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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 16:51

Le 10 août 2010, le Premier ministre japonais Naoto Kan a présenté des excuses officielles à la République de Corée (du Sud) pour la colonisation de la péninsule coréenne entre 1910 et 1945. Ce geste est intervenu à la veille du soixante-cinquième anniversaire de la libération de la Corée le 15 août 1945 et du centième anniversaire du traité d'annexion de la Corée par le Japon, signé le 22 août 2010 et ayant pris effet le 29 août 2010. Si ce geste doit être salué, il est particulièrement regrettable que ces excuses ne s'adressent qu'à la seule Corée du Sud, quand la colonisation japonaise a concerné l'ensemble de la péninsule.

 

200px-Naoto_Kan_cropped_KAN_Naoto_2007.jpgDans une déclaration rendue publique le 10 août 2010, à la veille du centième anniversaire du début de la colonisation nippone de la Corée, le  Premier ministre japonais Naoto Kan a exprimé ses "profonds remords" et ses "excuses sincères" pour les "dommages immenses et les souffrances infligés par le régime colonial", dans une reconnaissance sans ambiguïté des responsabilités du Japon :

 

"Comme l'a montré la forte résistance de mouvements d'indépendance tels que celui de Samil [1er mars 1919], le peuple coréen à cette époque a été privé de son pays et de sa culture, et sa fierté nationale porte les cicatrices profondes du régime colonial qui a été imposé contre sa volonté dans des circonstances politiques et militaires. 

 

Je veux regarder l'histoire en face avec sincérité. Je veux avoir le courage de confronter honnêtement les faits historiques et de les accepter avec humilité, et de même avoir l'honnêteté que nous reconnaissions nos propres erreurs". 

 

Afin de solder le passé colonial du Japon en Corée, Naoto Kan s'est engagé à conduire sincèrement des questions de coopération humanitaire, comme "l'assistance aux Coréens restés à Sakhaline" (sans évoquer toutefois clairement l'indemnisation des travailleurs coréens de Sakhaline pour la spoliation de leur épargne) et le retour des cendres des personnes originaires de la péninsule coréenne. Il a également évoqué le transfert d'archives pillées pendant la période coloniale, notamment les protocoles royaux de la dynastie Choseon. Sur ce point, sa position est plus ouverte que celle du gouvernement français, qui jusqu'à présent s'arc-boute sur le refus de restituer les archives royales pillées pendant la tentative avortée de coloniser la Corée en 1866.

 

Se tournant vers l'avenir, Naoto Kan a appelé au renforcement du partenariat entre le Japon et la Corée du Sud, dont les échanges culturels et de populations depuis plus de deux millénaires ont atteint aujourd'hui un niveau inégalé, en soulignant que les deux pays partagent les valeurs communes de la démocratie, de la liberté et de l'économie de marché.

 

Séoul a vivement salué cette déclaration qui, dans son esprit, voire dans sa lettre, rappelle les excuses formulées par le Japon en 1995 pour l'attitude de l'empire nippon pendant la Seconde guerre mondiale. Mais cette volonté de solder le passé, dans une démarche d'ouverture très critiquée par l'extrême-droite japonaise, se heurte à des non-dits qui en limitent fortement la portée :

 

- pourquoi, alors que la colonisation a touché l'ensemble de la péninsule coréenne, ne s'adresser qu'aux représentants du seul régime sud-coréen ? L'omission de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est d'autant plus regrettable que la légitimité historique de la RPD de Corée est fondée sur la lutte antijaponaise du Président Kim Il-sung, quand le président sud-coréen Syngman Rhee réhabilitait les anciens collaborateurs du régime colonial pour affermir son pouvoir ; un responsable nord-coréen en charge des questions japonaises a affirmé, selon Japan Today, que Tokyo semble vouloir entériner la division de la péninsule coréenne, tout en observant que la question des relations entre le Japon et la RPD de Corée n'est toujours pas réglée soixante-cinq ans après la fin de la Seconde guerre mondiale :  en l'absence toujours de relations diplomatiques officielles entre Tokyo et Pyongyang, le Japon n'a versé d'indemnisations qu'à la partie Sud de la péninsule, ignorant les dommages causés par l'occupation au Nord ;

 

- pourquoi n'avoir pas dit un mot de la prostitution forcée des "femmes de réconfort" coréennes, ni de l'aumône indigne reçue à titre d'indemnisation par les travailleurs forcés coréens ?

 

- pourquoi avoir ignoré la question de l'égalité des droits des Coréens du Japon, à commencer par leur accès au droit de vote ?

 

Sur ces différents points, le Premier ministre Naoto Kan apparaît ainsi, au mieux, avoir manqué une occasion de solder le contentieux historique entre le Japon et toute la Corée, et au pire avoir adressé implicitement une fin de non-recevoir aux demandes réitérées de reconnaissance et d'indemnisation des victimes de la colonisation.

 

Sources :

- AAFC ;

- Japan Today, "N Korea slams Kan for apologizing only to S Korea for colonization", 11 août 2010 ;

- Ria Novosti, "Japon - Corée du Sud : excuses de Tokyo pour la colonisation de la Corée", 10 août 2010 ;

- Yomiuri Shimbun, "Statement by Prime Minister Naoto Kan", 11 août 2010.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Japon-Corée
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