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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:38

Dans l'éditorial de son édition du 6 février 2013 en anglais et en chinois, le quotidien public chinois Global Times a évoqué les conséquences qu'aurait un troisième essai nucléaire effectué par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur les relations bilatérales avec la République populaire de Chine, en déclarant que Pyongyang devrait payer "un prix élevé". La presse occidentale a donné un large écho à ces déclarations, qu'il faut replacer dans le cadre du débat public en Chine sur les relations avec la Corée du Nord, mais dont le ministère des Affaires étrangères a rappelé qu'elles ne reflétaient pas les positions de la diplomatie chinoise.

 

Selon le Global Times, "si la Corée du Nord insiste sur un troisième essai nucléaire en dépit des tentatives pour l'en dissuader, elle devrait payer un prix élevé. L'assistance qu'elle pourrait recevoir de la Chine pourrait être réduite".

 

Ces déclarations ont fait l'effet d'une bombe chez certains commentateurs de la presse occidentale : la Chine s'apprêterait-elle à abandonner son allié nord-coréen après un troisième essai nucléaire, attendu de manière imminente ? En fait, il n'est pas nouveau que des médias chinois s'interrogent sur l'évolution des relations entre la RPDC, proches comme "les dents et les lèvres" selon le proverbe au regard des liens historiques noués dans les combats communs contre le Japon impérial, puis dans la guerre de Corée, où l'intervention des volontaires chinois a été un facteur décisif du recul des troupes onusiennes sous commandement américain.

 

De même, il n'est pas nouveau que la Chine considère avec les plus grandes réticences la RPDC accéder au statut d'Etat doté de l'arme nucléaire, craignant une escalade des tensions qui conduirait notamment le Japon, dont le nouveau Gouvernement a adopté une posture ultra-nationaliste, à acquérir l'arme nucléaire. La Chine avait déjà participé aux sanctions internationales prises par le Conseil de sécurité des Nations Unies après les deux premiers essais nucléaires en 2006 et 2009, et le commerce bilatéral avec la RPDC - notamment les livraisons de céréales et d'énergie - avaient déjà pâti de la détérioration momentanée des relations entre Pékin et Pyongyang. Toutefois, la RPDC montre également, en renforçant son arsenal nucléaire, qu'elle est une puissance indépendante de la Chine, assurant la défense de ses intérêts nationaux par ses propres moyens.

 

En outre, sur le moyen et le long termes la Chine et la RPD de Corée ont des intérêts stratégiques et économiques convergents, alors que la commerce bilatéral dépassé à présent 5 milliards de dollars par an et que la RPDC fournit la Chine en nombreuses matières premières essentielles à son économie, tout en pouvant représenter un concurrent des plus sérieux pour la Chine dans l'exploitation des terres rares. Fondamentalement, au plan stratégique, la Chine ne souhaite pas d'instabilité au Nord de la péninsule, et encore moins une situation de chaos qui la conduirait à intervenir en cas d'action des troupes américaines bénéficiant des supplétifs sud-coréens, en application du traité d'amitié et de coopération signé en 1961 entre Pékin et Pyongyang.

 

S'il est attendu que la Chine réagisse négativement à un troisième essai nucléaire nord-coréen, comme elle l'a fait en 2006 et en 2009, seules de profondes évolutions des données géopolitiques pourraient conduire la Chine et/ou la RPDC à réviser leurs partenariats actuels. Or rien ne permet aujourd'hui de présager d'un rapprochement intercoréen ou d'un dialogue stratégique entre Washington et Pékin - alors que se profile la menace d'une "OTAN en Asie de l'Est". Seul un dialogue direct et une coopération entre les Etats-Unis et la RPDC pourraient effectivement conduire à réviser la relation d'amitié traditionnelle entre la Chine et la Corée du Nord, comme le craint d'ailleurs l'article du Global Times, mais aujourd'hui il n'existe pas de telle coopération et la Chine serait bien mal inspirée de retirer ses positions au Nord de la péninsule en sacrifiant ainsi des intérêts mutuels avec la Corée du Nord : le destin des deux puissances asiatiques reste profondément lié, quelles que puissent être les vicissitudes dans l'évolution momentanée des relations bilatérales.

 

Sources : AAFC, Times of India.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Chine-Corée
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Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)