mêlées à des interrogations très contemporaines. Dans une pagode au bord d’un lac, un bonze et son disciple traversent les étapes de la vie et des saisons, avec leurs succès et leurs échecs. Sisyphe est ici coréen : il faut « monter », avec effort, toujours plus haut.

 

Ivre de femmes et de peinture fait le récit d’un peintre coréen célèbre, Oh-won, du XIX° siècle, mais soulève aussi les problèmes de la création, de l’engagement de l’artiste mêlé à l’Histoire, qu’il le veuille ou non. Ces deux grands films sont révélateurs d’une civilisation que l’Occident néglige par inculture et suffisance. Ils réconcilient avec un cinéma qui n’a plus rien à voir avec les stocks d’images commerciales dont nous sommes abreuvés ! Ils démontrent qu’on peut parler d’aujourd’hui sans se détacher de l’Histoire, qu’il y a une étonnante modernité dans le passé, et que le monde bouge plus qu’il ne change. 

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Lundi 28 janvier 2013 1 28 /01 /Jan /2013 23:03

Pour la première fois, un film sud-coréen a reçu l'une des quatre principales récompenses au Festival du film Sundance : "Jiseul", de O Muel, a reçu le Grand prix du jury. Le long métrage revient sur l'une des pages les plus sombres de l'histoire de la Corée : le massacre de dizaines de milliers d'habitants de l'île de Jeju, en 1948, marquant l'établissement du régime autoritaire de Syngman Rhee. O Muel a souhaité dédier sa récompense aux victimes du massacre de Jeju.

 

Film Jiseul O-Muel Jeju Corée massacre

 

"Ce qui m'a poussé à faire ce film, ce sont les âmes des habitants de Jeju qui ont été massacrés (...) et je pense aussi que leurs âmes nous ont aidés pendant le tournage. Je souhaiterais partager le prix avec eux" : ces paroles, sobres mais dignes, sont celles qu'a prononcées O Muel lorsqu'il a appris que son film "Jiseul" avait reçu le Grand prix du jury au 29ème édition du Festival Sundance. La cérémonie a eu lieu le 26 janvier 2013 à Park City, dans l'Utah, aux Etats-Unis. Après le soulèvement du 3 avril 1948, ce sont 14.000 à 60.000 habitants de l'île sud-coréenne qui ont été massacrés, après le soulèvement contre le régime autoritaire de Syngman Rhee, soutenu par les forces d'occupation américaine.

 

Film à petit budget (250 millions de won, soit 231.500 dollars) aux images puissantes, tourné en noir et blanc dans un format conforme aux traditions ancestrales du peuple coréen, "Jiseul" est basée sur l'histoire vraie des habitants de l'île qui se sont cachés dans les cavernes de Seogwipo, après que les autorités d'occupation américaines eurent désigné tous les habitants dans un rayon de 5 km depuis les côtes comme des "émeutiers" et donné l'ordre qu'ils soient exécutés. Le mot "Jiseul" désigne, dans le dialecte de Jeju, la pomme de terre et le symbole de l'espoir de survie des insulaires.

 

Lui-même originaire de Jeju, O Muel a souligné la puissance du symbole que le film soit récompensé aux Etats-Unis, devant un public qui était ému aux larmes : "Le 3 avril doit être considéré dans l'histoire du monde comme un massacre de civils de l'époque de la guerre froide dans lequel l'administration militaire américaine était complice (...) Il est significatif qu'une histoire comme celle-ci soit montrée aux Etats-Unis et reconnue par les artistes là-bas".

 

En espérant que le film soit bientôt disponible en France, l'Association d'amitié franco-coréenne rappelle que sa projection en avant-première aura lieu le 1er mars à Jeju, avant une diffusion en salle en Corée du Sud à partir du 21 mars.

 

Source : Hankyoreh (dont photo).

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Vendredi 18 janvier 2013 5 18 /01 /Jan /2013 21:46

Les 25, 26 et 27 janvier 2013, la ville de Barjac, dans le Gard, consacrera ses 11èmes rencontres hivernales au cinéma coréen - au cinéma de toute la Corée. En effet, outre des chefs-d'oeuvre récents du cinéma sud-coréen, il sera proposé un classique du cinéma nord-coréen, La Jeune bouquetière, de Pak Hak et Choe Ik-kyu. Ces séances, accompagnées de dégustations coréennes, montreront ainsi les traits communs à la psychologie et à l'histoire de l'ensemble de la péninsule coréenne et que retrace le cinéma du pays du Matin calme - marqué par une exacerbation des sentiments et la puissance des drames qui se nouent dans le huis-clos que constitue la scène du spectacle. Il est prévu, samedi 26 janvier, la participation aux projections et aux débats de Robert Charvin, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne. Nous reproduisons ci-après le programme de la manifestation.

