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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 19:26

A l’occasion des célébrations du 70e anniversaire du Parti du travail de Corée (PTC), une délégation de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), conduite par son secrétaire général Patrick Kuentzmann, s'est rendue en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 8 au 15 octobre 2015, à l’invitation du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers. Le 18 janvier 2016, l'AAFC a organisé une réunion de compte rendu de ce déplacement à Paris, en présence de l'ensemble des participants à ce voyage. 

L'AAFC a rendu compte du voyage de sa délégation en Corée en octobre 2015

Projetant des photos et vidéos prises lors de leur séjour, ou transmises par les Nord-Coréens s'agissant des cérémonies officielles lorsque la prise de photos ou de films n'était pas autorisée, les participants à la délégation de l'AAFC, dont plusieurs s'étaient déjà rendus en RPD de Corée, ont rendu compte des évolutions en cours et du message qu'avaient souhaité transmettre les autorités nord-coréennes à l'occasion des cérémonies ayant marqué officiellement le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée.

Alors qu'en 2010, pour le 65e anniversaire de la fondation du PTC, s'était tenue une seule parade militaire, l'imposant défilé civil et militaire du 10 octobre 2015 a témoigné de la volonté de développement concomitant de la puissance économique et militaire, conformément à la nouvelle ligne imprimée par les autorités nord-coréennes depuis 2011. Si l'effort appréciable de construction - tout particulièrement - dans la capitale témoigne d'un dynamisme économique certain, avec un accent mis sur l'industrie légère et les loisirs, d'autres obstacles structurels restent à surmonter - notamment la pénurie d'énergie et l'obsolescence des réseaux de transport. C'est pourquoi les coopérations économiques, scientifiques et culturelles figurent au premier plan des priorités de l'AAFC et des rencontres bilatérales conduites par la délégation, en marge des cérémonies officielles. Cette spécificité de l'AAFC a d'ailleurs été appréciée et soulignée par d'autres délégations d'associations d'amitié également présentes - une vingtaine de pays ayant été représentés à ce titre. Des visites spécifiques ont également été effectuées à la demande de la délégation - notamment dans l'usine de bière Taedonggang et la cathédrale de Jangchung - alors que quelques semaines plus tard une délégation de catholiques sud-coréens devait visiter à son tour la RPD de Corée, témoignant de l'importance des canaux religieux pour le dialogue intercoréen.

La présentation s'est poursuivie par des échanges avec la salle, portant notamment sur les conditions du séjour de la délégation, les échanges avec l'Association d'amitié Corée-France, puissance invitante, les projets de coopération en cours et l'évolution de la situation économique et sociale. L’AAFC tient à remercier Mme Jong Un-a secrétaire générale de l’Association d’amitié Corée-France, et son assistant M. Ham Sung-jin, pour l’accueil et leur aide tout au long de cette visite.

Nous reproduisons ci-après un entretien avec Patrick Kuentmann, qui conduisait la délégation de l'AAFC.

Un dimanche au bord de l'eau à Pyongyang

Un dimanche au bord de l'eau à Pyongyang

Tu étais déjà présent à Pyongyang aux cérémonies marquant le 65e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, en octobre 2010. Quelles différences te semblent les plus frappantes entre le voyage de 2010, et celui de 2015 ?

