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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 01:56

 

CheonanLe 26 mars 2010, le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan entraînait la mort de 46 marins. Une enquête internationale, menée principalement par la Corée du Sud et les Etats-Unis, a imputé ce drame à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), laquelle continue de vigoureusement démentir toute responsabilité. Ailleurs, les conclusions de l'enquête officielle suscitent de nombreuses interrogations chez de nombreux observateurs et experts. Même le Conseil de sécurité des Nations Unies, d'habitude si prompt à voter des résolutions contraignantes à l'égard de la Corée du Nord, n'a adopté qu'une simple déclaration sur le naufrage du Cheonan, se gardant bien d'accuser la RPD de Corée. En France, les grands médias en restent aux conclusions de l'enquête américano-sud-coréenne (« un sous-marin nord-coréen a torpillé le Cheonan »), prétexte supplémentaire au renforcement de la présence militaire américaine en Asie du nord-est. Pourtant le combat pour faire toute la lumière sur les circonstances du naufrage continue en Corée du Sud, malgré les risques encourus. Aujourd'hui, c'est le réalisateur Baek Seung-woo qui, dans son nouveau film, met en évidence les failles de l'enquête officielle. Cette prise de position a attiré les foudres de l'armée sud-coréenne qui entend faire interdire ce film dans une nouvelle attaque contre tout ce qui ressemble à une voix « dissidente » en Corée du Sud

Présenté le 27 avril 2013 au quatorzième Festival international du film de Jeonju, en Corée du Sud, le film documentaire Project Cheonan Ship, réalisé par le cinéaste indépendant Baek Seung-woo, a fait sensation en pointant les insuffisances de l'enquête officielle diligentée par le gouvernement sud-coréen suite au naufrage de la corvette Cheonan, survenu en mars 2010.

Les faits sont les suivants : le 26 mars 2010, la corvette Cheonan de la marine sud-coréenne, avec 104 marins à son bord, a coulé au large de l'île de Baegnyeong, à l'ouest de la péninsule coréenne, entraînant la mort de 46 hommes de l'équipage. Pour élucider les causes de ce naufrage, le gouvernement sud-coréen a mis en place un groupe d'enquête composé d'experts civils et militaires de Corée du Sud (47), des Etats-Unis (15), de Suède (5), d'Australie (4) et du Royaume-Uni (3). Le 20 mai 2010, le groupe d'enquête a rendu son rapport intermédiaire (qu'il a confirmé le 13 septembre suivant), selon lequel un sous-marin nord-coréen avait coulé le Cheonan. Ces accusations ont aussitôt été rejetées par la RPD de Corée niant toute responsabilité dans le drame du 26 marsLe 9 juillet 2010, le Conseil de sécurité des Nations Unies, saisi par la Corée du Sud à propos du naufrage du Cheonan, a condamné l'« attaque » perpétrée contre le navire sud-coréen, mais sans identifier l'agresseur. Dans le même temps, les conclusions de l'enquête officielle ont été contredites par un ancien membre du groupe d'enquêtepar des scientifiques indépendants et par les experts de la marine russe invités par Séoul pour examiner les « preuves » de la culpabilité de la Corée du Nord.

Aujourd'hui, le film réalisé par Baek Seung-woo remet à son tour en question la version officielle sur le naufrage du Cheonan. Selon The Hollywood Reporter, une des principales revues consacrées à l'industrie cinématographique, son film Project Cheonan Ship est un « documentaire qui analyse en profondeur l'incident ». Cité par The Hollywood Reporter, Kim Young-jin, programmateur du Festival international du film de Jeonju, a déclaré : « Contrairement aux attentes selon lesquelles ce film serait contestataire et provocateur, Project Cheonan Ship donne l'impression d'un documentaire scientifique réalisé par un expert en raison de son ton constamment calme et de l'analyse qu'il fait de l'histoire. »

Project Cheonan Shipa été produit par Chung Ji-young, auteur de films très engagés politiquement tels que Unbowed (Bureojin Hwasal, 2011), dénonçant les dysfonctionnements de la justice sud-coréenne, et National Security (Namyeong-dong 1985, 2012), d'après l'histoire vraie d'un militant pro-démocratie enlevé et torturé en Corée du Sud sous le régime du général Chun Doo-hwan en 1985 (ces deux films sont inédits en France).