 

visuel_culture-et-loisirs.jpg

 

Week-end du 25, 26 et 27 janvier 2013 : 11èmes rencontres hivernales, "le cinéma coréen"

(séances à 3 euros, films en version origonale sous-titré français sauf Jiburo)

Vendredi 25 janvier

18h15 : La Servante, de Kim Ki-young (1h51)

Soupe coréenne (préparée par Tyang) possible entre les deux séances (5 euros), sur réservation au 04.66.24.50.09 et à l'adresse mél bibliotheque-barjac@orange.fr)

21h15 : Bonbons à la menthe, de Lee Chang-dong (2h09)

Samedi 26 janvier

14h00 : Jiburo, de Lee Jung-hyang (film jeunesse, version française, 1h25)

16h30 : La Jeune bouquetière, de Pak Hak et Choe Ik-kyu (1h50)

19h repas coréen (15 euros, tout compris), réservations au 04.66.24.50.09 et à l'adresse mél bibliotheque-barjac@orange.fr avant le 23 janvier

21h15 : L'Ivresse de l'argent, de Im Sang-soo (1h55, en sortie nationale)

Dimanche 27 janvier

15h00 : Printemps, été, automne, hiver... et printemps, de Kim Ki-duk (1h43)

17h30 : Ivre de femmes et de peinture, de Im Kwon-taek (1h57)

 

Source : site Internet de la ville de Barjac

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Samedi 29 décembre 2012 6 29 /12 /Déc /2012 17:49

Concours international ouvert aux jeunes interprètes de piano, de violon et de chant, portant les noms de la pianiste Marguerite Long, du violoniste Jacques Thibaud, qui l'ont créé en 1943, et depuis 2011 de la soprano Régine Crespin, le concours Long Thibaud Crespin a distingué plusieurs pianistes sud-coréens lors de son édition qui s'est tenue à l'Opéra Comique de Paris, le 6 décembre 2012. Parmi les artistes récompensés, An Jong-do a obtenu le deuxième grand prix Marguerite Long, le premier prix n’ayant pas été décerné cette année.

 

An_Jong_Do_1.JPGLes pianistes coréens ont dominé le palmarès de la dernière édition du concours Long Thibaud Crespin, rendu par le jury que présidait Menahem Pressler :

- premier, An Jong-do (à gauche, saluant le public) a été récompensé du deuxième grand prix Marguerite Long (prix Denise Giraud) ;

- à la seconde place s'est classé un Français, Ismaël Margain (troisième prix, prix de la Ville de Nîmes) ;

- deux autres Coréens ont occupé les places suivantes : Park Ju-young (22 ans), quatrième prix (prix Groupe Henner), et Won Jae-won (24 ans), cinquième prix (prix des Amis du concours). 

 

An Jong-do, déjà lauréat du prix de la SACEM, a également obtenu le prix de SAS le prince Albert II de Monaco pour le meilleur récital, ainsi que le prix de la meilleure interprétation de l'œuvre "Rivers" de Bechara El-Khoury.

 

Laissons la parole à Françoise Ferrand, dans un article publié sur le site ResMusica, pour décrire l'émotion qui s'est dégagée du jeu d'An Jong-do :

 

 "Evoquons quelques sommets : An Jong-do, lors de la finale récital, proposa la sonate de Schubert en si b majeur D. 960, avec beaucoup de simplicité et, dans l’allure, une binarité rythmique lui conférant son unité, (recherches comparables à celles de Leif Ov Andsnes), avec des sonorités venues des lointains du rêve. Cela, avant la mystique interprétation de l’œuvre d’Olivier Messiaen, le cosmique Regard sur l’Enfant Jésus « Par Lui tout a été fait ». Dans le concerto de Schumann ; magistral, on était loin de la lutte entre un orchestre et un piano : il s’agissait bien au contraire, d’une osmose de tous les instants, dans les dynamiques et les couleurs, entre le soliste et les musiciens, donnant une force inouïe au sens propre, à cette œuvre, avec des phrasés rarement aussi intelligemment discursifs et aussi libérés".

 

Agé de 26 ans, An Jong-do  est étudiant en Allemagne à l’université de musique de Hambourg, pour devenir premier concertiste. Alors qu'il était encore lycéen à Séoul, il a poursuivi des études au Mozarteum de Salzbourg, où il a été diplômé en mastère.

 

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An Jong-do a déclaré : "Je suis très heureux et c’est un honneur de pouvoir offrir à mon pays natal une si bonne nouvelle (...) Voir trois jeunes pianistes coréens en finale est quelque chose que personne n’avait prévu. En tant que Coréen, j’éprouve donc une grande fierté". Les Coréens figurent régulièrement aux tout premiers rangs dans les concours internationaux de musique classique, mais une telle domination dans l'un des principaux concours mondiaux est peu banale.

