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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 11:34

DeuxCor-e.jpgLes relations intercoréennes sont un thème incontournable des voeux de nouvel an, tant au Nord qu'au Sud de la péninsule. Si le message télévisé prononcé le 1er janvier 2014 par le Maréchal Kim Jong-un, dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a plaidé pour l'amélioration des relations intercoréennes à pas moins de trois reprises, la Présidente Park Geun-hye de la République de Corée (du Sud) a également ouvert la perspective d'une amélioration des relations Nord-Sud. Va-t-elle ainsi répondre à la proposition du Nord ? Une initiative du Sud répondant à l'offre de dialogue du Nord serait de nature à lever  au moins partiellement les obstacles au rapprochement intercoréen, quelles que soient par ailleurs les divergences d'approches des deux parties sur la méthode et en termes d'objectifs. Mais le Nord pourrait également formuler en premier des propositions, auquel cas la réponse de Séoul dépendra de l'équilibre entre les partisans du dialogue et les néo-conservateurs aujourd'hui à la manoeuvre pour ressusciter le régime autoritaire en Corée du Sud. 

Quand Lee Myung-bak était président de la Corée du Sud (2008-2013), à plusieurs reprises les autorités de la République populaire démocratique de Corée avaient fait des propositions pour relancer le dialogue intercoréen. Mais il était apparu qu'en réalité le chef d'Etat sud-coréen ne souhaitait pas avancer en ce sens : derrière un discours plaidant en apparence pour un rapprochement pacifique, le chef d'Etat sud-coréen avait avancé le prétexte du prétendu "manque de sincérité" de Pyongyang pour dissimuler son refus du dialogue. Derrière les mots, la vieille politique de confrontation des conservateurs sud-coréens refaisait surface, dans l'attente d'un effondrement de la RPDC qu'ils s'efforçaient de provoquer en réduisant toutes les formes d'échanges (humains, économiques, culturels), malgré les dommages créés par cette politique pour les intérêts sud-coréens eux-mêmes.

Elue sur une ligne moins dure vis-à-vis de Pyongyang, la nouvelle présidente sud-coréenne Park Geun-hye reste attendue sur la nouvelle politique intercoréenne qu'elle mènera : au-delà des mots, souhaite-t-elle sincèrement développer les échanges intercoréens ? Les voeux de nouvel an du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, interprétés par la presse internationale comme une offre de dialogue, lui offrent l'occasion d'apporter des preuves de sa sincérité. Selon le quotidien de centre-gauche sud-coréen Hankyoreh, "la raison pour laquelle la Corée du Nord argumente avec autant de force pour des améliorations semble être que les relations restent très dégradées en dépit de ses efforts de l'an passé pour rétablir le dialogue".

Si l'on examine le contenu des voeux de la présidente sud-coréenne, l'amélioration des relations Nord-Sud est tout d'abord subordonnée à la création d'un climat de "confiance". Certes, mais la confiance est réciproque et elle ne pourra être gagnée que si des gestes sont également réalisés par le Sud. La zone économique intercoréenne de Kaesong, dont les activités avaient été suspendues en 2013, fonctionne aujourd'hui normalement et offre un exemple d'une coopération réussie. Elle constitue un précédent quant au chemin à suivre pour créer un tel climat de confiance.

En réitérant qu'elle ne s'opposerait pas à la poursuite des échanges à caractère humanitaire, Mme Park lève un premier obstacle. Quand elle a formulé cette position l'an dernier, sans doute attendait-elle en retour la reprise des réunions de familles séparées par la division, considérée par le Nord comme une question humanitaire. Mais au moment où elle formulait cette proposition les autorités sud-coréennes s'engageaient dans une politique de répression des opposants dénoncés comme des "suivistes pro-Nord", entraînant la rupture des échanges intercoréens. Le message du Maréchal Kim Jong-un est à cet égard sans ambiguïté : le Nord est prêt à passer l'éponge sur le passé mais demande que cesse la répression contre les organisations progressistes - alors qu'aujourd'hui une procédure d'interdiction est en cours contre le Parti progressiste unifié et que le principal syndicat enseignant a été interdit. De même que, après l'engagement du dialogue Nord-Sud en 1972, la proclamation de la Constitution Yusin au Sud puis l'enlèvement de l'opposant Kim Dae-jung avaient mis fin aux échanges intercoréens, la RPDC ne peut pas accepter que les échanges Nord-Sud servent de paravent à un autoritarisme du pouvoir sud-coréen dont feraient d'abord les frais ceux qui prônent la réconciliation Nord-Sud.

