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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 00:01

Le lundi 3 janvier 2011, le magazine de géopolitique de la rédaction de France 2 "Un oeil sur la planète", présenté par Etienne Leenhardt, était consacré à la Corée du Sud, sous le titre Corée : la puissance cachée. D'emblée, les réalisateurs donnent le ton en insistant sur l'erreur de nombreux Occidentaux à méconnaître un pays devenu l'une des puissances économiques majeures de la planète : "Dans l’ombre de l’Inde et de la Chine, la Corée du Sud est le pays qui monte en Asie. Cette jeune démocratie a réussi, au prix d’efforts inouïs, à sortir du sous-développement et à devenir un acteur important sur la scène internationale. C’est d’ailleurs elle qui a présidé le G20 en 2010 (...) La Corée du Sud est déjà le 4ème partenaire commercial de l’Union… Et son ascension économique se double d’une ambition politique". L'AAFC salue la qualité d'un documentaire abordant un pays trop souvent absent des programmes des grandes chaînes de télévision, en dépit de certaines omissions qui auraient mérité une confrontation des réalisateurs avec d'autres sources que celles gouvernementales sud-coréennes - notamment en ce qui concerne les relations intercoréennes et la Corée du Nord.

 

Coree_la_puissance_cachee.jpgPour tous ceux qui s'intéressent à la Corée dans son ensemble, le documentaire de France 2 "Un oeil sur la planète", consacré le 3 janvier 2011 à la Corée du Sud, a eu le mérite - rare - de lever une partie du voile d'ignorance qui couvre la société et  l'économie sud-coréennes. Se voulant exhaustive, l'émission aborde, sans surprise, nombre de sujets méconnus, voire source d'incompréhensions, sur la Corée du Sud : le poids des grands groupes économiques, les chaebols, à travers l'exemple de Samsung qui prend en charge la vie de chacun de ses fidèles employés ; le rôle des religions et autres groupes spirituels (comme l'église de l'Unification, communément appelée secte Moon) ; l'attachement à l'institution éducative ; la vie éreintante des étudiants et des jeunes salariés qui alternent longues journées d'étude ou de travail et soirées entre amis jusqu'à l'aube ; le poids de l'armée et les sacrifices qu'exigent les deux ans de service militaire pour tous les jeunes appelés (qu'on voit réciter de manière disciplinée les éléments de langage transmis par leur hiérarchie) ; ou encore le succès dans toute l'Asie de la culture pop coréenne (la "K pop", pour Korean pop) de la vague hallyu...

 

Le documentaire touche aussi certains sujets pratiquement ignorés dans les principaux médias occidentaux, comme la défense du cinéma national sud-coréen ou l'essor de la jeune scène artistique sud-coréenne - dont beaucoup de représentants ont d'ailleurs été formés en France, ce qui n'est malheureusement pas signalé. Globalement, les auteurs s'efforcent de porter un regard intime sur la société sud-coréenne, tout en évitant un sensationnalisme facile

 

Ils n'en évitent pas moins certaines omissions, ou des raccourcis, qui auraient pu nécessiter de diversifier encore davantage leurs sources d'information. L'histoire du pays n'est que superficiellement évoquée : on ne saura pas grand chose des régimes autoritaires qui ont occupé le pouvoir quatre décennies durant à Séoul, ni du combat héroïque des opposants, qui l'ont souvent payé de leur vie. Le parti pris d'une plongée dans la société actuelle néglige ainsi certains aspects historiques fondamentaux de ce qui a souvent été qualifié de "miracle" sud-coréen : l'apport massif de capitaux américains et sud-coréens, des journées de travail les plus longues au monde parmi les pays industrialisés et une protection sociale encore très déficiente pour un pays membre de l'OCDE. Les luttes sociales sont passées sous silence. Et pour cause : le groupe Samsung, pris comme référence, ne connaît pas les syndicats. Si le rôle du président du groupe est souligné, il aurait été utile d'au moins évoquer les liens étroits des dirigeants de Samsung avec le régime militaire de Park Chung-hee, qui a été un des ressorts indispensables de son succès. De même, la crise financière de 1998 est passée par pertes et profits, alors qu'elle a entraîné une restructuration de l'économie sud-coréenne, notamment de son système bancaire, qu'il aurait été utile d'analyser pour en comprendre aussi les fragilités, et pas seulement les indéniables succès.

 

Ponctuellement, on relève quelques erreurs : par exemple, le christianisme en Corée a été introduit par des Coréens ayant voyagé en Chine, et non par des missionnaires (dont des Français) arrivés des décennies plus tard ; le taux de suicide n'est pas le plus élevé au monde, même s'il est préoccupant, la Corée du Sud étant devancée dans ce triste palmarès par le Guyana, la Hongrie et d'anciens pays membres de l'Union soviétique... On s'étonne également d'un certain biais à décrire l'Eglise de l'unification comme une religion établie au même titre que les églises protestantes, alors qu'il existe des structures fédératives de ces églises dont celle du révérend Moon ne fait pas partie.

 

Attachée enfin à la réunification de la Corée, l'AAFC déplore de nombreuses approximations et des points de vue partiaux concernant les relations intercoréennes, reflétant la trop grande dépendance des auteurs de leurs sources gouvernementales sud-coréennes, l'actuelle majorité sud-coréenne n'étant pas favorable au développement des échanges Nord-Sud :

 

 - la thèse imputant le naufrage du Cheonan à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) n'est partagée ni par la Russie, ni par la Chine, et est contestée par de larges pans de l'opinion sud-coréenne, à commencer par un ancien membre sud-coréenne de la commission d'enquête officielle ;

 

- le bombardement de l'île de Yeonpyeong est sorti de son contexte : celui d'exercices sud-coréens qui, selon le Nord, auraient atteint ses eaux territoriales ;

 

- si l'attachement à la paix est certain de chaque côté de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corée, pourquoi passer sous silence les politiques conduites pendant dix ans par les prédécesseurs démocrates du président actuel Lee Myung-bak, à commencer par le développement de la zone économique intercoréenne de Kaesong ?

 

- les liens de Radio Free Choseon avec la CIA auraient mérité d'être signalés, de même que le choix d'un nombre significatif de Nord-Coréens, venus au Sud, de retourner en RPDC, presque tous subissant des réactions de rejet et d'ostracisme, sans pouvoir généralement bénéficier des réseaux d'entraide et de solidarité qui structurent la société coréenne, au Nord comme au Sud.

 

Car la Corée du Nord a été rejetée dans un "ailleurs" impalpable, mystérieux et inquiétant, ignorant sa coréanité. Pourtant, tout visiteur occidental familier des deux parties de la Corée ne peut qu'être frappé du même respect de la famille, de l'autorité et de la nation, de la même importance accordée à l'éducation et au travail, du même rêve d'un retour à l'unité nationale. Les spectacles vivants du groupe Samsung ne peuvent pas ne pas évoquer les spectacles de gymnastique de masse au Nord. Mais peut-être s'agira-t-il du thème d'une autre émission d' "Un oeil sur la planète", qui aborderait la société, la culture et l'économie de la RPDC, cette autre "puissance cachée" ?

 

Voir l'émission en intégralité sur le site de France 2

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Corée et médias
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)