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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 15:07

A l’occasion du quarantième anniversaire de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), fondée en octobre 1969, une délégation de notre association coréenne homologue, conduite par son vice-président, est venue spécialement de République populaire démocratique de Corée pour une visite de cinq jours en France, à l'invitation de l'AAFC. Du 24 au 28 octobre, nos amis coréens sont allés à la rencontre des adhérents et sympathisants de l’AAFC, à Paris et en province, ont rencontré des organisations et institutions intéressées par la situation en Asie du Nord-Est et ont effectué diverses visites culturelles. Après un programme déjà bien chargé en France, la délégation s’est rendue en Belgique à l’invitation de l’association Korea-is-One avec laquelle l’AAFC entretient des relations étroites.

 

La délégation coréenne venue spécialement en France pour le quarantième anniversaire de l'AAFC était composée de trois proches amis que beaucoup de membres de notre association connaissent pour les avoir rencontrés à de nombreuses reprises en Corée :

 

- Monsieur Ryu Sung-rim, vice-président de l’Association d’amitié Corée-France et de l’Association d’amitié Corée-Belgique. Ryu Sung-rim est aussi directeur du département Europe du Comité coréen des relations culturelles avec les pays étrangers ;

 

- Madame Kim Ho-jong, secrétaire générale de l’Association d’amitié Corée-France ;

 

- Mademoiselle Jong Un-a, secrétaire générale de l’Association d’amitié Corée-Belgique.

 

Il s'agissait du premier voyage en France de M. Ryu et de Melle Jong. Notre amie Un-a parle néanmoins un  français parfait et a fait office d’interprète.

 

Arrivés à Paris dans la soirée du vendredi 23 octobre, nos amis coréens ont profité de la journée de samedi pour découvrir (sous la pluie, hélas!) quelques-uns des principaux sites de la capitale : Tour Eiffel, Arc de triomphe, Champs-Elysées, Opéra Garnier, Louvre, Notre-Dame...

 

Au sommet de la Tour Eiffel,

Mme Kim Ho-jong, M. Ryu Sung-rim et Melle Jong Un-a, à 300 m au-dessus de Paris et à 8794 km de Pyongyang...

 

La journée s’est achevée par la visite d'une galerie d’art du 5eme arrondissement intéressée par une exposition d’art coréen au printemps 2010. Le Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, représenté ici par son directeur pour l'Europe, sera naturellement associé à l'organisation d'un tel événement dans la lignée des expositions déjà organisées – avec succès - à Londres en 2007, à Berlin et à Bruxelles en 2008.

 

Le dimanche 25 octobre, après une visite du Louvre le matin, nos invités coréens ont rencontré Jean-Yves Gallas, vice-président du Mouvement de la Paix. Dans le contexte actuel, alors que la RPDC est engagée dans un « bras de fer » avec les Etats-Unis au sujet de son programme nucléaire, cet entretien avec un des principaux responsables d'une importante organisation pacifiste était particulièrement attendu.

 

Jean-Yves Gallas, vice-président du Mouvement de la Paix, et Ryu Sung-rim

 

Après une présentation du Mouvement de la Paix par Jean-Yves Gallas, un riche débat a permis de constater des points de divergence mais aussi de convergence entre les deux parties.

 

Comme l'annonce son site Internet, « le Mouvement de la Paix est né en 1948, pour s'opposer aux guerres, à l'arme nucléaire et soutenir une forme de relations internationales fondées sur la justice, la démocratie et la coopération entre les peuples » et agit depuis « pour le désarmement, en particulier nucléaire, mais aussi contre la production et les transferts d'armements, pour la réduction des budgets militaires. »

 

Monsieur Ryu Sung-rim a alors rappelé l’histoire récente de la péninsule coréenne divisée en deux après 1945 par le jeu des forces étrangères. Il a aussi insisté sur l’absence de traité de paix entre la RPDC et les Etats-Unis depuis 1953. Au lieu de signer un tel traité, les Etats-Unis « multiplient les obstacles », a fait remarquer M. Ryu, comme l’organisation de manœuvres militaires américano-sud-coréennes à grande échelle en mars 2009. Cette attitude américaine ne marque pas une volonté de résoudre les problèmes par une voie pacifique et incite la RPDC à se doter d’une force de dissuasion nucléaire.

 

La volonté de parvenir à une dénucléarisation de la péninsule coréenne a été réaffirmée par le dirigeant coréen Kim Jong-il lors de sa rencontre avec le Premier ministre chinois Wen Jiabao au début du mois d’octobre, mais l’indépendance et la souveraineté nationale de la Corée constituent des enjeux vitaux, d’ailleurs mis à mal par l’application de doubles standards à la RPDC, comme après le lancement de son satellite Kwangmyongsong-2. « Les Coréens aspirent à la paix, mais ne la mendieront pas », a résumé M. Ryu. 

