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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 00:27

C'est un pari peu ordinaire qu'ont réussi trois jeunes désigners suédois : faire fabriquer en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) des jeans vendus en Occident. Las, à peine apparus dans une boutique du magasin PUB à Stockholm, les jeans Noko de Corée du Nord ont été retirés des rayons, pour des raisons difficilement compréhensibles. Mais les jeans restent toutefois en vente via Internet.

C'était une première qui devait faire sensation : le vendredi 4 décembre 2009, étaient en place pour être vendus dans un magasin branché de Stockholm - le PUB - les jeans de la marque Noko, les premiers jeans fabriqués en Corée du Nord. Mais dès samedi ceux-ci étaient retirés des rayons de la boutique Aplace une demi heure avant l'ouverture, à l'initiative du PUB, dont la direction invoque tantôt des raisons politiques (selon le directeur du PUB, Rene Stephansen, "c'est une question politique à laquelle le PUB ne veut en aucun cas être associé"), tantôt le non-respect supposé du droit du travail en Corée du Nord.

Les jeans de la marque Noko sont pourtant l'aboutissement du pari peu ordinaire de trois jeunes désigners suédois, Jakob Ohlsson, Jacob Aastroem et Tor Rauden Kaellstigen : alors que le blue jeans n'est pas autorisé en Corée du Nord, étant perçu comme un symbole de la culture de consommation américaine, les trois entrepreneurs avaient obtenu la possibilité de faire fabriquer des jeans en Corée du Nord, dans un souci d'ouverture économique et culturelle réciproque entre la Corée et l'Occident. Les trois jeunes entrepreneurs, qui ont visité deux fois la Corée du Nord, ont retenu un site de Pyongyang dont l'usine, propre et spatieuse, leur a offert de meilleures conditions de travail qu'en Chine. Mais comme l'a également précisé Jakob Ohlsson dans un entretien accordé à Associated Press, "ce qui nous a réellement motivé, ce n'était pas l'argent mais la perspective d'ouvrir des portes", le blue jeans permettant de donner une autre image de la Corée du Nord auprès des Occidentaux, et notamment des jeunes Suédois.

C'était compter sans la réaction totalement inattendue de la direction du PUB. L'argument des droits du travail est spécieux : il n'a été conduit aucune enquête sérieuse préalable par les dirigeants du PUB sur les conditions de fabrication, et cette justification apparaît malheureusement comme une nouvelle illustration de la règle du deux poids, deux mesures : pourquoi accepter des produits fabriqués dans d'autres pays que la Corée du Nord, où les conditions de travail sont réputées aussi difficiles qu'en Corée du Nord par les mêmes journalistes occidentaux ? Comme l'a observé Jakob Ohlsson, "j'espère sincèrement que le (PUB) va retirer tous les produits labellisés Made in China".

Selon la législation du droit du travail en vigueur en République populaire démocratique de Corée, la durée quotidienne de travail est de huit heures et la durée annuelle des congés payés atteint trois semaines. Les activités non-professionnelles au bureau, à l'usine et aux champs se traduisent toutefois par des durées de présence effective nettement plus longues sur les lieux de travail.

L'argument politique a davantage le mérite de l'honnêteté, mais n'est pas plus acceptable, tant il tend à renforcer l'isolement de la Corée du Nord. Pour l'AAFC, l'ostracisme n'est pas une réponse adaptée à la pleine insertion de la Corée du Nord sur la scène internationale, gage d'une paix durable dans cette partie du monde où aucun accord de paix n'est encore venu remplacer l'accord d'armistice de 1953 ayant mis fin à la guerre de Corée.

Les designers suédois de Noko Jeans ne se découragent pas pour autant : les jeans, aujourd'hui exclusivement de couleur noire - apparemment dans un souci de se démarquer de l'image du blue jeans américain, restent en vente sur Internet, au prix unitaire de 1.500 couronnes suédoises (150 euros). Deux modèles sont proposés : serré (modèle Kara) et large (Oke). Le succès de la vente par Internet ne pourra que conforter ceux qui, comme l'AAFC, croient au dialogue et à l'ouverture.

Voir le
site de Noko Jeans, notamment pour l'achat en ligne des jeans Noko

Sources :
AP (dont photo), Aujourd'hui la CoréeThe Local (avec l'AFP)

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Economie
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Michael 09/12/2009 19:12


Bon article sur le blog et Très intéressante initiative de la part de ces jeunes suédois….. Cela dit, ça sent plus le bon coup de pub (à 150 euros…) que la stratégie économique durable….
 
Et ce point illustre une chose que je ne comprends pas , en général :
 
-         Pourquoi ne jamais  utiliser la valorisation des  ATOUTS LOCAUX ..dans une perspective de désenclavement plutôt que de créer, dans ca
cas,  une opposition « pantalonesque » sur le jean USA vs North Korea ???
 
Pour faire une analogie qui illustrera ma pensée, je ne comprends pas que les occidentaux en Afghanistan S OBSTINENT à vouloir EDUQUER et FORMER une armée afghane …. Toutes els puissances
occidentales depuis 2000 ans ont échoué dans ce pays, les afghans sont les meilleurs guerriers du monde……. C’est un peu comme si les Pygmées d e l’ancienne AEF française voulaient éduquer
militairement la Légion étrangère….. (rires) Pourquoi ne pas partir de leurs qualités intrinsèques de combattant  et voir ce que les méthodes occidentales peuvent leur apporter en
plus ????
 
Je me pose un peu la même question sur la Corée du nord, mais cette initiative suédoise est futée, assez futée…


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