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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 10:12

La police australienne vient d'arrêter un de ressortissants, âgé de 59 ans, d'origine coréenne, au motif qu'il aurait été lié aux activités commerciales de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) liées aux "armes de destruction massive" - devenant ainsi la première personne à être mise en examen sous l'empire de la loi du Commonwealth relative aux armes de destruction massive. Il encourt une peine maximale de dix ans de prison. Les informations sont en partie contradictoires, y compris sur le nom et le prénom mêmes de la personne arrêtée, qui s'appellerait toutefois Choi Chan Han (de premiers articles de presse avaient parlé de Choi Han Chan, et d'autres de M. Chan, confondant l'usage coréen consistant à placer le nom de famille - M. Choi - avant le prénom, contredit par l'usage anglo-saxon de rétablir l'ordre, habituel en Europe et suivi par de nombreux Anglo-Saxons d'origine coréenne, de placer le prénom avant le nom). Le Premier ministre australien Malcolm Turnbull a été d'une virulence rare, accusant Choi Chan Han d'être l'agent d'un Etat qu'il a décrit comme criminel. La réalité est cependant un peu plus complexe que ce qui ressort des propos - très à la Donald Trump - de Malcolm Turnbull. Eclairage en plusieurs points, sous réserve bien évidemment des informations ultérieures que livrera notamment une enquête qui ne fait que commencer, et dont il faut espérer qu'elle soit impartiale.  

Un homme d'affaires qui n'est pas impliqué dans le commerce d' "armes de destruction massive"

Tout d'abord, malgré le motif de l'arrestation, il n'est pas possible - du moins à ce stade de l'enquête - de décrire Choi Chan Han comme un vendeur d'armes de destruction massive, terme mal défini mais décrivant habituellement des armes non conventionnelles, comme des bombes nucléaires ou des armes chimiques. Ce qui lui est reproché est d'avoir vendu (selon les sources) des composants de missiles ou du matériel électronique pouvant être utilisé par Pyongyang à des fins militaires, ce qui ne correspond pas à la définition classique des armes de destruction massive.

Par ailleurs, les premiers articles de presse indiquent que Choi Chan Han a été plus généralement un intermédiaire commercial de la RPD de Corée : parmi les produits qu'il vendait à la Corée du Nord, ou les produits nord-coréens qu'il vendait à l'étranger, figurait ainsi du... charbon nord-coréen, à destination du Vietnam et de l'Indonésie. Or, le charbon est l'une des principales exportations de la Corée du Nord. Il est donc possible que les activités commerciales de Choi Chan Han ne portaient pas principalement sur du matériel à usage militaire ou potentiellement militaire. 

Pas une menace pour l'Australie, pas un espion

Peut-être pour éviter un vent de panique dans l'opinion publique, les autorités australiennes ont cru bon de préciser que les activités de Choi Chan Han ne mettaient pas en cause la sécurité de l'Australie, et qu'il n'était pas davantage un espion à la solde de Pyongyang.

Les autorités australiennes chargées de l'enquête ont déclaré que Choi Chan Han, d'origine (sud-)coréenne, aurait agi pour des motifs "purement patriotiques", sans préciser exactement lesquels (empêcher la destruction totale promise par Donald Trump à la Corée du Nord en lui permettant de se doter d'une force de dissuasion nucléaire vis-à-vis des Etats-Unis, ou encore contourner l'embargo sans précédent contre le pays ?). En tout état de cause, il apparaît comme un agent commercial, qui tirait probablement (ce sera à prouver) des revenus d'activités par ailleurs risquées, car enfreignant les lois et règlements australiens pris en application des sanctions nationales et internationales contre la Corée du Nord. Ce sont souvent des Nord-Coréens qui agissent ainsi, pouvant bénéficier d'un rapatriement dans leur pays si les choses tournent mal : Choi Chan Han, citoyen australien, n'était pas dans ce cas de figure ; l'importance du risque encouru renforce l'hypothèse d'une action conduite pour des convictions politiques. 

Les sanctions contre la Corée du Nord en question

A cet égard, comment justifier que la Corée du Nord soit le pays le plus lourdement sanctionné au monde, l'embargo commercial portant désormais sur des produits vitaux pour l'économie et la vie des Nord-Coréens - comme le pétrole ? Ce que prouve l'arrestation de Choi Chan Han est que chacun(e) d'entre nous ne souhaitant pas voir potentiellement mourir des millions d'hommes, de femmes et d'enfants nord-coréens, sous l'empire d'un régime de sanctions proprement inhumain, doit appeler à la levée des sanctions sans lien avec les programmes militaires nord-coréens.

En outre, les autorités nord-coréennes, qui doivent protéger leurs populations comme tout gouvernement, font ce qui est leur pouvoir pour contourner un tel régime de sanctions : les intermédiaires comme Choi Chan Han sont à cet égard pour elles des personnes précieuses, quel que soit le coût par ailleurs de leurs services comme intermédiaires - car il en va de la vie d'êtres humains. On observera néanmoins que plus les intermédiaires demandent et obtiennent des commissions élevées, plus l'approvisionnement en produits de première nécessité pour les populations est accru et plus des intermédiaires peu scrupuleux s'enrichissent grâce aux sanctions internationales qui - rappelons-le - ont été inutiles pour empêcher la Corée du Nord de se doter d'une force de dissuasion nucléaire.

Du deux poids deux mesures chez les marchands d'armes

Pour revenir au cas de Choi Chan Han (à savoir la vente d'armes ou de composants militaires ou à usage dual - civil ou militaire - prohibés) il apparaît que de telles situations n'ont rien d'exceptionnel : l'interdiction de ventes d'armes vers des zones en guerre est une mesure classique du droit international. Sauf que la Corée n'est que formellement en état de guerre (malgré l'absence de traité de paix depuis l'accord d'armistice de 1953, il n'y a pas de combats réguliers mettant aux prises deux armées en guerre) et que les sanctions dépassent largement le cadre des produits militaires ou à usage dual. C'est une situation à nulle autre semblable au monde, mettant une nouvelle fois en cause le bien-fondé des sanctions des Nations unies. 

Plus encore, les Etats-Unis, l'Australie et de nombreux autres Etats abritent sur leur sol des marchands et des fabricants d'armes, qui accumulent pour leur part des fortunes parmi les plus importantes au monde. Et eux peuvent dormir tranquillement sur leurs deux oreilles, ne craignant pas une arrestation par la police australienne, à la différence d'un homme qui agissait manifestement seul au sein de sa société et n'était pas davantage à la tête d'un empire industriel, mais avait le malheur de commercer avec un Etats mis à l'index de la société internationale par les Etats-Unis, tout en étant ressortissant d'un pays étroitement aligné sur Washington. 

Sources : 

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