 

Jean-Yves Gallas a reconnu le droit fondamental de la RPDC à voir sa sécurité garantie par des accords internationaux et des traités bilatéraux. Néanmoins, pour le Mouvement de la Paix, l’arme atomique est une arme offensive et une arme de pouvoir d’abord au service des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une paix durable ne peut pas s’appuyer sur une augmentation des armements telle qu’on la constate depuis le début du 21eme siècle. Dans ce contexte, Jean-Yves Gallas a trouvé intéressants les propos du président américain Barack Obama sur le désarment nucléaire et les relations bilatérales que doivent entretenir les Etats-Unis.

 

Pour Ryu Sung-rim, ces propos du président américains sont contredits par les exercices militaires conjoints régulièrement menés par les Etats-Unis et la Corée du Sud. « Pourquoi le Conseil de sécurité des Nations Unies ne s’empare-t-il pas de ce sujet », a-t-il demandé ? Pour la Corée du Nord, qui se situe en dehors des « parapluies » nucléaires russe et chinois, le niveau de son armement nucléaire est « juste suffisant » face à la menace américaine. Si un dialogue finit – enfin – par s’instaurer entre la RPDC et les Etats-Unis, « ce ne sera pas un cadeau des Américains ».

 
Monsieur Ryu a rappelé que la République populaire démocratique de Corée est engagée sur une voie visant à en faire une « puissance militaire, économique et politique » d’ici à 2012. D’ores et déjà, la campagne des 150 jours, achevée en septembre dernier, « a atteint ses objectifs à 112% ». Une fois assurée la sécurité nationale, davantage de moyens jusqu’ici alloués à la défense pourront être réorientés vers l’économie.

 

En conclusion, Jean-Yves Gallas a souligné l’importance de l’opinion publique internationale dont la vigilance et la mobilisation empêchent souvent les grandes puissances de faire ce qu’elles veulent. Par exemple, sous la pression de l'opinion publique internationale, les Etats-Unis n'ont pas osé utiliser l’arme atomique en Corée du Nord en 1950. Cet épisode de la Guerre de Corée, comme expliqué par M. Ryu, a encore aggravé le drame de la division de la nation coréenne, des millions de familles ayant envoyé leurs enfants au Sud pour leur permettre d'échapper à une éventuelle frappe nucléaire américaine sur le Nord.

 

A l'issue de cette discussion entre le Mouvement de la Paix et nos hôtes coréens, des divergences demeurent quant au rôle joué par l’arme nucléaire dans la sécurité. Le Mouvement de la Paix a toujours pour position de principe la disparition de toutes les armes nucléaires. Mais les interlocuteurs sont tombés d’accord sur l’importance de voir la sécurité garantie pour tous et partout. Cette première discussion entre le mouvement pacifiste et des représentants nord-coréens en appelle donc d’autres.

 

Après les importantes questions de politique internationale, M. Ryu Sung-rim, Mme Kim Ho-jong et Melle Jong Un-a se sont intéressés à un sujet plus léger grâce à la démonstration d’arts martiaux coréens offerte par les élèves du Cénacle Rémi Mollet.  La technique des jeunes sportifs et sportives était impressionnante, y compris pour les yeux avisés de nos invités. Cet intermède sportif fut aussi l'occasion d'une rencontre avec Pierre Sabbah, instructeur Taekwon-Do ITF et membre du comité national de l'AAFC.

 

Ryu Sung-rim, Kim Ho-jong et Jong Un-a, entourés de Maître Rémi Mollet et de ses élèves

 

Le lundi 26 octobre, M. Ryu, Mme Kim et Melle Jong ont visité l’Assemblée nationale et le Sénat. Les visites étaient assurées par Alexandre Anglade, secrétaire exécutif du groupe d'étude à vocation internationale sur la RPDC de l'Assemblée, et par Patrick Gagnepain, secrétaire exécutif  du groupe d'étude et de contact France-RPDC du Sénat. La journée fut aussi l'occasion d'un détour par les collections coréennes du musée Guimet des arts asiatiques, où ils furent accueillis par M. Jacques Gies, président du musée.


 


Dans la soirée, nos amis coréens étaient les invités d’honneur de la cérémonie de célébration du quarantième anniversaire de l’Association d’amitié franco-coréenne à Bagneux, berceau historique de l’AAFC. Etaient également présents S.E. Son Mu-sin, délégué général de la RPD de Corée en France et M. Kim Myong-sik, premier secrétaire de la délégation générale de RPDC.

 

Dans son discours introductif, André Aubry, président de l’AAFC, a rendu hommage aux grandes figures venues de tous les horizons de la société qui ont marqué la vie de l’association depuis 1969, de Léo Figuères, grand résistant communiste, à Edmond Michelet et Louis Terrenoire, ministres du général de Gaulle, en passant par Francis Lemarque, compositeur-interprète, sans oublier Jean Suret-Canale, décédé en 2007, auquel André Aubry a eu l'honneur de succéder.

 

Le président de l'AAFC a aussi rappelé les activités menées depuis quarante ans par l'association en solidarité avec le peuple coréen, en particulier pour s'opposer à la présence des forces américaines en Corée du Sud, mettre fin à l'interférence des Etats-Unis dans les relations intercoréennes et soutenir la mise en oeuvre de la déclaration commune Nord-Sud du 15 juin 2000.

