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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 21:20

Le 29 août 2018, le comité national de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'est réuni à Paris, en présence de Jef Bossuyt (association d'amitié Belgique-Corée). Cette réunion s'est tenue alors que le contexte international autour de la péninsule coréenne est marqué par une divergence entre les politiques américaine (caractérisée par un raidissement de l'administration Trump, le président américain ayant tout dernièrement décidé d'annuler la quatrième visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat Mike Pompeo) et sud-coréenne – la reprise des échanges Nord-Sud étant marquée par la reprise des réunions de familles séparées, l'annonce d'un nouveau sommet inter-coréen à Pyongyang (d'ici fin septembre 2018) et l'organisation d'événements conjoints dans les domaines culturel et sportif. Pour sa part, le comité national de l'AAFC a mis l'accent sur les perspectives de coopération franco-coréenne, à la veille du déplacement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'une délégation de l'AAFC, du 4 au 13 septembre 2018, dans le contexte de la commémoration du 70e anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, le 9 septembre 1948.

Comité national de l'AAFC  : cap sur la paix et un nouvel essor des coopérations franco-coréennes
Comité national de l'AAFC  : cap sur la paix et un nouvel essor des coopérations franco-coréennes
Comité national de l'AAFC  : cap sur la paix et un nouvel essor des coopérations franco-coréennes

En ouverture des travaux du comité national, Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a rappelé les activités récentes de l'AAFC  : l'accent a été mis sur la signature d'un traité de paix dans la péninsule coréenne et la nécessaire instauration d'un régime de sécurité collective qui prévienne l'escalade mortifère des tensions et des sanctions - en particulier lors de la conférence-débat du 17 juillet 2018, co-organisée avec le Forum coréen international, et le débat ayant suivi la projection du film JSA le 16 juillet 2018 à la Filmothèque du Quartier Latin, à Paris. Le succès de cette dernière initiative ouvre la perspective d'organiser plus régulièrement des projections de films coréens. Alors qu'au cours de la dernière année l'AAFC a été sollicitée à plusieurs dizaines de reprises dans différents médias (France 24, RT France, CNews, Le Huffington Post...), l'intérêt pour l'AAFC, seule association active en France promouvant les actions de coopération concrètes avec l'ensemble de la Corée, se manifeste dans la progression continue de son nombre de membres  : sur huit mois, fin août 2018, le nombre annuel d'adhérents à jour de cotisation atteint 94 % du total réalisé sur l'ensemble de l'année 2017.

Le président du comité Bretagne de l'AAFC, Djimadoum Ley-Ngardigal, a mentionné la participation de membres du comité régional aux récents matchs de la coupe du monde féminine U20 en Bretagne, où les Nord-Coréennes, championnes du monde sortantes, ont été éliminées par les Françaises, ainsi qu'à la projection en avant-première du film JSA à Rennes. De fait, l'équipe française de promotion du film a sollicité l'AAFC et pu compter sur le relais de ses adhérents et sympathisants, en Ile-de-France et en région, pour faire connaître une oeuvre sud-coréenne majeure, tardivement sortie en salles en France (18 ans après sa sortie en Corée...), mais qui rend toujours compte avec acuité de la question de la division de la péninsule.

Egalement membre du bureau du Comité espéranto de l'AAFC, Nathalie Kesler a mentionné que, après la visite en Corée du Nord et à Dandong (à la frontière sino-coréenne) d'une délégation du comité thématique de l'AAFC en avril 2017, les échanges sino-coréens avaient repris dans le domaine de l'espéranto, à l'initiative des espérantistes du club chinois de Dandong et de guides nord-coréens espérantistes.

Au nom de l'Association d'amitié Belgique-Corée, Jef Bossuyt a présenté les résultats des déplacements de délégations de l'association dans le nord et le sud de la péninsule en 2018. Un voyage pour la paix, ouvert aux adhérents intéressés de l'AAFC, sera organisé en Corée du Sud et en Corée du Nord en mai 2019, un festival de la paix étant prévu à Séoul le 1er mai 2019.

Comme la réunion du Comité national coïncidait avec le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, les participants ont ensuite eu l'honneur de recevoir M. Jong Chang-gwon, conseiller à la délégation générale de la RPD de Corée en France, qui a engagé une discussion avec les présents et pris note de demandes spécifiques pour des coopérations franco-coréennes, notamment dans le domaine culturel.

Secrétaire général de l'AAFC, Patrick Kuentzmann a rappelé que la Corée, contrairement à la France, a été placée à la libération sous un régime d'administration militaire directe au sud de la péninsule, où les anciens collaborateurs des Japonais ont gardé la haute main sur l'administration et l'économie. Figure éminente de la résistance à l'occupation japonaise, le Président Kim Il-sung a initié avec toutes les composantes de la résistance, un processus ayant conduit à la fondation de la RPD de Corée à Pyongyang, proclamée par des délégués originaires de l'ensemble de la péninsule coréenne, après les élections séparées s'étant tenues dans la seule moitié sud de la Corée en mai 1948.