En effet, une délégation de l’AAFC était présente en RPD de Corée en octobre 2010 lors des manifestations marquant le 65e anniversaire du PTC. Il était donc intéressant d’observer les différences et les similitudes entre ces deux célébrations. Déjà, la RPD de Corée a, depuis décembre 2011, un nouveau dirigeant, Kim Jong-un, suite au décès du Dirigeant Kim Jong-il. Le 10 octobre 2010, pour le défilé militaire marquant le 65e anniversaire du Parti, Kim Jong-il était à la tribune, comme Kim Jong-un ce 10 octobre 2015 pour le défilé du 70e anniversaire. Première nouveauté, Kim Jong-un, premier secrétaire du PTC, a prononcé un discours juste avant le défilé, continuant d’adopter un style plus direct par rapport à son prédécesseur. Pendant que nous écoutions le discours (en coréen, bien sûr) du dirigeant suprême de la RPD de Corée à quelques mètres de la tribune officielle, notre interprète en a traduit les points clés. L’élément qui nous a tout de suite frappés est l’accent mis sur le niveau de vie du peuple et la jeunesse. La place prépondérante accordée au niveau de vie du peuple a été illustrée par l’imposant défilé « civil » qui a immédiatement suivi le défilé militaire : agriculture, éducation, loisirs... tous les secteurs de la vie coréenne étaient ainsi représentés. En octobre 2010, pour le 65e anniversaire du PTC, il n’y avait qu’un défilé militaire. Au soir de ce 10 octobre 2015, les organisations de jeunesse ont aussi donné un spectaculaire défilé aux flambeaux. Mais au-delà des discours et des manifestations de masse, nous avons pu constater que, dans les faits, les infrastructures, notamment agricoles et de loisirs, sont en plein développement, suivant une tendance déjà amorcée en 2010 et constamment poursuivie et amplifiée depuis, comme en ont été témoins les délégations de l’Association d’amitié franco-coréenne qui se sont rendues en RPDC en 2012, 2013, 2014 et cette année. Et puis, il y a l’aéroport international de Pyongyang rénové, inauguré en juillet 2015.

Spectacle "Le Grand parti et la brillante Corée" donné le 11 octobre 2015 à Pyongyang

Spectacle "Le Grand parti et la brillante Corée" donné le 11 octobre 2015 à Pyongyang

Quels ont été les points les plus marquants du programme ?

Le programme comportait des visites en province, à Panmunjom, dans la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corée, et à Kaesong, qui abrite le musée d’histoire du Koryo. Comme rappelée dans ce musée, des archéologues nord-coréens et français (de l’École française d’Extrême-Orient) travaillent en coopération sur le site de l’ancienne forteresse de Kaesong. En province, nous sommes aussi allés dans les monts Myohyang, à une centaine de kilomètres au nord de Pyongyang, et à Nampo pour visiter l’impressionnant barrage-écluse de la mer de l’Ouest inauguré il y a juste 30 ans pour empêcher l’eau de mer de remonter le fleuve Taedong, améliorant ainsi l’irrigation des exploitations agricoles. Au total, nous avons ainsi parcouru environ 700 km à travers la Corée pendant ce séjour d’une semaine. Cela donna lieu à quelques rencontres inattendues, comme ce pique-nique improvisé avec des randonneurs coréens croisés dans les monts Myohyang. Ils étaient aussi surpris que nous de cette rencontre et ce fut l’occasion de constater que la générosité et la convivialité des Coréens ne sont pas une réputation usurpée ! À Pyongyang, nous avons bien sûr assisté aux célébrations du 70e anniversaire du PTC, lesquelles, outre le défilé militaire et civil et la marche aux flambeaux du 10 octobre, comportaient aussi un spectacle de plus de 3 heures, réunissant 10 000 artistes, chanteurs et danseurs, donné plusieurs soirs de suite sur une scène flottante érigée sur le fleuve Taedong. Au programme, figuraient aussi les visites du musée de la Victoire de la Guerre de libération de la patrie (nom donné à la guerre de Corée en RPDC), rénové en 2013, et du musée des équipements de défense et d’armes. C’était un privilège puisque cette exposition présentant les équipements, véhicules et armes de tout calibre de l’Armée populaire de Corée n’est normalement pas ouverte au grand public. Il est à noter qu’une partie importante du musée est consacrée aux armées étrangères, avec des maquettes et explications très détaillées qui feraient la joie de nombreux stratèges. Nous avons aussi visité la brasserie Taedonggang, où est fabriquée la plus célèbre bière de Corée. Ce n’était pas la première fois qu’une délégation de l’AAFC visitait cette brasserie, mais, cette année, nous avions la chance d’avoir un spécialiste dans notre délégation et ce fut donc l’occasion d’un échange approfondi avec le directeur qui nous a fait faire la visite. Nous avons visité la nouvelle ferme coopérative Jangchon du quartier Sadong, à l’est de Pyongyang, où résident près de 400 familles. Cette ferme, présentée comme un modèle pour l’ensemble du pays, constitue une véritable petite ville avec ses propres équipements d’enseignement et de loisir et se consacre à la production de légumes. Un gros effort est fait pour les énergies renouvelables, comme en témoigne la multiplication des panneaux solaires sur les bâtiments. Le séjour à Pyongyang fut l’occasion d’autres rencontres fortuites comme lors de cet arrêt que nous avons demandé pour visiter la cathédrale Jangchung. Notre souhait a été immédiatement exaucé et nous avons pu ainsi avoir un échange avec deux représentants de l’Association des catholiques de Corée (il y a 3 000 catholiques en Corée du Nord). Ils ont accepté de retarder leur déjeuner pour cette visite impromptue, et nous leur en sommes reconnaissants. Cette rencontre était d'autant plus intéressante que des délégations de catholiques sud-coréens ont visité cette même cathédrale de Jangchung dans les semaines qui ont suivi. Nous y sommes allés un mercredi, mais la prochaine fois nous viendrons le dimanche pour assister à l’office.