 

Sources : Res Musica, Yonhap (dont photos), palmarès de 2012 sur le site du concours

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Dimanche 18 novembre 2012 7 18 /11 /Nov /2012 22:01

orchestre-de-chambre-de-munich_coree-du-nord_9-novembre-20.jpgLe 9 novembre 2012, un concert conjoint a été donné au conservatoire de Pyongyang par l'Orchestre de chambre de Munich (à gauche, sous la direction d'Alexander Liebreich) et le Conservatoire Kim Won-gyun. Son organisation traduit l'intérêt porté par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) aux coopérations internationales dans le domaine de la musique classique, huit mois après le concert conjoint de l'Orchestre Unhasu et de l'Orchestre de Radio France à Paris.

 

Fondé en 1950 par Christoph Stepp, marqué par la forte personnalité de Hans Stadlmair qui en a été le directeur artistique pendant près de quarante ans, entre 1956 et 1995, l'Orchestre de chambre de Munich (en allemand, Münchener Kammerorchester, MKO), aujourd'hui dirigé par Alexander Liebreich, a un répertoire varié, ouvert à la musique contemporaine.

 

C'est dans ce même  esprit d'ouverture,  non seulement  artistique  mais aussi  diplomatique, que l'Orchestre de chambre de Munich, à l'occasion d'une visite en RPD de Corée du 5 au 10 novembre 2012, a donné un concert conjoint avec l'un des meilleurs orchestres nord-coréens contemporains, celui du Conservatoire Kim Won-gyun, à Pyongyang, le 9 novembre 2012.

 

Devant une assistance où avait notamment pris place une délégation allemande conduite par Stefan Dreyer, directeur du bureau régional de l'Asie du Nord-Est de l'Institut Goethe, les musiciens ont interprété la symphonie n° 44 en E mineur de Joseph Haydn, la Musique Funèbre pour Streicher de Witold Lutosławski et le classique coréen Arirang. Plusieurs pièces pour musique de chambre avaient également donné lieu à des répétitions de l'orchestre allemand spécialement pour cet événement.

 

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Le concert prenait place dans le cadre d'une coopération culturelle menée par l'Institut Goethe qui, pour des raisons budgétaires, a dû fermer son bureau à Pyongyang, mais continue de s'investir dans les échanges avec la Corée du Nord. Il a également donné lieu à des master class pour chacune des sections instrumentales, à des classes de musique de chambre et des conférences autour des morceaux joués. Par ailleurs, l'Institut Goethe a offert deux cors d'harmonie au Conservatoire Kim Won-gyun.

 

 

 

 

Un documentaire à l'occasion de la visite en RPDC de l'Orchestre de chambre de Munich a été réalisé par le photographe et réalisateur Nils Clauss (photo ci-dessous à Pyongyang).

 

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Sources : Arirang News, KCNA (dépêche du 9 novembre, dont photos) ; site de l'Institut Goethe.

 

 

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Jeudi 11 octobre 2012 4 11 /10 /Oct /2012 22:30

Koguryo_UNESCO_3.jpgDepuis 2001, l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) œuvrent pour la préservation de l’ensemble des tombes et peintures murales de Koguryo, témoignage exceptionnel de la culture de ce royaume ancien, de sa vie quotidienne, de ses croyances et de ses coutumes funéraires. Les tombes recèlent d’ingéniosité dans leur technique de construction, et abritent de vrais chefs-d’œuvre de peintures murales. En une décennie, les efforts conjoints de l’UNESCO et de la RPD de Corée - par le financement du projet Fonds-en-dépôt UNESCO/République de Corée (du Sud) - ont permis la formation de personnels sur les aspects techniques et scientifiques de la restauration et de la préservation ainsi que le renforcement des moyens financiers, humains et technologiques nécessaires à la sauvegarde de ce patrimoine culturel inestimable. Cette collaboration a largement contribué à l’inscription de l'ensemble des tombes et peintures murales de Koguryo sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2004. Cette double histoire est relatée en 70 photographies exposées au Palais de l'UNESCO, à Paris, du 12 au 26 octobre 2012.

