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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 18:52

Né à Saint-Pétersbourg, enseignant à l'Université Kookmin de Séoul, Andrei Lankov est un universitaire russe spécialiste de la Corée dont il est un des meilleurs observateurs, marqué à droite - dont l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ne partage ainsi pas, loin s'en faut, toutes les prises de position. Pour rendre compte des mesures économiques en cours en République populaire démocratique de Corée, ainsi que de la diversification des productions agricoles, et de l'inefficacité des sanctions, nous avons traduit ci-après un article d'Andrei Lankov paru dans le quotidien sud-coréen anglophone The Korea Times, traduit de l'anglais par BA.

Un nouveau produit fait depuis peu fureur sur les marchés nord-coréens – les fraises. Les deux ou trois dernières années ont été marquées par la prolifération de serres, où les agriculteurs nord-coréens produisent des fruits inconnus jusqu’alors.

Cette industrie en Corée du Nord est privée, et son émergence a largement été rendue possible par les réformes agraires de Kim Jong-un. Désormais, les producteurs peuvent négocier des accords avec les coopératives agricoles et louer des terrains où ils peuvent mettre en place des serres.

Construire de tels équipements n’est pas donné. Les fraises et melons que l’on y produit sont encore trop chers pour n’être accessibles qu’au quart de la population le plus aisé. Il faut néanmoins se souvenir que le nombre de personnes pouvant goûter de si délicieux produits se chiffrait en une fraction d’un pour cent, donc l’amélioration est conséquente.

Ainsi, concernant l’économie nord-coréenne, un grand nombre de bonnes nouvelles sont apparues récemment. Malgré les échos des inondations et des sécheresses, il n’y a plus de pénurie de nourriture. Le prix des céréales est stable depuis des années. Il y a beaucoup de travaux de construction à Pyongyang, dans les villes de province, et même dans les campagnes lointaines. Les Nord-Coréens s’habillent mieux que jamais. La nuit venue, les grandes villes ne sont plus recouvertes par les ténèbres – grâce aux panneaux solaires, il y a de la lumière dans les maisons nord-coréennes. La Corée du Nord reste de loin la nation la plus pauvre d’Asie de l’Est, mais est significativement meilleure qu’il y a 10 ou 20 ans.

La plupart, sinon tous ces changements sont guidés par l’expansion inavouée mais puissante de l’économie privée. Ce sont les entrepreneurs privés qui coopèrent avec les agriculteurs pour construire des serres, ce sont les investisseurs privés qui mettent leur argent dans des projets de construction ; ce sont les négociants privés qui achètent, vendent et transportent les panneaux solaires qui constellent dorénavant les appartements de Pyongyang et les habitations à la campagne.

Il est regrettable que les décideurs américains restent largement ignorants de ces changements et vivent toujours dans un monde dominé par des images médiatiques grossièrement dépassées d’une Corée du Nord dystopie sur le point de s’effondrer. Peut-être que s'ils avaient davantage d’opportunités de goûter les fraises nord-coréennes, ils deviendraient moins confiants en ce qui concerne les sanctions contre le régime. En effet, il est remarquable que l’amélioration actuelle de la situation économique en Corée du Nord coïncide globalement avec la mise en place de sanctions strictes internationales prévues pour mettre l’économie à genoux, créant ainsi les conditions pour un mécontentement interne ne laissant au gouvernement nord-coréen d’autre choix que d’abandonner son arsenal nucléaire.

De l’aveu général, même si de telles sanctions réussissaient vraiment à détériorer l’économie, elles ne pousseraient pas Pyongyang à envisager une dénucléarisation. Les décideurs nord-coréens ont depuis longtemps décidé que le programme atomique constitue une condition vitale à la survie du régime. Il y a peu de doutes que s’ils devaient décider entre l’abandon de leur programme nucléaire et ignorer les morts de famine d’innombrables paysans nord-coréens, ils sacrifieront les paysans, pas la bombe. Heureusement, grâce au renouveau de l’économie nord-coréenne, une telle décision reste théorique. Les changements de la dernière décennie démontrent que les dirigeants nord-coréens peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre. Ils peuvent autoriser les entrepreneurs privés à générer de la croissance tout en se félicitant de l’avancée remarquablement rapide de leurs programmes nucléaire et balistique.

Tout indique un vrai triomphe du système de marché à un endroit où la plupart des partisans d’un tel système le détestent passionnément. Mais cela signifie également que les perspectives pour l’avenir sont moins optimistes. La Corée du Nord va rester une puissance nucléaire. Il n’y a aucune chance pour que les sanctions internationales, si spectaculairement inefficaces, aient le plus petit impact sur la politique future du pays.

On admet que la Corée du Nord en voie de développement est moins susceptible de déclencher une guerre nucléaire. Peut-être que tant que la nouvelle classe dirigeante, maintenant constituée à la fois par des impitoyables apparatchiks du parti et par d’audacieux entrepreneurs, reste au pouvoir, la Corée du Nord va se comporter plus prudemment que par le passé. Après tout, la facilité d’accès à des véhicules de luxe pour les dirigeants et à des fraises fraîches pour les masses tendent à rendre une nation moins belliqueuse. Toutefois, il s’agit d’un pari incertain. Il semble de plus en plus probable que l’on doive vivre avec une Corée du Nord possédant l’arme nucléaire, hautement répressive politiquement, mais s’enrichissant au fil des années et même des décennies à venir.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Economie Relations Etats-Unis-Corée
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