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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 19:02

Le 11 juillet 2010, une manifestation a eu lieu à Kyoto contre l'exclusion des seules écoles coréennes d'un programme gratuit d'enseignement dans les lycées japonais. Une mesure discriminatoire que condamne d'autant plus vivement l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) que les écoles coréennes ont fait l'objet, dès leur création, de mesures vivant à empêcher un enseignement dans sa langue natale pour la minorité coréenne du Japon, forte de 700 000 membres ayant choisi de demeurer dans l'archipel après la fin de la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945).

 

korean_schools_yoyogi_park_march_2010.jpgLes Coréens du Japon sont en colère. Le 27 mars 2010, un rassemblement a eu lieu au parc Yoyogi, au centre de Tokyo (photo à gauche, source Labornet), pour protester contre l'exclusion des seules écoles coréennes du Japon d'un programme de gratuité de l'enseignement dans les lycées de l'archipel nippon. A l'initiative d'un collectif d'organisations civiques et d'étudiants (dont la Société Keiji pour soutenir les écoles coréennes et la Société des étudiants de Kyoto pour l'amitié nippo-coréenne), une nouvelle manifestation a eu lieu à Kyoto, le 11 juillet 2010. Les organisateurs ont appuyé une campagne de collecte de 500.000 signatures contre une telle mesure discriminatoire, qui s'inscrirait dans la continuité des décisions prises par les autorités japonaises après la libération de la Corée de la colonisation nippone : non seulement les écoles coréennes s'étaient vu refuser toute reconnaissance officielle, mais il avait été procédé à des milliers d'arrestations et à des fermetures de classes. Un manifestant coréen avait également trouvé la mort.

 

Yukio Hatoyama, qui avait conduit le Parti démocrate du Japon à une victoire historique sur le Parti libéral-démocrate lors des élections législatives d'août 2009, semblait pourtant prêt à la fois à revenir sur les mesures discriminatoires qui frappent la minorité coréenne au Japon, et à étendre un système de protection sociale parmi les plus déficients des pays industrialisés. Le programme d'éducation gratuit s'inscrit dans cette perspective, en visant tous les établissements d'enseignement, quel que soit leur statut, devenant récipiendaires de subventions publiques. Après avoir renvoyé à la Diète le soin de trancher la question de l'application ou non du dispositif aux écoles coréennes, Yukio Hatoyama a ensuite dû démissionner de ses fonctions de Premier ministre, suite notamment au reniement de ses engagements sur le départ de la base américaine d'Okinawa.

 

hiroshi_nakai.jpgMizuho Fukushima, qui dirige le Parti social-démocrate du Japon (membre de la coalition au pouvoir à Tokyo), a proposé d'inclure les écoles coréennes dans le programme gouvernemental. Manifestement, le gouvernement japonais a été plus sensible aux arguments d'un ses membres, Hiroshi Nakai, actuel président de la commission de la sécurité publique nationale (photo à droite), qui considère qu'il s'agit d'une mesure de sanction supplémentaire contre la République populaire démocratique de Corée - quitte à oublier que, dans le contentieux historique coréano-japonais, le Japon a une responsabilité écrasante, un siècle après avoir soumis les Coréens à l'une des colonisations les plus brutales de l'histoire.

 

Les motifs allégués par les autorités japonaises pour justifier l'exclusion des écoles coréennes ne résistent à l'analyse. Ils produisent de surcroît des effets contraires aux conventions internationales des droits de l'homme, auxquelles le Japon est partie, en niant le droit à l'éducation. Tout d'abord, l'argument avancé par Yukio Hatoyama selon lequel le Japon n'a pas établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique (RPD) de Corée, qui subventionne par ailleurs en partie les établissements d'enseignement coréen au Japon, est de pure opportunité, et limité à la seule RPD de Corée : en effet, les écoles relevant de la République de Chine à Taïwan, Etat qui n'est pas davantage reconnu par Tokyo, sont, elles, incluses dans le nouveau dispositif. L'argument du contenu de l'enseignement est spécieux : non seulement celui-ci suit les programmes japonais (il est vrai sans les serments d'allégeance à l'empereur du Japon...), mais il est en plus publiquement connu. Quant à voir dans les écoles coréennes de simples relais de Pyongyang, il s'agit d'une vision passéiste, dépassée par la réalité : près de la moitié des élèves inscrits dans les écoles coréennes au Japon font aujourd'hui partie de la minorité coréenne ayant opté pour la nationalité de la République de Corée (du Sud).

 

La discrimination des écoles coréennes s'inscrit dans une politique plus large visant la communauté coréenne au Japon. En décembre 2009, un groupe d'extrême-droite japonais avait saccagé une école primaire coréenne à Kyoto en proférant des chants racistes. Bien qu'une vidéo ayant circulé sur Internet ait apporté des preuves irréfutables, il n'y a pas eu d'arrestations par la police japonaise.

 

Sources :

- KCNA, "Solution to Issue of Korean Schools in Japan Demanded", 25 juillet 2010.

- "Tuition-free schooling", éditorial du Asahi Shimbun, 9 mars 2010.

- Yujiro Tsuneno, "Korean Schools to Be Excluded from a Policy for All", 26 mars 2010, sur le site Dissident Voice.

- Kyodo News, "SDP chief urges tuition-free program to cover pro-Pyongyang schools", 14 mars 2010.

Kyodo News, "Minister proposes Korean schools be exempt from free-tuition system", 21 février 2010.

 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Coréens d'outre mer
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)