Koguryo_carte.JPGKoguryo était l’un des royaumes les plus puissants de la Chine du nord-est et de la moitié nord de la péninsule coréenne entre le 3ème siècle avant J.-C. et le 7ème siècle après J.-C. Les vestiges les mieux connus de ce patrimoine culturel sont des tombes construites en pierre et surmontées de tumulus en pierre ou en terre. Ces tombes, qui datent de la dernière période du Royaume de Koguryo, sont pour beaucoup ornées de magnifiques peintures murales et constituent pratiquement les seuls vestiges laissés par cette culture. Sur les quelque 10 000 tombes de Koguryo découvertes jusqu’à présent en Chine et en République populaire démocratique de Corée, une centaine seulement comporte des peintures murales, dont 80 en RPD de Corée. Parmi les tombes de Koguryo recensées en RPDC, 63 tombes individuelles dont 16 ornées de peintures murales font partie du bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2004.

L’ensemble des tombes de Koguryo est un bien en série qui comprend plusieurs groupes de tombes et des tombes isolées situées pour la plupart au pied des montagnes et quelques-unes dans des villages. Situées à Pyongyang et dans les provinces voisines, ces tombes étaient vraisemblablement destinées aux rois, à la famille royale et à l’aristocratie.

On trouve plusieurs types de tombes, selon le nombre des chambres funéraires – chambre unique, deux chambres, plusieurs chambres et chambres secondaires. Elles illustrent la typologie complète des tombes de Koguryo et représentent des exemples remarquables d’un type d’édifice et de technologie. Les tombes sont constituées d’imposants tumulus avec des chambres funéraires en pierre. Leur construction révèle un grand savoir-faire et les plafonds ont été habilement conçus pour supporter la lourde charge du tumulus. La technologie utilisée repose sur une solution d’ingénierie très étudiée et novatrice, qui répond de manière originale aux problèmes techniques rencontrés dans la construction de tombes souterraines.

Koguryo UNESCO 2Les peintures murales constituent des chefs d’œuvre du genre. Les sujets représentés – vêtements traditionnels, aliments, cadre de vie, pratiques funéraires, ainsi que pratiques religieuses et imagerie associées au bouddhisme, au taoïsme et aux quatre déités - offrent un témoignage exceptionnel de la richesse et de la complexité de la culture de Koguryo aujourd’hui disparue. Les pratiques funéraires propres à cette culture ont exercé une influence importante sur d’autres cultures d'Asie du nord-est, comme celle du Japon.

L'Association d'amitié franco-coréenne vous convie à une exposition photographique exceptionnelle consacrée aux vestiges du Royaume de Koguryo et à leur préservation :

 

« Préservation des tombes et peintures murales de Koguryo, site du patrimoine mondial, en République populaire démocratique de Corée, 2001-2012 »

Palais de l'UNESCO

Salle des pas perdus

7, place de Fontenoy

75007 Paris

du 12 au 26 octobre 2012

de 10h à 18h30

contacts

Mme Han Jun-hi : 01 45 68 14 74 - j.han@unesco.org

Mme Shim Hye-seung : 01 45 68 18 21 - hs.shim@unesco.org

 

Pour en savoir plus sur l'ensemble des tombes et peintures murales de Koguryo inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, consulter le site Internet de l'UNESCO

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Samedi 15 septembre 2012 6 15 /09 /Sep /2012 00:10

Lors de la 69ème Mostra de Venise, pour la première fois un réalisateur sud-coréen a obtenu le Lion d'or du meilleur long-métrage. Récompensé pour son film Pieta, Kim Ki-duk a dénoncé l'argent comme seul moteur social. Une consécration pour le cinéaste qui a dû lutter pour devenir l'un des plus grands cinéastes contemporains, observateur impartial des sociétés capitalistes.

 

kim ki duk mostra venise

 

L'image est peu banale et n'a pas échappé à Michèle Levieux du quotidien L'Humanité : lorsqu'il a reçu le Lion d'or à la Mostra de Venise pour son film Pieta, le Coréen Kim Ki-duk a levé le poing, avant d'entonner le traditionnel chant coréen Arirang, a capella et d'une voix de baryton, accompagné sur scène de la principale interprète du film, Cho Min-soo. Le public a longuement applaudi Kim Ki-duk et Cho Min-soo. Or Arirang est aussi le titre du film qu'il a réalisé sur sa propre situation, difficile, dans un film qui a obtenu le prix "Un certain regard" au festival de Cannes en 2011.

 

Né dans un village de montagne de la province de Gyeongsang en 1960, venu en 1969 à Séoul, Kim Ki-duk a dû arrêter ses études au lycée agricole alors qu'il n'avait que 17 ans, avant de devoir travailler comme ouvrier. Largement autodidacte, il a réalisé en 1996 son premier film, Crocodile, en s'inspirant largement de sa propre expérience.

 

Agé de 51 ans, Kim Ki-duk est le premier réalisateur coréen à obtenir le Lion d'or. Auparavant, il avait déjà été récompensé du Lion d'argent du meilleur réalisateur pour Bin-jip.