Scène de rue à Pyongyang

Scène de rue à Pyongyang

Intérieur de la cathédrale Jangchung de Pyongyang

Intérieur de la cathédrale Jangchung de Pyongyang

Certains médias sud-coréens et américains, souvent conservateurs, avaient joué les Cassandre en prédisant, à l’occasion des cérémonies du 10 octobre 2015, un nouvel essai nucléaire ou un lancement de satellite qui auraient engendré un nouveau cycle de tensions internationales. Or, rien de tel ne s’est produit... Dans les discours que vous avez entendus, les lieux visités et les contacts avec vos interlocuteurs, comment apprécies-tu l’état d’esprit des Nord-Coréens : est-on dans une phase de détente, ou l’attentisme prévaut-il ?

Comme je l’ai déjà dit, l’accent a surtout été mis sur l’amélioration du niveau de vie du peuple et la jeunesse. Toutefois, compte tenu des tensions autour de la péninsule coréenne, de l’état de guerre en Corée (rappelons-le, c’est un simple cessez-le-feu qui a été signé en 1953), et de la pression militaire exercée par les États-Unis et leur allié sud-coréen, notamment pendant leurs importants exercices militaires annuels, la RPDC a dû consentir de gros efforts pour sa défense, y compris en développant une force de dissuasion nucléaire malgré les sanctions internationales. Telle est l’équation que doit résoudre la RPDC : assurer sa défense face à l’hostilité de la première puissance mondiale et de ses alliés tout en développant le niveau de vie de sa population affectée par les sanctions internationales, la RPDC étant, de l’aveu même de l’ancien président américain George W. Bush en 2008 « le pays le plus sanctionné du monde ». Il y a bien sûr une solution à cette équation : un traité de paix entre la RPDC et les États-Unis pour mettre un terme définitif à la guerre, ce que les États-Unis refusent, alors que le programme nucléaire militaire de la RPDC, pour ne parler que de ça, est la conséquence, et non la cause, de l’absence de paix entre les deux pays. Le défilé militaire du 10 octobre fut une démonstration de force spectaculaire, avec un message clair : la RPDC est prête à toute éventualité. Cet état « technique » de guerre qui prévaut toujours en Corée, nous avons pu, une nouvelle fois, le constater en allant dans la DMZ à Panmunjom. Il était important d’aller à cet endroit exactement 70 ans après la division de la Corée imposée par les grandes puissances, pour exprimer notre refus de cette injustice historique. L’officier de l’Armée populaire de Corée qui a accompagné notre délégation dans la DMZ, et avec lequel nous avons longuement discuté, était bien représentatif, je crois, de l’état d’esprit des Coréens : un époux et un père, soucieux du bien-être des siens, mais aussi prêt au sacrifice ultime pour sauvegarder la paix de son pays. Avant d’être interdit de séjour en Corée du Sud pour des raisons plus qu’obscures, j’avais pu visiter ce même endroit, Panmunjom, côté Sud à deux reprises (en 2008 et 2009). La différence est saisissante. Au Sud, c’est un militaire américain qui fait visiter et les Coréens (du Sud) ne sont là que pour le décor, figés dans une pose martiale. L’armée américaine va même jusqu’à faire signer aux visiteurs un document la déchargeant de toute responsabilité si l’armée nord-coréenne venait à leur tirer dessus ! C’est totalement absurde, et visiter Panmunjom côté Nord, où aucune signature de décharge n’est demandée, en discutant avec les officiers de l’Armée populaire de Corée, permet de comprendre à quel point la guerre en cours en Corée est aussi (surtout ?) une guerre de propagande, l’armée américaine n’étant pas la dernière en matière.

