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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 17:04

Suite à l'annonce du prochain lancement d'un satellite par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le gouvernement sud-coréen envisage de participer à l'Initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (Proliferation Security Initiative, PSI). Lancée en mai 2003 par l'administration Bush, la PSI vise à empêcher la prolifération des armes de destruction massive, de leurs vecteurs et des matériels connexes, grâce à des efforts d’interdiction renforcés. La PSI est aussi – surtout? - un élément clé du dispositif d'encerclement de la RPDC par les Etats-Unis et leurs alliés ravalés au rang de supplétifs. Si, au mépris de tous les accords Nord-Sud, la PSI est effectivement mise en oeuvre par l'administration du président conservateur Lee Myung-bak, les tensions pourraient s'exacerber un peu plus autour de la péninsule coréenne.

Actuellement, 91 pays participent à l'Initiative de sécurité contre la prolifération et cherchent eux-mêmes à obtenir la participation la plus large possible des autres Etats ou des organisations internationales. Une telle participation repose sur l’adoption de la Déclaration sur les principes d’interception arrêtés à Paris les 3 et 4 septembre 2003. Cette déclaration proposait différents types d’engagement politiques, en particulier ceux de ne pas contribuer à des transports proliférants, de les intercepter le cas échéant et de coopérer à cette fin, en particulier dans le cas où les pays concernés n’ont pas eux-mêmes les moyens d’agir.

La Corée du Sud n'adhère pas aux « principes de Paris » et a seulement un statut d'observateur. Suite aux demandes répétées de l'administration Bush, elle a bien fini par s'engager dans cinq des huit activités de la PSI, mais, en dépit des appels constants des Etats-Unis à une plus grande participation, la Corée du Sud refuse toujours de se joindre aux trois activités restantes : elle ne fournit pas de soutien matériel aux opérations d'interdiction menées dans la région, elle ne fournit pas de soutien matériel à de telles opérations menées en dehors de la région, et elle refuse d'annoncer officiellement sa participation à l'Initiative de sécurité contre la prolifération.

Une participation pleine et entière de la Corée du Sud à la PSI pourrait facilement mener à un désastre dans les relations intercoréennes. En effet, quand un navire suspect de transporter du matériel lié aux armes de destruction massives - des substances nucléaires, par exemple - pénètre dans les eaux territoriales d'un pays participant officiellement à la PSI, ce pays doit mobiliser son armée et ses garde-côtes, stopper le navire et le fouiller. Si cette recherche permet de trouver du matériel interdit, le pays est habilité à prendre des mesures de confiscation ou d'expulsion.


 Exercice Adriatic Shield 08 mené en mai 2008 au large de la Croatie
dans le cadre de l'Initiative américaine de lutte contre la prolifération (photo : Getty Image)



La Corée du Nord est une cible majeure de l'Initiative de sécurité contre la prolifération voulue par les Etats-Unis. Si elle défend sa souveraineté et s'oppose à l'interception d'un de ses navires, un affrontement armé pourrait survenir avec la Corée du Sud. Dans une étude publiée en octobre 2006, juste après l'essai nucléaire effectué par la RPDC, l'Institut coréen pour les analyses de Défense (Korea Institute for Defense Analyses, KIDA) avertissait que « la réponse de la Corée du Nord à la PSI sera offensive et omnidirectionnelle » afin de gêner la participation de la Corée du Sud à cette initiative. Le 27 octobre 2006, Yu Myung-hwan, l'actuel ministre sud-coréen des Affaires étrangères et du Commerce qui était à l'époque premier vice-ministre, expliquait devant l'Assemblée nationale la non-participation de la Corée du Sud à la PSI par « la forte possibilité d'accrochage militaire due à la situation de confrontation armée » prévalant dans les eaux entourant la péninsule coréenne.

Un soutien matériel sud-coréen à des opérations d'interdiction, que ce soit dans la région ou en dehors, pourrait aussi donner l'impression d'une coopération de la Corée du Sud à un blocus de la Corée du Nord. Si des forces militaires multinationales et des bâtiments des garde-côtes convergent pour fouiller un navire entré dans les eaux territoriales sud-coréennes ou même dans les eaux environnantes, la Corée du Nord pourrait répondre à cette provocation en mobilisant ses propres forces navales. Outre un risque accru d'affrontement naval entre le Nord et le Sud, la participation complète de la Corée du Sud à l'initiative américaine de lutte contre la prolifération pourrait aussi avoir un impact négatif sur les pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

C'est pourquoi le gouvernement de l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun avait tracé une ligne claire quand la possibilité d'une totale participation de la Corée du Sud à la PSI fut examinée dans le cadre de sanctions contre le Nord après son test nucléaire de 2006 : « Nous voulons décider du niveau des mesures liées à une plus grande participation à la PSI, en ayant pour principe de ne prendre aucune mesure destinée à un blocus maritime de la Corée du Nord », avait alors précisé le conseiller à la Sécurité nationale de la présidence sud-coréenne.

