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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 00:40

Moon-Jae-In_An-Cheol-su.JPGLe 6 novembre 2012, les deux principaux candidats de l'opposition à la présidentielle sud-coréenne du 19 décembre prochains - Moon Jae-in, investi par le Parti démocrate unifié (PDU, centre-gauche, à gauche sur la photo), et l'indépendant Ahn Cheol-su (à droite sur la photo) - se sont rencontrés au Musée et à la Bibliothèque Kim Ku, du nom du patriote coréen assassiné en 1949 sur ordre du premier président autoritaire qu'ait connu la Corée du Sud, Syngman Rhee. En ce lieu symbolique pour tous les partisans de la démocratie et de la réunification de la Corée, les deux hommes ont convenu d'une candidature commune avant le début de l'enregistrement des candidatures, les 25 et 26 novembre prochains. Cette union ouvre la voie à l'alternance politique, au Sud de la péninsule coréenne.

 

S'ils étaient divisés, leurs chances de succès étaient à peu près nulles faute d'avoir pu refaire leur retard sur la candidate du parti au pouvoir, dans un scrutin à un seul tour. Unis autour d'une seule candidature, ils bénéficient en revanche l'un et l'autre d'un certain avantage sur la candidate conservatrice Park Geun-hye, selon les sondages d'opinion, rendant possible l'alternance politique à Séoul tout en reconnaissant également que ce qui les réunit est plus important que ce qui les sépare.

 

Si le candidat démocrate Moon Jae-in a plaidé le plus fortement pour une candidature unique de l'opposition, c'est finalement Ahn Cheol-su qui a pris l'initiative de proposer une rencontre, qui a eu lieu le 6 novembre. Alors que certains observateurs étaient sceptiques sur les résultats concrets d'une telle initiative à seulement un mois et demi du scrutin, Ahn Cheol-su et Moon Jae-in ont non seulement convenu d'une candidature commune, mais également fixé l'échéance pour y parvenir : avant le début de l'enregistrement officiel des candidatures, prévu les 25 et 26 novembre prochains.

 

Conformément à l'idée qu'une candidature unique traduit d'abord un accord sur leurs programmes et leurs valeurs, les deux candidats ont mis en avant qu'une "déclaration commune pour une nouvelle politique" serait élaborée par un groupe de travail composé de six membres - trois de chaque partie. Les modalités concrètes de choix du candidat d'union n'interviendront ainsi que dans un deuxième temps. La thématique du renouvellement politique, au coeur de la campagne d'Ahn Cheol-su, figure dans le nom même de la déclaration. La fixation d'un délai pour une candidature commune correspond à une attente forte de Moon Jae-in et des militants démocrates.

 

Moon Jae-in a déclaré : "Nous allons discuter sans état d’âme avec sincérité et annoncer une bonne nouvelle au peuple le plus vite possible". Pour sa part, Ahn Cheol-su a déclaré : "Je n’oublierai jamais le désir ardent du peuple pour une nouvelle politique et un changement de pouvoir".

 

Les références au peuple et à l'alternance sont importantes dans l'histoire des luttes pour la démocratie en Corée du Sud : il y a quarante ans, la promulgation de la Constitution Yusin par le général Park Chung-hee - arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1961 - ouvrait la page la plus sombre dans l'histoire politique récente du pays. Adoptée par référendum le 21 novembre 1972, la Constitution Yusin conduisit à la désignation du chef de l'Etat par une institution fantoche (appelée "Congrès national pour la réunification"), qui devait ensuite réélire le général Park Chung-hee avec 99,9 % des voix. Le chef de l'Etat concentrait par ailleurs tous les pouvoirs, en désignant un tiers des membres du Parlement, ainsi que le Président et les juges de la Cour suprême.

 

La candidate de la droite à l'élection du 19 décembre n'est autre que la fille du général Park Chung-hee, Mme Park Geun-hye, qui a servi comme "première dame" sous le régime Yushin après l'assassinat de sa mère. Si elle s'est démarquée de certains des aspects les plus injustifiables du régime de son père, il est inimaginable qu'elle n'en assume pas l'héritage politique, dans une société très marquée par la piété filiale propre aux valeurs confucéennes. Elle a ainsi justifié le coup d'Etat de 1961 au cours de l'actuelle campagne électorale. Les médias de droite et d'extrême-droite, ultra-dominants en Corée du Sud, ont d'ailleurs mené des années durant une campagne de réhabilitation du général Park Chung-hee, et Park Geun-hye a su surfer sur cette vague, en occultant les milliers de morts et de disparus du régime militaire. Aussi inimaginable que soit une telle situation en Europe et en Amérique du Nord, le contre-exemple chilien - où les héritiers du général Pinochet sont aujourd'hui l'une des deux grandes forces politiques - montre le poids que peuvent continuer d'exercer sur l'opinion publique certains médias et corps intermédiaires (comme les églises) dans des régimes de démocratie parlementaire.

 

Principales sources : Hankyoreh, Yonhap (dont photo).

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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