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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 19:33

Le 21 novembre 2018, à l'appel de la Confédération coréenne des syndicats (acronyme anglais : KCTU) les travailleurs se sont mis en grève générale et des rassemblements ont réuni des dizaines de milliers de participants à Séoul et dans 13 autres villes sud-coréennes. Si le motif initial de la mobilisation était la tenue par le Président Moon Jae-in de son engagement de ratifier les conventions de l'OIT, ce sont les menaces sur ses autres promesses - de réduction du temps du travail et d'augmentation du salaire minimal - qui ont constitué le ferment de la mobilisation. 

Rassemblement le 21 novembre 2018 à l'appel de la KCTU

Rassemblement le 21 novembre 2018 à l'appel de la KCTU

Le récent changement de ministre chargé de l'Economie, ainsi que de conseiller présidentiel chargé de ces questions, n'en finit pas de soulever des interrogations au sein de l'opinion sud-coréenne. Le Président Moon Jae-in est-il en train de se rallier à la doxa néolibérale, et d'observer un tournant dans sa politique économique et sociale ? 

Le 5 novembre 2018, le Président Moon Jae-in annonçait, lors d'une rencontre avec les représentants des cinq principaux partis politiques, son accord pour élargir la durée annuelle de la période de "flexibilité" (aujourd'hui limitée à trois mois) qui permet de moduler la durée hebdomadaire de travail pour ajuster la production à la demande sans embauches supplémentaires. Le patronat a tout particulièrement recours à ce dispositif dans les secteurs où la demande obéit à de fortes variations saisonnières (par exemple, la production de climatiseurs) ou est corrélée au lancement de nouveaux produits (comme pour les téléphones portables). Une telle mesure tend à vider de son contenu les décisions prises sur la limitation de la durée hebdomadaire du travail à 52 heures - qui ne sont d'ailleurs pas entièrement entrées en vigueur, compte tenu d'un délai mis en place pour l'application des sanctions. L'allongement de 3 à 6 mois de la durée annuelle de la flexibilité entraînerait, pour un ouvrier payé 10 000 won par heure (soit environ 7,8 euros), une perte de salaire estimée entre 7 % (par la centrale syndicale KFTU) et 18 % (par la KCTU). Les organisations syndicales rappellent que la durée du travail en République de Corée est la deuxième plus longue parmi les Etats membres de l'OCDE (après le Mexique), et est responsable de morts au travail par surmenage.

La diminution du temps de travail était l'un des points-phares du programme économique du Président Moon Jae-in lorsqu'il était candidat à l'élection présidentielle ; la mesure devait selon lui entraîner la création d'un demi-million d'emplois.

Le 21 novembre 2018, la KCTU a aussi rappelé le Président Moon à une de ses promesses : porter le salaire minimum horaire de 7 730 won (soit 5,9 euros) à 10 000 won (soit 7,8 euros) en deux ans et demi. Or la hausse déjà réalisée de 16 % a soulevé une levée de boucliers des milieux patronaux soutenus par la droite.

Le Président Moon Jae-in a répondu à la journée d'action du 21 novembre 2018 en appelant à la recherche du "consensus", lors de la mise en place le 22 novembre 2018 d'un Conseil économique, social et de l'emploi (CESE), qui correspond à l'élargissement d'une ancienne commission tripartite (syndicats, patronat, Gouvernement) à d'autres composantes sociales, avec une meilleure représentation des jeunes, des femmes travailleuses, des PME et des travailleurs indépendants, et en s'engageant à ce que le Gouvernement ne joue qu'un rôle d'arbitrage.

La KCTU a boycotté la séance inaugurale du CESE, traduisant le divorce grandissant entre le Président de la République (démocrate, centriste) et la gauche.

Sources : 

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