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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 13:00

Avec l'Estonie, la République française est aujourd'hui l'un des deux derniers Etats de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Si les causes de cette situation préjudiciable aux intérêts mutuels des deux pays sont relativement bien connues, la comparaison avec les processus ayant conduit à la normalisation des relations diplomatiques entre la Chine, d'une part, le Japon et les Etats-Unis, d'autre part, offrent d'utiles points de référence pour identifier les canaux pouvant conduire à la reconnaissance diplomatique de la République populaire démocratique de Corée par la France, et sur le rôle que peut jouer l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC).

Après la proclamation de la République populaire de Chine, en octobre 1949, il faudra près d'un quart de siècle pour l'établissement de relations diplomatiques avec Washington et Tokyo, en 1972. Quels ont été les canaux de la normalisation des relations entre la Chine, d'une part, les Etats-Unis et le Japon, d'autre part ? Quels enseignements peut-on tirer de cette analyse pour une reconnaissance de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) par la France, alors que notre pays est l'un des deux derniers Etats membres de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec Pyongyang ?

Rétrospectivement, comme le montre notamment l'étude des mémoires des principaux protagonistes américains et japonais, la normalisation des relations avec la Chine s'est heurtée à de très fortes résistances des milieux pro-Taïwan, aux Etats-Unis et au Japon : aux Etats-Unis, la pétition des "un million", dans le contexte du maccarthysme, a conduit à chasser du département d'Etat américain les principaux spécialistes de la Chine, tout en soumettant à une très forte pression tout homme politique qui enfreindrait le principe de la solidarité avec Taïwan.

Le changement qui s'opère aux Etats-Unis après l'élection du président américain Richard Nixon, en 1968, soucieux de sortir les Américains du bourbier vietnamien et de contrebalancer l'influence soviétique en prenant appui sur la puissance grandissante de la Chine, a déjà été le fait d'une décision politique prise au plus haut niveau, tout en veillant à marginaliser l'influence du département d'Etat par le rôle donné au Conseil de sécurité nationale, et en particulier à Henry Kissinger. Mais des parlementaires américains et des universitaires, ainsi que des chefs d'entreprise, avaient préparé le terrain dès la fin des années 1960, en diffusant des analyses montrant l'intérêt de faire preuve de réalisme politique, en développant les relations avec la Chine populaire. Le processus d'établissement de relations diplomatiques a été long, étalé sur plusieurs années, et conduit de manière secrète, tout en lançant certains signaux - en particulier, l'assouplissement des conditions de déplacement d'Américains en Chine, ou la levée de certaines restrictions aux échanges économiques. Par ailleurs, des pays tiers - la Pologne, la France - ont servi d'intermédiaires pour créer des canaux de communication directe entre négociateurs chinois et américains.

Au Japon, l'annonce par Richard Nixon de la reconnaissance de la Chine a créé un choc et un sentiment de trahison par les Etats-Unis : craignant d'être isolés, les dirigeants japonais se sont lancé dans une course de vitesse pour la normalisation de leurs relations avec la République populaire de Chine.

Dans ces deux processus parallèles, mais distincts, d'établissement de relations diplomatiques, quels ont été les acteurs impliqués, et quel parallèle pouvons-nous effectuer, en tant que AAFC, avec la France et la RPDC ?

Tout d'abord, une sensibilisation de l'opinion, et d'abord des milieux spécialisés, a joué un rôle déterminant : ce sont des parlementaires de toutes sensibilités politiques, ainsi que des universitaires, qui ont popularisé l'idée d'une normalisation des relations diplomatiques, avant que ne s'engage le processus lancé par Richard Nixon et Henry Kissinger. Certains de ces acteurs ont été impliqués dans les équipes de campagne du candidat républicain. De même, au Japon, une ligue d'amitié avec la Corée du Nord s'est formée au sein du Parti libéral-démocrate, tandis que les socialistes (et non les communistes) ont été les plus en pointe dans la reconnaissance de la République populaire de Chine. Pour l'AAFC, cela signifie, s'agissant de la Corée, que des contacts politiques doivent être pris avec l'ensemble des forces politiques, et pas seulement celles perçues comme situées les plus à gauche sur l'échiquier politique, et a priori les plus favorables à Pyongyang - ainsi des diplomates nord-coréens assistent à des congrès de l'UMP, mais plus à ceux du PCF. Les relations anciennes nouées avec les groupes d'étude sur la Corée du Nord à l'Assemblée nationale et au Sénat méritent d'autant plus d'être développées que, dans ces deux assemblées, le président du groupe en charge de la Corée du Nord est vice-président du groupe en charge de la Corée du Sud, et vice versa. Les parlementaires des groupes liés à la Corée du Nord et à la Corée du Sud ont ainsi développé des analyses largement communes, favorables à la reconnaissance diplomatique de Pyongyang par Paris, à contre-courant de la position du gouvernement français. Des parlementaires pourraient ainsi être chargés de mission, par le gouvernement ou par la présidence de la République, pour préparer une reconnaissance diplomatique, en dehors des circuits du ministère des Affaires étrangères.

