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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 23:26

Les 24 et 25 juin 2009, le Premier ministre sud-coréen, M. Han Seung-soo, a présidé, à Paris, la réunion annuelle de l'OCDE. Dans ce cadre, il a rencontré son homologue français, M. François Fillon, lors d'un entretien de travail. L'AAFC revient sur ce déplacement de M. Han Seung-soo à Paris, marqué par des manifestations de syndicalistes coréens de la KCTU.

Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française, en mai 2007, Lee Myung-bak, qui n'était alors qu'un candidat du Grand parti national (GPN, conservateur) à l'élection présidentielle sud-coréenne, avait félicité le nouveau chef de l'Etat français, en soulignant les points communs entre lui et l'ancien maire de Neuilly. De fait, les deux hommes partagent les mêmes convictions économiques libérales, une volonté commune de resserrer les liens entre leur pays et les Etats-Unis, et un style de gouvernement : le volontarisme de M. Nicolas Sarkozy fait directement écho à celui du "bulldozer", comme l'a surnommé la presse sud-coréenne. Et l'un et l'autre rencontrent les mêmes oppositions : aux importantes manifestations syndicales en France répondent les manifestations contre la reprise des importations de boeuf américain en Corée du Sud, sans précédent dans le pays depuis la chute du régime militaire, tandis que les protestations contre l'arrestation de l'internaute Minerve à Séoul ne manquent pas d'évoquer les résistances en France à la loi Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet).   

Le 24 juin 2009, s'est tenu un entretien de travail entre le Premier ministre sud-coréen, M. Han Seung-soo, et son homologue français, M. François Fillon [photo : Benoît Granier, Matignon]. Cette rencontre est intervenue en marge de la réunion annuelle de l'OCDE à Paris, les 24 et 25 juin, que présidait M. Han Seung-soo.

Les thèmes évoqués lors de cet entretien, selon le compte rendu laconique figurant sur le site du Premier ministre français, retracent l'essentiel des questions de coopération bilatérale :

- le réchauffement climatique : la Corée du Sud, dixième émetteur mondial de gaz à effet de serre, n'est pas engagée par le protocole de Kyoto, en tant qu'économie de développement ; dans ce cadre, l'objectif affiché par Séoul de
maintenir les émissions de dioxyde de carbone au même niveau entre 2007 et 2012 est jugé insuffisant par les écologistes ;

- la crise économique mondiale et les moyens de la relance : alors que la Corée du Sud doit présider le G20 dans six mois, elle n'a toutefois montré qu'un intérêt limité pour les projets, élaborés notamment par la France, de refonte du système monétaire international ;

- les transports et l'armement : la Corée du Sud a acheté des avions Airbus en 2008 ; le programme d'hélicoptères KHP, fruit d'un partenariat entre Eurocopter et les Industries aérospatiales coréennes (acronyme anglais : Korea Aerospace Industries), pourrait à présent donner lieu au développement d'un hélicoptère d'attaque ;

- la santé et la technologie : un Institut Pasteur en Corée, ouvert en 2004, s'est également installé à Pangyo, dans la province du Gyeonggi-do, en mai 2009, tandis qu'ont été constitués des centres conjoints de recherche en nanophotonique (2006) et en physique des particules (avril 2007).

Même si elle n'a pas vocation à l'exhaustivité, la brève liste des thèmes abordés lors de la rencontre entre les deux Premiers ministres comporte quelques lacunes notables : il n'est fait mention ni des discussions toujours en cours sur
l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Corée du Sud, ni d'une éventuelle participation française à l'exposition internationale de Yeosu, en 2012, qui aura pour thème les cotes et les océans vivants, et encore moins de la restitution à la Corée des archives royales pillées en 1866.

On relèvera également que les sujets de politique internationale n'ont pas été mis en avant : le gouvernement français avait pourtant
salué l'initiative de Séoul de rejoindre l'Initiative de sécurité pour la prolifération (PSI). Pour sa part, l'AAFC déplore cette position de la France, conforme à sa ligne de fermeture envers Pyongyang, comme contre-productive en vue d'atteindre l'objectif d'une paix durable dans la péninsule coréenne. 

De fait, l'alignement de la France sur l'axe Washington-Séoul vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) n'a, jusqu'ici, pas produit de résultats probants pour obtenir l'appui de Séoul sur d'autres dossiers, tels que la réorganisation du système financier international ou la lutte contre le réchauffement climatique, malgré le relatif succès des échanges économiques bilatéraux : si les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 7 milliards d'euros en 2008, les
investissements sud-coréens en France (195 millions d'euros, suite notamment à la fermeture de trois usines Daewoo en Lorraine, qui employaient 1.300 salariés, en 2002-2003) ne sont pas à la hauteur des investissements de 160 entreprises françaises en Corée du Sud, plaçant notre pays au quatrième rang des investisseurs étrangers dans le sud de la péninsule. 

Dans la presse, tant sud-coréenne que française, la rencontre entre les Premiers ministres a été totalement occultée par celle qui avait eu lieu à Washington, une semaine plus tôt, le 16 juin 2009, entre les présidents Lee Myung-bak et Barak Obama. Lors de cette rencontre, Washington a réaffirmé que Séoul bénéficiait du "parapluie nucléaire" américain. Cette annonce avait suscité de vives réactions de Pyongyang, dénonçant la volonté américaine d'attiser les risques de tension jusqu'à la menace d'une guerre nucléaire. La différence de traitement médiatique tient non seulement au niveau de la rencontre, mais aussi à la place mineure qu'occupe la France dans les relations économiques et politiques de Séoul, et à l'absence d'annonces concrètes. La diplomatie française semble avoir négligé le poids grandissant de la Corée sur la scène internationale, en ayant privilégié dans ses relations avec Séoul les questions de lutte contre la prolifération. Sur ces sujets, la France ne peut cependant jouer, aux yeux de l'actuel gouvernement conservateur sud-coréen, qu'un rôle mineur par rapport à l'allié américain.

 

Le déplacement de M. Han Seung-soo à Paris est intervenu dans un contexte d'impopularité persistante du président Lee Myung-bak : après l'émotion suscitée par le suicide de l'ancien Président Roh Moo-hyun, qu'une majorité de Sud-Coréens attribuent à un acharnement judiciaire de l'exécutif, les enquêtes d'opinion indiquent que, en cas d'élections législatives, l'opposition du Parti démocratique serait majoritaire. La communion de MM. Han Seung-soo et François Fillon autour des sacro-saints principes du marché suscite les mêmes oppositions, à Séoul et à Paris. Une délégation de syndicalistes sud-coréens de la KCTU, dont plusieurs venus de Corée, a ainsi réussi à s'introduire dans la salle de réunion de l'OCDE, lors de l'ouverture de ses travaux, et à déployer des banderoles "Honte sur vous", à l'attention du Premier ministre sud-coréen. Les militants sud-coréens ont également initié plusieurs manifestations, pour protester contre la précarisation de l'emploi qu'entraînent les réformes libérales du Président Lee Myung-bak.

Militants sud-coréens expulsés de l'OCDE le 23 juin 2009 (photo : redian.org)

 


Sources : AAFC,
site français du Premier ministre, site du ministère français des Affaires étrangères et européennes

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations France-Corée
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)