 

Tirant son nom de la sculpture de Michel-Ange, Pieta est le récit de la tentative de rédemption d'un petit malfrat (Kang-do), qui travaille comme recouvreur de dettes, jusqu'à sa rencontre avec une femme qui se présente comme sa mère. Les portraits psychologiques sont âpres, dans la description d'une société gangrénée par l'argent.

 

Lors de la présentation du film dans le cadre du festival, Kim Ki-duk avait été très clair sur le message porté par le film : « les gens de notre époque sont obsédés par l'illusion que l'argent peut tout résoudre ». Un des protagonistes du film déclare de même : « L'argent est le début et la fin de toute chose ». Ces déclarations ont parfois étonné le public occidental, mais le rôle de l'artiste, comme porteur d'un message social et devant montrer la voie à suivre, est profondément ancré dans la culture coréenne, empreinte de confucianisme. 

 

Sources :

- Michèle Levieux, "Poing levé et chant grave de Kim Ki-duk, lion d'or", in L'Humanité, 12 septembre 2012 ;

- « Pieta » du Sud-Coréen Kim Ki-duk, Lion d'or à Venise, sur la site Internet du quotidien Le Soir (avec AFP) ;

- Photo 7 sur 7.

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Mardi 28 août 2012 2 28 /08 /Août /2012 00:03

crossing_the_line_daniel_gordon_affiche.jpgIl y a cinquante ans, le 15 août 1962, un soldat américain en Corée du Sud, James Dresnok, faisait défection en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). James Dresnok n'est ni le premier, ni l'unique défecteur américain en Corée du Nord - mais les autres GIs ayant choisi de franchir le 38ème parallèle (Larry Abshier, Jerry Parrish, Roy Chung et Joseph White) sont aujourd'hui décédés et le dernier, Charles Jenkins, est retourné en Occident. Dans son troisième long métrage documentaire consacré à la RPD de Corée (après Le match de leur vie et Les demoiselles de Pyongyang), réalisé en 2006 avec Nicholas Bonner (qui dirige l'agence de tourisme Koryo Tours, spécialisée dans les voyages en Corée du Nord), le réalisateur britannique Daniel Gordon a décrit le destin peu commun de James Dresnok : né d'une rencontre en juin 2004, Crossing the line est le récit touchant et captivant d'un Américain devenu nord-coréen. 

 

Né dans une famille séparée de Richmond en 1941, élevé par son père, James Joseph Dresnok a connu une enfance difficile. Puis il a choisi de s'engager dans l'armée américaine, le lendemain de son dix-septième anniversaire. Dans Crossing the line, il a également décrit les frustrations de sa première affectation en Allemagne, où suite à une faute mineure il a été soumis à une punition extrêmement sévère. Pour la première fois, il aurait alors envisagé d'aller vivre dans "un pays communiste" - mais comme il l'a déclaré lors d'un entretien en 2008 avec Mark Seddon, du Guardian, la République démocratique allemande (RDA) se contentait d'interroger les défecteurs, avant de les renvoyer dans leur pays d'origine.

 

A son retour d'Allemagne en 1960, il découvre que son épouse l'a quitté pour un autre homme. Alors affecté en Corée, il affirme que plus rien ne le retenait pour vivre aux Etats-Unis. Ayant rencontré une femme coréenne et imité la signature de son supérieur, il encourt le risque d'être soumis au procès d'une cour martiale : il fait alors le choix de faire défection en Corée du Nord, pour une nouvelle vie, en franchissant un champ de mines. Près d'un demi-siècle plus tard, il nous dit ne rien regretter.

 

Initialement, avec d'autres Américains ayant également déserté au Nord du 38ème parallèle en franchissant la DMZ, James Dresnok n'envisageait pas de rester. Leurs conditions initiales de vie en Corée du Nord ne sont pas faciles. Comme l'a observé James Dresnok, dans un pays dévasté une décennie plus tôt par les bombardements américains de la guerre de Corée, l'anti-américanisme est un sentiment spontané : à Mark Seddon, il a déclaré "Les gens ici, vous voyez, apprennent à détester l'impérialisme américain. Tous ces bombardements ! Combien de gens ont-ils massacré ? Ils ont tué les Coréens comme des sauvages. Bien sûr les gens vont détester les Américains". 

 

 

Les ouvrages du Président Kim Il-sung leur sont donnés. James Dresnok déclare que "l'homme est le maître de son destin" (un des principes fondamentaux des idées du Juche, le socialisme de la RPD de Corée), et déclare que "petit à petit il a commencé à comprendre le peuple coréen". Ayant acquis la nationalité nord-coréenne, ils deviennent professeurs d'anglais, et surtout des célébrités du cinéma de la RPDC, reconnus dans la rue, lorsqu'ils commencent de jouer - à partir de 1978 - les rôles des Américains dans les films nord-coréens. James Dresnok était effrayé par la tâche, mais il a déclaré : "le camarade Kim Jong-il était alors dans l'industrie cinématographique (...) Il nous appris comment jouer dans un film".