La création de Project Cheonan Ship n'a pas été un processus facile, rapporte The Hollywood Reporter, tous les investisseurs s'étant retirés à mi-parcours, laissant Chung Ji-young seul responsable du financement du film.

En tant que producteur, Chung a déclaré être satisfait du résultat : « Lorsque j'ai assisté au premier tournage du film, j'ai vu comment Baek accordait beaucoup d'attention à la production en fournissant un espace bien éclairé aux personnes interrogées. J'avais imaginé quelque chose d'un peu plus brut, et l'ai suggéré, mais il a poussé avec son propre style. Mais je pense que c'est une des choses qui ont fait que le film fonctionne auprès du public, parce que cela montre que c'est un projet très sérieux, sincère. »

Baek Seung-woo a affirmé avoir ressenti beaucoup de pression tout au long de la réalisation de Project Cheonan Ship: « Dès le début, c'était un lourd fardeau car le naufrage du Cheonan est un incident que tout le monde connaît en Corée, et que personne ne peut facilement comprendre. Je voulais l'expliquer le plus simplement possible mais plus je faisais de recherches plus c'était difficile pour moi. Je viens de terminer, la moitié doutant et l'autre moitié me faisant croire que j'avais raison. »

Pour Baek, l'objectif de son film n'était pas de fournir des réponses mais de partager un sentiment : « Quand l'incident [du naufrage du Cheonan] est survenu, j'ai ressenti beaucoup de frustration face à la manière avec laquelle il était traité par le gouvernement et par les médias. […] Je pense qu'il y a deux types de gens qui critiqueront mon film, ceux qui se situent politiquement à l'extrême-droite et ceux qui connaissent très bien l'incident [puisque le film parle de choses qu'ils savent déjà]. Mon film ne vise pas à trouver le coupable, mais à partager ce sentiment de frustration. »

Les intentions de Baek Seung-woo étaient donc relativement modestes, mais c'en est déjà trop pour l'armée sud-coréenne, laquelle demande l'interdiction d'un film qui « jette le doute sur la responsabilité de la Corée du Nord dans le naufrage de la corvette Cheonan », selon les termes du quotidien conservateur Chosun Ilbo,relai médiatique de cette campagne.

Après la projection de Project Cheonan Ship au festival de Jeonju, un responsable du ministère sud-coréen de la Défense a déclaré qu'étaient envisagées des poursuites pour diffamation, tout en reconnaissant qu'il est « juridiquement impossible pour le ministère de la Défense et la Marine d'être diffamés » et que « le ministre de la Défense et le chef de la Marine ont conclu qu'il est juridiquement ambigu d'établir que le film les diffame personnellement ».

Le ministère a donc essayé d'impliquer – pour ne pas dire instrumentaliser - les familles des marins décédés dans le naufrage du Cheonan en leur demandant d'identifier les parties du documentaire qui s'écartent des conclusions de l'enquête officielle, s'engageant à leur fournir une assistance juridique.

Pour le ministère sud-coréen de la Défense, le documentaire réalisé par Baek Seung-woo et produit par Chung Ji-young est « trompeur car il prétend que le Cheonan a coulé à la suite d'une collision ou d'un échouement et pourrait potentiellement causer la confusion parmi le public ».

En Corée du Sud, tous les moyens semblent bons pour que ne soit pas levée la chape de plomb recouvrant la vérité sur le naufrage du Cheonan.

 

Sources :

Lee Hyo-won, "Project Cheonan Ship Filmmakers Spill Secrets Behind the Controversial Doc",The Hollywood Reporter, 28 avril 2013

 "Military Wants to Ban Controversial Cheonan Documentary", Chosun Ilbo, 8 mai 2013


 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Naufrage du "Cheonan"
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