Depuis l'élection du président conservateur Lee Myung-bak, en décembre 2007, ce principe a évolué. En janvier 2008, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce faisait ainsi état dans un rapport destiné à l'équipe présidentielle de transition de « la nécessité d'examiner la participation officielle [de la Corée du Sud] en tant que pays adhérant à la PSI. » En février 2008, le ministre de la Défense, Lee Sang-hee, fit allusion à une participation totale à la PSI en déclarant devant une commission d'enquête de l'Assemblée nationale sud-coréenne que, « avec la Corée du Nord développant des missiles à longue portée et des capacités nucléaires, le temps est venu de réexaminer la participation militaire [de la Corée du Sud] à la PSI. » Enfin, le 19 mars 2009, un haut responsable du gouvernement sud-coréen n'a pas hésité à prévenir que, « si la Corée du Nord lance un satellite comme annoncé, la politique du gouvernement sur la PSI changera de façon significative. » Ce haut responsable sud-coréen est présenté par le Hankyoreh qui rapporte ses propos, comme très impliqué dans la préparation des contre-mesures suite à l'annonce du lancement d'un satellite par la RPDC.

Interrogé par The Korea Herald, principal quotidien sud-coréen de langue anglaise, qui voulait savoir si le lancement d'un satellite par la Corée du Nord pousserait Séoul à participer entièrement à la PSI, le ministre des Affaires étrangères Yu Myung-hwan a dit envisager cette possibilité. Yu a néanmoins ajouté que le gouvernement devrait se montrer « prudent » et prendre en compte « les circonstances particulières de la péninsule coréenne. »

Les partis d'opposition ont insisté sur la nécessité de prendre des mesures circonspectes compte tenu des relations intercoréennes. Moon Hak-jin, député du Parti démocratique et membre de la commission des Affaires étrangères, du Commerce et de la Réunification, a ainsi déclaré avoir « l'impression que le gouvernement se précipite. » La porte-parole du Parti démocratique du travail, Woo Wi-young, a pour sa part critiqué l'utilisation de la PSI comme « tactique de riposte » au lancement d'un satellite nord-coréen, affirmant que cela « n'aide pas du tout à résoudre la situation de tension dans la péninsule coréenne. » Le porte-parole du Nouveau Parti progressiste, Kim Jong-cheol, a quant à lui demandé au gouvernement de renoncer à son projet d'examiner la participation de la Corée du Sud à la PSI. « Ce n'est pas de la PSI dont nous avons besoin, a déclaré Kim Jong-cheol, mais d'un dialogue sincère pour sortir du durcissement des relations intercoréennes. »

Selon plusieurs députés de l'opposition sud-coréenne et des spécialistes des questions nord-coréennes, le gouvernement essaie d'utiliser le lancement prévu d'une fusée par la RPDC comme prétexte à une participation complète à l'initiative américaine de lutte contre la prolifération. Certains ne manquent pas de s'interroger sur les motifs d'une telle décision qui n'a que des inconvénients. Kim Yeon-cheol, directeur de l'Institut Hankyoreh pour la paix, rappelle ainsi que « l'accord intercoréen sur le transport maritime ne vise pas seulement à promouvoir la coopération maritime mais aussi à prévenir les affrontements militaires en mer. La participation du Sud à la PSI pourrait entraîner une protestation du Nord et invalider l'accord sur le transport maritime, avec pour conséquence d'accroître le risque d'accrochages militaires. » Pour Kim Yeon-cheol, la participation totale de la Corée du Sud à la PSI reviendrait à autoriser des opérations militaires internationales conjointes dans les eaux territoriales coréennes. « Cela ne provoquera pas seulement une vive réaction du Nord, mais aussi de la Chine et de la Russie. » (sources : The Hankyorehministère français des Affaires étrangères, AAFC)


Nombre d'essais nucléaires effectués dans le monde entre 1945 et 2006

L'Afrique du Sud et Israël auraient conduit au moins un essai en commun en 1979.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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