Le lundi 24 novembre 2008, Pyongyang a annoncé, notamment, la suspension à compter du 1er décembre du trafic ferroviaire intercoréen, qui a repris il y a moins d'un an après cinquante-six années d'interruption. Faut-il y voir une remise en cause du dialogue intercoréen ? Au contraire, face à la fermeté de l'administration Lee Myung-bak, Pyongyang choisit de répondre à la confrontation par la confrontation, dans le but que soient appliqués les accords du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. Un choix délibéré de "diplomatie non conventionnelle" déjà testé, avec succès, sur le dossier nucléaire, puisque l'essai d'octobre 2006 avait contraint les Etats-Unis à accepter de s'asseoir à la table des négociations.
Que faire face à un partenaire qui refuse de négocier, ou qui pose des conditions inacceptables ? Les manuels de diplomatie recommandent habituellement de rechercher un terrain d'entente, en prenant en compte les positions de l'autre partie - tout au moins à un stade préliminaire, pour rétablir le dialogue.
La République populaire démocratique de Corée (RPDC) préfère, pour sa part, le choix d'une diplomatie non conventionnelle : il faut que l'autre partie prenne pleinement conscience des conséquences de son refus d'un dialogue acceptable pour les deux parties. Sinon, ce que l'autre partie présente comme un dialogue n'est, en réalité, qu'un diktat consistant à ne laisser d'autre choix qu'une capitulation inconditionnelle.
Pyongyang a déjà expérimenté la diplomatie non conventionnelle dans son bras-de-fer avec Washington sur la question des armes nucléaires (ci-contre le complexe de Yongbyon). Tout en réaffirmant la position de principe du
président Kim Il-sung en faveur d'une péninsule coréenne dénucléarisée, Pyongyang rappelle qu'elle ne peut pas accepter de renoncer à l'arme par excellence de dissuasion du "faible
au fort" que si elle dispose de garanties pour sa propre sécurité, et se voit réaffirmer son droit à accéder au nucléaire civil. Tel était le sens de l'accord-cadre passé avec
l'administration Clinton, remis en cause par l'administration Bush. Pour George W. Bush, la RPDC devait renoncer à ses armes nucléaires de manière inconditionnelle et sans contrepartie. Face
à diktat, Pyongyang a montré les conséquences de l'intransigeance US en procédant à son premier essai nucléaire, en octobre 2006. Face au constat d'échec de sa politique hostile,
Washington a accepté de reprendre les négociations multilatérales sur le nucléaire nord-coréen, depuis l'accord de Pékin en février 2007. En d'autres termes, c'est l'essai nucléaire
nord-coréen qui a conduit l'administration américaine à comprendre les contreparties que
pouvait légitimement escompter Pyongyang de son renoncement aux armes nucléaires.
Le dialogue intercoréen offre un deuxième exemple de diplomatie non conventionnelle.
Pyongyang a une position claire : le rapprochement doit se fonder sur la base des déclarations communes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. Pour sa part, depuis son entrée officielle
en fonctions en février 2008, le nouveau président (conservateur) sud-coréen, M. Lee Myung-bak, louvoie : s'il ne met pas en oeuvre les accords Nord-Sud, il ne les dénonce pas
explicitement non plus. Il prétend développer de manière exponentielle les échanges Nord-Sud dans le cadre de son "plan 3.000", qu'il a défini unilatéralement, mais il conditionne la manne promise à une ingérence dans la politique intérieure de
Pyongyang, contraire à la déclaration du 15 juin 2000, et à un diktat vis-à-vis de Pyongyang sur le dossier nucléaire, qui relève pourtant de la sécurité de la RPDC et non du dialogue
intercoréen.
Dans ce contexte, Pyongyang a choisi de répondre à la confrontation par la confrontation. Après la fermeture des monts Kumgang au tourisme intercoréen suite à la mort d'une touriste qui avait pénétré dans une zone militaire, le 11 juillet 2008, la RPDC revient progressivement sur chacun des acquis du dialogue intercoréen, tant que l'administration Lee Myung-bak refuse de réouvrir un dialogue dans des termes acceptables pour chacune des deux parties :
- restriction et interruption des points de passage terrestres, à compter du 1er décembre 2008 ;
- toujours à partir de cette date, suspension des liaisons ferroviaires intercoréennes, qui avaient repris il y a moins d'un an pour la première fois depuis 1951, en application de l'accord intercoréen du 4 octobre 2007 ;
- expulsion ponctuelle des Sud-Coréens travaillant au Nord dans la zone industrielle de Kaesong, où sont implantées des entreprises du Sud, ainsi que dans les monts Kumgang, si la présence ne s'avère pas "indispensable" ;
- restriction stricte des entrées de Sud-Coréens au Nord ;
- interruption des circuits touristiques sud-coréens dans la ville nord-coréenne de Kaesong.
Comme l'a précisé l'agence officielle nord-coréenne KCNA, il ne s'agit que d'une "première réponse à la grave situation qui prévaut dans les relations intercoréennes". D'autres contre-mesures sont donc à prévoir si le président Lee Myung-bak persiste dans une politique de confrontation méconnaissant les règles du dialogue intercoréen ; ainsi, selon Pyongyang, il aurait fait part, lors d'un voyage à Washington après l'élection de Barack Obama, de son but de réunifier la Corée selon un système de démocratie libérale, alors que les deux Etats coréens ont convenu depuis 1990 de s'abstenir de toute action tendant à remplacer le système politique, économique et social de l'autre partie.
