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Association d'amitié franco-coréenne |
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Alors que le suicide de l'ancien président Roh
Moo-hyun retient l'attention de l'opinion sud-coréenne, un leader
syndical avait déjà mis fin à ses jours, quelques semaines plus tôt : Park Jong-tae, responsable du syndicat des transporteurs de la KCTU, avait alerté l'opinion sur la situation de
travailleurs auxquels n'est pas appliqué le code du travail.
"Nous devons gagner le combat dans l'obscurité, mais il semble que les
temps exigent la mort d'un travailleur" : tels sont les termes de la lettre d'adieu laissée à sa femme par Park Jong-tae, responsable de la section de Kwangju du Syndicat
coréen des travailleurs du transport de fret (KCTWU), affilié à la Confédération coréenne des syndicats (KCTU), née dans la clandestinité du combat pour la défense des travailleurs à l'époque des
généraux, avant d'être légalisée après la chute du pouvoir militaire. Agé de 37 ans, Park Jong-tae s'est suicidé pour obtenir la reconnaissance des droits de ses camarades.
En janvier, 78 chauffeurs travaillant pour la compagnie Korea Express avaient obtenu, par un accord verbal, une réévaluation de leurs contrats (à raison de 30 won, soit 2 centimes
d'euro, par livraison). Mais le 15 mars la direction de Korea Express avait déclaré l'accord nul et non avenu : les transporteurs ayant réagi en refusant de trier les marchandises (ce pour quoi
ils n'étaient jusqu'alors pas payés), ils s'étaient vu notifier la fin de leurs contrats avec Korea Express, par des messages reçus sur leur téléphone portable dès le lendemain. Korea
Express mettait alors en place un système de véhicules de substitution, tout en précisant que le départ des chauffeurs du syndicat KCTWU était une condition préalable au dialogue. Park Jong-tae
luttait pour remettre en cause la rupture unilatérale des contrats de travail.
Le cas des transporteurs de Kwangju illustre à la fois les pressions qui existent en Corée du Sud pour empêcher l'exercice des droits syndicaux (les mesures prises ont visé plus particulièrement
la région de Kwangju, qui compte le plus grand nombre de transporteurs syndiqués travaillant pour Korea Express), et une situation sociale complexe - mais qu'on retrouve aussi en France - où des
travailleurs dans une situation de fait de salariés, puisque subordonnés à un employeur, sont officiellement des travailleurs indépendants. L'employeur de fait n'a ainsi pas à leur
payer de charges sociales. Toujours en France, l'inspection du travail peut requalifier le lien de travail en un contrat avec un salarié.
Le gouvernement de Lee Myung-bak porte sa part de responsabilité dans la mort de Park Jong-tae, après avoir promis des compensations aux travailleurs de la KCTWU lors de leur mouvement de
protestation ayant conduit à l'accord de janvier. Il amène aussi à s'interroger sur le credo libéral, favorable à plus de flexibilité, qui guide les choix de politique économique de Lee
Myung-bak.
Le corps de Park Jong-tae, qui était recherché pour "protestation illégale", a été retrouvé le 3 mai, près d'un centre de distribution de Korea Express, à Daejeon. Des
manifestations ayant suivi sa mort ont entraîné plus de 450 arrestations, 50 militants de la KCTU ayant par ailleurs été blessés.
Le suicide individuel pour la collectivité est un geste propre, notamment, aux sociétés asiatiques : le choix de Park Jong-tae de se donner la mort rappelle les limites à l'application
du droit du travail en Corée du Sud, quarante ans après l'immolation de Jeon Tae-il, ouvrier d'une usine textile, qui avait brûlé avec lui le code du travail.
L'AAFC exprime sa solidarité avec les travailleurs en lutte de la KCTWU, en présentant ses condoléances à la famille et aux camarades de Park Jong-tae.
Sources : AAFC, Hankyoreh, AFP (sur Nasdaq.com)