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25 juillet 2020 6 25 /07 /juillet /2020 18:57

Maurice Cukierman, membre du bureau de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), nous a quittés le 22 juillet 2020 à l'âge de 71 ans. Il a lutté avec autant de force pour la solidarité internationale, en particulier avec le peuple coréen, que contre la longue maladie qui l'a finalement emporté. L'AAFC tient à saluer la mémoire d'un militant inlassable et d'un grand ami.

 

Maurice Cukierman naît en 1949 dans une famille de communistes et résistants, ce qui contribue à forger un fort caractère doublé d'une ardeur militante . Son père Georges (décédé en avril 2020) rejoint la Jeunesse communiste clandestine en 1942, à l'âge de 16 ans, et devient une grande figure du Parti communiste français (PCF). Maurice adhère, lui, à la Jeunesse communiste en 1963 et au PCF en 1968.

 

De plus en plus critique à l'égard du PCF après 1976, Maurice Cukierman participe, en 2002, à la création de l’Union des révolutionnaires communistes de France (URCF), dont il devient responsable international. En 2016, l'URCF devient le Parti communiste révolutionnaire de France (PCRF) et Maurice Cukierman en est le secrétaire général. C'est d'ailleurs en tant que responsable international de l'URCF puis secrétaire secrétaire général du PRCF qu'il effectue ses dernières visites en Corée : en Corée du Nord en 2012 et en Corée du Sud en 2018 et en 2019, malgré la maladie qui l'affaiblit.

 

Maurice Cukierman en visite à Pyongyang en octobre 2012 (photo : KCNA)

 

Maurice Cukierman intervient au 9e Forum coréen international à Séoul le 29 avril 2019 (photo : minzokilbo.com)

 

Au niveau international, Maurice Cukierman participe au début des années 1970 aux mouvements de solidarité avec le peuple vietnamien et avec les peuples subissant la colonisation portugaise. Jusqu’en 1991 il anime la lutte contre l’apartheid en France et publie, en 1987, l'ouvrage Afrique du Sud : cap sur la liberté (Messidor/Editions sociales), préfacé par Francis Meli, membre du Comité exécutif national de l'African National Congress. Il s'engage naturellement aux côtés du peuple coréen en lutte pour la réunification de son pays, alors qu'une répression féroce s'abat sur les militants pro-réunification en Corée du Sud. Maurice Cukierman rejoint l'Association d'amitié franco-coréenne où il œuvre aux côtés de Jean Suret-Canale, géographe, historien, homme de lettres, militant communiste, résistant et figure de l'anticolonialisme, qui a succédé en 1982 au gaulliste Louis Terrenoire, autre grand résistant, à la tête de l'AAFC.

Maurice Cukierman occupe différentes fonctions au sein de l'AAFC : directeur de publication du bulletin trimestriel, secrétaire... En 1989 et 1990, il anime, avec d'autres, la campagne pour la libération de l'étudiante Rim Su-kyong, du prêtre catholique Moon Kyu-hyun et du pasteur protestant Moon Ik-hwan, emprisonnés en Corée du Sud pour avoir bravé la loi sud-coréenne dite de sécurité nationale et voyagé en Corée du Nord sans autorisation.

 

Maurice Cukierman n'a de cesse de souligner le « deux poids deux mesures » de la diplomatie française à l'égard des deux Etats coréens, comme dans un article d'une mordante ironie qu'il signe suite à la visite officielle qu'effectue en France, du 30 novembre au 2 décembre 1989, le président sud-coréen Roh Tae-woo1 :

« […] Décidément, les souffrances ô combien dramatiques du peuple de Corée au Sud du 38e parallèle n'émeuvent guère ceux qui nous gouvernent.

Nous devions en avoir confirmation lors de l'entrevue au Quai d'Orsay à laquelle participèrent nos amis André Aubry, Yves Grenet et Guy Dupré. La délégation fut reçue par M. Claude Martin, directeur du département Asie et M. P. Boissy, chargé de la Corée dans ce département.

Nos amis ont rappelé les motivations de la délégation, le traitement pour le moins inégal par la France des deux Etats coréens, notre volonté que la France prenne des initiatives pour créer un climat propice à la réunification de la Corée, notre indignation devant les crimes contre les Droits de l'Homme qui se commettent en Corée du Sud dans l'indifférence officielle, ce que souligne la visite de Ro Tai Ou.