La prochaine étape dans une riposte graduée pourrait être la fermeture du complexe intercoréen de Kaesong ou, pour le moins, le gel de son développement.
Si le président Lee Myung-bak veut sincèrement le rapprochement intercoréen, il doit s'abstenir de toute nouvelle mesure de provocation vis-à-vis du Nord et se prononcer clairement en faveur de l'application des déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, signées au nom de la Corée du Sud, et non à titre personnel par les présidents sud-coréens alors en exercice. Toute autre attitude signifierait sinon qu'il considère comme sans valeur les engagements pris par ses prédécesseurs au nom de la République de Corée.
Extrêmement impopulaire, Lee Myung-bak est invité à assouplir sa position vis-à-vis du Nord non seulement par l'opposition, mais aussi par bon nombre des députés de son propre parti... sauf à vouloir laisser sa marque dans l'histoire de la Corée comme le fossoyeur des relations intercoréennes. (AAFC, d'après AFP et KCNA)
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En juin 1998, Chung Ju-yung (décédé en 2001), alors président honoraire du groupe sud-coréen Hyundai, se rendit en RPDC pour y amener 500 têtes de bétail. A
cette occasion, il rencontra le président de la Commission de la Défense Nationale, Kim Jong-il. L'homme d'affaires et le dirigeant tombèrent d'accord pour ouvrir, avec le soutien
du gouvernement du président sud-coréen Kim Dae-jung, un circuit touristique dans les monts Kumgang, appelés "montagnes de diamant" à cause de leur scintillement au lever
du soleil, situés sur la côte orientale du pays.
Hyundai Asan, opérateur du complexe touristique, dut
souvent affronter les critiques accusant la Corée du Nord de détourner les revenus des monts Kumgang pour développer son arsenal nucléaire. Néanmoins, petit à petit, le projet des
monts Kumgang avançait. Si Hyundai Asan commença par perdre beaucoup d'argent dans les monts Kumgang, le projet devint rentable quand le gouvernement nord-coréen décida d'en faire une zone
touristique spéciale en 2002 et ouvrit une route vers cette zone en 2003. La viabilité du projet s'accrut encore en 2003 quand les autorités nord-coréennes acceptèrent de percevoir 50 dollars par
touriste plutôt que d'être payées en une seule fois. Les monts Kumgang ont attiré 500.000 touristes pendant les quatre premières années d'exploitation et le million de visiteurs a
été dépassé le 7 juillet 2005. Au 11 juillet 2008, 1,95 million de personnes avait visité les monts Kumgang, la RPDC ayant reçu 480 millions de dollars grâce à
ce projet.
"L'équipe en charge de la politique nord-coréenne au sein du gouvernement est composée de gens qui pensent le dialogue intercoréen inutile, n'ont aucune connaissance de
la Corée du Nord, et pourrait s'avérer en décalage avec la
Face à ces critiques, le ministre des Affaires étrangères, Yu Myung-hwan, a imputé à Pyongyang l'interruption du dialogue et affirmé que le gouvernement sud-coréen n'avait
aucune intention de changer de politique.
Dans son discours prononcé pour le soixantième
anniversaire de la fondation de l'Etat, le 15 août 2008, le président Lee Myung-bak a exprimé son "rêve d'une coprospérité" des deux Corée grâce à des projets économiques communs. En
particulier, selon lui, le
Fondé en 1948, le Conseil
œcuménique des Eglises (COE) est une organisation non gouvernementale r
Le Conseil national des Eglises
de Corée [du Sud] (NCCK) a demandé au gouvernement de "renoncer à cette politique d'affrontement", de respecter les accords antérieurs, de fournir une aide humanitaire, notamment
alimentaire, à la Corée du Nord et de mettre en œuvre la coopération économique "sans condition préalable". La lettre du secrétaire général du COE au président Lee répondait à une
demande de soutien de la part du NCCK.
: c'est en ces termes
peu amènes que le Sud- Coréen Lee Myung-bak, avant son élection à la présidence de la République, critiquait la politique du rayon de soleil, de coopération avec le Nord, de
ses prédécesseurs centristes Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun.
Pour le président (conservateur) sud-coréen Lee
Myung-bak, élu le 19 décembre 2007, les relations intercoréennes doivent être fondées sur un principe de réciprocité : l' "aide" qu'entend apporter le Sud au redressement
économique du Nord serait conditionnée par l'approfondissement de la politique d'ouverture économique.
Une telle décision aurait signifié que la Corée du Nord est un pays étranger parmi d'autres pour la nouvelle équipe dirigeante en Corée du Sud. Au contraire,
le rapprochement intercoréen s'est fondé sur le principe que la Corée du Sud et la Corée du Nord sont deux parties d'un même pays divisé. Symbole de la priorité accordée à la
réunification de la nation coréenne, le ministère de la Réunification a également joué un rôle essentiel pour coordonner les politiques de coopération intercoréennes. 