 

S'étant marié une première fois à une Roumaine, Doina Bumbea, décédée d'un cancer des poumons, James Dresnok s'est remarié avec la fille d'un diplomate togolais et d'une Nord-Coréenne, dont il a eu un fils en 2001. De son premier mariage en Corée, James Dresnok a eu deux fils, dont l'aîné apparaît dans Crossing the line : étudiant en anglais dans la prestigieuse Université des langues étrangères de Pyongyang, il espère devenir diplomate, pour changer l'image de son pays. James Dresnok attache de l'importance à l'éducation de ses enfants, pour qu'ils ne soient pas, comme lui, "illettrés".

 

Fatigué par les demandes d'entretien des journalistes occidentaux, James Dresnok est maintenant un homme âgé, affaibli par la consommation d'alcool et de tabac. Il est reconnaissant au gouvernement de la RPD de Corée de prendre soin de lui, et il ne peut pas cacher son émotion sur le traitement préférentiel qu'il a reçu pendant les années de pénurie alimentaire de la dure marche. Tout en observant que sa vie est en Corée du Nord, il rêve de pouvoir, un jour, visiter à nouveau les Etats-Unis.

 

jamesjosephdresnok460x276.jpg

 

Sources :

- Mark Seddon, "The Dear Leader Takes Car of Me", article d'après un entretien avec James Dresnok, publié dans The Guardian, 9 septembre 2008 (dont photo) ;

- Penny Sillers, "Last US Defector in North Korea", article publié le 23 janvier 2007 sur BBC News ;

- fiche technique sur l'Internet movie database (IMDB) ;

- présentation du film sur le site de l'agence Koryo Tours ;

- vidéo : Youtube.

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Mardi 21 août 2012 2 21 /08 /Août /2012 16:42

la-servante_kim_ki_young_lee_eun_shim.jpgSorti en salles le 11 mars 1960, La Servante de Kim Ki-young est un des films fondateurs du cinéma sud-coréen. Son réalisateur, Kim Ki-young, a inspiré notamment Park Chan-wook, Bong Joon-ho, Kim Ki-duk et Im Sang-soo, qui en a d'ailleurs fait en 2010 un remake, intitulé The Housemaid. Actuellement à l'affiche à Paris, La Servante peut être vu dans une version originale restaurée, grâce notamment au mécénat de la World Cinema Foundation fondée par Martin Scorsese. L'AAFC s'est intéressée à ce que le film révèle, de façon crue, de la société sud-coréenne en 1960.

 

En 1960, la société sud-coréenne sort du régime autoritaire de Syngman Rhee et connaît une brève parenthèse démocratique, avant le coup d'Etat du général Park Chung-hee en 1961. La Corée du Sud est encore un des pays les plus pauvres du monde, qu'a ravagé la guerre de Corée ayant pris fin en 1953, et qui ne connaîtra réellement un début de décollage économique qu'au cours de la décennie 1960-1970. Dans une société encore largement rurale, le statut d'un des principaux protagonistes, père de famille, professeur de musique dans une usine pour femmes et ayant récemment emménagé dans une maison à deux étages, traduit les aspirations d'une classe sociale soucieuse d'enrichissement matériel. Embaucher une jeune servante s'inscrit dans une conception ordinaire de l'ascension sociale - suivant un esprit matérialiste volontiers raillé par le réalisateur, qui fait dire à la maîtresse de maison que leurs malheurs viennent du désir qu'ils ont eu de devenir propriétaires d'une telle maison à deux étages, et d'embaucher une domestique pour la décharger des tâches matérielles. Accessoirement, dans les rares images du monde extérieur que l'on entrevoit - au bar, à la télévision (le couple est très fier d'être le premier du quartier à acheter un poste de télévision, et de nouveaux objets peuplent peu à peu l'intérieur du logement, comme autant de signes extérieurs de richesse) - le luxe est - déjà - vu sous le prisme de la culture américaine.