S'exprimant au nom des associations d'amitié belge, haïtienne, néerlandaise et irlandaise, Jef Bossuyt a salué l'exemple donné par le peuple coréen, après la Seconde guerre mondiale, pour les autres peuples du monde en lutte pour leur libération et leur émancipation. Il a ainsi souligné que la création de la RPD de Corée a constitué une étape marquante dans les luttes pour l'indépendance des peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine.

Clôturant les interventions, M. Jong Chang-gwon a remercié les participants à cette réunion de fait internationale organisée à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée. Il a souligné que l'histoire de la RPD de Corée se confondait avec celle du peuple coréen pour la dignité et la souveraineté  depuis les combats de la guérilla anti-japonaise menés par le Président Kim Il-sung et jusqu'à l'époque actuelle, sous la conduite du Président Kim Jong-un. En ce qui concerne la situation extrêmement complexe de la péninsule coréenne en 1945, il a rappelé que le débarquement des troupes américaines était postérieur à la capitulation japonaise, et que celles-ci avaient ensuite favoris la division de la Corée, dont la réunification reste ainsi toujours une des tâches prioritaires du peuple coréen.

Comité national de l'AAFC  : cap sur la paix et un nouvel essor des coopérations franco-coréennes
Comité national de l'AAFC  : cap sur la paix et un nouvel essor des coopérations franco-coréennes
Comité national de l'AAFC  : cap sur la paix et un nouvel essor des coopérations franco-coréennes

Annexe : allocution de Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC

 

Monsieur l'Ambassadeur,

Chers amis coréens,

Chers membres de l'Association d'amitié franco-coréenne,

Nous sommes réunis pour célébrer le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, le 9 septembre 1948.

Un regard extérieur pourrait s'étonner qu'une association française accorde tant d'importance à la fête nationale d'un pays que les gros médias de masse s'attachent si souvent à décrier, par paresse, par facilité ou par volonté de nuire, parfois tout en même temps. Mais ce bruit médiatique ne peut impressionner que les gens de peu de culture et de mémoire.

Or, les membres de l'Association d'amitié franco-coréenne ont une culture et une mémoire historiques qui leur commandent de célébrer dignement l'anniversaire de la République populaire démocratique de Corée.

Nous nous souvenons en effet du contexte dans lequel a été divisée la Corée en 1945 et de la nature du régime mis en place en Corée du Sud entre 1945 et 1948, au lendemain de la libération de la colonisation japonaise. Et nous n'ignorons pas non plus la voie suivie jusqu'à aujourd'hui par la République populaire démocratique de Corée pour la défense de la paix en Corée, en Asie et dans le monde.

Débarquant en Corée du Sud le 8 septembre 1945, soit trois semaines après la capitulation japonaise, les troupes américaines y établirent un régime d'occupation militaire : l'United States Armed Military Governement in Korea (USAMGIK). Il convient de noter - et cela rapproche un peu plus Français et Coréens attachés à l'indépendance de leur pays - que les Etats-Unis envisageaient un tel régime pour la France au lendemain de la libération, l'Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT). Il fallu tout le poids du général De Gaulle pour épargner ce traitement à la France. Il manqua malheureusement un De Gaulle à la Corée du Sud.

En Corée du Sud, le gouvernement militaire américain s'appuya sur les anciens collaborateurs avec l'occupant japonais, lesquels se virent confier de hautes fonctions dans la nouvelle administration. En même temps, en Corée du Nord, les comités populaires, créés spontanément dans toute la Corée dès la libération, étaient issus des rangs de la résistance contre la colonisation japonaise. Présente en Corée du Nord, l'Union soviétique laissa l'administration à ces comités.

Un accord signé à Moscou en décembre 1945 par l'URSS et les Etats-Unis prévoyait un régime d'administration de la Corée pendant une durée maximum de cinq ans, des garanties d'indépendance de la Corée et l'établissement d'un gouvernement provisoire. Mais, alors que les Soviétiques insistaient sur la mise en place d'un gouvernement coréen indépendant, les Américains voulaient maintenir une administration internationale de la Corée par quatre pays (Etats-Unis, URSS, Grande-Bretagne et République de Chine),

L'homme mis à la tête de la Corée du Sud par les Américains, Syngman Rhee, mit donc l'accent sur l'administration de la Corée par les puissances étrangères, et appela à la formation d'un gouvernement dans la seule Corée du Sud, décision qui divisa la droite nationaliste coréenne car elle entérinerait la partition de la péninsule coréenne.