Campagne coréenne sur la route entre Pyongyang et les monts Myohyang

Campagne coréenne sur la route entre Pyongyang et les monts Myohyang

Rencontre avec des randonneurs coréens dans les monts Myohyang

Rencontre avec des randonneurs coréens dans les monts Myohyang

Les événements commémoratifs ont été couverts largement par les médias internationaux. Quels médias français étaient présents, et avez-vous eu des contacts avec eux ?

À l’aller, nous étions dans le même avion que de nombreux journalistes venus du monde entier. Au cours de notre séjour d’une semaine, nous avons eu l’occasion de croiser, brièvement, les envoyés spéciaux du Figaro et du Monde. Nos contacts avec la presse se sont limités à ça. Les comptes rendus des manifestations du 70e anniversaire du PTC que nous avons ensuite pu lire dans la presse française étaient, pour la plupart d’entre eux, très convenus. On a vraiment l’impression que, à part de rares exceptions comme Pierre-Olivier François et son magistral documentaire « Corée : l’impossible réunification ? », les journalistes français viennent en Corée du Nord, non pas pour apporter  à leurs lecteurs ou auditeurs une information plus précise sur ce pays, son histoire et son contexte géopolitique, mais pour y chercher ce qui pourra illustrer certains préjugés en disant « j’y étais ». La Corée est loin et il faut consentir quelques efforts et passer du temps pour y aller. Il est donc dommage que des journalistes consentent autant d’efforts et passent autant de temps pour un travail « d’information » aussi médiocre. Au fond, le plus choquant dans cette histoire n’est pas le dénigrement systématique de la RPDC par une certaine presse qui se complait dans sa propre ignorance et enchaîne les clichés sur ce pays, mais le gâchis que cela représente.

 

A un carrefour de Pyongyang

A un carrefour de Pyongyang

En ce qui concerne les associations d’amitié, comment était perçue et a été accueillie la délégation de l’AAFC ?

La délégation de l’AAFC a été très bien reçue en Corée. Comme d’habitude, a-t-on envie de dire. Nos homologues et amis de l’Association d’amitié Corée-France, qui dépend du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, ont, une fois de plus, très bien fait les choses. Au total, pendant les manifestations du 70e anniversaire, hormis notre délégation, il y avait 20 délégations d’associations d’amitié avec la Corée venues des pays suivants : Allemagne, Australie, Bangladesh, Belgique, Brésil, Congo, Danemark, Espagne, Indonésie, Irlande, Italie, Japon, Népal, Pakistan, Philippines, Pologne, Royaume-Uni, Russie, Slovaquie, Slovénie. Lors d’une réunion de toutes les associations présentes, M. André Lohekele, de la délégation congolaise, a rappelé qu’une mission importante des associations d’amitié est de sensibiliser les opinions publiques de leurs pays respectifs à propos de la situation en Corée. À titre d’exemple, M. Lohekele a cité le travail accompli par l’AAFC. Cet hommage montre que la voix de l’AAFC, aussi modeste soit-elle, porte au-delà de la France, dans le monde francophone. Cela nous encourage à continuer et à multiplier les contacts avec les autres associations d’amitié, sans attendre de nous rencontrer en Corée. Il y a tant de choses que nous pouvons faire ensemble.

Malgré un programme chargé, la délégation de l’AAFC a-t-elle pu avoir des rencontres bilatérales pour discuter ou favoriser des projets de coopération ?

L’AAFC a toujours des projets de coopération et un séjour en Corée est une bonne occasion de discuter avec nos partenaires pour les faire avancer. Sans entrer dans les détails, nous avons, cette fois, eu des rencontres avec des représentants de la Commission de l’Éducation et du ministère de la Construction de la RPD de Corée.

 Merci.

 

Photos : AAFC

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Voyages Activités AAFC
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)