 

La société décrite par Kim Ki-young est une société de classes, fortement hiérarchisée, encore imprégnée du vieil esprit confucéen : la servante est méprisée par les enfants du couple (le cadet la tutoie, ce qui est insultant dans une société où les positions se fondent sur l'âge) ; le professeur de musique est viscéralement attaché à sa respectabilité, à laquelle il sacrifiera tout. Il entretient une relation hautaine vis-à-vis des ouvrières qu'il forme au chant et au piano et qu'il n'hésite pas à dénoncer, dans le respect de la loi et de l'ordre - tout en se révélant d'une faiblesse coupable lorsqu'il laisse la servante détruire sa famille, alors même qu'il a sa part de responsabilité dans le drame qui se noue. Le huis-clos du logement où se joue l'intrigue - l'escalier avec l'étage est le théâtre des drames - ajoute encore à l'atmosphère angoissante qui imprègne un film au ton remarquablement juste.

 

Pour qui ne connaît pas la société coréenne, plusieurs explications sont nécessaires : l'adultère reste encore aujourd'hui un délit pénal en Corée du Sud ; une personne en situation d'échec (comme l'ouvrière renvoyée de l'usine) porte la responsabilité de ses malheurs, et doit en assumer les conséquences ; une faute cachée et connue de personne n'a pas de portée sociale ni juridique ; dans la famille, les garçons sont plus désirés, notamment car ils perpétuent le culte des ancêtres ; le professeur et l'enseignant sont des figures respectables et respectées ; surtout, la fiction doit avoir un caractère édifiant, ce qui suffit à expliquer l'insert en fin de film, qui suscite parfois l'hilarité des spectateurs occidentaux. Mais dans la tradition confucéenne l'écrivain comme le cinéaste doivent enseigner ce qu'est une conduite juste. Sans doute faut-il y voir aussi un jeu du chat et de la souris de Kim Ki-young avec la censure, pour ce film qui fit scandale - pas seulement en raison de sa violence (très présente dans le cinéma sud-coréen, qui joue sur le paroxysme des sentiments et des situations, notamment dans la scène finale que ne renierait pas le cinéma expressionniste), mais aussi du caractère jugé profondément immoral de la servante, jouée avec finesse par Lee Eun-shim. Assimilée par le public à son personnage dans le film de Kim Ki-young, elle ne jouera plus jamais aucun autre rôle, et épousera le réalisateur Lee Seong-gu.

 

Source principale : [à l'affiche :] LA SERVANTE - Kim Ki-young, article de Rock Brenner sur le site de la revue Cut (dont photo).

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Dimanche 19 août 2012 7 19 /08 /Août /2012 13:59

concert_groupe_moranbong_7_juillet_2012_1.jpgLe 6 juillet 2012 s'est tenu, à Pyongyang, le premier grand concert du groupe Moranbong, nouvellement créé à l'initiative du dirigeant Kim Jong-un, et retransmis à la télévision (cf. vidéo intégrale du concert ci-dessous). Le groupe Moranbong a donné un autre concert, le 28 juillet, à l'occasion de la fin de la guerre de Corée, en présence des représentations diplomatiques étrangères. Tout en respectant les formes traditionnelles en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le groupe Moranbong - exclusivement féminin, et dirigé par Sonu Hyang-hui - a procédé à une adaptation de chansons coréennes traditionnelles et a repris des airs étrangers, suivant des arrangements musicaux novateurs. Ce faisant, il a fait le pari d'un mariage audacieux entre musique classique et styles plus contemporains. Selon l'agence nord-coréenne KCNA, la volonté du dirigeant Kim Jong-un est d'opérer cette année "un tournant spectaculaire dans le domaine des arts et de la littérature", à l'aube du deuxième centenaire de l'ère Juche.

 

Si l'AAFC ne partage pas les conclusions et les orientations d'Adam Cathcart, ses analyses - qui, au demeurant, se réfèrent occasionnellement à nos articles - offrent un éclairage intéressant sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Dans un article publié le 12 juillet 2012, il observe ainsi avec pertinence que les préoccupations musicales de Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée, sont réelles, et héritées du dirigeant Kim Jong-il et du Président Kim Il-sung, qui avait été "organiste et pouvait parler avec finesse du sens de la modulation".

 

Dans ce contexte, le premier grand concert du groupe Moranbong, créé à l'initiative du dirigeant Kim Jong-un, donné le 6 juillet 2012, offre une illustration des évolutions artistiques en cours en RPD de Corée. Une symbiose est opérée entre la tradition musicale de la RPD de Corée et des novations, tant formelles que dans le contenu même du concert. La guitare électrique et les synthétiseurs sont largement utilisés, en combinaison avec les violons, les violoncelles et le piano, en l'absence des instruments coréens traditionnels. Les réaménagements d'airs traditionnels (comme Baeouja, qu'on peut traduire par Apprenons) ou le classique Arirang, qui fait partie du patrimoine commun à toute la Corée, donnent un style enjoué qui rompt l'habituelle progression des spectacles en Corée du Nord. En effet, ceux-ci suivent une dynamique historique ternaire, où alternent les souffrances de la colonisation japonaise, la construction glorieuse du socialisme - interrompue par l'épisode douloureux de la guerre de Corée - et la perspective ultime de la réunification.