Dans le même temps, les partis de gauche demandaient des réformes économiques en Corée du Sud, s'inspirant de l'exemple du Nord : en mars 1946, réforme agraire redistribuant les terres à 70 % des paysans ; en juin 1946, abaissement de la durée quotidienne de travail à huit heures ; en juillet 1946, loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes ; nationalisation de 90 % des entreprises... Face à ces revendications, une répression féroce se mit en place en Corée du Sud.

Quant à la question d'une Corée unie et indépendante, elle était désormais dans les mains de l'Organisation des Nations unies, alors dominée par les pays d'Europe occidentale et d'Amérique latine favorables aux Etats-Unis. En 1948, ces Nations unies décidèrent l'organisation d'élections séparées dans la seule moitié Sud.

La contestation la plus vive eut lieu dans l'île de Jeju en avril 1948 : les manifestants s'opposèrent aux élections séparées et demandèrent le départ des troupes américaines. La répression causa 80.000 morts.

L'assemblée sud-coréenne, élue le 10 mai 1948 à l'issue d'un scrutin boycotté par la majorité des partis et s'étant tenu dans la seule partie du Sud (à l'exception de Jeju), porta Syngman Rhee à la présidence de la République. La République de Corée était née.

Opposés à ce processus de division de la péninsule coréenne, des nationalistes de droite, au premier rang desquels Kim Ku, abandonnèrent Syngman Rhee, en exigeant des élections dans toute la Corée. En avril 1948, les opposants à la tenue d'élections séparées au Sud, dont les nationalistes Kim Ku et Kim Kyu-sik, se réunirent à Pyongyang, à l'invitation du dirigeant du Comité populaire de Corée du Nord Kim Il-sung. Leur programme commun comportait le départ des troupes américaines et soviétiques, l'établissement d'un gouvernement provisoire et d'une assemblée pour toute la Corée, ainsi que l'invalidation des élections prévues en Corée du Sud.

A propos de cette grande union nationale, transcendant les différences idéologiques, le Président Kim Il-sung écrira dans ses mémoires :

« Il est possible de s’unir avec toutes les couches sociales en mettant au premier plan la grande cause de la libération nationale. Voilà mon attitude en la matière. C’est en partant de cette position, après la Libération, que nous avons collaboré avec M. Kim Ku qui avait lutté jusque-là, toute sa vie, contre le communisme et qu’aujourd’hui nous en appelons à la raison de tous les Coréens pour réaliser l’union nationale. L’union nationale mènera à l’isolement des forces étrangères et des traîtres à la patrie. »

Prenant acte de l'établissement d'un gouvernement séparé en Corée du Sud, les dirigeants du Nord organisèrent des élections le 25 août 1948, en secret dans la partie Sud. L'Assemblée populaire suprême ainsi élue proclama la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 1948.

A la fin de l'année 1948, Kim Ku appela à nouveau au retrait des troupes américaines et soviétiques, ainsi qu'à la reprise des discussions Nord-Sud. En mars 1949, des députés sud-coréens demandèrent encore à l'ONU le départ des troupes étrangères. Syngman Rhee répondit en instaurant la loi de sécurité nationale, toujours en vigueur en Corée du Sud, et interdisant tout contact avec le Nord. Dans la vague d'exécutions et d'arrestations qui suivit, Kim Ku, alors âgé de 72 ans, ancien président du gouvernement provisoire de la République de Corée pendant l'occupation japonaise, fut lui-même assassiné en juin 1949 par la police secrère sud-coréenne.

La division de la Corée, contre la volonté des Coréens et par le jeu des grandes puissances, portait en germe le conflit fratricide à venir, et qui perdure aujourd'hui faute d'un véritable traité de paix en Corée. Nous devons donc être reconnaissants à la Corée du Nord d'avoir été, dès avant sa constitution en tant qu'Etat, à la pointe du combat contre la division et donc pour la paix.

Une chanson nord-coréenne dit : « Nous aimons la paix mais nous ne mendierons pas pour l'avoir ».

Cela fait écho à ce qu'écrivait Paul Vaillant-Couturier en 1936 dans son rapport au comité central du Parti communiste français pour la convocation des « Etats généraux de l’intelligence française » : « L’intelligence défend la paix. L’intelligence a horreur de la guerre, parce qu’elle est la destruction des valeurs, en même temps que des choses. » Et, plus loin, il ajoutait : «  Tout désarmement unilatéral serait une duperie. » 

Félicitons la République populaire démocratique de Corée à l'occasion de son 70e anniversaire, et félicitons nous d'être les amis d'un des peuples parmi les plus intelligents du monde !

 

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