 

André Aubry a réaffirmé que l'AAFC est déterminée à faire tous les efforts possibles pour renforcer les échanges et la coopération entre la France et la RPDC dans divers domaines et pour promouvoir une réunification indépendante et pacifique de la Corée. Cette cérémonie du quarantième anniversaire anniversaire a ainsi été l'occasion pour l'AAFC de s'associer au mois de soutien au projet de République fédérale démocratique du Koryo. Ce projet avancé en octobre 1980 par le président Kim Il-sung apparaît plus que jamais comme une solution juste et raisonnable pour mettre enfin un terme à la division de la nation coréenne.

 

La partie artistique de la soirée était assurée par Jean-Michel Grandjean, bien connu en Corée depuis sa participation au festival Printemps d’Avril en 2005. Jean-Michel Grandjean a interprété du Georges Brassens et une chanson de sa composition sur les musiciens du métro (Jean-Michel Grandjean est lui-même un ancien conducteur du métro parisien).

 

Le mardi 27 octobre, nos amis coréens ont eu le privilège de découvrir le Centre national des opérations ferroviaires (CNOF). Inauguré en septembre dernier, le CNOF regroupe sur une plate-forme de 700 m2 tous les opérateurs du système ferroviaire français. Monsieur Raymond Sanquer, adjoint au responsable Infrastructure du CNOF, leur a présenté les activités de ce véritable centre névralgique où arrivent en direct toutes les informations sur les perturbations du réseau. Rappelons que la RPDC a beaucoup investi dans le secteur ferroviaire, fabriquant ses propres locomotives électriques depuis les années 1960. Les travaux sont aussi en cours pour connecter les réseaux coréen et russe.

 

Plus tard, une autre rencontre fut consacrée aux questions internationales, nos amis rencontrant Mme Sarah Brickwood et MM. Francis Arzalier, Jean-Louis Glory et René Lefort du Collectif Polex (politique extérieure) décrit comme « un collectif communiste de réflexion et d'information sur la situation internationale ». Autrefois intégrée au sein du Parti communiste français, cette structure a été dissoute mais les gens qui la constituaient l'ont maintenue. Le Polex veut être « un lieu d'analyses  collectives de l'actualité dans le monde, sur la base de l'internationalisme et de l'anti-impérialisme, de la solidarité internationale et de la lutte pour la paix ».  

 

Parmi les questions posées par les membres du Polex :

 

- Quel est l'état des relations entre le Parti du travail de Corée et le Parti communiste chinois? Elles sont très bonnes en cette année de l'amitié sino-coréenne marquant le 60eme anniversaire des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine et la RPDC.

 

- Sur quelles ressources peut s'appuyer la RPDC pour son développement? La RPDC a posé les bases d'une économie indépendante et peut compter sur une armée d'intellectuels. Le développement de la RPDC profitera aussi de la priorité donnée à la défense nationale.

 

- Qu'en est-il des marchés libres et des effets de la crise financière en RPDC? Les principes socialistes sont maintenus et la RPDC n'a pas été atteinte par la crise.

 

A l’occasion de cette rencontre, un cadeau symbolique fut remis aux invités coréens : le fac-similé de la première édition du journal L’Humanité, datée du 18 avril 1904. Y est évoquée la situation en Corée alors prise dans la tourmente de la guerre russo-japonaise. Déjà victime du jeu des grandes puissances…

 

La journée s’est terminée par une réunion avec le Comité national de l’AAFC. Au cours de cet échange, l'AAFC a présenté ses activités récentes tandis que nos amis coréens livraient leurs premières impressions sur leur séjour en France. Touchés par la diversité du programme préparé par l’AAFC et par l’accueil reçu, ils ont souligné le rôle irremplaçable joué par notre association pour informer sur la réalité coréenne et promouvoir l’idée de réunification, surtout à l’heure où pourrait s’amorcer un processus historique de rapprochement entre la France et la RPDC à la faveur de la mission confiée à Jack Lang par le président de la République française.

 

Bernard Ferrand, vice-président de l'AAFC, saluant son homologue coréen, Ryu Sung-rim,

à l'issue de la rencontre avec le comité national de l'AAFC

 

La visite en France de M. Ryu, Mme Kim et Melle Jong ne s'est pas arrêtée là puisqu’ils partaient  le lendemain, 28 octobre, pour Lille, afin de rencontrer le Comité régional Nord de l’AAFC. Ils devaient ensuite se rendre en Belgique à l’invitation de l’association Korea-is-One, avant de repartir le 1er novembre pour la Corée.


Nous sommes bien sûr tristes d’avoir dû quitter nos trois amis, mais nous savons aussi que nous les reverrons bientôt : une visite d’une délégation de l’AAFC en Corée est déjà prévue en 2010. Il est aussi réconfortant de savoir que l’amitié et la confiance résistent si bien à la distance et aux différences de toutes sortes.

 

 

L'AAFC remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont eu la gentillesse de prendre sur leur temps (souvent précieux) pour recevoir M. Ryu Sung-rim, Mme Kim Ho-jong et Melle Jong Un-a, contribuant ainsi à faire de la visite de nos amis coréens un moment inoubliable.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)