Les représentants du Quai d'Orsay ont expliqué que les rapports avec la Corée du Sud s'expliquent par des arguments qui "pèsent lourd" comme l'achat du TGV, de l'Airbus, des contrats. Mais que par contre la dette nord-coréenne posait problème ! Mais celle de la Corée du Sud, sans commune mesure par son importance, n'inquiète pas. Par contre, il se dégage des exposés du représentant du Ministre que la diplomatie française a une fâcheuse tendance à vouloir imposer aux relations économiques les fourches caudines de la politique dès qu'il s'agit de la RPDC : en clair, on sous-entend que la France ne ferait un geste que si elle estimait que cela puisse avoir un impact politique dans les affaires intérieures de la RPDC.

Pour ce qui est des promesses du candidat Mitterrand aux élections présidentielles, elles ne concernent pas le Président Mitterrand élu au suffrage universel (élu en général sur ses promesses, pourtant !).

Enfin, à propos des prisonniers politiques, de la répression, les représentants du gouvernement, après avoir voulu minimiser la situation et trouver des circonstances atténuantes (décidément, ces questions ont deux poids deux mesures !), M. Martin a expliqué que la jugement contre Rim serait sûrement "sévère pour l'exemple" mais que son cas et celui des autres seraient évoqués, dans le genre "vous avez fait de grands progrès (sic) et vous risquez de les gâcher" (!). Il s'est d'ailleurs fait l'écho d'une réponse faite par Séoul à une intervention précédente. "Melle Rim ne fait pas preuve de remords, sinon nous aurions envisagé des circonstances atténuantes."

La délégation a pris congé en remettant les pétitions recueillies.

Le 1er décembre, à l'Elysée, Madame la Présidente recevait le dictateur Ro, le champagne et les petits fours étaient parfaits.

Comme quoi, que vous soyez rouge ou blanc, les jugements occidentaux seront sévères ou bienveillants (d'après La Fontaine). »

Maurice Cukierman, « Les amis de la Corée et du peuple coréen manifestent à Paris à la veille de la réception du dictateur sud-coréen à l'Elysée ! », Bulletin trimestriel de l'Association d'amitié franco-coréenne, n°28, pp. 7-9, 4e trimestre 1989

Parmi les autres combats menés par Maurice Cukierman à l'AAFC aux côtés du peuple coréen, il y a celui en faveur des « femmes de réconfort », victimes de l'esclavage sexuel pratiqué par l'armée impériale du Japon avant 1945. En septembre 2013, lors d'une rencontre organisée par l'AAFC avec Mme Kim Bok-dong, ancienne « femme de réconfort », Maurice Cukierman profite d'une courte interview accordée à la chaîne de télévision sud-coréenne KBS pour dénoncer l'occultation systématique des crimes de guerre japonais de la Seconde Guerre mondiale. Maurice Cukierman sait se saisir de chaque occasion pour faire passer des messages forts.

 

Maurice Cukierman interviewé par la chaîne de télévision KBS le 20 septembre 2013 (photo : KBS)

 

Maurice Cukierman est aussi un professeur de lycée qui marque des générations d'élèves par la passion qu'il communique dans l'enseignement des disciplines dont il a la charge, notamment l'Histoire. Il communique cette même passion au sein de l'AAFC où, pluralisme oblige, il ne dédaigne pas débattre avec des adhérents d'une autre sensibilité politique que la sienne. Même son interlocuteur le plus déterminé a alors l'impression d'apprendre quelque chose. Homme d'une grande érudition, il captive son auditoire en expliquant un tableau ou en mettant en évidence les références politiques et historiques d'un blockbuster sud-coréen...

 

Maurice Cukierman explique le tableau "Massacre en Corée" (Picasso, 1951) lors d'une réunion organisée le 29 juin 2013, à l'occasion du soixantième anniversaire de la fin des combats de la Guerre de Corée (photo : AAFC)

 

Maurice Cukierman nous manquera beaucoup. L'Association d'amitié franco-coréenne adresse ses plus sincères condoléances et l'expression de sa sympathie la plus profonde à sa famille et à ses amis.

 

 

 

1 Président de la Corée du Sud de 1988 à 1993, Roh Tae-woo (Ro Tai Ou, selon la graphie utilisée en 1989) sera condamné par la suite à vingt-deux ans et demi de prison pour corruption et participation à la répression du soulèvement de Kwangju en 1980

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