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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 11:23

Nelson_Mandela-2008_-edit-.jpgLa disparition de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013, a donné lieu à des hommages unanimes dans l'ensemble de la péninsule coréenne - où la brutale colonisation japonaise (1910-1945) a fait du refus du racisme et du colonialisme des principes solidement ancrés dans les valeurs nationales des Coréens. Toutefois, les termes employés rappellent que les rapports au régime d'apartheid qu'a connu l'Afrique du Sud n'ont pas été les mêmes au Nord et au Sud de la péninsule.

Soutien indéfectible de la lutte anti-apartheid, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a rendu un hommage vibrant à Nelson Mandela par la voix, comme c'est l'usage diplomatique, du Président Kim Yong-nam, Président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC - qui, à ce titre, exerce les fonctions de chef de l'Etat.

Dans un message à son homologue, le président sud-africain Jacob Zuma, dont a rendu compte l'agence officielle KCNA de la RPDC, le Président Kim Yong-nam exprime ses "profondes condoléances" au peuple sud-africain et à la famille de Nelson Mandela. Il souligne que "les exploits accomplis par Nelson Mandela dans le combat contre le racisme et pour la démocratie en Afrique du Sud resteront à jamais dans les mémoires du peuple sud-africain et de l'humanité progressiste". Enfin, le Président Kim Yong-nam a exprimé ses voeux de succès au gouvernement et au peuple sud-africains dans l'édification d'une nouvelle société prospère, conformément au souhait de l'homme d'Etat qu'était Nelson Mandela.

Au Sud de la péninsule, la Présidente Park Geun-hye a aussi présenté ses condoléances au peuple sud-africain et à la famille de Nelson Mandela, en saluant le "grand homme d’Etat qui a mis fin d'une manière pacifique à l'apartheid qui a divisé l'Afrique du Sud pendant longtemps". Elle a aussi déclaré que les valeurs pacifistes auxquelles était attaché Nelson Mandela avaient une valeur universelle, selon un communiqué de l'agence officielle sud-coréenne Yonhap.

Il convient cependant d'observer les lacunes dans le message de Mme Park : l'accent est mis sur le président sud-africain qui a oeuvré à la réconciliation de son pays plutôt que sur le combattant - contre l'apartheid et pour la démocratie. La lutte de Nelson Mandela pour la démocratie est passée sous silence dans la dépêche de Yonhap, indiquant une prise de distance de Mme Park Geun-hye vis-à-vis de l'ancien prisonnier politique. En effet, le père de Mme Park Geun-hye, le général Park Chung-hee, s'est bien placé du côté des geôliers de Nelson Mandela. Il n'était pas en reste quand la droite et l'extrême-droite stipendiaient "le communiste" Nelson Mandela. Ces omissions volontaires ne sont pas innocentes au moment où Mme Park Geun-hye multiplie les atteintes à la démocratie sud-coréenne.

Ces positions révèlent également des différences entre les valeurs de Mme Park et celles d'une partie des dirigeants du parti conservateur (Saenuri), au pouvoir, indiquant ainsi que la chef de l'Etat appartient bien à la frange la plus conservatrice de la droite sud-coréenne - alors qu'elle avait tenté d'apparaître comme une centriste pendant sa campagne électorale. Choi Kyung-hwan, qui dirige le groupe parlementaire Saenuri, a ainsi clairement fait référence au combat de Nelson Mandela pour la démocratie et les droits de l'homme. Néanmoins, c'est sur l'homme de "compromis" et de "conciliation" qu'insiste également Choi Kyung-hwan, indiquant là encore la filiation de la droite sud-coréenne avec la junte militaire dans leur soumission à l'autorité. Les conservateurs sud-coréens n'étaient alors pas du côté des défenseurs de la démocratie et des droits de l'homme, mais préféraient bien la conciliation et le compromis... avec la junte.

A contrario, le soutien au résistant qu'a été Nelson Mandela est non seulement souligné, mais revendiqué par les démocrates sud-coréens, héritiers des combats pour la démocratie au Sud de la péninsule, qui ont mené une lutte à mort contre le régime Park Chung-hee et refusent aujourd'hui les atteintes aux libertés et aux droits de l'homme à Séoul. Dans une réunion des instances décisionnelles de son parti, Kim Han-gil, qui dirige le Parti démocrate (principal parti d'opposition, centre-gauche), a souligné le combat pour la liberté et l'égalité de Nelson Mandela : "L'idéal de Mandela pour une société démocratique et libre où le peuple vit harmonieusement avec les mêmes opportunités restera dans nos cœurs pour longtemps". En Corée du Sud, où ce sont les mêmes familles qui disposent des leviers du pouvoir politique et économique depuis leur collaboration avec l'occupant japonais, le chemin est effectivement encore long vers l'égalité des chances entre tous les citoyens.

Sources :
- KCNA ;
- New24, "North Korea paies tribute to Mandela",

- Yonhap, "Décès de Mandela : condoléances de Park aux Sud-Africains et à la famille", dépêche en date du 6 décembre 2013 ;
- Yonhap, "Décès de Mandela : les partis politiques présentent leurs condoléances à l'Afrique du Sud", dépêche en date du 6 décembre 2013.
Photo wikimedia.

 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Afrique-Corée
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