Il reste à savoir si Mme Park Geun-hye est prête à désavouer les "faucons" sud-coréens - agence de renseignement (NIS) en tête, impliquée dans une vaste opération de manipulation de la dernière élection présidentielle - partisans d'une ligne d'affrontement tant avec l'opposition radicale qu'avec Pyongyang. Les faucons, nostalgiques du régime autoritaire de l'ère Park Chung-hee, ont besoin d'agiter le chiffon rouge de l'anticommunisme pour justifier la sauvegarde de leurs positions et de leurs intérêts dans l'appareil d'Etat (police, armée, justice, services de renseignement). Nul doute qu'ils vont tenter de faire souffler le "vent du Nord" pour couper court à toute possibilité de dialogue intercoréen. Leurs relais dans la presse ultra-conservatrice sud-coréenne et certains médias occidentaux devraient donc bientôt publier des articles sur les droits de l'homme au Nord. Le NIS devrait aussi lancer de nouvelles manoeuvres de diversion, auxquelles la plus grande publicité sera donnée par les journalistes et les organisations qui leur sont liés, à l'instar du site DailyNK qui n'a pas hésité à publier dernièrement un plaidoyer pro domo sur la réforme du NIS.

Sur le fond, d'autres lignes de divergences apparaissent  entre les discours de nouvel an prononcés à Séoul et à Pyongyang : les autorités sud-coréennes plaident pour une approche multilatérale de la question coréenne et mettent l'accent sur les questions de sécurité, y compris les programmes balistique et nucléaire nord-coréen. Sans doute espèrent-elles ainsi rassembler des alliés autour d'elles, alors que la Corée du Sud reste militairement subordonnée aux Etats-Unis. Or, de façon constante, Pyongyang considère que l'arme nucléaire assure sa sécurité vis-à-vis des Etats-Unis, et qu'il ne s'agit donc pas d'un sujet à traiter dans le cadre des relations intercoréennes. Néanmoins, Séoul pourrait contribuer au dialogue Nord-Sud en faisant preuve d'une plus grande indépendance vis-à-vis de Washington : au moment où les Etats-Unis mettent l'accent sur le multilatéralisme, la Corée du Sud pourrait utilement plaider pour une baisse de régime des prochains exercices conjoints américano-sud-coréens, voire pour leur suspension, comme ce fut le cas entre 1994 et 1996, au moment des discussions sur le nucléaire nord-coréen. Pyongyang attend également Séoul sur ce point, après avoir vivement critiqué les manoeuvres militaires du printemps 2013, y compris à nouveau dans le discours de nouvel an. 

Alors, l'année 2014 pourrait-elle marquer une nouvelle étape dans les relations intercoréennes ? En 2013, le discours de nouvel an du dirigeant Kim Jong-un n'avait fait qu'une référence implicite au dialogue, en soulignant que pour "mettre fin à la division du pays et parvenir à sa réunification, il est important de cesser la confrontation entre le Nord et le Sud" et que "l'histoire des relations intercoréennes montre que la confrontation entre compatriotes ne mène à rien sinon à la guerre". Cette année, trois références explicites plaident pour améliorer les relations Nord-Sud, en annonçant que le Nord agira activement en ce sens. Comme l'observe le professeur sud-coréen Yang Moo-jin, "il existe la possibilité que le Nord sorte à tout moment une offre de dialogue entre les autorités". Les autorités sud-coréennes doivent certainement s'y préparer. Espérons que les ultra-conservateurs ne ruineront alors pas toute chance de dialogue.


Sources : AAFC, Hankyoreh

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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