 

concert_groupe_moranbong_7_juillet_2012_2.jpg

 

Le chant des adieux Arirang est ainsi placé en début de concert et les références historiques sont peu présentes. La structure du concert se fonde essentiellement sur une double alternance :

- d'une part, entre des compositions plus légères et des morceaux de bravoure, au lyrisme révolutionnaire ;

- d'autre part, entre des chants à la sensibilité aiguë et des moments de détente, où les reprises de chansons étrangères occupent une place importante et sont présentés comme tels - jusque dans la scénographie. A 59'50", on pourra ainsi reconnaître quelques notes de My Way (Comme d'habitude). Suivant le voeu du dirigeant Kim Jong-un, il ne s'agit donc pas de rejeter les cultures étrangères, mais de les intégrer au patrimoine coréen en tenant compte de la sensibilité des Coréens.

 

Contrairement à une idée reçue, la culture de la RPD de Corée n'est pas - et n'a jamais été - hermétique aux influences étrangères. Ainsi, dès ses origines, le cinéma nord-coréen, né de la résistance à l'occupation japonaise, a grandi parallèlement au jeune cinéma soviétique, comme l'a notamment montré Antoine Coppola. Les grands opéras révolutionnaires, créés par le dirigeant Kim Jong-il au début des années 1970, ont introduit dans la culture nord-coréenne des influences héritées non seulement de la culture traditionnelle coréenne, mais aussi russes et chinoises. Cette ouverture s'est aussi traduite, par exemple, par la traduction de l'histoire de Dumbo dans les livres pour enfants nord-coréens. L'apparition des personnages de Walt Disney lors du concert du 6 juillet dernier - qui a tant surpris les médias étrangers - n'est que l'aboutissement d'une évolution progressive, ces personnages faisant partie de longue date de la culture populaire nord-coréenne.

 

concert_groupe_moranbong_7_juillet_2012_3.jpg

 

Si la création du groupe Moranbong répond d'abord à une volonté de politique intérieure, elle pourrait toutefois également devenir une composante du soft power nord-coréen. Les commentaires des vidéos des concerts diffusés sur Youtube montrent ainsi un accueil plutôt favorable du public occidental, à laquelle la beauté des artistes du groupe Moranbong n'est pas totalement étrangère. Toutefois, à notre sens les pays d'Asie de l'Est devraient être les plus réceptifs aux nouvelles formes musicales de la culture pop nord-coréenne. L'exacerbation des sentiments, une sensibilité à fleur de peau - si propres à la sensibilité coréenne, dans toute la péninsule - trouvent des échos favorables tant en Chine qu'en Asie du Sud-Est, où un certain style mélodramatique imprègne la culture populaire. En célébrant la participation des volontaires chinois aux combats de la guerre de Corée, le second concert du groupe Moranbong, le 28 juillet (photo ci-dessous), a ainsi repris la musique d'une série télévisée chinoise, Mao Anying, du nom du fils aîné du Président Mao, mort sur le front coréen.

 

concert_groupe_moranbong_28_juillet_2012.jpg

 

Quelle conclusion tirer de l'implication personnelle du Premier secrétaire Kim Jong-un dans la constitution du groupe Moranbong ? La musique est partie intégrante de la société nord-coréenne : elle rythme les journées de travail comme les loisirs et les rassemblements de masse. Elle imprime sa marque à la construction du socialisme dans un pays où le collectif prime sur l'individu. Après les années de souffrances de la dure marche, où le Premier secrétaire Kim Jong-un a loué le stoïcisme du peuple coréen, le nouveau dirigeant est sincèrement attaché à ce que s'ouvre une nouvelle ère de prospérité, où les travailleurs pourraient jouir des fruits des efforts accomplis depuis trois générations. Une aspiration profonde des Nord-Coréens s'exprime en ce sens, notamment parmi les générations les plus jeunes. Pour autant, ce n'est pas "la fin de l'histoire" : le concert du groupe Moranbong s'achève sur une note d'héroïsme révolutionnaire, vers de nouveaux lendemains qui chantent : un nouvel élan doit régénérer la révolution coréenne, en imprimant sa marque dans les arts. La révolution est inachevée, le processus révolutionnaire doit se poursuivre, en exigeant, à présent, l'avènement d'une nouvelle ère de prospérité : tel est bien le message politique délivré par le concert du 6 juillet.

 

concert_groupe_moranbong_7_juillet_2012_4.jpg

 

 

 

 

Principale source : KCNA (dont photos). Vidéo du concert : Youtube

 

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