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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 00:34

Le jeudi 21 janvier 2010, Valérie Gelézeau, géographe, normalienne, maître de conférences à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) a donné une conférence sur la notion de frontière entre les deux Corée, à la Maison des associations (MDA) du 16ème arrondissement de Paris. Son intervention prenait place dans le cadre de la manifestation "Visages de la Corée", organisée par le comité régional Ile-de-France de l'AAFC. Les photos d'Alain Noguès sur la vie quotidienne en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) restent exposées à la MDA jusqu'au 29 janvier. 


Comment caractériser la frontière entre les deux Corée ? Peut-on même parler de frontière ? Ces questions fondamentales ont guidé l'exposé de Valérie Gelézeau, géographe, normalienne, maître de conférences à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), lors de la conférence qu'elle a donnée à la Maison des associations du 16ème arrondissement de Paris le jeudi 21 janvier 2010.

 

MDA 21012010-1
Pour les Coréens, la notion de frontière est impropre, puisque la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux Corée n'est que la ligne de démarcation militaire issue de l'accord de cessez-le-feu à la fin de la guerre de Corée, en 1953. Si l'on consulte un dictionnaire, la frontière est la limite d'un Etat fixée par un traité international. Or, aucun traité n'a mis fin à la guerre de Corée...

38emeParallele.jpgDu point de vue du droit international, la constitution de deux Etats coréens - au Nord et au Sud de la péninsule - a cependant défini une frontière non pas intra-nationale (séparant deux entités d'une même nation), mais bien internationale. Le 38ème parallèle, ligne de séparation des zones d'occupation américaine et soviétique après la fin de l'occupation japonaise en 1945, définie en une nuit par des officiers américains sans avoir de base géographique, ne correspond d'ailleurs pas au tracé de l'actuelle DMZ, issu de l'accord d'armistice de 1953. Des zones sud-coréennes sont passées au Nord (ainsi de la ville de Kaesong, ancienne capitale du royaume coréen de Goryo), et des territoires nord-coréens passés au Sud (comme par exemple une partie du comté de Chorwon, dont le bâtiment de l'ancien siège du Parti du travail de Corée est devenu un lieu de visite fréquenté au Sud).

 


nll-map.gifAyant voyagé de nombreuses fois en Corée, au Sud et au Nord de la péninsule, Valérie Gelézeau a montré, photos à l'appui, que la frontière entre les deux Corée n'est pas uniquement une frontière intra-nationale, internationale ou une non-frontière, mais aussi une méta-frontière, telle que l'a définie le géographe et ancien diplomate Michel Foucher, c'est-à-dire une frontière qui ne s'inscrit pas seulement dans l'espace mais est dotée également d'une dimension symbolique. Frontière d'une guerre inachevée, en l'absence de traité de paix près de soixante ans après la guerre de Corée, la DMZ est une frontière à risques, où l'absence de négociations sur la frontière maritime depuis 1953 a fait de la ligne de délimitation Nord (Northern Limitary Line) une zone d'affrontements entre les marines sud et nord-coréenne dans la période récente, en juin 1999, juin 2002 et novembre 2009. Et ce, malgré les progrès du dialogue intercoréen depuis 1991, lesquels ont conduit à des investissements sud-coréens au Nord de la péninsule, en particulier dans les monts Kumgang et à Kaesong, qui peuvent être définis comme autant d'enclaves sud-coréennes au regard des concessions accordées au conglomérat Hyundai Asan pour des durées de 50 ans.


Valérie Gelézeau a terminé son exposé en montrant que, de part et d'autre de la DMZ, une attention particulière était portée au développement de la frontière, vestige de la guerre froide et l'une des régions les plus militarisées au monde : au Nord, la ville de Kaesong est l'une des quatre zones économiques spéciales, dotée de surcroît d'un statut administratif spécifique ; au Sud, la loi de soutien à la zone frontière, promulguée en 2003, s'appuie sur l'idée que la proximité de la DMZ défavorise ces territoires qui bénéficient d'avantages particuliers, tels que des exemptions fiscales. Enfin, la limite Nord-Sud participe d'une recomposition de l'ensemble de l'espace de la péninsule, alors qu'une autre division Est/Ouest oppose deux façades maritimes ; le plus grand développement de la côte Ouest - tant au Nord qu'au Sud de la péninsule - implique un nécessaire rééquilibrage à la faveur du développement des échanges Nord-Sud. 

Répondant ensuite aux questions de la salle, Valérie Gelézeau a observé que le développement des zones économiques spéciales nord-coréennes répondait à l'engagement du dirigeant de Hyundai et à la politique d'ouverture économique du Nord. Elle a souligné les caractères culturels propres à la Corée tout en mentionnant les différenciations régionales non seulement Nord-Sud, mais aussi au sein de chaque partie de la Corée. Se refusant à tout pronostic sur la réunification de la Corée, elle a simplement rappelé cette anecdote : visitant la Corée du Sud, le chancelier allemand Helmut Kohl avait déclaré qu'il n'envisageait la réunification de la Corée que longtemps après la fin de la frontière inter-allemande, avant d'ajouter qu'il ne prévoyait pas la disparition du mur de Berlin de son vivant. Quelques mois plus tard, le mur de Berlin disparaissait.

Le comité Ile-de-France de l'AAFC remercie les nombreux participants, en les invitant à assister à la dernière conférence organisée à la Maison des associations du 16ème arrondissement de Paris
(14, avenue René Boysleve) dans le cadre de la manifestation "Visages de la Corée", le jeudi 28 janvier à 20h : "Le football coréen et la Coupe du monde 2010" par Simon Besse, rédacteur du site footcoreen.com.

L'entrée est gratuite, dans la limite des places disponibles. Il est donc conseillé de réserver auprès de l'AAFC (amitiefrancecoree@gmail.com) ou de la Maison des associations (maison.asso.16@paris.fr).
Le comité Ile-de-France de l'AAFC remercie vivement la Maison des associations du 16ème arrondissement pour son soutien dynamique dans l'organisation de l'exposition de photos d'Alain Noguès sur la vie quotidienne en Corée du Nord (jusqu'au 29 janvier) et des conférences sur la Corée.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)