De même, des liens doivent être tissés avec les milieux de la recherche universitaires et culturels impliqués dans les échanges avec la Corée, en général, de manière à isoler les partisans anticommunistes du statu quo qui, comme aux Etats-Unis et au Japon dans les années 1950 et 1960, peuvent trouver un écho favorable dans certains médias. En France, dans la presse, ce sont deux médias de centre-gauche et de centre-droit, respectivement Libération et L'Express, qui ont développé les analyses les plus critiques envers Pyongyang, mais ils ne doivent pas être considérés comme occupant la totalité du champ médiatique. De même que les spécialistes américains de la Chine dans les années 1950 et 1960, les spécialistes actuels français de la Corée - s'ils ont pu occuper des postes diplomatiques - n'appartiennent pas à l'administration du ministère des Affaires étrangères, où le coréen n'est d'ailleurs même pas proposé comme une des langues des concours de catégorie A (encadrement). 

Le rôle des milieux économiques est essentiel : la création d'un club d'affaires, pour l'ensemble de la Corée ou la seule Corée du Nord, a fait ses preuves pour d'autres pays, comme dans le cas de "Cuba Coopération". A cet égard, les investisseurs potentiels en RPD de Corée sont d'abord ceux implantés dans le sud de la péninsule. Aujourd'hui des consultants sont déjà spécialisés dans les relations avec les deux Corée, tandis que la Chambre de commerce et d'industrie de l'Union européenne a comme champ de compétences toute la Corée. Il faut avouer que l'AAFC est en retard dans ce domaine, tant dans ses relations avec le monde de l'entreprise que dans le recueil d'une documentation nécessaire à l'investissement en Corée du Nord.

Une priorité doit ensuite être d'identifier le niveau politique pertinent : Richard Nixon n'avait pas une totale confiance dans le département d'Etat américain pour normaliser les relations avec le Chine. En France, une opportunité est offerte par le rôle joué aujourd'hui par le conseiller diplomatique du Président Nicolas Sarkozy, Jean-David Lévitte. Ce dernier dirige d'ailleurs un organisme, le Conseil de sécurité nationale, créé sur le modèle américain. Toutefois, si la décision d'ouvrir des négociations pour une reconnaissance diplomatique ne vient pas du plus haut niveau de l'Etat, des pays tiers ou des personnalités doivent jouer un rôle d'intermédiaire, sous réserve d'un inventaire des liens avec leurs homologues étrangers qu'ont su établir les diplomates de RPD de Corée en poste en France.

Enfin, les diplomates nord-coréens peuvent jouer un rôle pour positionner les associations d'amitié comme des interlocuteurs incontournables. Au Japon, les associations d'amitié avec la Chine se sont renforcées en se voyant confier la mission de préparer le rapatriement des prisonniers de guerre qui étaient restés en Chine. De ce fait, elles sont apparues comme des interlocuteurs crédibles, indépendants des autorités chinoises, disposant d'une réelle marge d'action. Des caractéristiques d'un renforcement de l'AAFC passent ainsi par l'établissement de relations de confiance toujours plus étroites, un partage d'informations et le soutien aux manifestations organisées en France. 

Dans le cas de la Chine, les réactions de Taïwan ont été un frein évident à la normalisation. Si l'établissement de relations diplomatiques entre Paris et Pyongyang sera évidemment favorisé par une détente dans les relations internationales et intercoréennes, rien ne semble indiquer, bien au contraire, que la République de Corée (Corée du Sud) entende s'opposer à un processus de normalisation, à la différence de Taïwan. A cet égard, l'invitation par les autorités sud-coréennes, notamment lors des réceptions officielles, des parlementaires et des fonctionnaires parlementaires en charge des relations avec la Corée du Nord témoigne de l'état d'esprit des Sud-Coréens, même si la nouvelle politique intercoréenne de Lee Myung-bak peut remettre en cause cette pratique.

Au terme de cette analyse, des différences doivent cependant être soulignées : les intérêts économiques des Américains et des Japonais en Chine en 1972 ne sont pas ceux de la France en RPD de Corée aujourd'hui ; de même, la volonté des Américains et des Japonais d'isoler l'Union Soviétique n'a pas de point de comparaison possible avec les relations actuelles franco - nord-coréennes. Mais la situation de la France, en cas de reconnaissance diplomatique de la RPDC par Washington, ne serait pas très différente du "choc Nixon" reçu par les Japonais à l'annonce de la normalisation des relations avec Pékin. Le risque est celui d'une marginalisation politique et économique de la France si, contrairement aujourd'hui aux Etats-Unis et au Japon dans leurs relations avec Pyongyang, elle ne saisit pas l'opportunité d'engager, elle aussi, un processus de normalisation avec la RPDC. (Source : AAFC)

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations France-Corée
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)